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Curiosités littéraires


FRANZ KAFKA RÊVAIT AU CONFINEMENT

Kafka

Kafka (1883-1924)  : « J’ai souvent pensé que la meilleure façon de vivre pour moi serait de m’installer avec une lampe et ce qu’il faut pour écrire au cœur d’une vaste cave isolée. On m’apporterait mes repas, et on les déposerait toujours très loin de ma place, derrière la porte la plus extérieure de la cave. Aller chercher mon repas en robe de chambre en passant sous toutes les voûtes serait mon unique promenade. Puis je retournerais à ma table, je mangerais avec ferveur et je me remettrais aussitôt à travailler. » 
(Lettres à Felice, Gallimard, 1972)

L’AUTRE WINSTON CHURCHILL.


Winston-Churchill American authorWinston Churchill
(1871-1947), né a Saint-Louis [1] dans l'Etat de Missouri.  était un écrivain américain de fiction historique, populaire à la fin du 20e siècle. Il s’est vendu deux millions de son deuxième roman, Richard Carvel, et d’autres romans dans la décennie qui suivit. Etant devenu prospère, Churchill abandonna sa carrière d’écrivain et, à l’instar de son homonyme plus célèbre, se voua à la peinture. Sans lien de parenté, les deux Churchill s’étaient en fait rencontrés et communiquaient à l’occasion. Afin d’éviter une confusion, ils se mirent d’accord que le Winston britannique publierait sous le nom de Winston Spencer Churchill, ce qui fut abrégé par la suite en Winston S. Churchill.

LA SOURICIÈRE (The Mousetrap)
est une pièce de théâtre policière d'Agatha Christie. [2]
C'est la pièce qui pendant 68 ans totalise le plus grand nombre de représentations consécutives au monde depuis sa création dans le West End de Londres en 1952, où elle n'a jamais quitté l'affiche jusqu'au le 16 mars 2020, quand la représentation a été arrêtée à cause de la pandémie. 

Agatha-christie The Mousetrap
 Agathe Christie
(1890-1978)
                 La souricière 

 


[1] Actualités – 28.6.2020 : A la suite du meurtre de George Floyd,  les activistes partout demandent que des statues de propriétaires
d'esclaves ou figures historiques racistes soient déboutonnées.  
Une telle réclamation a été faite cette semaine envers la statue du roi français Louis IX du Moyen Âge, dans la ville de Saint Louis Statu Louis IX(Missouri). Cette statue représente le roi à califourchon sur un cheval, portant une couronne et une robe et tenant une épée dans sa main droite. Érigée il y a 116 ans à Forest Park, elle est l'un des monuments les plus connus de la ville. Aujourd'hui , une coalition d'activistes veut que cette statue soit abattue parce que Louis IX a persécuté les Juifs, a présidé à l'incendie de masse notoire du Talmud juif, a émis un ordre d'expulsion contre ses sujets juifs et a mené deux armées croisées dans des offensives infructueuses en Afrique du Nord.

Louisville (Kentucky), par contre, porte le nom du roi français Louis XVI.

Meet me in St. LouisCoté musique, on se souvient que la ville St. Louis a été le point du film célèbre de Vincente Minnelli, « Meet me in St. Louis », dans lequel Judy Garland a joué en 1944.

 

 

 

 

[2] Selon le  « Index Translationum » de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), Agatha Christie est l'auteur le plus traduit du monde.  Voir « Les auteurs les plus traduits dans le monde ». https://bit.ly/2VtgR1J

Agatha Christie autrice majeure
France Culture

La lumière indispensable de la traduction dans une période troublée

Tina KoverL'essai ci-dessous a été soumis par Tina Kover, notre linguiste du mois de juillet 2019, en versions anglaise et française. Pour ceux qui, en plus de l’appréciation que son contenu mérite, voudraient le lire comme un exercice de traduction, nous le présentons sous forme bilingue. Tina Kover est traductrice littéraire depuis près de vingt ans, traduisant des œuvres de littérature classique et moderne, dont Georges d'Alexandre Dumas, Manette Salomon des frères Goncourt et Life, Only Better d'Anna Gavalda. Elle a étudié le français à l'Université de Denver (la ville où elle est née) et à l'Université de Lausanne en Suisse, et a ensuite enseigné l'anglais comme langue étrangère à Prague. Elle vit et travaille actuellement dans le nord-est de l'Angleterre. Sa traduction de Désorientale (Disoriental en anglais) de Negar Djavadi a été finaliste du National Book Award for Translated Literature en 2018 ainsi que du PEN Translation Prize en 2019 avant de lui valoir le prix Albertine en 2019. 

Lorsque Jonathan Goldberg m’a très gentiment proposé d’écrire quelques lignes pour Le mot juste, il y a de cela quelques mois, j’étais loin de me douter que, le moment venu de prendre la plume, le monde serait plongé dans une pandémie globale d’une part et, d’autre part, secoué par des mouvements sociaux comme on n’en avait pas vus depuis bien longtemps. Comme il serait impensable de ne pas mentionner ces événements sous une forme ou une autre, j’aimerais donc en profiter pour parler ici, du point de vue nécessairement limité qui est le mien, du rôle de la traduction littéraire dans les efforts qui sont actuellement menés un peu partout, et continueront je l’espère de l’être, en vue d’obtenir un monde plus sûr, plus équitable et, si vous me passez le jeu de mot, plus juste.

