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Le français tel qu’on le parle

Langages Yankees : Gringos, Turcos et autres Godos

Dominique Mataillet

L'article suivant a paru dans FRANCE-AMERIQUE, la plus grande publication de langue française aux États-Unis et la seule à être diffusée à travers tout le territoire américain. Nous le reproduisons ici avec l'aimable autorisation de Madame Guénola Pellen, la rédactrice en chef de FRANCE-AMERIQUE.

Un peu partout dans le monde, les Américains – il serait plus juste de dire les Étatsuniens – sont affublés du surnom de Yankees. On n'est pas très sûr de l'origine du mot. Il pourrait dériver du premier néerlandais Jan-Kees, les Hollandais ayant été les premiers Européens à s'installer au début du XV11 siècle, sur les bords de l'Hudson.

Dans les pays latino-américains, c'est le terme Gringo qui a cours. Selon certaines sources, il viendrait de l'injonction « Green go ! » adressée par les Mexicains aux Américains pendant la guerre de 1846-1848.- le vert était la couleur des uniformes américains de l'époque. Mais il s'agit plus vraisemblablement d'un mot utilisé depuis plus longtemps en Espagne pour désigner les étrangers, avant qu'il ne franchisse l'Atlantique pour s'appliquer plus spécifiquement aux locuteurs de l'anglais.

Toujours en Amérique latine, les Turcos, contrairement à ce que l'on pourrait penser, ne sont pas d'origine turque, mais arabe. Leurs ancêtres ont émigré à une époque, avant le début du XXe siècle, où leurs pays – la Syrie et le Liban actuels en particulier – étaient sous la coupe ottomane.

Pour comprendre les noms que les peuples se donnent les uns aux autres, un retour sur un passé encore plus lointain s'impose parfois. Les Espagnols sont traités par les Sud-Américains de Godos en raison de leur prétention à descendre des Goths, cette population germanique qui s'établit dans la péninsule ibérique au Ve siècle.

On n'est jamais mieux servi que par soi-même. Les Roms, ces « gens de voyage » qui souffrent de nombreuses formes d'exclusion dans les pays européens, ont au moins obtenu une satisfaction sur le plan symboliques : ce nom de Roms, qu'ils se sont eux-mêmes choisi, a fini par s'imposer dans le langage courant. Il s'est substitué à des appellations telles que Tsiganes, Manouches, Romanichels, Gitans, Bohémiens, perçues comme humiliantes.

Encore confond-on souvent les ethnonymes Rom et Romain. Le premier signifie « être humain » en hindi, la plus parlée des langues de l'Inde. Le second, lui, fait référence aux Romains, qui colonisèrent longuement l'ancien pays des Daces et y laissèrent en héritage une des principales langues latines encore en usage.

Cette confusion n'est pas sans rappeler celle qui entoure le terme roumis par lequel les Maghrébins désignent traditionnellement les Européens. Il n'a rien a voir avec Rome, si ce n'est par la proximité du son. Pour les habitants du Proche-Orient, ce mot a évoqué successivement les Grecs, les Byzantins, les Anatoliens. Les Arabes l'ont emmené avec eux en Maghreb, d'où il a gagné l'Andalousie et même le sud de la France et de l'Italie, où, sous la forme romi, il a parfois pris le sens de pèlerin.

On précisera que roumi, tombé un peu en désuétude, a cédé beaucoup de terrain à gaouri, issu du turc gavur, lui-même emprunté au persan gabr, par lequel on désignait en Iran les fidèles de la religion de Zoroastre.

Plus au sud, en Afrique subsaharienne, les sobriquets ne manquent pas pour l'Européen ou le Blanc : toubab (probablement de l'arabe toubib) au Sénégal, nassara (de nazaréen) au Burkina Faso, mundele en République démocratique du Congo, otangani au Gabon, yovo au Togo, vahaza à Madagascar.

Ces diverses dénominations, il faut le souligner, n'ont pas nécessairement une connotation négative ; tout dépend du contexte et de l'état d'esprit de l'utilisateur. On ne peut pas en dire autant des termes longtemps employés en France pour parler des Allemands. Boches, Chleuhs (du nom d'une population berbère du Maroc !), Frisés, Fridolins, Teutons…tous étaient imprégnés d'un très fort sentiment de mépris ou de haine.

Dans la France d'aujourd'hui, la xénophobie vise souvent les Arabes. L'un des termes prisés par certains Français pour railler les Nord-Africains est celui de bougnoul. Ce qu'ils ignorent en général, c'est qu'au Sénégal, d'où ce mot, importé pendant la colonisation évoqué, en wolof, la couleur noire. Mais on ne peut pas attendre des racistes qu'ils brillent par leurs connaissances historiques.

Note du blog:

 

Le terme cafre ou caffre désigne les  Noirs de la Cafrerie (région comprenant tout puis partie de l’Afrique australe et désignant les peuples indigènes,  péjorativement appelés en Afrique du Sud : Kaffer (KaffirKeffir). Parmi certains blancs parlant l'afrikaans et l'anglais pendant les années de l'Apartheid, Kaffer était assimilable au mot nigger aux États-Unis ou nègre dans la France coloniale. L’origine probable du terme est le mot arabe kafir (kfr) qui signifie « incroyant » ou « infidèle ». C'est ainsi que les marchands d’esclaves arabes désignaient les habitants des régions allant du comptoir mozambicain au Cap  de Bonne-Espérance, ces « non-convertis à l’Islam  » dont la doctrine religieuse autorisait le commerce. Ce n'est que plus tard que les Européens, au premier rang desquels les Portugais, reprirent le terme jusque dans les formes qu'on lui connaît aujourd'hui en afrikaans (kafer) et en créole réunionnais (caf ou kaf).

 

Revue de Villon, de Murray Mednick, Odyssey Theater, Los Angeles

Par Michèle Druon, pour Le mot juste en anglais.

 

Druon portraitNous souhaitons la bienvenue à notre collaboratrice fidèle, Dr. Michèle Druon, professeur émérite à la California State University, Fullerton, où elle a enseigné la langue, la culture et la littérature  françaises.  Mme Druon a fait ses études universitaires d'anglais (spécialisation : Littérature & Culture Américaine, Licence) à l'Université d'Amiens,  et en Lettres modernes, (Licence, mention très bien), à l'Université d'Aix-en-Provence. Elle a obtenu son Doctorat en Littérature française à l'University of California at Los Angeles (spécialisations: le Nouveau roman; Théorie et critique littéraire contemporaine; philosophies post-modernes).

Elle a publié des articles en français et en anglais dans de nombreuses revues littéraires universitaires et philosophiques (French Review, Stanford French Review, L'Esprit Créateur, Problems in Contemporary Philosophy), ainsi que dans des livres publiés aux États-Unis, en France et au Japon.

Michèle est actuellement chargée de la liaison avec les Écoles de l'Alliance Française à Pasadena, ainsi que du Groupe Cinéma (sorties et discussions mensuelles sur films français). Bien qu'officiellement
à la retraite, elle est invitée à enseigner occasionnellement à la California State University.

——————————————–

 

Villon (Murray-Mednick)J'ai vu récemment au théâtre Odyssey à Los Angeles (1), Villon, une pièce écrite et mise en scène (en anglais) par Murray Mednick (2): c'est un spectacle vif et divertissant, inspiré par la vie de François Villon, ce grand poète de la fin du Villon_portrait Moyen-Age (3) dont l'œuvre et la vie exceptionnelle n'ont cessé de fasciner, traversant siècles et cultures, jusqu'à aujourd'hui.

 

La pièce de Murray Mednick s'inscrit en effet dans une longue tradition d'évocations théâtrales, cinématographiques, et même musicales (4) de celui qui devint une légende à la fois pour la poésie magnifique qu'il nous a laissée, mais aussi pour la vie terrible et extraordinaire qui fit de lui, comme Rimbaud le sera plus tard, un «poète maudit »: tour et tour chéri et banni par les princes, il fut aussi un criminel et un voleur qui fut un temps emprisonné, échappa de peu à la pendaison, et mena par moments une vie errante et misérable, souvent en compagnie d'une bande de personnages peu recommandables qui se faisaient parfois passer pour une troupe de troubadours. Banni définitivement de Paris après une dernière frasque, Villon disparut un jour, à l'âge de 31 ans, sans laisser de traces – laissant planer sur sa fin un mystère jamais résolu.

