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Noah Feldman – linguiste dui mois de janvier 2021

E n t r e t i e n    e x c l u s i f

Seconde partie

La première partie de cet entretien est accessible ici:
https://bit.ly/2XUL0rD

 

Feldman thumbnailLe professeur Noah Feldman occupe la chaire de droit "Felix Frankfurter" à l'université d’Harvard. Sa réputation de constitutionnaliste émérite et d'historien du droit n'est plus à faire. Lors de la procédure engagée en 2019 pour destituer le président Trump, son nom est devenu familier à des millions de téléspectateurs américains qui ont pu le voir, accompagné de deux autres constitutionnalistes américains, présenter le dossier de destitution.

Il a obtenu sa licence en langues et civilisations du Proche-Orient en 1992 au Harvard College (Artium Baccalaureus summa cum laude, mention excellent) qui lui a valu le prix Sophia Freund décerné au diplômé summa cum laude le mieux classé.

Le professeur Feldman est moins connu du public américain pour sa connaissance des langues, en particulier les langues du Proche-Orient. L'ampleur de ses connaissances est reflétée dans l'interview qui suit, lequel a été mené entre Los Angeles et Boston par votre blogueur fidèle, Jonathan G.

Nadine thumbnailNadine Gassie, qui a bien voulu traduire l'entretien ci-dessous, et sa fille Océane Bies, étaient nos linguistes du mois d'avril 2017. Nous remercions infiniment Nadine d'avoir accepté de traduire cet entretien.

—————————-

JG2A posteriori, diriez-vous que vos années d'étude de langues ont été bénéfiques par-delà l'exercice intellectuel qu'elles ont représenté ? 

Feldman thumbnailAbsolument. Je dirais qu'apprendre une autre langue, c'est entamer le processus d'entrée dans un autre mode de pensée. Pour moi tout particulièrement, qui étais élevé dans un milieu juif, qui fréquentais une école juive où j'apprenais l'hébreu moderne, étudier l'arabe a vraiment consisté à entamer ce processus de tentative de voir le monde par les yeux d'autrui, en l'occurrence des gens d'origine religieuse différente, avec des expériences religieuses différentes. Et cela même si le monde médiéval classique, en particulier le monde juif médiéval, était profondément arabisé, puisque Moïse Maïmonide par exemple, comme je vous l'ai dit précédemment, était lui-même arabophone et a rédigé Le Guide des égarés, son œuvre philosophique la plus célèbre, entièrement en arabe.  

Bien sûr, je savais que de nombreux penseurs juifs majeurs avaient écrit et pensé en arabe, et avaient de fait été influencés par la civilisation islamique, mais le savoir de façon abstraite est très différent d'en faire l'expérience concrètement. Pouvoir parler à des gens, en particulier au Moyen-Orient, qui ont grandi dans des pays arabophones, ou même en Israël tout en ayant l'arabe pour langue maternelle, a profondément changé ma façon de voir le monde. Plus que tout autre facteur ayant contribué à ma bildung*, je dirais que le fait d'avoir été exposé à l'arabe à un âge relativement précoce a transformé mon mode de rencontre avec le monde. Et cela a par la suite influencé tout ce que j'ai fait sur les plans professionnel et universitaire. Car au-delà de la valeur intrinsèque que représente la connaissance de la langue et la capacité qu'elle offre de communiquer avec les gens et d'avoir accès aux textes, il y a la prise de conscience de la multiplicité des points de vue existant sur toutes sortes de questions et de problèmes. On mesure les différences profondes qui séparent ces points de vue et à quel point tout un chacun, partout dans le monde, peut être intimement convaincu de la justesse de son expérience et de son point de vue (moi y compris : je ne fais pas exception à la règle). Or malgré tout, en tant qu'humains, nous avons aussi la capacité de nous ouvrir aux autres et de les écouter. C'est cela le plus incroyable. On pourrait penser que les êtres humains, en se regroupant autour d'une langue, d'une culture ou d'un récit commun, se trouveraient dans l'impossibilité d'élargir leur perspective, mais en fait c'est le contraire qui se vérifie : nous sommes capables d'élargissement, et l'acquisition d'une autre langue, même à l'âge adulte, même si nous n'arrivons pas à parler aussi bien que les locuteurs natifs, est la preuve formidable de cette capacité de l'humain à tendre vers une compréhension réciproque, sans prétendre à une compréhension parfaite, mais déjà d'être capable de cet effort.

JG2Nous connaissons l'histoire de la renaissance de l'hébreu en tant que langue vivante. L'araméen, en revanche, qui est aussi une langue sémitique historiquement liée à l'hébreu, est parlé, sous ses différentes formes, par un à deux millions de personnes mais risque de rejoindre la liste des langues menacées de disparition. Avez-vous eu l'occasion de comparer l'hébreu et l'araméen et quelles observations pouvez-vous faire sur leurs similitudes, leurs différences et leurs trajectoires respectives ?

