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David Crystal – linguiste du mois d’avril 2018

ENTRETIEN  EXCLUSIF

 

David Crystal

L'interviewé

                     

Grant Hamilton

L'intervieweur

David Crystal, un linguiste britannique de renommée internationale qui a publié plus de 120 ouvrages sur la langue anglaise*, a bien voulu accorder un entretien à notre contributeur fidèle, Grant Hamilton, traducteur agréé. Grant, Québécois, est l'auteur du livre Les trucs d'anglais qu'on a oublié de vous enseignerVoici une traduction abrégée de leur conversation. 

Original English text.

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GrantVous avez signé en tant qu’auteur, coauteur ou directeur de publication plus de 120 livres. Comment choisissez-vous vos sujets?

 

David CrystalLa plupart me viennent de conversations comme celle-ci. Un éditeur ou un congressiste me demande « y a-t-il un livre sur tel sujet? », et je finis par l’écrire. Les grandes encyclopédies existent précisément parce que quelqu’un s’est demandé si on pouvait trouver des ouvrages de langue illustrés. L’idée était séduisante, et l’encyclopédie a vu le jour. Si tant de questions n’ont pas été traitées, c’est que la langue évolue sans cesse. L’anglais et le français d’hier étaient différents de l’anglais et du français d’aujourd’hui, et ils le seront encore demain. Il y aura toujours de la nouveauté et donc de nouveaux besoins.

 

GrantC’est tout de même un sacré défi d’écrire sur un sujet aussi costaud que la grammaire anglaise, comme vous l’avez dans « Making Sense : The Glamorous Story of English Grammar », ouvrage que j’ai présenté dernièrement sur ce blogue. Vous devez avoir une concentration exceptionnelle ou être très bien organisé, ou alors vous entourer d’une équipe nombreuse de documentalistes.

David CrystalJe n’engage jamais de documentalistes ou d’assistants. Je ne suis pas bon collaborateur. J’avais coutume de travailler en équipe, il y a des années, mais ça s’est avéré de plus en plus difficile pour la simple et bonne raison que les horaires des uns et des autres coïncidaient trop rarement. Parfois, on progresse beaucoup plus vite en solitaire.

Comme bien des linguistes, je suis un collectionneur : d’usages, d’orthographes, de ponctuations, de tout. Je prends constamment des notes. J’ai un tiroir qui déborde de papiers en permanence : titres de pages Web, manchettes, articles, billets de blogue… Le but étant d’écrire quelque chose d’inédit. Mon ouvrage sur la grammaire, comme vous l’avez remarqué, a ceci de particulier qu’il combine l’apprentissage de la langue par la grammaire et les aspects descriptif (qu’est-ce que la grammaire?) et explicatif (comment l’étude de la grammaire s’est-elle développée?) de la grammaire. Tel était le concept : réunir ces trois domaines d’ordinaire séparés.

 


GrantVotre livre a dû être d’autant plus difficile à écrire que vous vous adressez à différents publics.

 

 

David CrystalOui, ce qui en a fait un exercice littéraire intéressant : comment présenter le matériel de manière à départager ces différents intérêts tout en rendant l’ensemble accessible? Tout livre doit avoir une dimension littéraire, selon moi. Être érudit, c’est bien, mais être à la fois érudit et auteur, c’est mieux.

 

GrantOù tracer la frontière entre les usages acceptables et inacceptables?

 

 

David CrystalC’est là l’essence de la linguistique : tenter de définir la frontière entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.

Certains cas de figure sont totalement inacceptables. Personne dans le monde anglophone ne place l’article défini après le nom, comme dans cat the. En roumain, pourtant, c’est tout à fait normal. Très rares sont les usages (environ 2 à 3 %) dont l’acceptabilité est débattue. Les linguistes passent pourtant beaucoup de temps à discuter de ces cas.

En n’accordant de l’intérêt qu’aux questions litigieuses, les prescriptivistes [NDLR : personne qui croit qu’il existe des règles absolues de bon usage] commettent une erreur monumentale. Il y a des enjeux de grammaire, voire de prononciation, beaucoup plus importants que ces questions-là.

GrantQue conseilleriez-vous à un traducteur hésitant devant un usage grammatical controversé comme les pronoms their ou they avec un nom singulier? Peut-il s’en permettre autant qu’un écrivain?

David CrystalSi la question se pose, c’est parce que l’usage a commencé à changer. Il est difficile de prévoir quand le nouvel usage ne fera plus sourciller. Quand j’écris des scénarios pour la radio, je m’assure d’éviter tout ce qui pourrait hérisser les auditeurs plus âgés. Par exemple, je n’utilise jamais de split infinitive[1]. Non que je croie que c’est une erreur, mais je ne veux pas recevoir des piles de lettres d’auditeurs qui sont montés aux barricades, oubliant complètement mon propos. En ce qui concerne they au singulier, un processus d’acceptation est en cours, mais il n’en est qu’à 30 % environ.

