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À la une : Scandale à la FIFA

Un point de vue étymologique : l'origine du mot soccer

Peace, Love & Soccer

Tandis que le tonnerre gronde dans le ciel de la FIFA [1] à Zurich, et que certains de ses hauts dirigeants sont cueillis au saut du lit et arrêtés dès potron-minet, le moment semble venu de s'interroger sur l'origine et le sens du mot soccer. Réflexion d'autant plus nécessaire que le terme soccer est préféré à celui de football dans un pays où la « balle au pied » est pourtant maniée à la main !

Japanese soccerDepuis des temps immémoriaux, les hommes ont joué à pousser une balle avec le pied et l'on trouve des traces de ce jeu au Japon en 1004 av. J.C. Des équipes chinoise et japonaise s'affrontèrent même en 50 av. J.C. Mais, c'est au 19e siècle que les règles de ce jeu commencèrent à être définies de façon précise. Et cela, 18 ans Chinese football
avant qu'on ne parle de football. Sport initialement aristocratique, le jeu dont les règles avaient été édictées par une association d'équipes en 1863, reçut d'abord le nom d'Association football, pour le distinguer du Rugby football. [2]

Mais, les écoliers britanniques aimaient déjà donner des surnoms à tout, et l'Association football ne fit pas exception. De même que le Rugby devenait, dans leur jargon, le Rugger, l'Association football devint l'assoccer et, très vite, le soccer, tout court. 

Wreford-BrownL'inventeur de ce surnom serait un certain Charles Wredford Brown, étudiant d'Oxford à l'époque où furent fixées les règles de l'Association football. Invité par des amis à une partie de Rugger, il leur aurait répondu qu'il préférait le soccer. Se non è vero è ben trovato ! Toujours est-il que plus le jeu se démocratisa et plus il se répandit dans les couches populaires et plus on employa l'expression Association football et football, tout court. Mais, dans les autres pays de langue anglaise – notamment aux États-Unis – on continua de dire soccer, le mot football désignant ce que nous appelons le « football américain ».

Le vocable football a été adopté tel quel en français, calqué en allemand (Fussball), copié phonétiquement en espagnol (fútbol), ou encore en turc (futbol). Seul l'italien semble faire exception avec son calcio. Mais, il y a là une raison historique. Le mot calcio veut dire coup de pied [3] et le calcio fiorentino existait déjà au temps des Médicis. Il s'agissait pour les joueurs des deux camps de taper du pied dans un ballon pour l'envoyer dans le but de l'adversaire. C'est la raison pour laquelle la langue italienne n'a pas eu besoin d'importer un mot anglais. Les règles, pour peu qu'il en existât, étaient très brutales. Aujourd'hui encore, une fois par an, une partie de calcio fiorentino est organisée à Florence, en costume d'époque.

 

Calcio fiorentino 1           Calcio fiorentino 2

         deux images du Calcio fiorentino qui se joue devant Santa Croce.
                                       

—————-

1) La Fédération internationale de football association (FIFA) qui regroupe 209 fédérations nationales, a été fondée en 1904 dans le but de gérer et de développer le football dans le monde.

2) Le rugby s'est d'abord appelé football. Il tire son nom du célèbre collège anglais éponyme. Si l'on en croit la légende, c'est au cours d'une partie de football qui se jouait dans cette école, qu'un certain William Webb Ellis s'empara du ballon avec les mains et courut le placer sur la ligne de but. Bien sûr, le but fut refusé, mais l'arbitre déclara que c'était a jolly good try, d'où le nom d'essai donné à cette action. La Rugby Union fut officiellement constituée en 1871. D'abord pratiqué dans les pays anglo-saxons, le rugby s'est ensuite répandu en Europe, s'implantant solidement en France, notamment dans le sud-ouest, ex-pays des Plantagenets ! La France  est le cinquième membre du Tournoi des Cinq Nations, la grande rencontre du rugby.     

Rugby School

 W W Ellis

< Rugby School, Warwickshire                     

 Statue de W.W. Ellis >

 


 

Kick
3)« Un calcio al culo », ce dont on aurait sans doute le plus grand besoin à Zurich, ces jours-ci !

 


 

 

La matière de ce qui précède est inspirée d'un article de David Hiskey, intitulé The origin of the word soccer, paru dans Today I Found Out, le 23 juin 2010 The Origin of the Word “Soccer”.

Notre fidèle collaboratrice italienne, Madeleine Bova, a fourni des précisions sur le terme calcio et choisi deux des illustrations.

Il faut rendre à César ce qui est à César.


Jean Leclercq

Citation du mois

 

"I'm not perfect. No-one's perfect." [*]

Sepp Blatter, Président de la FIFA, le 29 mai 2015.

 

  T-shirt

 Le T-shirt de Sepp Blatter

 

[*] perfect (adj.) early 15c. alteration of Middle English parfit (c. 1300), from Old French parfit "finished, completed, ready" (11c.), from Latin perfectus "completed, excellent, accomplished, exquisite," past participle of perficere "accomplish, finish, complete," from per- "completely"  + facere "to make, do, perform". Often used in English as an intensive (perfect stranger, etc.).

ONLINE ETYMOLOGY DICTIONARY

Notes historiques :

[1] Le premier cas de match de football truqué de l'ère moderne s’est passé il y a 100 ans. Donc, plus ça change, plus c’est pareil.