Feldman thumbnailLeur différence de trajectoire est réellement fascinante. L'hébreu, qui était à l'origine une langue vivante, n'a ensuite survécu que dans les livres et dans les cercles savants, et n'était plus que rarement parlé pour communiquer, et c'est à partir du 19ème siècle, à travers un processus très délibéré de revitalisation, qu'il a été rétabli en tant que langue moderne, similaire à l'hébreu classique à certains égards, mais très différent à d'autres, si bien que certains linguistes estiment qu'il devrait être considéré comme une langue différente : « l'israélien ». L'araméen en revanche n'a pas cessé d'être parlé par des communautés s'identifiant comme chaldéennes ou assyriennes, qui ont réussi à se préserver durant des milliers d'années grâce à leur forte identité communautaire et leur isolement. Elles ont ainsi maintenu la continuité de leur langue qui, cependant, n'a plus servi à gouverner un État depuis longtemps. Il y a eu par le passé des empires gouvernés en araméen, de grands empires : l'empire assyrien pour commencer, à diverses époques, mais il a cessé d'exister il y a très longtemps. L'araméen a donc une continuité que n'a pas l'hébreu moderne revitalisé, mais n'ayant pas d'État qui lui soit attaché, il reste toujours vulnérable comme sont vulnérables ses locuteurs, qui vivent ou ont vécu historiquement dans des régions déchirées par les guerres et  dangereuses. Au cours des derniers 2 000 ans, ils n'ont cessé de constituer une minorité opprimée et c'est l'une des raisons pour lesquelles il y a lieu de s'inquiéter pour la survie de leur communauté linguistique. Ils n'ont jamais cessé de parler leur langue, mais il arrive qu'une langue se retrouve menacée non pas parce que ses locuteurs cessent de l'utiliser mais parce que ses locuteurs eux-mêmes sont menacés. C'est ce qui est en train de se passer pour les locuteurs natifs de l'araméen.

 

JG2Vous avez publié de nombreux ouvrages, dont huit essais.[1]  Voulez-vous nous en parler ?

Feldman thumbnailJe peux diviser mes écrits en deux groupes : environ la moitié traite de la gouvernance politique au Moyen-Orient, historiquement et au présent. Ces travaux sont des émanations directes de ma thèse de doctorat sur la théorie politique dans l'islam médiéval, avec une réactualisation pour le monde contemporain. C'est ainsi que beaucoup d'entre eux portent sur islam et démocratie, et la question de savoir si les deux peuvent ou ne peuvent pas coexister, parmi lesquels je compte mon ouvrage le plus récent à ce sujet : The Arab Winter: a Tragedy [L'hiver arabe : une tragédie]. Vous pouvez deviner d'après son titre que son contenu n'est pas très optimiste ; mes premiers livres sur le sujet l'étaient davantage. L'autre moitié de mes écrits concerne globalement la tradition constitutionnelle américaine, ils se focalisent sur l'histoire intellectuelle des idées qui ont fondé la constitution américaine, à travers les personnages qui les ont développées et leur ont donné forme. J'ai donc à mon actif une longue biographie de James Madison, qui fut le principal rédacteur de la constitution américaine, et un livre tout aussi long sur quatre juges de la Cour suprême, nommés par F.D. Roosevelt, qui ont fait évoluer les idées constitutionnelles américaines dans l'ère moderne. Je suis en train de terminer un livre qui ne sortira pas avant un an environ sur Abraham Lincoln et la façon dont il a modifié la constitution au cours de la guerre de Sécession.

JG2Vous avez évoqué une de vos interventions pratiques en Tunisie, hors de la sphère universitaire. Avez-vous d'autres expériences de ce type à nous relater ?

Feldman thumbnailOui, au cours des trois dernières années, par exemple, j'ai participé à la mise sur pied de l'Oversight Board (conseil de surveillance) de Facebook, que l'on appelle aussi la « Cour suprême » de Facebook. C'est une entité composée d'universitaires et de spécialistes indépendants, non-salariés de la plateforme. Elle fonctionne grâce à une dotation attribuée par Facebook, mais elle est indépendante. La « Cour » a statué récemment sur sa première série d'affaires, son rôle étant de trancher des litiges concernant des décisions de modération du réseau social, donc de décider en définitive si un contenu doit rester sur la plateforme ou être supprimé. Facebook s'est engagé à se conformer à ses décisions. Ce fut une expérience extraordinaire pour moi, impliquant également la pratique des langues, car Facebook opère dans plus de 100 pays et ses utilisateurs s'expriment dans des dizaines de langues différentes, la modération de contenu nécessite donc une compréhension nuancée de ces différentes langues, ce qui représente un énorme défi pour Facebook et sera un défi aussi pour le conseil de surveillance. Voilà un exemple d'intervention pratique à laquelle j'ai consacré beaucoup de temps ces dernières années dans l'espoir d'apporter des améliorations progressives au fonctionnement de Facebook, car au-delà de l'aspect positif de mise en relation des internautes que permet ce réseau social, son utilisation comporte aussi de nombreux risques et inconvénients liés à la désinformation, aux propos haineux et à toutes sortes de choses. La vocation du conseil de surveillance est de tenter de résoudre certains de ces problèmes par la motivation de ses décisions en toute indépendance, transparence et responsabilité.


JG2
Pour nos lecteurs francophones, quelle comparaison ou quel contraste pourriez-vous  faire entre le français et d'autres langues que vous maîtrisez ? Vous qualifieriez-vous de francophile ?

