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À la une : L’édition 2014 du championnat d’orthographe des États-Unis a été remportée par des Américains d’origine indienne pour la septième année consécutive

Bee logo   Des jeunes américains d'origine
   indienne dominent le championnat
   d'orthographe

   Washington D.C., le 30 mai 2014

Certaines langues, comme l'espagnol, s'écrivent comme elles se prononcent. Ce n'est pas le cas d'autres, telles que l'anglais ou le français. Si l'on présentait à une personne qui connaît très mal l'espagnol un texte rédigé dans cette langue, qu'elle ne comprendrait évidemment pas, et si elle le lisait à haute voix, les sons qu'elle produirait seraient dans l'ensemble compréhensibles pour un locuteur espagnol (si ce n'est que l'accent risquerait d'être mal placé dans le cas d'un grand nombre de mots). Il n'en serait pas de même pour le français notamment parce que dans un grand nombre de mots la dernière lettre ne se prononce pas (toit, aux, quand, janvier, etc.) ou que, dans certains cas, la dernière syllabe est muette (assurent, veille, fesses, etc.). En anglais, l'écart entre la prononciation des mots et leur orthographe est encore beaucoup plus important. [1]

ShawLe dramaturge irlandais George Bernard Shaw aurait dit, par boutade, que le mot "fish" pourrait s'écrire "ghoti" si l'on utilise les lettres "gh" telles qu'elle sont prononcée dans le mot "enough", la lettre "o" telle qu'elle est prononcée dans le mot "women" et les lettres "ti" telles qu'elles sont prononcées dans le mot "action". En fait, ce raisonnement facétieux ne serait pas dû à Shaw et aurait en outre été réfuté. [2] 

Le grand nombre d'orthographes irrégulières en anglais et la grande étendue du vocabulaire de cette langue (même si un très grand nombre de mots sont rarement utilisés) est à l'origine d'une tradition américaine : le championnat d'orthographe (spelling bee, en anglais). Le Collins English Dictionary, Complete and Unabridged, définit spelling bee comme suit : a contest in which players are required Noah_Webster_pre-1843_IMG_4412_Croppedto spell words according to orthographic conventions (une compétition au cours de laquelle les joueurs doivent épeler des mots conformément aux conventions typographiques). Pour connaître l'origine de cette expression, cliquez iciNoah Webster (1758-1843) écrivit le premier dictionnaire anglais d'orthographe en 1783.[3]

 

Scripps National Spelling Bee

Le championnat national d'orthographe des Etats-Unis se déroule chaque année à Washington depuis 1945. L'âge des participants va de 8 à 15 ans (sauf une participante de 6 ans cette année), mais 80 % d'entre eux sont âgés de 12 à 14 ans. Chaque participant doit épeler les mots, un par un, et peut demander des informations à son sujet, par exemple son origine, une définition ou une phrase contenant le mot. A la première erreur, le participant est éliminé. Avant de parvenir en finale, les participants doivent réussir dans un examen de vocabulaire.

8897531547_74aaeaa503_bCes dernières années, une proportion importante des participants et des vainqueurs des différentes années était des Indo-Américains (Américains dont les familles sont originaires d'Inde. [4]) Pour expliquer cette domination du championnat d'orthographe par un seul groupe ethnique, la chaine de radio publique (PRI) présente un programme « Indians, Indian-Americans and Spelling » (le 30 mai 2013).

Cette année 281 participants assistent au championnat. Ils viennent des tous les 50 États du pays, ainsi que le District de Columbia est des territoires qui appartient aux États Unis. Le plus jeune compétiteur est Lori Anne Madison, 6 ans. Les autres participants ont 8 jusqu'à 14 ans.  En 2013 Arvind Mahankali  (13) a remporté le trophée après avoir epelé correctement tous les mots dont knaidel.

La personne chargée de donner lecture des mots, Dr. Jacques A. Bailly, parle couramment le français et l'allemand, et enseigne le grec classique et le latin.

Les téléspectateurs peuvent voir l'orthographe correcte sur leurs écrans sur une chaine de télévision ou, s’ils le préfèrent, regarder le championnat sans voir les bonnes réponses sur une autre.

Pour la première fois en 52 annees, le championnat a été remporté hier par deux concurrents, Ansun Sujoe et Sriram Hathwars, qui ont epuisé la dernière liste de 25 mots, sans se tromper.