J’écris ces quelques lignes chez moi ; je suis assise à mon bureau, dans une maison confortable à Durham, qui est elle-même située dans un pays prospère de l’hémisphère nord, la Grande-Bretagne. J’ai grandi au sein d’une famille de cadres moyens, dans une grande ville américaine, avec le soutien et l’amour inconditionnel de mes parents. J’ai travaillé dur pour en arriver où j’en suis mais, somme toute, les obstacles ne furent jamais insurmontables.

À chaque étape, on m’a félicitée pour mes résultats et on m’a encouragée à viser toujours plus haut. Jamais je n’ai été regardée de haut, ou rabaissée du fait de ma naissance et des circonstances arbitraires qui l’entourent. Et en tant qu’immigrante, mon expérience a été plutôt facile et aussi peu bureaucratique que possible, surtout comparée à celle de tant d’autres. Parce que je suis blanche, éduquée, et que j’ai émigré d’un pays riche (les Etats-Unis) à un autre (le Royaume Uni), je n’ai jamais eu à subir la honte ni le ridicule du fait de mon accent ou de la couleur de ma peau ; on ne m’a jamais désignée comme une « étrangère » qui « vole le travail » d’un(e) Britannique de souche et on ne m’a jamais dit de « revenir d’où je viens ».

Quelle chance.

Alors il va sans dire que je suis très, très mal placée pour parler de race ou de relations interraciales. Mais malgré tout, j’ai une plateforme, aussi petite soit-elle. En tant que traductrice littéraire, je me vois comme fantassin dans cette guerre contre l’homogénéisation culturelle et sociale et contre les forces du mal qui semblent plus déterminées que jamais à nous mettre dans de petites cases séparées et dûment étiquetées selon notre race, sexe, langue ou religion. De nos différences naissent nos cultures ainsi que la riche et magnifique variété qui fait de nous des individus et, au lieu de chercher à les effacer ou les rejeter, chacun d’entre nous se doit de les célébrer. L’une des meilleures façons de le faire, à mon avis, c’est de traduire des textes littéraires. Je dirais que l’écriture est la forme la plus pure à travers laquelle les êtres humains arrivent à exprimer des vérités universelles. Nous écrivons à partir de ce que nous avons au plus profond de nous-mêmes ; nous distillons ainsi à l’encre noire sur la page blanche, nos expériences et nos philosophies, notre éducation, et tout ce dont nous avons hérité des générations précédentes. Chaque mot est porteur d’un souvenir, d’une émotion, d’un legs.

Ne pas comprendre la langue d’un écrit donné instaure un mur entre l’auteur(e) et nous. L’auteur(e) est ainsi tenu(e) à distance, différent(e) de nous, difficile à comprendre, « autre ». Traduire, c’est illuminer la chambre noire d’un texte illisible. Cela nous permet non seulement de voir toutes les façons que nous avons d’être semblables, qu’il s’agisse d’aimer, de rire, de pleurer et de souffrir de manière identique et pour les mêmes raisons, mais aussi d’apprécier les nuances infinies et la beauté subtile de ces cultures qui nous façonnent, chacune à leur manière. Lire un texte en traduction permet d’élargir les vues que nous avons les uns sur les autres, sur le monde et sur nous-mêmes, et cela sans que nous en soyons tout à fait conscients.

C’est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit de livres écrits par les membres de communautés qui ont depuis toujours été marginalisées et rejetées : les femmes, les gens de couleur, les membres de la communauté LGBTQ+. Depuis des siècles, nos sociétés occidentales essayent de faire rentrer à tout prix ceux qui sont différents dans le moule commun, de faire taire leur voix. Or, leurs écrits y gagnent en force, comme un champagne qui a attendu trop longtemps avant d’être débouché. Des trésors incommensurables nous attendent : les textes d’écrivains africains et caribéens, de femmes qui vivent dans des sociétés traditionnellement patriarcales, d’écrivains gays, de lesbiennes, de bisexuels ou d’écrivains trans issus de cultures qui les ont condamnés au silence pendant des siècles. Il est plus que jamais temps de les écouter, de les voir et de les lire. Il est grand temps de nous plonger dans leurs écrits, de combler ces lacunes béantes que les couteaux aiguisés des diverses formes de censures gouvernementales et médiatiques nous ont infligé.

C’est en cela, je pense, que réside ma mission de traductrice. Aider à ce que les voix étouffées dans le monde puissent résonner. Faire tomber ces murs linguistiques qui nous séparent. La communication est, et a toujours été, la base de la compréhension entre êtres humains et, en tant que traductrice, j’ai l’immense honneur et privilège – et le devoir – de servir de porte-parole. Et, si je puis me permettre de parler au nom de mes collègues traducteurs, je crois que les défis auxquels nos sociétés font face aujourd’hui ne font que renforcer la détermination qui nous animent, nous, professionnels du langage, à prouver qu’au-delà des mots que nous utilisons, nous parlons vraiment tous la même langue.

When Jonathan Goldberg very kindly gave me the opportunity to write a few words for Le mot juste a few months ago, little did I know that, when the moment came to pen my piece, the world would be in the midst of both a global pandemic and a time of social upheaval, the likes of which has not been seen in a very long time. But it feels almost inconceivable not to address current events in some way, and so I would like to use this moment to speak about what I, in my limited experience and understanding, see as the role of literary translation in what I hope will be the ongoing and unswerving worldwide effort to make society safer, fairer, more equitable, and, if you’ll pardon the play on words, more juste.

