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Marjolijn de Jager – traductrice littéraire du mois de novembre 2021

L'interview suivante a ete menée en anglais par Skype entre Los Angeles et la ville Stamford, dans l'État de Connecticut.


Marjolijn photo
Computer
M. de  J. – l'interviewee        J. G. – intervieweur
Marjolin trees Earth
Connecticut en automne        Californie en automne   


Avec l’aide précieuse de Renë MEERTENS. (original text in English)

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LMJ : Vous êtes née en Indonésie, aux Indes orientales néerlandaises [1], à l'époque. Pour quelles raisons vos parents s'y étaient-ils installés ?

Marjolijn map

Marjolijn : Nous parlons de plusieurs générations, au moins cinq du côté de mon père dont les ancêtres étaient arrivés au milieu du XIXe siècle. Du côté de ma mère, ils étaient là depuis au moins trois générations.

LMJ: Donc, votre langue maternelle a été le néerlandais ? Avez-vous été scolarisée en néerlandais ?

Marjolijn : Je suis née à Bornéo où mon père travaillait dans les champs pétrolifères de la Royal Dutch. En mars 1942, lorsque les Japonais ont envahi les Indes néerlandaises, nous vivions à Java (le livre de Helen Colijn, Song of Survival : Women Marjolijn SurvivalInterned, qui narre l'histoire de la missionnaire britannique Margaret Dryburg, se passe dans un de ces camps à Sumatra). Les Japonais ont incarcéré tous les non-Indonésiens dans des camps de femmes et d'enfants (garçons jusqu'à 10 ans) et dans des camps d'hommes. Les femmes devaient travailler dans les bananeraies, garder les porcs ou creuser des puits, tandis que les enfants cultivaient les potagers dont la production aboutissait sur la table du commandant du camp. L'éducation était strictement interdite.

Risquant gros, ma mère décida qu'elle n'aurait pas une enfant illettrée et entreprit de me faire la classe ainsi qu'à quatre ou cinq autres enfants, en se servant d'un bâton pour tracer des signes dans le sable puisqu'il n'y avait ni papier, ni crayons, ni livres. C'était une enseignante improvisée, nous faisant progresser par étapes, et elle réussit très bien. À tel point qu'à une exception près, nous pûmes tous entrer miraculeusement en 4ème année, une fois la guerre terminée. En arrivant à Melbourne, à l'âge de neuf ans, je fus très chaleureusement accueillie à la St. Michael Anglican School. Finalement, un an après, j'ai redoublé ma 4ème année à Amsterdam, parce que les matières enseignées à Melbourne et à Amsterdam étaient trop différentes. C'est ainsi que je n'avais jamais appris l'histoire des Pays-Bas.

LMJ : Ayant survécu à la Deuxième Guerre mondiale, avez-vous ressenti une affinité particulière avec Anne Franck ?

Marjolijn : Oui, dans une certaine mesure, mais pour une bonne part aussi parce que Marjolijn AnneFrank je n'avais pas d'amis à Amsterdam et que nous étions à peu près du même âge, c'est-à-dire mon âge lorsque j'ai lu son livre, et son âge lorsqu'elle l'a écrit. En temps réel, née en 1929, Anne Franck avait sept ans de plus que moi. Elle me semblait être une amie lointaine. Son journal ressemblait au mien en ce sens qu'il y était question de l'école et des camarades de classe. Lorsque j'ai relu mon journal quelques années plus tard, je l'ai jugé égocentrique et je l'ai détruit, ce que j'ai fait de tous les journaux intimes que j'ai pu tenir pendant un certain temps, avant de cesser définitivement dans la trentaine.

LMJ : Vous avez fait toutes vos études supérieures aux États-Unis. Quelles ont été les matières dans lesquelles vous vous êtes spécialisée ? Quel a été votre sujet de thèse de doctorat ?

Marjolijn : B.A. de Hunter College (New York), avec français, matière principale, et Marjolijn NCgrec classique, matière secondaire. M.A. de l'Université de Caroline du Nord Chapel Hill, avec français, matière principale, et espagnol, matière secondaire. Doctorat de la même université avec littérature française, matière principale; littérature espagnole, 1ère matière secondaire et littérature comparée, 2ème matière secondaire (obligatoire). Ma thèse de doctorat a été une étude stylistique de l'un des sept chants (Les Feux) du long chef-d'œuvre épique d'Agrippa d'Aubigné [2], Les Tragiques (9.000 vers) qui traite des huguenots [3] et des souffrances que leur infligea l'église catholique.

LMJ : Vous avez enseigné aux cours d'été de l'Université de New York pendant dix ans. Parlez-nous-en.

Marjolijn : J'ai commencé par enseigner la traduction littéraire (du français vers l'anglais) dans le cadre du programme SCPS de l'Université de New York qui était un cours à option alors proposé pendant seulement dix semaines, en été. Si je ne m'abuse, à l'heure actuelle, tous les cours sont enseignés en ligne et je dois vous avouer que je suis heureuse d'avoir pu faire cours avec des élèves en face de moi. Ceux-ci avaient des cours obligatoires dans des domaines particuliers (traduction juridique, médicale, commerciale) et c'était l'un des rares cours à option qu'ils pouvaient suivre.