Au cours du championnat, Ansun et Sriram savaient l'orthographe correcte de skandhas, hyblaean, feijoada, augenphilologie, sdrucciola, holluschick, thyemelici,  paixtle, encaenia et terreplein, entre autres. (Ils ont raté un seul mot, chacun : antigropelos pour Ansun et corpsbruder pour Sririam, mais comme cela s'est passé quand ils restaient seuls, ils ont pu continuer, jusqu'à ce que l'un d'eux échoue et l'autre réussisse, ce qui n'est pas arrivé). La compétition s'est achevée quand Ansun Sujoe a épelé correctement le mot anglais feuilleton (dérivé évidement du français) et Sriram Hathwar le mot stichomythia. À ce moment, quand l'animateur n'a plus eu de mots à leur proposer, les deux finalistes ont été déclarés vainqueurs ex aequo du trophée.

 

 

Ses concurrents se soient affrontés avec des mots comme euripus, carcharodont, kabaragoya, camembert, exciscosis, helophyte, tachytely. messuage, gelid, fustigate, funambulist, plausive, urceiform, chrysochloris, rhadamanthus, tapotement, quebrada.

Sririam Hathwar constate à la fin de l'événement : « C'etait une concurrence contre le dictionnaire, pas contre les autres concurrents. »

Les deux jeunes élèves sont reparti avec le trophée, un prix de 30 000 dollars chacun et d'autres prix.

Spelling_bee_wide-bffbfab6450377be4d1bf7dbb3e4b6849b3b71d4-s40-c85
Manuel Balce Ceneta/AP

Un livre très intéressant, intitulé American Bee: The National Spelling Bee and the Culture of Word Nerds, (James Maguire, 2006) suit les participants d'un championnat précédent, qui se préparent aux éliminatoires, en lisant des dictionnaires et en étudiant l'étymologie. Un autre est Verbomania : Experiencing the National Spelling Bee, (Amelia Gormley, 2009).

——————————

[1] Voir Contre la pensée unique, Claude Hagège, Édition Odile Jacob, p.142.

[2] Dans la Language Column du New York Times  datée du 27 juin 2010, le linguiste Ben Zimmer examine cette question et conclut comme suit : "La plupart des gens qui verraient le mot ghoti le prononceraient simplement goaty… On ne peut pas tout se permettre en anglais".

[3] Son titre initial était The First Part of the Grammatical Institute of the English Language. De son vivant, pas moins de 385 éditions furent publiées et le titre de l'ouvrage devint, en 1786, The American Spelling Book et, en 1829, The Elementary Spelling Book. Il s'agissait du livre américain qui eut le plus de succès à son époque ; en 1837, 15 millions d'exemplaires avaient été vendus et le chiffre atteint environ 60 million en 1890, de sorte que la majorité des élèves et des étudiants consultèrent ce livre pendant le premier siècle d'existence de la nation américaine. Pour mieux connaître le rôle de Webster dans l'évolution de l'anglais aux États-Unis, vous pouvez vous reporter à l'article de Wikipedia consacré à Noah Webster.

[4] Il faut distinguer ce terme des « indiens » qui sont les premiers habitants du continent américain.

Lecture supplémentaire : 

 
Dictionary.com

Le mot selfie inventé en Californie?

 

Le Festival Du Mot

Transition et selfie sont les mots (français) de l'annee 2014. Ils paraissent déjà dans les dictionnaires de 2015 (Petit Robert, Larousse) qui viennent d'être publiés.

Le jury, présidé par Alain REY, a choisi après un long débat le mot, transition. Les 98.491 internautes qui ont participe au vote ont en revanche preferé le mot selfie, avec 28.946 voix, soit 29,38% du total. vapoter [1] : 28,93% et matraquage [2] : 9,83% des votes.

La définition de selfie : n. m. (mot anglais, de self « soi-même ») Autoportrait numérique, généralement réalisé avec un smartphone et publié sur les réseaux sociaux. « Poster un selfie » (Le Petit Robert 2015).

Le mot avait été choisi déjà en 2013 par les Oxford Dictionaries comme le mot (anglais) de cette année. Selon blog.oxforddictionaries.com, le premier usage que l'on connait remonte à 2002, et a eu lieu sur un forum internet australien, ABC Online (Australian Broadcasting Corporation), les Australiens ayant l'habitude d'ajouter les lettres ie ou o à la fin de certains mots pour en créer une forme abrégée ou familière, ou leur donner une nouvelle connotation. [3] Il est devenu beaucoup plus populaire en 2013 car, cessant de faire fureur sur les réseaux sociaux, le mot  est passé dans la langue courante.