Source :

« The Tragic Tale of Manchester United, Liverpool and the 1915 Match Fixing Scandal » 
World Soccer Talk, 26 juin 2013

[2] "Verser un pot de vin" :

Au XVIe siècle, "verser un pot de vin" signifiait simplement "donner un pourboire", une somme permettant de se payer à boire. En effet, dans notre culture, le fait d'offrir un verre à une personne a toujours signifié qu'on lui accordait une place privilégiée. Désormais, le "pot de vin" désigne la somme d'argent versée à une personne – de façon illégale – et qui apporte à celui qui la donne un avantage quelconque.
Source : linternaute.com

 

Lecture supplementaire:

Johnson, The Economist
Sepp Blatter's "disloyalty"

 

Petit glossaire de truquage et fourberie

 

kickback, graft, bribery

pot-de-vin, dessous-de-table

match rigging

truquage/trucage de matches

money laundering

blanchiment d'argent

racketeering

racket

shell company

société écran

skullduggery, shenanigans

magouilles

subterfuge, chicanery

ruse, fourberie, arguties, artifice

 

 

Lecture supplémentaire :

Football & argent
Football & Corruption :

Polishing up a tarnished trophy
The Economist, 30 May 2015

Werewere Liking – linguiste du mois de mai 2015

Marjolijn photoDans Le cadre d'une interview de notre  « linguiste du mois d'octobre 2014, Marjolijn de Jager »,  nous lui avions demandé de citer un auteur africain dont elle admire les œuvres et qu'elle a traduit et peut-être connu personnellement.
 
Voici sa réponse: « Werewere Liking, originaire du Cameroun, a vécu en WerewereCôte d'Ivoire pendant la plus grande partie de sa vie adulte. En 1985, elle a fondé le village de KI-YI M'Bock (ce qui signifie « le savoir suprême » en bassa, sa langue maternelle) aux environs d'Abidjan. Il s'agit de protéger et d'entretenir la culture panafricaine traditionnelle sous toutes ses formes, allant du théâtre, à la danse, à la musique (tant vocale qu'instrumentale), aux arts plastiques, au costume jusqu'aux spectacles et aux classes pour adolescents. Liking est un authentique personnage de la Renaissance en ce sens qu'elle est elle-même tout aussi douée dans presque toutes ces disciplines artistiques. En outre, c'est un bon peintre, un bon auteur dramatique et une romancière exceptionnelle. J'ai traduit trois de ses romans : The Amputated Memory (The Feminist Press, 2007), It Shall Be of Jasper and Coral (Journal of a Misovire), et Love-Across-a-Hundred-Lives (University of Virginia Press, CARAF, 2000). Je les aime et les admire tous, mais Love-Across-a-Hundred-Lives est mon préféré pour mille et une raisons……»

Ce mois-ci, WereWere Liking est notre Linguiste du mois (bien que la portée de ses talents aille bien au-delà de la linguistique) et, cette fois-ci, c'est la tour de Marjolijn de Jager de s'entretenir avec Madame Liking.

Cette interview s'est déroulée dans un espace insolite, l'aéroport JFK de David VitaNew York, où les deux femmes (dont les origines et les destins sont si
différents) ont dû se réfugier à l'arrière de la voiture de leur cinéaste, David Vita, afin d'échapper au vacarme ambiant. L'exiguïté du lieu n'a aucunement nui à la qualité et à l'intensité du message.   
 
 
Voici l'entretien avec Mme Werewere Liking :
 
 
 
 

Le mot juste, ce dont nous n’avons pas l’exclusivité !

analyse de livre

Le mot justePierre Jaskarzec. Le mot juste. Pièges et difficultés du vocabulaire : mots déformés, impropriétés, confusions… Nouvelle édition revue et augmentée. Paris, Librio, 2011, 107 p., 3 €.

C'est toujours dans les petits livres qu'on trouve les meilleures choses car leurs auteurs ont dû y condenser leurs idées et s'en tenir à l'essentiel. Tel semble être encore une fois le cas pour Pierre Jaskarzec qui nous donne une Jaskarzec version revue et augmentée de son édition de 2006. Petit ouvrage donc, et d'un prix plus que modique, il est destiné à tous ceux qui souhaitent améliorer leur maîtrise du vocabulaire français ainsi que leur expression écrite et orale. Présenté sous forme d'articles, il permet, comme cela est dit dans l'introduction, « de s'assurer du sens d'un mot à travers une définition claire, illustrée par des exemples. Les emplois fautifs ou critiqués sont toujours signalés, mais sans purisme dépassé ».

Quelle que soit la façon dont nous jouons avec les mots, que nous soyons traducteurs, interprètes, terminologues ou enseignants de langues, c'est un petit ouvrage à garder sur le coin du bureau afin de le consulter quand surgit un doute ou une hésitation. Les mots traités y sont présentés dans l'ordre alphabétique, en distinguant souvent deux termes voisins, mais ayant des significations différentes : à l'attention de/ à l'intention de, acronyme/sigle (un acronyme se prononce comme un mot ordinaire [OVNI, SIDA] alors que, pour un sigle, on détache les lettres qui sont prononcées une à une [SNCF, RTBF, TSR]), agonir/agoniser, ou de paronymes tels que collision et collusion ou encore vacuité et viduité. On y trouve aussi l'explication de délicieuses expressions comme dès potron-minet que l'on avait regretté de ne pas trouver dans les 100 expressions à sauver de Bernard Pivot. [1] En ancien français, potron voulait dire « postérieur » et, comme le chat est un animal très matinal, dès potron-minet signifie : « dès que le chat met son postérieur à l'air », autrement dit « dès l'aube ».

Mais, c'est au chapitre des anglicismes que nous attendions M. Jaskarzec. Dans le petit lexique annexé à l'ouvrage, l'auteur en distingue trois sortes : l'anglicisme lexical, c'est-à-dire le passage d'un mot anglais en français avec d'éventuelles modifications dans la prononciation ou la graphie (exemples : crash ou nominer) ; l'anglicisme sémantique, lorsque le mot anglais donne l'un de ses sens à un mot français de forme voisine, ce qui fait qu'il passe inaperçu de la plupart des locuteurs (exemple : opportunité, dans le sens d'« occasion favorable ») ; enfin, l'anglicisme syntaxique, traduction littérale de l'expression anglaise, calque de l'anglais (exemples : demander une question pour « poser une question » ou faire du sens pour « avoir du sens »). Cependant, l'auteur relève que certains anglicismes sémantiques ne le sont pas toujours. Il prend pour exemple l'adjectif domestique, dans le sens d'« à l'intérieur d'un pays », comme dans vols domestiques par opposition aux vols internationaux. Il rappelle qu'en français, domestique a eu jadis le sens de « national », par opposition à « étranger ». Le Dictionnaire de l'Académie française (4e édition, 1762) nomme guerres domestiques celles qui se situent à l'intérieur des frontières nationales, celles que nous appellerions aujourd'hui « civiles ».

