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Linguiste du mois de mai 2014 –
l’auteur et traductrice, Édith Soonckindt

 

Edith - portrait        Édith Soonckindt

 

Interview réalisée par Jean-Paul Deshayes

 

P1020685 (1)Aujourd'hui, nous sommes heureux d'accueillir un nouveau collaborateur en la personne de Jean-Paul Deshayes, agrégé d'anglais, ancien professeur d'anglais à Montbéliard et de français à Londres, mais aussi traducteur anglais-français pour la presse magazine et membre de l'ATLF. Il a bienvoulu interroger pour nous Edith Soonckindt, écrivaine et traductrice littéraire, à qui l'on doit, entre autres romans d'écrivains célèbres qu'elle a traduits, l'édition française de The Goldfinch, de la romancière américaine Donna Tartt.

—————————————————-

C'est à Bruxelles, capitale européenne, que réside aujourd'hui Édith Soonckindt après avoir vécu en bien d'autres lieux, de l'autre côté de la Manche et sur les deux rives de l'Atlantique. Après les Pays-Bas, la Belgique ne sera-t-elle qu'une escale de plus pour elle ? L'appel du Midi finira peut-être par l'emporter… Le plat pays verra alors cette voyageuse des mots plier bagage pour aller s'établir au soleil et se laisser bercer par le chant des cigales. Écrivaine de cœur, traductrice de force, amoureuse du français comme de l'anglais, Édith partage son temps entre l'écriture et la réécriture de l'anglais en français : exercice douloureux souvent, périlleux toujours, comme nous l'apprenons au fil de cet entretien. Grandeur de la création littéraire, servitude de la traduction littéraire… ou l'inverse ?  Nous laissons à nos lecteurs le plaisir de le découvrir.  

Les termes anglais du mois

lunatic asylum, psychiatric hospital,
mental home, cuckoo’s nest, loony bin, nuthouse

Tous ces termes désignent un hôpital psychiatrique. Les trois derniers sont de l'argot [1].  Le terme lunatic asylum n'est plus en usage dans les milieux politiquement corrects. Selon la formule du  British McMillan Dictionary : "This word is on longer polite". [2] Les explications étymologiques n'en sont pas moins intéressantes.

Les mots lunatic (substantif ou adjectif en anglais) (fou/folle, en français) [3] et lunatique  (synonyme de  capricieux, selon l'Internaute.com), sont de faux amis. Ce ne fut pas toujours le cas, comme l'explique  Guillaume Terrien, champion de France d'orthographe dans un vidéo clip :

Guillaume Terrien

                   Guillaume Terrien


 

 

 

 

 

 

 

 


Autrement dit, le français, en évoluant, a abandonné le sens fort de « fou/folle » pour ne retenir que celui de bizarrerie, alors qu'en anglais, le mot d'origine normande est resté figé dans son sens initial de lunatic.

En revanche, les mots lunar et lunaire sont de vrais amis. En ce qui concerne le mot « lunaison », il n'a ni de vrai ni de faux ami en anglais, en ce sens qu’il n'existe aucun mot équivalent en anglais (la plus proche traduction étant lunar month).

En anglais, les synonymes de lunacy sont : madness, insanity imbecility et folly. Ce dernier est évidemment proche de "folie" [4].  Mais, le mot imbecile désigne (péjorativement) quelqu'un de plutôt stupide. Au 16e siècle, il s'employait pour désigner une personne de faible constitution [5] (du latin, imbecillus, quelqu'un in baculum, c'est-à-dire sans le soutien d'une canne) mais, au 19e siècle, sa signification a changé et il en est venu à désigner une personne faible d'esprit ou sans intelligence.

Il s'avère qu'étudier l'origine et le parcours des mots en anglais, et essayer de les distinguer de leurs doubles français,  c'est de l'imbécillité, sinon de la pure folie.

P. S. Origine de l'expression lunatic fringe (frange extrémiste)

Au sens littéral, le mot anglais fringe veut dire frange, dans de différents sens de ce mot. Voir le dictionnaire Larousse

  Frange de tapis

Frange de tapis


En Grande-Bretagne, il s'emploie, entre autres, pour un style de coiffure avec une bande de cheveux qui couvre la partie supérieure du front, comme le montrent ces photos de Micheline Calmy-Rey, Kim Kardashian et Mireille Mathieu. (Coiffure à la Jeanne d'Arc).


Fringe MireilleFringe Micheline
Bangs Kim-Kardashian-Clip-In-Bangs-2

      

Aux États-Unis, où on l'appelait lunatic fringe, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, cette coiffure était apparemment associée à une certaine forme de dérangement mental. [6] Cette connotation est depuis longtemps abandonnée car le mot bangs l'a remplacée.

RooseveltLe Président des États-Unis, Théodore Roosevelt, qui comparait l'art moderne (cubiste, futuriste) aux franges de cheveux excentriques,  a inventé la version métaphorique de l'expression  lunatic fringe, pour désigner des éléments marginaux, signification qui est restée dans le langage sociologique et politique anglais, et que The Oxford English Dictionary définit comme “a minority group of adherents to a political or other movement or set of beliefs." Un groupuscule extrémiste, en somme.

 

———————————————————–

[1] On se souvient du film culte de Miloŝ Forman, One Flew Over the Cuckoo's Nest, dont le titre français « Vol au-dessus d'un nid de coucou », en laissa plus d'un perplexe ! 

[2] Dans la même veine, l'expression mentally retarded , jugée péjorative, est maintenant remplacée par intellectually challenged, beaucoup plus euphémistique.

[3] explication du site etymoline.org :
late 13c., "affected with periodic insanity, dependent on the changes of the moon," from Old French lunatique, lunage "insane," or directly from Late Latin lunaticus "moon-struck," from Latin luna "moon" (see Luna). Compare Old English monseoc "lunatic," literally "moon-sick;"Middle High German lune "humor, temper, mood, whim, fancy" (German Laune), from Latin luna. Compare also New Testament Greek seleniazomai "be epileptic," from selene "

[4] En 1867, l'achat par les États-Unis de l'Alaska à la Russie fut qualifié (bien à tort) de Seward's folly, du nom du Secrétaire d'État d'alors.

Seward

Notons aussi que, dans certains contextes, le mot français « folie » et le mot anglais folly peuvent se rejoindre. Ainsi, en architecture, une folie (folly) désigne une maison de plaisance.

Folly archit

 

 

[5] Imbecilitas sexus : le sexe faible.

Elizabeth

[6] The Wheeling Daily Register, July 24, 1875:

“LUNATIC Fringe” is the name given to the fashion of cropping the hair and letting the ends hang down over the forehead.