LMJ : La liste de distinctions et des prix que vous avez reçus est longue. Quelle est celle (ou celui) dont vous êtes la plus fière ?

Marjolijn : L'ALA  (African Literature Association) est toujours l'organisation professionnelle la plus importante à laquelle j'appartiens. Dès le début, elle m'a révélé des domaines de la littérature et des cultures dont je ne savais (et ne sais toujours) pas grand chose. Comme j'en fait partie depuis 28 ans, elle est également devenue pour moi un cercle d'amis qui me sont chers. Lorsque l'ALA m'a décerné son Distinguished Membership Award, notamment pour mes traductions de littérature africaine francophone, ce fut pour moi une consécration, venant d'une organisation extraordinaire et immensément respectée.

LMJ : Vous avez été invitée comme traductrice-résidente à la Villa Gillet, à Lyon. [4] Dites-nous-en quelques mots.

Marjolijn : Je m'étais aperçue que je pouvais y prétendre si je collaborais à un projet français ou francophone de nature à les intéresser, ce qui était le cas avec ma traduction de Riwan ou le Chemin de sable (1999) de Ken Bugul. En septembre 2007, j'ai passé là-bas un mois intensément satisfaisant, traduisant la moitié environ du texte, tout en faisant connaissance avec bon nombre des merveilleuses richesses culturelles de la ville. Malheureusement, il ne s'est trouvé aucun éditeur qui veuille publier ce livre et j'ai dû abandonner le projet quand d'autres travaux (rémunérateurs) se sont présentés.

LMJ : Vous êtes allée en Afrique pour la première fois en 1986. Par la suite, vous vous êtes rendue à plusieurs reprises en Afrique de l'Ouest dans les années 1990. Pour quelles raisons ?

Marjolijn_West_AFricaMarjolijn : La première fois, c'était pour rencontrer mon fils, volontaire du Corps de la Paix au Togo. Par la suite, je me suis rendue au Togo, au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Mali, au Burkina Faso et au Ghana. À deux reprises, j'ai bénéficié d'une bourse du Fonds national pour les humanités et, en deux autres, pour des conférences de l'ALA. J'ai mené des recherches dans ces pays, avec l'aide de mon mari qui était photographe professionnel et qui prenait en vidéo des sujets qui m'intéressaient. Il a tourné un documentaire de 75 minutes que j'ai présenté à une conférence de l'ALA.

LMJ : Expliquez-nous le rapport entre le passé colonial de votre famille et votre intérêt pour l'Afrique.

Marjolijn : J'ai milité toute ma vie, de même que j'ai détesté le colonialisme toute ma vie. Ayant la possibilité, par mon activité professionnelle, de faire connaître certains écrivains africains à des lecteurs anglophones, la traduction a été et demeure pour moi un geste politique, en plus de tout l'amour que j'apporte à ces textes, bien sûr.

LMJ : Pouvez-vous citer deux auteurs africains dont vous admirez les œuvres et que vous avez traduits et peut-être connus personnellement.

Marjolijn : Werewere Liking, originaire du Cameroun, a vécu en Côte d'Ivoire Marjoloijn Werewere pendant la plus grande partie de sa vie adulte. En 1985, elle a fondé le village de KI-YI M'Bock (ce qui signifie "le savoir suprême" en bassa, sa langue maternelle) aux environs d'Abidjan. (Sur la Toile, plusieurs mots-clés mènent au village de KI-YI.) Il s'agit de protéger et d'entretenir la culture panafricaine traditionnelle sous toutes ses formes, allant du théâtre, à la danse, à la musique (tant vocale qu'instrumentale), les arts plastiques, le costume jusqu'aux spectacles et aux classes pour adolescents. Liking est un authentique personnage de la Renaissance en ce sens qu'elle est elle-même tout aussi douée dans presque toutes ces disciplines artistiques. En outre, c'est un bon peintre, un bon auteur dramatique et une romancière exceptionnelle. J'ai traduit trois de ses romans : The Amputated Memory (The Feminist Press, 2007), It Shall Be of Jasper and Coral (Journal of a Misovire), et Marjolijn LoveLove-Across-a-Hundred-Lives (University of Virginia Press, CARAF, 2000). Je les aime et les admire tous, mais Love-Across-a-Hundred-Lives est mon préféré pour mille et une raisons, et notamment pour l'extraordinaire personnage de la grand-mère qui intervient à tout moment dans le récit, l'imprégnant (littéralement) de sa sagesse du fonds des âges.


Dans une large mesure grâce à l'ALA et aux départements universitaires d'études africaines et de littérature africaine, entre autres, la littérature africaine et des auteurs africains ont finalement gagné une part du prestige, de la reconnaissance et de l'attention qui leur revient en Occident. Le moment est venu de nous éloigner de l'eurocentrisme, et ces œuvres figurent parmi les meilleurs guides qui puissent nous aider à le faire.

JG: De tous les livres que vous avez traduits, pouvez-vous en mentionner un avec lequel vous éprouvez une affinité particulière ?

Marjolijn: L’une de mes traductions favorites est The Bridgetower Sonata, d’Emmanuel Dongala. (Schaffner Press, Inc.), publié cette année. Voir aussi: [5]

MJ - Bridgewater.jpg   MJ - M de J & Emmanuel

Emmanuel Dongala et moi avons participé à une soirée au Consulat de France à New York, le 13 octobre 2021.