GrantJ’ai écrit sur Twitter que les traducteurs ne devraient pas se précipiter à adopter les changements grammaticaux.

 

 

David CrystalC’est très sage. Il faut être conservateur sur ces questions. Les avant-gardistes vous trouveront un peu démodé, mais ils ne se plaindront pas, tandis que les personnes âgées risquent de s’en offusquer. Le flottement dans l’usage de their et they rappelle l’évolution des pronoms de la deuxième personne au Moyen Âge. Comme en français, où le pronom « vous », d’abord uniquement pluriel, est devenu petit à petit une marque de politesse au singulier qui le fait coexister avec le « tu », plus familier, le you pluriel a commencé à s’employer au singulier en signe de respect, simultanément au singulier non marqué thou, déjà en usage. Chez Shakespeare, chaque fois que quelqu’un passe de thou à you, c’est exactement comme s’il passait de « tu » à « vous » en français. À l’époque, des gens ont probablement résisté au changement, mais aujourd’hui, personne ne s’en formalise. Un jour, il sera tout aussi normal d’employer they avec un nom singulier qu’il est normal de dire you à une seule personne.

 

GrantAvez-vous l’impression que l’évolution de l’anglais s’est accélérée?

 

 

David CrystalIl est difficile de mesurer la vitesse à laquelle les langues évoluent parce que nos sources documentaires sur cette question ne sont pas aussi loquaces qu’on pourrait le croire et que le changement n’est ni constant ni linéaire. Il est tout en pics et en creux. Nous commençons toutefois à avoir une meilleure idée de cette évolution grâce à de très vastes corpus d’usages, dont certains corpus historiques. Pour certains types de constructions grammaticales, le changement semble en effet s’accélérer. Par exemple, le present continuous (I’m going) gagne rapidement du terrain sur le simple present (I go). Aujourd’hui, on dira sans réfléchir « I’m having a meeting next week », quand, il y a trente ans, on aurait dit « I have a meeting next week ». L’exemple par excellence de cette tendance est le slogan de McDonald’s : il y a trente ans, « I'm loving it » aurait donné « I love it ».

 

GrantConnaissez-vous les lois linguistiques du Québec?

 

 

 
David CrystalTout à fait.

 

 

 


GHQue pensez-vous de tentatives de rétablir le rapport de force entre deux langues, comme cette loi cherche à le faire?

 

David CrystalC’est une question d’identité et non d’intelligibilité. On trouve de nombreux exemples parallèles ailleurs dans le monde. Il faut comprendre qu’une langue est mue par deux forces, parfois conflictuelles : le besoin d’intelligibilité et le besoin d’identité. Plus un pays devient hétérogène culturellement, plus la langue et les différents dialectes se déplacent au centre du paysage politique. L’État pèche par naïveté s’il refuse de le reconnaître ou s’il choisit de ne pas s’en soucier ou de ne pas avoir de ministère dédié aux langues ni aucune autre structure similaire. Nous n’en avons pas en Grande-Bretagne, et les problèmes sont de plus de plus évidents à mesure que le multiculturalisme s’accentue.

 

GrantLes lois linguistiques ne sont donc ni bonnes ni mauvaises en soi, elles existent, tout simplement?

 

 

David CrystalC’est exact. Il est très difficile d’extrapoler d’un pays à l’autre, car les situations sont très différentes.

 

 

 

GrantJ’ai remarqué ce qui me semble être un accent adolescent en français québécois. Connaissez-vous de tels cas?

 

 

David CrystalLe langage adolescent est quelque peu négligé dans les études sur l’acquisition du langage. À l’adolescence, les jeunes cherchent à établir leur identité par rapport à leurs pairs, modulant leur accent, de façon parfois assez radicale et rapide, par rapport à ce qu’ils perçoivent comme étant la norme dans leur groupe de pairs et ce qui est désirable ou ne l’est pas. On a pu observer clairement ce phénomène dans l’est de Londres, où des groupes d’adolescents se mêlent aux foules d’immigrants et adoptent leur accent. Plus vieux, il leur arrive de le perdre en partie, mais à l’adolescence, il s’entend.

GrantJe vous ai entendu dire que les anglophones ont tendance à être unilingues, quand partout dans le monde le plurilinguisme est la norme. Pensez-vous que la culture des locuteurs anglais s’en trouve appauvrie?

David CrystalDans un sens, c’est le cas, mais cet appauvrissement n’est pertinent que si le fait de ne pas parler une autre langue empiète sur le bien-être ou la qualité de vie de la personne. Quand les anglophones voyagent, ils ne se sentent pas handicapés : « Tout le monde parle anglais, n’est-ce pas? Pourquoi apprendre une autre langue? » Inversement, il n’y a pas beaucoup d’immigrants en Grande-Bretagne qui n’ont pas appris l’anglais. « Alors, à quoi bon? »

Mais les choses changent. La demande pour apprendre des langues étrangères est en hausse, et elle risque d’augmenter davantage après le Brexit. Je ne m’étonne pas d’entendre de plus en plus souvent : « j’aimerais connaître d’autres langues ».

