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John Woodsworth – linguiste du mois de mars 2015

JWoodsworth-photo_May-2014 (1)Notre invité ce mois, John Woodsworth [*] , possède cinquante ans d'expérience de la traduction du russe en anglais. Ses travaux vont de la poésie classique aux nouvelles modernes. Il a exercé différentes fonctions : enseignant de russe, traducteur, éditeur, ainsi que celles d'attaché de recherche et d'adjoint administratif du Groupe de recherche en langues slaves de l'Université d'Ottawa.

Il a traduit 24 livres et de nombreuses publications moins volumineuses mais très variées. Il a également édité, co-édité ou compilé 12 collections d'articles universitaires, de correspondance d'archives et de poésie. Au total, 217 de ses traductions de poèmes ont été publiées de même que plus de cent poèmes qu'il a lui-même composés en russe. Il est traducteur agréé en Ontario depuis 2005 et membre de l'Association des traducteurs littéraires du Canada depuis 2008. En juillet 2014, l'Union interrégionale russe des écrivains lui a décerné la Médaille Tolstoï pour son apport à la littérature russe. Avec les siens, il habite Ottawa où il participe à des activités ecclésiales ainsi qu'à l'Ottawa Piano Group.

Woodsworth Lisa CarterCe qui suit a paru initialement sur Intralingo  le 3 Woodsworth intralinguoseptembre 2014. La traduction que nous en avons faite est publiée ci-après avec l'aimable autorisation de la propriétaire/intervieweuse (Lisa Carteret de l'intéressé (J.A. Woodsworth). LMJ s'est autorisé à y mettre son grain de sel en ajoutant une ultime question.

 

—————–

Lisa C. : Quelle(s) langue(s) traduisez-vous et quels sont vos genres littéraires préférés ?

John W. : Mes traductions littéraires sont du russe en anglais. Parmi les genres figurent des romans, des nouvelles, de la correspondance d'archives et d'autres documents historiques, la poésie étant mon dada.


Lisa C. : Comment avez-vous débuté dans la traduction littéraire ?

John W. : Ma carrière de traducteur littéraire a débuté par une période d'incubation en tant qu'élève d'un jardin d'enfants d'immersion francophone dans le Vancouver des années 1940, puis en prenant des leçons d'allemand auprès du jardinier d'un pensionnat de l'île de Vancouver. Elle s'est poursuivie par un cours d'été intensif de langue russe à l'Université d'Indiana (aux États-Unis), par un enseignement du russe dans différentes universités du Canada et des États-Unis, par des traductions de documents d'archives pour l'Université d'Ottawa et, enfin, par le choix que des auteurs de langue russe ont fait de s'adresser à moi pour traduire leurs œuvres en anglais. Pour répondre de façon plus complète à cette question, je vous renvoie au Translator's Notebook paru à mon sujet sur votre site, Lisa, en septembre 2012.


Lisa C. : Qu'aimez-vous le plus et qu'aimez-vous le moins dans votre travail ?

John W. : Ce que j'aime incontestablement le plus dans la traduction littéraire, c'est le défi qui consiste à traduire un poème russe en anglais tout en reproduisant l'agencement des rimes et la mesure des vers. La traduction de la poésie rimée est en elle-même une forme artistique qui exige du traducteur qu'il maintienne constamment un délicat équilibre entre une proximité maximale par rapport au message sémantique de l'auteur et une fidélité à l'égard des éléments non sémantiques du poème. Mais, ce pourrait être le sujet d'un autre bloc-notes que j'espère pouvoir rédiger un jour pour Intralingo.

Ce que j'aime le moins, ou parfois – au gré de mon humeur du moment – (presque) le plus, ce sont les discussions interminables avec les auteurs russes sur des questions ardues de distinction précise entre tels ou tels synonymes anglais (ex.: idea, concept, conviction, opinion, belief), ou sur la façon de marquer l'humeur d'un intervenant dans un dialogue en jouant sur la ponctuation russe (ex.: le recours à des ellipses pour exprimer l'incertitude). Le moins – parce qu'il m'arrive d'éprouver une certaine gêne de n'avoir été pleinement conscient de ces subtilités qu'à partir du moment où un auteur russophone m'a posé la question. Le plus – car de telles discussions m'incitent à réfléchir, comme jamais auparavant, aux mécanismes internes de la langue anglaise, ce qui me conduit à compulser les dictionnaires, lexiques synonymiques et autres guides linguistiques en ligne afin de réévaluer ce qui constituait jusque-là ma conviction en matière d'usage de l'anglais.


Lisa C. : Pouvez-vous nous dire quelques mots d'un projet récent ?