JG: Parlez-nous de vos activités ces dernières années.

En ce qui concerne mes activités de traductrice ces dernières années, j’ai eu la grande chance de pouvoir continuer à me consacrer à la littérature africaine de langue française. La traduction d’un nombre croissant de livres splendides, de fiction ou d’une autre nature, m’a été confiée. Dans le domaine de la fiction, je peux mentionner cinq romans importants :

Congo Inc. Bismarck’s Testament de In Koli Jean Bofane. Publié par Indiana University Press dans la collection « Global African Voices » le livre a figuré dans la liste finale du Prix du meilleur livre traduit (fiction) en 2019. 

MJ - Congo  Inc. MJ - In-koli-jean-bofane

The Bone Seekers de Tahar Djaout. Publié par Dialogos / Lavender Ink en 2018.

MJ - The Bone Seekers MJ - Tahar Djaout

Journaliste, poète et romancier algérien, Tahar Djaout a été victime d’une agression le 26 mai 1993 alors qu’il quittait son domicile de Baïnem (Algérie). Il est resté dans le coma pendant une semaine et est mort le 2 juin. Il a été assassiné par le Groupe islamique armé parce qu’il était opposé à tout fanatisme. L’un de ses agresseurs a déclaré que Tahar Djaout avait été tué parce qu’il possédait « une plume redoutable qui pouvait avoir des effets sur des milieux islamiques ».

« Si vous parlez, vous mourez, et si vous vous taisez, vous mourez. Alors, parlez et mourez. » (Tahar Djaout)

Timothy SchaffnerJ’éprouve une gratitude particulière envers Timothy Schaffner, de Schaffner Press, qui m’a donné la possibilité de collaborer avec lui et sa formidable équipe pour la traduction de trois livres. Je mets la dernière main à un quatrième, et un cinquième est prévu en 2022. Il s’agit d’un partenariat extraordinaire et profondément gratifiant. Je suis vraiment honorée de pouvoir ajouter mes traductions à sa remarquable liste de publications ! (http://www.schaffnerpress.com/)  

Voici les trois traductions que Schaffner Press a publiées jusqu’à présent :

For a Long Time, Afraid of the Night de Yasmine Ghata (2019). Aussi disponible en livre audio.

MJ - For a Long Time Afraid of the Night MJ - Yasmine Ghata

En pleine nuit, au début d’avril 1994, Arsène, garçon rwandais âgé de huit ans, fuit son village alors que des cris et des coups de feu se rapprochent. N’emportant avec lui qu’une vieille valise appartenant à son père, dans laquelle quelques objets essentiels ont été placés à la hâte par sa grand-mère – qui sera massacrée cette nuit-là ainsi que le reste de sa famille et le village tout entier – il court dans la brousse, seul et terrorisé par des horreurs indicibles.

J’ai lu des extraits de For a Long Time, Afraid of the Night lors d’une réunion du PEN Translation Committee.

The Mediterranean Wall de Louis-Philippe Dalembert (juillet 2021). 

MJ - LOuis-Philippw Dalembert

The Mediterranean Wall a reçu le French Voices Annual Grand Prize. Ce prix est décerné par la division des services culturels de l’ambassade de France aux Etats-Unis pour « la qualité de l’œuvre originale et de sa traduction » et illustre « les nombreuses facettes d’une vie littéraire particulièrement dynamique dans le domaine francophone ». Les lauréats de ce prix annuel dans chacune des deux catégories (fiction et autres genres) reçoivent une somme de 10 000 dollars, partagée entre l’éditeur (60 %) et le traducteur (40 %).

Les deux livres susmentionnés ont figuré dans la liste finale de l’Albertine Prize, prix décerné par les lecteurs à des livres traduits de français en anglais :

  MJ _ Albertine Short List  

Le troisième livre est The Bridgetower Sonata: Sonata Mulattica, déjà mentionné plus haut.

J’ai aussi traduit des ouvrages autres que des romans du néerlandais : Black Shame: African Soldiers in Europe, 1914-1922de  Dick van Galen Last, Camp Life Is Paradise for Freddy de Fred Lanzing, Personal Reflections of a Psychoanalyst de Hendrika Freud, et Invisible Years de Daphne Geismar.

 

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Notes: (Jean Leclercq)

[1] Grâce à ses hardis navigateurs – on tend parfois à l'oublier – le petit royaume des Pays-Bas put se tailler (et conserver jusqu'au milieu du XXe siècle) un vaste Marjoijn VOCempire colonial en Asie et dans les Amériques. À l'est, cette entreprise fut l'œuvre d'une compagnie de commerce, la Vereenigde Oost-Indische Compagnie (la VOC), créée par les Provinces-Unies en 1602. La VOC détenait également le monopole du commerce du Japon avec l'Occident. Dissoute en 1799, elle fut pendant deux siècles l'instrument du capitalisme et de l'impérialisme bataves.  Par la suite, la colonie des Indes orientales continua à être gérée comme une entité distincte. C'est ainsi que sa défense était assurée par une armée privée, Marjolin Arthur_Rimbaud constituée de mercenaires et indépendante des forces métropolitaines. Le poète Arthur Rimbaud s'y engagea et, après une formation élémentaire au Helder (en Zélande), fut envoyé à Java. La vie militaire lui convenait décidément mal ; il déserta vite et revint en Europe en travaillant sur un cargo. Cette éphémère expérience extrême-orientale fut certainement une révélation pour le jeune Ardennais. 