 

GrantJe ne pensais pas à l’appauvrissement matériel, mais aux bienfaits cognitifs de la maîtrise de plusieurs langues.

 

David CrystalLa première motivation pour apprendre une langue étrangère est la perspective de gagner plus d’argent ou d’améliorer sa qualité de vie. L’identité et le développement cognitif entrent bel et bien en ligne de compte, mais seulement plus tard selon mon expérience.

 


GrantUn peu partout dans le monde, des sondages d’opinion indiquent que la réputation et l’aura des États-Unis ont pris un coup avec l’arrivée de Trump à la Maison-Blanche. Pensez-vous que cela pourrait faire perdre du prestige à l’anglais?

David CrystalPlus maintenant. Peut-être à une autre époque, quand le nombre total de locuteurs de l’anglais était relativement faible et que les États-Unis en comptaient une assez forte proportion. Mais ce temps est révolu. Il y a aujourd’hui 2,3 milliards de locuteurs de l’anglais dans le monde, dont 230 millions aux États-Unis. On en dénombre davantage en Inde, et la Chine pourrait bientôt occuper le second rang. Les chiffres comptent dans l’étude des langues. Oui, les États-Unis ont peut-être perdu de leur éclat, mais regardez ce qui se passe ailleurs dans le monde.

Je voudrais également souligner que Trump, d’un point de vue linguistique — rien à voir avec la politique —, fait l’objet d’un procès injuste pour son style oratoire. On le compare à Obama et à d’autres communicateurs, on dit qu’il n’est pas bon orateur. Mais Trump s’exprime dans un anglais plus proche de la langue du quotidien que tous les politiciens avant lui. Résultat : il est allé chercher des voix. Les propos de Trump ne vont peut-être pas dans le sens des intérêts de son pays, mais je ne crois pas que l’anglais pâtisse de sa façon de parler.

 

GrantAvez-vous une opinion sur le globish, cet anglais simplifié pour les personnes dont ce n’est pas la langue maternelle?

 

 

David CrystalIl y a toujours eu des tentatives de simplifier l’anglais, et le globish est l’une d’elles. Mais la simplification est vraiment trop poussée. Imaginez une réunion d’affaires en globish. Ça n’irait pas très loin.

 

 

GrantLes anglophones ne sauraient pas quels mots utiliser et quels mots éviter.

 

 

David CrystalÀ ce sujet, laissez-moi vous faire part d’un fait intéressant : les gens ont tendance à sous-estimer la richesse de leur vocabulaire. Demandez à un francophone qui affirme avoir une mauvaise maîtrise de l’anglais de feuilleter une série de pages dans un dictionnaire anglais en cochant les mots qu’il connaît, puis additionnez ce nombre et multipliez-le par le nombre de pages du dictionnaire. Vous serez étonné du résultat. Votre volontaire connaît peut-être bien 10 000 mots! Les gens sont meilleurs en anglais qu’ils le pensent.

 

GrantQuels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite apprendre l’anglais?

 

 

David CrystalRechercher le contact avec la langue sous ses différentes formes — Web, mobile, etc. L’avenir d’une langue et d’une société qui trouve cette langue importante appartient à la jeunesse. Partant de là, je crois que plus on utilise Internet et toutes ses ramifications, mieux c’est.

 

[1] Le split infinitive consiste à insérer un ou des mots entre la particule to et le verbe dans une construction à l’infinitif. (N.d.t.)

 

Parmi d'autres articles contribués par Grant Hamilton

Le sacrilège d’un Anglo-Québécois

À tout seigneur, tout honneur…

Contre la pensée unique – analyse de livre

Le choc des langues en milieu urbain

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* Crystal est également très actif à titre de professeur et intervient souvent dans les médias à titre d'animateur ou de consultant. Il est né en Irlande, a grandi au pays de Galles et a fait ses études en Angleterre. Il a commencé sa carrière universitaire en tant que professeur de linguistique, d'abord à Bangor, au pays de Galles, puis à Reading, en Angleterre. Il doit sa notoriété principalement à ses travaux de recherche sur la langue anglaise, dans des domaines comme l'intonation et la stylistique, et à la recherche sur l'application de la linguistique dans des contextes religieux, éducatifs et cliniques, notamment dans le développement d'une gamme de techniques de profilage linguistique à des fins diagnostiques et thérapeutiques. Bon nombre de ses ouvrages ciblent le grand public. M. Crystal est professeur honoraire de linguistique à l'Université du Pays de Galles à Bangor.