Translation

As I write these words I am sitting in my comfortable home in Durham, in a prosperous Western nation, Great Britain. I grew up in a white-collar household in a flourishing American city with two parents who supported and loved me unconditionally. I have worked hard for everything I possess, but then I faced very few obstacles. At every turn I was praised for what I had already achieved and encouraged to aim ever higher. I have never known what it feels like to be looked down upon or hindered by the purely arbitrary circumstances of my birth. Even as an immigrant, my experience, unlike so many others’, has been smooth and simple by almost any standard. As an educated white person emigrating from one wealthy country (the United States) to another (the United Kingdom), I have never been shamed or ridiculed for my accent, targeted on sight as an “outsider” due to the color of my skin, blamed for “taking jobs away” from British-born workers, or told to “go back where I came from”.

I have been so lucky.

So really, I am wholly unqualified to speak about race, or race relations. But one thing I do have is a platform, small as it may be. As a literary translator, I am a very, very minor foot-soldier in the war against social and cultural homogenization, and against the dark forces that seem more determined than ever to keep us in separate boxes categorized by race and gender and language and religion. Our differences are what give our cultures, and each of us as individuals, our splendid, beautiful variety, and rather than denying them, or trying to erase them, we should celebrate them. One of the most effective ways to do that, I believe, is through literary translation. I would argue that writing is the purest way in which humans express universal truths. We write from the deepest places within ourselves, distilling our experiences and philosophies, our upbringings and everything we have inherited from the generations that came before us, starkly into black ink on a white page. Every word is memory, emotion, legacy.

But being unable to understand the language of a piece of writing effectively puts a wall between us and its author. It keeps them separate, different from us, unrelatable, “other”. Translation effectively floods the dark room of an unreadable text with light. It enables us not only to see how much alike we all are, that we love and laugh and weep and bleed in the same way and for the same reasons, but to appreciate the nuance and subtle beauty of how our cultures shape what drives us, and how we react to those driving forces. Reading a translated text broadens our understanding of each other, and the world, and ourselves, in ways of which we might not even be fully aware.

This is especially true when it comes to books written by members of communities that have traditionally been marginalized and discounted: women, people of color, LGBTQ+ people. We in the West have been conditioned over decades and centuries to make assumptions about anyone who is different, to tune out their voices. Their work is made even more powerful, perhaps, by its explosive force, like champagne uncorked after too long in the bottle. And there is such an incredible wealth of it out there, the work of African and Caribbean writers, of women in traditionally patriarchal societies, of gay and lesbian and bisexual and trans writers from cultures that have silenced them for centuries. Now is precisely the time that we need to hear them and see them and read them most; now is the time that we need to examine their work most carefully, to fill the gaps left in our understanding by the slashing censorious knives of governments and the media.

That, I believe, is my job as a literary translator. To help ensure that the world’s unheard voices can ring out. To pull down the linguistic walls that divide us. Communication is, as it has always been, the key to understanding, and so it is my honor and my privilege—and my duty—to act as a mouthpiece. And, if I may presume to speak for my fellow translators, I believe that the challenges we’re facing as a society will only make us more determined, as language professionals, to prove that, despite the words we use, we really all do speak the same language.

Bonneur

 

Note du blogue :

Pen logoPEN International réunit écrivains, journalistes, poètes – tous ceux qui utilisent l'écriture pour promouvoir des idées – dans la conviction commune que c'est par ce partage que des ponts de compréhension peuvent être construits entre les peuples. Ces ponts franchissent les clivages politiques, géographiques, ethniques, culturels, religieux et autres.

Inspiré par l'essai de Tina Kover, votre blogueur fidèle s'est abonné à l'organisation PEN AMERICA. Je recommande aux lecteurs et lectrices d'agir de la même façon dans leurs pays respectifs.

 

Jonathan Goldberg

Pern America

 

Guénola Pellen – linguiste du mois de juin 2020

Entretien exclusif avec notre invitée, Guénola Pellen, Directrice de la revue FRANCE-AMÉRIQUE

Guenola Pellen


Le mot juste
 :
Pourriez-vous nous parler de votre famille, y compris de votre enfance et de votre premier contact avec la langue anglaise ?

Guénola Pellen : Je suis née à Nantes, une ville étudiante et polyglotte, en 1985. Cette ancienne capitale de la Bretagne est aussi la ville de naissance de l'écrivain Jules Verne (l'auteur de langue française le plus traduit dans le monde). Mes arrières grands-parents parlaient breton. Mais la génération de mes grands-parents ne le parlait déjà plus. Ma mère était institutrice et mon père professeur d'anglais. Ils ont vécu à Dublin dans les années 1970.

GP - Nantes GP - Dublin
Nantes Dublin


De retour en France, ils recevaient souvent des amis irlandais à la maison dont les rires et les chants se mêlaient jusque tard dans la nuit aux notes de musique irlandaise et celtique (The Dubliners, Seán Ó Riada en gaélique). J'ai toujours appelé mon père « daddy » et l'on s'amusait parfois à dialoguer en anglais à table. A 13 ans, je suis allée passer un été dans la banlieue de Dublin dans la famille de ma « penfriend » dont le père était professeur d'histoire à Trinity College. Il m'a emmenée voir le
manuscrit du Livre de Kells dans la bibliothèque de l'université, et sa femme qui était professeure de français m'a fait découvrir les villes de Limerick [1], Galway, Kilkenny et le site archéologique de la colline aux rois (the hill of Tara).

