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Le parc de Yellowstone – un aperçu géographique, historique, zoologique et linguistique

Je suis récemment allé en vacances dans un petit village du nom de « Moose », au pied du Mont Grand Téton, près du Parc de Yellowstone, dans l'État du Wyoming. (Moose est proche de Jackson Hole où le Fonds Monétaire International tient son assemblée annuelle.)

  JacksonHole-parc 7
  Le parc municipal de Jackson Hole  

Origines linguistiques

Avant de décrire la région et les sites naturels qui attirent les touristes dans cette partie du monde jadis française, réfléchissons à l'origine et au sens des mots Moose, Grand Téton et Yellowstone.

Moose est généralement traduit en  français par « élan », bien celui-ci corresponde au mot anglais « elk ». La version nord-américaine de l'élan est ce que les Canadiens appellent l'orignal. Le nom scientifique de l'orignal est Alces Americana (lire aussi la note historique en bas de l’article).

  Reserve-elans  
  La réserve nationale d’élans  

 

  Orignal  
  L’orignal
ou élan nord-américain
 

Selon les historiens, ce sont les trappeurs canadiens-français qui ont donné aux montagnes environnantes le nom de chaîne du Grand Téton qu'elle porte toujours, leur forme les faisant ressembler à des seins.

  GrandTeton  
   Le Grand Téton  

Le parc Yellowstone, lui, tire son nom de la rivière Yellowstone que les trappeurs français appelaient la « Roche Jaune », elle-même traduite du nom indien de la rivière.

Présentation du parc Yellowstone

Le parc de Yellowstone est le plus grand parc national des États-Unis (à l’exception des parcs de l’Alaska). Allant  du Wyoming au Montana et à l'Idaho, il couvre une superficie totale de plus de 8.500 km2.Le parc est renommé pour ses geysers, dont le plus célèbre est l'Old Faithful (« vieux fidèle »).

Les États du Wyoming et du Montana font partie des territoires (formant actuellement 15 États) cédés par la France aux États-Unis d'Amérique (lire aussi la note historique en bas de l’article).

Jadis, l'activité volcanique s'est manifestée à plusieurs reprises avec violence dans la région du Parc National de Yellowstone où des éruptions se produisent depuis deux millions d’années. La chaleur du magma provoque les geysers célèbres, les sources chaudes, les fumerolles et les solfatares. La moitié des phénomènes géothermiques mondiaux se produit à Yellowstone : la lave y coule en permanence et la plus grande partie de sa surface est constituée de roches volcaniques. Le parc est l'élément central du Grand écosystème de Yellowstone, le plus vaste à peu près intact de la zone tempérée de l'hémisphère nord.

  Geyser-Yellowstone  
  Éruption d’un geyser au Parc national de Yellowstone  

Yellowstone est considéré comme l'un des plus beaux parcs nationaux du monde pour ses paysages ainsi que pour sa faune et sa flore sauvages. D'abord lieu de loisirs et refuge pour les animaux sauvages, Yellowstone est devenu une réserve biosphérique internationale et un élément du patrimoine mondial.

Yellowstone offre aussi de nombreuses possibilités de loisirs: randonnée, camping, nautisme, pêche, tourisme, etc. Parmi les moyens de transport, citons les bateaux, les autoneiges, les motoneiges et, pour les moins sportifs, les autobus.

Bus-jaune JacksonHoletelepherique

Bus touristique jaune à Yellowstone
et téléphérique à Jackson Hole

Le parc compte plus de 1.500 km de chemins de randonnée. Alors que je marchais dans l'une des forêts du Grand Téton, je suis tombé sur un couple français qui s'est adressé à moi en anglais. J'ai d'abord cru qu'ils me demandaient où ils pouvaient trouver de la bière (beer). Mais, lorsque nous avons commencé à converser en français, je me suis rendu compte qu'ils me demandaient où ils pouvaient voir un ours (bear). Il m'a fallu leur dire qu'au cours des deux mois précédents, deux touristes avaient été tués par des ours dans ce secteur. (Il est conseillé aux randonneurs de se déplacer en groupes d'au moins quatre personnes ou de parler très fort, de manière à faire peur aux ours et à ne pas se retrouver nez à nez avec eux. De même, il est formellement interdit de donner à manger aux ours.) 

Bear-warning

   

Ours

Avertissement affiché :

“Votre sécurité n'est pas assurée si vous campez ou randonnez sur les terres des ours”

  BewareoftheBear  

 [La pancarte “Attention aux ours” témoigne des bizarreries de la prononciation anglaise: bear se prononce de la même façon que beware et fair, un fait qui a apparemment échappé aux randonneurs que j’ai rencontrés…]

Pendant notre séjour à Moose, nous avons pu observer trois castors qui construisaient un barrage. Le clip vidéo ci-dessous montre leur talent de bâtisseurs :

 

 

Le bison d'Amérique, en très grande quantité dans la région, est également connu sous le nom de buffle américain, bien qu'il n'ait rien à voir avec le buffle qu'on ne trouve qu'en Asie et en Afrique. Le cousin européen du bison est le wisent (Bison bonasus), déjà décrit en son temps par Aristote. L'un et l'autre sont les plus grands animaux terrestres dans leurs continents respectifs.

  Bison Wisent  
  Bison Wisent  

(photo National Geographic)

Quelques autres animaux vivant dans la région peuvent être dangereux, mais pas tous.

Glossaire

ENGLISH

  FRANÇAIS

coyote

 coyote

osprey

 balbuzard
 (ou aigle pêcheur)

mule deer

 cerf-mulet
 (Odocoileus hemionus)

bighorn sheep

 mouflon

bull elk

 élan

grizzly bear 

 grizzli 

bull moose

 orignal

uinta ground squirrel

 écureuil terrestre

(Urocitellus armâtes)

black bear

 ours noir

American white pelican

pélican blanc d’Amérique

lesser scaup

fuligule à tête noire
   (Aythya affinis)

bison and calf

bison et son petit

yellow-bellied marmot

marmotte à ventre jaune

pika

pika

trumpeter swan

 cygne trompette
  (Cygnus buccinator)

Photos

La région est connue non seulement pour ses sentiers de randonnée, mais aussi pour ses lacs et autres coins isolés de toute beauté. Voici quelques photos que ma femme et moi avons prises lors de notre récent séjour.

Image019 Image020
   
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Roche jaune (Yellowstone) et geyser en pleine éruption

YELLOWSTONE Image026
 Jonathan et la statue de l'orignal  (l'orignal est à droite),     …et Jonathan portant le panache d’un orignal

         

Un voyage au parc de Yellowstone et dans la région environnante est fortement recommandé. Avant cela, les Français pourront toujours aller au restaurant toulousain ‘Ô Québec’ dont l'emblème est justement un orignal.

OQuebec OQuebec-serviette

Le restaurant ‘Ô Québec’ (www.oquebectoulouse.com) et une serviette du restaurant

JG2Jonathan Goldberg


Cet article a bénéficié de la traduction et des précieux conseils de Jean Leclercq, qui a aussi préparé les notes historiques suivantes.

Notes historiques

De l'orignal…

Le mot « orignal » est entré dans la langue française dès 1664 puisqu’un des impôts de la Nouvelle-France était une taxe appelée « dixième des orignaux », perçue sur l'abattage de ces grands cervidés.

Samuel de Champlain, navigateur, cartographe, explorateur, capitaine  et chroniqueur français a forgé le substantif orignac, terme que les premiers colons avaient emprunté aux Basques qui venaient régulièrement pêcher la morue et chasser la baleine sur les côtes du Labrador et dans l’estuaire du fleuve Saint-Laurent.

De la cession des territoires américains par la France…

Cette cession a été faite en vertu du traité de Paris, signé en 1803 (ce que l'on a appelé la Vente de la Louisiane).

Les cartes ci-dessous montrent que, par cet acte, les États-Unis ont acheté à la France plus du tiers de leur surface actuelle pour 15 millions de dollars.