Feldman thumbnailBien sûr, je me qualifierais de francophile, ou plus précisément de « francophonephile ». Non que je n'aime pas la France, mais c'est d'abord la langue française que j'aime énormément, et comme tout francophone le sait, les auteurs français ont extraordinairement parlé des beautés de leur langue, donc je ne m'aventurerais pas à en proposer une vision originale, mais je pense que le français a ceci d'extraordinaire qu'il est simultanément adapté à la pensée et à la réflexion philosophiques et capable d'un degré important de licence poétique tout en étant une langue assez strictement formalisée. Cette ubiquité est assez inhabituelle, car de nombreuses langues sont plus à l'aise dans l'un ou l'autre domaine. L'anglais est très fort pour le langage simple et clair, en particulier dans la philosophie et le droit et même dans la diction poétique, mais il n'est pas très à l'aise avec les formulations plus lyriques. Le français est à l'aise dans deux domaines extrêmement différents et c'est selon moi une caractéristique remarquable. L'allemand aussi est à l'aise dans ces deux domaines, mais les directions que prend la pensée, lorsqu'on fait de la philosophie en français ou qu'on écrit et lit de la poésie en français sont tout à fait identifiables et très différentes de leurs équivalents en allemand, c'est donc à cet égard que selon moi se différencient ces deux langues.

—————-
[1]

  • (2003).  After Jihad: America and the Struggle for Islamic Democracy. New York: Farrar, Straus and Giroux. 
  •  (2004). What We Owe Iraq: War and the Ethics of Nation Building, Princeton, NJ: Princeton University Press. 
  • (2005).  Divided by God: America’s Church-State Problem – and What We Should Do About It. New York: Farrar, Straus and Giroux. 
  •  (2008).  The Fall and Rise of the Islamic State. Princeton, NJ: Princeton University Press. 
  • (2010).  Scorpions: The Battles and Triumps of FDR's Great Supreme Court Justices New York: Twelve Books. 
  • (2013). Cool War: The Future of Global Competition. New York: Random House. 
  • (2017). The Three Lives of James Madison: Genius, Partisan, President.  Random House, New York. 
  • (2020). The Arab Winter: A Tragedy. Princeton, NJ: Princeton University Press. 
  • Feldman, Noah R.; Sullivan, Kathleen M. (2019). Constitutional Law (Twentieth ed.). St. Paul, MN: Foundation Press.  – various editions/supplements have been published
  • Feldman, Noah R.; Sullivan, Kathleen M. (2019). First Amendment Law (Seventh ed.). St. Paul, MN: Foundation Press. 

 

 

À la une – après la violence au Capitole…la poésie

Amanda Gorman, poète nationale des États-Unis, récite son poème lors de l'investiture [1] du Président Biden, le 20 janvier 2021. [2] 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Helene Cardona
Nous fournissons ci-dessous quelques faits biographiques concernant Amanda Gorman mais tout d’abord nous souhaitons présenter une estimation de son œuvre, rédigée par Hélène Cardona à notre intention.

Hélène, elle aussi poétesse et auteure, résidente de Los Angeles, comme la jeune Amanda, a remporté un nombre de prix, dont l'Independent Press Award et l’International Book Award et a publié plusieurs livres dont Life in Suspension / La Vie Suspendue (Salmon Poetry) et Dreaming My Animal Selves / Le Songe de mes Âmes Animales (Salmon Poetry) – tous les deux bilingues.

Life in Suspension Helene - publication


Dans le passé Hélène fut notre “linguiste du mois”. (L’entretien avec Hélène est accessible à
https://bit.ly/3qEdySt)  Elle s’est également entretenue avec le grand poète américain (récemment décédé), John Ashbery. 

Nous la remercions chaleureusement pour le commentaire précieux qui suit :

« L'amour devient notre héritage »

A. GormanAmanda Gorman est la plus jeune poète à écrire et réciter un poème pour une inauguration présidentielle.  Elle marche ainsi sur les traces illustres de Maya Angelou et de Robert Frost. C’est sa lecture passionnée de son poème « In This Place: An American Lyric », à la Bibliothèque du Congrès en 2017, qui attira l’attention du Dr. Jill Biden.

« La poésie est une forme d’art, mais pour moi, c’est aussi une arme, c’est aussi un instrument », déclare-t-elle lors d’une interview avec Jeffrey Brown pour PBS NewsHour.

Elle finit de composer son poème, « The Hill We Climb » (La Colline que nous gravissons), le 6 janvier, jour où le Capitole de Washington D.C. fut pris d’assaut par les partisans de l’ancien président Donald Trump.

Ce fut une tâche intimidante. C’est un poème qui tient compte des divisions politiques du moment et des tensions raciales aux États-Unis, mais c’est aussi un baume offert à ceux qui souffrent, une manière de leur rendre justice.

C’est une composition originale, hybride, moitié poème, moitié slam « spoken word poetry », récitée avec grâce et aplomb, une courageuse recherche de la vérité, qui vise essentiellement à faire la lumière sur ces récents événements ainsi que sur des problèmes depuis trop longtemps restés dans l’obscurité. Amanda Gorman a créé un poème représentatif de tous et de toutes. Pour elle, ce fut l’occasion d’unir le people des États-Unis.

Elle commence par une question : « où trouver la lumière dans cette obscurité sans fin ? » Après cette invitation à méditer sur notre condition, elle propose un nouveau regard, généreux, à la fois intime et lyrique, porteur et optimiste :

The new dawn blooms as we free it

For there is always light,

If only we're brave enough to see it

If only we're brave enough to be it

L'aurore nouvelle fleurit alors que nous la libérons

Car la lumière est toujours là,

si seulement nous avons l’audace de la regarder

Si seulement nous avons l’audace de l’incarner

Hélène Cardona

http://helenecardona.com

http://www.imdb.me/helenecardona

 

Détails biographiques d'Amanda Gorman :

Amanda, née en 1998  à Los Angeles, est une poétesse et militante américaine.

