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Anne Trager – linguiste du mois de novembre

Ce mois-ci, notre linguiste invitée est une Américaine, une francophile, une traductrice littéraire et la fondatrice de Le French Book. Cette maison d'édition, installée à New York, s'attache à choisir, traduire et publier des romans à énigmes et à suspens d'origine française, de manière à les faire connaître des lecteurs de tout le monde anglophone. Anne a vécu pendant de nombreuses années à Paris, mais elle habite maintenant à Pibrac, petite localité située à 15 km à l'ouest de Toulouse.  

 

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    ORIGINAL ENGLISH TEXT. Traduction : Jean Leclercq

Charly, Louise, Claudia… et les autres

 

Photo

Nous sommes ravis d'accueillir notre nouveau contributeur, Olivier Elzingre, Suisse d'origine et prof. de français au lycée en Australie depuis 11 ans. Voulant en savoir plus sur l'apprentissage des langues au niveau théorique, Olivier a fait une maîtrise en linguistique appliquée, suivie d'un doctorat qu'il a commencé en 2015. Sa recherche se concentre sur les lycéens et leur motivation dans l'apprentissage du français. 
 
 

Charly, le coiffeur italien

À quelques  centaines de pas de chez nous se trouve un petit salon de coiffure pour hommes. Intégrée aux autres magasins de ce tronçon de rue, sa vitrine est vide de ces images de mannequins qui vantent les prouesses ciseautières de l’artiste résident. Non, c’est un salon dont le but est de vous couper les cheveux, pas de vous transformer en Justin Bieber !

Charly en est le propriétaire. La soixantaine, Italien d’origine, il y travaille depuis son arrivée à Melbourne, en 1968. Il avait alors 14 ans. Son accent est fort, incontestablement italien, son anglais approximatif, mais suffisant pour converser. Lorsque je vais à son salon, j’y suis souvent le seul à ne pas parler italien. Les conversations y sont bruyantes, ponctuées de rires et de gestuelles dont seul un initié peut comprendre tout le sens. Des revues  automobiles et d’autres, habituellement cachés aux mineurs, datent d’une décennie révolue.

Il y a deux ans, j’ai demandé à Charly s’il voulait bien que je l’interroge pour une étude linguistique sur le bilinguisme. “Ma, I am not bilingualist, so no.” Bien que je comprenne son refus, sa réponse m’a surpris. Comment pouvait-il dire qu’il n’était pas bilingue ?

Pour moi, être bilingue était un concept on ne peut plus clair : c’est parler deux langues. Ma première réaction était de penser que Charly n’avait pas compris ce que signifiait “bilingualism”. Mais, en quittant son salon ce jour-là, je me suis mis à m'interroger sur ma propre compréhension du terme et à me poser la question suivante : est-ce à moi d’identifier une personne comme bilingue ?

Le travail énorme de François Grosjean à l’université de Neuchâtel, fruit de trente ans de recherches, répond à cette question (et à bien d’autres évidemment). Je ne prétends donc pas faire ici le tour du bilinguisme, ou y répondre de manière définitive, mais plutôt vous inciter à vous interroger sur ce concept.

Deux perspectives générales

Ici, je voudrais seulement vous présenter deux visions générales. La première se fonde sur le concept du bilinguisme comme une caractéristique objective, un phénomène observable et mesurable. Cette vision s’inscrit dans la  tradition chomskyenne puisqu’elle extrait le phénomène de son contexte individuel et social. De plus en plus contestée, cette perspective est cependant extrêmement importante car elle fonde pratiquement tous les programmes d'études de langue. C’est donc une approche directive, qui définit le bilinguisme a priori et évalue les personnes à l’aune de cette définition.

La deuxième perspective est descriptive et plus inclusive. Elle s’appuie sur des critères individuels et psychologiques. Dans cette optique, le bilinguisme est un phénomène subjectif. C’est chaque individu qui se reconnaît ou non bilingue. Les mesures de compétences linguistiques n’y sont pas négligées, mais elles ne sont qu’une dimension d’une approche plus large.

Pour éviter de vous gâcher la lecture par une énumération exhaustive des situations de bilinguisme, j’aimerais me borner à discuter de quelques cas de figure qui illustrent ces deux perspectives.

Louise, Claudia… et les autres

Les cas les plus évidents de bilinguisme se trouvent chez les personnes qui parlent plusieurs langues de naissance. Soit ils sont nés au sein de ménages exolingues (dont les parents parlent des langues maternelles différentes), soit ils sont nés dans des zones multilingues, où chaque langue occupe une ou plusieurs fonctions dans la société. C’est le cas du Sénégal, où le wolof, le sérère et le français se côtoient quotidiennement dans les marchés de Dakar. Les personnes qui se situent dans ces contextes familiaux ou sociaux sont souvent faciles à classifier comme bilingues parce que leurs compétences sont élevées.

Et pourtant, des compétences en seconde langue ne sont pas à elles seules déterminantes du bilinguisme.

En effet, ceux qui débutent leur vie comme monolingues, mais apprennent une seconde langue plus tard, peut-être dans le cadre de leurs études, peuvent acquérir des compétences très élevées et pourtant ne pas se considérer comme bilingues. J'observe cette situation tous les jours dans mes classes de terminale.