Donc, on ne sait pas sur quoi se base Mme. Marie Leroy en attribuant l'origine du mot à la Californie.

Voir aussi :

Where did that word come from? Selfie
The New Zealand Herald, 8 January 2014

 

Ellen-degeneres-oscarsLe selfie prise par l'animatrice de la cérémonie des Oscars de 2014, Ellen Degeneris, a fait un véritable tabac, battant le précédent record détenu par le Président Obama après sa réélection de 2012 et paralysant temporairement le service Twitter en dépassant les trois millions de retweets. La photo détient le record du plus grand succès jamais atteint par un tweet.

Michelle Obama n'a pas apprécié la selfie réservée aux chefs d'état (le Président des Etats-Unis, David Cameron, Premier Ministre du Royaume Uni et Helle Thorning Schmidt, Première Ministre du Danemark ).

  :

  Selfie-1-feature

Self – Definition (Oxford Dictionnaries) :

A person’s essential being that distinguishes them from others, especially considered as the object of introspection or reflexive action.

Shakespeare, Hamlet Act 1, Scene 3 :

Polonius:
This above all: to thine own self be true,
And it must follow, as the night the day,
Thou canst not then be false to any man.

Le petit glossaire de Le Mot Juste :

(to) self-ignite

verbe

enflammer spontanément

self-centered

adj.

egocentrique

self-conscious

adj.

emprunté, embarrassé, gauche

self-fulfillment

subst.

accomplissement de soi

self-governing

adj.

autonome

self-help

subst.

débrouillardise, autoassistance

selfhood

subst.

individualité

self-illusion

subst.

aveuglement

self-indulgence

subst.

amour de son propre confort,

apitoiement de son propre sort

self-inflicted

adj.

infligé sur soi-même

selfish

adj.

égoïste, intéressé

selfless

adj.

altruiste, désintéressé

self-maintenance

subst.

entretien automatique

self-ordained e.g. he was a self-ordained critic of ..

adj.

il avait pris sur lui de critiquer

self-pride

subst.

fierté, orgueil personnel

self-realization

subst.

épanouissement personnel

self-restraint

subst.

retenue

self-righteous

adj.

pharisaïque; satisfait de soi

self-rule

subst.

autonomie

self-sealing

adj.

autocollant

self-serving

adj.

intéressé, égoïste

self-steering

adj.

pilotage automatique

self-styled

adj.

soi-disant, prétendu

self-sufficient

adj.

autarcique, autosuffisant

self-supporting

adj.

[personne] qui subvient à ses propres besoins; financièrement indépendant

self-taught

adj.

autodidacte

self-reproach

subst.

remords

self-explanatory

adj.

qui se passe d’explication, évident

self-denial

subst.

abnégation, sacrifice de soi

 

[1] en anglais : to vape (e-cigarette)

[2] en anglais :  clubbing, bludgeoning
matraquage publicitaire = hype, plugging 

[3] barbie au lieu de barbeque, Aussie au lieu de Australian, journo au lieu de journalist, garbo en lieu de garbage collector.
Source :
Australian English Development and Peculiarities

Voir aussi :

Say It With A Selfie: Protesting In The Age Of Social Media
National Public Radio, 10 May 2014

Best way to take a selfie? Maybe don't. Maybe look at someone you love.
Los Angeles Times, 31 May 2014

 Jonathan G. & Jean L.

Linguiste du mois de mai 2014 –
l’auteur et traductrice, Édith Soonckindt

 

Edith - portrait        Édith Soonckindt

 

Interview réalisée par Jean-Paul Deshayes

 

P1020685 (1)Aujourd'hui, nous sommes heureux d'accueillir un nouveau collaborateur en la personne de Jean-Paul Deshayes, agrégé d'anglais, ancien professeur d'anglais à Montbéliard et de français à Londres, mais aussi traducteur anglais-français pour la presse magazine et membre de l'ATLF. Il a bienvoulu interroger pour nous Edith Soonckindt, écrivaine et traductrice littéraire, à qui l'on doit, entre autres romans d'écrivains célèbres qu'elle a traduits, l'édition française de The Goldfinch, de la romancière américaine Donna Tartt.