Lecture supplémentaire:

Modification législative de l'usage anglais en Californie

Jean L. & Jonathan G.

Une question brûlante

Au Canada, des produits qui peuvent prendre feu sont parfois étiquetés « flammable », en anglais, et « inflammable », en français.

La raison en est qu'au Canada et dans quelques pays de langue anglaise, le mot « inflammable » a été remplacé, en anglais, par le mot « flammable », car certains pouvaient être incités à penser  qu'inflammable signifiait : « incapable de brûler », alors qu'il veut dire le contraire.

  Flammable danger_sign_Flammable (French)

         anglais                                    français                                                         

Pourquoi « inflammable » occasionne-t-il cette confusion ? Parce que, à la différence de la majorité des mots commençant par « in » qui, en anglais, ont été importés du latin avec leur préfixe d'origine, tels infertile ou inarticulate, dans un plus petit nombre de termes provenant du latin, le préfixe « in » n'a pas une valeur négative, mais sert au contraire à renforcer le sens des mots ; indoctrinate, incantation et inflammable, en sont des exemples.

 

Inflaamable - incantation     Indoctrination

       incantation                         indoctrination                                 

La confusion entre les deux sens possibles de l'adjectif inflammable peut être dangereuse. Aux États-Unis, depuis le début du vingtième siècle, le risque de confusion préoccupe les spécialistes de la sécurité et les compagnies d'assurances. À leur instante demande, l'adjectif flammable est timidement apparu dans des consignes de sécurité et des réglementations locales au cours de la première décennie du vingtième siècle. Mais, c'était un terme technique qui restait inconnu du grand public. En 1920, une campagne fut lancée pour tenter de réformer le vocabulaire. Le public était instamment prié de remettre en usage l'adjectif flammable, apparu au XIXe siècle, mais resté à l'état latent, inutilisé. Aujourd'hui, près de cent ans plus tard, cette campagne n'est qu'un demi-succès. Mais, beaucoup de fabricants de produits qui peuvent prendre feu facilement les étiquètent flammable. Toutefois, la même évolution ne s'est pas produite dans les pays francophones où les consommateurs sont censés, semble-t-il, être mieux au courant des préfixes latins. C'est ainsi qu'on peut vous avertir qu'un produit est flammable si vous êtes anglophone ou inflammable si vous êtes francophone !

Inin

non-flammable

Dans l'anglais technique admis, un produit qui ne prend pas feu est dit non-flammable (en français  ininflammable).

 

 

Dans le registre métaphorique, l'adjectif inflammatory demeure inchangé, comme dans l'expression inflammatory  language (des propos incendiaires).

Inflam

inflammatory      language

De même, dans le langage médical, le terme inflammation n'a pas été modifié. Il est encore possible d'acheter des anti-inflammatory medications (des anti-inflammatoires). Si LMJ avait son mot à dire, peut-être opterait-il, en français, pour « enflammable » qui serait dérivé du verbe enflammer. Quant à ininflammable, pas plus tiré par les cheveux qu'inintelligible, rappelons qu'il a deux synonymes assez savants : ignifuge et apyre

 

P.S. Une évolution inverse s'est produite en ce qui concerne le mot anglais inhabitable et sa forme négative, uninhabitable. Dans ces cas, on voit que  les significations françaises sont plus courtes que leurs équivalents anglais :

 
English
français

inhabitable
habitable
uninhabitable
inhabitable
 
Jadis, ce n’était pas toujours le cas, quand le mot anglais inhabitable suivait le français, dont il était dérivé. En 1597, par exemple, Shakespeare écrivait (Richard II, Acte 1, Scène 1) :

Even to the frozen ridges of the Alps,
Or any other ground inhabitable,
 
(à pied jusqu'aux sommets glacés des Alpes,
ou dans tout autre pays inhabitable,)

Traduction : Gutenberg.org
 
Pour une analyse des mots flame et torch  (anglais) et flamme et torche (français), voir :
La flamme olympique – une perspective linguistique 

 

Jean L. & Jonathan G.

« Chacun de nous a sa lunette » [1]

Le 15 avril dernier, le site L'Informaticien commentait la mise en vente des célèbres lunettes connectées de Google.

Google-glass model

 

 

 

 

 

 

 

 


Le projet Google Glass, ou Project Glass
 (littéralement projet lunette), est un programme de recherche et développement lancé par Google en vue de la création d'une paire de lunettes avec une réalité augmentée.  

Cette paire de lunettes est équipée d'une caméra intégrée, d'un micro, d'un pavé tactile sur l'une des branches, de mini-écrans, d'un accès à Internet par Wi-Fi ou Bluetooth et, depuis sa version 2, d'un écouteur monté sur la branche droite des lunettes en mini-usb.

Elle permet d'accéder à la plupart des fonctionnalités de Google : Google Agenda,  reconnaissance vocale, Google+, horloge/alarme, météo, messages, appareil photo, GPS (Google Maps), Google Latitude, etc.

 

 

 

« Disponibles uniquement aux États-Unis », explique L'Informaticien, « les Google Glasses seront proposées à de nouveaux « explorateurs » en vue d'une commercialisation au grand public ? Mountain View hésite, confronté à des questions de respect de la vie privée. [2] » 

Selon Wikipédia, le secteur médical s'intéresse tout particulièrement aux Google Glass grâce aux nombreuses applications qu'elles ouvrent dans ce domaine. La réalité augmentée permet d'accéder à des informations capitales en temps réel, tout en conservant une liberté de mouvement totale du fait de la technologie des Google Glass.

Dès janvier 2014, un chirurgien de l'Université de Californie à San Francisco opérait quotidiennement avec des Google Glass estimant qu'elles sont un véritable atout dans son métier. En France, le docteur Philippe Collin, du CHU de Rennes, fut le premier Français à opérer avec des Google Glass tout en communiquant avec l'un de ses homologues au Japon à plus de 10.000 kilomètres de distance.

 

Le 27 février 2014, des chercheurs de l'Université de Californie à Los Angeles  ont entrepris, pour la première fois dans le domaine de la santé, une étude impliquant des Google Glass. L'application qui se base sur les "Rapid Diagnostic Tests" (RDT) ou épreuves diagnostiques rapides, utilisées notamment pour déceler le paludisme, a pour but de poser des diagnostics médicaux quasi instantanés. Ce type d'application pourrait à l'avenir être extrêmement précieux dans des zones faiblement médicalisées.