Bref, comme on peut le lire en quatrième de couverture, « cet ouvrage est aussi destiné aux amoureux de la langue française, aux curieux de l'étymologie, de l'histoire des mots ou des usages linguistiques. Il séduira tous ceux qui ne se résignent pas aux mots creux, aux approximations et aux tics de langage ». Son auteur est éditeur d'ouvrages de référence et de livres pour la jeunesse. Il est l'auteur du Français est un jeu (Librio, n° 672) et des Mots sont un jeu (Librio, n° 976). Avec lui, la linguistique devient un gai savoir !

1. Bernard Pivot. 100 expressions à sauver. Paris, Éditions Albin Michel, 2008, 145 p., 12 €.

Jean Leclercq

Parler une seconde langue pourrait influencer votre vision du monde

 

MAGVoici une adaptation de l'article "Speaking a second language may change how you see the world", (Nicholas Weiler,  SCIENCE, 17 mars 2015) rédigée par notre contributrice fidèle à Genève,
Magdalena Chrusciel, traductrice-jurée,
qui maîtrise quatre langues : polonais, russe, français et anglais.

Mais, il y a mieux encore, Magdalena nous a annoncé son intention d'épouser Monsieur Colman Colman O'Criodain, docteur en biologie et écrivain, le 4 juin prochain à Chêne-Bougeries, dans les environs de Genève. Un mois après, le 4 juillet,  une grande fête sera organisée pour les nouveaux époux dans un domaine de la forêt de Kampinos, près de Varsovie (Pologne). Nous souhaitons le plus grand bonheur aux futurs conjoints car, comme l'a écrit le sage Tomasz à Kempis [1] : "Nie ma nic słodszego ponad miłość, nic silniejszego, wspanialszego, większego, nic piękniejszego, bogatszego, nic lepszego ani w niebiosach, ani na ziemi". (« Il n'y a rien de plus doux que l'amour, rien de plus fort, de plus grand, de plus beau, rien de plus profond, rien de mieux, ni dans les cieux, ni sur la terre ».)  

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La question que se poserait un germanophone serait plutôt de savoir vers quel lieu se dirige la femme, alors qu'un anglophone se demandera quel chemin elle va emprunter; les bilingues, eux, sont peut-être capables d'entrevoir les deux possibilités.

De quel côté le voleur a-t-il filé? Il y a des chances que obteniez une réponse plus précise à cette question si vous l'avez posée en allemand. Comment s'en est-elle tirée? Une telle question pourrait vous inciter à passer à l'anglais. Selon une étude récente, l'action et ses conséquences sont vues différemment en fonction de la langue de l'interlocuteur, car celle-ci influence la manière dont il conçoit le monde. Les chercheurs pensent également que les bilingues pourraient obtenir le meilleur des deux mondes, leur pensée étant plus flexible.

Depuis les années 40, les spécialistes en sciences cognitives débattent pour savoir si la langue maternelle façonne la manière de penser. Ces dernières décennies, la question connaît un renouveau, parce que de nombreuses études semblent suggérer que la langue que nous parlons nous rend attentifs à différentes facettes de la réalité. Ainsi, les russophones sont meilleurs à distinguer les différentes teintes du bleu que les anglophones. Les interlocuteurs japonais, eux, auraient tendance à regrouper les objets en fonction de leur matière plutôt que de leur forme, tandis que les Coréens seraient attentifs à la manière dont les objets s'emboîtent. Il y a toutefois des voix sceptiques, pour qui ces résultats ne seraient que des artéfacts de laboratoire, ou qui reflèteraient tout au plus les différences culturelles entre différents interlocuteurs, sans être en lien avec le langage.

Dans la nouvelle étude, les chercheurs se sont penchés sur des multilingues. Lorsqu'on étudie les bilingues, « nous avons repris un débat classique mais en le Panos 1renversant », déclare le psycholinguiste Panos Athanasopoulos de l'université de Lancaster, au Royaume-Uni. Plutôt que de se demander si c'est leur esprit qui différenciait les interlocuteurs de différentes, dit-il, « nous nous sommes demandé si « deux esprits différents peuvent coexister dans une seule personne ».

Athanasopoulos et ses collègues se sont intéressés en particulier à la différence de vision des événements entre anglophones et germanophones.

En effet, l'anglais dispose d'outils grammaticaux permettant de situer l'action dans le temps : « I was sailing to Bermuda and I saw Elvis », qui diffère de « I sailed to Bermuda and I saw Elvis», que l'allemand ne peut pas exprimer. Par conséquent, les germanophones tendent à mentionner le début, le milieu et la fin d'un événement, alors que les anglophones ne mentionnent en général pas les points finaux, se concentrant sur l'action. Témoin de la même scène, un germanophone serait tenté de dire « A man leaves the house and walks to the store », alors qu'un anglophone se contenterait de dire, « A man is walking ».