—————————————————-

C'est à Bruxelles, capitale européenne, que réside aujourd'hui Édith Soonckindt après avoir vécu en bien d'autres lieux, de l'autre côté de la Manche et sur les deux rives de l'Atlantique. Après les Pays-Bas, la Belgique ne sera-t-elle qu'une escale de plus pour elle ? L'appel du Midi finira peut-être par l'emporter… Le plat pays verra alors cette voyageuse des mots plier bagage pour aller s'établir au soleil et se laisser bercer par le chant des cigales. Écrivaine de cœur, traductrice de force, amoureuse du français comme de l'anglais, Édith partage son temps entre l'écriture et la réécriture de l'anglais en français : exercice douloureux souvent, périlleux toujours, comme nous l'apprenons au fil de cet entretien. Grandeur de la création littéraire, servitude de la traduction littéraire… ou l'inverse ?  Nous laissons à nos lecteurs le plaisir de le découvrir.  

Les termes anglais du mois

lunatic asylum, psychiatric hospital,
mental home, cuckoo’s nest, loony bin, nuthouse

Tous ces termes désignent un hôpital psychiatrique. Les trois derniers sont de l'argot [1].  Le terme lunatic asylum n'est plus en usage dans les milieux politiquement corrects. Selon la formule du  British McMillan Dictionary : "This word is on longer polite". [2] Les explications étymologiques n'en sont pas moins intéressantes.

Les mots lunatic (substantif ou adjectif en anglais) (fou/folle, en français) [3] et lunatique  (synonyme de  capricieux, selon l'Internaute.com), sont de faux amis. Ce ne fut pas toujours le cas, comme l'explique  Guillaume Terrien, champion de France d'orthographe dans un vidéo clip :

Guillaume Terrien

                   Guillaume Terrien


 

 

 

 

 

 

 

 


Autrement dit, le français, en évoluant, a abandonné le sens fort de « fou/folle » pour ne retenir que celui de bizarrerie, alors qu'en anglais, le mot d'origine normande est resté figé dans son sens initial de lunatic.

En revanche, les mots lunar et lunaire sont de vrais amis. En ce qui concerne le mot « lunaison », il n'a ni de vrai ni de faux ami en anglais, en ce sens qu’il n'existe aucun mot équivalent en anglais (la plus proche traduction étant lunar month).

En anglais, les synonymes de lunacy sont : madness, insanity imbecility et folly. Ce dernier est évidemment proche de "folie" [4].  Mais, le mot imbecile désigne (péjorativement) quelqu'un de plutôt stupide. Au 16e siècle, il s'employait pour désigner une personne de faible constitution [5] (du latin, imbecillus, quelqu'un in baculum, c'est-à-dire sans le soutien d'une canne) mais, au 19e siècle, sa signification a changé et il en est venu à désigner une personne faible d'esprit ou sans intelligence.

Il s'avère qu'étudier l'origine et le parcours des mots en anglais, et essayer de les distinguer de leurs doubles français,  c'est de l'imbécillité, sinon de la pure folie.

P. S. Origine de l'expression lunatic fringe (frange extrémiste)

Au sens littéral, le mot anglais fringe veut dire frange, dans de différents sens de ce mot. Voir le dictionnaire Larousse

  Frange de tapis

Frange de tapis


En Grande-Bretagne, il s'emploie, entre autres, pour un style de coiffure avec une bande de cheveux qui couvre la partie supérieure du front, comme le montrent ces photos de Micheline Calmy-Rey, Kim Kardashian et Mireille Mathieu. (Coiffure à la Jeanne d'Arc).


Fringe MireilleFringe Micheline
Bangs Kim-Kardashian-Clip-In-Bangs-2

      

Aux États-Unis, où on l'appelait lunatic fringe, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, cette coiffure était apparemment associée à une certaine forme de dérangement mental. [6] Cette connotation est depuis longtemps abandonnée car le mot bangs l'a remplacée.

RooseveltLe Président des États-Unis, Théodore Roosevelt, qui comparait l'art moderne (cubiste, futuriste) aux franges de cheveux excentriques,  a inventé la version métaphorique de l'expression  lunatic fringe, pour désigner des éléments marginaux, signification qui est restée dans le langage sociologique et politique anglais, et que The Oxford English Dictionary définit comme “a minority group of adherents to a political or other movement or set of beliefs." Un groupuscule extrémiste, en somme.