Ces derniers temps, ce qui pourrait être considéré comme l'événement marquant de ma carrière a été la traduction du récit autobiographique de Sophia (dite Sonia) Andreïevna Tolstoïa (l'épouse de Léon Tolstoï), intitulé My life [1], pour laquelle j'ai eu la chance de faire équipe avec un traducteur de langue maternelle russe, Arkadi Klioutchanski, et d'avoir Woodsorth Donskovcomme éditeur le Professeur Andrew Donskov, professeur éminent de l'Université d'Ottawa. Pour la sortie du livre, les Presses de l'Université d'Ottawa ont déroulé le tapis rouge : d'abord, un magnifique volume relié de 1.250 pages (avec la signature de l'auteur gravée sur la couverture), papier pelure, titrages couleurs et 64 pages d'illustrations en papier glacé. Ensuite, un lancement en grande pompe au Tabaret Hall de l'université : discours, lectures, rafraichissements et orchestre de chambre ! L'ouvrage a non seulement été chaleureusement salué dans les revues universitaires et les médias tant papier qu'électroniques (entre autres, les recensions parues dans Goodreads), mais il a obtenu des distinctions canadiennes et internationales, notamment : a) une citation parmi les top 100 non-fiction works of 2010 du Globe & Mail, et b) l'obtention du Lois Roth Award pour la
meilleure traduction en langue anglaise d'une œuvre littéraire parue en 2010, décerné par la Modern Language Association of America. Des pages choisies de My life peuvent être consultées sur Google Books.

Ce travail a constitué un excellent exemple du profit qu'un traducteur peut tirer d'une collaboration avec des locuteurs de langue maternelle russe, ce que j'ai fait à l'occasion de bon nombre de mes traductions – qu'il s'agisse d'un réviseur, d'un cotraducteur ou (si possible) de l'auteur lui-même. Dans le cas de My life, Arkadi Klioutchanski s'est révélé grand connaisseur de la langue et de la société russes de l'époque de Sophie Tolstoïa, alors que l'éditeur,  Andrew Donskov, Membre de la Société royale du Canada (avec qui j'ai eu l'honneur de travailler pendant de nombreuses années), est un des spécialistes de Tolstoï les mieux connus au monde. La compétence de ces deux personnages a puissamment contribué à la qualité de la traduction.

Si, dans la traduction d'une autobiographie, c'est naturellement la prose qui domine, la comtesse Tolstoï n'en cite pas moins, en tout ou en partie, 39 poèmes écrits par différents poètes professionnels et amateurs (dont elle-même) – ce qui m'a donné l'occasion de m'adonner à mon genre de traduction préféré. Ce fut un passionnant défi que de transposer de la poésie composée de tant de manières différentes. À la demande de l'éditeur du texte et de la maison d'édition, j'ai traduit les poèmes cités en intégralité et ceux-ci ont été insérés sous la forme d'une Annexe poétique en fin de volume, avec les originaux russes. La majeure partie de cette annexe est consultable en ligne dans la bande annonce de Google Books (cliquer sur "Poetry Appendix").


Lisa C. : Quelque chose à ajouter, John?

John W. : Jouer de la musique – plus précisément du piano – est pour moi le passe-temps que j'associe le plus étroitement à mon travail de traduction littéraire. C'est une autre manière de traduire. On déchiffre la partition que le compositeur a écrite et on la traduit en sons en tapant sur les touches du piano de manière à permettre à ceux qui ne savent pas lire la notation musicale de recevoir le message en écoutant sa « traduction » sonore. À cette différence près que je m'autorise alors plus de liberté que lorsque je traduis de la prose ou de la poésie. Il m'arrive souvent d'arranger des morceaux, en brodant sur la mélodie originale tandis que je l'exécute. Occasionnellement, il m'arrive d'improviser sans aucune référence à aucun morceau que personne n'ait jamais écrit. Et pourtant, ce n'en demeure pas moins une « traduction » – la traduction de pensées et de sentiments qui m'habitent sous une forme qui peut être partagée avec d'autres. Certains enregistrements de mes improvisations et de mes arrangements sont accessibles sur mon site musical YouTube sous mon pseudonyme Ottaworth.

 

Les improvisations pianistiques constituent un cas intéressant de traduction musicale en ce sens qu'elles traduisent directement la poésie en sonorités musicales. Il y a quelques années, une théologienne et poétesse catholique, Wordsworth Sabboth, LindaMiroslava Linda Sabbath (1926–2013), m'a pressenti pour « traduire en musique » [selon ma terminologie] un recueil de ses poèmes intitulé Detour to Paradise (publié en édition papier par Sasquatch Writers Performance Series à Ottawa en 2002). Vous en saurez plus sur la genèse de cette collaboration en vous rendant sur mon deuxième réseau Ottaworth, Ottaworth-Mirosab, en commençant par Introduction. Puis, en cliquant sur "here" , vous accèderez à la première « traduction » de poème au piano du recueil auquel je suis actuellement (en août 2014) en train d'en ajouter une vingtaine d'autres. (L'autobiographie de Mme Sabbath, The unveiling of God, est disponible auprès d'amazon.ca sous forme de téléchargement Kindle) Ce qui est intéressant ici, c'est que les improvisations qui en résultent ne sont pas celles auxquelles j'aurais jamais songé moi-même – leur source d'inspiration, leur forme et leur configuration sonore découlent directement de la poésie de l'auteure. C'est véritablement une « traduction ».