Les principaux épisodes de cette vie peu communesont évoqués dans la pièce de Mednick sur un mode le plus souvent comique et ludique, à travers une série de scènes qui parodient différents genres:le mélodrame, le récit de cape et d'épée (avec combats d'escrime sur scène), la farce paillarde (avec force grossièretés et humour scatologique). Les scènes et les répliques se succèdent à un rythme effréné et bousculent la chronologie et la narration classiques en juxtaposant les lieux, les époques et les identités dans le tourbillon d'événements et de personnages qui forment la vie de Villon. Le décor, rustique et élémentaire, se prête à cette plasticité spatiale et temporelle: une table ronde et quelques chaises suffisant à évoquer, par quelques changements d'éclairage, tantôt la cabane natale de Villon, tantôt une taverne, tantôt les bois où Villon trouvait refuge avec sa bande de brigands.

Les acteursde la troupe, tous excellents et parfaitement entraînés, suivent avec aisance le rythme imposé, tout en projetant dans leurs rôles une énergie, un humour et un entrain qui ajoutent beaucoup d'attrait à la pièce.

Tout au long de l'histoire de Villon sont entrelacés des thèmes plus sérieux, reflets de préoccupations chères à Mednick, sur la nature du mal, la fin du monde, l'omniprésence de la violence et la facticité de la vie et de l'art. Mais ces considérations restent toujours doublées d'ironie, en accord avec la tonalité sceptique et désabusée qui sous-tend le comique de la pièce.

Empreinte de métafiction post-moderne, la pièce de Mednick met aussi en scène sa propre théâtralité: à l'image de la troupe de (faux) troubadours qui composaient autrefois la bande de Villon, les personnages que nous voyons ici sur scène s'auto-désignent comme une troupe d'acteurs qui rejouent la vie de Villon. Par un effet parallèle de distanciation brechtien (ou pirandellien), ils sortent à intervalles fréquents de leur rôle pour interpeller les spectateurs (5), commenter l'action, ou mettre en question leur propre personnage.

Parmi les personnages qui retracent ou rejouent la vie de Villon, le plus important est Clotilde, dont Peggy Ann Blow fait ressortir ici la complexité, avec beaucoup d'art et de finesse : elle figure tantôt la mère abusive de Villon, tantôt une vieille bossue qui semble avoir été à la fois sa complice et sa protectrice. A ses côtés, la provocante et acerbe Isabeau – à qui la jeune Alana Dietze donne verve et piquant – incarne principalement la sœur de Villon, mais elle tend aussi à se confondre avec une prostituée qui faisait partie de sa bande.

Un autre personnage important dans la pièce est le Vieux Villon (6), que Gray Palmer interprète avec toute la (fausse) gravité requise : il figure l'ecclésiastique érudit qui prit le jeune François sous sa protection et lui apprit le latin, ce qui lui permit de poursuivre son éducation et plus tard d'obtenir une Maîtrise es Art de l'Université de Paris.

VILLON (Kevin Weisman)Au centre de cet éventail de personnages, Kevin Weisman, dans le rôle de Villon, s'impose dès l'abord par son intensité et sa forte présence physique : il imprime à son rôle toute la rage, toute la violence inscrites dans la vision de Murray Mednick. Villon apparaît ici comme une sorte de Robin des Bois rageur, sarcastique, iconoclaste et nihiliste qui bat sa mère, tue des prêtres, ne croit ni en dieu ni en diable etdéfie toutes les autorités. D'un bout à l'autre de la pièce, la colère est l'émotion dominante du personnage, souvent présenté comme impulsif et sujet à des accès de violence. Si l'origine de cette colère semble souvent attribuée (de manière quasi-freudienne) à l'enfance malheureuse de Villon, elle prend aussi au cours de la pièce la dimension plus générale et plus philosophique d'une révolte métaphysique contre un monde absurde et vide de dieu – perspective qui se rapporte davantage à la philosophie existentialiste qu'au monde médiéval de Villon.

Ce détournement voulu de l'histoire de Villon se retrouve dans les nombreux anachronismes de la pièce, et surtout dans la métaphore dominante de l'Acteur, ici assimilée à la figure du Poète-Artiste, mais aussi au statut de l'individu dans le monde contemporain (7).

En modernisant la figure iconique de Villon, Murray Mednick lui a aussi donné une richesse de significations qui suscitent sans nul doute intérêt et questionnements. Mais ce qui persiste finalement dans l'esprit du spectateur, pourtant invité à rire ou à sourire pendant la plupart du spectacle, ce sont les rares moments lyriques de la pièce, quand se trouvent évoqués des passages célèbres de la poésie de Villon : tel le passage poignant de beauté et de nostalgie quand un merveilleux montage de peintures de visages féminins forme un contre-point visuel à une des plus belles ballades de Villon, si bien chantée autrefois par George Brassens : « La Ballade des Dames du Temps jadis » (8)

«Dictes moi où, n'en quel pays ( n' =et)

Est Flora la belle Romaine ;

Archipiades ne Thais (ne = et)

Qui fut sa cousine germaine (…)

Echo, parlant quand bruit on mène

Dessus rivière ou sur étang

Qui beauté ot trop plus qu'humaine ? (ot = eut)

Mais où sont les neiges d'antan ? »

Le Testament, 1459-59 (9)

 

Un autre moment d'émotion surgit pour le spectateur à l'évocation de cette autre ballade si célèbre – et rendue plus bouleversante encore de l'appel qu'elle nous adresse, par-delà le temps et la mort :

Frères humains, qui après nous vivez

N'ayez les cœurs contre nous endurcis,

Car, se pitié de nous pauvres avez,

Dieu en aura plus tôt de vous mercis.

(…)

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre »

Le Testament, connu comme l'Epitaphe de Villon, fin 1462, Paris (10),

Et c'est cette prière dont la force et la ferveur n'ont pas faibli à travers les âges, c'est ce magnifique appel à la compassion, au pardon, ou à la simple humanité qui résonnent encore en nous, spectateurs de Villon, à la fin de la pièce, comme ils résonneront sans doute encore longtemps à travers les pays et les siècles.

Notes :

(1) La pièce a été présentée au Odyssey Theatre (2055 S. Sepulveda Blvd., Los Angeles) jusqu'au 23 mars 2013.

(2) Entre autres accomplissements, il faut souligner que Murray Mednich fut un pionnier des mouvements OFF and OFF Broadway dans les années 60 et 70, et fondateur et directeur artistique du Festival/Atelier Padua Hills Playwrights à Los Angeles de 1978 à 1995.

(3) François de Montcorbier dit Villon (né en 1431, disparu en 1463).  Edités en 1489 par Antoine Vérard, ses poèmes connaîtront une grande célébrité après sa mort: 34 éditions se succéderont jusqu'au milieu du XVIe.

(4) La poésie et la vie de Villon ont en effet inspiré une incroyable quantité d'œuvres de toutes sortes à travers différents pays, entre autres l'Allemagne, l'Angleterre, le Japon, l'Amérique, la Russie, l'Europe de l'Est, etc. – surtout dans la première partie du XXème siècle. Des versions cinématographiques de Villon ont été jouées entre autres par John Barrymore, Douglas Fairbanks Jr. et Errol Flynn. Pour la littérature, mentionnons au passage Berthold Brecht, dont le Baal (1918-19) est basé sur Villon, et pour l'opéra, Le Testament (1921-22), d'Ezra Pound.

Villon book cover                                       Villon pound

Villon je

(5)
Avec des références répétées, et d'ailleurs assez irritantes, aux «adolescents» que sont les spectateurs.

(6) Ce personnage, qui s'appelait en réalité Guillaume de Villon, et dont le poète reprit plus tard le patronyme, est aussi désigné dans la pièce sous le nom de François Villon, ce qui accentue les effets de dédoublement et de confusion des identités recherchés par l'auteur.

(7) Mednick semble ainsi suggérer que chacun de nous est un acteur – que nous sommes tous «en représentation » dans une société du spectacle où tout n'est plus qu'images et apparences, et où la vérité et l'identité des êtres se dissout dans une facticité généralisée.

(8) Voir mise en musique du poème dans l'album "Le vent", de Brassens, 1953.

 

(9) La ballade fait son apparition au XIVème siècle. Elle comporte 3 strophes et une demi-strophe ou envoi. Comme le rondeau, cette forme poétique disparaîtra à partir du XVIème siècle mais les Romantiques la redécouvriront au début du XIXème siècle.