Ces étudiants qui ont acquis le français à force de travail acharné, qui en maîtrisent la grammaire et la syntaxe dans leurs travaux écrits, qui peuvent s’exprimer oralement et se faire comprendre dans la grande majorité des sujets de conversation, ne s’identifient habituellement pas comme bilingues.

La raison en est simple. La plupart de ces étudiants ont peut-être visité un pays francophone en vacances avec leur famille, ou même dans le cadre d’un voyage scolaire, mais ils n’ont pas participé à une communauté francophone, n’ont pas habité dans une famille d’accueil, ni fréquenté une école du pays. Bref, ne s’y sont pas investis. En d’autres termes, ils ont une connaissance approfondie de la langue, mais n’en ont pas de vécu.

L’exemple de mes étudiants montre bien que la mesure objective de leur maîtrise linguistique ne fait pas d’eux des bilingues à leurs yeux.

S’il existe objectivement un niveau de langue que je définis comme bilinguisme, il ne correspond pourtant pas nécessairement à la vision qu’une personne a d’elle-même. Mais, si je veux prendre en considération cette vision de soi dans ma compréhension du bilinguisme, il est fort possible que le bilinguisme soit une caractéristique qui n’a rien de stable et peut changer au gré de situations nouvelles.

Voici deux autres cas de figure qui, je pense, illustrent les complexités du concept de bilinguisme. Ce sont deux exemples tirés de mon travail de recherche.

Louise, vingt-trois ans, m’a raconté que ses études de français avaient inclus un séjour en France de plusieurs mois. Bien que son français s’y soit développé et qu’elle finisse tout juste ses études supérieures de français, elle n’éprouvait aucun plaisir à s’exprimer dans cette langue. Elle m’a expliqué que son séjour en France s’était mal passé, qu’il y avait eu des tensions entre elle et sa famille d’accueil et dans son école également. Elle ne s’y était fait que quelques « amis de circonstance » (friends of convenience) » avec qui elle n’avait pas gardé le contact après son retour en Australie. Et pourtant, elle avait poursuivi ses études de langue. Elle avait toujours l’ambition de devenir traductrice parce que la langue l’intéressait, mais pas ceux qui la parlaient.

J’ai interprété son histoire comme celle de l’émergence d’une identité professionnelle. Cette femme se considérait bilingue et je pense que ce sont son ambition professionnelle et ses compétences qui lui ont permis de se forger cette identité. Je pense aussi qu’en l’absence de l’un de ces deux facteurs, elle ne se serait pas imaginée bilingue.

En revanche, Claudia, une autre jeune femme du même âge et participant au même projet de recherche, avait également fait l’expérience d’un séjour de trois mois en France. Contrairement à la première, son expérience y avait été excellente, elle s’y était fait de nombreux amis au point d’en inviter certains à passer les fêtes de Noël avec sa famille en Australie, plusieurs années de suite. Elle avait continué ses études de français à l’université, mais elle n’avait jamais eu d’ambition professionnelle précise et son intérêt pour le français découlait de sa perception qu’elle avait de bonnes compétences. Cependant, malgré d’excellentes bases pour développer une identité langagière française, elle ne l’avait adoptée que temporairement. Des résultats moyens à l’université et un désintérêt graduel pour l’apprentissage du français avaient transformé son investissement en français en obligation académique. En dernière année d’études universitaires, elle était impatiente d’en finir. En fin de compte, elle ne se considérait pas bilingue.

Son histoire m’a montré que rien n’est stable ou sûr lorsqu’on parle de processus identitaire. On a tendance à penser qu’une identité se construit sur certaines bases logiques, peut-être sur des principes qu’une personne forme au travers de ses expériences. Alors qu’il semblerait que la cohérence logique ne joue qu’un rôle mineur par rapport aux réponses émotionnelles dans la formation de notre identité. Comment pourrait-il en être autrement lorsque chaque personne que l’on rencontre ou chaque événement que l’on vit a une influence potentielle sur notre vision de nous-mêmes ? Ma seconde participante semblait donc vivre, en dépit de résultats académiques décevants, une situation propice au développement d’une identité bilingue.

Dans les deux cas dont il vient d'être question, la participation à une communauté française a offert un réel potentiel de formation identitaire bilingue. D’autres facteurs ont bien sûr rendu ce processus complexe, mais il n’en demeure pas moins que l’on pourrait considérer cette expérience comme un facteur majeur.

Le problème est que, de nos jours, le concept même de communauté linguistique est remis en question. En effet, il existe une situation déjà très courante et qui concerne particulièrement les apprenants d’anglais. Je ne vous apprends rien en vous disant que l’anglais est la langue universelle  par excellence. Si l’on considère que les locuteurs anglais de naissance sont mondialement très minoritaires par rapport à ceux qui parlent anglais en seconde langue, le bilinguisme de plusieurs milliards d'individus n’est pas basé sur leur vécu au sein d’une communauté d’anglophones natifs, mais au sein de multiples communautés dont la lingua franca est l’anglais.