[2] Aubigné (Agrippa d'), 1551-1630. "Poète français, né près de Pons, en Saintonge, camarade d'enfance d'Henri IV, protestant qui resta toute sa vie intransigeant sur la religion. D'une étonnante précocité, il pouvait lire, avant huit ans, le latin, le grec et l'hébreu." (Dictionnaire des littératures, publié sous la direction de Philippe Van Tieghem. Paris, Presses universitaires de France, 1968, pp. 258-259).

Marjolijn Aggripa   

Agrippa d'Aubigné vécut et mourut dans la Maison de la Rive, rue de l'hôtel de ville, à Genève.

Il était le grand-père de Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon, seconde épouse du roi Louis XIV

[3] Déformation de l'allemand Eidgenossen (nom des Genevois partisans de la confédération contre le duc de Savoie) que les catholiques français finirent par utiliser (péjorativement à l'origine) pour désigner les protestants calvinistes, en France. Les guerres de religion ont opposé les papistes aux huguenots. Synonyme : parpaillot(ote).

[4]

Marjoiljn Villa GilletLa Villa Gillet, située dans le parc de la Cerisaie, 25, rue Chazière à 69004 Lyon (France), se veut un laboratoire d'idées. Des artistes et des penseurs s'y retrouvent périodiquement afin de réfléchir ensemble aux problèmes du monde contemporain. Le bâtiment fut construit en 1912 par l'architecte Joseph Folléa pour de riches industriels lyonnais, la famille Gillet. En mai de chaque année, s'y tiennent les Assises internationales du Roman. Notons que, depuis 2011, la Villa Gillet organise à New York, le festival "Walls & Bridges – Transatlantic Insights" qui entend instaurer un dialogue entre penseurs et artistes français et américains.

 

[5] Voir une interview de l’auteur, Emmanuel Dongala ici

Extrait d’un article du 23 juillet 2021 de Harriet Cunningham  sur le site LIMELIGHT :

« Vous connaissez la légende. The Bridgetower Sonata, ou « Sonata Mulattica », comme cela apparaît sur la partition originale du compositeur, est plus connu sous l’appellation de Sonate pour piano et violon n° 9 en la majeur de Beethoven, ou Sonate à Kreutzer. On raconte que Beethoven et son ami de fraîche date George Polgreen Bridgetower, un jeune violoniste de sang-mêlé très doué, jouèrent ensemble l’œuvre pour la première fois en suivant une partition dont l’encre n’avait pas encore séché. Cependant, quelques semaines plus tard, Beethoven changea le dédicataire initial en faveur de Rodolphe Kreutzer, virtuose plus influent (et plus blanc). »

 

Lecture supplementaire :

Literary Translation by Marjolijn de Jager, Ph.D. 

Paradise Road (1997 film)

Marjolijn - Paradise Road

Apprendre le français à l’équateur

– dans les Centres de ressources pour le français (CRFK) au Kenya


Magdalena 1Nous sommes heureux de retrouver notre contributrice fidèle, Magdalena Chrusciel, notre traductrice du mois de mars 2013. Voici son reportage
à partir de Nairobi (Kenya), où Magdalena et son epoux habitent depuis quelques années. 

Les pays africains restent partagés quant à leur héritage linguistique colonial, l’Afrique de l’est largement anglophone, celle de l'ouest francophone. Cependant, cette division n’est pas inflexible, comme nous l’avons vu au Rwanda qui a introduit l’anglais comme langue officielle de l’éducation et l'administration. Au cours de mes années au Kenya, j’ai pu constater le grand intérêt des Kenyans pour le français – son apprentissage fait certainement partie du bagage apprécié des universitaires, en plus de un « je ne sais quoi » de la culture française, leur offrant des emplois en lien avec l’Afrique francophone. De plus, la France est très présente au plan économique au Kenya, avec beaucoup d’expatriés actifs ici. 

« Quant à moi », raconte Magdalena, « j’ai découvert le village de Mitahato par un reportage sur la chaîne TV5Monde, faisant partie de l’offre de base de la télévision au Kenya, et par la suite j’en ai entendu parler par des expatriés. De quoi me mettre en route, pour voir et apporter des bouquins. »

 


KiambuPar une chaude et ensoleillée journée – presque estivale – de fin d’octobre, à 30 km de Nairobi et une petite heure de route, je me suis rendue à Mitahato, premier et seul village francophone au Kenya, situé dans le comté de Kiambu. Mitahato la verte, riche de ses arbres immenses, se trouve en pleine zone de plantations de bananes, maïs et caféiers notamment. On est loin de la pollution et du trafic ahurissant de Nairobi, et il y fait plus chaud.

  Mag 0  

Comté de Kiambu, plantations de café.