Limerick GP  -  Hill of Tara
La ville de Limerick la colline aux rois

J'ai aussi découvert les rues de Dublin, l'accent dublinois et naturellement, la Guinness. De retour en France, je me suis plongée dans les romans de James Joyce [1], la poésie d'Oscar Wilde, mais aussi les livres autobiographiques de Frank McCourt et de la journaliste Nuala O'Faolain.

LMJ : Quel est votre parcours universitaire ?

GP : Après un baccalauréat littéraire mention européenne anglaisune option permettant aux lycéens français de suivre des cours d'histoire-géographie en anglais, en plus de ceux enseignés dans leur langue maternelle , j'ai suivi des études de Lettres ModernesGP - Harlem Rennaissance jusqu'en Master à la faculté de Nantes. J'ai découvert la littérature étrangère par le biais des écrivains de la Harlem Renaissance (Langston Hughes, Claude McKay, Léopold Sédar Senghor) et la littérature du sud des Etats-Unis (Carson McCullers, William Faulkner). En parallèle de mes études, j'ai commencé ma carrière de journaliste au journal Ouest-France en tant que « correspondante solidaire » pour la section « Nantes Métropole ». Je suis ensuite partie vivre à Londres, où je me suis essayée à l'écriture en anglais pour diverses publications culturelles, littéraires et musicales. De retour en France, j'ai suivi un Master professionnel en journalisme bilingue (français-anglais) à la Sorbonne, à Paris. Cette formation rattachée à l'Institut du Monde anglophone forge les journalistes à l'écriture de presse, d'agence et au radio-journalisme bilingue, tout en approfondissant leur connaissance de l'actualité socio-politique des principaux pays anglophones (Royaume-Uni, Etats-Unis et pays du Commonwealth). La plupart des cours étaient assurés en anglais par des anciens de la BBC, du service anglais de la radio RFI, de l'agence Associated Press et du Guardian. J'y ai appris à m'exprimer dans un anglais journalistique et j'y ai suivi quelques cours de traduction, notamment d'articles de presse (de l'anglais vers le français ou l'inverse), en apprenant à ne pas faire (trop) d'omission ni d'ajout. Ce bilinguisme professionnel nouvellement acquis, mon attachement personnel au monde anglophone et mon expérience positive d'expatriée à Londres m'ont poussée à faire mes valises et retraverser l'océan. Non plus la Manche, mais l'océan atlantique cette fois. Direction l'Amérique !

LMJ : Pourriez-vous nous décrire votre carrière en tant que journaliste ?

GP : Je suis arrivée à New York en 2009, pour un stage dans le cadre de la validation de mon Master de journalisme, à l'issue duquel j'ai été embauchée par la revue FRANCE-AMÉRIQUE. J'ai d'abord été journaliste polyvalente avant de devenir chef de rubrique Culture, assistante de la rédactrice en chef, rédactrice en chef, puis directrice de la publication. Tout cela en dix ans. Passer d'un quotidien régional en France à un magazine mensuel aux Etats-Unis, c'est un peu le grand écart. Mais à côté des rédactions parisiennes étouffantes et très hiérarchisées que j'ai pu fréquenter à Paris, c'était surtout vivifiant. A New York, j'ai découvert que le journalisme de terrain n'était pas différent qu'ailleurs. Mais d'un borough à l'autre, parfois même d'un block à l'autre, le vocabulaire et l'accent diffèrent. Il a fallu un petit temps d'adaptation pour déshabituer mon oreille au Queen's English enseigné à l'école et me faire à l'anglais américain et au broken English.

France-amerique-logo

J'ai eu la chance de pouvoir écrire sur des sujets extrêmement variés, passant d'un reportage sur le Harlem francophone à un entretien avec une star de cinéma ou un portrait d'écrivain. Avec le temps, j'ai appris à retranscrire mes interviews anglaises en français. Mais aussi à me faire relire par un traducteur professionnel ! Ce qui évite bien des bévues. Les journalistes ont cette fâcheuse tendance à interpréter les faits et paroles en les dramatisant ou en ayant recours aux métaphores afin d'accrocher le lecteur. Tandis que le traducteur est tenu de garder une certaine neutralité. Le fait de travailler sur un titre bilingue, avec des traducteurs professionnels, a fait évoluer ma pratique du journalisme en retour. On apprend à être plus juste, à ne pas « en faire trop ». Quitte à se lâcher davantage sur la titraille ou un bon jeu de mot pour s'amuser. Un autre avantage à faire ce métier, au sein d'un magazine conçu comme un trait d'union entre la France et l'Amérique, est le fait de pouvoir voyager très régulièrement entre Paris et New York. C'est un privilège.

GP - Big Apple Lumiere
Vahram Muratyan

4. Quelle est la nature de votre travail et vos responsabilités en tant que rédactrice en chef de FRANCE-AMÉRIQUE ?

GP : Diriger une publication comme France-Amérique est un honneur. Ce titre de presse a été fondé en 1943 par des Français exilés à New York dans le but de sensibiliser le public américain à la cause française et de soutenir le mouvement de résistance organisé par Charles de Gaulle. Le journal était autrefois édité dans les locaux de la Délégation de la France Libre à New York, au numéro 626 de la Cinquième Avenue. Sur la une du premier numéro, daté du 23 mai 1943, un télégramme du général de Gaulle : « Je souhaite bonne chance à France-Amérique. STOP. Je suis certain que votre journal contribuera à faire connaître à l'Amérique notre amie ce que peut et ce que veut la France. STOP. Il aidera ainsi à renforcer entre nos deux pays l'amitié qui est indispensable à la victoire et à la reconstruction du monde. ».

