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Fidélité en traduction – Commentaire de Sarah Diligenti

 Diligenti  


   

    

Directrice pédagogique et Directrice Adjointe  de l'Alliance française,
 Washington D.C.

   

 Voir la bio de l'auteur en bas

Il semble que seule la traduction littéraire ait été prise en compte pour cet article, or il eût été intéressant de présenter le défi de la traduction technique. Il est indispensable non seulement qu’une traduction technique fasse/ait du sens, mais aussi de lui  conserver une certaine  “littéralité”, car toute faute dans le choix d’un mot peut avoir des conséquences désastreuses : je pense ici aux traductions médicales ou de documents d’ingénierie. Il est même toujours judicieux d’inclure un glossaire dans ce type de traductions.

Dans les traductions linguistiques, le sens peut littéralement être transformé d’une langue à une autre. Par exemple, le CECR (Cadre Européen Commun de Références pour l'enseignement des langues étrangères, 2001) adopté par les 27 Etats de l’UE, dans la version originale en anglais, parle de "action-oriented approach" [à l’enseignement des langues étrangères], alors que le traducteur français a pompeusement traduit cela en: "approche actionnelle",  ce qui est pour le moins verbeux et dénué de sens pour tout professeur non formé à la linguistique.  Il aurait été plus humble (et plus simple) de traduire cela en : "approche orientée sur l'action", littéral mais porteur de sens, puisqu’il s’agit après tout d’enseigner une langue étrangère afin que l’apprenant puisse agir / produire des actions dans cette langue-cible.

Dans les traductions littéraires, un bon exemple est la traduction de  L'élégance du hérisson (le livre –phénomène écrit par Muriel Barbéry).  En soi cette traduction du français vers l’anglais est un coup de maitre (Europa Editions), mais elle contient deux erreurs majeures. La traductrice est hors pair, mais ces deux erreurs changent le sens du récit. Par ailleurs, la traductrice n’a pas toujours su traduire les connotations culturelles, ce qui, en soi, est extrêmement difficile, voire impossible. Dans ce cas, un glossaire est un outil meilleur qu’une traduction approximative. Prenons un exemple du  livre, celui du  bonbon Michoko. Tous les lecteurs et toutes les lectrices français, à la lecture de ce simple nom: Michoko, auront immédiatement à l’esprit l’image d’une marionnette, une pie très exactement, utilisée pour la promotion publicitaire du bonbon en question. Et leur reviendra peut-être aussi en mémoire un jingle, ou la façon dont une voix française japonisée prononçait “Mi-Cho-Ko” en détachant bien les syllabes. La traduction qui en a été faite, sous le générique "chocolate truffle", ne rend aucunement justice à l’original, ni à l’originalité de l’auteur dans l’utilisation qu’elle en fait, et dans la trame du roman (Le Japon est un élément important du livre)… Car le bonbon Michoko N’est PAS DU TOUT une truffe au chocolat….

Dans ma lecture d’œuvres traduites, j’ai trouvé une exception, et non des moindres, celle d’un “Couple en traduction”. Tous les traducteurs littéraires devraient s’inspirer d’eux avant d’entreprendre une traduction littéraire et au lieu de théoriser sur une traduction "mot-à-mot" ou une "traduction libre". Il s’agit de Richard Pevear  et Larissa Volokhonsky, un couple “réel” dans la vie qui a réussi la gageure de traduire (enfin et magistralement) la grande littérature russe en anglais. La traduction de Guerre et Paix leur a pris plusieurs années, car leur but était non seulement de rendre le plus fidèlement possible le style de Tolstoï, mais aussi le sens et les connotations culturelles.  Sans oublier que cette traduction fut un défi de taille puisque 75% du livre est écrit en français ou “parlé en français” (Tolstoï prévient le lecteur  que tel et tel personnage mènent leur conversation en français ; le texte est en russe mais la conversation en français dure pendant une vingtaine de pages…. J’ai écrit un article sur l’utilisation de la langue française par les auteurs russes, c’est un sujet que je connais bien. Ce couple de traducteurs a aussi brillamment traduit Anna Karénina, ainsi que les plus grandes œuvres de Dostoïevski et de Gogol.

Un autre traducteur  qui a fait un travail excellent en traduction littéraire est Geoffrey Strachan  qui traduit les livres d’Andrei Makine du français vers l’anglais. Il a réussi à préserver le style de l’auteur et le sens qu’il donne aux mots. Sa traduction est particulièrement fidèle  sans pourtant être mot à mot.