(10) On s'accorde à penser que «La Ballade des Pendus » fut composée par Villon alors qu'il était emprisonné et condamné à être pendu, mais le fait n'est pas complément établi.

Villon Balade

La paperasserie (red tape) – perspective americaine

 

by Julia Frey
(julia.frey@aya.yale.edu)

 

publié avec la permission de l’auteur

How do you say “Catch 22” in French?

My husband and I need French permis de conduire (driver’s licenses). Makes me nervous. French paperasserie (red tape) is notorious. Of course, bureaucracy has a bad rep everywhere. Lately Le Monde discussed the nightmare of trying to pay a fine in Russia. And we won’t even mention the U.S. Immigration Service. Besides, what am I afraid of? A recent sondage (poll) says “73.2 pour cent (%) des Français” are proud of their fonctionnaires. The five to six million employées of la fonction publique (literally: public functioning), who represent 20 to 25% of the working population of France, are a class act. Civil servants run all government agencies, from la Poste (the post office) to the Elysée Palace, including hospitals and l’Education Nationale. Access to these jobs is exclusively by competitive exam and includes lifetime job security. The French consider this le rêve (a dream job).

Still, it’s a love-hate relationship (“je t’aime moi non plus”). Look up bureaucratie in Robert’s Dictionnaire. First definition: “l’influence abusive de l’administration” (misuse of official power). Napoléon’s improvement on the centralized administration inaugurated by Louis XIV’s finance minister, Jean-Baptiste Colbert, was to give local prefects executive power, thereby attaching the hands of petty bureaucrats to the long arm of the nation. Georges Clemenceau (1841–1929), twice prime minister, noted humorously, “France is an extremely fertile country: If you plant fonctionnaires, what grows is taxes”. He further commented, “Fonctionnaires are like books in a bookcase. It’s the ones on the top shelf that get the least use”. Maybe that’s why fonctionnaires are called ronds de cuir (literally, rounds of leather). A rond de cuir is a cushion shaped like an inner tube, for people who’ve developed hemorrhoids from sitting too long.

But back to our driver’s licenses. First stop, la gendarmerie (police station), where a smiling fonctionnaire leans toward us conspiratorially. “Don’t get a permis de conduire”, she says. “Just use your foreign one. We don’t give traffic points to non-French licenses”. I’m astonished to hear an official suggest using the “système D” (for débrouillard — i.e. finding a clever, but unofficial way around a problem). But what if we have an accident? Answer: The insurance wouldn’t pay. So we’re off to the sous-préfecture for licenses, bringing the required papiers: passports, photos, current driver’s licenses, birth certificates, and preuves de domicile (proof of address).

It’s a little like the supermarché fish counter: take a number, faire la queue (wait in line). Our turn finally comes. The fonctionnaire just needs to verify la réciprocité. Quoi ? Since there’s no national U.S. driver’s license, France requires a separate reciprocity agreement with each state. Only some states have them. Auguste has a New Jersey license. New Jersey n’est pas sur la liste.

“So what should I do?” he asks.

“You have to go to driving school”, she says, “then pass a driving test”.

“But I passed my test in Holland when I was 18 years old”.

“Why didn’t you say so? France has réciprocité with les Pays-Bas”.

Auguste tossed his expired Dutch license years ago. Pas de (pro) blème. Just ask Dutch authorities to document you’ve had a license. At gendarmerie, declare license lost. At préfecture provide documentation and declaration, plus self-addressed, stamped envelope. Eventually you’ll get French license.

My turn. Colorado has réciprocité. Extra (extraordinaire, great) ! I sail through, pocketing temporary license and providing SASE. Envelope arrives—no license. Inside, letter requesting copy of my titre de séjour (long-stay visa). Wait a minute! As the non-working wife of a European, legally I don't need a visa. But in l’administration, sometimes the right hand doesn’t know what the left hand is doing. The legislation is complicated, and fonctionnaires famously devise information au pif (by nose, i.e., by the seat of their pants), or worse, à la tête du client (depending on whether they like your face) Four email exchanges, five trips to the wrong offices, and no official can help me out. Everyone says something different. C’est Kafkaïen (Kafkaesque). Finally they insist I get a visa anyway. Want to say “Catch 22” in French? Try cercle vicieux or situation inextricable.

I wait for hours outside the préfecture for a chance at one of the 49 daily appointments to apply for long-term visas. The 293 people behind me in line don’t get one. I show the fonctionnaire all the required papiers. “Mais où est votre mari ?” My husband? I didn’t bring him—“Il n’est pas sur la liste !

If you can’t fight city hall, make fun of it. In Paris as I write, not one but two comedies mock civil servants: one about a fonctionnaire who wants to organize a general strike so he can go to a soccer game, the other a revival of Georges Courteline’s 1911 play Messieurs les Ronds-de-Cuir.

 

Les vidéo clips du mois –
Arthur Benjamin fait « Mathémagie »
(et donne aussi des conseils pedagogiques)

" Les mathématiques sont la poésie des Sciences"
Léopold Sédar Senghor

Le mathémagicien Arthur Benjamin présente un spectacle en direct dans lequel il défie des calculatrices de poche au calcul du carré de nombres à 3 chiffres, résout mentalement une équation mathématique énorme et devine quelques jours de naissance. Comment fait-il? Laissez-le vous expliquer.

 

Il y a toujours quelqu'un pour demander à son professeur de mathématiques : "Vais-je un jour me servir dans ma vie du calcul ?" Et pour la plupart d'entre nous, selon Arthur Benjamin, la réponse est non. Il nous propose une audacieuse manière de transformer l'enseignement des mathématiques pour la rendre pertinente à l'ère du numérique.

 

 

 

Comment j'ai detesté les mathématiques (bande-annonce)

  

 Lecture supplémentaire :

Martin Gardner
Age : 8 ans et plus
Dover Publications; First Edition edition (June 1, 1956)

Catherine Pizani –
linguiste du mois de mars 2014

   

Catherine au "bureau de la traductrice".   
Parmi ses beaux livres, un atlas des langues

LMJ : Vous êtes française, mais vous habitez au Mexique, plus précisément à Guadalajara, ce nom si difficile à prononcer pour les francophones ! Comment cela se fait-il ? Racontez-nous votre parcours.

Guadalajara 1Catherine : Guadalajara vient de l'arabe Wad-al-Hidjara, signifiant « le fleuve qui coule entre les pierres» ainsi nommée en hommage à la ville du conquérant de l'ouest du Mexique, Nuño Beltrán de Guzmán, originaire de Guadalajara, en Espagne. 

Je suis née à Tours, dans l'ouest de la France, où j'ai fait mes études secondaires au lycée Balzac. En fait, je suis une littéraire contrariée qui a étudié les langues et le commerce international. Je devais faire Hypokhâgne et Khâgne [1] après le baccalauréat mais je suis partie vivre à San Francisco pendant un an. Ce fut une belle aventure qui m'a ouvert les yeux sur le pays où je vivais et, plus généralement, sur le voyage. J'ai traversé deux fois les États-Unis dans un bus hippie qui s'appelait The Green Tortoise. Nous campions Pizani Green_Tortoise_1993 dans les parcs, faisions la cuisine en commun et certains d'entre nous se baignaient nus dans les cascades que nous trouvions en chemin. Une belle expérience qui finalement se voulait un hommage aux années 70, à la Beat generation, voire peut-être aux romans de Jack Kerouac sans la partie érotique…et encore ! En tout cas, cela m'a donné le goût des voyages et de la diversité culturelle, celui de passer les frontières et de voir comment l'identité culturelle façonne la pensée de l'individu. Je voyage seule depuis l'âge de 16 ans et c'est certainement ce qui m'a poussé à aimer les langues étrangères.

LMJ: Comment cultivez-vous ensuite ce goût des langues et quel cursus entreprenez-vous ?

Catherine : De retour des États-Unis, j'ai entamé des études de langues étrangères appliquées au commerce international (L.E.A) menant à une maîtrise Pizani Sorbonneobtenue au Mans et couronnées par un DESS de négociation commerciale internationale à la Sorbonne Nouvelle, Paris III (devenu mastère avec la nouvelle nomenclature européenne). Ces diplômes en poche, je me suis lancée dans la vie professionnelle en travaillant comme trader chez Elf France, puis comme responsable de projets industriels financés par la Commission européenne, pour un cabinet parisien de consultants. Je me suis ensuite orientée vers le journalisme parce qu'on m'y a invitée. J'ai travaillé pendant pratiquement deux ans dans la presse spécialisée en communication, puis j'ai fait un stage de journalisme au CFPJ (Centre de formation et de perfectionnement des journalistes) à Paris tout en étant pigiste pour différents magazines.