GP - telegrame de Gaulle

Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, France-Amérique a couvert la reconstruction, la naissance des Nations Unies et la solidification de l'amitié franco-américaine pendant la Guerre froide. Le journal a accueilli dans ses colonnes les plus brillants intellectuels français ayant séjourné aux Etats-Unis : Albert Camus, Paul Claudel, Joseph Kessel, Jean-Paul Sartre ou encore Simone de Beauvoir, qui a notamment écrit pour France-Amérique un reportage inédit sur « la poésie du Far West » en 1947.

Les pages du journal ont ensuite accueilli les articles de grands reporters, notamment ceux du Figaro (le journal a un temps appartenu au groupe Hersant). Le titre a fusionné avec le Journal français d'Amérique, un bihebdomadaire créé en 1850 sur la côte ouest dont le lectorat était essentiellement composé d'universitaires et de professeurs de français d'écoles secondaires. Puis refondu en format magazine, avec une ligne éditoriale généraliste davantage tournée vers la communauté française des Etats-Unis.

En prenant la rédaction en chef (en 2012), je rêvais d'élargir la diffusion du magazine à l'audience américaine. Ce souhait s'est naturellement concrétisé en 2015, quand France-Amérique a absorbé France magazine, une publication trimestrielle publiée en anglais, soutenue par l'ambassade de France aux Etats-Unis. Cette vitrine de la France s'adressait explicitement aux Américains. France-Amérique est devenue bilingue cette année-là. Cette ouverture au bilinguisme a marqué un tournant dans l'histoire du journal : aujourd'hui, plus de 70 % des lecteurs de France-Amérique sont des Américains qui s'intéressent à la France.

En tant que directrice de publication, je souhaite poursuivre cette orientation et rendre au titre son aura historique. Nous avons relancé les reportages, un temps abandonnés faute de budget ; et exhumé les archives historiques du journal qui seront bientôt accessibles au grand public.

J'entends aussi moderniser le titre. La maquette a été dépoussiérée, l'équipe de rédaction rajeunie, diversifiée et féminisée : le site web va être entièrement refait et la plus ancienne revue française des Etats-Unis a enfin un compte Instagram !

En tant que responsable de la rédaction, je veille à ce que chaque numéro donne la parole aux écrivains comme aux essayistes, aux artistes, aux historiens, aux sociologues et aux chercheurs de tous bords. Et à donner équitablement la parole aux Américains et aux Français. Le magazine, qui sert de support pédagogique pour de nombreux étudiants, professeurs et Américains souhaitant approfondir leur connaissance de la culture et de la langue française, comprend des rubriques adaptées. Ces articles à l'approche biculturelle font le sel de France-Amérique, à côté des éditoriaux, des reportages et autres rubriques consacrées à l'histoire franco-américaine, la mode, la gastronomie et l'art de vivre.

 

LMJ : Quelles personnalités marquantes avez-vous rencontrées au cours de votre carrière ?

GP : GP - Stephane HesselStéphane Hessel, rencontré à New York en 2011 (un an et demi avant sa mort) à l'occasion de la publication de Time for Outrage!, la traduction américaine de son pamphlet à succès Indignez-vous !, m'a fait une forte impression. GP - Indignez-vousCet ancien résistant de la France libre, déporté dans le camp de Buchenwald (d'où il est parvenu à s'enfuir dans des conditions rocambolesques !), a été diplomate des Nations unies où il a participé à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, mais aussi écrivain et poète. Toute sa vie, il a défendu la cause des opprimés, soutenu le développement de l'Afrique, la cause des sans-papiers, défendu la paix et la justice au Proche-Orient. C'était un grand homme à la vie incroyablement romanesque, comme il n'en existe plus beaucoup. C'est une chance de l'avoir rencontré. Il avait alors 92 ans, était encore très séduisant, d'une extrême amabilité, à la fois pudique sur son passé et très généreux de son temps et de sa parole. Il m'a consacré plus d'une heure et demie d'interview, et s'est plié avec grâce à la volonté du photographe, acceptant même de poser debout dans un escalier, sans sa canne, pour France-Amérique, un journal qu'il connaissait bien et semblait apprécier. Entre deux poses, il récitait, sourire aux lèvres, des vers en français, en anglais et en allemand. J'ai rencontré un certain nombre d'hommes politiques, de diplomates et d'artistes brillants dans le cadre de mon travail. Mais le sens de la dignité humaine de Stéphane Hessel, sa lucidité, sa détermination, sa délicatesse et son humour m'ont le plus marquée. Son « petit livre rouge » comme il aimait à le décrire pour plaisanter, qui appelle à la jeunesse à lutter contre l'injustice généralisée du monde, est devenu l'un de mes livres de chevet.

 

LMJ : Pour terminer, quels autres aspects de votre vie et de votre travail voudriez-vous partager avec nos lecteurs ?