 

J’ai été chaleureusement accueillie par Solène Fournier, qui y effectue son service civil d’une durée d’une année. Assistante sociale diplômée, Solène a saisi cette chance d’expérience africaine, dans des conditions parfois fort différentes de sa Savoie natale. Car s’il est vrai que la nature et le temps sont merveilleux, il faut savoir s’arranger avec les nombreuses coupures d’électricité et une vie de simplicité dans un village de peu de ressources – bref, retrouver une lenteur et patience peu occidentales.

Mitahato compte 3200 habitants, dont 370 sont apprenants du français ! Alors que le village compte 4 écoles, dont une privée, les principaux lecteurs de la bibliothèque proviennent de Mitahato Primary et Secondary School. Ainsi, à Gathirimu High school, 10% d’écoliers apprennent le français, tandis que la moitié des étudiants de l’école privée locale étudient le français. Le français n’est pas ici réservé aux mieux nantis.

  Mag 1

 

Les derniers bouquins remis à Solène.

 

Le Centre de ressources est né à l’initiative de Chris Mburu, Kenyan, qui a souhaité offrir aux habitants de son village d’origine la possibilité d’apprendre le français. La bibliothèque a été installée dans une maison familiale du fondateur. Créée en 2020, la bibliothèque soutenue par l’ambassade et le groupe des ambassadeurs francophones, fait partie d’un réseau de 20 centres de ressources pour le français (CRFK) au Kenya – allant d’Eldoret dans le Nord jusqu’à Mombasa sur la côte. Les CRFK ont été initiés en 2008 par l’ambassade de France et offrent leurs ressources à la fois aux étudiants et aux enseignants du français.

  Mag. 2  


Tous les jours du lundi au samedi, une dizaine et plus d’enfants accourent, à la sortie d’école, pour suivre un cours donné par un professeur kenyan. Des étudiants plus âgés viennent en visite, et la bibliothèque est régulièrement approvisionnée en livres, magazines et publications diverses. Les plus jeunes apprécient particulièrement les programmes visionnés à la télévision et sur internet. En plus des livres que j’ai offerts, bouquins et revues ont été fournis par mes collègues du Club de lecture de Nairobi-Accueil.

Je remercie mes amies lectrices J et bonnes lectures aux petits et grands visiteurs de la bibliothèque.

  Mag 3  

Le Centre dans un environnement bucolique.

 

 

 

Lecture supplémentaire

En Afrique, les langues empruntent les unes aux autres

 

 

 

Mots anglais du mois – originalism, court packing & judicial activism.


Johann MorriJohann Morri
 a étudié le droit en France et aux États-Unis. Juge administratif en France (actuellement en disponibilité), il a été enseignant vacataire a l’Université de Californie (Berkeley) et exerce actuellement des fonctions d'enseignement et de coordination pédagogique à UC Davis. Nous le remercions vivement d'avoir bien voulu redige l’article ci-après à notre intention.

Supreme-Court-Front-Door (1)Alors qu’une nouvelle année judiciaire (« term ») débute pour la Cour Suprême des Etats-Unis, la montée en puissance des juges conservateurs au sein de la Cour (avec une majorité de 6 juges sur 9) suscite les interrogations sur l’évolution possible de sa jurisprudence et l’avenir de l’institution. La Cour a récemment refusé de suspendre la loi du Texas restreignant drastiquement le droit à l’avortement, laissant cette loi en vigueur pendant qu’elle est contestée au fond. Ce faisant, elle a Roe-v-wade alimenté les spéculations sur un possible abandon de la jurisprudence Roe v. Wade (1973), qui a consacré ce droit. Par ailleurs, une commission nommée par le président Biden réfléchit à de possibles évolutions dans la composition de la cour, allant d’une expansion du nombre de juges à une réforme de la durée des nominations. Même s’il est peu probable qu’elle aboutisse à une réforme, la mise en place de cette commission répond à la suggestion de « court packing » (expansion du nombre de juges) [1]  avancée par une partie des Démocrates. Elle témoigne d’une inquiétude face à l’évolution conservatrice de la Cour. 

La grille de lecture idéologique (« conservateurs » contre « progressistes »/ « libéraux ») est le plus souvent employée, à juste titre, pour décrire l’état des forces au sein de la Cour. Mais les querelles théoriques autour de l’interprétation de la Constitution sont  un peu moins connues du grand public en dehors des Etats-Unis. C’est le cas, en particulier, de la notion « d’originalisme». L’ « originalisme » est une philosophie judiciaire et une méthode d’interprétation de la Constitution. Les originalistes considèrent que la Constitution doit être interprétée selon le sens qu’elle avait lors de son adoption en 1788. Ils se réfèrent donc au sens « originel » (« original meaning ») de la Constitution. [2] Cette méthode s’oppose, notamment, à l’idée d’une « Constitution vivante (« living constitution ») dont le sens pourrait évoluer au fil du temps, en fonction de l’état de la société, de l’évolution des mœurs, etc. 

La plupart des juges conservateurs de la Cour se réclament aujourd’hui de l’originalisme, avec des nuances. Les juges Thomas, Conney-Barret Kavanaugh et Gorsuch s’en réclament explicitement. 