De toute évidence, de nombreux internautes acquièrent des compétences linguistiques qui les qualifieraient aisément de bilingues. Mais, comme ce domaine d’étude n’est pas le mien et que je n’y ai pas consacré de temps de lecture, je ne peux que supposer que certains se considèrent bilingues et d’autres non, en vous laissant le soin de trancher.

Où est donc Charly ?

Pour en revenir à mon coiffeur, il reste un mystère. Voici donc une personne qui parle l’italien et l’anglais et qui se dit monolingue. Il est possible qu’après près de cinquante ans en Australie, il n’ait pas développé d’identité anglophone parce qu’il a limité son univers social à la très nombreuse communauté italienne de Melbourne. Il a probablement appris l’anglais par nécessité, par souci économique pour son salon de coiffure. Charly pourrait sûrement faire l’objet d’une étude linguistique intéressante, d'un important retentissement sur nos connaissances dans le processus identitaire d’apprentissage d'une seconde langue et faire avancer du même coup les études sociolinguistiques sur le maintien des langues minoritaires.

Évidemment il existe une explication, mais, elle me paraît complètement tirée par les cheveux : Charly ne voulait pas participer à mon étude.

Quelle qu’en soit ma blessure narcissique, le bilinguisme reste un phénomène des plus courants dans le monde et un domaine d’étude qui continuera à focaliser l’attention de chercheurs et d’éducateurs pour de nombreuses années à venir.

Les deux perspectives que j’ai mentionnées plus haut ne sont de toute évidence qu’une simplification des discussions réelles qui occupent les chercheurs. Quoi qu’il en soit, j'estime qu’en fin de compte le bilinguisme demeure avant tout une affaire personnelle.

Olivier Elzingre

 

Genève et Los Angeles : où l’architecture et le langage se conjuguent

 

St. Gervais jpg

Photo credit : Erdna, Genève


Sur ce calicot qui barre la façade du théâtre Saint-Gervais, à Genève, on peut lire :

« S'il fallait écrire sur cette façade pour informer les non-avertis qu'en ce lieu le mot se trouve en usage à d'autres fins que celles de vous faire consommer, de vous avertir ou de vous interdire. Ici le mot est crié, proclamé, chanté, murmuré, déclamé, récité. Il est dialogue, dispute, mémoire, rime, inutile, essentiel, art. S'il fallait écrire tant de mots pour informer que, malgré les apparences, ce bâtiment n'est autre que le théâtre St Gervais. »

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NEVER ODD OR EVEN

Brian Roettinger, artiste né à Los Angeles et qui y habite toujours, a installé une toile de 3,3 m x 7 m  sur la façade d’un chic hôtel du centre-ville, l’Arc Hotel. Chaque mois un autre street artiste expose son œuvre haut dans le ciel. Mais ce qui est remarquable dans cette production de Roettinger contenant les mots « NEVER ODD OR EVEN », c'est que ce texte est un palindrome. [1]

 ———————–

[1] Le palindrome (substantif masculin), du grec  πάλιν / pálin (« en arrière ») et δρόμ ς/drómos («course»), aussi appelé palindrome de lettres, est une figure de style  désignant un texte ou un mot dont l'ordre des lettres reste le même qu'on le lise de gauche à droite ou de droite à gauche, comme dans la phrase « Ésope reste ici et se repose » ou encore « La mariée ira mal » à un accent près. (Wikipedia)

« post-truth » – le mot de l’année choisi par le Dictionnaire d’Oxford

Post-truth 1

La « post-vérité » s'impose comme le mot international de l'année

D'après The Times(Londres) 16 novembre 2016,
traduction Jean Leclercq

 

Il semble que la vérité blesse. Elle blesse tant qu'elle est lourdement condamnée à l'oubli.

Les lexicographes du Dictionnaire d'Oxford estiment que vu le nombre de ceux qui se considèrent à l'heure de la politique de la post-truth, ils se devaient d'en faire mot international de l'année.

 

Shakespeare en Californie – exposition

THE BARD GOES WEST

À la bibliotèque centrale de Los Angeles
17 november 2016  -  26 février 2017

  Bard 2

« Il n'y a guère de cabane de pionnier où l'on ne rencontre quelques tomes dépareillés de Shakespeare. Je me rappelle avoir lu pour la première fois le drame féodal de Henri V dans une log-house. » [*]

Alexis de Tocqueville. De la Démocratie en Amérique  II, I, 1, ch.13

 

Bard 1Le Shakespeare de l'Amérique : Le Bard Goes West célèbre le 400e anniversaire de la mort de William Shakespeare en réfléchissant à l'incidence de son œuvre sur la vie américaine. Partant de l'exposition organisée à la Folger Shakespeare Library sur le thème «Le Shakespeare de l'Amérique», le Bard entend aider à mieux comprendre la façon dont le grand dramaturge s'est inséré dans l'histoire et la culture de la Californie. L'élément central en est un First Folio(1623) provenant du fonds Shakespeare de la collection Folger – le plus grand du genre au monde – en plus de nombreux documents et pièces illustrant la migration de Shakespeare d'Angleterre vers les colonies ; son intégration à notre rhétorique politique pendant les guerres d'Indépendance et de Sécession ; sa marche littéraire et scénique vers l'ouest ; et l'influence qu'il continue d'exercer aujourd'hui sur notre langue, notre littérature et nos médias. Pour cela, le Bard Goes West a fait appel à des collections publiques et à des moyens locaux pour attester de la présence de Shakespeare dans les théâtres de San Francisco et de Sacramento au XIXe siècle, dans les bars et les hôtels des villes minières et aux débuts de l'industrie cinématographique à Los Angeles. 