  Carte-cession_1  
  Le territoire vendu dépasse les deux millions de km²  

 

  Carte-cession_2  

États et territoires des États-Unis d'Amérique entre le 30 avril 1803 et le 27 mars 1804

Une fois l'accord conclu, Bonaparte adressa une lettre au Sénat américain exprimant l'espoir d'une alliance durable avec la Fédération américaine:

« La Louisiane est désormais associée à l'indépendance des États-Unis d'Amérique. Nous conservons là des amis que le souvenir d'une commune origine attachera toujours à nos intérêts, et que des relations favorables de commerce uniront pour longtemps à notre prospérité. Les États-Unis doivent à la France leur indépendance; ils vous devront désormais leur affermissement et leur grandeur. »

InBranda, Pierre & Lentz, ThierryNapoléon, l'esclavage et les colonies. Paris, Librairie Arthème Fayard, 2006, 358 p.

Mais, avant cela, le Premier Consul avait été moins diplomate en déclarant plus crûment à Barbé-Marbois :

« Cette accession de territoire raffermit pour toujours la puissance des Etats-Unis, et je viens de donner à l'Angleterre une rivale maritime qui, tôt ou tard, abaissera son orgueil. »

InGodlewski, Guy. Napoléon et les États-UnisLa Nouvelle revue des deux mondes, 3ème trimestre, juillet-septembre 1977, Paris,1977, p.321.

 

“We’re going to walk down to the Capitol”

 

L'analyse qui suit a été rédigée par notre contributeur fidèle, Rene Meertens, linguiste du mois de janvier 2019 et auteur du Guide anglais-français de la traduction, dont une nouvelle édition (2021) vient de paraître. 

Rene Meertens Guide

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Capitol 0 Capitol 2 Capitol 19

Le 6 janvier 2021, à l’instigation de Donald Trump (« Nous allons nous rendre au Capitole »), des milliers d’émeutiers ont marché sur le bâtiment du Congrès et y ont fait irruption, chassant députés et sénateurs.

  Capitol Picture15

 

Le Capitole (« Capitol » en anglais) est le bâtiment qui abrite le Congrès, c’est-à-dire la Chambre des représentants et le Sénat. Le mot « capitol » (souvent sans majuscule) peut aussi désigner le bâtiment occupé par l’assemblée législative d’un État fédéré des États-Unis. Selon Wikipedia, c’est Thomas Jefferson qui aurait choisi cette dénomination, sans que l’on sache pourquoi, si ce n’est que cet immeuble fut construit sur une petite colline.

Ce mot provient du latin « Capitolium », l’une des sept collines qui entourent Rome, sur laquelle se trouvait le temple de Jupiter Capitolin et la citadelle de la ville. Le Capitole était le centre de la vie politique et religieuse. D’autres villes ont désigné sous le même nom « leurs citadelles ou leurs temples les plus magnifiques » (Félix Gaffiot).

  Capitol 8  

Le mot latin provient de « caput » (tête), car le Capitole était la principale des collines et le lieu le plus en vue de la ville (F.E.J. Valpy). Le mot « caput » est à l’origine d’un grand nombre de mots français (chef, capiteux et capital, par exemple).

Le président élu Biden a invité Trump à s’exprimer à la télévision « to demand an end to this siege », pour exiger de ses partisans qu’ils mettent fin à cette occupation. De même, le Times de Londres a titré plus tard « Congress confirms Joe Biden’s victory after siege of Capitol ». Il s’agit bien d’une occupation et non d’un siège, même si, selon les dictionnaires, le mot anglais siege  a le même sens que le mot « siège » en France. L’usage lui en donne un autre.

Je me souviens d'avoir traduit en 2004 un texte sur l'occupation de l'école de Beslan (Russie) par des terroristes. A cette occasion aussi, il fut question du « siege of Beslan ». Mais les terroristes ne faisaient pas le siège de l’école : ils se trouvaient à l’intérieur, où ils retenaient plus d’un millier d’otages.

  Capitol 11  

Cela illustre le décalage qui existe entre les dictionnaires et l’usage. Cela résulte parfois, comme dans ce cas, de la transformation du sens d’un mot en son contraire.

Quant à « Democracy under siege », ce titre peut à la rigueur se traduire littéralement, car le mot est utilisé dans un sens figuré (« La démocratie en péril » conviendrait sans doute mieux).


Capitol 7

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Diffusion audio: Épisode :Insurrection au Capitole : le populisme américain a-t-il dit son dernier mot ?

Notes du blog :

Dans un autre contexte (la situation chaotique régnant au Parlement de Londres au debut de 2019), nous avons publié le passage qui suit :

« Après notre publication récente d'un article intitulé « Shambles, mayhem, bedlam – Londres, Paris, même chienlit? », nous avions décidé de laisser de côté la situation chaotique de la politique britannique (et des rues françaises en fin de semaine), pour nous intéresser à l'état tout aussi chaotique des États-Unis, aux prises avec le shutdown (la paralysie partielle des services fédéraux gouvernementaux provoquée par le blocage budgétaire). Mais, nous ne saurions nous priver de l'occasion qui s'offre de relever ce cluster shambles qui a les allures d'un tout récent néologisme. Nous supposons qu'il est calqué sur l'expression cluster fuck-up, plus grossière encore. Pour les chastes oreilles qui peuvent ne pas connaître ses acceptions les plus récentes, fuck-up, substantif, se traduit par bordel, fiasco, chienlit, lorsqu'il s'applique à une situation, et « raté(e) », appliqué à une personne. Quant à cluster, il joue le rôle d'augmentatif et s'inspire de cluster bomb, la bombe à fragmentation qui fait tant de ravages dans les conflits contemporains. L'effet explosif d'une telle bombe est tel qu'il est plus meurtrier que celui d'une bombe ordinaire. » (From shambles to snafu to shutdown).

Pour en revenir a l'assaut contre le siège [1] du Congrès, il convient de rappeler que la dernière attaque contre le Capitole de Washington D.C. [2]  avait eu lieu au début du XIXe siècle. Celle-ci, communément appelée "Burning of Washington" (l'incendie de Washington), se déroula le 24 août 1814 pendant la guerre anglo-américaine.  Le bâtiment fut pris d'assaut avant d'être incendié par les troupes britanniques seulement quatorze ans après son ouverture et alors qu'il était encore en construction. On le présente généralement comme la réponse à l'incendie de la capitale de la colonie britannique du Haut-Canada, York (aujourd'hui Toronto en Ontario), alors synonyme de traumatisme pour les Canadiens et d'humiliation pour le gouvernement britannique. 

[1] René Meertens : Le Capitole est le siège (seat) du Congrès. Ce dernier est l’un des sièges (seats) du pouvoir. Les sièges (seats) sont remportés de haute lutte. Les élus siègent (sit) comme tout un chacun sur leur siège (bottom), lui-même posé sur un siège (seat).

[2] District de Columbia (en  anglais : District of Columbia), souvent appelée Washington, D.C.The District, ou simplement D.C. (pour éviter la confusion avec l’État de Washington, est une ville indépendante des Etats-Unis dont elle est la capitale. En tant que capitale fédérale, elle ne fait pas partie des cinquante États de l’Union et dépend directement du Congrès. Son statut spécial vaut à ses habitants de ne pas disposer de députés ni de sénateurs. La ville est le siège de nombreuses institutions américaines et internationales, telles que la Maison-Blanche (résidence officielle du président), le Capitole, siège du Congrès ainsi que le siège de la Banque mondiale (BM)  du Fonds monétaire international (FMI) de la Cour Suprême  et d'autres organismes fédéraux, comme la Réserve fédérale des Etats-Unis (Fed.) Elle accueille en outre 176 ambassades et représentations diplomatiques.