On estime très généralement que des lunettes ajoutent un air de dignité, voire d'érudition, à celui qui les porte. Dans cette veine, l'humoriste américain Andy Borowitz du New Yorker, dans le cadre de sa rubrique, The Borowitz Report, s'est récemment moqué de Rick Perry, l'un des candidats aux présidentielles de 2016. Perry se montrait tout à fait idiot quand il se présentait comme candidat au même poste en 2012.

Voici le titre de la rubrique : RICK PERRY HOPES COMBINATION OF WEARING GLASSES AND NOT TALKING WILL MAKE HIM SEEM SMARTER

  Rick-perry-glasses (1)

Côté linguistique, notons que l'emploi du singulier pour l'équivalent anglais de lunettes (glass) dans l'appellation commerciale « Google Glass », est tout à fait exceptionnel, puisqu'au singulier glass veut normalement dire verre. L'anglais britannique possède un autre terme pour désigner les lunettes, et c'est spectacles, [3] vocable assez désuet dans ce sens, mais le singulier s'emploie régulièrement dans le sens français d'un spectacle public [4]. (Notons également l'expression "to make a spectacle of onseself" – se donner en spectacle).

Le mot anglais spectacles comme synonyme de glasses nous rappelle le vieux mot français « expectacle ». (Les mots français dans l'histoire et dans la vie, p.44, Georges Gougenheim, éditions Omnibus.) En revanche, le mot «lunette» apparaît en français, selon la même source, dès le XIVème siècle. Les miroitiers, explique Gougenheim, appelaient lune ou lunette une plaque circulaire de métal ou de verre étamé qui reflétait les objets. L'instrument constitué par l'assemblage de deux lunettes s'appela une paire de lunettes ou simplement des lunettes.

La même source révèle que, jusqu'au XVIIIème siècle, la monture était fort incommode. « Elles étaient lourdes, n'avaient pas de branches qui permissent de les assujettir sur les oreilles, pas non plus de ressort pour le fixer sur le nez. ». Il reste à savoir si le Google Glass qui offre un avantage technologique indéniable sur les lunettes d'antan, s'avèrera  plus commode que les lunettes du Grand Siècle. La seule façon d'obtenir la bonne réponse était, le mois passé, de dépenser 1500$ pour la version « Explorer ». Ce privilège est désormais révolu et il faudra attendre la mise en vente au grand public pour tester la commodité des lunettes numériques.

En attendant, notons des expressions et proverbes anglais contenant le terme glass(es).

(Sources : Cambridge Idioms Dictionary, 2nd ed. Copyright © Cambridge University Press 2006, McGraw-Hill Dictionary of American Idioms and Phrasal Verbs. © 2002 by The McGraw-Hill Companies, Inc.)


smooth as glass
The bay is as smooth as glass, so we should have a pleasant boat trip.

to have a glass jaw

Fig. to be susceptible to a knockout when struck on the head. (Said only of boxers who are frequently knocked down by a blow to the head.)
Once a fighter has a glass jaw, he's finished as a boxer.

People who live in glass houses shouldn't throw stones.

Prov. You should not criticize other people for having the same faults that you yourself have.

to raise one's glasses
to propose a drinking toast in salute to someone or something.
Let us all raise our glasses to George Wilson!

a glass ceiling (plafond de verre)
the opinions of people in a company which prevent women from getting such important positions as men.
The problem for women in broadcasting is the glass ceiling. Women rise but not to the top.

rose-coloured glasses  (British & Australian);
also rose-colored glasses / rose-colored spectacles ;  rose-tinted spectacles

If someone thinks about or looks at something with rose-coloured glasses, they think it is more pleasant than it really is.

She's nostalgic for a past that she sees through rose-colored glasses / rose-tinted glasses; 


see the glass (as) half empty
to believe that a situation is more bad than good.
Some economists looking ahead to the second half of the year see the glass as half empty.

_____________________________________________________________

[1] Florian, Jean-Pierre Claris de. Le Chat et la Lunette.

[2] Une personne portant les lunettes de Google, peut, par exemple, apprendre instantanément une énorme quantité d'informations sur une autre personne qu'elle croise dans la rue et peut la photographier sans que celle-ci le sache. Les lunettes, bien que non encore mises sur le marché, sont déjà interdites dans certains lieux : banques, vestiaires,  loges, bars, clubs, salles de concert, casinos, hôpitaux, théâtres, écoles, etc.

Voir : La vie privée ? « Peut-être une anomalie », selon un responsable de Google
Le Monde, 22 novembre 2013

et    : Never Forgetting a Face
New York Times, 17 May, 2014

[3] On sait le pense-bête que ne cesse de se répéter le voyageur britannique qui entend ne rien oublier : "Spectacles, testicles, wallet and watch".

[4] Plus précisément, le site Oxford Dictionnaries donne les définitions et les explications suivantes du mot anglais spectacle : 

 - visually striking performance or display: The acrobatic feats make a good spectacle

 - an event or scene regarded in terms of its visual impact: the spectacle of a city's mass grief

 

 

Lectures supplémentaires :

Histoire des lunettes, Dr. P. Pansier, 1901.
The History of Glass, Dan Klein, Crescent, 1989.

Jean L. & Jonathan G.

Hélène Cardona –
Linguiste du mois d’avril 2014

Depuis plusieurs années, Le Mot Juste publie une rubrique dénommée "Linguiste du mois" (précédemment "Traducteur/traductrice du mois"). Jusqu'ici, toutes les interviews étaient rédigées par nos soins. Ce mois-ci nous romprons avec cette tradition en présentant un entretien réalisé par notre fidèle contributrice, la professeure Michèle Druon, universitaire au très riche profil académique que nos lecteurs connaissent bien.

 

April interview Michele

      Dr. Michèle Druon

Cette rencontre entre Michèle Druon et son invitée, Hélène Cardona (poète, comédienne, auteur et traductrice, entre autres), c'est-à-dire entre deux intellectuelles de haut rang, a engendré une conversation d'un intérêt et d'une profondeur auxquels vos humbles serviteurs n'auraient certainement pas atteint par eux-mêmes.

 

HHÀ cette surprise, s'en ajoute une autre : la découverte, dans cette grande métropole qu'est Los Angeles, de deux résidentes permanentes d'origine française qui sont parfaitement à l'aise en anglais. Elles incarnent, symbolisent, concrétisent donc ce pont virtuel que le blog entend jeter entre deux langues et deux cultures. Au nom de tous nos lecteurs et lectrices, nous leur exprimons notre plus vive reconnaissance et formulons le souhait de les lire encore souvent dans nos colonnes.

 

Jonathan G.