Woodsworth pianoPour une exploration plus approfondie du rapport entre poésie et musique, peut-être aimerez-vous écouter une causerie que j'ai donnée en avril 2006 au Groupe des écrivains anciens élèves– réuni à l'Université d'Ottawa à l'invitation de la même Miroslava Sabbath – et intitulé : "The poetry of music and the music of the spoken word: a poet-translator's view". Vous pouvez accéder à une présentation vidéo en quatre parties de cette causerie sur mon site Web en cliquant sur le lien que je viens de donner. Pour citer un poème qui y figure (et que j'ai écrit en anglais),

"A poem is a song
That carries me along 
The upward edge of a thought. … 
As thought o'ershadows ear, 
I cannot help but hear 
The music in the words."


LMJ : On dit parfois que les musiciens apprennent plus facilement les langues étrangères. Vous semblez en apporter la preuve. Mais, qu'en pensez-vous ?


John W : Question intéressante à laquelle je ne peux répondre que par des arguments logiques et le fruit de ma propre expérience. Un dénominateur commun est, me semble-t-il, la sensibilité aux sons, ce qu'on appelle familièrement l'oreille. J'ai toujours été particulièrement sensible aux sons – mon seuil de tolérance à la musique bruyante (ou à la clameur d'une pièce pleine de monde), par exemple, semble être nettement moins élevé que je ne l'ai observé chez la plupart des gens qui m'entourent.

Enfant, m'a-t-on dit, j'avais ce que l'on appelle l'oreille absolue – Si l'on tapait une note de piano, je pouvais immédiatement la reconnaître. (C'est encore vrai, bien qu'avec moins d'exactitude qu'avant, particulièrement lorsque les notes sont tapées sur un piano au diapason de concert.) Je crois que c'est cette finesse d'oreille qui me permet de prendre des accents – on m'a souvent dit que mon accent russe était presque celui d'un autochtone (tout au plus, des régions baltiques de la Russie).


Mais, cela ne se limite pas à la phonétique. Il y a une structure dans la musique – tout au moins dans la musique classique, celle dont je me sens le plus proche – qui n'est pas sans rappeler la morphologie et la syntaxe des langues. Mais, ce n'est pas une chose que j'aie analysée de façon rigoureuse, ce n'est qu'une forte impression. Je joue d'oreille plus qu'en suivant la partition, et cela signifie que j'acquiers les mélodies en les entendant et qu'ensuite je ne me contente pas de les reproduire au piano, mais que j'en réaménage les différents éléments pour créer mes propres variations – un peu comme les enfants qui apprennent leur langue maternelle (ou comme nombre de ceux qui apprennent une langue seconde) recueillent des éléments qu'ils entendent et les réaménagent pour exprimer leurs propres pensées dans la langue qu'ils apprennent.

Aussi, pour répondre à la question de savoir s'il existe une corrélation entre jouer de la musique et parler une langue, je dirais que la réponse est assurément oui.

[1] Sophia Tolstoï. Ma vie. Paris, Éditions des Syrtes, 2010.

Woodsworth Sofia

 

 

 

 

 

 


Lecture complémentaire
:

Bertrand Meyer-Stabley. La comtesse Tolstoï. Paris, Éditions Payot & Rivages, 2009.

  

(*) http://www.kanadacha.ca
      E-mail: jw@kanadacha.ca
      

 

Actualité sportive

Parmi les actualités de la semaine – l'accident d’avion dans les Alpes, le Cricket ICCcoup de force au Yémen, les dernières négociations en vue d'un accord possible entre l'Iran et les pays occidentaux – nos lectrices et nos lecteurs n'ont peut-être pas prêté attention à un événement lui-même éminemment significatif : la victoire remportée par l’Australie sur le Nouvelle-Zélande, lors des finales de la coupe du monde de cricket.

Mais c'est quoi le Cricket ? Voici une explication offerte par www.CricketMontreal.com

 

 

Voir aussi :

Le cricket pour les nuls, avant la finale du Mondial
Le Monde, 28.03.2015

Note humoristique :

 

 

 

Note historique :

L'équipe de France a remporté la médaille d'argent dans les jeux olympiques de 1900.


Note féministe:

        


Note étymologique
:

Cricket equipment« Les origines du cricket sont obscures. Le prince Édouard, futur Édouard II d'Angleterre, pratique en 1300  le « creag et d'autres jeux », mais rien ne prouve que ce creag soit l'ancêtre du cricket. L'une des principales théories sur ses origines indique qu'il a évolué à partir d'un passe-temps d'enfants, dans le sud-est de l'Angleterre  Un poème attribué à  John Skelton et vraisemblablement écrit en  1533 suggère une origine flamande et une pratique originelle par des bergers. C'est en France que l'on trouve la plus ancienne trace liée au cricket (1478) dans une lettre de doléance adressée au Roi qui mentionne une dispute liée à ce jeu dans le village de Liettres, près de Saint-Omer. La première référence avérée au cricket en Angleterre date de 1597  : le médecin légiste John Derrick   témoigne au cours d'un procès que ses amis et lui ont joué au « creckett » alors qu'il étudiait à la Royal Grammar School  de Guildford, dans le Surrey aux environs de 1550.