En plus de ses nombreux ouvrages, il est reconnu pour les deux encyclopédies qui ont été publiées par la Cambridge University Press : The Cambridge Encyclopedia of Language et The Cambridge Encyclopedia of the English Language.  Parmi ses plus récents livres, notons Making Sense: the Glamorous Story of English Grammar (2017), The Story of Be: a Verb's-eye View of the English Language (2017), The Oxford Dictionary of Original Shakespearean Pronunciation (2016), The Oxford Illustrated Shakespeare Dictionary (2015, avec Ben Crystal), The Disappearing Dictionary: a treasury of lost English dialect words (2015) et Making a Point: the Pernickety Story of English Punctuation (2015).  Il est également coauteur de plusieurs livres, dont Words on Words (2000, une compilation de citations sur le langage réalisée en collaboration avec son épouse et associée en affaires, Hilary); Wordsmiths and Warriors: the English-Language Tourist's Guide to Britain (2013, avec Hilary Crystal); et Shakespeare’s Words (2002) et The Shakespeare Miscellany (2005), en collaboration avec son fils Ben. 

 Crystal book

Un Français licencié parce que trop français !

Un serveur licencié au Canada pour impolitesse alors qu’il ne faisait « qu'être français »


AudreyPouligny (2)L’article suivant est para récemment dans le cotidien brittanique, The Times, et a été traduit et adapté par Audrey Pouligny (quidlingua.com), que nous remercions chaleureusement.

Un serveur français licencié su Canadá pour impolitesse a contesté cette décision, alléguant qu'il s'agissait d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse dès lors qu'il ne faisait qu'être français.

Le garçon de café était peut-être connu pour ses manières agressives, son intransigeance et son impassibilité, mais Guillaume Rey a fait valoir que le fond du problème s’intéressait, en réalité, à une question de culture et de formation.

M. Rey a déclaré avoir été licencié par un restaurant Milestones à Vancouver, au Canada, « en raison de sa culture française…, laquelle tend à être plus directe et plus expressive ».

FrenchWaiterLe restaurant a reconnu que M. Rey faisait bien son travail, mais ses collègues se sont plaints de son attitude. Le Tribunal des droits de la personne de la Colombie-Britannique a été informée de ce qu’une de ses collègues se serait retrouvée en larmes après avoir été réprimandée par ce dernier. M. Rey nie tout comportement désagréable qui lui serait imputable, bien qu'il ait été averti à ce sujet à plusieurs reprises. Il a en effet déclaré qu'un manager avait déjà attiré son attention sur le fait qu'il pouvait être perçu comme agressif en raison de sa culture.
Le restaurant et Cara Operations, sa société mère, n'ont pas réussi à obtenir un débouté, le tribunal ayant renvoyé l'affaire à une audience sur le fond.

Devyn Cousineau, membre du tribunal, a noté que le restaurant reprochait à M. Rey non pas son attitude envers les clients, mais le « ton agressif et la nature » de ses relations entretenues avec ses collègues.
M. Rey a déclaré que ses collègues avaient, en réalité, mal interprété sa personnalité française « directe, honnête et professionnelle ». Devant le tribunal, il lui sera demandé de rendre compte de la façon dont son héritage culturel pourrait conduire à la perception d’un comportement constitutif « d'une violation des normes définissant une conduite acceptable en milieu de travail ».

Les frictions entre les anglophones et les serveurs français ne sont pas nouvelles. Elles font l'objet de plaisanteries depuis le XVIIIe siècle. Les Français attribuent cet état de fait à une incompréhension de la culture gauloise, laquelle valorise, d’une part, une certaine formalité entretenue avec les inconnus et, d’autre part, beaucoup de franchise entre collègues. En France, les autorités touristiques ont tenté d'améliorer les manières des serveurs, ce qui a conduit à l'adoption par certains d'habitudes d'inspiration américaine, consistant à interrompre les clients afin de leur demander : « alors, comment allons-nous tous ? »

Un violoneux américain œuvre à la survie du « français Paw Paw »

L'État de Louisiane a fait acte de candidature à l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Celle-ci statuera sur cette demande et annoncera sa décision lors du Sommet de la Francophonie qui se tiendra à Yerevan (Arménie) les 11 et 12 octobre prochains. Rappelons que la Louisiane, qui compte près de 250.000 francophones, jouit depuis 2006 du statut d'invité spécial de la Francophonie. La survivance quasi-miraculeuse de la langue française en Louisiane et, bien plus minortairement, dans d'autres régions des États-Unis s'explique par l'attachement que lui témoignent des personnages comme Dennis Stroughmatt qui, dans l'Illinois, se consacre à la survie du « français paw-paw ».