Lecture supplémentaire

Assaut du Capitole « insurrection, putsch, exorcisme ?
REVUE DES DEUX MONDES Jan 8, 2021

Le glossaire du blog – anglais – français :

agitation

agitation, troubles

arson, incendiarism, torching, setting fire

incendie volontaire, action de bouter le feu par malveillance

anarchy

anarchie

assault 

agression, attentat

attack, onslaught

attaque

battery

coups et blessures, voies de fait

beating 

raclée

bedlam

chahut

brawl, fight, scuffle

rixe

burglarizing, burglary

cambriolage

clashes, confrontations

affrontements

clubbing

frappe à coups de massue

commotion, din, uproar

fracas, tapage

crimes

crimes

defacement

mutilation, défiguration

destruction

destruction

disturbance, turmoil

chambardement

fighting

combat, bagarres

fire-bombs

bombes incendiaires

fires

incendies

hooligan, yob, thug

vandale, voyou

free-for-all

pagaille, rixe,
mêlée, bagarre

injuries

blessures

lawlessness, disorder

anarchie, chienlit

loot

butin

looting, pillaging,
sacking, trashing

pillage, saccage, mise à sac

marauding

en maraude

mayhem 

désordre, grabuge

mugging

agression

uproar, tumult

tumulte

pandemonium

tohubohu, charivari

plunder

pillage

pyromania

pyromanie

ravaging, sacking

saccage

ruination, wrecking

ruine

riots, rioting

émeutes, bagarres

robbery

brigandage, braquage

rowdiness, rumpus, racket

chahut

ruckus

grabuge

shambles

pagaille

shooting

fusillade, coups de feu

smash and grab

cambriolage

smashing

bris

trash

déchets, ordures

unrest

agitation, troubles,
embrasement

vandalism

vandalisme

violence

violence

Curiosites litteraires (3)

Oscar wilde Ada Leverson, l'amie d'Oscar Wilde  : « Oscar est aussi bien connu que la Banque d'Angleterre, mais un tantinet moins solvable. »

Quand l'auteur et dramaturge britannique George Bernard Shaw (qui a remporté le prix Nobel de littérature en 1925) envoie à Winston Churchill (qui a remporté le prix Nobel de littérature en 1953) des billets pour la première de sa pièce de théâtre Pygmalion, le dramaturge écrit : « Venez avec un ami. Si vous en avez encore. » Churchill répondit « Impossible d'assister à la première, mais je serai là pour la seconde représentation – s'il y en a une. »

GB Shaw Winston-Churchill

George Bernard Shaw

(1865-1950)

Sir Winston Leonard Spencer Churchill

(1874-1965)

Souper au Majestic, Paris

Majestic HotelLe 18 mai 1922, un souper fin a lieu au Majestic, le palace moderniste de l'avenue Kléber, Paris, pour fêter la première du ballet Le Renard d'Igor Stravinski interprété par les Ballets russes de Diaghilev avec une chorégraphie de Nijinska, la sœur de Nijinski. La soirée est donnée par un couple d'Anglais, Violet et Sydney Schiff, grands amateurs d'art, de musique et de littérature, et organisée par le célèbre impresario des Ballets russes Diaghilev, lui-même invité d'honneur. Une quarantaine de personnes sont invitées: des femmes du monde (la princesse Edmond de Polignac qui avait commandité le ballet à Stravinski), le demi-monde des émigrés russes – danseurs, musiciens, peintres, Stravinski bien sûr et Pablo Picasso, très investi dans la création des décors des ballets russes, bref le tout-Paris. Cette soirée si soigneusement élaborée reste pourtant très tendue. Amis et ennemis se toisent. Picasso s'ennuie. Diaghilev et Stravinski, bien que collaborateurs artistiques, entretiennent un rapport antagoniste depuis des années. L'imprésario est aussi enragé de la présence de Nijinska car elle lui rappelle Nijinski son ancien amant qui l'a laissé tomber pour se marier. Alors qu'on sert le café, James Joyce arrive l'air minable en titubant. Les Schiff ont sans doute du mal à cacher leur angoisse : l'ami intime, Marcel Proust, qu'ils ont personnellement invité viendra-t-il ? Celui-ci arrivera finalement vers deux heures trente du matin,  élégamment vêtu ; malgré sa maladie, il ne peut laisser passer une telle occasion de se mêler au tout-Paris. La soirée est en effet l'apogée mondaine de la dernière année de sa vie.
En pleine nuit, chacun va y échanger conversations spirituelles ou mots acerbes en anglais, français ou russe. Stravinski, Picasso, Joyce et Proust peuvent-elles trouver un terrain d'entente ? Ainsi, la rencontre tant attendue de Proust et Joyce sera un fiasco : ils n'ont aucune appréciation pour leurs œuvres respectives. La prochaine rencontre de deux écrivains a été aux funérailles de Proust, auxquelles Joyce a assisté.
 
Stravinsky Pablo picasso James Joyce
Stravinsky Picasso Joyce

Professeure Nicole Dufresne, recension du livre "Proust at the Majestic".

A Talk Consisting Solely of the Word "No": Joyce Meets Proust

Elisabeth Ladenson, James Joyce Quarterly
Vol. 31, No. 3, Joyce and Homosexuality (Spring, 1994), pp. 147-158

Une mise au courant des affaires de la cour

Un courtisan ou une courtisane est étymologiquement une personne qui demeure à la cour du souverain. La signification de ces deux termes a cependant évolué de façon bien différente : un courtisan désigne généralement un homme de cour soucieux de plaire jusqu'à l'obséquiosité, alors qu'une courtisane désigne en général une prostituée de luxe ou une demi-mondaine [1].

Cardinal_de_Richelieu Henri_Gervex_Portrait_Mlle_Valtesse_de_la_Bigne

Cardinal Armand Jean du Plessis, Duc de Richelieu,
(1585-1642), courtisan auprès de la cour du Roi, Louis XIII
[Philippe de Champaigne, 1642] 

Valtesse de la Bigne (1848-1910), courtisane  qui inspire Émile Zola pour la création de l’héroïne de son roman Nana. 
[Henri Gervex, (1879), musée d’Orsay]

Si on regarde les mots équivalents en anglais, et ceux qui contiennent « court », les choses deviennent plus compliquées.

français

anglais

courtisane

courtesan

courtisan

courtier *

courtier */courtage [3]

broker/brokerage

cour, tribunal [2] 

court (judicial)

palais de justice

courthouse

cour (royale)

court (royal)

courtiser, faire la cour
(contexte romantique)

(to) court 

cour

courtship

courtois **
(amour courtois)

courteous
(courtly love)

* Il en ressort que courtier (français) et courtier (anglais) sont des faux amis.

** De l’ancien français cortois « qui appartient à la cour ». Dérivé de l’ancien français cort, lieu où résidaient le souverain et son entourage. La forme initiale de cet adjectif dans la Chanson de Roland était curteis c. 1100), puis devient au XIIe siècle corteis. Au XIIIe siècle, cet adjectif a été refait en courtois, conformément à la graphie court du substantif. (Wiktionary)

Aperçu historique :

Un courtisan courtier » en anglais) est une personne qui fréquentait souvent la cour d'un monarque ou autre personnage royal. Les premiers exemples historiques de courtisans faisaient partie de la suite des chefs d'État. Historiquement, la cour était le centre du gouvernement ainsi que la résidence du monarque, et la vie sociale se mélangeait souvent complètement à la vie politique. Dans la société féodale, la cour était le centre du gouvernement ainsi que la résidence du monarque.