De même, il existe plusieurs théories quant à l'origine du mot « cricket ». Étant donné qu'il existe au Moyen Age  de nombreux échanges entre le sud-est de l'Angleterre et le Comté de Flandres, il pourrait venir du  moyen néerlandais krick (bâton). Une autre possibilité est l'Anglo-Saxon cricc ou cryce (béquille, bâton). Samuel Johnson fait dériver cricket de cryce dans son Dictionary of the English Language (1755). En ancien francais , criquet semble avoir signifié bâton, massue. Le moyen néerlandais krickstoel désigne un tabouret utilisé dans les églises pour s'agenouiller, et dont la forme rappelle celle des premiers quichets. Le linguiste allemand Heiner Gillmeister soutient que l'origine du mot cricket est une expression de moyen néerlandais désignant le hockey, met de krik ketsen. » (Wikipedia)

Le mot « cricket » en anglais veut dire aussi grillon. Il devient du mot français criquet, ce qui remonte à criquer.

La locution anglaise (britannique) « It's not cricket » ou « That's not cricket » veut dire « Cela ne se fait pas » ou « Cette conduite n'est pas acceptable ».

Lexique du cricket

http://fr.wikipedia.org/wiki/Lexique_du_cricket

Jean L. & Jonathan G.

Sir William Jones – poète, juriste, juge, linguiste

Nous poursuivons notre série d'articles consacrés à quatre des plus prodigieux et des plus attachants linguistes de l'histoire :

 

Le cardinal Giuseppe Caspar Mezzofanti 
(1774 – 1849)

de la plume de Madeleine BOVA

 

C.K. Scott Moncrieff : Soldier, Spy and Translator
(1889 – 1930)

de la plume de Mike Mitchell

Dostert

 

 

 

 

Leon Dostert, un homme d'exception
(1904 – 1994)

de la plume d'Isabelle Pouliot

 

——————————

Le droit mène à tout – dit-on – à condition d'en sortir. La vie et l'œuvre de Jones portraitSir William Jones (1746-1794) sont là pour vérifier cet adage. Après une jeunesse studieuse pendant laquelle il fait preuve d'une prodigieuse aptitude à l'apprentissage des langues tant mortes (grec, latin et hébreu) que vivantes (langues latines et arabe), William Jones fréquente l'université d'Oxford et commence par être précepteur dans de grandes familles anglaises. Mais, c'est sa nomination de juge à la cour suprême de Calcutta qui marque un tournant décisif dans sa vie. Comme bon nombre de hauts fonctionnaires britanniques en poste aux Indes, il s'éprend du pays au point de révéler aux Européens et jusqu'aux Indiens eux-mêmes, la richesse de leur culture et la beauté de leurs langues. Initiateur de l'orientalisme moderne, il fonde la Société asiatique du Bengale en 1784. C'est lui aussi qui révèle à l'Occident l'importance du sanskrit en tant que langue mère non seulement des langues de la plaine indo-gangétique, mais aussi de toutes les langues indo-européennes. Ses traductions de Cacountala et des Lois de Manou l'ont immortalisé.  

Nationalité bilingue, à la canadienne…

ChrystiaDans un libre propos (op-ed) [Bilingual Nationhood, Canadian Style, 25/12/2014] publié il y a quelques mois dans le New York Times, Chrystia Freeland, écrivaine, journaliste et membre du Parlement canadien fait part de la crainte qu'éprouvent certains Américains anglophones d'être culturellement et linguistiquement submergés par les nouveaux arrivants, pour beaucoup hispanophones. À ces frayeurs, elle oppose l'attitude canadienne apaisée face au bilinguisme et au multilinguisme.[1]

Freeland signs


À un incident qui s'est produit sur une chaîne de télévision américaine pendant une interview bilingue (anglais-espagnol) au cours de laquelle une invitée a reproché au présentateur José Díaz-Balart d'avoir prononcé un nom avec le bon accent espagnol, Mme Freeland oppose le bilinguisme qui règne au Parlement canadien où les élus francophones sont obligés d'écouter sans broncher l'épouvantable français de leurs collègues anglophones.

Elle écrit : « Ce massacre de la langue de Flaubert s'inscrit dans une démarche plus vaste que le Canada, et en particulier le Canada anglophone, a entreprise pour s'adapter à un monde dans lequel notre langue est peut-être dominante, mais n'est pas la seule. Nous sommes loin d'être parfaits – nos défauts ressortent particulièrement dans la façon dont nous traitons les peuples autochtones – mais, pour ce qui est de vivre dans un monde multilingue et multiculturel, nous ne sommes pas mal. »

MuseumL'auteure cite Henry Kim, le directeur du nouvel et éblouissant Musée Aga Khan de Toronto, l'une des plus belles collections d'art islamique au monde : « Le multiculturalisme, ce n'est pas une question de statistiques, c'est une attitude. C'est voir la diversité comme une force..  Les Canadiens croient que le métissage rend meilleur et plus fort. …. Le Canada a un ministre du multiculturalisme. Imagineriez-vous cela à Washington ? »

Pour Mme Freeland, un bon exemple de ce choix que le Canada a fait de la Freeland Cirillodiversité est cette « expérience sociétale » menée à Hamilton, une ville ouvrière au sud-ouest de Toronto, après la mort récente et tristement célèbre d'un de ses fils, Nathan Cirillo, ce réserviste abattu à Ottawa en octobre dernier par un tireur qui avait exprimé de la sympathie pour l'Islam radical.