Originaire de Californie, Amanda Gorman grandit à Los Angeles. Elle est élevée par sa mère, une enseignante du nom de Joan Wicks, avec ses deux frères et sœurs. Elle a une sœur jumelle, nommée Gabrielle Gorman, et également militante.

Amanda Gorman déclare avoir grandi dans un environnement où l'accès à la télévision était limité. Enfant, elle grandit avec un trouble de la parole.  Sa mère l’encourage vivement dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.

Hypersensible aux sons, elle souffre d’un trouble du traitement auditif. Elle fréquente l’école privée New Roads à Santa Monica, de la maternelle à la terminale. En 2014, elle est choisie comme jeune poétesse lauréate de la ville de Los Angeles.

En avril 2017, Amanda Gorman est nommée comme la toute première poétesse officielle de la jeunesse des États-Unis. En 2020, elle obtient son diplôme de sociologie de l’université Harvard. 

Elle est la poétesse invitée à l'inauguration (inaugural poet) du 46e président des États Unis, Joe Biden.  Elle lit un texte écrit après l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021, The Hill We Climb. [3] 

  Amanda Library of Congress  

Amanda Gorman, Bibliothèque du Congrès,
Washington, D.C., 2017.

Les textes d’Amanda Gorman se concentrent sur les questions d'oppression, de féminisme, de race et de marginalisation, ainsi que sur la diaspora africaine. En 2015, elle publie One for Whom Food Is Not Enough, un premier recueil de poèmes aux éditions Urban Word LA.

Amanda Gorman est la fondatrice et la directrice exécutive de l'organisation à but non lucratif One Pen One Page, une organisation qui propose des programmes de création littéraire gratuits pour les jeunes défavorisés.


Malala thumbnailElle déclare avoir souhaité devenir une jeune déléguée de l’organisation des Nations Unies en 2013,  après avoir assisté à un discours de la militante pakistanaise des droits des femmes, Malaya Yousafzais nommée prix Nobel de la Paix en 2014

En 2017, elle devient la première jeune poétesse à ouvrir la saison littéraire de la Bibliothèque du Congres.   Elle est invitée sur la chaîne américaine MTV pour une lecture de ses poèmes.

La même année, elle est la première autrice à figurer dans le Livre du mois du XQ Institute, un cadeau mensuel pour partager les livres favoris inspirants de la Génération Z.  Elle écrit un hommage aux athlètes noirs pour la marque Nike, et conclut un accord avec Viking Children's Books pour écrire deux livres d’images pour enfants.

Amanda Gorman déclare vouloir se présenter à l’élection présidentielle américaine 2036.

La Morgan Library and Museum a acquis son poème In This Place (An American Lyric). Celui-ci est exposé en 2018, aux côtés d'œuvres de la poétesse et femme de lettres américaine, Elizabeth Bishop. 

Amanda Gorman est choisie par l'administration de Joe Biden pour lire un poème original lors de l’investiture du nouveau président américain le 20 janvier 2021. Elle devient ainsi la plus jeune femme et poétesse à occuper ce rôle.  Après le 6 janvier 2021, elle modifie le contenu de son poème afin de tenir compte de la prise d'assaut du Capitole des États-Unis. (Source: Wikipedia)

 

[1] Note linguistique : inauguration (English) = investiture (français); inaugural (English) = inaugural (français).
Voir aussi : https://www.etymonline.com/search?q=inauguration 

[2] Note historique  :
Le 20 janvier 1961, il y a exactement 60 ans, un autre poet national des États Unis, Robert Frost, a récité son poème à l'investiture d'un autre president démocratique, John F. Kennedy. 

[3] The Hill We Climb par Amanda Gorman:

Mr. President, Dr. Biden, Madam Vice President, Mr. Emhoff, Americans and the world, when day comes we ask ourselves/ where can we find light in this never-ending shade? /The loss we carry/ a sea we must wade./ We’ve braved the belly of the beast./ We’ve learned that quiet isn’t always peace./ In the norms and notions/ of what just is isn’t always just-ice./ And yet, the dawn is ours/ before we knew it./ Somehow we do it./ Somehow we’ve weathered and witnessed/ a nation that isn’t broken,/ but simply unfinished./ We, the successors of a country and a time/ where a skinny black girl/ descended from slaves and raised by a single mother/ can dream of becoming president/ only to find herself reciting for one.

And yes, we are far from polished,/ far from pristine,/ but that doesn’t mean we are/ striving to form a union that is perfect./ We are striving to forge our union with purpose./ To compose a country committed to all cultures, colors, characters, and conditions of man./ And so we lift our gazes not to what stands between us,/ but what stands before us./ We close the divide because we know to put our future first,/ we must first put our differences aside./ We lay down our arms/ so we can reach out our arms/ to one another. We seek harm to none and harmony for all./ Let the globe, if nothing else, say this is true./ That even as we grieved, we grew./ That even as we hurt, we hoped./ That even as we tired, we tried/ that will forever be tied together victorious./ Not because we will never again know defeat,/ but because we will never again sow division.