LMJ: Nous ne sommes  pas encore au Mexique. Comment vous vient l'idée de vous y rendre et comment faites-vous connaissance avec ce pays ? La Californie en fut-elle la porte d'entrée ?

Catherine : La Californie n'a rien à voir avec ma décision de partir au Mexique, même si la communauté mexicaine y est très présente. Mes séjours ont correspondu à des étapes très précises de ma vie, j'avais 20 ans en Californie et je découvrais le monde, alors que je suis partie au Mexique à 31 ans, en emportant avec moi un « petit bout » de vie professionnelle et personnelle. Je travaillais à Paris quand le directeur des études d'une université mexicaine m'a proposé un travail à Guadalajara. J'ai accepté et suis partie sans hésiter car j'ai toujours été séduite par ce continent lumineux aux variantes linguistiques. J'ai donc connu le rouge de la terre mexicaine, ses multiples verts, l'ombre et le soleil. J'ai découvert « cette Amérique latine si profondément porteuse d'humanité », comme le dit si bien Philippe Ollé-Laprune. Fascinée par cette terre bigarrée à la fois violente et magnifique, j'ai décidé de m'y installer pour y exercer le métier d'enseignante en commerce international dans une importante université jésuite de l'état de Jalisco où je réside.

LMJ: Où avez-vous appris l'espagnol ?

J'ai appris l'espagnol dans le secondaire, c'était l'une des trois langues vivantes Erasmusque j'avais présentées au baccalauréat. Ensuite j'ai poursuivi l'étude de l'espagnol à l'université où j'ai reçu une bourse Erasmus pour aller étudier et travailler en Galice, dans le nord de l'Espagne. J'y suis restée six mois et ce furent six mois magnifiques, je fus témoin de la renaissance d'une société qui sortait du Franquisme. C'était l'époque de la Movida [2], d'Almodovar, de la joie, des excès et de la liberté. La société civile espagnole sortait d'un mauvais rêve et elle exultait…

LMJ: Mais, comment êtes-vous venue à la traduction ?

Catherine : En 2005, une chercheuse mexicaine en anthropologie sociale me propose de traduire pour elle de l'anglais et de l'espagnol vers le français. Ces premiers travaux me passionnent et me rapprochent un peu de l'écriture. La traduction a toujours été pour moi un pont entre deux grands centres d'intérêt : les langues et l'écriture. Je passe un certificat de traduction par Internet (WLS, Dublin) et décide de m'installer comme traductrice indépendante en 2007. Depuis, je me suis spécialisée dans un certain nombre de sujets : coopération internationale, environnement et questions de genre.

LMJ : Pourquoi justement les questions de genre ?

Catherine : Les rapports de genre, c'est vous et moi. Ce sont des droits humains fondamentaux qu'il faut étudier avec attention pour arriver à construire des sociétés plus justes et dénuées de préjugés. Le thème m'a toujours intéressée parce que je suis une femme et parce que je viens d'une famille assez machiste. J'ai donc voulu apporter ma pierre à la construction d'un monde un peu plus équitable, en proposant des traductions sur le sujet. Dans ce domaine, ma première traduction a été publiée chez l'Harmattan en 2012.

Cela m'a procuré à la fois un immense plaisir et une sorte de soulagement. J'ai senti que j'étais devenue traductrice à part entière, après de longues années de promotion acharnée de mes services. Un pont était enfin jeté entre les rives.

LMJ : Parlez-nous aussi de vos autres domaines de prédilection, l'écologie et la coopération internationale. Cela vous mobilise-t-il autant que les questions de genre ?

Catherine : J'aime traduire les thèmes qui m'intéressent et je crois qu'on traduit bien ce qui nous passionne. J'ai un rapport à l'environnement et à l'écologie à la fois douloureux et passionné. Je supporte mal de voir ce qu'on fait de notre planète, comme si c'était un vulgaire fonds de commerce…je crois qu'il est de notre devoir de contribuer d'une façon ou d'une autre à sa protection. Moi, j'ai choisi la traduction de l'information parce que l'information, c'est le pouvoir. Le pouvoir sur les gens et sur les décideurs.

Quant à la coopération internationale, elle a trait à la géopolitique. Derrière la géopolitique, il y a des conflits d'intérêt qui sont souvent liés à des modes de pensée différents. Des modes de communication qui se chevauchent, mais ne se rencontrent pas. Cela touche aussi la diversité culturelle de la première question.

LMJ : Une question que nous posons souvent : aimez-vous traduire et n'avez-vous jamais regretté de vous être engagée dans cette voie ?

Catherine : Le chemin parcouru a été long et sinueux mais je ne regrette rien. La traduction est une activité intense et noble. Nous sommes des passeurs entre les cultures.

LMJ : Comment conciliez-vous traduction et enseignement ? Faites-vous une place à la traduction dans l'enseignement du commerce international ?

Catherine : La traductionest mon activité principale et je traduis surtout de l'anglais vers le français. Je vais à l'université deux fois par semaine pour y enseigner la négociation commerciale internationale et ce rythme me convient bien. Je crois qu'il est important de partager son expérience avec d'autres générations. Gérer un bureau de traduction est complexe et je pense qu'il est intéressant de parler de mes erreurs et de mes victoires dans ce domaine. Je ponctue mon enseignement de cas qui ont à voir avec la négociation de mes tarifs par exemple, et avec ce que j'ai pu vivre dans mes autres métiers.

LMJ : En deux mots, quelle place la traduction occupe-t-elle au Mexique ?

Catherine : La traduction n'a pas encore gagné ses lettres de noblesse au Mexique. On ne valorise pas assez le travail du traducteur et il est souvent très mal payé. Je travaille très peu pour des clients mexicains parce qu'ils m'offrent des tarifs dérisoires ou parce qu'ils ne payent jamais. Enfin, je crois que le Mexique n'est pas une culture du livre ; très peu de gens lisent et encore moins lisent beaucoup. En outre, les grands auteurs étrangers qui sont lus au Mexique sont traduits par des traducteurs espagnols.

LMJ : La traduction étant une voie d'accès à l'écriture, votre activité de traductrice au Mexique vous a-t-elle permis de mieux connaître les lettres mexicaines contemporaines ? Parlez-nous des jeunes écrivains mexicains. 

Le lectorat européen avisé se tourne de plus en plus vers l'Amérique latine et j'en suis ravie! Il y a au Mexique une nouvelle génération d'auteurs brillants, même s'il n'est pas facile de reprendre le flambeau après Octavio Paz ou Carlos Pizani taibo_ii_paco_ignacioFuentes… je pense en particulier à Paco Ignacio Taibo II qui a réinventé le personnage du détective dans ses romans policiers ou à Jorge Volpi qui parle d'un Mexique en proie à ses propres démons : la violence et ses différents visages, l'impunité du politique, l'univers de la drogue. Il y aussi une génération à ne pas perdre de vue que l'on appelle la Génération Z, dont font partie des jeunes écrivains comme Francisco G. Haghenbeck Pizani FG Haghenbeck
ou Bernardo Fernández Bef qui revendiquent le droit de rompre les schémas littéraires de leurs prédécesseurs et se rapprochent davantage de la science-fiction, du récit policier et du livre de terreur ; ils se reconnaissent davantage dans les œuvres de Stephen King, des frères Cohen ou de Frank Miller. Il existe bien évidemment d'autres auteurs [3], d'autres styles et genres qui font du Mexique un magnifique vivier de narrateurs. Cependant, ces auteurs qui appartiennent à différents mouvements littéraires, restent avant tout les enfants de la mondialisation, de la crise, des médias sociaux, d'un Mexique aux soubresauts incessants. C'est une génération qui n'est pas dupe et qui relate un pays à la fois violent et poétique.

LMJ : Enfin, pour conclure, quels conseils donneriez-vous à celles et ceux qui veulent s'orienter vers la traduction ?

Pizani langue maternelleCatherine : Soyez humbles, curieux et cultivez votre talent comme on cultive son potager, avec amour. Aimez votre langue maternelle avec passion.

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Pizani Khagne[1] Terme familier désignant la classe de Lettres supérieures, première année du cycle préparatoire au concours d'entrée à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, la Khâgne (ou classe de Première supérieure) constituant la deuxième année. Dans le jargon estudiantin, les élèves de ces classes sont les khâgneux ou cagneux.