 

De ToquevilleEn 1831, lorsqu'il visite la région des Grands Lacs, Alexis de Tocqueville éprouve la surprise de sa vie en entendant un Indien lui parler français, qui plus est, avec l'accent de sa Normandie natale. Comme beaucoup, il s'imaginait que, depuis le traité de Paris (1763) [1], le français avait complètement disparu de l'Amérique du Nord. Or, il a continué à être parlé, non seulement au Canada, mais dans certains secteurs de l'Illinois, du Missouri et de l'Indiana, notamment dans la région des Monts Ozark, c'est-à-dire dans ce qui s'appelait jadis la Haute Louisiane. Dans ces régions, des colons venus à la fois du Canada et de la vallée du Mississipi, s'étaient installés, notamment pour y exploiter les mines de plomb. Leur présence se manifeste encore de nos jours dans la toponymie (la ville de Vincennes, par exemple) et l'anthroponymie (les Archambault, Aubouchon, Brasseur, Cardinal, Gilbert ou Tremblay sont amplement représentés). La culture locale est encore marquée par l'héritage français. C'est ainsi qu'on y célèbre le Mardi-Gras et des rendez-vous locaux qui sont autant d'occasions de se retrouver au nom d'une descendance commune. Mais, la langue française a pratiquement disparu. Elle n'est plus parlée que par des personnes très âgées. C'est le constat qu'a fait un historien et musicien, Dennis Stroughmatt, qui n'est pas d'ascendance française et qui n'aimait guère le français qu'on lui apprenait à l'école. C'est seulement lorsqu'il entreprit des études supérieures de conservation du patrimoine qu'il s'aperçut qu'il ne restait plus d'autres traces de la culture française que des vestiges bâtis : quelques maisons historiques. Mais, avec l'aide de son professeur, Dennis est parvenu à retrouver des francophones, souvent très âgés, éparpillés dans le sud-est du Missouri et le sud-ouest de l'Illinois. Il résolut alors de se battre pour préserver le « français de l'Illinois ».

 

Ozark

Mais, quel est ce français de l'Illinois, ce « français Paw Paw », comme on l'appelle familièrement ? C'est la langue que parlaient les francophones de la région, ainsi désignée parce qu'on disait ses locuteurs si pauvres qu'ils se nourrissaient exclusivement du fruit jaunâtre de l'asiminier, l'asimine ou paw paw (parfois appelée Missouri banana). Quant à cet idiome dialectal, Dennis l'estime intermédiaire entre le franco-canadien et le français cajun, parlé en Louisiane. En fait, les deux exemples qu'il donne de ce particularisme ne sont guère probants puisque les mots ouaouaron (pour grenouille) et bête puante (pour mouffette) sont couramment utilisés au Canada. Il en va de même de la coutume de la guignolée qui voulait qu'à la fin novembre/début décembre, on se déguise et qu'on aille de porte en porte quêter des denrées alimentaires pour les pauvres, en s'accompagnant d'une chanson spécifique. Cette tradition est toujours vivante au Québec où l'on organise maintenant une « Grande guignolée des médias » qui tend à remplacer les initiatives locales, mais en perdant une bonne part de la liesse et de la spontanéité initiales. Le vocable guignolée (ou guillannée) viendrait de l'expression « au gui l'an neuf », le gui étant traditionnellement associé à la nouvelle année, chez les peuples celtes.

Mais alors, comment Dennis s'y est-il pris pour, d'abord, apprendre le « français de l'Illinois » et, ensuite, s'en faire le porte-parole et le défenseur ? Pour apprendre, il lui fallut retrouver des locuteurs de Paw Paw, le plus souvent très âgés, qui l'ont invité à des bouillons, c'est-à-dire des soirées au cours desquelles on se retrouve pour manger, jouer aux cartes et faire de la musique. L'apprentissage du violon lui prit trois ans et celui du français passa par la mémorisation de chansons et d'histoires dont ses amis décomposaient les mots, comme pour un enfant. Il apprit ainsi la syntaxe française à l'oreille ! En 1998, son professeur de violon étant trop âgé pour jouer à la Fête d'automne, le festival annuel d'Old Mines, Dennis fut pressenti pour le remplacer. Il s'en sentait bien indigne, mais releva le défi en se disant que s'il ne les transmettait pas, ses connaissances seraient appelées à disparaître. Encouragé par ce premier succès, il organisa plusieurs ateliers, en collaboration avec l'OMAHS [Société d'histoire de la région d'Old Mines] et l'AATF [Association américaine des enseignants de français] et, tout récemment, un séminaire de huit semaines au Wabash Valley College, dans l'Illinois, cycle d'enseignement dont il proposera prochainement une version en ligne. Plusieurs dizaines de personnes s'y intéressent et ce sont souvent les enfants ou les petits-enfants de ceux qui ont enseigné à Dennis le français de l'Illinois !

Stroughmatt CreoleMais, comment ratisser plus large ? Comment inciter davantage de personnes à continuer d'utiliser le dialecte ? De la musique avant toute chose, voyons ! Dennis compte surtout sur le chant. À Sainte-Geneviève, Les Petits Chanteurs interprètent des ballades françaises traditionnelles lors des fêtes organisées dans le Missouri, notamment le French Heritage Festival. Il collabore également avec l'enseignante de français du lycée d'Old Mines et familiarise les jeunes avec le français de l'Illinois par la musique, le chant et les contes. Au cours de la Fête d'automne de l'année dernière, il a même réussi le tour de force consistant à faire chanter « Chevaliers de la Table ronde » à quelque 4.000 personnes. Avec sa formation musicale « L'Esprit créole », Dennis compte bien assurer la survie du français Paw Paw !