 

Interview d'Hélène Cardona,
Los Angeles, 21 avril 2014 par Dr. Michèle Druon

Préface de l'intervieweuse :

Outre le charme et la beauté, ce qui frappe immédiatement chez Hélène H - pink dressCardona, c'est la surabondance de talents que possède cette jeune femme: polyglotte, elle parle six langues – dont le français, l'anglais et l'espagnol comme une langue maternelle; elle est à la fois actrice de théâtre et de cinéma [1], traductrice littéraire [2], poète, enseignante, analyste de rêves.


une toute récente photo –
Poet/actress Hélène Cardona attends
Sue Wong's Fall 2014 runway show:
'Edwardian Romance'  on April 11, 2014 in Los Angeles

Et ce n'est pas tout : elle donne aussi des récitals et préside à des concours de poésies, organise des conférences et présente des communications universitaires…. On ne peut que se demander où cette jeune femme, qui paraît pourtant si sereine, si calme et détendue, trouve l'énergie de mener ce qui semble être plusieurs vies à la fois. Un coup d'œil sur la multitude de prix, bourses, récompenses et accomplissements en tous genres [3] qui jalonnent son parcours atteste qu'il s'agit là d'une personnalité brillante et surdouée, en possession dès l'enfance d'une rare combinaison d'aptitudes à la fois scientifiques, littéraires et artistiques.

 

H - DreaEt comme un fruit tombé d'une corne de surabondance vient de sortir de ces multiples talents un merveilleux recueil de poèmes bilingues, intitulé Dreaming My Animal Selves, Le Songe de mes Ames Animales [4]. Le recueil nous invite à un voyage dans un univers peuplé d'images enchanteresses, lumineuses et énigmatiques, à travers une langue – ou plutôt deux langues – dont la fluidité, l'inventivité et la beauté envoûtent profondément le lecteur.

 

Pour comprendre ce qui a pu nourrir une poésie si intime, si spirituelle, et d'une beauté égale en français et en anglais, nous avons demandé à Hélène Cardona de remonter à son enfance et de nous expliquer comment elle en était arrivée à parler six langues, et ce qui l'avait menée, dans un parcours de vie si riche, à écrire de la poésie.

 À entendre son récit, il apparaît immédiatement que l'enfance et l'environnement dans lequel a grandi Hélène Cardona sont hors du commun. J'en résume ici l'essentiel :

Née à Paris d'une mère grecque et d'un père espagnol, tous deux expatriés pour des raisons politiques, l'enfant grandit dans un milieu nourri de livres et de culture, de rencontres avec des artistes et des intellectuels de différents pays. Le père, José Manuel Cardona, qui possède trois doctorats, est un avocat qui a travaillé comme traducteur diplomate aux Nations Unies, et qui est aussi un poète connu (Les surdoués semblent récurrents dans la famille Cardona). Chez elle à Paris, dans la petite enfance d'Hélène, on parle surtout français et espagnol, mais la famille déménage bientôt à Genève, puis à Monte Carlo, et s'installe ensuite dans une petite ville de l'Ain, à Ferney-Voltaire, où Hélène fera ses études élémentaires et les premières années de son collège secondaire sous la direction de très bons enseignants, qui lui ont fourni d'excellentes bases, souligne-t-elle. Elle attribue en particulier sa parfaite maîtrise de la grammaire française aujourd'hui à la pédagogie tout à la fois rigoureuse et engageante qui caractérisait ses professeurs de l'époque. C'est d'ailleurs vers l'âge de 10 ans, ajoute-t-elle, qu'elle commence à écrire «spontanément», de la poésie.

  À quatorze ans, elle revient à Paris et elle continue sa formation dans le prestigieux et ultra-compétitif Lycée Racine, où l'enseignement est beaucoup plus austère. Très tôt reconnue comme douée pour les maths, la jeune fille est orientée par sa famille et l'institution scolaire vers une spécialisation scientifique qui la mènera à passer le bac C (à dominante maths/sciences). Mais l'enfant, puis la jeune fille continuent simultanément  d'apprendre la danse et le piano – pour lequel elle est aussi particulièrement douée puisqu'elle reçoit un Deuxième Prix du H - GENConservatoire de Musique de Genève. Pendant ses étés, elle voyage et découvre   d'autres pays d'Europe – l'Angleterre, l'Allemagne, H - Goethel'Espagne, la Grèce, le Pays de Galles, l'Italie – tout en apprenant la langue de chaque pays où elle séjourne. Elle étudie ainsi l'allemand au Goethe-Institut à Bremen, la philologie anglaise à Cambridge, et la philologie et la littérature espagnoles à l'Université d'Andalousie.

Toujours guidée par une soif de connaissances et d'exploration dans tous les domaines, (et déjà servie, semble-t-il, non seulement par une multiplicité de dons mais aussi par une énergie exceptionnelle), la jeune fille s'engage, après le Bac dans des études de médecine, suivant ainsi la trajectoire scientifique à laquelle la destinaient sa famille et toute son orientation scolaire.

Mais tout à coup, Hélène accomplit un revirement total dans sa vie qui va complètement changer sa destinée: après deux ans, elle abandonne ses études de médecine et décide de se tourner vers la littérature et le théâtre (au grand chagrin de son père, qui dès ce moment « ne veut plus la connaître » et lui coupe les fonds: elle devra désormais subvenir seule à ses besoins). Elle s'inscrit alors à la Sorbonne où elle obtient une maîtrise d'anglais (significativement pour la suite, le titre de sa thèse H - Henry Jamesde maîtrise sur Henry James est The Search for Fulfillment in The Wings of the Dove ). Elle continue pendant ce temps la danse et le théâtre et finance ses études par différents jobs: elle enseigne à l'Ecole Bilingue à Paris, elle travaille occasionnellement comme mannequin, elle fait des traductions en différentes langues et travaille comme interprète pour l'ambassade du Canada à Paris.

Nouveau tournant – à la suite d'une crise personnelle, la jeune femme décide de partir pour New York, où elle commence à étudier l'art dramatique avec Ellen Burstyn à l'Actors' Studio – des années de bohème et de bonheur pour elle, souligne-t-elle. Parallèlement, elle poursuit un B.A en Littérature Américaine et Théâtre à Hamilton College, où elle a obtenu une bourse complète. C'est aussi à cette époque, précise-t-elle, et par le biais de sa formation dramatique, qu'elle découvrira l'exploration par le rêve, ce qui la mènera alors à découvrir et étudier la psychanalyse de Carl Jung – qui reste une influence fondamentale dans son entreprise poétique aujourd'hui.