 

Note langagière sur l'origine du mot bard :

Moyen anglais : du gaélique écossais bàrd, irlandais bard, gallois bardd, d'origine celtique. En Écosse, au 16ème siècle, c'était un terme péjoratif désignant un musicien ambulant, mais Sir Walter Scott lui a donné une tonalité romantique.

Source : Oxforddictionaries

[*]  La version originale de cette citation repérée avec l'aide aimable du Professeur Jean-Louis BENOÎT, philosophe  français, spécialiste de Tocqueville. 

  

Lectures supplémentaires :

Un First folio dormait à  la Bibliothèque d'agglomération de Saint-Omer !

America's Shakespeare goes West

 

23 avril 1616 : deux géants de la littérature meurent à la même date il y a 400 ans

 

Écrire pour être lu et compris : et si l’interlocuteur était la clé ?

 

Concevoir, écrire, traduire. Nous le faisons tous dans un seul et unique but : communiquer. Et pour qu'une communication existe, elle doit impérativement atteindre son interlocuteur, l'interpeller et être comprise.

EducaloiCette approche est au cœur des activités d'Éducaloi qui a pour principale mission d'informer la population du Québec sur ses droits et ses obligations. Ce n'est pas mission facile que de communiquer clairement des informations sur la loi et tout ce qui l'entoure. Mais c'est encore plus difficile d'intéresser et de sensibiliser le citoyen à un domaine plutôt hermétique, abstrait, souvent déconnecté de la vie de tous les jours et que l'on réserve traditionnellement aux experts.

Dans une société où l'accès à la justice est un enjeu de taille, où l'information se démocratise et où « nul n'est censé ignorer la loi », il s'avère plus que jamais nécessaire de communiquer le droit de manière à être lu et compris.

Communiquer le droit pour que le citoyen s'y intéresse et le comprenne nécessite assurément de se questionner. Quels sont ses intérêts ? Son contexte de vie ? Sa façon de s'informer ? Ses codes ? Ses référents ? Les réponses à ces questions sont primordiales dans une approche communicationnelle du droit.

Intéresser son interlocuteur

S'interroger sur les intérêts et le contexte de vie de son interlocuteur, c'est d'abord comprendre ce dont il a besoin. L'angle de la communication et le choix de l'information à transmettre se dessinent ainsi à travers l'interlocuteur. C'est d'ailleurs par ce processus qu'Éducaloi sensibilise et conscientise la population au droit. Il va sans dire que peu de gens ont un intérêt pour les questions de droit, jusqu'au moment où ils sont eux-mêmes confrontés à une situation juridique. S'ancrer sur les situations quotidiennes de vie pour y introduire le droit, plutôt que de présenter le droit tel que conçu par les experts, sans liens directs et concrets avec la vie des gens. Éliminer toute information superflue qui détournera l'attention de son interlocuteur de l'information dont il a réellement besoin fait également partie du processus de communication claire et efficace du droit. Par exemple, dans une communication destinée au grand public, les exceptions et les inclusions d'une situation juridique ne devraient pas faire ombrage à l'information principale. L'objectif est de développer des réflexes plutôt que des connaissances pointues. C'est une approche axée sur la prévention des problèmes juridiques et qui favorise la « saine gestion juridique » de notre vie.

Créer du sens

Choisir le mot approprié pour être compris demande aussi de se mettre dans la peau de son interlocuteur et de s'intéresser aux référents qu'il utilise pour comprendre le monde. Vulgariser et simplifier le droit s'avère ainsi un défi de taille dans lequel la validité juridique, la sémantique et l'accessibilité de la langue s'unissent pour créer un concept sensé dans l'esprit de l'interlocuteur.

Utiliser le mot « prescription » dans son sens juridique avec un interlocuteur pour qui ce mot fait référence à une ordonnance médicale crée nécessairement un obstacle majeur à la communication engagée. Tout comme le fait de présenter, dans la même logique abstraite que celle de la loi, une série de recours possibles, de critères, de délais, de procédures, d'exceptions, d'exclusions… Vulgariser et simplifier, c'est d'abord et avant tout créer du sens pour son interlocuteur. Et pour créer ce sens, il faut s'accrocher à ce qu'il connaît et comprend.

Une communication vivante

Le choix des canaux de communication adéquats pour transmettre l'information est essentiel au succès d'une communication juridique. Parce qu'un contenu d'information, aussi bien conçu et vulgarisé soit-il, n'existe que s'il est consulté. Et pour être consulté, il doit nécessairement utiliser les canaux et les supports de communication reconnus et utilisés par le public à qui il est destiné.