 

[20:56 minutes]

 

[1] Le traité de Paris, signé le 10 février 1763, après trois ans de négociations menées entre la Grande-Bretagne, l'Espagne et la France, et des préliminaires conclus à Fontainebleau le 3 novembre 1762, met fin à la guerre de Sept Ans. Il réconcilie la France et la Grande-Bretagne au grand avantage de celle-ci qui acquiert notamment le Canada et l'empire français des Indes où la France ne garde plus que cinq comptoirs.L'Espagne recevait la Louisiane qu'elle conserva jusqu'au traité secret de Saint-Ildephonse (1800), par lequel Bonaparte obtint du roi d'Espagne Charles IV qu'il la rétrocède à la France. Celle-ci regagne Saint-Domingue (considérée à l'époque comme la perle des Antilles), la Martinique et la Guadeloupe. Maigre consolation, elle acquiert Saint-Pierre et Miquelon ainsi qu'un droit de pêche exclusif sur le Grand Banc de Terre-Neuve (privilège auquel elle renoncera lors de l'Entente Cordiale). C'est le début de l'hégémomie britannique sur le monde. Pourtant, « l'ignominieux traité de Paris » (Tocqueville) ne semble pas avoir été douloureusement ressenti en France. La population était lasse d'une guerre interminable et l'on tira même un feu d'artifice devant l'hôtel de ville de Paris, le 17 juin 1763 !      

Voir : http://bit.ly/2h2y2Ww

 

Jean Leclercq

L'article ci-dessus est largement inspiré d'un entretien de Clément Thiery avec Dennis Stroughtmatt du 22 mars 2017, paru dans FRANCE-AMERIQUE, et que  M. Stroughmatt nous a aimablement autorisés à condenser pour nos lecteurs. La version in extenso de l'entretien peut être consultée sur http://bit.ly/2omDqC9

 

 

Lecture supplémentaire :

 Le Texas à l'heure des utopies.  Souvenir d'un phalanstère

US spoke French

When the United States Spoke French: Five Refugees Who Shaped a Nation

Five Refugees Who Shaped a Nation

Francois Furstenberg. Penguin Books

Les mots anglais du mois : “ Manterrupting” , “ mansplaining” et “manspreading”

 : ou quand les mots conceptualisent le sexisme ordinaire

 

Joelle VuilleL'article qui suit fut rédigé par Joëlle Vuille, notre collaboratrice dévouée et auteure de plusieurs traductions d'articles rédigés en anglais au fil des années. Madame Vuille a une licence en droit suisse et un doctorat en criminologie, et elle est actuellement chargée de recherche à l’Ecole des sciences criminelles de l’Université de Lausanne.

 

La dernière décennie a vu apparaître trois mots-valises censés décrire des expériences que feraient bon nombre de femmes dans leur vie quotidienne depuis longtemps. Nous en offrons ici un survol.

 

1.  Mansplaining 


Le terme « mansplaining » (issu de la contraction de « man » et « explaining ») peut être traduit par « mecsplication » [2]. Il fait Men Explain Things to Meréférence à la tendance de certains hommes à expliquer aux femmes avec condescendance, presque avec mépris, ce qu’elles savent souvent déjà ou ce que elles seules peuvent connaitre ou ressentir. Si le mot est nouveau (il semble dater de 2008), le concept, lui, est ancien. Dans un petit livre intitulé « Men explain things to me » [3], Rebecca Solnit racontait par exemple, comment, à une soirée, un homme lui avait fait la leçon sur un livre qu’il n’avait de toute évidence pas lu… sans savoir que c’était elle qui l’avait écrit. 

Le « mansplaining » recouvre toutes sortes de situations. L’exemple le plus ancien documenté à ce jour semble être l’homme qui, en 1903, théorisait sur les raisons pour lesquelles les femmes ne voulaient pas du droit de vote [4]. Il y a eu, ensuite, celui qui expliquait à une femme ce qu’elle ressent lors d’un orgasme [5], en passant par le cuisinier amateur qui expliquait à une cheffe comment faire chauffer de l’huile dans une poêle [6]. Dans le cadre du débat sur le Brexit, on pensera au milliardaire Aaron Banks corrigeant la professeure d’histoire antique Mary Beards sur les raisons de la chute de l’empire romain (selon lui : l’immigration), les vagues souvenirs de lycée du premier valant apparemment autant que les décennies de recherche sur le sujet de la seconde [7]. Les exemples sont innombrables.