Scripture tells us to envision/ that everyone shall sit under their own vine and fig tree/ and no one shall make them afraid./ If we’re to live up to her own time,/ then victory won’t lie in the blade,/ but in all the bridges we’ve made./ That is the promise to glade,/ the hill we climb if only we dare./ It’s because being American is more than a pride we inherit./ It’s the past we step into/ and how we repair it./ We’ve seen a force that would shatter our nation/ rather than share it./ Would destroy our country if it meant delaying democracy./ This effort very nearly succeeded./

But while democracy can be periodically delayed,/ it can never be permanently defeated./ In this truth,/ in this faith we trust./ For while we have our eyes on the future,/ history has its eyes on us./ This is the era of just redemption./ We feared it at its inception./ We did not feel prepared to be the heirs/ of such a terrifying hour,/ but within it, we found the power/ to author a new chapter,/ to offer hope and laughter to ourselves/ so while once we asked,/ how could we possibly prevail over catastrophe?/ Now we assert,/ how could catastrophe possibly prevail over us?

We will not march back to what was,/ but move to what shall be,/ a country that is bruised, but whole,/ benevolent, but bold,/ fierce, and free./ We will not be turned around/ or interrupted by intimidation/ because we know our inaction and inertia/ will be the inheritance of the next generation./ Our blunders become their burdens./ But one thing is certain,/ if we merge mercy with might/ and might with right,/ then love becomes our legacy/ and change our children’s birthright.

So let us leave behind a country/ better than one we were left with./ Every breath from my bronze-pounded chest/ we will raise this wounded world into a wondrous one./ We will rise from the gold-limbed hills of the West./ We will rise from the wind-swept Northeast/ where our forefathers first realized revolution./ We will rise from the lake-rimmed cities of the Midwestern states./ We will rise from the sun-baked South.[4]/  We will rebuild, reconcile and recover/ in every known nook of our nation,/ in every corner called our country/ our people diverse and beautiful will emerge/ battered and beautiful./ When day comes, we step out of the shade/ aflame and unafraid./ The new dawn blooms as we free it./ For there is always light./ If only we’re brave enough to see it./ If only we’re brave enough to be it.

——

[4] Ces vers rappellent ceux du discours de Martin Luther King, prononcé le 28 août 1963  à proximité du Capitole de Washington, et connu comme "Je fais une rêve" :

"And if America is to be a great nation, this must become true. So let freedom ring from the prodigious hilltops of New Hampshire. Let freedom ring from the mighty mountains of New York. Let freedom ring from the heightening Alleghenies of Pennsylvania. Let freedom ring  from the snow-capped Rockies of Colorado.  Let freedom ring from the curvaceous slopes of California.  But not only that:  Let freedom ring from Stone Mountain of Georgia.  Let freedom ring from Lookout Mountain of Tennessee.  Let freedom ring from every hill and molehill of Mississippi. From every mountainside, let freedom ring."

Lecture supplémentaire :

Amanda Gorman, plus jeune poétesse jamais invitée à une cérémonie d'investiture dans l'histoire des États-Unis
France Culture 20.1.2021

Amanda Gorman Captures the Moment, in Verse
New York Times, January 21, 2021

American lyricist
The Crimson, Harvard University

Capital vs. Capitol

 

 

Les mots anglais qui ont fait la une en 2020 – quarantine, lockdown, pandemic

Le dictionnaire LEXICO (auparavant Oxford Dictionaries.com) a choisi "quarantine" comme mot de l'année écoulée.

  Quarantine  

Quarantine (bible)Le terme anglais quarantine est associé au français « quarantaine », mais son origine remonte plus loin. En latin, le chiffre quarante se disait quadraginta, origine du vieil anglais quarentyne désignant "le désert où le Christ jeûna pendant quarante jours ». Dans les années 1520, le mot prit sa forme actuelle, mais pour désigner cette fois la période de quarante jours pendant laquelle  la veuve avait le droit de demeurer dans la maison de son époux défunt. Cette règle fut édictée dans la Grande Charte (Magna Carta) de 1215 et consacrée par le droit coutumier afin de donner à la veuve la possibilité de faire le deuil de son mari en toute sérénité et d'écarter d'éventuels héritiers un peu trop pressés de la chasser de son domicile.

La racine latine quadraginta a donné quaranta en italien mais, si quarantina signifie « quarantaine » (environ quarante),le mot quarantena désigne la période de 40 jours pendant laquelle un navire soupçonné de transporter une maladie était tenu en isolement. Les navires arrivant à Venise en provenance de ports infectés étaient obligés de rester au mouillage pendant 40 jours avant d'accoster. En effet, Venise risquait d'être une proie facile pour la peste car c'était un port d'escale et de transit pour toutes les voies maritimes reliant l'Europe à l'Orient, un vrai carrefour qui accueillait des navires et des gens de partout. La Sérénissime république se dota donc de moyens de prévention modernes, créant des zones de quarantaine sur quelques îles éloignées de la ville, les lazzaretti, imitée en cela par d'autres ports italiens et européens. En France, la plupart des ports méditerranéens (dont Sète et Toulon) disposaient d'un lazaret.

Le délai de quarante jours n'avait pas été fixé au hasard. Il correspondait à la durée maximale d'incubation des maladies infectieuses contagieuses, d'après l'état des connaissances à l'époque. Il a été ramené à 14 jours et même moins, selon les maladies. Les mesures et les délais de surveillance des maladies soumises à surveillance sont désormais définis par le Règlement sanitaire international.