 

Hélène arrive à la cérémonie des récompenses à Los Angeles, où  "Chocolat" a été nominé pour l'Oscar du meilleur film.
Distribution :  Juliette Binoche, Johnny Depp, Judi Dench et Hélène Cardona.

The 7th Annual Screen Actors Guild Awards at Shrine Auditorium
in Los Angeles, California, United States.
Photo by Steve Granitz/WireImage.

Michèle : À écouter ce qui précède, on a l'impression que vos multiples activités – la traduction, le théâtre, la littérature, l'enseignement, l'écriture poétique – que toutes ces activités se complètent et s'interpénètrent, et que c'est l'ensemble de ces différents talents et savoirs, finalement, qui a nourri votre poésie :

Oui, chaque activité à laquelle je m'adonne nourrit toutes les autres – il y a une sorte de symbiose qui fait que toutes s'enrichissent mutuellement.

Michèle : Vous mentionnez dans votre recueil que vous écrivez d'abord vos poèmes en anglais, puis les traduisez en français (mais les deux versions sont si parfaites qu'il est impossible de dire laquelle a été écrite après l'autre !)

Hélène : Comme j'habite principalement dans un pays anglophone, c'est en ce moment l'anglais qui est ma langue dominante, et qui donc inspire d'abord mes poèmes. Puis je les traduis, ou je les réadapte en français, car le passage au français requiert parfois quelques altérations par rapport à la version originelle. Mais ces libertés que je prends dans la traduction de mon propre travail, je ne me les permets pas dans mes traductions professionnelles, où je cherche au contraire le maximum de fidélité au texte originel.

Michèle : Vous citez Blake, Rilke, Yeats dans vos poèmes – et bien sûr, vous avez aussi travaillé sur Henry James. Quels sont les modèles littéraires qui ont été les plus importants pour vous ?

Hélène : Je citerai, entre autres, Balzac, Rilke, Baudelaire, Rimbaud, Aragon, Alberti, Lorca, Neruda, Machado, Cernuda, Breton, Cocteau, Éluard, Blake, Rumi, Yeats, Shelley, Emily Dickinson, Hafiz, David Wagoner, Lao Tzu, TS Eliot, H.D., Larry Levis, Hart Crane, Geoffrey Hill, Mallarmé, Sri Aurobindo, et Seamus Heaney.

H - Emily Dickson H - TS Eliot H sri-aurobindo H - Seamus Heaney
Dickinson   Eliot Aurobindo Heaney

Michèle : Vos poèmes entraînent le lecteur dans un voyage surréel d'images et de métamorphoses fantastiques. Le point de départ de votre inspiration – comme le titre de votre recueil et les premiers poèmes l'indiquent – semble être le sommeil et le rêve. Pourriez-vous élaborer davantage à ce propos ?

Hélène : Le rêve est le fil conducteur dans ce recueil de poèmes car il marque le point de départ d'une exploration intérieure: il ouvre une fenêtre sur notre subconscient et nous fait entrer dans une autre réalité en nous-mêmes, il ouvre d'autres dimensions en nous-mêmes qui nous demeurent closes à l'état éveillé.

 

Michèle : En ce sens, vous vous inscrivez dans la lignée des poètes surréalistes, ou même des poètes symbolistes, comme Rimbaud – dont vous avez aussi traduit les textes, si je ne me trompe.

Hélène : Parmi mes inspirations littéraires, il faudrait aussi entre autres citer Calderón, et ses perspectives sur le rêve et la réalité. Mais il y a aussi d'autres modèles importants qui m'ont amenée à explorer le rêve. Notamment la psychanalyse jungienne, où chacun des objets ou personnages rencontrés dans nos rêves sont des reflets ou des aspects de nous-mêmes. Sur un autre plan, je crois aussi que le rêve nous permet de retraverser différents âges et structures de notre cerveau, depuis le cerveau reptilien préhistorique jusqu'au néocortex plus récemment développé, ce qui retrace les différentes périodes de notre évolution. Le rêve nous ouvre ainsi de nouveaux modes d'appréhension de la réalité, il nous reconnecte à différentes dimensions de nous-mêmes, plus instinctives ou émotives, qui sont aussi «nos âmes animales ».

 

Michèle : En bonne polymathe que vous êtes, vous donnez une explication à la fois littéraire, psychanalytique et scientifique à votre entreprise poétique. Mais on distingue aussi une progression dans votre recueil de poèmes, entre le premier poème [5], qui ouvre le portail du rêve, jusqu'au dernier qui marque une « expansion de la conscience » [6].

Hélène : Ce recueil de poèmes correspond pour moi à plusieurs choses: c'est un processus d'autorévélation, d'exploration de dimensions cachées en moi-même, et c'est aussi en même temps une manière de devenir moi-même, un processus d'individuation que j'ai cherché à créer tout au long de ma vie.

 Par ailleurs, l'écriture est aussi pour moi cathartique, elle prolonge une recherche de paix, de sérénité qui s'ancre dans un désir de dépassement, de réconciliation de la dualité fondamentale que je perçois dans la vie. Ce qui prolonge la vision jungienne, qui conçoit le monde comme divisé en contrastes, bâti sur une opposition entre lumière et obscurité.

 

H - Alberto VillodoEt puis fondamentalement, je cherche ultimement une croissance, une expansion de la conscience, et je dois mentionner à ce propos mon travail avec le Shaman Alberto Villoldo, qui m'a permis d'avancer dans cette recherche. Il m'a guidée vers des états de conscience exceptionnels, notamment vers une expérience profonde de l'interconnexion fondamentale de tout (et de moi-même) dans l'univers.

 

 Michèle : Votre voyage intérieur est donc aussi une quête spirituelle, comme elle l'était aussi dans Les Fleurs du Mal de Baudelaire par exemple, mais votre quête semble ici se terminer sur une note nettement moins inquiète, beaucoup plus optimiste.

Hélène : Oui, ma recherche d'expansion de la conscience est aussi une manière de me reconnecter avec le Tout de l'univers. Bien que n'appartenant à aucune religion, je suis convaincue que le Divin est dans tout, que l'univers est intelligent, et que notre conscience persiste après la mort.

 

Michèle : Ce qu'a d'unique votre poésie, c'est justement que cette recherche de reconnexion avec l'univers prend la forme d'une mutabilité, d'une métamorphose du moi en différentes formes animales, végétales ou aquatiques – – le «je» poétique devient cygne, devient plante, devient vent, avec une fluidité extraordinaire. 