Selon cette nouvelle étude, la différence linguistique influerait sur la différence de perception des événements entre les deux langues. Athanasopoulos et ses collègues ont montré à 15 interlocuteurs de chacune des langues une série de clips vidéo, où l'on voyait des personnes marchant, faisant du vélo, courant ou conduisant. Par groupes de trois vidéos, les chercheurs demandèrent aux sujets de décider si la scène dont le sens était ambigu (une femme descendant une rue en direction d'une voiture garée) avait plus de similitudes avec une scène davantage orientée vers l'objectif (une femme entre dans un bâtiment) ou bien avec une scène sans but apparent (une femme marchant sur un sentier de campagne). Dans une moyenne de 40% de cas, les germanophones ont interprété les scènes paraissant ambiguës comme orientées vers l'objectif, contre 25% des cas pour les anglophones. On peut en déduire que les germanophones se concentrent davantage sur les résultats possibles de l'action, alors que les anglophones s'attachent davantage à l'action elle-même.

Les bilingues, en revanche, semblent changer de perspectives en fonction de leur langue la plus active à un moment donné. Les chercheurs ont constaté que 15 germanophones qui parlaient couramment anglais, restaient tout autant attentifs à l'objectif que tout autre interlocuteur qui était testé en allemand dans son pays. Cependant, un groupe similaire de bilingues allemand-anglais testés en anglais au Royaume-Uni étaient attentifs à l'objectif, à l'instar des interlocuteurs anglophones. Ce changement pourrait aussi être tributaire de la culture, cependant une expérience postérieure a démontré que les bilingues changent aussi rapidement de perspective qu'ils changent de langue.

Une vidéo avec une langue a été montrée à un autre groupe de 30 bilingues allemand-anglais, alors que les participants devaient répéter des chaînes de chiffres à haute voix en anglais, voire en allemand. En supprimant l'une des langues, l'autre langue devenait automatiquement dominante. Lorsque les chercheurs « bloquèrent » l'anglais, les sujets se comportaient en Allemands typiques, et percevaient les vidéos ambiguës comme plutôt orientées vers les objectifs. Lorsqu'en revanche, on bloquait l'allemand, les sujets bilingues se comportaient comme des interlocuteurs anglais et associaient les scènes ambiguës à celles ouvertes. Lorsque les chercheurs surprenaient les sujets, en leur faisant changer de langue de comptage au milieu de l'expérience, les sujets se concentraient sur l'objectif  conformément au changement.

Ces résultats permettent à leurs auteurs de penser qu'une seconde langue puisse jouer un rôle inconscient important dans le cadrage de la perception, comme ils l'exposent dans 'édition en-ligne du mois du Psychological Science. Selon Athanasopoulos, « en maîtrisant une autre langue, vous gagnez une vision alternative du monde. Vous pouvez écouter de la musique avec un seul haut-parleur, ou bien l'écouter en stéréo. Ceci prévaut pour les langues. »

Pour Philip Wolff, chercheur en sciences cognitives d'Emory University à Atlanta, qui n'avait pas participé à l'étude, « Il s'agit là d'une avancée importante ». Selon lui, « Si vous êtes bilingue, vous êtes capables d'utiliser des perspectives différentes, et de passer de l'une à l'autre. Cela n'avait jamais été prouvé auparavant ».

Il n'en reste pas moins que les chercheurs qui doutent que le langage joue un rôle central dans la pensée risquent de demeurer sceptiques. Il est possible que dans les conditions artificielles de laboratoire, les gens s'appuient plus sur la langue que ce ne serait le cas dans des conditions normales, commente Barbara Malt, psychologue cognitive Barbara Malt de l'Université Lehigh à Bethlehem, en Pennsylvanie. « Dans une situation réelle, il pourrait y avoir des raisons qui feraient que mon attention se dirige sur l'aspect continuité de l'action, ou pour que je m'attache à la finalité », ajoute-t-elle. « Rien ne prouve qu'il faut être bilingue pour agir de la sorte… cela ne prouve pas que le langage serve de loupe permettant de regarder le monde ».

 

Note de la contributrice :

Dans des termes non techniques, l'auteur de l'article « Speaking a second language may change how you see the world",  fait allusion à la "modulation". Par modulation, on entend une phrase qui est différente dans la langue source et celle d'arrivée tout en exprimant la même idée. Ainsi, "Te le dejo" signifie littéralement "je te le laisse", mais il est préférable de le traduire par "You can have it". Cela entraîne un changement sémantique et un glissement du point de vue de la langue source. Par le procédé de modulation, le traducteur crée un changement de point de vue du message, sans pour autant en modifier le sens, ni entraîner un sentiment d'étrangeté chez le lecteur du texte d'arrivée. On y recourt souvent dans la même langue. L'expression telle que "es fácil de entender" (il est facile de comprendre) et "no es complicado de entender" (il  n'est pas compliqué a comprendre) sont des exemples de modulation. C'est précisément un tel changement de point de vue d'un message qui permet au lecteur de se dire que, oui, c'est exactement ce que l'on dit dans ma langue.

Pour plus d'explications, se référer au classique de Vinay (J.-P.) et Darbelnet (J.), Stylistique comparée du français et de l'anglais. 

[1] religieux allemand qui vécut de 1380 à 1471 et à qui l'on attribue L'Imitation de Jésus-Christ.

Le bilinguisme au Canada et aux États-Unis : une trajectoire commune ?

par William Gaudry, étudiant de doctorat à l'Université du Québec à Montréal 

Voici un commentaire sur le libre propos (op-ed) (Bilingual Nationhood, Canadian-Style) publié il y a quelques mois dans le New York Times, et redigé par Chrystia Freeland, écrivaine, journaliste et membre du Parlement canadien. 

Gaudry portraitDepuis son tout jeune âge, notre invité a  toujours été passionné par l'histoire des francophones d'Amérique du Nord. Il cherchait à comprendre la survivance d’un peuple minoritaire francophone sur un continent à majorité anglophone. Selon lui, l'étude du passé permet d'ouvrir l'horizon sur l'avenir. L'apprentissage de l'histoire est essentiel à l'enrichissement de la mémoire individuelle et au maintien des balises identitaires d'une société, en particulier lorsqu'il s'agit  d'une société comme le Québec qui doit constamment affronter les forces anglicisantes qui mettent en péril son existence unique. Donc, l'enseignement est le gardien de la mémoire collective.