Lectures supplémentaires :

The Collins Word of the Year 2020 is lockdown

Merriam-Webster's Word of the Year is pandemic

The Greeks had a word for it … until now, as language is deluged by English terms
The Guardian, January 21, 2021

Coronaspeak – les blogues et la presse commentent les mots à la mode (suite)

 

 

 

 

Dans les coulisses de la néologie scientifique

Isabelle PouliotL'analyse qui suit a été rédigée à notre intention par notre fidèle collaboratrice, Isabelle Pouliot. Isabelle est membre de la NCTA et ancienne résidente de la région de San Francisco. Elle est traductrice agréée de l'anglais vers le français de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ). http://traduction.desim.ca

En juin 2020, la revue scientifique Nature a publié une lettre rédigée par plusieurs chercheurs intitulée « COVID-19 lockdown allows researchers to quantify the effects of human activity on wildlife ». Dès le début de la lettre, après le chapeau et le premier paragraphe, un encadré attire l’attention des lecteurs, notamment des langagiers, puisqu’il s’intitule Introducing anthropause. L’explication de l’origine de ce néologisme est la suivante [notre traduction] : « Nous proposons ‘anthropause’ pour désigner tout particulièrement un ralentissement mondial considérable de l’activité humaine moderne, notamment des voyages. Nous savons que le préfixe approprié est anthropo (‘être humain’), mais avons opté pour une version plus courte, laquelle est plus simple à mémoriser et à utiliser, et où la syllabe po tronquée se retrouve dans la prononciation de pause. »

Ce terme est le même en français et en anglais (et antropausa en italien), mais les francophones constateront l’importance de bien prononcer le mot pour éviter toute confusion avec andropause….

Les scientifiques signataires de la lettre voulaient attirer l’attention sur l’importance d’étudier les interactions entre les populations humaines et animales puisqu’il existe désormais une interdépendance inégalée entre ces groupes.

L’explication sur la genèse de ce terme est très intéressante, mais nous laisse un peu sur notre faim. Pour en savoir plus, j’ai communiqué par courriel avec deux des signataires, deux scientifiques de renom qui, malgré leur emploi du temps bien chargé, ont répondu rapidement à mes questions.

YanYan Ropert-Coudert [1] est directeur de recherche au Centre d'études biologiques de Chizé (lequel fait partie du Centre national de la recherche scientifique, CNRS, en France) et directeur du programme de recherche Antarctique, qui étudie les prédateurs marins.

D’emblée, il fait un aveu surprenant : « Tout d'abord, je suis content que ta question porte sur le mot plutôt que sur le contenu pour une fois. Les gens ne se rendent pas compte que le travail d'un chercheur l'amène souvent à créer de nouveaux mots ou de nouvelles expressions. (…) Entre les projets pour lesquels il faut maintenant impérativement trouver un acronyme, les espèces nouvelles ou les phénomènes qu'il faut identifier… les talents néologistes des chercheurs ont de quoi s'exprimer. »

Alors que j’étais étudiante en traduction à l’Université McGill de Montréal, au tournant des années 2000, un professeur avait dit en classe que la création de néologismes était rare dans une carrière de traducteur, mais qu’il fallait bien connaître les suffixes et préfixes d’origine latine ou grecque pour être prêt à toute éventualité. La petite histoire derrière anthropause en est un bon exemple, comme l’explique M. Ropert-Coudert : « "anthropause" est du fait de Mark Johnson, l'un des auteurs de l'article. Il a pensé à ce mot en relisant quelque part le mot anthropocène. »

Anthopocène est aussi un mot plutôt récent, qui remonte à l’an 2000. Paul J. Crutzen, Prix Nobel de chimie, et Erik Stoemer ont donné le nom d'anthropocène [2]  à l'ère géologique dans laquelle nous vivons, une nouvelle époque géologique définie par l'action de l'humain. Anthropo signifie ‘être humain’ et cène, ‘récent’.

L’air du temps, ingrédient secret de la néologie


Mark JohnsonJ’ai demandé au Professeur Mark Johnson de m’expliquer comment il en est arrivé à cet anthropause. M. Johnson est agrégé supérieur de recherche du Scottish Oceans Institute de l’Université de St Andrews en Écosse.

« Les mots et la manière dont ils se diffusent m’ont toujours fasciné et je suis ravi d’avoir apporté une petite Christian Rutz contribution, même fortuite! Comme l’explique l’auteur principal de l’article, Christian Rutz, dans l’encadré, anthropause est un mot-valise assumé.[3]  Le préfixe anthropo est un terme en vogue en biologie animale en ce moment, avec des mots comme anthropocène et anthropogenic. [4] Compte tenu de ce que nous ressentions tous plus tôt cette année, comme si la vie prenait une pause, les mettre ensemble coulait de source. Et c’était évident dès le départ qu’il fallait parler d’anthropause, plutôt que d’anthropopause, qui est plus logique, mais aussi un virelangue. Ce mot m’est venu à l’esprit au printemps et lorsque Christian a communiqué avec moi au sujet de l’article qu’il prévoyait écrire, je lui ai dit ʺJe sais comment tu vas l’appeler!˝.  J’ai bien peur que ce soit tout ce qu’il y a dire là-dessus. »

Néologie, quand tu nous tiens

Ropert-Coudert est l’auteur d’un autre néologisme désormais fort usité, bio-logging : « Je promeus activement bio-logging, qui consiste à attacher des enregistreurs de données à des espèces en liberté afin de surveiller leur biologie et les paramètres physiques de leur environnement immédiat. » [5] 