Un acteur se tenait à un arrêt d'autobus, vêtu à la musulmane. Un autre clamait à haute voix que le musulman pouvait être un terroriste et essayait de l'empêcher de monter dans l'autobus. À plusieurs reprises, des passants prirent la défense du pseudo-musulman. En fin de compte, il fallut mettre fin à l'expérience après que l'acteur qui jouait le fanatique ait reçu un coup de poing d'un habitant outragé. « L'une des raisons du refus de la mosaïque culturelle au profit de l'assimilation est la crainte d'aboutir au résultat opposé, à savoir que les communautés immigrantes, trop attachées à leur langue et à leur culture d'origine, ne parviennent pas à s'intégrer dans la société dans son ensemble. »

Mme Freeland fait allusion à des recherches qui montrent que les enfants d'immigrants élevés dans un milieu qui valorise la langue de leurs parents, apprennent effectivement l'anglais plus rapidement et réussissent mieux en classe. « C'est en partie psychologique. Dans les sociétés multiculturelles, les enfants d'immigrants se sentent acceptés tels qu'ils sont. »

« Les avantages du bilinguisme semblent être également neurologiques. » affirme-t-elle. « Nous sommes programmés pour apprendre des langues et, plus nous en parlons, plus nos neurones se connectent entre eux. » L'apprentissage des langues, pour lequel nous sommes programmés, doit se concrétiser pour que nos neurones se connectent entre eux… De l'avis de Mme Freeland, il se peut que les anglophones craignent surtout, sans toutefois le dire, que nous ne soyons défavorisés dans une société où tous les autres seraient bilingues. Elle peut très bien comprendre cet effroi. C'est un sentiment qu'elle éprouve au cours hebdomadaire de français, lorsqu'elle-même butte sur les mots et qu'elle entend ensuite le français et l'anglais impeccables de ses collègues de langue maternelle française.

« Les pays riches du monde se divisent en deux camps » écrit encore Mme Freeland : « Ceux qui sont capables d'attirer et d'accueillir des immigrants, et ceux qui ne le sont pas. Les sociétés industrielles occidentales, comme le Japon et certaines parties d'Europe qui ne veulent pas accueillir les nouveaux arrivants et accepter de se laisser transformer par eux, sont vouées au déclin économique et démographique. »

À titre d'exemple de la difficulté de vivre le bilinguisme et le multiculturalisme au quotidien, l'auteure cite un événement récent. Un parlementaire du Québec a reproché au gouvernement canadien d'avoir utilisé le verbe captiver (to captivate) sur son compte Twitter, au lieu de capter (to capture) et a accusé le Twitter-feeder de traduire les blagues mécaniquement, mot pour mot, à partir de l'anglais. « Quelle horreur !» remarque-t-elle.

Mme Freeland achève son libre propos en exprimant l'avis que cette exigence de précision linguistique est révélatrice du véritable défi que constitue une société bilingue et multiculturelle dans laquelle une langue et une culture sont dominantes : éviter la disparition des cultures minoritaires. « Dans le continent que nous partageons » conclut-elle, « les anglophones ne doivent pas s'inquiéter à l'idée que nos enfants parlent un jour l'espagnol ou le français. C'est plutôt du contraire qu'ils devraient s'inquiéter ! » 

Pour analyser le thème traité par Mme. Freeland, nous n’avions personne de plus qualifié que William Gaudry, notre correspondant et collaborateur montréalais, qui achève sa thèse de doctorat en histoire à l’Université de Montréal. M. Gaudry a eu la gentillesse d’accéder à notre demande et nous publierons son analyse très prochainement.

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Les nouvelles traductions en anglais des œuvres de l’écrivain belge, Georges Simenon

Nous sommes heureux de retrouver notre contributeur fidèle, René Meertens, traducteur de Meertens langue française. René a été employé par l'ONU, l'Unesco, la Commission européenne et l'Organisation mondiale de la santé. Il est l'auteur, entre autres livres, du "Guide anglais-français de la traduction" et du "Dictionnaire anglais-francais de la santé et du médical"

 

SIMENON

 

 

 

 

Georges Simenon (1903-1989) est né à Liège (Belgique), Il a exercé plusieurs métiers (notamment celui de journaliste à la Gazette de Liège) qui lui ont permis de voyager et d'observer la société. Fort de cette riche expérience, il produisit, à partir de 1924, de nombreux romans qui sont bien plus que des « policiers ».  À l'occasion de la publication (à raison d'un volume par mois) des nouvelles traductions en anglais de 75 de ses œuvres dont le personnage central est le commissaire Maigret, personnage aussi perspicace que sympathiqueLMJ a demandé à René Meertens, compatriote de Simenon, de bien vouloir commenter cette initiative et de mettre au point le lien de Simenon avec les États-Unis. Nous le remercions chaleureusement de nous avoir adressé le texte qui suit.


Simenon en Amérique

 

Depuis quelques années, Penguin Books  assure  l’établissement de traductions nouvelles des « Maigret » de Georges Simenon. Le Mot juste en anglais saisit cette occasion pour relater — en se fondant sur les mémoires de l’écrivain (1) — ses pérégrinations en Amérique du Nord, où son œuvre était déjà bien connue avant la Seconde guerre mondiale, puisqu’une bonne vingtaine de ses livres avaient été traduits en anglais.