 

C'est dans cet esprit que M. Gaudry a obtenu un baccalauréat et une maitrise en histoire à l'Université de Montréal, où il poursuit actuellement son doctorat . 

 ——————-

L'article de Chrystia Freeland paru dans le New York Times le 24 décembre dernier soulève des problèmes linguistiques et philosophiques chauds au Canada et aux États-Unis. Historien spécialisé en histoire canadienne, je me concentrerai davantage sur le bilinguisme au Canada et émettrai quelques hypothèses sur la problématique linguistique aux États-Unis à la lumière de mon analyse du cas canadien.

 

The Fall of Language in the Age of English

analyse de livre

GrantNous sommes heureux de retrouver notre contributeur fidèle, Grant Hamilton.  Traducteur agréé diplômé de l'Université Laval, M. Hamilton est le fondateur propriétaire d'Anglocom, cabinet de Québec spécialisé en communication d'entreprise en anglais et en français. M. Hamilton collabore régulièrement aux activités de formation de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ) et de l'American Translators Association (ATA) et il enseigne l'adaptation publicitaire du français en anglais dans le cadre du certificat de traduction de la New York University.  En 2009, l'ATA lui a décerné le prix Alicia-Gordon pour la créativité en traduction.

M. Hamilton est l'auteur de diverses publications. Lancé en 2011, son livre Les trucs d'anglais qu'on a oublié de vous enseigner est un recueil de billets sur la langue anglaise inspirés en grande  partie des questions que ses clients francophones lui ont posées au fil des ans. Avec son complice langagier François Lavallée, il a publié en 2012, chez Linguatech éditeur, un recueil de gazouillis sur la traduction intitulé Tweets et gazouillis pour des traductions qui chantent. Nombre de ses articles sont également parus dans The ATA Chronicle et dans la revue Circuit de l'OTTIAQ, dont Translating for Quebec : 8 Essential Rules to Follow, Creative Thinking: Doing What a Machine Cannot  et  Translation in Canada. 

Grant Hamilton joue un rôle prépondérant dans le milieu de la traduction et au sein de sa collectivité. Il siège au conseil d'administration de l'OTTIAQ, il a été vice-président de la division Entreprises de traduction de l'ATA de 2009 à 2012 et il préside la division du Québec du programme Le Prix du Duc d'Édimbourg, qui souligne les efforts et l'engagement des jeunes de 14 à 24 ans. En août 2014, M. Hamilton organisa le séminaire On traduit dans les Laurentides, cinquième d'une série de rencontres de formation pour traducteurs œuvrant dans la combinaison de langues anglais-français.

On traduiit

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« Le français et le japonais sont identiques d'un point de vue crucial : ils ne sont ni l'un ni l'autre l'anglais. »

Ma première langue, celle que ma mère m'a parlé dès ma plus tendre enfance, c'est l'anglais. Une langue riche et expressive, étonnante de beauté à l'occasion, souple et rigide à la fois, mais surtout d'une complexité à faire pleurer celui qui l'apprend sur le tard. Cette langue, aussi compliquée soit-elle, domine aujourd'hui la terre entière. Et j'en récolte tous les avantages.

MMDans son exquis traité sur la langue, la romancière japonaise Minae Mizumura se désespère de nous, anglophones :

« Je suis abasourdie de la naïveté de ces gens pourtant très intelligents dont la langue maternelle est l'anglais. Ils ne sont jamais, eux, condamnés à réfléchir aux questions de langue. » 


The Fall of Language in the Age of English
changera peut-être la
donne. Succès de librairie à sa sortie au Japon,
l'ouvrage sonne l'alarme quant à l'envahissement de l'anglais et
à la lente évolution
MM Julietdu japonais vers un rôle de second plan dans son propre pays. Comble de l'ironie, cette œuvre est passée inaperçue dans le reste du monde jusqu'au jour où Juliet Winters Carpenter, professeure d'anglais à 
l'Institut féminin d'arts libéraux Doshisha
Mari Yoshihara
et Mari Yoshihara, professeure d'études américaines a l'Université d'Hawaï  à Mãnoa, l'ont traduite en anglais.


Un plaisir à parcourir, ce livre explore l'univers linguistique japonais si mal connu. L'auteure partage anecdotes, faits historiques, observations personnelles et constats linguistiques pour dresser un portrait du Japon d'hier à aujourd'hui et décrire son rapport avec la présence toujours plus étouffante de l'anglais.

L'histoire personnelle de Mme Mizumura la rend particulièrement apte à aborder ce sujet. Partie vivre aux États-Unis avec sa famille à l'âge de douze ans, elle y restera quelque vingt ans sans jamais s'y sentir véritablement à l'aise. Adolescente, elle se réfugie dans la lecture des classiques de la littérature japonaise en rêvant à son pays natal. Et jeune femme, elle s'inscrit à l'Université Yale en lettres françaises et critique littéraire dans un geste qu'elle qualifie aujourd'hui de refus de l'anglais et de sa vie américaine. Elle regagnera finalement le Japon où elle deviendra romancière à succès.