Il raconte qu’en 2003, son laboratoire Prédateurs supérieurs du National Institute of Polar Research de Tokyo devait nommer une conférence qui portait sur « les appareils enregistreurs miniatures embarqués sur ou dans les animaux et qui enregistrent les données biologiques de l'animal, les données physiques du milieu dans lequel il évolue et l'interaction entre les deux! Un titre de conférence comme celui-là n'aurait jamais attiré les foules. Nous avons donc planché plusieurs jours sur un mot, une expression qui pourrait synthétiser tout cela… Rien ne venait. Le soir avant que le grand patron n'aille déposer la maquette de la conférence au Ministère pour y quémander des sous, je faisais la vaisselle dans notre appartement de Tokiwadai dans la banlieue nord-ouest de Tokyo, et là, paf, l'illumination: "Bio-logging", logging venant du "log", le carnet de bord des marins qui consignent tout ce qu'ils voient. » C’est ainsi qu’à la suite de cet International Symposium on Bio-logging Science, le mot est passé dans l’usage de nombreuses disciplines scientifiques, et non seulement en biologie.

Parmi les néologismes ou termes ayant eu un élargissement de leur aire sémantique en 2020, il y a anthropause, confinement et déconfinement, supercontaminateur, présentiel, couvre-visage, gestes barrière ou dans un registre plus familier, covidiot, apéro virtuel, quatorzaine. Comme on peut le constater, les voies de la néologie sont maintenant variées et sous l’influence des réseaux sociaux, certains termes se diffusent très vite et illustrent la vitalité de la langue française.

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[1]


[2] Pour en savoir plus : http://www.igbp.net/globalchange/anthropocene.4.1b8ae20512db692f2a680009238.html (anglais) ou « Le concept d’anthropocène et son contexte historique et scientifique » de Jacques Grinevald, historien des sciences : https://tinyurl.com/yaso3pux

[3]

 

[4] Anthropogenic : Se dit des phénomènes qui sont le résultat de l'action directe ou indirecte de l'humain.  En français, cette notion s’exprime dans le mot anthropique. Contrairement au terme anglais anthropogenic, l'adjectif français anthropogénique n'a pas le sens de « provoqué par l'action de l'homme », mais plutôt celui de « relatif à la genèse de l'espèce humaine ». Source : Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française, fiche 17489311.

[5] Bio-logging et écophysiologie des prédateurs marins

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Lectures supplémentaires :

Ecophysiology /L'écophysiologie, Ecopsychology /L’écopsychologie, Sostalgia /l'écoanxieté – sur ce blog

The Search for New Words to Make Us Care About the Climate CrisisThe New Yorker, February 21, 2020

 

“We’re going to walk down to the Capitol”

 

L'analyse qui suit a été rédigée par notre contributeur fidèle, Rene Meertens, linguiste du mois de janvier 2019 et auteur du Guide anglais-français de la traduction, dont une nouvelle édition (2021) vient de paraître. 

Rene Meertens Guide

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Capitol 0 Capitol 2 Capitol 19

Le 6 janvier 2021, à l’instigation de Donald Trump (« Nous allons nous rendre au Capitole »), des milliers d’émeutiers ont marché sur le bâtiment du Congrès et y ont fait irruption, chassant députés et sénateurs.

  Capitol Picture15

 

Le Capitole (« Capitol » en anglais) est le bâtiment qui abrite le Congrès, c’est-à-dire la Chambre des représentants et le Sénat. Le mot « capitol » (souvent sans majuscule) peut aussi désigner le bâtiment occupé par l’assemblée législative d’un État fédéré des États-Unis. Selon Wikipedia, c’est Thomas Jefferson qui aurait choisi cette dénomination, sans que l’on sache pourquoi, si ce n’est que cet immeuble fut construit sur une petite colline.

Ce mot provient du latin « Capitolium », l’une des sept collines qui entourent Rome, sur laquelle se trouvait le temple de Jupiter Capitolin et la citadelle de la ville. Le Capitole était le centre de la vie politique et religieuse. D’autres villes ont désigné sous le même nom « leurs citadelles ou leurs temples les plus magnifiques » (Félix Gaffiot).

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Le mot latin provient de « caput » (tête), car le Capitole était la principale des collines et le lieu le plus en vue de la ville (F.E.J. Valpy). Le mot « caput » est à l’origine d’un grand nombre de mots français (chef, capiteux et capital, par exemple).

Le président élu Biden a invité Trump à s’exprimer à la télévision « to demand an end to this siege », pour exiger de ses partisans qu’ils mettent fin à cette occupation. De même, le Times de Londres a titré plus tard « Congress confirms Joe Biden’s victory after siege of Capitol ». Il s’agit bien d’une occupation et non d’un siège, même si, selon les dictionnaires, le mot anglais siege  a le même sens que le mot « siège » en France. L’usage lui en donne un autre.

Je me souviens d'avoir traduit en 2004 un texte sur l'occupation de l'école de Beslan (Russie) par des terroristes. A cette occasion aussi, il fut question du « siege of Beslan ». Mais les terroristes ne faisaient pas le siège de l’école : ils se trouvaient à l’intérieur, où ils retenaient plus d’un millier d’otages.

  Capitol 11  

Cela illustre le décalage qui existe entre les dictionnaires et l’usage. Cela résulte parfois, comme dans ce cas, de la transformation du sens d’un mot en son contraire.