Une courtisane courtesan » en anglais), dans l'usage moderne, est un euphémisme signifiant une escorte, une maîtresse ou une prostituée, pour qui l'art de l'étiquette digne est le moyen d'attirer des clients riches, puissants ou influents. Mais selon Histoire pour Tous : « Ces grandes courtisanes, horizontales, cocottes et autres lionnes ont incarné, entre modèle et contre modèle, le refus des hiérarchies et des préjugés, l'insolence, l'extravagance et l'autonomie financière. Loin de ne représenter qu'un érotisme débridé ou un féminisme collectif, elles ont, chacune à leur façon, inventé une autre façon d'être « quand même » au monde, au féminin, d'y rayonner et parfois aussi d'y renoncer. »
Selon « La petite histoire des courtisanes (Marc Lemonier, Éditions Jourdan, 2018) : « Ces femmes extraordinaires…furent favorites royales, muses, espionnes, actrices, poétesses, danseuses ou simplement, vedettes du demi-monde. » [4]

Courtier 2Avant la Renaissance, l'on recourait aux courtisanes pour transmettre des informations aux dignitaires en visite, lorsqu'on ne pouvait faire confiance aux serviteurs. Dans l'Europe de la Renaissance, les courtisans jouaient un rôle extrêmement important dans la société de la classe supérieure. Comme il était de coutume, à l'époque, que les couples royaux mènent des vies séparées – se mariant généralement simplement pour préserver les lignées et obtenir des alliances politiques – les hommes et les femmes recherchaient souvent la satisfaction et la compagnie des personnes vivant à la cour. En fait, le verbe anglais «to court » signifiait à l'origine « être ou résider à la cour », est devenu par la suite to behave as a courtier « se comporter comme un courtisan », puis « faire la cour », « courtiser » ou « porter une attention amoureuse à quelqu'un ». Le compagnon le plus intime d'un personnage royal s'appelait le « favori ». [5]

Dans l'usage de la Renaissance, le mot italien cortigiana, féminin de cortigiano ("courtisan") a désigné au fil des années une personne qui fréquente la cour, puis une femme bien éduquée et indépendante, éventuellement une artiste professionnelle, danseuse ou chanteuse, en particulier une femme associée à une société riche, puissante ou de la classe supérieure qui recevait luxe et statut en échange de divertissement et de camaraderie. Le mot fut emprunté par l'anglais à l'italien passant par la forme française courtisane au 16e siècle, particulièrement associé à la signification de donna di palazzo.

Une figure masculine comparable au courtisan était le cicisbeo italien, le chevalier serviteur français, le cortejo ou estrecho espagnol.

—————

[1] En France, au XIXe siècle, les demi-mondaines étaient des femmes entretenues par de riches Parisiens. Ce groupe social, jusque-là invisible, se manifesta bruyamment dans la presse, le théâtre, les réunions publiques et finalement dans toute la société parisienne à partir du Second Empire pour atteindre son apogée vers 1900 et disparaître à la première guerre mondiale. Ces cocottes de basse ou de haute condition sont appelées aussi « Grandes Horizontales ».
Voir : Alexandre Dumas fils, Le Demi-monde. (Wikipedia]

[2] Qu’est-ce qu’une cour royale a de commun avec la cour de justice ?

Succédant à une justice exercée par les seigneurs et le clergé dans chaque province sous la féodalité, apparaît sous la monarchie la justice royale.
Les Rois de France rendent désormais la justice et assoient progressivement leur autorité judiciaire. Lors des sacres, l'archevêque de Reims remet la " main de justice ", signe d'équité, et l'épée, glaive de justice. Ainsi, le Roi reçoit de Dieu le pouvoir spirit,uel et temporel de rendre justice.

Les rois successifs délèguent progressivement leur pouvoir judiciaire à des juges spécialement nommés, tout en gardant un droit de regard sur les affaires et en conservant le pouvoir de juger eux-mêmes une affaire déjà entamée ou de l'attribuer à une autre juridiction (droit d'évocation). Les magistrats, conseillers du roi, revêtent alors les habits royaux : l'écarlate étant la couleur de ces habits, les magistrats portent des robes de couleur pourpre et une coiffure appelée mortier, un chapeau de velours rond pour rappeler la couronne. Ainsi apparaît la Cour royale dans sa fonction judiciaire : le parlement royal ou curia regis in parliamento.

[3] En droit français, le courtier est un professionnel exerçant le rôle de courtage. Son action consiste à servir d'intermédiaire pour une transaction donnée entre un vendeur et un acheteur, dont il est à tout moment indépendant. La transaction peut porter sur toute opération d'achat ou de vente de marchandise ou de prestation de service.

Par extension, courtier désigne toute personne ayant un sens aigu du rôle diplomatique. À cet egard, notons que le titre en anglais de l'ambassadeur au Royaume-Uni est: Ambassador to the Court of St. James (René Meertens, Le Guide anglais/français de la Traduction).

[4] Voir aussi : The Book of the Courtesans: A Catalogue of Their Virtues, Susan Griffin, Broadway Books, 2002

[5] Un scanner vient de déchiffrer certains passages raturés – et enflammés – de la correspondance entre la reine Marie-Antoinette et son favori, le comte de Fersen
L
e Figaro, 20 juillet 2020

Jonathan Goldberg avec l’aide précieuse de Magdalena Chrusciel

Lectures supplementaires :

The Society for Court Studies

 

Les Grandes Courtisanes

Joëlle Cheve,
Editions 2012

Le petite histoire des courtisanes

Marc Lemonier, Editions Jourdan, 2018

0305_The_Book_of_the_Courtier-cover
 

La société de cour (Philosophie)

Norbert Elias,
Flammarion (2008)

The Book of the Courtiers

Baldesar Castiglione (1478-1529)

Independently published in 2016

On ne prête qu’aux riches !

Cette phrase que Voltaire n’a jamais dite…

À l'occasion de l'anniversaire de la mort de Voltaire, le 30 mai 1778, nous revenons sur une citation apocryphe [1] qui a la vie dure !

V- Friends book coverThe Friends of Voltaire, d’Evelyn Beatrice Hall, [2] a été publié en Grande-Bretagne, en 1906, sous le pseudonyme de S. G. Tallentyre. En 1907, le livre a paru sous le nom de l’auteure, chez G. P. Putnam's Sons.  Ce classique sur Voltaire était toujours réimprimé près de cent ans plus tard, en 2003.

Se présentant sous la forme d’une biographie anecdotique, le livre raconte les vies de dix personnages sensiblement de la même génération qui, outre leurs liens d’amitié avec Voltaire, étaient plus ou moins liés les uns aux autres. Chacun d’entre eux se distinguait par l’attribution d’une étiquette : d’Alembert, le Penseur, Diderot, le Causeur, Gallant, l’Esprit, Vauvenargues, l’Aphoriste, d’Holbach, l’Hôte, Grimm, le Journaliste, Helvétius, la Contradiction, Turgot, l’Homme d’État, Beaumarchais, l’Auteur dramatique, et Condorcet, l’Aristocrate.   

  Maurice_Quentin_de_La_Tour _portrait_de_Voltaire_(1735)  
 

Voltaire (1773)

portrait de
Maurice Quenton de la Tour

 

Le chapitre consacré à Helvétius [3] contient une célèbre phrase qui fut par la suite attribuée à tort à Voltaire. Dans ce qu’elle dit de la persécution dont Helvétius eut à pâtir pour son livre De l’esprit (qui fut brûlé publiquement), Mme Hall écrit ceci :    

V- de l'esprit« Ce que le livre n’aurait jamais pu faire pour lui-même ou pour son auteur, la persécution le fit pour eux deux. De l’esprit est devenu, non pas le succès d’une saison, mais l’un des livres les plus célèbres du siècle. Les gens qui l’avaient détesté et n’avaient jamais particulièrement aimé Helvétius, s’attroupaient maintenant autour de lui. Voltaire lui pardonna toutes les divergences de vues. ‘Quel chichi pour une omelette’, s’était-il exclamé quand il apprit qu’on avait brûlé le livre. ‘Qu’il est abominablement injuste de persécuter un homme pour une telle bagatelle ! Je désapprouve ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire’,  telle était désormais l’attitude de Voltaire. [4]

L’aphorisme « Je désapprouve ce que vous dites, etc. », initialement censé (selon Hall) résumer l’attitude de Voltaire, a été largement pris à tort pour une citation littérale de l’auteur. Certes, elle résume parfaitement la pensée de Voltaire en ce qui concerne la liberté d’expression, mais le dépouillement des œuvres de cet auteur n’a jamais permis de trouver trace d’une telle formule. Dans un article sur ce sujet [5], Mme Sandrine Campese cite un autre exemple de phrase apocryphe, sur le même thème. Dans une lettre à l’abbé Leriche, en date du 6 février 1770, certains ont voulu lire : « Je déteste ce que vous écrivez, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez continuer à écrire. » Or, s’il existe une telle lettre, on n’y retrouve ni la phrase en question, ni l’idée de celle-ci. 