E.M. ForsterHélène : Rappelez-vous l'injonction d'E.M Forster : « Only connect!». Mais c'est aussi tout le nouveau paradigme écologique aujourd'hui qui soutient cette idée d'inter-connectivité de l'univers. Ce qui du même coup resitue la place de l'homme et de l'animal dans la nature…

 

Michèle : En conclusion, chère Hélène, pourriez-vous nous indiquer dans quels travaux ou activités vous êtes impliquée en ce moment, ou quels sont vos projets ?

Hélène : Tout en poursuivant mes autres activités (enregistrements de voix, [7], H - Plus loin qu'ailleursconférences, etc.), je traduis actuellement en anglais une anthologie de poèmes de mon père José Manuel Cardona: El bosque de Birnam, et également un sublime recueil de poèmes de Gabriel Arnou-Laujéac, qui s'intitule Plus loin qu'ailleurs.

Vous pouvez me voir dans Femme: Women Healing the World, un film documentaire qu'a réalisé, avec talent, Emmanuel Itier. De plus, ce fut pour moi la belle occasion de le coproduire. Vous pourrez aussi voir Maria Bello, Marianne Williamson, Jean Houston, Gloria Steinem, Sharon Stone, les Lauréates du prix Nobel de la paix Shirin Ebadi et Maired Maguire, parmi de nombreuses femmes magnifiques.

                                                  Helene FEMME cropped 1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hélène arrive à la projection du film "Femme: Women Healing the World" qui a été sélectionné par le "Awareness Film Festival" à Los Angeles.

H - Femme

 

 

 

 

 

 

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NOTES:

[1] Hélène Cardona est diplômée de The American Academy of Dramatic Arts à New York et est membre de l'Académie Britannique des Arts de la Télévision et du Cinéma (BAFTA). Au théâtre, elle a joué dans les compagnies The Naked Angels et Ubu Theatre Rep. à New York. Au cinéma, elle a joué, entre autres, dans Chocolat, X-Men: Days of Future Past, Mad Max Fury Road, Muppets Most Wanted, Mumford, Happy Feet 2,

 

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Hélène avec Carrie-Anne Moss

 

[2] Hélène a travaillé comme traductrice en "freelance" pour l'ambassade du Canada ainsi que pour la Chambre de Commerce en France.

Elle a aussi traduit en français le film Muse of Fire  de Lawrence Bridges pour le NEA et What We Carry de Dorianne Laux, et elle a traduit en anglais la poésie d'Arthur Rimbaud, Charles Baudelaire, Aloysius Bertrand, René Depestre, Ernest Pépin, Jacques Crickillon, et Jean-Claude Renard.

[3] Hélène a reçu une longue série de bourses, de prix et de récompenses. Parmi d'autres: Bourses de l'Universidad Internacional de Andalucía et du Goethe-Institut, ainsi que de Hamilton College.

[4] Dreaming My Animal Selves a été finaliste pour le prix Julie Suk, 2013, décerné au Meilleur Livre de Poésie Publié par une Presse Indépendante. Il a reçu le Pinnacle Book Achievement Award pour le meilleur livre de poésie bilingue; une Mention Honorable au Festival du Livre à Londres, ainsi qu'au Great Midwest Book Prize.

Dreaming My Animal Selves (Salmon Poetry, 2013) – aussi disponible sur Amazon.com Publication précédente : The Astonished Universe (Red Hen Press, 2006)

 

À venir : Life in Suspension (Salmon Poetry).

Hélène Cardona a aussi écrit des contes d'enfant et est co-auteur, avec John FitzGerald, du scénario Primate.

Ses poèmes sont apparus dans de nombreuses revues, notamment: Washington Square, World Literature Today, The Warwick Review, Poetry International, The Dublin Review of Books, The Irish Literary Times, The Enchanting Literary Verses, Recours au Poème, The Toronto Quarterly, Periódico de Poesía, et Salzburg Poetry Reviewet dans les anthologies Illuminations: Expressions of the Spiritual Experience (Celestial Arts, 2006), Dogs Singing: A Tribute Anthology (Salmon Poetry, 2011), The Blue Max Review (Rebel Poetry, 2012), For Rhino in a Shrinking World (Poets Printery, 2013), From the Four Chambered Heart: In tribute to Anais Nin (Sybaritic Press, 2013), Near Kin: Words and Art Inspired by Octavia E. Butler (Sybaritic Press, 2014), Love's Peripeteias (The New Visionary Press Cooperative, 2014), Thrush Poetry Journal: an Anthology of the first two years (Thrush Press, 2014), and Dead and Undead Poems: Zombies, Ghosts, Vampires and Devils (Random House, 2015).

Journals:
Askew Poetry, Barnwood International Poetry Magazine, California State Poetry Quarterly, Dublin Review of Books, East West: A Poetry Annual, from the fishouse, Mad Hatters' Review, Maintenant, Mediterranean Poetry, Mythic Passages, Periodico de Poesia, Pirene's Fountain, Poetry International, qarrtsiluni, Saint Julian Press, Salzburg Poetry Review, Speechless the Magazine, Spillway, The Enchanting Verses Literary Review, The Irish Literary Times, The Lascaux Review, The Los Angeles Review, The Original Van Gogh's Ear Anthology, The Passionate Transitory, The Toronto Quarterly, The Warwick Review, THRUSH Poetry Journal, Tiferet: A Journal of Spiritual Literature, Washington Square, World Literature Today, Writer's Digest.

Autres prix: “Woodwork” a reçu le prix 2014 Arroyo Arts Collective Poetry in the H - PushcartWindows. "Strength" a été nominé pour le 2014 Pushcart par l’anthologie From the Four-Chambered Heart: In Tribute to Anais Nin. “From the Heart With Grace” a été nommé  “Best of the net 2012” et nominé pour le 2012 Pushcart Prize. “Parallel Keys”a reçu le prix Choix de l’Éditeur de la revue littéraire The Enchanting Verses Literary Review, XVI, July 2012. "Alchemical Gardens I’ve Planted" a été finaliste pour le “W.D. GWAWDODYN form challenge 2013”. “Quiescent Infinite” a été nommé “Best of the Net 2012 “ par la revue littéraire The Lascaux Review.

[5] Des songes d'eau
Je trace les motifs des songes

au travers d'êtres déguisés
libérés en particules évanouies
révélant des éclats de moi-même.

Dans l'espoir de guérir mes naufrages,
je pourchasse un sommeil en cavale,
ultime refuge ou ancrer mon vaisseau

[6] Harmonies Parallèles

[…] dernières lignes du recueil :

« Nous mûrissons musicalement
couverts de fleurs de cerisiers,
variation divine,
conscience en quête d'expansion. »

 7) Hélène fait en effet de enregistrements de voix pour des films divers dans 6 langues. Elle fait en ce moment du « voice over » pour le dernier Rosemary's Baby, The Hundred-Foot Journey et la série de télévision NCIS.