Le lecteur francophone appréciera à coup sûr les nombreux parallèles qu'elle dresse entre le français et le japonais. Elle raconte, par exemple, avoir constaté une différence entre les jeunes Japonais de sa génération partis étudier aux États-Unis et ceux partis étudier en France. Les premiers cherchaient à acquérir une formation de pointe dans un domaine précis et, pour eux, l'apprentissage de l'anglais était le moyen d'y parvenir. Les derniers, par contre, se rendaient en France pour y apprendre la langue, comme si leur seul but était de traîner dans les cafés en fumant des Gauloises et en parlant un français impeccable. « Rétrospectivement », conclut-elle, « le fait que la langue française ne serve plus à l'acquisition de connaissances présageait déjà son sombre avenir. »

Mme Mizumura partage aussi ses réflexions sur la littérature et sa place dans le développement d'une langue nationale. J'ai été étonné d'apprendre que la littérature japonaise est subitement passée, en 1887, d'une tradition de chinois classique à une écriture en langue japonaise, de telle sorte que les Japonais d'aujourd'hui ne peuvent même plus lire les grands classiques de leur propre pays. Elle décrit l'interaction entre le chinois et le japonais et explique la naissance du système d'écriture japonais, qui puise dans les idéogrammes chinois en y greffant deux autres alphabets, phonétiques. Le jeu entre ces alphabets procure aux auteurs des outils stylistiques qu'on imagine à peine en français !

Mais cet ouvrage, tout agréable soit-il à parcourir, véhicule un message dur à encaisser : toute langue qui ne se défend pas est condamnée à mourir. Quand Mme Mizumura prend à partie les Japonais qui prétendent que la langue et la culture japonaises se portent très bien, je pense à ma propre frustration devant les gens de chez nous qui ne s'inquiètent guère de l'anglicisation insidieuse de Montréal. Il est faux, dit-elle, de croire que son identité est bien à l'abri derrière une frontière et sur une île du Pacifique. « Ce qui rend japonais les Japonais, ce n'est pas leur pays ni leur sang, mais bien la langue japonaise qu'ils parlent. »


HagegeL'auteure traite de la même question que Claude Hagège dans son ouvrage Contre la pensée unique, mais elle le fait d'une manière plus posée et raisonnée. Elle suscite des questionnements ; elle nous amène à réfléchir sur toute la notion de langue et sur la valeur intrinsèque d'une langue ; elle nous met au défi d'aimer et de valoriser notre langue. Elle livre enfin un message percutant et essentiel pour toute la francophonie. Vite, une traduction française !

 

Grant Hamilton

D'autres articles sur ce blog :

Défense de la langue française face à l'américanisation

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À tout seigneur, tout honneur…

 

Sir William Jones – poète, juriste, juge, linguiste (2e partie)

Le droit mène à tout – dit-on – à condition d'en sortir. La vie et l'œuvre de Sir 2William Jones (1746-1794) sont là pour vérifier cet adage. Après une jeunesse studieuse pendant laquelle il fait preuve d'une prodigieuse aptitude à l'apprentissage des langues tant mortes (grec, latin et hébreu) que vivantes (langues latines et arabe), William Jones fréquente l'université d'Oxford et commence par être précepteur dans de grandes familles anglaises. Mais, c'est sa nomination de juge à la cour suprême de Calcutta qui marque un tournant décisif dans sa vie. Comme bon nombre de hauts fonctionnaires britanniques en poste aux Indes, il s'éprend du pays au point de révéler aux Européens et jusqu'aux Indiens eux-mêmes, la richesse de leur culture et la beauté de leurs langues. Initiateur de l'orientalisme moderne, il fonde la Société asiatique du Bengale en 1784. C'est lui aussi qui révèle à l'Occident l'importance du sanskrit en tant que langue mère non seulement des langues de la plaine indo-gangétique, mais aussi de toutes les langues indo-européennes. Ses traductions de Cacountala et des Lois de Manou l'ont immortalisé. 

BeilaNotre correspondante bruxelloise Beila Goldberg a accepté de nous présenter l'étonnant William Jones, assez mal connu dans le monde francophone. 

Il y a plus d'un mois, nous avons publié la première partie de son article (Londres 1746 – Calcutta 1795). Voici la deuxième partie de la vie de ce linguiste aux multiples talents. 

 

 

 Calcutta

L'année 1783 marque le grand tournant dans la vie de cet homme remarquable, qui de la renommée internationale passera à la postérité.

Après avoir essuyé un premier refus cinq ans auparavant, William Jones a enfin été nommé Juge à la Cour suprême de Calcutta, la capitale de l'Empire britannique des Indes.[*]

Une nomination qui l'élève au rang de Chevalier et lui permettra d'épouser sa fiancée, Anna Maria Shipley, quatre jours avant le grand départ.

Lorsque Sir William Jones monte à bord de la frégate Crocodile en avril 1783, un très grand sentiment de satisfaction doit l'habiter.

Après ses études de droit, un passage remarqué au barreau de Londres, avoir été Commissaire aux banqueroutes et avoir sillonné les routes du Pays de Galles comme Circuit Judge (Juge itinérant), ce ne peut être que la consécration et la reconnaissance de l'excellence de son esprit juridique. Parmi ses ouvrages, figure An Essay on the Law of Bailments (Un Essai sur la Loi des dépôts) paru en1781. Cette contribution sera aussi bien appréciée par les juristes anglais qu'américains.

Il fait partie du Club du Dr Johnson, cercle très restreint qui réunit l'élite intellectuelle de l'époque et organise des conférences avec des hôtes de marque de passage à Londres.

Quarante ans après son père, il sera également nommé Fellow de la Royal Society.

La lettre de félicitations de Benjamin Franklin avec le prototype de la Libertas Americana medal qui l'accompagne (les médailles n'ont pas encore été frappées) doit faire partie de ses profondes satisfactions.

N'est-ce pas son engagement politique aux côtés de Benjamin Franklin, sa participation à l'élaboration de la future Constitution américaine et l'expression de ses idées libérales si pas républicaines qui lui ont valu les foudres des Tories et retardé cette nomination pourtant si bien méritée ?

Le 25 septembre, une salve de 21 coups de canon salue l'arrivée du Crocodile et une foule attend le couple Jones exténué par le voyage, accablé par la chaleur et ébloui par l'intensité de la lumière.

Il n'y a pas très longtemps que le Bengale est sous l'administration britannique.