Tous les philosophes des Lumières, tous les amis de Voltaire, ont eu maille à partir avec la Librairie royale (euphémisme pour la censure). Diderot fut même emprisonné à 1st A Vincennes, et l’on comprend que tous aient accordé une importance primordiale à la liberté d’expression. Voltaire, ennemi juré de l’absolutisme et de l’intolérance, chérissait tout particulièrement la libre parole. Après lui, Caron de Beaumarchais (autre de ses amis) fit dire à Figaro que « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloges flatteurs, et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits ». La liberté d’expression a imprégné les constituants américains et a fait
l’objet du 1er amendement à la Constitution des États-Unis. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 atteste également :  « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » (Article 11), 

  Voltaire bust  


Mais alors, comment expliquer qu’on ait prêté à Voltaire de tels propos ? Une lecture attentive de l’ouvrage de Mme Hall permet d’en situer V- evelyn-hall 2nd English quotationl’origine à la page 199, dans le chapitre consacré à Claude-Adrien Helvétius. La fameuse phrase :
I disapprove of what you say but I will defend to the death your right to say it, y figure entre des demi-guillemets, ce qui, normalement, désigne une citation. Ces demi-guillemets sont-ils de l’auteure ou ont-ils été ajoutés par un préparateur de copie un peu trop zélé ? On ne le saura sans doute jamais. En revanche, ce qu’on sait, c’est que la formule, traduite très fidèlement en français, a ensuite fait florès. Il faut dire que si elle n’a jamais été prononcée par Voltaire, elle exprime tout-à-fait son attitude face à la liberté d’expression. Comme on dit en italien :  Se non é vero, é bene trovato !

 —————-

[1] Ecrits apocryphes (du grec apo, hors, et kruptô, je cache) signifiait, chez les Anciens, tout écrit gardé secrètement et dérobé à la connaissance du public. Dans le sens moderne, apocryphe se dit d'une histoire, d'une nouvelle, d'un fait dont la vérité est douteuse, d'un livre dont l'auteur est inconnu ou supposé, et dont l'autorité est suspecte. Dans la Bible, les livres apocryphes sont ceux auxquels on n'attribue pas une origine divine ou révélée, et qui, sans être entièrement faux, ne peuvent être invoqués comme règle en matière de religion et de morale. Source : Imago Mundi

[2] Evelyn Beatrice Hall (1868 – 1956), qui publia sous le pseudonyme de S. G. Tallentyre, fut une écrivaine anglaise surtout connue pour sa biographie de Voltaire,The Life of Voltaire, initialement publiée en 1903.  E. Hall - portrait

[3] V- Claude-Adrien_HelvetiusClaude-Adrien Helvétius (1715-1771), écrivain et philosophe français du Siècle des Lumières. Issu d’une famille de médecins, il commence par occuper des fonctions de fermier général et s’enrichit considérablement. Cette aisance lui permit ensuite de philosopher et de taquiner la Muse tout à loisir. Très influencé par Locke, il se lie d’amitié avec Voltaire qui, impressionné par le jeune homme, correspond avec lui de 1738 à 1740. Il lui dédie même quelques écrits. Mais, Helvétius se rapproche du baron d’Holbach et rejoint la mouvance matérialiste. Lors de la publication de son essai De l’esprit, en 1758, Voltaire s’indigne qu’Helvétius n’ait jamais discuté avec lui de son projet i. Il n’en appuie pas moins la candidature d’Helvétius à l’Académie. Si les deux hommes s’éloignent sur le plan des idées, leur amitié demeure. Voltaire dira : « Je n’aimais point du tout son livre, mais j’aimais sa personne ». 

[4] traduction litterale.

[5] https://bit.ly/2X1V1nk

Sources :
Wikipedia;
A very short introduction to Voltaire, Nicholas Cronk,
Oxford University Press, 2017
Friends of Voltaire, S. G. Tallentyre (Evelyn Beatrice Hall),
G. P. Putnam's Sons, 1906
 

Jean Leclercq  & Jonathan Goldberg

 

POST SCRIPTUM :

Voltaire - letters on EnglandD’aucuns ont comparé les Lettres philosophiques (aussi appelées Lettres anglaises) de Voltaire à La Démocratie en Amérique d’Alexis de Tocqueville. À cent ans d’intervalle, les deux penseurs effectuent la même démarche. Voltaire entend observer le régime politique le plus satisfaisant qui soit en Europe. Son choix se porte sur l’Angleterre qui, depuis la Glorieuse Révolution de 1688, évolue progressivement vers une monarchie parlementaire, c’est-à-dire une « monarchie tempérée par les lois », selon la définition de Montesquieu.

Tocqueville_by_Daumier

Tocqueville par Daumier

Cent ans plus tard, en 1831, de Tocqueville se rend aux États-Unis où, sous prétexte d’en étudier le nouveau système pénitentiaire, il veut observer le fonctionnement du régime qui lui semble être le plus démocratique qui soit. Mais, entre les deux démarches, il y a eu la Révolution française, l’Empire et la Restauration. Les choses ne sont plus du tout les mêmes. Si Voltaire rêve de liberté, Tocqueville possède cette liberté et, ce qui l’inquiète, c’est l’irrésistible évolution vers l’égalité. Aristocrate libéral, Tocqueville se demande comment faire pour préserver la liberté dans des régimes qui seront de plus en plus égalitaires. Voltaire est un moraliste, Tocqueville est un politologue avant la lettre. Si leur démarches exploratoires s’apparentent, elles n’en diffèrent pas moins dans leurs finalités.

Jean L.

 

 

Lecture supplémentaire :

Des lettres de Voltaire découvertes aux États-Unis
paru sur ce blog le 11/01/2013

 

V- Alembert V-_Diderot_111
Jean Le Rond d’Alembert Denis Diderot
V-marquis-de-vauvenargues V-Holbach
Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues Paul Thiry, baron d’Holbach
V- Beaumarchais_03

V- condorcet-0

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais Nicolas de Condorcet


Petit lexique :

francais English 
aphorisme aphorism
axiome axiom
devise motto
dicton dictum, saying
discours speech 
épigramme epigram
épithète epithet
locution phrase, expression
maxime maxim
précepte precept
proverbe proverb

Lecture supplémentaire

Ils ne l’ont pas dit
le 13 mai 2016, FRANCE-AMÉRIQUE, Dominique Mataillet

Rousseau et Voltaire – une comparaison

 

 

 

 

Peter Hicks – linguiste du mois de novembre 2019


 E N T R E T I E N     E X C L U S I F

Peter Hicks   Silvia Kadiu

Peter Hicks, Ph.D.,
linguiste, historien, musicien – l'interviewé 
  Silvia Kadiu, Ph.D., traductologue, traductrice, universitaire – l'intervieweuse

L'entretien qui suit a été mené en anglais et traduit en français par notre nouvelle contributrice, Silvia Kadiu, que nous accueillons chaleureusement. Silvia Kadiu est une traductrice et universitaire française. Née en Albanie, elle est arrivée en France à l’âge de sept ans. Après avoir effectué des Masters de Littérature Comparée et d’Anglais à l’Université Sorbonne Nouvelle, elle a vécu à Londres pendant plus de dix ans, travaillant dans l’édition, la traduction et l’enseignement supérieur.

Book coverElle est titulaire d’un Master et d’un Doctorat de Traduction de la University College London. Sa thèse de doctorat sur la traduction des textes traductologiques a été publiée par UCL Press en 2019 sous le titre Reflexive Translation Studies : Translation as Critical Reflection. Elle est également l’auteure de plusieurs articles de traductologie, de traduction littéraire et de didactique de la traduction, et co-traductrice de plusieurs poèmes depuis l’albanais vers l’anglais (via le français) pour le recueil de poésie Balkan Poetry Today 2017, dirigée par Tom Phillips.

Silvia est actuellement Maîtresse de conférences invitée à University of Westminster London. Elle travaille en parallèle comme traductrice indépendante pour différentes agences de l’ONU, des ONG et de grandes marques internationales.