[2] Mouvement culturel et artistique qui naît dans les années 80, pendant la transition démocratique espagnole.

[3] Valeria Luiselli, Guadalupe Nettel, Julián Herbert, César Silva, Daniel Espartaco etc.

Les termes anglais du mois :
« subliminal stimuli », « brand placement » /
« product placement »

Le dictionnaire anglais  Merriam-Webster définit ainsi le mot « subliminal » :  relating to things that influence your mind in a way that you do not notice.

Un message subliminal est un stimulus incorporé à un objet, conçu pour être perçu au-dessous du seuil de conscience. Des techniques subliminales ont été utilisées dans la  publicité ou la propagande. Le but et l'efficacité de ces techniques font débat. Voici un tableau qui distingue entre les stimuli subliminaux et supraliminaux.

Autres termes : « subliminal advertising », « subliminal mind », « subliminal priming », (amorçage)

Le mot subliminal (anglais et français) est dérivé des termes latins sub et limen (seuil en français).

Les expressions « subliminal message », « subliminal priming », etc. remontent aux années 50 du siècle dernier quand un Américain, James Vicary, a préconisé l'utilisation de cette technique pour faire valoir des produits aux yeux des consommateurs, sans que ceux-ci s'en rendent compte. Le débat sur l'efficacité de cette méthode s'est poursuivi pendant de longues années. Dans le numéro de Novembre 2006 du Journal of Experimental Social Pschology,, par exemple, a paru un article intitule « Beyond Vicary's fantasies : The impact of subliminal priming and brand choice. »

En France, peu avant la campagne présidentielle de 1988, le visage du président-candidat,  François Mitterand, serait apparu discrètement dans le générique du journal télévisé de la chaîne Antenne 2  (devenue France 2). Les images furent rapidement retirées, et le procès intenté pour « manipulation électorale » fut perdu, car l'« image » durait plus d'un vingt-cinquième de seconde, ce qui excluait la qualification de subliminale. (Vladimir VolkoffPetite histoire de la désinformation, Éditions du Rocher, 1999, p.187).

Branding (marquage)

Un exemple de marquage qui remonte plus de cinq cents ans est le marquage au fer rouge, (livestock branding, en anglais) pour identifier le propriétaire des animaux à peaux épaisses.

Dans l'empire romain, il était employé pour marquer les esclaves. Au XVIIe siècle, en Nouvelle-Angleterre, les femmes adultères étaient marquées (cf. The Scarlet Letter de Nathaniel Hawthorne). En France, il était d'usage de marquer les forçats d'un TF (travaux forcés). Cette pratique, dite de la flétrissure, fut abolie en 1832. Mais, même dans le domaine commercial, le marquage n'a rien de nouveau. La plus ancienne marque générique, constamment employée en Inde depuis la période védique (de 1100 av. J.C. à 500 av. J.C.), est la pâte d'herbes dénommée Chyawanprash, consommée pour ses vertus prétendument salutaires. Au XIIIe siècle, les Italiens marquaient les produits avec des décalcomanies.

« brand/product placement » 

En ces temps de concurrence acharnée, le « branding » est toute une industrie. Le placement de produit est une méthode un peu moins subreptice et plus morale de publicité que les messages subliminaux et n'entraîne aucune cruauté ou présentation tendancieuse.

Le « product/brand placement » (d'une marque qui s'inscrit dans la « brand strategy »), repose sur la promotion du produit dans différents supports culturels (voir ci-dessous). L'insertion de produit est un moyen complémentaire aux moyens de communication traditionnels. Les annonceurs cherchent à faire parler de leur marque, tout en evitant la pub evidente. Selon le Los Angeles Times du 3 mars 2014 : « Product placement is the practice of paying to have merchandise featured in a scene. It has become a multibillion-dollar business as more viewers skip commercials, making product placement an effective and less intrusive way to get brands in front of people."

Chaque fois que nous spectateurs de cinéma ou de télé (ou joueurs de jeux de vidéo) voyons un comédien boire un Pepsi ou conduire une Rolls-Royce, le but des fabricants est de promouvoir ces produits sans que nous nous rendions toujours compte. En plus, quand on voit qu'une certaine célébrité préfère une certaine marque, des gens achèteront un produit de cette marque pour s'identifier au style de vire de cette célébrité.

    

D'après un sondage,des produits de la marque Apple apparaissent dans un tiers des films qui ont eu le plus de succès entre 2001 et 2011. La société se défend en disant qu'elle ne finance pas cette pub « discrète », mais qu'elle se borne à offrir ses produits aux producteurs de films.

La campagne de « brand placement » la plus récente et la plus réussie a eu pour cadre la cérémonie des Oscars qui s'est déroulée à Hollywood, le 3 mars dernier et a été suivie par 43 millions de téléspectateurs aux États-Unis. L'animatrice, Ellen Degeneris, dans un geste apparemment spontané (mais soigneusement préparé avec la société coréenne Samsung, un des parrains de la soirée), a fait une « selfie » [1] pour laquelle elle a invité tout un groupe de célébrités présentes (Meryl StreepJennifer LawrenceKevin Spacey, Jared Leto et Lupita Nyong'o). Pour ce faire, l'animatrice a utilisé le modèle Galaxy Phone mais, selon certains journalistes, elle avait jusque-là utilisé un iPhone d'Apple dans les coulisses du théâtre. (Les sociétés Samsung et Apple, qui fabriquent plus de la moitié des smartphones vendus dans le monde, se font une guerre judiciaire en Asie, en Europe et aux États-Unis).

     Ellen-degeneres-oscars-selfie-2014-01
 Ellen Degeneris, l'animatrice de la ceremonie d'Oscars, Hollywood, 2014

 

Le selfie des Oscars a fait un véritable tabac, battant le précédent record [2] détenu par le Président Obama après sa réélection de 2012 et paralysant temporairement le service Twitter en dépassant les trois millions de retweets. La photo détient le record du plus grand succès jamais atteint par un tweet, rentabilisant ainsi chaque dollar déboursé par Samsung pour parrainer la manifestation.

La société Samsung a dépensé 20 millions de dollars pour parrainer la cérémonie des Oscars (dans un budget annuel global de 14 milliards de dollars, selon BusinessInsider.com).

Mais, selon tous les commentateurs, les vagues provoquées dans le monde par cette opération d'insertion d'un produit lors de la cérémonie des Oscars – hors pub officielle – a plus que restitué à Samsung chaque cent engagé pour organiser cet événement extravagant.

Les termes analysés ci-dessus font partie de la sociologie de la publicité. Donc nous terminerons cet article avec une citation extraite de Sociologie de la communication publicitaire, de Valérie Sacriste : « L'évidence étant, pour tous, que les techniques de la communication publicitaire ont forcément des effets et qu'elles peuvent manipuler à loisir la masse. (p.488, 2001/2 Vol. 51)

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[1] « Un selfie (déclinaison du terme anglais self, « soi ») est un autoportrait photographique réalisé avec un appareil photographique numérique , un téléphone  mobile (smartphone ou photophone), voire une  webcam puis  téléchargé sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram, Tumblr, et autres Flickr) pour renseigner son profil  ou son avatar , pour documenter sa présence dans un lieu ou auprès de quelqu'un (notamment une photo volée ou consentante au côté d'une célébrité), partager son état du jour, publier certaines scènes particulières. Généralement prise sur le vif, ce type de photographie est réalisée avec un appareil à bras portant ou à l'aide d'un miroir lorsqu'il ne comporte pas de caméra frontale. » (Wikipedia)

Le mot « selfie » a été choisi par les Oxford Dictionaries et d'autres arbitres de la langue anglaise comme « Word of the Year 2013 ». Selfie named word of the year for 2013, CNN, 20 November, 2013 

[2] Le précédent record de 700.000 tweets était détenu par le président Obama avec les 781.811 tweets de la photo de novembre 2012 sur laquelle il étreignait son épouse Michelle.  

Lecture supplémentaire :

For Samsung, Ellen DeGeneres' Oscars selfie is a triumph
Los Angeles Times, 3 March, 2014

Ellen DeGeneres' Oscars selfie beats Obama retweet record on Twitter
The Guardian, March 2, 2014

Top Ten: Product Placements in Feature Films
Mission: Geek, 15 July, 2013

12 Excellent Examples of How Apple Product Placements Rule Hollywood
Business Insider, August 7, 2014

The Psychology of Color in Marketing and Branding
Entrrepreeir

Jean L., Jonathan G.