 

———————————————————–

[1] On se souvient du film culte de Miloŝ Forman, One Flew Over the Cuckoo's Nest, dont le titre français « Vol au-dessus d'un nid de coucou », en laissa plus d'un perplexe ! 

[2] Dans la même veine, l'expression mentally retarded , jugée péjorative, est maintenant remplacée par intellectually challenged, beaucoup plus euphémistique.

[3] explication du site etymoline.org :
late 13c., "affected with periodic insanity, dependent on the changes of the moon," from Old French lunatique, lunage "insane," or directly from Late Latin lunaticus "moon-struck," from Latin luna "moon" (see Luna). Compare Old English monseoc "lunatic," literally "moon-sick;"Middle High German lune "humor, temper, mood, whim, fancy" (German Laune), from Latin luna. Compare also New Testament Greek seleniazomai "be epileptic," from selene "

[4] En 1867, l'achat par les États-Unis de l'Alaska à la Russie fut qualifié (bien à tort) de Seward's folly, du nom du Secrétaire d'État d'alors.

Seward

Notons aussi que, dans certains contextes, le mot français « folie » et le mot anglais folly peuvent se rejoindre. Ainsi, en architecture, une folie (folly) désigne une maison de plaisance.

Folly archit

 

 

[5] Imbecilitas sexus : le sexe faible.

Elizabeth

[6] The Wheeling Daily Register, July 24, 1875:

“LUNATIC Fringe” is the name given to the fashion of cropping the hair and letting the ends hang down over the forehead.


Lecture supplémentaire:

Modification législative de l'usage anglais en Californie

Jean L. & Jonathan G.

Une question brûlante

Au Canada, des produits qui peuvent prendre feu sont parfois étiquetés « flammable », en anglais, et « inflammable », en français.

La raison en est qu'au Canada et dans quelques pays de langue anglaise, le mot « inflammable » a été remplacé, en anglais, par le mot « flammable », car certains pouvaient être incités à penser  qu'inflammable signifiait : « incapable de brûler », alors qu'il veut dire le contraire.

  Flammable danger_sign_Flammable (French)

         anglais                                    français                                                         

Pourquoi « inflammable » occasionne-t-il cette confusion ? Parce que, à la différence de la majorité des mots commençant par « in » qui, en anglais, ont été importés du latin avec leur préfixe d'origine, tels infertile ou inarticulate, dans un plus petit nombre de termes provenant du latin, le préfixe « in » n'a pas une valeur négative, mais sert au contraire à renforcer le sens des mots ; indoctrinate, incantation et inflammable, en sont des exemples.

 

Inflaamable - incantation     Indoctrination

       incantation                         indoctrination                                 

La confusion entre les deux sens possibles de l'adjectif inflammable peut être dangereuse. Aux États-Unis, depuis le début du vingtième siècle, le risque de confusion préoccupe les spécialistes de la sécurité et les compagnies d'assurances. À leur instante demande, l'adjectif flammable est timidement apparu dans des consignes de sécurité et des réglementations locales au cours de la première décennie du vingtième siècle. Mais, c'était un terme technique qui restait inconnu du grand public. En 1920, une campagne fut lancée pour tenter de réformer le vocabulaire. Le public était instamment prié de remettre en usage l'adjectif flammable, apparu au XIXe siècle, mais resté à l'état latent, inutilisé. Aujourd'hui, près de cent ans plus tard, cette campagne n'est qu'un demi-succès. Mais, beaucoup de fabricants de produits qui peuvent prendre feu facilement les étiquètent flammable. Toutefois, la même évolution ne s'est pas produite dans les pays francophones où les consommateurs sont censés, semble-t-il, être mieux au courant des préfixes latins. C'est ainsi qu'on peut vous avertir qu'un produit est flammable si vous êtes anglophone ou inflammable si vous êtes francophone !

Inin

non-flammable

Dans l'anglais technique admis, un produit qui ne prend pas feu est dit non-flammable (en français  ininflammable).

 

 

Dans le registre métaphorique, l'adjectif inflammatory demeure inchangé, comme dans l'expression inflammatory  language (des propos incendiaires).