The original English version is accessible here.

SK : Vous avez suivi un cursus de lettres classiques à University College London, puis vous avez effectué un doctorat à l’université de Cambridge. Depuis 1997, vous êtes historien à la Fondation Napoléon. D’où vous vient votre intérêt pour l’histoire ?

University-college-london-ucl (1)

Cambrdge
University College London Cambridge University


PH :
Hadrians-Wall-Scottish-EnglandAprès avoir effectué des études d’Histoire à l’université, le père de mon père a travaillé comme missionnaire en Birmanie (l’actuel Myanmar) un peu avant la Seconde Guerre mondiale. Lorsque j’étais petit, nous lui rendions visite régulièrement : sa maison était remplie d’antiquités et de vestiges de l’Empire britannique. Le frère de mon père, qui vivait avec mes grands-parents et que j’adorais, était restaurateur de meubles, amateur de boîtes musicales et collectionneur de disques 78 tours. Pendant les vacances, mes parents avaient bien plus l’habitude de nous faire visiter des maisons historiques et des musées que de nous emmener à la plage (bien qu’ils le fissent également). J’ai grandi dans le Northumberland, à proximité du mur d’Hadrien [1] , que j’ai visité à de nombreuses reprises. J’ai baigné dans cet univers… L’Antiquité classique me passionne depuis l’enfance.

SK : Qu’est-ce que la Fondation Napoléon ? Quelles activités y exercez-vous ?

PH : Napoleon.orgLa Fondation Napoléon est une organisation à but non lucratif, qui encourage la recherche en Histoire des périodes napoléoniennes (Napoléon I et Napoléon III) et favorise l’accès aux connaissances dans ce domaine. Je supervise les relations internationales de l’organisation, ainsi que la ligne éditoriale de ses productions multimédias en anglais (telles que le site web napoleon.org, les comptes Facebook et Twitter, etc.). J’écris par ailleurs des livres et des articles sur l’Histoire du 19ème siècle et le rôle qu’y ont joué les Bonaparte. Je donne également des conférences en France et à l’étranger.

 

SK : En 2005, vous avez découvert le Mémorial d’Emmanuel de Las Cases, un des manuscrits les plus célèbres de l’Histoire de France, qui rapporte les conversations de Las Cases avec Napoléon lors de son exil à Sainte-Hélène. [2] Cette découverte a fait l’objet de plusieurs articles dans des journaux nationaux et internationaux.  Comment avez-vous fait cette découverte ?

Le manuscrit retrouvePH : À vrai dire, le manuscrit de Las Cases était « caché à la vue de tous ». Je faisais des recherches pour un article sur le gouverneur de Sainte-Hélène pendant la période de captivité de Napoléon. C’était en 2004. J’étais simplement en train de consulter le catalogue de la British Library lorsque je suis tombé sur le manuscrit de Las Cases. Plusieurs choses expliquent que personne ne l’ait trouvé plus tôt, la principale étant que ce manuscrit rédigé en français se trouvait dans une bibliothèque britannique. Sans oublier que l’archivage du texte dans cette collection publique est relativement récent (le texte a été prêté à la British Library dans les années 1960). C’est une découverte importante car elle montre que le manuscrit de Las Cases, qui décrit en détail l’idée que Napoléon se faisait de son propre règne, était prêt à être publié dès fin 1816. Le texte, qui contenait même des titres de chapitres, était sans doute sur le point d’être envoyé pour publication en Europe et avait très certainement été élaboré en étroite collaboration avec Napoléon. La publication finale, huit ans plus tard, avait quasiment triplé de volume par rapport au manuscrit initial et comprenait des documents qui n’avaient pas nécessairement été vus (et approuvés) par Napoléon. Ainsi, la première version témoigne de la forme que Napoléon voulait donner au Mémorial et révèle rétrospectivement le travail éditorial de Las Cases après la mort de Napoléon.

  Napoléon-dictant-ses-mémoires-à-Emmanuel-de-Las-Cases-  
  Napoléon dicte à Las Cases  

 

SK : Vous parlez couramment l’anglais, le français et l’italien. Vous avez des connaissances en allemand et vous apprenez actuellement le russe. Comment avez-vous été amené à apprendre toutes ces langues et quel rôle ont-elles joué dans votre carrière ?


Greek hebrewPH :
Les langues ont joué un rôle primordial dans ma carrière. J’ai toujours aimé les langues et j’étais un lecteur précoce à l’école primaire. J’adorais le latin ; j’ai appris le grec ancien par moi-même pour pouvoir étudier les lettres classiques à l’université et j’ai appris l’hébreu biblique pour le plaisir. Lorsque je dois faire des recherches pour un article, je commence souvent par consulter l’article Wikipedia sur le sujet, mais dans différentes langues. Cela donne une bonne vue d’ensemble des préoccupations nationales et des enjeux plus larges sur la question. J’ai travaillé en Europe continentale pendant la majeure partie de ma vie professionnelle. Parler plusieurs langues était une nécessité pour moi. Je remarque d’ailleurs qu’il me faudrait en maîtriser bien d’autres encore. J’aimerais beaucoup améliorer mon allemand, mais je n’ai jamais réussi à m’y atteler. Et le russe se révèle particulièrement difficile…

 

SK : Vous avez traduit plusieurs textes historiques (depuis l’italien vers l’anglais, mais aussi depuis le français et le latin). Quelles difficultés avez-vous rencontrées pendant la traduction de ces textes ?

PH : Le défi majeur de la traduction est d’atteindre l’adéquation parfaite, mais souvent impossible, entre la langue de départ et la langue d’arrivée. Sans oublier les exigences de style, de lisibilité, de rythme et de naturel. Les textes du 15ème et 16ème siècles que j’ai traduits présentaient une difficulté supplémentaire en ce qu’ils étaient remplis de coquilles et d’approximations, ce qui est habituel pour l’époque. En ce temps-là, il n’existait pas de texte officiel à proprement parler et les dictionnaires n’étaient pas d’une grande utilité puisque les premiers d’entre eux venaient à peine de voir le jour. L’usage de la langue n’était pas encore standardisé. Chaque écrivain avait le sien propre. [4]  Il me fallait donc être non seulement traducteur mais aussi lexicographe. Google se révèle un merveilleux outil à cet égard. Vous pouvez rechercher des segments entiers de mots latins ou italiens provenant de textes du 16ème siècle et ainsi créer votre propre glossaire, votre propre dictionnaire pour un auteur donné. C’est fascinant.

 

SK : Pour terminer cet entretien par un autre secteur de vos multiples activités, vous êtes également musicien semi-professionnel, chanteur et chef d’orchestre. Vous êtes actuellement le chef de chœur de la chorale de Paris Musicanti. Comment cela s’articule-t-il avec votre travail d’historien et votre passion pour les langues ?

Messe du Sacre de Napoléon 1PH : Récemment, j’ai commencé à jouer de la musique de l’époque napoléonienne. Cette musique est très peu jouée car elle n’est pas aussi prisée que les autres. Elle est souvent perçue comme médiocre et peu originale. C’est pourtant le son de l’époque. La meilleure manière d’apprécier la grandeur de Napoléon en 1804 est d’écouter la musique jouée pendant sa cérémonie de couronnement. L’idée de reconstituer un environnement musical me plaît beaucoup. La musique est un art puissant. Elle fonctionne comme une machine à remonter le temps ! Et étant donné que l’Empire français interagissait avec la majeure partie de l’Europe occidentale et centrale, les possibilités musicales et linguistiques sont quasiment infinies.

—-

[1] En l'an 120 apr. J.-C., l'empereur Hadrien vint en Bretagne et, renonçant à conquérir le Nord, fit édifier une ligne fortifiée allant de la Tyne au golfe de Solway et constituée de quatorze forts et d'une muraille de pierre, le fameux mur d'Hadrien.