Semaine de la langue française et de la francophonie 2014

par Jean Leclercq

Dans le cadre de la Semaine de la langue française et de la francophonie, et pour la quatrième année consécutive, le Service culturel de la ville de Divonne­-les­-Bains a organisé, jeudi dernier, une dictée de la francophonie. Cette manifestation conviviale a attiré une trentaine de participants auxquels Madame Marie­-Laure Berchtold a lu, avec le talent qu'on lui sait, les 302 mots du texte spécialement composé par l'écrivain et humoriste Vincent Roca [1].

En toute franchise, ce texte a  davantage surpris qu'il n'a véritablement plu. L'auteur a réalisé le tour de force d'accumuler les calembours ­ "cette fiente de l'esprit qui vole", comme disait Victor Hugo tout en insérant les dix mots retenus cette année pour le concours de textes. Il en est résulté une sorte de pastiche de Pierre Dac, relu par Marcel Proust. Votre serviteur (qui a fait cinq fautes) ne vous cachera pas que, regrettant la belle dictée proposée l'année dernière par Carole Dagher, il s'est demandé si cet exercice convenait vraiment à la  francophonie « sans frontières » et ce qu'il pouvait bien signifier en dehors de l'Hexagone initiatique. Mais enfin, jugeons sur pièce :  

La dictée de Vincent Roca

Nous ne vivons pas en France, nous avons un passeport français, hérité du berceau ou  acquis  de  haute  lutte,  ou  peut­être sommes­nous  tout simplement  de  passage, mais  nous  vivons  ailleurs. Dans  un  pays riche. Un  pays  de  connaissance,  un  pays ouvert, sans frontières, éparpillé et par milliers, nous habitons… la langue française.

Un pays où les corneilles ne mangent pas les vers, elles les écrivent, où les racines sont du caviar, où le mot lierre grimpe aux murs des maisons, où tous les hommes naissent  Hugo,  où  les  banlieues s’appellent  Guitry­sur­scène,  Trénet­sous­bois  ou Villon ­le­ Bel. Un pays où travaillent de concert artisans parleurs timbrés, sculpteurs sur mots, souffleurs de vers et fariboles, un pays où les âmes s’enflamment, où les larmes slament, où des tourneurs­phraseurs oufs ambiancent la vie d’un charivari de tournures  alambiquées, d’un tohu­bohu  d’expressions  colorées,  un  pays  où les agents sont à la circonvolution, les docteurs sont ès­lettres, et les plumitifs esbroufe.

Une terre d’accueil où les mots sans papier circulent de bouche à oreille, où le droit au  chapitre  est inaliénable, où l’on s’enlivre à tire­larigot, où l’on ne paie pas la syntaxe à la valeur ajoutée, où les partitions ne sont que des tissus de notes qu’on pose sur  les  pupitres,  où  l’on se  chauffe  aux  pianos solaires,  où  la  lune  fait  des ellipses, un pays fertile où poussent les verbes aromatiques et la ligne vierge, où des hurluberlus parlants, diplômés des  arts­dico, nous offrent de magnifiques zigzags au  lexique,  un  pays  où  l’on  couche sur  le  papier  et  l’on s’endort  dans  les  tiroirs, quand le marchand de syllabes  est passé. Un pays où l’on se nourrit d’ailerons de refrains,  un  pays  bordé  d’allégories  où  l’on  mène  une  vie  de  poème,  les  vaches regardent  passer  les quatrains,  la bise devient  baiser,  la licorne muse et la cata…strophe.

[1] Lauréat du Prix Raymond Devos.
Voir aussi : www.spectacles.fr/artiste/vincent­roca

 

La Saint Patrick,
journée nationale en Irlande

Pour la fête nationale de l'Irlande, célébrée demain, le 17 mars, nous n'avons pas préparé d'article, mais nous attirons l'attention de nos lecteurs et lectrices sur un excellent commentaire rédigé par notre collaboratrice, Isabelle Barth, Irlandaise d'origine française, sur le blog, femmexpat : La Saint Patrick, Journée nationale en Irlande.

 

CarolePour un aperçu d'un épisode inoubliable de l'histoire irlandaise, nous ne pouvons mieux faire que de vous recommander l'article que nous avons publié il y a un an sous la plume d'une autre collaboratrice, Carole Josserand.

Frank Wynn

 
Nous avons également bénéficié d'une interview, en anglais, avec l'éminent traducteur irlandais, Frank Wynn.

 

 

Dublin, ville UNESCO de la littérature

EIRE

L'année dernière, la poste irlandaise a émis ce timbre jaune clair de 60 centimes pour marquer la désignation de Dublin comme ville UNESCO de la littérature. Dans le monde, cinq autres villes seulement ont eu jusqu'ici cet honneur : Édimbourg (Écosse), Iowa City (États-Unis d'Amérique), Melbourne (Australie), Norwich (Angleterre) et Reykjavik (Islande). Le timbre reproduit les 224 mots du texte d'Eoin Moore (17 ans), lauréat d'Essence of Dublin, un concours littéraire parrainé par The Fighting Words, un atelier d'écriture dublinois.  

 

ÉIRE 60c [1]

 The thick clouds cover up the moonlight, but the city’s lights provide worthwhile illumination – above them all, the beacon burns bright atop the monolithic podium, signalling to wayfaring voyages the ancient Viking settlement.  Now, where Norsemen once stood, I look back, along the quays, streets and alleys, to where the inhabitants live their lives: eating, speaking, and breathing their city into existence.  It gives me cause to wonder, as I stroll aimlessly along the cobbled paths, about those who have traversed them before me, by carriage or before there were even cobbles to walk upon.  I feel their lives and mine are somehow connected, that we all were at one point a part of this city, living pieces of its grand, striking framework.   Every High King and scholar, every playwright and poet, every politician and every rebel, every merchant, student, and busker who ever set foot in the city holds or held onto a chunk of this city’s soul; every one of them stepped to the city’s heartbeat.  I listen to the streets at night and I can feel the city’s lifeblood pumping through me; I can feel myself flowing through it.  All of us who travel those arteries step on the words, actions, and lives of those who travelled them before us. The city embodies the people, and the people embody the city.

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[1] Plusieurs versions s'opposent quant à l'origine du nom de la République d'Irlande : pour certains, son nom vient de la déesse Ériu (Éire en irlandais) et du mot germanique land (« terre »). Erin est l'un des noms poétiques de l'Irlande. Pour d'autres, son nom vient du mot grec ancien 'ιρις' (en français « iris »). (Wikipedia)

 

Les épais nuages occultent le clair de lune, mais les lumières de la ville l'illuminent opportunément. Dominant tout, le phare projette son faisceau du haut de son piédestal monolithique, signalant aux navigateurs l'emplacement du  vieux peuplement viking. Maintenant, là où se tenaient jadis les Scandinaves, je repense, le long des quais, des rues et des ruelles, à ces lieux où les habitants vivent leur vie, mangeant, parlant et animant la ville de leur souffle. En déambulant dans les chemins pavés, je ne peux m'empêcher de songer à ceux qui les ont arpentés avant moi, en attelage, ou avant même qu'il y ait des pavés à battre. Je sens que leurs vies et la mienne sont, d'une façon ou d'une autre, liées entre elles, que nous avons tous été, à un moment donné, une partie de cette ville, les éléments vivants de sa grande et étonnante structure. Tout haut et puissant roi, tout universitaire, tout auteur dramatique et poète, tout homme politique et tout rebelle, tout négociant, étudiant ou musicien des rues qui a un jour mis le pied dans cette ville détient ou détenait un fragment de son âme ; tous, sans exception, ont marché au rythme de son cœur. La nuit, j'écoute les rues et je ressens le sang de la ville qui court dans mes veines, je me sens flotter en lui. Tous ceux d'entre nous qui arpentent ces artères pénètrent dans les mots, les gestes et les vies de ceux qui les ont arpentées avant nous. La ville incarne les gens et les gens incarnent la ville.    

 

Adaptation française de Jean Leclercq, avec l'aide précieuse de Jean-Paul Deshayes.

 

Annie Moore Coté immigration irlandaise aux États Unis, le vidéo-clip qui suit présente une chanson, Isle of Hope, Isle of Tears, dédiée à Annie Moore qui, comme tant d'immigrants accueillis à Ellis Island, New York, était pleine d'espoir d'une vie meilleure, mais aussi de nostalgie de son pays natal, quand elle à quitté l'irlande a l'age de 15 ans. 