Thomas Barrett-kavanaugh-gorsuch
Thomas Barret, Kavanaugh, Gorsuch

Tout en en partageant certains des principes, le « chief justice » (Président de la Cour) Roberts et le juge Alito sont plus réticents à se classifier comme « originalistes », et défendent une approche plus pragmatique, mais qui rejoint souvent celle de leurs collègues.

MJ - Roberts Alito
Roberts Alito

Bien que l’originalisme prétende déterminer le sens originel de la Constitution, c’est-à-dire celui qu’elle avait en 1788 (et, pour les amendements, aux différentes époques de leur adoption), le terme « originaliste » n’est apparue que deux siècles environ après son adoption. Certes, on peut trouver des traces -éparses- de la méthode originaliste dans certaines opinions de la Cour au XIXème et au Roger_taneyXXème siècle. Ainsi, dans l’arrêt Dredd Scott (1857), le Chief Justice Taney écrivait que, tant que la Constitution « reste inchangée, elle doit être interprétée comme elle était comprise au temps de son adoption (« but while it remains unaltered, it must be construed now as it was understood at the time of its adoption »). Dans les années 1950-60, le juge progressiste Hugo Black préconisait aussi de retourner au « langage et à l’histoire de la Constitution ». Il s’appuyait sur cette approche pour proposer une interprétation large et littérale de la liberté d’expression reconnue par le Premier amendement.

  1st amendment  

Mais la théorisation de l’originalisme est plus récente. Le juriste conservateur Robert Bork, candidat malheureux à Cour suprême des Etats-Unis en 1987, a été décrit comme le « parrain de l’originalisme moderne » (selon une formule du juge conservateur Guido Calabresi). Il a commencé à en développer les principes dans un article publié en 1971, puis dans des conférences dans les années 1970 et 1980, avant de résumer sa pensée dans un ouvrage publié en 1990, « The tempting of America ». Son originalisme se présente clairement comme une réaction à l’activisme judicaire [4] de la Cour, débuté sous la présidence d’Earl Warren (qui présida la cour de 1953 à 1969) et poursuivi dans les années 1970 (malgré l’arrivée à la présidence de la Cour du conservateur Warren Burger). Durant les années Warren, la Cour a développé une jurisprudence progressiste dans des nombreux domaines : abolition de la ségrégation, développement des droits de la défense en matière pénale, extension de la liberté d’expression, reconnaissance du droit à la vie privée, du droit à la contraception, et du droit à l’avortement. Les conservateurs ont dénoncé cette jurisprudence, considérant qu’elle excédait l’interprétation stricte de la Constitution.

Antonin_ScaliaLe véritable tournant originaliste est la nomination à la cour d’Antonin Scalia (1936-2016), en 1986. Cette nomination est importante à plusieurs titres. Tout d’abord, c’est le premier juge de la Cour qui se réclame explicitement de l’originalisme (avant d’être rejoint par le juge Thomas, en 1991). Ensuite, il est aussi le tenant d’une forme particulière d’originalisme, la théorie de l’«original understanding ». Selon cette conception, le sens originel de la Constitution doit être interprété en se référant non pas à l’intention des Constituants (par exemple, en référence aux débats de la Convention constitutionnelle de Philadelphie) mais en fonction du texte lui-même et, plus précisément, de la façon dont il était compris par les citoyens lors de l’adoption de la Constitution. Un exemple emblématique de cette méthode est l’utilisation de dictionnaires contemporains de l’adoption de la Constitution. Le juge Scalia, décédé en 2016, était aussi un vulgarisateur de l’originalisme. Il en a popularisé les principes dans différents ouvrages, et dans de nombreuses conférences ou interviews. Il a aussi utilisé ses talents de débateur et de pamphlétaire pour polémiquer avec les adversaires de cette théorie et, parfois, avec d’autres juges de la Cour, comme la juge O’Connor ou le juge Kennedy.

L’originalisme repose sur deux présupposés essentiels. Le premier est qu’il est possible de déterminer le sens originel de la Constitution. Le second est que, une fois ce sens déterminé, le juge doit s’y tenir, en se cantonnant à un rôle d’interprète : il ne lui appartient pas d’adapter, et encore moins de créer le droit. Dans cette perspective, par exemple, la reconnaissance d’un droit à l’avortement ou d’un droit au mariage entre personnes de même sexe apparaissent comme une aberration. L’originalisme considère également que le sens de la Constitution est figé une fois pour toute : les originalistes considèrent que seul l’amendement de la Constitution permet d’en faire évoluer le sens. L’originalisme est donc à la fois une théorie de l’interprétation et une théorie de la séparation des pouvoirs. Il offre, au moins en apparence, une réponse simple et cohérente à des questions fondamentales du droit constitutionnel, telles que la délimitation du rôle du juge, du législateur et du constituant.

Malgré l’engouement qu’elle a suscité chez les juges et juristes conservateurs, et parfois au-delà, l’originalisme est une théorie critiquable et critiquée. [3] Ses détracteurs font d’abord valoir la fragilité de ses présupposés.  D’une part, il n’est pas du tout évident que l’on puisse déterminer avec certitude le sens de la Constitution, et a plus forte raison « un » sens. Certaines dispositions sont particulièrement obscures, comme le Deuxième amendement (sur le droit de porter des armes).