 

C’est au lendemain du conflit mondial que le romancier, âgé alors de 42 ans, décida de s’expatrier de l’autre côté de l’Atlantique. Les visas n’étaient alors délivrés qu’au compte-gouttes, mais l’ambassadeur du Canada établit au nom de Simenon un « ordre de mission » des plus vagues qui donnait à l’auteur la qualité de « government official », et grâce auquel il obtint ce précieux tampon dans son passeport et put embarquer à Southampton, accompagné de sa femme et de son fils de cinq ans, sur un cargo suédois à destination de New York.

 

Simenon SainteSimenon séjourna dans un premier temps au Canada pour y apprendre l’anglais. Il s’installa à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, village situé à environ 40 kilomètres au nord de Montréal. Dès le début, il fit régulièrement la navette entre Sainte-Marguerite et New York, notamment pour négocier avec des éditeurs américains, mais aussi pour recruter une secrétaire. Il engagea une Canadienne francophone mais parfaitement bilingue et ne tarda pas à en faire sa maîtresse, sans que son épouse légitime y trouve à redire, habituée qu’elle était aux multiples infidélités de son mari.

C’est une constante dans le séjour de Simenon en Amérique du Nord qu’il ne tenait pas en place. Il sillonna ainsi le continent dans tous les sens, que ce soit pour rencontrer des réalisateurs à Hollywood ou pour voir du pays.

Simenon 3 chambresParallèlement, il poursuivait l’élaboration de son œuvre littéraire. Durant ses années américaines, il écrivit en moyenne cinq romans par an. Sans se forcer, puisque l’écriture de deux livres en un mois ne lui posait aucun problème. Bien souvent, la rédaction d’un « Maigret » ne lui prenait qu’une dizaine de jours. C’est à Sainte-Marguerite qu’il écrivit Trois chambres à Manhattan, dont le personnage principal était la ville de New York..

 

En 1946, ayant décidé de prendre racine aux États-Unis, il parcourut tout à loisir la côte Est vers le sud en voiture, accompagné de son fils Marc, afin de trouver un lieu de résidence qui lui plaise. Il finit par s’établir, en 1947, dans la petite ville d’Ana-Maria, en Floride. Sa femme et sa maîtresse le rejoignirent peu après.

Il y écrivit, notamment, Lettre à mon juge, qui est probablement l’un de ses meilleurs romans.

Simenon lettre-a-mon-juge-de-simenon

Cependant, un agent de l’immigration vit d’un mauvais œil son prétendu « ordre de mission » et lui conseilla de se rendre à Cuba pour y solliciter le statut de résident permanent aux États-Unis, qu’il finit par obtenir, non sans difficultés.

Simenon mit ensuite le cap vers l’ouest, pour s’établir en Arizona, à Tucson. Il y écrivit La Jument-Perdue, dont l’action se déroule dans cet État. La méthode d’écriture de l’écrivain n’était pas immuable. Lors de la rédaction de ce roman, il se promenait pendant une demi-heure après le dîner pour préparer un nouveau chapitre. Il jetait sur le papier les premières phrases de ce chapitre le lendemain, et en dactylographiait la suite plus tard. Les premières phrases de ce roman vous donneront peut-être l’envie de le lire :

« Il ne s’était pas réveillé de mauvaise humeur. Pas d’humeur enjouée, évidemment, ni particulièrement de bonne humeur. Il savait que c’était mardi, puisque c’était le jour d’aller à Tucson. Il y verrait Mrs Clum, qu’il appelait Peggy, et c’était déjà une satisfaction, dussent-ils passer leur temps à se chamailler tous les deux. » (2)

Simenon neigeA partir de La Neige était sale, soit trois romans plus tard, il changea de méthode : après sa promenade vespérale, il écrivait le chapitre presque entier à la main, avant de le dactylographier le lendemain matin en y apportant de nombreux changements. Il devait conserver cette méthode pendant des années. Pour ce qui est des Maigret, cependant, il les tapait toujours directement.

  Les premières lignes de La Neige était sale montrent qu’une circonstance inattendue peut être lourde de conséquences :

« Sans un événement fortuit, le geste de Frank Friedmaier, cette nuit-là, n’aurait eu qu’une importance relative. Frank, évidemment n’avait pas prévu que son voisin Gerhardt Holst passerait dans la rue. Or le fait que Holst était passé et l’avait reconnu changeait tout. » (3)

La famille de Simenon s’agrandit, grâce à la naissance d’un second fils, John, que lui donna sa concubine, et à l’apparition d’une deuxième concubine.

La présence d’un enfant en bas âge amena Simenon à changer temporairement de méthode, car il avait besoin de calme pour écrire. Par conséquent, pour rédiger ses trois romans suivants, il travailla de six heures à neuf heures du matin, soit en utilisant un appartement que le propriétaire de sa maison mettait à sa disposition pour ses activités littéraires, soit en cloîtrant le nourrisson et sa mère dans la chambre.