Nous nous entendons tous pour dire qu'il s'avèrerait complètement vain de tenter d'informer une personne non voyante qui s'exprime en français au moyen d'un contenu écrit en alphabet latin et en langue italienne. Alors, pourquoi expliquer le droit avec un langage juridique soutenu, archaïque, et au moyen de documents juridiques traditionnels qui sont peu accessibles et peu utilisés par les citoyens ?

Pour Éducaloi, le défi de transmettre de l'information juridique fiable, accessible et disponible est assumé par une équipe multidisciplinaire pour qui le citoyen occupe une place centrale dans l'ensemble de ses activités. Nous décortiquons les contextes quotidiens de vie pour y exposer les dimensions juridiques latentes, nous nous adaptons continuellement aux nouvelles plateformes de diffusion, nous cherchons sans relâche à simplifier le jargon juridique et à utiliser des mots qui font du sens pour l'interlocuteur, nous veillons avec rigueur à l'exactitude juridique de nos contenus vulgarisés, nous cherchons à comprendre ce qui est incompris et pourquoi… Pour résumer simplement, nous communiquons le droit pour être lus et compris !

www.educaloi.qc.ca

Claude Simard,
Responsable communications
chez Éducaloi

Guillaume Rondeau,
avocat spécialiste en vulgarisation juridique
chez Éducaloi

que nous remercions infiniment pour avoir bien voulu rédiger l'article ci-dessus à notre intention

 

 

Vers l’école bilingue en Californie

Prop 58En Californie, les écoles publiques pourront développer davantage leurs programmes d'enseignement bilingues et multilingues maintenant que les électeurs ont approuvé une disposition (la proposition 58) tendant à abroger l'enseignement exclusivement en anglais dans tout l'État.

La proposition 58 a rapidement fait son chemin puisque 73% des électeurs l'ont soutenue. Aboutissement du texte de 2014 rédigé par Ricardo Lara, du Parti Démocrate, la proposition réforme certains des fondements d'une loi de 1998 qui obligeait les élèves à suivre des cours uniquement en anglais, à moins que les parents en décident autrement en signant une décharge.

Mais elle sauvegarde l'obligation légale faite aux élèves d'acquérir une maîtrise de l'anglais quel que soit le programme qu'ils choisissent.

Les partisans de la réforme se félicitent de son approbation, estimant que les pesanteurs administratives qui entourent l'enseignement multilingue nuisent aux élèves dans une économie mondialisée où l'on est à la recherche de personnels parlant plus d'une langue.

Mais, des opposants à cette mesure, en particulier le multimillionnaire de la Silicon Valley Ron Unz, auteur de la proposition initiale de 1998 en faveur de l'enseignement exclusivement en anglais, ont dit que le nouveau texte ferait ressurgir les problèmes d'antan, à savoir l'incapacité des programmes bilingues à enseigner l'anglais aux élèves hispanophones.

Ce vote survient alors que moins de 5% des écoles publiques californiennes offrent des programmes multilingues bien qu'il y ait maintenant 1,4 millions d'élèves qui apprennent l'anglais – dont environ 80% ne parlent que l'espagnol.

Jean Leclercq

 

Welcome Mr. Hitchcock. Un voyage au Pays Basque

Welcome Mr. Hitchcock
Remarquablement située et jouissant d'un climat exceptionnellement doux, Saint-Sébastien (San Sebastián, en espagnol, et Donostia, en basque), capitale de la province de Guipúzcoa, est la station balnéaire la plus célèbre du littoral Nord de l'Espagne. Sa vocation s'affirma à la fin du 19e siècle, lorsque la reine Marie-Christine (1858-1929), épouse du roi Alphonse XII et régente d'Espagne de 1885 à 1902, la choisit comme lieu de villégiature. La Cour se déplaçant à Saint-Sébastien à la belle saison, les grands d'Espagne et les personnalités en vue s'y font construire des hôtels particuliers. Comme toute la ville nouvelle fut édifiée à la même époque, son architecture est remarquablement homogène. De belles et larges avenues ombragées rendent l'espace urbain particulièrement agréable. C'est pour cela que cette ville d'environ 180.000 habitants accueille chaque année de nombreuses festivités et notamment un Festival international de jazz et, depuis 1953, un Festival international du cinéma qui compte parmi les plus importants du monde. Cette intense activité culturelle a valu à la ville de Saint-Sébastien d'être désignée Capitale européenne de la Culture 2016.

Profitant de cette conjugaison du Festival international du Film et de l'Année de la Culture, Espacio 2016 a exposé une centaine de photographies, patiemment réunies par le photographe espagnol Pedro Usabiaga, qui suivent pas à pas les étapes du séjour d'Alfred Hitchcock au Pays Basque, du 21 au 24 juillet 1958. En effet, à cette époque, le grand metteur en scène anglais, accompagné de son épouse, la scénariste Alma Reville, s'était déplacé de Los Angeles pour assister à l'avant-première de Sueurs froides [1] au VIe Festival du Film de Saint-Sébastien. Le couple en profita pour visiter le Pays Basque, des deux côtés de la frontière, tant il est vrai que Zazpiak bat. [2] Arrivés à l'aéroport de Biarritz, les Hitchcock se rendent d'abord à Saint-Sébastien – le but du voyage – puis visitent Biarritz, Hendaye, Pasajes de San Juan, Bayonne et Lourdes. Est-ce le climat de Sueurs froides qui l'imprégnait encore, ou La mort aux trousses dont il allait entreprendre le tournage, Hitchcock semblait hanté par l'au-delà. À toutes les étapes, il demandait à visiter les églises et, à Saint-Sébastien, il se rendit au cimetière de Polloe et médita devant certaines des tombes monumentales. Comme on célébrait cette année-là le centième anniversaire des apparitions de Lourdes, Alfred voulut s'y rendre et observer de près la ferveur des pèlerins. Bien entendu, les époux Hitchcock étaient accompagnés de photographes professionnels qui prirent de nombreux clichés. Ce sont ces images, pour la plupart inédites, qui ont été exposées du 19 août au 14 octobre à Espace 2016.