Sous l'Empire moghol, le droit hindou avait perdu de son influence au profit de l'introduction du droit musulman.

La colonisation britannique reconnait aux Hindous le droit d'être jugés selon leur droit coutumier.

Ce droit n'est pas codifié et est versifié en sanskrit dans la tradition védique.

La Manusmti, en sanskrit qui se traduit par Les Lois de Manou.

Jones Manou

 

La connaissance du sanskrit étant réservée aux Brahmanes (les Savants, les pandits, les érudits détenteurs de savoir), justice ne pouvait être rendue qu'en se fiant à eux.


 

Jones sanskrit

 

Sir Jones soupçonne un pandit de corruption et réalise que pour rendre une bonne justice, il doit absolument comprendre, lire et parler le sanscrit.

Arrivé le 24 septembre 1783, il a fondé le 15 janvier 1784 avec le soutien de Warren Hastings, l'Asiatic Society of Bengal.

Une des premières, si pas la première association consacrée à l'étude des langues et civilisations orientales. Une société qui a sa revue et que Jones veut aussi être le pont entre deux cultures différentes, mais égales.

Ce même jour, il y prononce son Premier Discours.

Le passage le plus souvent cité de son Troisième Discours tenu en 1786, largement relayé et traduit en Europe, a fait de Sir Jones le père spirituel de la linguistique comparative :

« Quelle que soit son antiquité, la langue sanscrite est dotée d'une structure magnifique ; plus parfaite que le grec, plus copieuse que le latin et plus raffinée que l'une et l'autre, mais dotée cependant d'une si forte affinité avec ces deux langues, tant pour les racines des verbes que pour les formes grammaticales, qu'elle ne peut résulter d'un simple accident, si forte même qu'aucun philologue ne pourrait les étudier toutes trois sans penser qu'elles sont issues de la même source commune, qui n'existe peut-être plus ».

Michael J. Franklin cite cette compilation du mot mère :


Sanskrit       mattar
Grec            metter
Latin            mater
Perse           madar
Allemand     mutter   
Espagnol      madre
Russe          mat'
Gallois         modryb ; mam
Breton         mamm
Albanais       mëmë
Français       mère ; maman
Pachtou       mor
Arabe          umm
Anglais        mother ; mum
Gaélique      mathair

Une protolangue a déjà été évoquée par Platon et aurait été celle des Dieux.

Jones BabelLe mythe de la Tour de Babel se réfère aussi à une langue d'abord universelle.

La parenté entre le sanskrit, le latin et le grec avait déjà été remarquée par d'autres visiteurs de cette contrée encore fort inconnue des Européens.

Dont les moindres ne sont certainement pas Gaston-Laurent Cœurdoux ni Jean Calmette, tous les deux jésuites français missionnaires en Inde.

Ni leurs travaux ni leurs publications ne pouvaient être inconnus de Sir Jones.

Qui a même eu un échange épistolaire plus que vif avec Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperron, autre indianiste français.

On peut donc plus parler de redécouverte du sanskrit, mais une redécouverte qui a eu un effet retentissant.

Un effet retentissant dû à la renommée de Sir Jones et la publicité internationale donnée à tous ses écrits.

Qui a donné vraiment le coup d'envoi à toutes les études linguistiques modernes.

Il leur a aussi donné une forme en classant les langues par familles, se fondant sur la classification des plantes de Linné.

Classer la faune et la flore du Bengale faisait partie de sa liste de projets établie pendant son voyage.

Pour les orchidophiles, il leur a laissé un nom : celui de la famille des Vanda, une espèce commune en Asie et aussi à Madagascar, vanda signifiant parasite en sanskrit.

Sir William James, dont le portrait enfant est exposé à la Société asiatique du Bengale, a laissé une œuvre colossale.

Ses traductions juridiques ont influencé le droit indien et ses innombrables traductions littéraires ont été à l'origine du Romantisme anglais sans mentionner Wagner qui voyait en lui un visionnaire.

Cet homme à l'appétit pantagruélique des savoirs était un homme frugal dans la vie.

Il avait pour habitude de couper son vin d'eau, ignorant qu'elle lui serait fatale…

Jones Orientalist 2Portrait très librement inspiré par la lecture de Orientalist Jones : Sir William Jones, Poet, Lawyer, and Linguist, 1746–1794 par Michael J. Franklin

B. Goldberg

 

 

 

 

[*] Note du blog :

L'Inde ou les Indes ?  En France,  on a longtemps parlé des Indes (les Indes galantes, l'empire des Indes, l'armée des Indes, etc.) Cet usage n'avait pas échappé au pandit Nehru qui, écrivant à l'ancien chargé d'affaires français en Inde, M. Raoul Bertrand, lui précisa les choses en ces termes : «  Vous autres, Français, avez raison de parler des Indes au pluriel, et les Anglais ont tort d'employer le singulier India. Pourtant, je vous prierai de faire savoir à votre gouvernement que nous désirons vous voir utiliser, vous aussi, le singulier dans vos communications officielles . Cela nous aidera à tenter de créer une unité qui est aujourd'hui loin d'exister. »  Madame Talleyrand (fille d'un fonctionnaire français de Pondichéry et née à Tranquebar) avait devancé la  volonté du premier ministre indien puisqu'elle disait déjà innocemment : « Je suis d'Inde »!  [Jean L.]