 

 

Enfin, en guise de dessert de la fête de Saint Patrick, la chanson qui s'identifie le plus à la nation irlandaise : When Irish Eyes are Smiling :    

 

Chorus:

When Irish Eyes Are Smiling, sure 'tis like a morn in spring.

In the lilt of Irish laughter, you can hear the angels sing.

When Irish hearts are happy, all the world seems bright and gay,

And When Irish Eyes Are Smiling, sure, they steal your heart away.

Verse 1:

There's a tear in your eye and I'm wondering why,

For it never should be there at all.

With such power in your smile, sure a stone you'd beguile,

So there's never a teardrop should fall,

When your sweet lilting laughter's like some fairy song

And your eyes twinkle bright as can be.

You should laugh all the while and all other times smile,

And now smile a smile for me.

(Chorus)

When Irish Eyes Are Smiling, sure 'tis like a morn in spring.

In the lilt of Irish laughter, you can hear the angels sing.

When Irish hearts are happy, all the world seems bright and gay,

And When Irish Eyes Are Smiling, sure, they steal your heart away.

Verse 2:

For your smile is a part of the love in your heart,

And it makes even sunshine more bright.

Like the linnet's sweet song, crooning all the day long.

Comes your laughter so tender and light.

For the springtime of life is the sweetest of all,

There is ne'er a real care or regret.

And while springtime is ours, throughout all of youth's hours,

Let us smile each chance we get.

La linguistique judiciaire. Analyse de livre


Joelle - book cover
An Introduction to Forensic Linguistics :

Language in Evidence [1]
Malcolm Coulthard & Alison Johnson
Routledge, 2007

 

 

 
Préface:

Le dictionnaire TERMIUM Plus © du Bureau de la traduction du Joelle image change gouvernement canadien traduit « forensic linguistics » comme linguistique  judiciaire. Il ajoute les termes linguistique légale et linguistique forensique mais note qu'ils sont « à éviter. » Le dictionnaire  définit linguistique judicaire comme « Branche de la linguistique qui applique dans le domaine de la justice des techniques linguistiques et phonétiques pour l'analyse de preuves devant les tribunaux. » [2]

 

Joelle VuilleNous sommes heureux de retrouver notre collaboratrice, Joëlle Vuilleune juriste-criminologue qui habite à Genève. Après avoir terminé ses études à l'Université de Lausanne, Joëlle a profité d'une bourse de recherche du Fonds national suisse de la recherche scientifique pour faire un séjour de deux ans à l'Université de Californie à Irvine (Department of Criminology, Law and Society). Joëlle est maitre-assistante à l'Université de Neuchâtel et chargée de cours à la  faculté de droit, des sciences criminelles et d'administration publique de  l'Université de Lausanne. Nous la remercions vivement pour l'analyse qui suit.

 

Analyse de livreJoëlle Vuille

Depuis les empreintes digitales à la fin du XIXème siècle, il ne se passe plus une décennie sans que n'apparaisse une nouvelle technique d'investigation au service de la justice pénale. Le présent ouvrage fera entrer le lecteur dans le monde fascinant de la linguistique forensique.

Ce livre est divisé en deux parties. Dans la première, il est question du langage de la loi et du système judiciaire. Le lecteur s'amusera ainsi du style particulièrement pompeux de certains législateurs et/ou avocats, et s'étonnera des difficultés linguistiques posées par les interrogatoires de police de suspects et de victimes, où le langage prend un sens particulier et où les personnes impliquées ont parfois de la peine à mettre des mots sur ce qui leur est arrivé. Cette première partie se termine par une analyse du Joelle SHIPMANprocès de Harold Shipman, un médecin anglais accusé d'avoir assassiné 15 de ses patients et d'avoir falsifié un testament. Les auteurs décrivent en détail les différents modes d'expression des protagonistes et les contextes procéduraux dans lesquels ceux-ci s'inscrivent (prestation de serment, interrogatoires et contre-interrogatoires par le procureur et les avocats de la défense, réquisitoire, plaidoiries, etc.). Ils montrent comment, par le choix des mots employés, l'accusation et la défense ont cherché à instiller chez les jurés des visions diamétralement opposées des faits. Par exemple, l'accusation parlait toujours des victimes de l'accusé, tandis que la défense, en parlant des mêmes personnes, évoquait systématiquement ses patients ; la défense appelait systématiquement l'accusé Docteur, tandis que cette marque de respect n'apparaissait quasiment jamais dans la bouche du procureur, etc.

Dans la seconde partie du livre, il est question de langage comme moyen de preuve, c'est-à-dire comme démonstration de l'existence ou de l'inexistence d'un fait. C'est là que le livre devient absolument captivant.

Depuis une vingtaine d'années, les tribunaux recourent toujours plus fréquemment aux services de linguistes, pour accomplir diverses tâches. Par exemple : Lorsque McDonald's attaqua en justice Quality Inns qui souhaitait lancer une chaîne d'hôtels baptisés « McSleep », cette dernière engagea un linguiste pour démontrer que le préfixe « Mc » était suffisamment commun en anglais pour ne pas renvoyer automatiquement, dans l'esprit des gens, à McDonalds, et que donc l'usage que l'entreprise souhaitait faire des termes « McSleep » n'enfreignait pas la marque « McDonalds ». Le juge donna raison à McDonald's, qui avait mené de nombreux sondages suggérant que le consommateur moyen associe tout ce qui commence par « Mc » à la célèbre chaîne de fastfood.

  • Une linguiste fut impliquée dans une affaire judiciaire dans laquelle les plaignants argumentaient qu'une lettre qu'ils avaient reçue et qui était censée les informer de leur droit à certaines prestations était si mal écrite que le lecteur moyen ne pouvait pas comprendre qu'il avait effectivement ces droits. L'experte procéda à une analyse syntaxique et conclut que l'écriture contenait effectivement un grand nombre d'éléments propres à induire le lecteur en erreur : multiples négations dans la même phrase, enchâssements complexes, tournures passives des verbes et combinaisons complexes de connecteurs tels que « et », « ou », « si », « à moins que ». Le résultat était effectivement incompréhensible.
  • Un expert anglais fut engagé dans une procédure d'appel suivant une condamnation pénale lorsque l'avocat de la défense souhaita démontrer que la formulation des directives données par le juge aux jurés avait prédisposé ceux-ci à condamner l'accusé.
  • Dans un autre cas, un linguiste fut engagé pour expliquer à la cour que, dans le dialecte des îles du détroit de Torrès, le mot « kill » peut aussi vouloir dire « hit », et que l'accusé n'avait donc pas avoué un meurtre, mais une simple agression lorsqu'il avait dit « I killed him ».Les linguistes peuvent également servir à évaluer l'authenticité de notes prises durant des entretiens de police (et censées être la représentation fidèle de ce qui a été dit par les policiers et le suspect). Dans l'affaire Robert Burton [3], un homme accusé de vol était mis en cause par les notes d'un agent sous couverture qui prétendait avoir retranscrit de mémoire des conversations qu'il avait eues avec l'accusé. Ce dernier fit valoir que les notes étaient si fidèles à la réalité qu'elles ne pouvaient pas avoir été établies de mémoire, mais que la police les avait mis sur écoute, possédait des enregistrements des conversations, mais refusait de rendre celles-ci publiques car elles auraient prouvé que l'agent sous ouverture avait poussé le malfrat à commettre l'infraction alors que celui-ci avait voulu se retirer du coup à plusieurs reprises. Un linguiste analysa les notes et conclut que effectivement, celles-ci devaient découler d'enregistrement car un esprit humain ne pouvait pas avoir eu une mémoire aussi exacte. Les notes comprenaient par exemple beaucoup de mots tels que « okay », « tu vois ce que je veux dire » « d'accord », « merde » que la mémoire ne retient normalement pas car ils sont inutiles pour se souvenir de la substance d'un récit. Les notes comprenaient aussi des reproductions fidèles du bégaiement de l'accusé, un élément très difficile à reproduire fidèlement de mémoire.