À l'intention de ceux qui n'ont pas eu l'occasion de se rendre à Saint-Sébastien au cours de ces dernières semaines, nous publions trois de ces belles photos noir et blanc qui nous renvoient à l'âge d'or de l'argentique !

Hitchcock 2

Biarritz. Foto Paco Marí, Archivo Kutxateka.

 

Le 21 juillet 1958, Alfred et Alma Hitchcock, sortent de l'aéroport de Biarritz. Le trajet Los Angeles-Paris a été mouvementé car une fuite de carburant a obligé l'appareil à faire un atterrissage forcé. Arrivés à Orly, ils ont pris un petit avion pour Biarritz. Le grand cinéaste sourit. Les péripéties du voyage ne semblent pas avoir entamé son moral.

 

Hitchcock 3

Catedral de Bayona. Foto Paco Marí, Archivo Donostia Zinemaldia – Festival de San Sebastián.

 

Le 22 juillet 1958, Alfred contemple les vitraux de la cathédrale Sainte-Marie de Bayonne. Sait-il (lui a-t-on dit ?) que bon nombre d'entre eux ont été exécutés ou restaurés par Adolphe Steinheil ? Celui-ci, mari de la sulfureuse Mme Steinheil (née Marguerite Japy), mourut égorgé, le 31 mai 1908, au n°6 bis de l'impasse Ronsin. [3]. Les circonstances de ce meurtre n'ont jamais été élucidées. Tous les éléments d'un excellent suspense hitchcockien se trouvaient réunis dans ce fait divers qui montre une fois de plus que la réalité dépasse souvent la fiction. La censure franquiste interdira la publication des photos prises dans la cathédrale de Bayonne, les jugeant irrévérencieuses !        

Hitchcock 4
Cementerio de Polloe. Foto Vicente Ibaňez, Archivo particular.

Le 23 juillet 1958, Alfred se rend au cimetière de Polloe, à Saint-Sébastien. Il médite longuement devant certaines sépultures et caveaux de famille monumentaux. Certaines de ces photos paraîtront dans Gaceta et dans Paris-Match. N'oublions pas que l'héroïne de Sueurs froides, le film qui vient de sortir en avant-première, est une jeune femme de 26 ans, Madeleine, hantée par le souvenir de son arrière-grand-mère, Carlotta Valdès, suicidée au même âge qu'elle, un siècle plus tôt. Elle se rend souvent sur sa tombe ainsi qu'au musée où est exposé son portrait. Curieusement, Hitchcock fait a posteriori ce qui aurait pu être des « repérages ». Une photo prise à Bayonne montre aussi le couple Hitchcock contemplant la vitrine d'une agence des Pompes funèbres générales. Décidément, la mort obsède Alfred Hitchcock et elle apparaîtra dans le titre de la version française de son prochain film. 

————–

[1] Vertigo, en version originale. Film de 1958 dont le scénario s'inspire d'un roman de Boileau-Narcejac, D'entre les morts, avec James Stewart, Kim Novak et Barbara Bel Geddes.

[2] En basque, Zazpiak bat signifie « Sept ne font qu'un » : les sept provinces basques (quatre espagnoles et trois françaises) ne forment qu'une seule entité, unies par un idiome qui ne cesse d'intriguer les linguistes,

[3] Armand Lanoux. L'Affaire de l'Impasse Ronsin. Paris, Éditions Aillaud, Bastos & Cie, 1947.

Pour tous renseignements :

Espacio 2016, Easo 43, San Sebastián 20006 (Espagne).
Site : www.dss2016.eu
Courriel : info@dss2016.eu).


Lecture supplémentaire :

Saint-Sébastien 2016, sur les traces de Hitchcock

Jean Leclercq

 

Note linguistique à propos des résultats de l’élection présidentielle qui vient d’avoir lieu aux États-Unis


«
Quand j'étais petit, on me disait que n'importe qui pouvait devenir Président; je commence à le croire. » Clarence Darrow

 

 

S of LVoici quelques adjectifs qui expriment mon état d'esprit à la suite de l'élection du Président des États-Unis. Je les ai rangés en cinq groupes, allant des sentiments superficiels de déception et de surprise, aux sentiments plus profonds de choc et de dégoût. Cette classification n'a rien de scientifique, vu les différents registres, nuances et tons des termes suivants :

1) surprised, amazed, flabbergasted, stupefied, stunned, astonished, astounded, alarmed, shaken ;

2) disheartened, disappointed, crestfallen [1] , downcast, down, down in the dumps, disgruntled, depressed, downhearted ; 

3) confounded, befuddled, confused, bewildered, staggered, baffled, mystified, perplexed, flummoxed, frustrated, nonplussed [2];

4) shocked, dazed, shaken, traumatized, scandalized, taken aback, upset, fazed, disconcerted, aghast ;

5) ashamed, outraged, insulted, disgusted, sickened, aggrieved, affronted, appalled, repulsed, nauseated, distressed.