Je n'ai que 35 ans, je ne suis ni universitaire, ni diplomate, ni auteure d'essais flamboyants. Je ne parle que quatre langues, dont deux correctement (ma langue maternelle et l'anglais), en plus de l'espagnol et de l'allemand que je baragouine. Ma vie personnelle ne me semble pas exemplaire. Je ne suis qu'une cheville ouvrière dans un titre de presse dont la notoriété me dépasse. Du reste, je n'accepte les interviews que si je peux parler de France-Amérique !

———————
Note du blogue :

[1] D'où le mot "limerick", petite pièce en vers d'un comique absurde (en vogue en Angleterre après 1900). Voir : https://bit.ly/3e5yqfq 

Nouvelle traduction du célèbre roman américain « Autant en emporte le vent »

 

Rene MeertensL'article qui suit a été rédigé par René Meertens, traducteur de  langue française, et notre « Linguiste du mois de janvier 2019 ».

Les observations qui suivent ont un caractère préliminaire et ne constituent pas une critique du livre.

Les contributions précédentes de René sont accessibles ici.

 

Gone with the Wind de Margaret Mitchell, publié en anglais le 30 juin 1936, vient d’être retraduit en français par Josette Chicheportiche pour les éditions Gallmeister. La première traduction avait été réalisée par Pierre-François Caillé. Le titre français du livre reste inchangé (Autant en emporte le vent [1]).

  Margaret-mitchell & Gone  
  Margaret Mitchell  

Selon le Sunday Times londonien du 9 juin,  la nouvelle traduction est plus fidèle. Nous ne pourrons pas en juger tant que l’éditeur ne nous aura pas envoyé un exemplaire.

Pour le Sunday Times, la traduction de la dernière phrase, notamment, illustre cette fidélité nouvelle.

Un peu de contexte : Scarlet est amoureuse de Rhett Butler, mais ce dernier a cessé de l’aimer. Voici le dernier paragraphe de l’original :

With the spirit of her people who would not know defeat, even when it stared them in the face, she raised her chin. She could get Rhett back. She knew she could. There had never been a man she couldn't get, once she set her mind upon him. "I'll think of it all tomorrow, at Tara. I can stand it then. Tomorrow, I'll think of some way to get him back. After all, tomorrow is another day."

Ancienne traduction de la dernière phrase : « En somme, à un jour près. »

Le Sunday Times estime que cette dernière phrase est pessimiste, alors que la phrase de l’original est résolument optimiste : elle va le récupérer, son Rhett. Le journal paraphrase la traduction de Pierre-François Caillé comme suit : « After all, another day won’t make much difference » (Après tout, un jour de plus n’a guère d’importance), ce qui est une interprétation. En fait, alors que l’anglais est clair, cette traduction ne l’est pas du tout.

Quel est le sens de tomorrow is another day ? C’est une  expression courante d’optimisme et de foi en l’avenir. Elle peut se rendre par « demain tout peut encore s’arranger ».

Le journal L’Orient – Le jour du 9 juin indique la nouvelle traduction des deux dernières phrases : « Demain, je réfléchirai à un moyen de le faire revenir. Après tout, demain est un autre jour. »

L’expression « le faire revenir » est faible. L’anglais dit « to get him back ». Elle veut le récupérer !

Quant à la traduction de la dernière phrase, elle est digne de Google Translate. En fait, c’est ce que ce logiciel de traduction propose. En français, cela ne veut rien dire.

On peut conclure que les deux traducteurs ne connaissaient pas le sens de l’expression en question.

Les imperfections de ce genre sont hélas trop fréquentes dans les traductions littéraires d’anglais en français.

Bien entendu, on ne peut juger la traduction d’un livre en se bornant à lire celle de deux phrases !

 

[1] Autant en emporte le ventLe titre du livre, tant en anglais qu’en français, reprend une expression connue dès avant 1936, mais popularisée par le roman, et par le film qui en a été tiré.

En anglais, « gone with the wind » désigne une réalité qui a disparu, en l’occurrence le Sud des Etats-Unis tel qu’il était avant la Guerre de Sécession.

L’expression « autant an emporte le vent » a un autre sens. Elle « se dit de promesses, de propos qui restent sans effet » (Grand Larousse de la langue française). Les promesses de Macron (ou de Le Pen ou d’Hidalgo) ? Autant en emporte le vent ! Cette expression a été remplacée de nos jours par « Les promesses n’engagent que ceux qui les croient ».

Le titre reste excellent, car la notion de vent est conservée, et l’on trouve certainement dans le livre des promesses non tenues, par exemple les vœux que Rhett Butler a prononcés lors de son mariage avec Scarlet.

 

La transformation des laveries en bibliothèques

…et d'autres bibliothèques inhabituelles 

L’idée paraît saugrenue et pourtant la ville de Baltimore aux États-Unis a tenté l’expérience. Et à Paris, c’est pour quand ?

Libraries-without-borders-logo-colorPour déconfiner les esprits, rien de tel que la culture. Encore faut-il permettre à ceux qui en sont le plus éloignés d’y accéder. Telle est la mission de Bibliothèques sans frontières. Fondée en 2007, cette association basée à 8-10 rue de Valmy 93100 Montreuil, Ile-de-France, (93) part à la rencontre des publics les plus vulnérables en créant des bibliothèques dans des lieux de vie. Elle intervient dans cinquante États, comme les États-Unis où avait été lancé le programme Wash & Learn (Laver et Apprendre). À Baltimore, par exemple, quatre laveries automatiques abritent des bibliothèques constituées de livres, tablettes numériques et ordinateurs. Les usagers peuvent également bénéficier des conseils d’un bibliothécaire.