  2nd amend  


D’autres dispositions, nombreuses, sont d’un tel niveau de généralité, que la détermination de leur portée concrète laisse nécessairement au juge une large marge de manœuvre. L’idée que le juge ne serait que « la bouche de la loi » (selon la célèbre formule de Montesquieu) est sans doute séduisante, mais elle ne résiste guère à l’observation concrète des problèmes qu’il a à trancher et de la façon dont il les tranche. Même si on se souscrit pas à la théorie « réaliste » de l’interprétation (qui considère que c’est toujours le juge qui, in fine, détermine le contenu des règles) force est de constater que, comme l’écrivait le chief justice John Marshall dans Mc Mulloch v. Maryland, c’est la nature même d’une Constitution de se cantonner à un certain degré de généralité. Or, plus une disposition a une portée générale, plus il est possible d’en développer des interprétations différentes. Certes, l’originalisme peut sans doute permettre d’exclure quelques interprétations manifestement anachroniques. Mais il est loin d’offrir un mode d’emploi pour une interprétation mécanique de la constitution.

A supposer même que l’on puisse déterminer le sens « originel » de la Constitution, est-il acceptable que ce sens soit complètement figé ? Il ne fait guère de doute, par exemple, que l’égalité civile hommes-femmes n’était pas incluse dans la constitution originelle (qui a été adoptée à une époque où seuls les hommes pour voter et être élus) et qu’elle n’était ni incluse dans le 14ème amendement (adopté après la guerre de Sécession), ni dans le 19ème amendement (adopté en 1920), qui ne concerne que le droit de vote des femmes. Pour autant, était-il acceptable de laisser ce principe sans aucune garantie constitutionnelle ? Ou, pour prendre un autre exemple, est-il justifiable d’appliquer, s’agissant du droit de porter des armes, des principes développés pour des mousquets à un coup, quand un fusil automatique contemporain peut faire des dizaines de victimes à la minute ? A cette objection, les originalistes font valoir qu’il est toujours possible d’amender la Constitution. Mais la difficulté du processus d’amendement affaiblit la portée pratique de cette objection. En pratique, le juge aura presque toujours le dernier mot.

Au total, l’originalisme se présente comme une théorie d’apparence cohérente, qui prétend offrir des réponses simples à des questions fondamentales, comme celle de la place du juge, de la séparation des pouvoirs, et de la nature de l’interprétation. Mais cette simplicité résiste mal à l’analyse ou à la mise en pratique : en réalité, réduire le juge à la « bouche de la loi » n’est ni possible, ni souhaitable. Prétendre le contraire est peut-être confortable, mais conduit davantage à dissimuler les problèmes (Quelles limites pour le rôle de la Cour suprême ? Comment interpréter la Constitution ?) qu’à les résoudre.

[1] Court packingCommentaire du blog : Le projet de loi de réforme des procédures judiciaires de 1937 (en anglais Judicial Procedures Reform Bill of 1937), souvent appelé le Court-packing plan ( « plan de mise en boite ou d'emballage de la cour ») était une initiative législative proposée par le président américain Franklin D. Roosevelt pour ajouter plus de juges à la Cour Suprême des États-Unis afin d'obtenir des décisions favorables concernant les législations du New Deal que la Cour avait jugées inconstitutionnelles. (Wikipedia)


[2] Note de René Meertens, auteur du GUIDE anglais-français de la traduction :

Il n’est pas toujours facile de distinguer les sens respectifs des adjectifs « originaire », « originel » et « original ».

Bernard Cerquiglini a débroussaillé cette question sur TV5 Monde (voir la vidéo ci-dessus)

Ces trois adjectifs sont issus du mot latin « origo » (origine). « Originaire » a pour étymologie le mot latin « originarius », qui signifie « qui vient de ». On dira d’une personne qu’elle est originaire de tel ou tel endroit. C’est de là qu’elle vient, c’est là où elle est née.

En revanche, « original » et « originaire » proviennent du latin classique  « originalis ». « Originel » signifie « qui date, qui vient de l’origine ». Le sens originel d’un terme est son sens premier, primitif, le sens qu’il avait à l’origine. Dans la théologie chrétienne, il désigne ce qui se rapporte à Adam. C’est pourquoi on parle du péché originel.

Pour sa part, « original » désigne ce qui appartient en propre à quelqu’un ou à quelque chose. L’édition originale d’un livre est sa première édition. La formule originale d’un produit est celle qu’elle avait initialement.

Enfin, « original » peut qualifier ce qui est singulier, voire excentrique.

[3]

Fauxriginalism

 

[4] L'activisme judiciaire décrit la manière dont un juge aborde ou est perçu comme abordant l'exercice d'un controle judiciare. Le terme fait référence à des scénarios dans lesquels un juge rend une décision qui néglige les précédents juridiques ou les interprétations constitutionnelles passées en faveur de la protection des droits individuels et du service d'un agenda social ou politique plus large.

  • Le terme activisme judiciaire a été inventé par l'historien Arthur Schlesinger, Jr. en 1947.
  • L'activisme judiciaire est une décision rendue par un juge qui néglige les précédents juridiques ou les interprétations constitutionnelles passées en faveur de la protection des droits individuels ou du service d'un agenda politique plus large.
  • Le terme peut être utilisé pour décrire l'approche réelle ou perçue d'un juge en matière de contrôle judiciaire.