En revanche, voici des adjectifs et locutions adjectivales qui peuvent exprimer l’état d’esprit des 59 535 522 électeurs qui ont voté en faveur de Trump dont les voix ont été comptée jusqu’à maintenant :

happy, delighted, joyful, inspired, elated, cheerful, ecstatic, joyous, jubilant, thrilled, upbeat, blissful, gleeful, gratified, exultant, delirious, euphoric, rhapsodic, triumphal, enraptured, animated, excited;

in seventh heaven, pleased as punch, on cloud nine, flying high, doing handsprings, in high spirits.

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Crestfallen

crestfallen

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Selon le dictionnaire Merriam-Webster :

  1. 1:  having a drooping crest or hanging head

  2. 2:  feeling shame or humiliation :

 

[2] Selon Oxford Dictionaries :

Dans l'usage courant nonplussed signifie surprised and confused (surpris et dérouté). En anglais d'Amérique du Nord, un nouvel usage est apparu ces dernières années, dans le sens de nullement déconcentré – plus ou moins le contraire de son sens traditionnel. Ce nouvel usage est probablement parti de l'idée que le préfixe non- était normalement négatif et devait donc avoir un sens négatif. On n'estime pas que cette acception fasse partie de l'anglais correct.

Jonathan G.

Les élections présidentielles aux États-Unis :

notes linguistiques et historiques


2016
Too close to call -  trop juste, trop serré pour se prononcer

Au cours des derniers mois, certains sondages d'opinion ont fait apparaître un très faible écart entre Hillary Clinton et Donald Trump, les deux candidats à l'élection présidentielle américaine. La victoire de l'un d'eux sera-t-elle remportée haut la main ou de justesse ? Quel que soit l'écart qui séparera finalement les deux champions mardi prochain, il nous a semblé qu'une analyse historique de l'expression too close to call serait de nature à intéresser nos lecteurs.

Deux exemples de résultats serrés

Prenons deux exemples de résultats serrés d'élection présidentielle, ceux de 1948 et de 2000. Dans le premier cas, le duel voyait s'affronter le président sortant, Harry Truman qui, vice-président, avait succédé à Franklin Roosevelt, à la mort de celui-ci, le 12 avril 1945. Face à lui, le candidat républicain était le gouverneur de l'État de New York, Thomas Dewey, valeur sûre mais sans grand charisme que tous les sondages donnaient gagnant : the polls and pundits left no room for doubt. Les sondages et les oracles étaient si favorables, les premiers résultats si significatifs que, dans son édition du 3 novembre 1948, le rédacteur en chef du Chicago Daily Tribune, J. Loy Maloney (qui plus est sous la menace d'une grève imminente des ouvriers de livre) n'hésita pas à titrer DEWEY DEFEATS TRUMAN (en français DEWEY BAT TRUMAN). Peut-être la manchette la plus célèbre de l'histoire du journalisme américain !

L'encre des 150.000 exemplaires de la première édition n'était pas encore sèche lorsque la radio annonça un résultat étonnamment serré. La deuxième édition tenta de rectifier le tir en titrant : « les Démocrates raflent des États », rendant compte des succès de Truman en Ohio et dans une bonne partie du Midwest. Les choses en seraient peut-être restées là si, regagnant Washington en train, le président élu, Harry Truman, n'avait brandi la fameuse manchette devant les photographes, leur offrant ainsi l'un des clichés les plus sensationnels de leur carrière.


Truman Dewey
Harry Truman, après son election, 1948


Lecture supplémentaire
:
Dewey defeats Truman
Chicago Tribune

 

L'élection présidentielle de 2000 est un autre exemple d'écart tenant dans un mouchoir de poche. Elle opposait le vice-président sortant, Al Gore, au gouverneur du Texas, George W. Bush. Son résultat a tenu aux seuls chiffres de la Floride. Les réseaux de télévision ont commencé par annoncer qu'Al Gore avait raflé les 29 grands électeurs de l'État, pour se raviser ensuite et dire que le résultat était très serré, puis déclarer George W. Bush vainqueur. Dans l'ensemble du pays, Al Gore avait remporté un demi million de voix de plus que son adversaire, mais celui-ci le devançait de 537 voix en Floride. Cet avantage infime, dans un seul État, fut source de tout un contentieux et obligea à recompter les bulletins. Mais en vain, puisque la Cour suprême des États-Unis fit cesser le recomptage ordonné par la Cour suprême de Floride, arguant qu'il contredisait le principe de l'égalité de traitement de tous les bulletins de vote. L'élection de 2000 se singularisa doublement :1) en maintenant le suspens plus longtemps que jamais auparavant, et 2) en portant à la présidence, pour la première fois en 112 ans, un candidat qui avait perdu au suffrage populaire, mais gagné à la majorité du collège électoral.