 H- 100

 

Et si Shakespeare avait trouvé tout cela dans un dictionnaire ?

Le 30 avril 2008, en faisant une offre de 4.300$ pour un ouvrage mis aux enchères sur e-Bay, deux bouquinistes new-yorkais, George Koppelman et Daniel Wechsler, spécialistes des livres anciens, ne savaient pas qu'ils allaient peut-être faire la plus grande découverte littéraire du siècle et réaliser la meilleure opération de toute leur vie professionnelle. Il s'agissait d'un exemplaire d'An Alvearie or Quadruple Dictionarie de John Baret, dictionnaire quadrilingue (anglais, latin, grec et français), publié en 1580.

Alviare

photo: shakespearesbeehive.com

    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Bien que le livre ne contint aucune indication du propriétaire, il recélait des milliers d'annotations d'une plume contemporaine qui renvoient directement à quelques-unes des œuvres majeures de Shakespeare, dont Hamlet, Roméo et Juliette et de nombreux sonnets. Pendant six ans, Wechsler et Koppelman ont étudié à la loupe les annotations manuscrites et réuni des éléments tendant à établir que le dictionnaire appartenait bien à Shakespeare. Pour ne citer qu'un exemple de vers attribué au maître, dans Hamlet (Acte III, scène 4) :

Gertrude : Your bedded haire, like life in excrements, Start up, and stand an end.

[La Reine. Vos cheveux, excroissances animées, se lèvent de leur lit et se dressent.] [1]

Or, dans le dictionnaire, on trouve au mot stare : His haire Stareth or standeth on end.

 

S 2

photo: shakespearebeehive.com

 

   

 

 

 

 

 

 
Il y a de subtils indices, tels les huit exemples de penchant du maître pour les mots commençant par W ou S. Certes, on ne trouve pas de preuve irréfutable, mais on est en présence d'une accumulation de termes que Shakespeare n'a pu trouver que dans le Baret. En effet, outre son immense talent de dramaturge, Shakespeare passe pour avoir considérablement enrichi la langue anglaise en répandant l'usage de termes  rares ou inusités. Un peu comme, plus près de nous,  Charles de Gaulle [2] ou PierreCoined Trudeau, William Shakespeare affectionnait les termes peu courants et contribua à les populariser. Les a-t-il pêchés dans le Baret ? Et, plus précisément, dans l'exemplaire entre les mains de Koppelman et Wechsler ?

    Les spécialistes demeurent réservés. [3] Wechsler explique : « Ils nous ont beaucoup aidés de leurs conseils, mais il est évident qu'ils n'étaient pas prêts à risquer leur réputation en cautionnant une telle prétention ». Ainsi, Stephen Greenblatt, biographe et spécialiste de Shakespeare, se réjouit de la découverte d'une source d'informations jusqu'ici inconnues : « Elles conforteraient, de façon fascinante, la passion que Shakespeare éprouvait pour la langue. Nous savions qu'il avait un faible pour les mots inusités – mais nous ne savions guère où il allait les dénicher ». Mais il admet ne pas avoir eu le temps d'examiner tous les éléments tendant à montrer qu'il s'agit bien du dictionnaire de Shakespeare.

    Wechsler s'attend que, quelle que soient les éléments de preuve qu'il pourra présenter, d'aucuns ne le croiront pas. Avec Koppelman, il vient de publierS 3, à l'occasion du 450ème anniversaire de la date presumée de la naissance de Shakespeare, un livre de 300 pages (Shakespeare's Beehive) exposant une thèse qui a le mérite de montrer que l'Alvearie a joué un rôle fondamental dans la composition de bon nombre des œuvres de Shakespeare et que c'est l'une des découvertes les plus retentissantes de l'histoire de la littérature. En ouvrant le dictionnaire aux spécialistes, de nouveaux éléments ne peuvent qu'apparaître : « Si George et moi avons pu y voir des choses, que ne trouveront-ils pas ? ».

    Le grand bouquiniste new-yorkais Jim Cummins a lu le livre et a jugé les arguments persuasifs. Toutefois, il est impossible d'en prévoir le prix, « des dizaines de millions. Une de mes connaissances parle de plusieurs centaines ».

À l'heure actuelle, le dictionnaire est en sûreté, dans une chambre forte, à New York. Toutefois, il a été numérisé et peut être consulté en ligne sur : www.shakespearesbeehive.com

Jean L.

D'après un article de Mark Tewfik dans The Sydney Morning Herald du 21 avril 2014.

[1] W. Shakespeare. Hamlet. Traduction de François-Victor Hugo. Univers des lettres, Bordas, Paris (2005), p.126.
[2]  On se souvient du « quarteron de généraux en retraite », de la « chienlit » et autres « étranges lucarnes ».
[3] Buzz or honey? Shakespeare's raises questions,
Folger Shakespeare Library, 21 April 2014

Lecture supplémentaire :

La pièce bidon de Shakespeare "Double-falsehood" s'avère être authentique

Ajout humoristique :

Une conversation imaginaire entre Shakespeare et son editeur :
(5 minutes, 50 secondes)

 

 

HAPPY BIRTHDAY, WILL

William Shakespeare aurait eu 450 ans aujourd'hui !

Shakespeare-766686

 
La date de naissance de Shakespeare, nulle part enregistrée, est réputée être le 23 avril 1564 (même chose pour la date [1] de sa mort, en 1616).

Celeb
On a tellement glosé, dans toutes les langues du monde, sur sa vie (y compris la controverse qui dure depuis  des siècles sur l'identité véritable de l'auteur des écrits attribués à Shakespeare) qu’on a l’impression qu’il ne reste rien à ajouter. Mais, comme toujours, Le Mot Juste entend être à l’avant-garde du peloton et, pour justifier cette prétention, il prépare un article sur une découverte toute récente, portant sur la vie du grand dramaturge et poète anglais, qui sera publié dans les prochains jours. Donc, ces jours-ci, restez attentifs ou, mieux encore, surveillez bien votre écran ! 
 
William Shakespeare

“When we are born, we cry that we are come to this great stage of fools.”
King Lear

[1]  Coïncidence : William Shakespeare et Miguel de Cervantès moururent le même jour.

Lecture supplémentaire :
Churchill, Cervantes et Shakespeare

Post Scriptum : St_George_by_Raphael

Le 23 avril on fête également le jour La Sant Jordi  (Saint-Georges).  Saint-Georges est le patron de la Catalogne. La tradition veut que, chaque année, on offre une rose, et depuis peu, un livre.