 

D'autres articles dans notre série d'articles consacrés à quatre des plus prodigieux et des plus attachants linguistes de l'histoire :

   

 

Le cardinal Giuseppe Caspar Mezzofanti 
(1774 – 1849)

 

 

 

C.K. Scott Moncrieff : Soldier, Spy and Translator
(1889 – 1930)

 

 

Léon Dostert 
(1904 – 1971)

Le contributeur et les contributrices :

Madeleine Bova (Italie), Beila Goldberg (Belgique), Mike Mitchell (Écosse) et Isabelle Pouliot (États-Unis) 
 
        
                                                 

 

Au Festival du film français de Los Angeles, le cul entre deux chaises…

Depuis que ma femme et moi sommes établis à Los Angeles, nous n'avons jamais omis d'assister au festival annuel du film français, appelé COL-COA (City of Lights – City of Angels). [1]

Ce festival a lieu dans le superbe bâtiment de la Los Angeles Directors Guild, situé Sunset Boulevard, au cœur d'Hollywood, non loin du Walk of Fame et à cinq minutes de chez nous. Les films sont projetés dans deux grandes salles, baptisées pour la circonstance Théâtre Renoir et Théâtre Truffaut. La 19e édition du Festival vient de s’achever.

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Walk of Fame, à Hollywood,                                   L'immeuble de la Directors Guild,
           Sunset Boulevard                                                            à Los Angeles

 

Tous les films sont sous-titrés en anglais et certains d'entre eux ont leur première lors de ce festival. (En 2008, j'ai vu Bienvenue chez les Ch’tis, en première mondiale, avant qu'il devienne un grand succès en France. Les sous-titres anglais rendaient de façon remarquable le dialogue inhabituel de ce film.)  Parmi les personnalités qui ont assisté au Festival au fil des années, on peut citer les réalisateurs Claude Lelouche et  François Truffaut, et les comédiens Sylvie Testud, Danny Boon et Nathalie Baye.

Je m’empresse d’affirmer que chaque spectateur au festival dispose d’un fauteuil, alors, pourquoi parler d'avec le cul entre deux chaises ? Voici l'explication Après la Cul Herryprojection du film Elle l’adore de la réalisatrice Jeanne Herry [2], qui a également écrit le scénario de ce superbe thriller psychologique, il y a eu une séance de questions. Mme Herry parle très bien l’anglais, mais une interprète était sur place en cas de besoin. Alors que la réalisatrice répondait en anglais à la question qui lui était posée, elle a utilisé l’expression française avec le cul entre deux chaises, et s’est tournée vers l’interprète pour qu’elle traduise l'expression en anglais. Cela a donné : having your butt between two chairs. (Butt est une forme abrégée de buttocks, synonyme de natesbackside, bum, buns, can, fundament, hindquarters, hind end, keister, posterior, prat, rear, rear end, rump, stern, seat, tail, tail end, tooshie, tush, bottom, behind, derriere, fanny, ass (et la version britannique de ce dernier mot : arse.) [3] [4] [5]


 « Aussi haut qu'un roi soit assis, il n'est assis que sur son cul »
– Michel de Montaigne

L’interprète avait manifestement une excellente maîtrise de l’anglais et du français. Mais, même si nous avons tous deux mains, nous ne sommes pas tous pour autant pianistes de concert; même si quelqu’un parle très bien deux langues, cela ne veut pas dire qu'il peut fournir la bonne interprétation dans l’urgence, surtout lorsqu’on a affaire à une expression idiomatique. "Having your butt between two chairs » n’est pas une mauvaise traduction et l’auditoire a probablement compris ce qu’elle voulait dire. Néanmoins, l’expression idiomatique anglaise équivalente à cette expression française est to fall between two stools.


Autre difficulté langagière survenue à cette occasion : le mot custody employé en anglais par la réalisatrice. Ce mot est souvent traduit par « garde », par exemple lorsqu’on parle de the custody of children (surtout dans les litiges liés aux affaires de divorce). On parle aussi de confier la garde d'un objet (placing an object in the custody of) à une personne physique ou morale telle qu'une banque. Toutefois, s'agissant d'action pénale, les expressions anglaises to be held in police custody ou to be taken into police custody désignent ce qu'on appelle en France « en garde à vue ». Mme Herry a exprimé un certain agacement lorsque son emploi du mot custody n’a pas été immédiatement compris par le public, mais elle a rapidement réussi à se faire comprendre.

Elle l’adore est le premier long-métrage de Jeanne Herry et sa qualité n’avait rien à envier à celle d’autres films réalisés par des gens deux fois plus âgés. Je prédis que nous allons entendre parler longtemps de cette jeune femme très talentueuse. Entendre la réalisatrice répondre à des questions posées en anglais devant un grand auditoire au Théâtre Truffaut, après avoir apprécié chaque instant de son film, a été pour moi  the cherry on the cake [6], ou, comme on dit en français, la cerise sur le gâteau.  Et, dans ce cas, une traduction littérale aurait parfaitement fait l'affaire !

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[1] dont le directeur est François Truffart, Chevalier des Arts et des Lettres.

[2] fille du chanteur Julien Clerc et de l’actrice Miou-Miou.

[3] Le vocabulaire français est, lui aussi, assez riche. Le Robert énumère : derrière, arrière-train, croupe, fessier, fesse, fondement, potron, postérieur (abrégé en poster) et, dans le registre familier, baba, croupion, derche, lune, panier, pétard, popotin.  

[4] D'autres significations de "butt" sont la crosse (d'un fusil) et le mégot (d'une cigarette).

Cul-de-sac 1[5] Avant de fermer cette parenthèse à propos du mot cul, mentionnons que l'expression cul-de-sac est fréquemment employée dans la signalisation routière des pays de langue anglaise pour désigner ce qu'en France, on appelle plus volontiers Cul-de-sacimpasse une impasse. Comme quoi, nul n'est prophète en son pays ! En vieux français, le mot cul était moins trivial qu'aujourd'hui et désignait tout simplement le fond : cul-de-basse-fosse, cul-de-four, cul-de-jatte, cul-de- lampe, cul-de-poule, cul-de-sac.

[6] ou the cherry on the ice ou the cherry on the top.

 

 Jonathan G.                   Traduction: Isabelle Pouliot Isabelle_Pouliot (1)
                                                                          http://traduction.desim.ca/