Source : Greenlane.com/fr

 

 
Article de la plume du même auteur

La Court suprême dans la culture populaire americaine

Lecture supplémentaire :

Les guêpes, les juifs et les catholiques

Conflits philosophiques dans la Cour Suprême des États-Unis. Le dilemme sur l'élaboration d'une politique jurisprudentielle
Persée

Le mot anglais du mois : whistle-blower


F. HaguenSelon Le Monde du 5 octobre, 2021:
La « lanceuse d’alerte » de Facebook témoigne devant le Sénat américain. Il s'agit de Frances Haugen, ancienne employée de la société Facebook, qui a declaré aux medias que Facebook « est devenu une entreprise valant mille milliards de dollars en faisant passer ses profits avant notre sécurité ».

Chaque fois qu'il y a une telle affaire qui fait grand débat aux États-Unis, la question se pose si la personne dont il s'agit peut être considérée comme un whistle-blower. Ce terme, dont l'acception littérale renvoie à une personne qui donne un coup de sifflet, a une connotation positive en anglais. Plusieurs textes protègent de tels individus aux États-Unis (depuis 1863) et ailleurs dans le monde, quand ils agissent dans le but de révéler aux autorités la malfaisance dont ils sont victimes ou de sensibiliser le public, les médias et les élus à une cause sanitaire, sociale ou économique, comme la corruption.

   

Whistleblowing :
dénonciation d'abus / d'injustices / de dysfonctionements /
d'activités illicites
(GUIDE anglais-francais de la traduction – René Meertens 2020)


Mais dans l'occurence il s'avère que les  employés de Facebook sont divisés en ce qui concerne la conduite de la societe, certains soutenant que la lanceuse d'alerte Hauguen n'a pas reconnu les demarches déja prises par la société afin de trouver une politique plus éthique. 

En 2013 l'Americain Edward Snowden se disait motivé par la volonté de révéler les infamies et les pratiques malsaines de la NSA, (L'Agence nationale de la sécurité américaine). Mais, selon le gouvernement américain, pour prétendre à la qualité de whistle-blower, Snowden aurait dû rester aux États-Unis et se placer sous la protection des dispositions pertinentes du droit américain.

Whistele-blowerL'expression est imagée car elle évoque l'arbitre sportif qui, au cours d'une partie, donne un coup de sifflet pour signaler une faute ou une entorse au règlement.

L'Américain Ralph Nader (champion des droits des consommateurs et candidat indépendant à l'élection présidentielle américaine de 2008)  a inventé ce terme en 1970 pour le distinguer des termes péjoratifs, « mouchard » ou « balance » – en anglais snitch ou grass, dans le langage des voyous, tell-tale ( rapporteur, cafteur) dans le langage des enfants ou informer  (informateur), plus neutre.  

Selon Wikipédia : « Le terme « lanceur d'alerte » a été inventé dans les années 1990 par les  sociologues Francis Chateauraynaud et Didier Torny. Il a notamment été popularisé par le chercheur André Cicolella, lui-même un « lanceur d'alerte ».

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Au  Québec et au  Canada francophone, le terme utilisé pour traduire whistle-blower est celui de dénonciateur – bien que le terme « lanceur d'alerte » ait été reconnu en 2006 dans la fiche dénonciation (domaine comptabilité) du Grand Dictionnaire terminologique de l'Office québécois de la langue française.  La création de cette notion visait explicitement à la séparer de celles de dénonciateur (sincère) et de délateur (intéressé)…. Alors que le whistle-blower, qui s'inscrit dans la tradition juridique anglo-saxonne, désigne celui qui entend donner un coup d'arrêt à une action illégale ou irrégulière, le lanceur d'alerte a plutôt pour but de signaler un danger ou un risque, en interpellant les pouvoirs en place et en suscitant la prise de conscience de ses contemporains. »

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René-Victor Pilhes

Dans un même ordre d'idées, l'écrivain René-Victor Pilhes avait intitulé L'Imprécateur son roman (Prix Femina 1974). Au siège social de la plus grande entreprise du monde, circulait soudainement un pamphlet qui jetait l'anathème sur les méthodes de gestion de la société. L'émoi était tel que les murs du bâtiment en venaient à se lézarder ! Le néologisme imprécateur ne fit pas florès et on le cherche toujours vainement dans les bons dictionnaires !

Lecture supplémentaire :

Les « lanceurs d'alerte », une longue tradition américaine.
Le Monde, 11.06.2013

Exil, prison, chômage… que sont devenus les lanceurs d'alerte ? Internaute

5 Stories on What Happens to Whistleblowers After They Speak Out
LONGREADS Official Blog

Alertes et lanceurs d'alerte, collection Que sais-je ? Francis Chateauraynaud,  2020 (128 pages).

The Whistleblower's Handbook: A Step-by-Step Guide to Doing What's Right and Protecting Yourself
Stephen Martin Kohn
Lyons Press (March 15, 2011)

 

Seule contre tous ou La Dénonciation au Québec (The Whistleblower),
un thriller réalisé en 2010.

             

 

Initials JJG Jonathan G.