Étant donné que seulement 18 % des Français sont inscrits dans les médiathèques municipales, pourquoi ne pas transformer des lavomatiques en des espaces d’éducation et d’information comme dans cette ville du Maryland ? Réponse de Jérémy Lachal, directeur général de Bibliothèques sans frontières : « L’idée est inspirante, mais elle n’est pas nécessairement adaptée à toutes les laveries automatiques en France. Là-bas, ce sont de véritables lieux communautaires et, contrairement à nous, les Américains ont l’habitude de laver leur linge en dehors de leur domicile. Ici, il faut réfléchir à d’autres espaces de sociabilité. Dans le Grand Paris, ce pourrait être les supermarchés ou les cages d’escalier des HLM. Et, en zone rurale francilienne, les bistrots. » En ces temps obscurs, il est plus que jamais essentiel « d’éclairer les esprits », comme le clamait Victor Hugo.

Bibliothèque de l'exil 

une installation d'Edmund de Waal, British Museum, ouverte jusqu'au 12 septembre 2020 (mais uniquement en ligne durant le confinement en Grande-Bretagne.)

  British Museum 1  
  British Museum  

Le texte suivant a été traduit par notre contributrice fidèle, Nadine Gassie, traductrice litteraire, à partir d'un texte sur le site du British Museum : https://bit.ly/37cHU5Y

Library of ExileConçue comme un « espace où s'asseoir, pour lire et être », la bibliothèque de l'exil est une installation de l'artiste et écrivain britannique Edmund de Waal, contenant plus de 2 000 livres écrits par des auteurs en exil.

Ce pavillon recouvert de porcelaine, dont l'inauguration lors de la Biennale de Venise 2019 a rencontré un vif succès, se veut un lieu de contemplation et de dialogue. « Il s'agit d'évoquer l'exil, explique de Waal, ce que cela signifie d'avoir à changer de pays, parler une autre langue. »

D'Ovide à Dante en passant par Marina Tsvetaeva et Judith Kerr, la bibliothèque est un panorama de la répression mondiale autant qu'un hymne à la réponse des déplacés. Presque tous les livres sont proposés en traduction, reflétant ainsi l'idée que la langue est une forme de migration. Chaque ouvrage dispose d'une vignette « ex libris » afin de permettre aux visiteurs d'inscrire leur nom dans les livres qui comptent pour eux. La collection est également consultable grâce à un catalogue en ligne où l'on peut aussi suggérer de nouveaux titres.

En regard des rayonnages de livres, de Waal expose un quatuor de vitrines personnelles, intitulé psaume, I-IV (2019), contenant des pièces en porcelaine, marbre et acier. Leur disposition fait écho à la composition de la première édition du Talmud − l’un des textes fondamentaux du judaïsme −, imprimée à Venise par Daniel Bomberg au XVIe siècle, remarquable pour sa  présentation sur une même page du texte hébreu, de sa traduction en Araméen et des commentaires.

Les murs extérieurs de la bibliothèque de l'exil ont été revêtus de porcelaine liquide et de Waal y a inscrit les noms des grandes bibliothèques disparues du monde − de celle de Ninive en Assyrie au VIe siècle avant J.C. à celles récemment détruites de Tripoli et de Mossoul (ancienne Ninive).

Tout au long de l'exposition (annulée pour cause de confinement) était prévu un programme d'événements riche et diversifié, comprenant débats et tables  rondes sur les thèmes soulevés par la bibliothèque de l'exil, présentés en collaboration avec English PEN, la branche anglaise du PEN club international (association d'écrivains internationale), ainsi qu'une journée gratuite de performances musicales, films, conférences, installations et ateliers divers dans le cadre de la Semaine des réfugiés 2020.

 

Lectures supplementaires :

Le Biblioburro: l'étonnante bibliothèque mobile de Colombie.

Mes bibliothèques: rendez-vous du livre et des beaux-arts…

Les plus belles bibliothèques des États-Unis (1re partie)

Entretien imaginaire et intemporel entre deux bibliophiles oxfordiens


Lieux de lecture en dehors de bibliotèques

 

Rome, Italy, 1984 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

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 Kuwait, 1991 (Credit: Steve McCurry)

Chiang Mai, Thailand, 2010 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

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 Kabul,  (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)


Mumbai, India, 1996 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

Kuwait, 1991 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

Kashmir, 1998 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

Sri Lanka, 1995 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

Suri Tribe, Tulget, Omo Valley, Ethiopia, 2013 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

Rio de Janeiro, 2014 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)


Humor 

 

La revue FRANCE-AMÉRIQUE offre un masque à ses abonnés

Nous transmettons l'annonce suivante de notre collaboratrice, FRANCE-AMÉRIQUE, la prestigieuse revue des francophiles aux États-Unis (et probablement la plus connue des publications bilingues français-anglais dans le monde). Nous recommandons à nos lecteurs et lectrices d'en profiter.

Cher lecteurs, Dear Readers,


Dix jours séparent Independence Day (le 4 juillet) de Bastille Day (le 14), ce qui fait du mois de juillet le mois de l'amitié franco-américaine. A cette occasion, France-Amérique offrira à ses abonnés un masque de protection sanitaire dans son numéro de juillet – une première aux Etats-Unis !