Après un passage à Carmel (Californie) en 1949, il s’établit plus durablement à Lakeville (Connecticut) en 1950 et crut même qu’il y resterait pour de bon. Voici comment il décrit le paysage qui s’offrait à lui :

« J’aime nos ruisseaux sous leur croûte de glace, nos bois si sauvages que je n’en découvrirai qu’une partie, la neige et le froid de l’hiver, comme je vais aimer la lourde chaleur de l’été et le feuillage or, rouge et roux de l’automne. » (1)

C’est pendant cette période que naquit sa fille, Marie-Jo, que lui donna la première concubine, qu’il avait entre-temps épousée, le lendemain de son divorce d’avec sa première épouse.

Un jour de 1955, alors que Simenon s’entretient avec son éditeur anglais, ce dernier lui demande quelles raisons l’incitent à rester en Amérique. L’auteur en trouve une vingtaine, qui ne convainquent pas son interlocuteur.

Quelques heures plus tard, sa décision est prise : il rentre en Europe.

Dans ses mémoires, Simenon se demande encore pourquoi il est revenu sur le Vieux Continent. Le motif qui lui paraît le plus vraisemblable est qu’il tenait à réaliser le rêve de sa secrétaire et épouse, qui était de vivre en France.

Simenon memoires1.Georges Simenon, Mémoires intimes, Presses de la cité
2.
Georges Simenon, Œuvres complètes, La Jument-Perdue, Editions Rencontre
3. Georges Simenon, Œuvres complètes, La Neige était sale, Editions Rencontre

 

 

 

Lecture supplémentaire :

Penguin to publish 75 Maigret novels
September 9, 2013

The Case of Georges Simenon
The New York Times, February 20, 2015.

Be Convincing! Talk Like a Detective
Commonly Used Mystery Vocabulary

Petit lexique selon Le mot juste en anglais
(préparé avec les conseils précieux de René Meertens)

breakthrough

percée, avancée

caught in the act

pris en flagrant délit

cloak-and-dagger

digne d’un roman policier/d’espionnage

clue

indice

DNA

ADN

fingerprints

empreintes digitales

forensic evidence

preuve(s) résultant  d’examens de laboratoire

hunch

Intuition, pressentiment

inside job

coup monté de l’intérieur

monitoring, surveillance

surveillance

motive

mobile (jur.)

private eye, private investigator

détective privé

skiptracing

localisation de personnes

sleuth, detective

policier, policière, enquêteur de droit privé

stash (noun), hideout

cachette

to decipher

déchiffrer

whodunit

roman policier

 

 

Harpenden, la ville anglaise médiévale liée à l’affaire Dreyfus

L'affaire Dreyfus est bien connue des Français et des francophones, Dreyfus portraitnotamment des aînés. Cependant, peut-être rares sont ceux de nos lecteurs qui savent ce qu'est devenu l'auteur présumé du crime de trahison pour lequel Alfred Dreyfus a été condamné, puis disculpé. Le véritable suspect, Ferdinand Walsin Esterhazy, a fui la France et s'est réfugié en Grande-Bretagne où il a vécu dans la ville d'Harpenden jusqu'à sa mort en 1923.

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Dreyfus Walsin

       Ferdinand Esterhazy

    Dreyfus Harpenden 2

 

Nous avons demandé à notre correspondante à Londres, Françoise Pinteaux-Jones, de se rendre à Harpenden. Elle a eu la gentillesse d'accepter et a obtenu un rendez-vous avec la maire de la ville ainsi qu'avec  des membres de la société d'histoire locale.

Harpenden - group


Sur notre photo, on reconnaît, de gauche à droite : Jill Hill, représentant des Amis de Cosne (commune française jumelée à Harpenden), Rosemary Ross (de la Société d'histoire locale de la ville et du district d'Harpenden), Mary Maynard, Maire d'Harpenden, et notre intrépide correspondante, Françoise Pinteaux-Jones.

 

 

L'AFFAIRE DREYFUS :
QUELQUE CHOSE DE POURRI EN REPUBLIQUE FRANÇAISE

 

Les mots anglais du mois : freebie, Frisbee® et Phoebe

Comme nous l'avons déjà vu dans un article de ce blog qui rendait compte des résultats du championnat d'orthographe des États-Unis, des mots anglais obéissent à très peu de règles et leur orthographe paraît souvent arbitraire. Ainsi, les trois vocables ci-dessus s'écrivent différemment.

Frisbee shawLe dramaturge irlandais George Bernard Shaw aurait dit, par boutade, que le mot "fish" pourrait s'écrire "ghoti" si l'on utilise les lettres "gh" telles qu'elle sont prononcée dans le mot "enough", la lettre "o" telle qu'elle est prononcée dans le mot "women" et les lettres "ti" telles qu'elles sont prononcées dans le mot "action".

(Les choses se compliquent encore lorsque l'orthographe n'est pas la même de part et d'autre de l'Atlantique, comme c'est le cas pour le prétérit et le passé composé de to spell qui s'écrivent spelt au Royaume-Uni et spelled aux États-Unis).

Freebie est une version modernisée de freeby, terme apparu en 1928 et signifiant gratuit. Cette orthographe est maintenant désuète.