[2] Emmanuel de Las Cases, Le Mémorial de Sainte Hélène: Le manuscript retrouvé,  Texte établi, présenté et commenté Thierry Lentz, François Houdecek and Chantal Prevot, Perrin 2017, p. 827.  Ouvrage publié avec le concours du Centre national du livre.

[3] Voir notre article sur ce blogue faisant allusion aussi aux articles précédents sur Sainte Hélène : 15 août 2019 – le 250e anniversaire de Napoléon Bonaparte

[4] Par exemple, Shakespere,  Shackspeare, Shakespear, Shakspere, Shakspere, Shaxspere, Shackespeare, Shakspeare, Shaxper.

 

Astrophilatélie et aérophilatélie – nostalgie, futurisme et nostalgie du futurisme

Elsa Wack 2Nous sommes heureux de retrouver Elsa Wack, notre linguiste du mois de janvier 2014. Elsa, née à Genève, est traductrice indépendante de l'anglais et de l'allemand vers le français. Titulaire d'une licence ès lettres, ayant aussi fait de la musique, du théâtre et du cinéma, elle aime écrire et sa préférence va aux traductions littéraires.

Pour retrouver les contributions précédentes d'Elsa, cliquez sur son nom sous la section "Catégories" dans la colonne à droite du site.

Le 2 septembre 2019 paraîtra en Suisse un timbre commémorant les 50 ans de l'alunissage de l'homme.

   

Aux États-Unis, le service postal a émis deux timbres en commémoration des alunissages Apollo. Leur parution a été célébrée le 19 juillet dernier dans le complexe d'accueil des visiteurs du centre spatial Kennedy de la NASA en Floride.  [1]

  Moon stamps  

Un autre timbre commémore 100 ans de transport aérien suisse (1919-2019).

   

En 2016, Le Mot Juste nous montrait le timbre dédié à l'avion solaire Solar Impulse qui avait réussi, entre mars et juillet de cette année-là, un tour du monde à l'énergie solaire, piloté tour à tour par Bertrand Piccard et André Borschberg

Solarimpulse Piccard & Borschberg


Cette année (2019), André Borschberg lance la production d'un avion électrique dont le système de propulsion est fondé sur l'expérience acquise avec Solar Impulse. Cet appareil, le biplace H55, devrait servir à la formation de pilotes. C'est une bonne nouvelle, car on n'entend plus tellement parler de l'avion solaire depuis son exploit de 2016.

  Andre-Borschberg  

Pour voyager avec Solar Impulse, il ne fallait ne pas être pressé : les pilotes ont dû attendre à chaque escale que la météo se prête de nouveau au voyage. Il fallait aussi, comme dans certaines courses en mer, pouvoir tenir de longues heures sans sommeil. Pas question de se relayer une fois en l'air, c'était un monoplace. Ayant rempli sa mission, le prototype Solar Impulse 2 semble être toujours parqué dans un hangar à Abou Dhabi. Cet avion incarne les énormes défis auxquels sont confrontées les énergies « vertes » : si des progrès sont bel et bien réalisés et si le solaire représente une part de plus en plus importante de l'énergie consommée dans le monde, il n'en reste pas moins loin de pouvoir couvrir les besoins totaux de l'être humain, et on peut se demander, dans le cas de l'avion, si sa construction et son déplacement n'ont pas coûté beaucoup plus d'énergie humaine qu'ils n'ont représenté d'énergie motrice. Reste à savoir comment se comportera l'avion électrique d'André Borschberg, produit par une entreprise familiale tchèque : BRM Aero. 

Le petit glossaire du LMJ :

air mail

poste aérienne

cancellation

oblitération

first day cover

enveloppe premier jour

flimsy paper

papier pelure

forgery

contrefaçon

hot-air balloon

montgolfière

post, mail

courrier [*]

postmark

cachet de la poste

sheet

planche, feuille

stamp

timbre

stamp collecting

la collection de timbres

watermark

filigrane

[*] Utilisé en français, le mot « mail » et devenu un faux ami pour les anglophones, puisqu’il désigne parfois l’e-mail ou courriel alors qu’en anglais il signifie le courrier postal sur papier. On rencontre également la graphie mél (qui rime avec l’abréviation tél.).

[1] Le rêve humain d'atterrir sur la Lune remonte plusieurs siècles et se reflète dans la littérature française, plus particulièrement dans l'Histoire comique des États et Empires de la Lune, de Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655), considérée comme le premier livre de science-fiction. Un timbre français représentant Cyrano de Bergerac est sorti en 1997.

 

Un autre écrivain français, Jules Verne (1828-1905) a lui aussi suivi la maxime Ad Astra per Aspera dans son ouvrage De la Terre à la Lune (1865), mais a également jeté son dévolu vers le bas dans deux de ses livres, Vingt mille lieues sous les mers et Voyage au centre de la Terre.   En 1982 la France rendit hommage à Verne en émettant au profit de la Croix-Rouge française un timbre « Cinq semaines en ballons ». L'année 2005 en France a été déclarée « année Jules Verne » à l'occasion du centenaire de la mort de l'écrivain. Toujours en faveur de la Croix-Rouge, la poste française a émis une série de timbres sous le titre « JULES VERNE Les Voyages Extraordinaires », dont un timbre consacré à « De la Terre à la Lune ».

 

 

 

Hommage a Jules Verne, 1982

De la Terre a la Lune, 2005

 

Lectures supplémentaires :

La Manche, défi de toujours

Artrémis 2024

Jenny à l'envers

NASA – Pushing the envelope

Livres :

Astrophilately cover Race to the Moon cover
American Astrophilately: The First 50 Years
by  David S. Ball, Feb 15, 2010
The Race to the Moon Chronicled in Stamps, Postcards and Postmarks: A Story of Puffery vs. the Pragmatic
by Umberto Cavallaro

 

 

Artémis 2024

Il y a cinq ans, nous avons publié l' « Annonce d’un article à paraître le 20 juillet 2019 (!) ». Par la suite, j'avais écrit :  

« Dimanche dernier, 20 juillet 2014, j'ai garé ma voiture près d'un Starbucks sur le Walk of Fame (L'allée des Illustres / La promenade des célébrités), à Hollywood, juste à l'endroit où une étoile a été dédiée aux trois astronautes du programme spatial américain Apollo, qui avaient aluni exactement 45 ans plus tôt – le 20 juillet 1969. »

Ce 20 juillet dernier, cinq ans plus tard, le jour du 50e anniversaire de cet alunissage, nous avons publie « Chose promise, chose faite – sans avoir promis la lune ».

Cette fois-ci, c’est le tour de l’agence nationale de l'air et de l'espace, la NASA, d'annoncer son programme des cinq prochaines années : Artémis 2024.

 

 

Artremis 1

Immédiatement, tout le monde a commencé à se souvenir d'Artrémis, le nom de la déesse grecque de la chasse, la Diane de la mythologie romaine. Pourquoi fait-elle encore une fois parler d'elle dans la presse ? La réponse se décline en trois temps. Primo, 50 ans après que Neil Armstrong, participant à la mission spatiale Apollo 11, ait laissé les premières empreintes de chaussures dans l'épaisse poussière grise de la surface de la lune, la NASA nourrit l'ambitieux projet d'envoyer des êtres humains sur la lune en 2024. En fait, l'agence spatiale a annoncé qu'au moins une femme participera à la prochaine mission lunaire. Pour cette raison, NASA a baptisée la mission Artémis. Segundo, la première mission Apollo 11, portait le nom du frère jumeau d'Artémis. Tertio, Artémis est aussi connue pour être la déesse de la lune dans la mythologie grecque.

Le 20 juillet dernier, le Los Angeles Times a publié les photos et les c.v. des 12 candidates. La plupart sont Artremis - Sunita Williams dans la quarantaine, mais Sunita Williams, pilote d'essai, qu a passé plus de jours dans l'espace (312) qu'aucune des autres candidates, a 53 ans. Elle totalise plus de 3.000 heures de vol sur 30 aéronefs différents. En outre, elle a plus d'une corde à son arc (pour utiliser une expression de circonstance), parce qu’elle a été la première personne à courir un marathon simulé (2007) et un triathlon simulé (2012) dans l'espace, et elle aime travailler sur des voitures et des avions à ses moments perdus. À cet égard, Artémis en personne n'aurait pu rivaliser avec elle.