Au delà de l’anecdote énervante, le « mansplaining » est un symptôme du manque de crédibilité que la société accorde aux femmes lorsqu’elles parlent de leurs propres expériences ou lorsque des sujets plus ou moins complexes sont abordés. Bien sûr, les hommes ont le droit d’avoir un avis sur le féminisme, les contractions lors de l’accouchement et l’inconfort de certaines chaussures à talon. Mais lorsqu'un groupe dédié à la réforme de la législation sur la contraception ou l’avortement est composé uniquement d’hommes [8], il y a un problème. Et  lorsque les hommes (en tant que groupe) remettent systématiquement en doute la réalité des expériences faites par un grand nombre de femmes (on pensera au sexisme sur le lieu de travail, par exemple, ou au harcèlement de rue), ou l’écartent sous prétexte qu’elles sont trop sensibles ou n’ont décidément aucun sens de l’humour,  il est temps de rééquilibrer la discussion et de donner la parole à celles qui vivent ces situations au quotidien.

 

 

2. « Manterrupting »

Manterrupting

 

Manterrupting 1Terme popularisé par la journaliste américaine Jessica Bennet [9], le « manterrupting » peut être défini comme l’interruption systématique et injustifiée des femmes par leurs collègues masculins [10]. Une étude devenue célèbre avait établi il y a quelques années que les hommes accaparent les 75% de temps de parole dans les réunions professionnelles, bien au delà d’une représentation proportionnelle des genres [11].

Au delà du manque de politesse qu’il incarne, le « manterrupting » a toutefois une facette plus insidieuse. En effet, le langage étant un outil de pouvoir, en interrompant continuellement leur interlocutrice, les hommes monopolisent les conversations, marquent une hiérarchie, et augmentent leur crédibilité professionnelle [12], alors que les femmes, elles, apprennent à se taire [13].

Un article récent a mis en lumière le phénomène au sein de la Cour suprême des Etats-Unis [14]. Les auteurs ont examiné les transcriptions des débats devant cette juridiction afin d’identifier quels juges interrompaient le plus souvent leurs collègues, respectivement étaient le plus souvent interrompus par eux. Il ressort que les femmes juges étaient interrompues de façon disproportionnée par rapport à leurs collègues masculins : elles représentaient le 22% des juges, mais étaient la cible de 52% des interruptions. Et plus elles étaient nombreuses à la Cour suprême, plus elles étaient interrompues par leurs collègues : en 1990, Sandra Day O’Connor était la seule femme siégeant à la Cour suprême, et les 35.7% des interruptions étaient dirigées contre elle. En 2002, alors qu’il y avait deux femmes à la Cour suprême, elles étaient victimes de 45.3% des interruptions. En 2015, les trois femmes juges étaient la cible de 66% des interruptions. La même année, une femme juge était interrompue presque 4 fois plus souvent qu’un homme juge, en moyenne [15].

Cette attitude de la part des hommes pourrait être renforcée par la façon de parler de certaines femmes. En effet, les femmes utiliseraient plus de mots visant à rendre leur discours moins direct et moins ferme (en utilisant ce que les linguistes anglosaxons appellent des hedges tels que peut-être, parfois, d’une certaine façon, etc.), s’excuseraient plus [16], poseraient plus de questions, nuanceraient plus leurs propos, s’interrompraient plus pour inviter d’autres à parler, montreraient plus de soutien aux interlocuteurs, etc. [17] Une solution pourrait dès lors être d’apprendre aux filles et aux femmes à s’exprimer différemment ou plus comme les hommes. Mais cela soulève un autre problème, car certaines études suggèrent que les femmes qui adoptent les mêmes habitudes de langage que les hommes sont perçues comme trop agressives et trop dominantes et perdent alors en crédibilité professionnelle [18]. Le problème reste donc entier.

3. « Manspreading »

 

Manspreading 1

Le « manspreading », enfin, est un phénomène bien connu des utilisatrices de transports publics (le mot lui-même n’est apparu qu’en 2008, sur Twitter, d’après le Oxford English Dictionary [19]). Il s’agit de cette tendance qu’ont certains hommes à s’asseoir les jambes très écartées et de prendre ainsi deux fois plus de place que leurs voisines [20]. On parle en français d’ « étalement masculin ».   

Si certains voient dans le phénomène un simple comportement malpoli isolé, d’autres le perçoivent comme le symptôme d’une lutte politique pour le contrôle de l’espace. Citant la sociologue Colette Guillaumin, qui a étudié depuis les années 1970 les positions des hommes et des femmes dans les espaces publics, Le Monde rappelle que l’homme qui écarte les jambes, debout ou assis, est « une des caractéristiques majeures de la virilité occidentale, à la manière du cow-boy qui descend de cheval et reste jambes écartées » [21]. Y répond la femme qui croise les jambes, symboliquement pour protéger son sexe d’une possible agression, ou tout simplement pour se faire plus petite et éviter un combat de genoux. D’après certaines féministes, ces comportements seraient le syndrome de la même domination masculine qui se traduit dans les pratiques sociales en inégalités salariales et aux violences domestiques et sexuelle. Raison pour laquelle le « manspreading » devrait être combattu, comme toute autre dérive du patriarcat. 