Frisbie OxfordLe dictionnaire numérique OxfordDictionaries.com définit freebie en ces termes : "(informal) A thing that is provided or given free of charge." Le site www.Freebies.com se présente ainsi : " Le meilleur endroit pour avoir quelque chose pour rien."

Mais il convient de distinguer ce mot de Freebie 1 ses deux synonymes, gift et present, non seulement parce qu'il se situe à un registre inférieur (d'où le qualificatif d'informel), mais aussi parce qu'on ne l'utilise pas pour désigner des dons ordinaires, mais habituellement pour une prime que l'on ne s'attend pas à recevoir.

 

Frisbee courtEn Californie, c'est un terme de métier dans l'interprétation dans le domaine juridique. L'intervention d'un interprète est habituellement tarifée à la journée ou à la demi-journée. Dans les tribunaux de l'État de Californie, l'État fournit des interprètes à tout plaideur d'un procès pénal qui sollicite leur concours. (Dans les affaires pénales quand les audiences sont de longue durée, deux interprètes se relayent toutes les vingt minutes, reconnaissant ainsi la pénibilité du travail d'interprète). Au civil, les avocats doivent requérir et rétribuer les services d'un interprète chaque fois que cela est nécessaire et quelle que soit la langue étrangère. Si les clients entendent se passer des services d'un interprète, ils doivent en faire part au moins 24 heures à l'avance. Si ce préavis n'est pas respecté ou si l'intervenant non anglophone pour lequel les services d'un interprète ont été retenus ne se présente pas à l'audience ou lors d'une déposition, l'interprète doit être payé en totalité. Lorsqu'un interprète reçoit un préavis de moins de 24 heures ou se fait "poser un lapin" [1] et qu'il est finalement payé pour des services qu'il n'a pas rendus, ce paiement est ce qu'on appelle une freebie. [2] Pour employer une expression idiomatique anglaise, l'émolument versé en pareil cas est dit money for jam (de l'argent gagné sans peine).

Le mot frisbee (comme frigidaire, kleenex, scotch ou rustine) est une marque déposée, propriété d'une entreprise (Wham-O Inc., en l'occurrence) qui est utilisée dans un sens générique pour désigner n'importe quel disque de plastique que l'on peut lancer à un partenaire (ou à un chien) pour jouer.

La Frisbie Baking Company(1871-1958) de Bridgeport (Connecticut), fabriquait des tartes qui étaient vendues dans de nombreux collèges d'enseignement supérieur de Nouvelle-Angleterre. Les étudiants qui les consommaient ne furent pas longs à découvrir que les moules de fer blanc vides pouvaient être lancés et rattrapés, procurant des heures de distraction. En 1948, un inspecteur des bâtiments de Los Angeles dénommé  Walter Frederick Morrisson et son associé Warren Franscioni inventèrent une version en plastique du Frisbie qui pouvait voler plus loin et de façon plus précise qu'un moule en fer blanc. Par la suite, la société Wham-O modifia l'orthographe et commercialisa le jeu. Dans les années 1960, le Frisbee, de même que le Hula Hoop, tous deux fabriqués par la même société, ont suscité un grand engouement qui dure encore de nos jours. Plus de cent millions de ces objets ont été vendus.

En 1967, des élèves du secondaire du New Jersey ont inventé l'Ultimate Frisbee qui est un sport reconnu combinant le football américain, le football Association et le basketball. Dix ans plus tard, une sorte de Frisbee golf a été lancée, avec des cours de pratique professionnelle et des associations.  (Source: The First Flight of the Frisbee®)

 

Frisbie Hula-Hoop

 

 

Le mot anglais Phoebe (epelé aussi Phoibe), dont la prononciation rime avec Frisbee et freebie, est utilisé dans toutes sortes de contextes.

Dans la mythologie grecque, le "brillant, rayonnant et prophétique" Phébus était l'un des premiers titans qui étaient fils et filles d'Ouranos et de Gaia. Les noms de Phébé (ou Phoibé), la titanide, et de Phébus, le titan, en vinrent à désigner respectivement Artémis et Apollon (ou encore Séléné et Hélios).

Elle fut la troisième déesse à détenir l'oracle de Delphes qu'elle offrit à son petit-fils Apollon en cadeau d'anniversaire. [3]

Frisbie Asteria

 

En anglais et dans un autre sens, phoebe (en français Sayornis), désigne un petit groupe d'oiseaux insectivores de taille moyenne, appartenant à la famille des tyrans.

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[1] En anglais – "to stand [somebody] up"

[2] Les interprètes savent bien mieux se défendre que leurs collègues traducteurs. En effet, le traducteur indépendant à qui on annonce l'arrivée imminente d'un document prétendument urgent, et que l'on fait ensuite lanterner pendant plusieurs jours, ne pourra prétendre à aucune indemnité !

Freebie Mathurin[3]  …un des noms d'Apollon, dieu du soleil et des arts, phébus, s'est dit au XVIIe siècle d'une langue recherchée et précieuse, d'un style obscur et ampoulé. L'expression parler phébus se trouve déjà chez Mathurin Régnier, au début du XVIIe siècle et, à la fin du XVIIe siècle, La Bruyère se moque des « diseurs de phébus ».

 

 Jean L. & Jonathan G.