Mondiale

Depuis 1995 l'UNESCO en a fait la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur.   

En Angleterre ce jour s'appele "the National Day for England", bien qu'il ne soit pas une fête nationale officielle.

La gaufre belge présentée aux États-Unis
il y a 50 ans

Aujourd'hui on fête le 50 ème anniversaire de l'ouverture de la Foire internationale de New York – le 23 avril 1964.

photo : QUEENS ECONOMIC DEVELOPMENT CORP

Marle Paule Vermersch est venue à New York de la Belgique pour offrir des gaufres à la Foire International de 1964. Elle revient maintenant pour fêter le 50ème anniversaire de cet évènement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La boutique de gaufres belges à la Foire Internationale de New York, 1964

PHOTO :POKRESS, DAVID/FREELANCE, NYDN

Étymologie :

Les étymologistes rattachent ce mot au francique   « wafla ». Le terme « walfre » indique vers 1185 une « sorte de pâtisserie cuite entre deux plaques divisées en cellules qui lui impriment un dessin en relief ». En 1433, le Compte de la bonne maison des Ladres, répertoriant les ustensiles de la cuisine, indique un fer à « waufres » mais le Ménagier de Paris  utilisait déjà l'orthographe « gauffre ».  Jean Nicot donne « goffre » ; le Dictionnaire de l'Académie française à partir de la 4e édition (1762) supprime le doublement du « f » tandis que  Jean-François Féraud dans son Dictionnaire critique de la langue française ajoute un accent circonflexe (gaûfre).

Depuis le xixe siècle, l'orthographe usuelle est « gaufre » et le  genre féminin sauf dans certaines régions de la Suisse romande : Genève, Fribourg et Neuchatel.  

Du francique viennent aussi waffle et wafer [1]  en anglais, wâfelWaffel en allemand, wafel en néerlandais, wåfe en  wallon wafe en wallon de Liege, vaffel en norvégien, våffla en suédois.

(Source : Wikipedia)

PHOTO : NOONAN JEANNE FREELANCE NYDN

[1] wafer en anglais = gaufrette en français
Wafer

 

 

 

Emission radio :

It was the 1964 World's Fair when Americans fell in love with Belgian waffles

Public Radio International

 

 

Les mots anglais du mois :
billet, ticket, contravention

English

 

français 

ticket 

  Ticket

 

 

 

ticket, billet

note, banknote 

 

billet
(de banque)
 

Contravention:
breach of regulations,
petty offence.

Contravention :
manquement
aux prescriptions
d'une loi,
d'un règlement
ou d'un contrat

Les trois mots existent en anglais et en français. Le mot anglais billet est un faux ami du mot français, comme nous expliquons par la suite.

Commentaire :

Ticket dérive de l'anglais, mais il est d'autant plus acceptable en français qu'il provient du mot « étiquette ». Employé dans le sens de « contravention », ce serait un anglicisme.

Billet a un sens plus général que ticket et coupon : il englobe les tickets et les coupons (sauf de titre). (Des difficultés de la langue française, Éditions Larousse, 2007). Il ne s'emploie pas en anglais dans le même sens. On parle d'un "theatre ticket". (theater aux États-Unis).

Contravention: entré dans la langue anglaise vers 1570, du bas latin contraventionem désignant l'action de contrevenir (Online Etymology Dictionary). Le terme désigne un délit mineur, sanctionné d'une peine de simple police et généralement puni d'une amende. La contravention est constatée par un document, le procès-verbal. Pour le bout de papier que l'agent de police transmet au conducteur ou que celui-ci trouve sur la para-brise de sa voiture, les mots summons (assignation) et ticket s'emploient en Grande Bretagne, lorsque le mot citation est plus commun aux États Unis.

Les mots billet en anglais et « billet  » en français sont des faux amis. En anglais, billet (verbe ou substantif) n'a rien à voir avec un ticket ou un coupon. Il désigne un cantonnement chez l'habitant : to billet soldiers on somebody, on a town. [1] Le terme dérive de l'expression française billet de Billet-de-logement-1logement qui désignait le titre remis à un militaire et l'autorisant à loger chez des particuliers. Historiquement, il obligeait les habitants à accueillir chez eux des militaires en campagne et constituait une charge particulièrement mal perçue par la population. Il arrivait même que cette pratique prenne un caractère punitif, voire persécuteur telles les dragonnades dirigées contre les protestants à l'époque de Louis XIV. Normalement, lorsqu'ils n'étaient pas en campagne ou en manœuvres, les militaires étaient logés dans des casernes ou des camps ; il arrivait même qu'ils habitent avec leurs familles à proximité de ceux-ci. En anglais, le mot billet en est venu, par extension, à désigner non plus le titre de logement, mais le logement lui-même. Ainsi, pendant la dernière guerre mondiale, de nombreux civils ont été évacués des centres urbains menacés par les bombardements et hébergés (billeted) dans des locaux communaux ou chez des particuliers. Ce fut le cas au Royaume-Uni où, notamment pendant le Blitz, des enfants ou d'autres personnes dont la présence n'était pas indispensable dans les grandes villes ont été mises à l'abri en milieu rural.

Le billet de logement, argument comique

Un faux billet de logement est un moyen ingénieux pour un faux militaire de pénétrer dans l'intimité d'une famille (c'est-à-dire pour un amant de rejoindre son aimée chez elle). Cet artifice est utilisé notamment dans  Le Secrets_d_alcove01Barbier de Séville, la comédie bien connue de Beaumarchais.  Il inspire également en  1954 le segment, Le Billet de logement, réalisé par Henri Decoin, dans le film à sketches Secrets de l'alcôve

 


Quand les billets de logement déclenchaient la guerre
:

L'un des principaux griefs que les colons américains nourrissaient à l'égard du gouvernement britannique et qui contribua à déclencher la Guerre d'Indépendance, était justement le logement des militaires chez des civils. En conséquence, le troisième amendement à la Constitution des États-Unis d'Amérique (adopté en 1791) a été ainsi conçu : "En temps de paix, aucun soldat ne pourra être logé 3rd Amendmentdans une maison quelconque sans le consentement du propriétaire et, en temps de guerre, il ne pourra être logé que selon les règles prescrites par la loi." 

[1] Oxford Dictionaries (site internet) :

Noun : A place, usually a civilian's house or other nonmilitary facility, where soldiers are lodged temporarily.

Verb: Lodge (soldiers) in a particular place, especially a civilian's house or other nonmilitary facility:

Lecture supplémentaire :

 Je vous fiche mon billet…

Jonathan G. & Jean L.