Les masques filtrants à trois épaisseurs, qui peuvent être lavés et réutilisés 10 fois, sont conçus en France par Chargeurs, le groupe père de France-Amérique et le premier producteur mondial de tissu technologique.

Nous sommes ravis de mettre notre magazine au service de cette initiative et ainsi de vous protéger, vous et vos proches.

Pensez à vous abonner avant le 15 juin pour recevoir notre numéro de juillet et un masque !

Prenez soin de vous,

France-amerique-logo

 
 

La traduction et l’Histoire :

controverses de traductions incomprises

Thiibaut newNous accueillons chaleureusement notre nouveau contributeur, Thibaut Bouexière, étudiant en master de traduction et interprétation a l'université de Rennes 2. Thibaut s’est rapidement ouvert aux mots en suivant un bac littéraire, qui, de par son intérêt pour les langues et les mots, l'a naturellement conduit vers un diplôme en Langues Étrangères Appliquées. Il a ensuite découvert un fort intérêt pour le monde de la traduction, à laquelle il s’est formé grâce au master Traduction et Interprétation de l'Université de Rennes 2. Il a là saisi toute la complexité des métiers de la traduction. Attiré par l’audiovisuel, et par extension, par la culture et le divertissement, il s’est spécialisé dans la traduction audiovisuelle, qui sera d’ailleurs l’objet de son mémoire. Thibaut a pu intégrer un grand nom du doublage en France, et espère trouver de belles opportunités dans ce domaine qui le passionne.

L'article qui suit a été publié sur le blog du Centre de Formation des Traducteurs Localisateurs, Terminologues et Rédacteurs techniques au sein de l’université de Rennes 2 (Veille CFTTR).

.La paronomase italienne « Tradutore, traditore » prône que « traduire, c’est trahir ». Ce postulat capable de faire s’insurger tout professionnel de la traduction remet en cause toutes les problématiques de la traductologie. Les hommes sont sensibles aux mots, et face à l’Histoire, la traduction s’est quelques fois révélée être au cœur d’escarmouches parfois meurtrières. Faisons un bond spatio-temporel vers l’Angleterre du XVIe siècle, alors que plus de la moitié de la population britannique est chrétienne. Aussi absurde que cela puisse paraître, la Bible n’est traduite que très partiellement dans la langue de Shakespeare, et disposer des Saintes Écritures en anglais était passible de peine de mort.TB - 4 translators Dans ce contexte, le jeune érudit William Tyndale, qui, après s’être forgé une volonté de réforme auprès de Martin Luther et d’Érasme, vient près de l’évêque de Londres pour porter son projet de traduction de la Bible, en vain. Essuyant des critiques pernicieuses, il décida de continuer ses traductions et contribua par ses écrits à l’évolution de l’ancien anglais vers l’anglais moderne. Il fut condamné d’hérésie par l’Église, étranglé et brûlé en 1536. Ironiquement, ses traductions furent présentées deux ans plus tard au roi Henri VIII qui décida de son propre chef que ces versions dussent être prêchées dans toute l’Angleterre.

La traduction, ou plutôt l’interprétation que l’on a des mots fut également un casus belli dans l’histoire nipponne. Tandis que la Seconde Guerre mondiale approche à sa fin et que l’Allemagne a capitulé depuis maintenant plus de deux mois, les tensions entre les Alliés et l’Empire nippon sont vives. Le 26 juillet 1945, la déclaration de Potsdam par les puissances alliées donne l’ultimatum au gouvernement japonais. La reddition doit se faire sans conditions. Rassemblé sous la pression médiatique et militaire, le Conseil de guerre Suprême nippon doit formuler un communiqué de TB _ Susukiréponse en urgence. Le premier ministre japonais Kantaro Suzuki répond que cet ultimatum n’apporte rien de nouveau à la situation et utilise le mot « Mokusatsu » pour définir leur position. Ce mot, composé de deux unités, « moku » et « satsu », pour littéralement « silence » et « tuer », est polysémique. Il peut signifier à la fois « garder le silence » et « fin de non-recevoir ». Kantaro Suzuki l’a sans doute employé à la fois pour calmer les Alliés et les forces armées japonaises, mais il s’est révélé que l’interprétation qu’il en a été faite a porté à la lumière ce deuxième sens. Truman, alors président des États-Unis, décida de mettre un terme à l’entêtement du Japon, condamnant Hiroshima et Nagasaki au destin qu’on leur connaît. Il faut toutefois savoir raison garder face à l’éventuelle corrélation entre ces deux faits, car elle n’a pas été communément établie.

Ces deux récits expriment à la fois la force des mots et l’importance de la traduction dans l’histoire de l’Humanité. Il ne s’agit donc en rien d’ôter de son lustre tout le travail de traduction admirablement mené chaque jour dans le monde et qui permet d’interconnecter les Hommes.

L’éducation Franco-Américaine réinventée de la 6eme à la Terminale

 

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La vision d'OFALycée est de faire passer l'éducation française internationale dans le XXème siècle, en prenant la mesure des transformations récentes et sans précédent qui ont lieu dans notre société en général et le monde éducatif en particulier.  OFALycée s'appuie sur les acquis des élèves dans le système américain et apporte en français les savoirs et savoir-faire des programmes français qui complément une éducation bilingue et biculturelle d'excellence.

 

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