Quant à « Democracy under siege », ce titre peut à la rigueur se traduire littéralement, car le mot est utilisé dans un sens figuré (« La démocratie en péril » conviendrait sans doute mieux).


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Diffusion audio: Épisode :Insurrection au Capitole : le populisme américain a-t-il dit son dernier mot ?

Notes du blog :

Dans un autre contexte (la situation chaotique régnant au Parlement de Londres au debut de 2019), nous avons publié le passage qui suit :

« Après notre publication récente d'un article intitulé « Shambles, mayhem, bedlam – Londres, Paris, même chienlit? », nous avions décidé de laisser de côté la situation chaotique de la politique britannique (et des rues françaises en fin de semaine), pour nous intéresser à l'état tout aussi chaotique des États-Unis, aux prises avec le shutdown (la paralysie partielle des services fédéraux gouvernementaux provoquée par le blocage budgétaire). Mais, nous ne saurions nous priver de l'occasion qui s'offre de relever ce cluster shambles qui a les allures d'un tout récent néologisme. Nous supposons qu'il est calqué sur l'expression cluster fuck-up, plus grossière encore. Pour les chastes oreilles qui peuvent ne pas connaître ses acceptions les plus récentes, fuck-up, substantif, se traduit par bordel, fiasco, chienlit, lorsqu'il s'applique à une situation, et « raté(e) », appliqué à une personne. Quant à cluster, il joue le rôle d'augmentatif et s'inspire de cluster bomb, la bombe à fragmentation qui fait tant de ravages dans les conflits contemporains. L'effet explosif d'une telle bombe est tel qu'il est plus meurtrier que celui d'une bombe ordinaire. » (From shambles to snafu to shutdown).

Pour en revenir a l'assaut contre le siège [1] du Congrès, il convient de rappeler que la dernière attaque contre le Capitole de Washington D.C. [2]  avait eu lieu au début du XIXe siècle. Celle-ci, communément appelée "Burning of Washington" (l'incendie de Washington), se déroula le 24 août 1814 pendant la guerre anglo-américaine.  Le bâtiment fut pris d'assaut avant d'être incendié par les troupes britanniques seulement quatorze ans après son ouverture et alors qu'il était encore en construction. On le présente généralement comme la réponse à l'incendie de la capitale de la colonie britannique du Haut-Canada, York (aujourd'hui Toronto en Ontario), alors synonyme de traumatisme pour les Canadiens et d'humiliation pour le gouvernement britannique. 

[1] René Meertens : Le Capitole est le siège (seat) du Congrès. Ce dernier est l’un des sièges (seats) du pouvoir. Les sièges (seats) sont remportés de haute lutte. Les élus siègent (sit) comme tout un chacun sur leur siège (bottom), lui-même posé sur un siège (seat).

[2] District de Columbia (en  anglais : District of Columbia), souvent appelée Washington, D.C.The District, ou simplement D.C. (pour éviter la confusion avec l’État de Washington, est une ville indépendante des Etats-Unis dont elle est la capitale. En tant que capitale fédérale, elle ne fait pas partie des cinquante États de l’Union et dépend directement du Congrès. Son statut spécial vaut à ses habitants de ne pas disposer de députés ni de sénateurs. La ville est le siège de nombreuses institutions américaines et internationales, telles que la Maison-Blanche (résidence officielle du président), le Capitole, siège du Congrès ainsi que le siège de la Banque mondiale (BM)  du Fonds monétaire international (FMI) de la Cour Suprême  et d'autres organismes fédéraux, comme la Réserve fédérale des Etats-Unis (Fed.) Elle accueille en outre 176 ambassades et représentations diplomatiques.

Lecture supplémentaire

Assaut du Capitole « insurrection, putsch, exorcisme ?
REVUE DES DEUX MONDES Jan 8, 2021

Le glossaire du blog – anglais – français :

agitation

agitation, troubles

arson, incendiarism, torching, setting fire

incendie volontaire, action de bouter le feu par malveillance

anarchy

anarchie

assault 

agression, attentat

attack, onslaught

attaque

battery

coups et blessures, voies de fait

beating 

raclée

bedlam

chahut

brawl, fight, scuffle

rixe

burglarizing, burglary

cambriolage

clashes, confrontations

affrontements

clubbing

frappe à coups de massue

commotion, din, uproar

fracas, tapage

crimes

crimes

defacement

mutilation, défiguration

destruction

destruction

disturbance, turmoil

chambardement

fighting

combat, bagarres

fire-bombs

bombes incendiaires

fires

incendies

hooligan, yob, thug

vandale, voyou

free-for-all

pagaille, rixe,
mêlée, bagarre

injuries

blessures

lawlessness, disorder

anarchie, chienlit

loot

butin

looting, pillaging,
sacking, trashing

pillage, saccage, mise à sac

marauding

en maraude

mayhem 

désordre, grabuge

mugging

agression

uproar, tumult

tumulte

pandemonium

tohubohu, charivari

plunder

pillage

pyromania

pyromanie

ravaging, sacking

saccage

ruination, wrecking

ruine

riots, rioting

émeutes, bagarres

robbery

brigandage, braquage

rowdiness, rumpus, racket

chahut

ruckus

grabuge

shambles

pagaille

shooting

fusillade, coups de feu

smash and grab

cambriolage

smashing

bris

trash

déchets, ordures

unrest

agitation, troubles,
embrasement

vandalism

vandalisme

violence

violence