Inflam

inflammatory      language

De même, dans le langage médical, le terme inflammation n'a pas été modifié. Il est encore possible d'acheter des anti-inflammatory medications (des anti-inflammatoires). Si LMJ avait son mot à dire, peut-être opterait-il, en français, pour « enflammable » qui serait dérivé du verbe enflammer. Quant à ininflammable, pas plus tiré par les cheveux qu'inintelligible, rappelons qu'il a deux synonymes assez savants : ignifuge et apyre

 

P.S. Une évolution inverse s'est produite en ce qui concerne le mot anglais inhabitable et sa forme négative, uninhabitable. Dans ces cas, on voit que  les significations françaises sont plus courtes que leurs équivalents anglais :

 
English
français

inhabitable
habitable
uninhabitable
inhabitable
 
Jadis, ce n’était pas toujours le cas, quand le mot anglais inhabitable suivait le français, dont il était dérivé. En 1597, par exemple, Shakespeare écrivait (Richard II, Acte 1, Scène 1) :

Even to the frozen ridges of the Alps,
Or any other ground inhabitable,
 
(à pied jusqu'aux sommets glacés des Alpes,
ou dans tout autre pays inhabitable,)

Traduction : Gutenberg.org
 
Pour une analyse des mots flame et torch  (anglais) et flamme et torche (français), voir :
La flamme olympique – une perspective linguistique 

 

Jean L. & Jonathan G.

« Chacun de nous a sa lunette » [1]

Le 15 avril dernier, le site L'Informaticien commentait la mise en vente des célèbres lunettes connectées de Google.

Google-glass model

 

 

 

 

 

 

 

 


Le projet Google Glass, ou Project Glass
 (littéralement projet lunette), est un programme de recherche et développement lancé par Google en vue de la création d'une paire de lunettes avec une réalité augmentée.  

Cette paire de lunettes est équipée d'une caméra intégrée, d'un micro, d'un pavé tactile sur l'une des branches, de mini-écrans, d'un accès à Internet par Wi-Fi ou Bluetooth et, depuis sa version 2, d'un écouteur monté sur la branche droite des lunettes en mini-usb.

Elle permet d'accéder à la plupart des fonctionnalités de Google : Google Agenda,  reconnaissance vocale, Google+, horloge/alarme, météo, messages, appareil photo, GPS (Google Maps), Google Latitude, etc.

 

 

 

« Disponibles uniquement aux États-Unis », explique L'Informaticien, « les Google Glasses seront proposées à de nouveaux « explorateurs » en vue d'une commercialisation au grand public ? Mountain View hésite, confronté à des questions de respect de la vie privée. [2] » 

Selon Wikipédia, le secteur médical s'intéresse tout particulièrement aux Google Glass grâce aux nombreuses applications qu'elles ouvrent dans ce domaine. La réalité augmentée permet d'accéder à des informations capitales en temps réel, tout en conservant une liberté de mouvement totale du fait de la technologie des Google Glass.

Dès janvier 2014, un chirurgien de l'Université de Californie à San Francisco opérait quotidiennement avec des Google Glass estimant qu'elles sont un véritable atout dans son métier. En France, le docteur Philippe Collin, du CHU de Rennes, fut le premier Français à opérer avec des Google Glass tout en communiquant avec l'un de ses homologues au Japon à plus de 10.000 kilomètres de distance.

 

Le 27 février 2014, des chercheurs de l'Université de Californie à Los Angeles  ont entrepris, pour la première fois dans le domaine de la santé, une étude impliquant des Google Glass. L'application qui se base sur les "Rapid Diagnostic Tests" (RDT) ou épreuves diagnostiques rapides, utilisées notamment pour déceler le paludisme, a pour but de poser des diagnostics médicaux quasi instantanés. Ce type d'application pourrait à l'avenir être extrêmement précieux dans des zones faiblement médicalisées.

On estime très généralement que des lunettes ajoutent un air de dignité, voire d'érudition, à celui qui les porte. Dans cette veine, l'humoriste américain Andy Borowitz du New Yorker, dans le cadre de sa rubrique, The Borowitz Report, s'est récemment moqué de Rick Perry, l'un des candidats aux présidentielles de 2016. Perry se montrait tout à fait idiot quand il se présentait comme candidat au même poste en 2012.

Voici le titre de la rubrique : RICK PERRY HOPES COMBINATION OF WEARING GLASSES AND NOT TALKING WILL MAKE HIM SEEM SMARTER

  Rick-perry-glasses (1)

Côté linguistique, notons que l'emploi du singulier pour l'équivalent anglais de lunettes (glass) dans l'appellation commerciale « Google Glass », est tout à fait exceptionnel, puisqu'au singulier glass veut normalement dire verre. L'anglais britannique possède un autre terme pour désigner les lunettes, et c'est spectacles, [3] vocable assez désuet dans ce sens, mais le singulier s'emploie régulièrement dans le sens français d'un spectacle public [4]. (Notons également l'expression "to make a spectacle of onseself" – se donner en spectacle).