 

Artemis PointdexterSelon l'astronaute Alan Poindexter, entre astronautes professionnels, le temps manque, sans parler de la place, pour la bagatelle. Aussi est-il opportun qu'Artémis soit également la déesse de la chasteté.

  


Mise à jour 22.08.19 :

Après que l'astronef de la NASA, qui s'est posé sur Mars le 26 novembre 2018, ait déplacé une pierre d'un mètre, la NASA a officiellement annoncé le 22 août 2019 qu'elle appellerait cet objet " Rolling Stones Rock", en l'honneur du groupe de rock éponyme, "The Rolling Stones", ces pierres qui roulent de renommée universelle.

Mise à jour – 18.10.19 :

Nasa TV : suivez en direct la première spacewalk 100 % féminine de l'histoire

Jonathan Goldberg. Traduction Jean Leclerq

 

Petit glossaire des expressions contenant le mot "lune"

Un grand merci a Océane BIES et Isabelle POULIOT pour leurs traductions des expressions anglaises

in a blue moon    

depuis des lustres

no more than the man in the moon

rien de plus qu'un fantasme

once in a blue moon      

Très occasionnellement, 
pratiquement jamais, 
rarement, tous les 36 du mois

the man in the moon

le pierrot lunaire, pierrot la lune

the man in the moon

 

être largué/a l'ouest

the moon is made of green cheese.

mon œil

the moon on a stick
(get someone the moon on a stick)

décrocher la lune

 

to aim/reach/shoot for the moon

to cast beyond the moon        

viser la lune

 

to bark/bay at the moon        

implorer en vain

to go between the moon and the milkman

filer au petit jour/filer à l'anglaise

to promise someone the moon

promettre la lune, promettre monts et merveilles

to shoot the moon faire un resto basket/partir sans payer

to think someone hung the moon and the stars

mettre quelqu'un sur un piédestal

 

Interview with Sophie Pedder


S
ophie Pedder,
Paris Bureau Chief for The Economist and author of “Revolution Française: Emmanuel Macron and the Quest to Reinvent a Nation”, kindly granted us an exclusive interview on the occasion of the publication of an updated edition of her book. This highly-praised [*] analysis of the Macron Presidency was first published by Bloomsbury in August 2018, and has now been published in paperback in a second edition, which brings it up to February 2019, with coverage and analysis of more current events, including the yellow vest movement. The updated version was published in the UK on May 5, 2019 and is about to be published in the USA, on July 2, 2019.

Sophie Pedder REVOLUTION FRANCAISE

 

 

Revolution coverOn a personal note, I was gratified to learn from Ms. Pedder that she has seen my translation of Emmanuel Macron’s « Révolution » in bookstores in England, alongside her book. As I stated in the interview I granted myself, my selfish motive for running this blog is that it gives me a platform and a pretext to communicate with some of the crème de la crème of English and French linguists. This circle has now been expanded to include one very prestigious journalist and author, who, like Emmanuel Macron, has created her own Revolution.

Une traduction de cet entretien paraîtra prochainement sur le blog.

Jonathan G.

 

 

[*] Reviews have included the following:

"Quick-paced, witty and elegantly written… a breath of fresh air for the calmness and intelligence with which she deciphers and dissects the man and the politician." - The Times

"a terrific first draft of a history with significance far beyond the borders of France" - Wall Street Journal

"un des tous meilleurs livres sur Macron" - Etienne Gernelle, France Inter

 

I N T E R V I E W

 

Jonathan Goldberg: If I may be a little persnickety, I wondered why the title of your book uses the English spelling of “Revolution” (without an acute accent on the e) and then the French word « française» (with a cedilla). 

Sophie Pedder: I discussed this with the publisher at the time. In the end, we decided that the title is in English, not French. So it therefore should not be written as two French words, but rather as an English phrase with the use of a French qualifier, as per "a la française".

JG: What inspired you to write the book?

SP: 1200px-The_Economist_Logo In 2017 I was covering the French presidential election for The Economist. As the weeks went on at the start of that year, it became progressively clear that the country was witnessing an extraordinary, compelling personal and political drama. A young 39-year-old, who had never been elected to any political office before, increasingly looked as if he might actually seize the presidency and turn French party politics upside down. I had first met Emmanuel Macron back in 2012, when he was an adviser to the French Socialist president François Hollande and had gone to talk to him regularly over the intervening years. So I also realised that I had piles of notebooks of conversations with him, which could help me piece together the thinking behind a public leader who was something of an enigma to the French. It was a story that was crying out to be written!

JG: In the conclusion to the book, you write that “Macron sounds less implausible in French, the language in which we had our conversation and one well suited to his exalted ambitions and glorious abstractions”. What did you mean by that?

SP: It struck me when I was leaving the Elysée Palace one Saturday afternoon, having interviewed the president in his first-floor office, that Macron’s highly conceptual approach is better suited to French than to English. Macron does speak English fairly fluently, but my sense is that when he speaks it, he sometimes doesn’t convey exactly what he intends. He is more subtle, and nuanced, in French. That’s why I have always preferred to interview him in his native tongue. When I translated his words later on after that interview, something seemed to happen. The English language made his phrases sound convoluted, pompous and over- intellectual. I think that he really is in this sense a president for the French, who like to hear talk about “grandeur” and “gloire”, in a way that the British, for example, would find a little ludicrous.

JG:  What is your own academic background, and where did you learn to speak French?

SP: I studied French at school, so spent years conjugating verbs, but left barely able to have a conversation. It wasn’t until I spent six months in Paris, after graduate studies at the University of Chicago (following an undergraduate degree at Oxford), that I really learned the language. During that period, I took a class at the Sorbonne in “la langue et la civilisation française”. I am also married to a Frenchman, so that helped too!

JG:How long you have been the Paris correspondent for The Economist?

SP: I was posted to Paris in the middle of the Gulf War, in 2003, when Jacques Chirac was president. France at the time was not George Bush’s favourite European country: remember when Congressional cafeterias renamed French fries “freedom fries” in an irate response to Chirac’s threat to veto at the UN Security Council the invasion of Iraq? But it was also one of those moments in history that reminds the world that France may be America’s oldest ally, but it is never afraid to stand up to the US and speak its mind if it considers this to be in French or wider interests.

JG: Which other president under the French Fifth Republic does Macron most resemble?

SPI would say that there are echoes of various different predecessors in Macron. In his lofty ambitions and talk about French grandeur, he is trying to tread in the footsteps of Charles de Gaulle. In his youthfulness and energy, he resembles Valéry Giscard d’Estaing, who, like Macron, skied and played tennis. I would say that lately, as Macron’s more wily and secretive political nature has become apparent, there are even shades of François Mitterrand, whom the French knew as le sphinx.

JG: What was the most surprising element you came across during your research for the book?

SP: I was certainly surprised to discover that Macron’s paternal great-grandfather, George Robertson [**], was an English butcher from Bristol. His family is from Amiens, in the Somme, a region scarred by the battlefields of the First World War. Macron’s great-grandfather stayed on in France after serving in the war, and married a French woman in Abbeville, near Amiens. If I was to identify the most surprising thing that Macron told me, I would say that it was when he compared himself to his dog, Nemo, a cross between a Griffin and a Labrador. He said he felt like “a crossbreed”. I think what he meant by this is that he has never felt he fully fit in. When Macron was a child, he preferred to spend time reading with his grandmother than playing with other kids after school. Later in life, he left a top job in the civil service to go to work for Rothschild bank, and colleagues there told him he wasn’t really a banker. Then when he left Rothschild to go to work at the Elysée Palace, his new colleagues dismissed him as a banker. The strength of character that comes from this outsiderish quality is, I think, partly what gave Macron the self-belief to launch the bid for the presidency against all the odds—and ultimately win.

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[**] "Macron to host May in Somme, where his British great-grandfather fought"
The Guardian, November 1, 2018

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