 

Mais les linguistes forensiques peuvent également aider la justice en attribuant un texte à son auteur sur la base non pas de l'écriture, mais des mots utilisés, l'idée sous-jacente étant que chacun de nous a ses petites habitudes de langage et que ces habitudes sont reconnaissables par les linguistes. Le cas de Unabomber peut servir à illustrer cette technique : entre 1978 et 1995, des bombes ont été envoyées à plusieurs universités et compagnies aériennes américaines. En 1995, l'auteur, toujours inconnu, envoya à plusieurs médias un manuscrit, qui fut publié. Un homme contacta alors les forces de l'ordre et leur dit que le texte semblait avoir été écrit par son frère car il contenait des expressions typiques de celui-ci. C'est ainsi Joelle Unibomberque Theodore Kaczynski ("the Unabomber") [4] fut arrêté. On trouva chez lui un autre texte, qui contenait des expressions similaires. L'avocat de la défense tenta d'argumenter que ces mots étaient courants, que tout un chacun les utilisaient, et que le fait de trouver les mêmes mots dans le manuscrit envoyé par Unabomber et dans le texte trouvé chez le suspect ne voulait rien dire. Se basant sur une recherche massive de textes sur internet, le FBI démontra alors que cette combinaison de mots et d'expressions dans un même texte était extrêmement rare et donc hautement incriminante pour l'accusé. Le même genre d'analyses de textes a été employé pour essayer d'attribuer des manuscrits non signés à Shakespeare ou encore pour déterminer l'auteur des Evangiles ou de certains Epîtres de Paul. Les analyses se fondent sur la longueur des phrases, sur le rythme de l'écriture, la richesse lexicale, les erreurs commises, dont on pense qu'ils sont spécifiques à un chacun de nous et stables au fil du temps.
 
D'après son quatrième de couverture, cet ouvrage est destiné aux étudiants en linguistique. Nous pensons toutefois qu'un lectorat beaucoup plus large pourra trouver du plaisir à le découvrir. Même si son style est Joelle - Birmingham sixacadémique (contenant par exemple de nombreuses références à des ouvrages scientifiques), sa lecture n'en est pas moins aisée pour qui possède une bonne maîtrise de l'anglais. Notamment, il ne requiert pas de compétences particulières dans le domaine de la linguistique ou du droit. Le texte est agrémenté de nombreux exemples tirés de cas réels célèbres dans le monde anglo-saxon (O.J. Simpson, Rodney King, les Birmingham Six, notamment) qui le rendent très vivant et divertissant. Il offre un tour d'horizon passionnant dans la discipline de la linguistique judiciaire et rend le lecteur attentif à des subtilités dans le langage dont nous avons rarement conscience. En résumé, une excellente lecture pour agrémenter un week-end pluvieux !

Joelle Vuille

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 Notes du blog :

[1] Dans ce contexte, les mots "évidence" (français) et evidence (anglais) sont les faux amis. Le mot evidence est  en général un terme juridique qui veut dire des élements factuels, des preuves.

[2] Il faut distinguer la linguistique judicaire de la jurilinguistique ou linguistique juridique. Le même dictionnaire explique : « Essentiellement, la jurilinguistique a pour objet principal l'étude linguistique du langage du droit sous ses divers aspects et dans ses différentes manifestations, afin de dégager les moyens, de définir les techniques propres à en améliorer la qualité, par exemple aux fins de traduction, rédaction, terminologie, lexicographie, etc., selon le type de besoin considéré.

« Le terme «jurilinguistique» a été forgé au Canada à la fin des années 1970. Il dérive du terme «jurilinguiste», dont la création est attribuée à Alexandre Covacs, alors directeur des Services linguistiques français à la Section de la législation du ministère de la Justice du Canada.

« La synonymie entre les termes «jurilinguistique» et «linguistique juridique» ne fait pas l'unanimité. La linguistique juridique, telle qu'elle est définie par Gérard Cornu, serait plus vaste en ce qu'elle engloberait également le droit du langage. »

 [3] Burton a été jugé par la Court of Appeal anglaise en 2002. Il avait été arrêté en flagrant délit alors qu'il essayait de voler des remorques chargées de whisky avec un groupe d'hommes dont il pensait qu'ils étaient ses complices mais qui étaient en réalité des officiers de police sous couverture. 

[4] Kaczynski était un terroriste americain, mathematicien de formation,   militant écologiste et néo-luddite. 

 

Lecture supplémentaire :

  Joelle bookcover    Forensic Linguistics

John Olsson                              J. Olsson, J. Lichienbroers
Continuum                                   Bloomsbury Academic
1st edition (April 12, 2012)      3rd edition (January 30, 2014)

Votre façon d'écrire, votre empreinte linguistique, vous trahit…

WWW @ 25 –
Le 25 IIème anniversaire du World Wide Web

Www tblLe World Wide Web est né le 12 mars 1989, quand le britannique, Tim Berners-Lee, le fils de deux parents mathématiciens, à l'époque employé du CERN à Genève, a proposé une manière d'accéder facilement à des fichiers sur des ordinateurs reliés entre eux. Le chef de Berners-Lee lui a permis de travailler sur ce projet dans son temps-libre. Les militaires américains avait lancé en 1969 Arpanet, un précurseur de l'internet actuel. En 1989, des rivaux comme CompuServe ou le Minitel, par exemple, se sont présentés, mais ils étaient payants, lorsque le système de Berners-Lee permettait de publier gratuitement des contenus sur des ordinateurs connectés au réseau. [1]

Aujourd'hui Sir Berners-Lee (fait chevalier par la Reine d'Angleterre), en sa qualité de fondateur de la Fondation World Wide Web, est à la tête de la lutte en faveur de la neutralité du Net [2] afin de garantir l'égalité de traitement de tous les flux de données sur la toile. [3]

 

Il convient de rappeler la différence entre le Net ou l'Internet et le Web (la toile) :

Internet est le réseau informatique mondial, l'infrastructure globale, basée sur le protocole IP, et sur laquelle s'appuient de nombreux autres services, dont le web. Le WWW c'est le système qui nous permet de naviguer de pages en pages en cliquant sur des liens grâce à un navigateur. Quand on veut se la jouer, on parle de système hypertexte.  Le web n'est qu'un des services accessibles via Internet, et il y en a bien d'autres : courriels, messagerie instantanée, etc. En tout cas, retenons ceci : l'Internet est le réseau. Le web est un service. (Source : miximum.fr)

 

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[1] Il y a ceux qui considèrent le Belge, Robert Cailliau, qui a travaillé avec Berners-Lee à CERN , comme le co-inventeur du WWW, mais ce dernier le nie. Chacun a écrit un livre sur le sujet :

Book 1Robert Cailliau, James Gillies,
How the Web was born: the story
of the World Wide Web,
Oxford
Oxford University Press, 2000

 

 Book 2

Tim Berners-Lee, Mark Fischetti,
Weaving the Web: the past,
present and future of the World Wide Web by its inventor
London,

Texere, 2000

 

[2] Celui qui a démarré cette lutte déjà en 2003 était un Américain, le professeur Www Tim WuTim Wu – voir :
Network Neutrality, Broadband Discrimination, Journal of
Telecommunications and High Technology Law, vol. 2, p. 141, 2003

 

 

Www Benjamin Bayart

 [3] C'est un Français, Benjamin Bayart, pionnier de l'internet en France et ancien  président de  French Data Network, le plus ancien fournisseur d'accès à Internet en France encore en exercice, qui, en 2009, à l'âge de 36, a proposé quatre principes essentiels à la neutralité du Net : Transmission des données par les opérateurs sans en examiner le contenu; sans prise en compte de la source ou de la destination des données; sans privilégier un protocole de communication; sans en altérer le contenu.

Lecture supplémentaire :

Tim Berners-Lee, un scientifique de génie
Le Monde 12.03.2014

Happy Birthday world wide web
The Economist, March 12, 2014

World wide whatever
The Economist, March 11, 2014

 

Le petit glossaire d’abréviations en anglais:

 

Terme en anglais

Explication en français

 

WWW

World Wide Web

toile (d’araignée) mondiale

HTTP

HyperText Transfer Protocol

protocole de communication communément utilisé pour transférer les ressources du web

URL

Uniform Resource Locator

adresse web

HTML

HyperText Markup Language

langage informatique

VoIP

voice over Internet Protocol

voix sur IP

ISP

Internet Service Provider

fournisseur d’accès à internet

SMS

Short Message Service

service de messagerie SMS

GSM

Global System for Mobile Communications

historiquement « Groupe spécial mobile », norme numérique de seconde génération pour la téléphonie mobile  

HCI

human-computer interaction

interactions homme-machine

URI

Uniform resource identifier

identifiant uniforme de ressource