Le mot anglais spectacles comme synonyme de glasses nous rappelle le vieux mot français « expectacle ». (Les mots français dans l'histoire et dans la vie, p.44, Georges Gougenheim, éditions Omnibus.) En revanche, le mot «lunette» apparaît en français, selon la même source, dès le XIVème siècle. Les miroitiers, explique Gougenheim, appelaient lune ou lunette une plaque circulaire de métal ou de verre étamé qui reflétait les objets. L'instrument constitué par l'assemblage de deux lunettes s'appela une paire de lunettes ou simplement des lunettes.

La même source révèle que, jusqu'au XVIIIème siècle, la monture était fort incommode. « Elles étaient lourdes, n'avaient pas de branches qui permissent de les assujettir sur les oreilles, pas non plus de ressort pour le fixer sur le nez. ». Il reste à savoir si le Google Glass qui offre un avantage technologique indéniable sur les lunettes d'antan, s'avèrera  plus commode que les lunettes du Grand Siècle. La seule façon d'obtenir la bonne réponse était, le mois passé, de dépenser 1500$ pour la version « Explorer ». Ce privilège est désormais révolu et il faudra attendre la mise en vente au grand public pour tester la commodité des lunettes numériques.

En attendant, notons des expressions et proverbes anglais contenant le terme glass(es).

(Sources : Cambridge Idioms Dictionary, 2nd ed. Copyright © Cambridge University Press 2006, McGraw-Hill Dictionary of American Idioms and Phrasal Verbs. © 2002 by The McGraw-Hill Companies, Inc.)


smooth as glass
The bay is as smooth as glass, so we should have a pleasant boat trip.

to have a glass jaw

Fig. to be susceptible to a knockout when struck on the head. (Said only of boxers who are frequently knocked down by a blow to the head.)
Once a fighter has a glass jaw, he's finished as a boxer.

People who live in glass houses shouldn't throw stones.

Prov. You should not criticize other people for having the same faults that you yourself have.

to raise one's glasses
to propose a drinking toast in salute to someone or something.
Let us all raise our glasses to George Wilson!

a glass ceiling (plafond de verre)
the opinions of people in a company which prevent women from getting such important positions as men.
The problem for women in broadcasting is the glass ceiling. Women rise but not to the top.

rose-coloured glasses  (British & Australian);
also rose-colored glasses / rose-colored spectacles ;  rose-tinted spectacles

If someone thinks about or looks at something with rose-coloured glasses, they think it is more pleasant than it really is.

She's nostalgic for a past that she sees through rose-colored glasses / rose-tinted glasses; 


see the glass (as) half empty
to believe that a situation is more bad than good.
Some economists looking ahead to the second half of the year see the glass as half empty.

_____________________________________________________________

[1] Florian, Jean-Pierre Claris de. Le Chat et la Lunette.

[2] Une personne portant les lunettes de Google, peut, par exemple, apprendre instantanément une énorme quantité d'informations sur une autre personne qu'elle croise dans la rue et peut la photographier sans que celle-ci le sache. Les lunettes, bien que non encore mises sur le marché, sont déjà interdites dans certains lieux : banques, vestiaires,  loges, bars, clubs, salles de concert, casinos, hôpitaux, théâtres, écoles, etc.

Voir : La vie privée ? « Peut-être une anomalie », selon un responsable de Google
Le Monde, 22 novembre 2013

et    : Never Forgetting a Face
New York Times, 17 May, 2014

[3] On sait le pense-bête que ne cesse de se répéter le voyageur britannique qui entend ne rien oublier : "Spectacles, testicles, wallet and watch".

[4] Plus précisément, le site Oxford Dictionnaries donne les définitions et les explications suivantes du mot anglais spectacle : 

 - visually striking performance or display: The acrobatic feats make a good spectacle

 - an event or scene regarded in terms of its visual impact: the spectacle of a city's mass grief

 

 

Lectures supplémentaires :

Histoire des lunettes, Dr. P. Pansier, 1901.
The History of Glass, Dan Klein, Crescent, 1989.

Jean L. & Jonathan G.