Bush-vs-gore
 

Une explication de technique électorale

S'agissant de l'élection du Président des États-Unis, il ne faut jamais perdre de vue que c'est un scrutin à deux degrés. Au niveau de chaque État, les électeurs sont appelés à choisir entre les candidats (un ticket républicain et un ticket démocrate + quelques indépendants). Ce faisant ils élisent de grands électeurs et celui des candidats qui l'emporte, rafle la totalité de ceux-ci. Cette singularité du système électoral américain s'explique par le souci des constituants de tenir compte de la structure fédérale de la nation et d'une représentation équitable des États fédérés. Le nombre de grands électeurs varie beaucoup selon les États. Il atteint 55 en Californie, 29 en Floride et 18 en Ohio et 3 dans le Vermont. Du coup, une toute petite avance permet de gagner la totalité des grands électeurs alors qu'une écrasante majorité ne donne pas un grand électeur de plus ! Ce système à deux degrés introduit une distorsion que ne connaît pas le scrutin universel direct où la décision de l'ensemble du corps électoral ne peut mathématiquement pas tourner au match nul. [1]

Une explication de psycho-politique

Partout dans le monde occidental, on observe qu'au début d'une campagne électorale, les positions sont bien tranchées et les favoris tout désignés. Puis, à mesure qu'on se rapproche de l'échéance, la fourchette se resserre jusqu'à frôler l'ex aequo. Et cela, qu'il s'agisse de choisir entre deux candidats ou deux options, comme lors d'un référendum. Comme si tout corps électoral était exactement divisible par deux. Cette dichotomie s'explique sans doute par un certain consensualisme. En effet, il n'existe plus de différences majeures entre les uns et les autres, seuls les styles diffèrent. Ensuite, il y a la médiocrité des candidats, leur absence de programme et de vision, la virtualité d'un pseudo-débat au sein duquel la polémique a remplacé la politique et où l'on s'affronte à coups d'invectives et d'arguments ad personam, pour la plus grande joie des médias qui en font leur miel. Ce pugilat médiatique engendre dégoût et abstention, notamment chez les jeunes. Certes, un vainqueur en sort finalement, mais ce vainqueur n'est pas la démocratie !

Too close to call

Mais revenons à nos moutons et interrogeons-nous sur l'expression qui rend compte de cette situation : too close to call. D'abord, notons que l'expression close call désigne une mésaventure, un accident, voire une catastrophe évité(e) de peu ; to have a close call signifie l'échapper belle, frôler le drame. [2] Si l'on y ajoute l'adverbe too, synonyme d'excessively, on renforce l'impression d'extrême justesse des résultats, rendant impossible tout pronostic. Donc, souhaitons que, cette fois, le verdict des urnes soit franc et massif, far from a close call !

 

[1] Il n'en demeure pas moins qu'en République d'Autriche, les dernières élections présidentielles, pourtant tenues au suffrage universel direct, ont abouti à un résultat tellement serré qu'il a fallu recommencer.

[2] René Meertens. Guide anglais français de la traduction. Paris, Chiron éditeur, 2008, p.88.

 

Trump, to trump, trumpery

Trump suit

Trompe-l'œil :
une coquille vide, à moins que ce ne soit une belle veste !

Le patronyme Trump, que l'on dit d'origine allemande et qui fait fureur, s'est d'autant mieux acclimaté aux États-Unis que, dans un premier sens (et comme l'allemand der Trumpf), il veut dire atout. On retrouve le mot trump dans plusieurs expressions comme he has a trump up in his sleeves (il a un atout en réserve) ou he is holding all the trumps (il a tous les atouts dans son jeu). C'est donc un vocable à connotation plutôt positive, sinon gagnante ! 

Dans un second sens trump veut dire trompe ou trompette : the last Trump (les trompettes du Jugement dernier), à moins que ce ne soient les trompettes de la renommée. Quant au verbe to trump up, (trouvé notablement dans l'expression "trumped-up charges) c'est déjà moins glorieux puisque cela signifie : inventer de toutes pièces. On s'approche du moins clinquant des termes de la famille : trumpery. Visiblement dérivé du français tromperie, ce n'en est pas moins un faux-ami puisqu'il signifie camelote, bêtises, insignifiance. Bref, tromperie sur la marchandise.

Le flamboyant candidat au prénom de palmipède sera-t-il un atout ou de la camelote ? L'avenir, ou plutôt le verdict des électeurs américains, nous le dira le 8 novembre prochain.

Jean Leclercq

Image TRUMP L’OEIL de Tim SHEPPARD, webmaster de Le Mot juste en anglais

Mise a jour du blog:

Playingthe trompowskyAux Championnats mondiaux d'échecs qui ont débuté le 11 novembre dernier à New York, the champion du monde en titre, Magnus Carlsen, opposé au Russe Sergei Karjakine (fervent partisan de l'annexion de la Crimée), a ouvert avec une variante d'une ouverture peu commune appelée « attaque Trompovsky », parfois abrégée en Tromp.