Certaines villes (dont New York, Paris et Madrid) ont donc décidé de prendre le taureau par les cornes et affichent désormais des messages de sensibilisation dans les transports publics.

Manspreading 4

 

La réaction des hommes ne s’est pas faite attendre, et elle est riche d’enseignements: insulter les femmes qui dénoncent le phénomène, inverser la problématique (« Certaines femmes le font aussi, surtout quand elles sont enceintes ou grosses ») et ridiculiser la revendication ou la noyer dans des revendications absurdes (« Et les gens qui se tiennent à gauche sur l’escalator, alors ?! ») [22]. À les entendre, les hommes auraient une bonne raison de s’asseoir les jambes écartées, à savoir éviter une pression trop grande sur des organes génitaux (très) volumineux [23]. Puisqu’on vous le dit…

 

[1] L’auteure remercie la Prof. Fabienne H. Baider, Université de Chypre, Département d’Etudes françaises et d’Etudes européennes, pour sa relecture et ses suggestions.

[2] Mansplaining : «Les mots sont liés au pouvoir» – Liberation -  

[3] Ces hommes qui m’expliquent la vie, de Rebecca Solnit, traduit de l’anglais par Céline Leroy, éditions de l’Olivier, sorti le 1er mars 2018.

[4] A Cultural History of Mansplaining – The Atlantic, November 1, 2012

[5] 12 Absolutely Infuriating Examples of Mansplaining – Cosmoploitan – March 24, 2017

[6] He Told Me how to Pronounce my own Name – Mail – May 18, 2017

[7] https://bzfd.it/2uLA9o9

[8] Une fois sous Obama ; la seconde sous Trump : 

[9] How Not to be Interrupted in Meetings, TIME   January20, 2015
Il faut ajouter que l’interruption  est un sujet très étudié en analyse conversationnelle (cf. les nombreux travaux en Language et gender à ce sujet) et cela depuis des années. Comme l’humour, l’interruption peut être symptomatique soit d’un rapport de force  (invasion de l’espace de parole de l’autre), soit de solidarité (on montre son enthousiasme, son empathie, etc.)

[10] Définition reprise de :Contre le « manterrupting », le bâton de parole, Le Monde 05.02.2018
Voir également: Speaking While Female, The New York Times, January 12, 2015

[11] The Great Gender Debate, Mail, 19 September 2012

[12] Voir l’étude passionnante de Victoria Brescoll sur le lien entre temps de parole et la compétence perçue :Who Takes the Floor and Why: Gender, Power, and Volubility in Organizations

[13] Afin de mettre en lumière le phénomène de « manterrupting », une application a été créée par BTEC, appelée « Women interrupted ». L’application utilise le micro du smartphone pour analyser les conversations et compter le nombre de fois que les interlocutrices sont interrompues par des interlocuteurs.

[14]  How Ruth Bader Ginsburg Cut Down on the Supreme Court's 'Manterrupting, Inc.com, 12.23.2014

[15] Mais le genre n’est peut-être pas la seule dimension à prendre en compte dans ce contexte. Les mêmes chercheurs ont relevé que Sonia Sotomayor, qui est latina, est interrompue est interrompue de façon disproportionnée par les avocats (hommes) des parties.

[16] Le début de ce sketch de SNL avec Aidy Bryant et Colin Jost sur l’égalité salariale entre hommes et femmes illustre bien le propos : 

 

[17] Voir la méta-analyse de Leaper C./Robnett R. C,  Women Are More Likely Than Men to Use Tentative Language, Aren’t They? A Meta-Analysis Testing for Gender Differences and Moderators, Psychology of Women Quarterly 35(1), 129-142, 2011.

[18] Sur le sujet de la crédibilité des avocates, voir les études synthétisées par Jaquier V./Vuille J., Les femmes et la question criminelle, Genève : Seismo, 2017, p. 408-410.  Il existe aussi une littérature assez importante sur le leadership féminin qui pose les mêmes questions.

[19] Manspreading: how New York City’s MTA popularized a word without actually saying it

[20] Voir notamment : "Manspreading": une campagne de sensibilisation dans les transports new-yorkais s'attaque aux incivilités masculines, Huffington Post, December 23, 2014.

On pense aussi à la place des bras sur les accoudoirs dans les avions qui est prise d’assaut par vos voisins.

[21] Comment le « manspreading » est devenu un objet de lutte féministe, Le Monde, 06.07.2017

[22] Les réactions des hommes à la dénonciation du "manspreading" sont pleines d'enseignements, HUFFPOST, 17.06.2017

[23] Revealed: The Scientific Explanation behind 'Manspreading', Independent, 27 July, 2017 

Lecture supplémentaire :

« Ce n’est pas la langue qui est sexiste, mais les comportements sociaux »
Le Monde, 26.12.2017

D'autres articles par la meme auteur parus sur ce blog :
https://www.le-mot-juste-en-anglais.com/joelle-vuille/