Quant à la poésie, hormis la superbe traduction que Nabokov fit de Pouchkine, je dois dire que je suis plutôt de l’avis de Joachim du Bellay et suggèrerait de ne pas la traduire. J’ai lu trop de mauvaises traductions des poèmes de Baudelaire, Hugo, Ronsard, du Bellay et quelques autres (du français en anglais). Les traducteurs avaient décidé de donner la priorité au sens sur la littéralité, si bien qu’une fois traduits, ces poèmes n’ont plus eu de sens. Dans la plupart des cas, Les traducteurs détruisent l’âme du poème… Il y a même des poètes qui s’essaient à traduire en anglais des poèmes originellement écrits dans une langue qu’ils ne parlent pas ou qu’ils n’ont même pas apprise –ce fut le cas de feu Anthony Hecht – un très grand poète américain, mais dont les traductions sont déplorables.  J’essaie encore de comprendre pourquoi quelqu’un qui n’a jamais parlé ou appris le grec, l’allemand, le russe, le bulgare ou le français traduit en anglais des poèmes originellement écrits dans des langues qui lui sont totalement inconnues.  J’ai assisté à un séminaire sur la traduction en  poésie il y a une dizaine d’années et j’ai été très choquée de la malhonnêteté intellectuelle de certains poètes, parfois très connus, qui expliquaient négligemment qu’ils traduisaient en utilisant simplement un dictionnaire et qu’ensuite ils réécrivaient le poème… Quel culot!

 

Sarah Diligenti :

Sarah a étudié le Droit et la Science Politique (Maitrise – LLM- de Droit International et Master 2  – Master of Ph.- en Science Politique), à l’Université de Toulouse-1. Elle a aussi enseigné l’Histoire, la Géographie, la Littérature française et l’anglais pendant ses études. Elle a passé le CAPES de français, puis celui d’anglais et a  enseigné en tant que titulaire de l’Education Nationale pendant deux ans avant de déménager aux Etats-Unis en 1995.

Lauréate du Prix des Jeunes Poètes, Académie des Jeux Floraux, Toulouse, 1984 (médaille de bronze pour un poème qu’elle avait d’abord écrit en anglais et ensuite traduit en français).

Co-organisatrice de deux  expositions à Toulouse: " Antisémitisme et Génocide: Déchiffrer les cendres", 1984 et "Les Juifs de Vienne" en 1986.

Productrice du programme culturel radiophonique: "Investigations" sur Radio Centre-Ville- Toulouse de 1984 à 1987

Présidente  de Washington Accueil Association de 1998 à 2000.

Membre fondateur et du Conseil d’Administration de Word Fest (Le Festival International Annuel de Poésie de Washington DC) de 2001 à 2006.

Traductrice freelance pour la Banque Mondiale, le FMI et d’autres entités privées de 1995 à 2005.

Sarah a rejoint l’Alliance Française de Washington au poste de Directeur Pédagogique en 1995 et a été nommée Directrice Adjointe en 2010.

Elle écrit de la poésie, des revues littéraires et des éditoriaux.

Mariée, deux enfants. Elle vit à Bethesda, MD, dans la banlieue immédiate de DC.

 

Fidélité en traduction – Commentaire de David Vaughn

« Les traductions, comme les femmes, pour être parfaites, doivent être à la fois fidèles et belles. » 

Faithfulness in translation. It's something I've thought about a lot. I can't tell you how often I've spent a considerable amount of time, or rather a considerably minimal bit of time (I'm not a desk-job jockey, I'm a freelancer, I don't get paid by the hour) tightening up text, only to realize that the original was not faithful to my translation.

Back when I was a beginner, I tried to deal with this in the logical manner. I called up the customer (We don't call customers “writers” or – God-forbid – “artists”. They are customers, like the people with smelly socks in a shoe store), and told him we needed to talk things over. In other words, I threatened to leave him. After I explained the situation, he would suggest, "I guess you will have to work on it some more".

I said "whoaaah, Mister. Me!? Why is this my problem? I thought we were in this relationship together. What kind of person do you think I am? Faithfulness ain’t no one-way street, you know. You expect me to be faithful – without you doing your part?”

This worked pretty well, and numerous clients (or “clents” as we call them in some translator circles. A client is a client without an “i”. No “eye” for translation) would recognize the superiority of my work. They’d rewrite their not-exactly up-to-par original to bring it into line, thanking me profusely for being allowed to benefit from my subtle formulations.

With dead writers this is a bit more awkward, and we are forced to put up with clunky unfaithful originals. Or better yet, find “old” corrected manuscripts. This is remarkably handy and satisfyingly satisfactory for religious texts. Somehow the original stone tablets always get both broken and irretrievably misplaced, just like the second sock.

But after I gained more experience as a translator, I realized the stupendelicious and essential advantage of our profession. When a doctor treats you, after a few days you know whether you got well or not. It may not be their fault if you're still hacking and nose-running, but you do tend to notice.

But even if my translation gives the original text bedsores and nosocomial infections, clients usually don’t notice. They just can’t tell the difference. (Explains why doctors get paid more?)

My clent-client-customers will complain that my version is missing the “the” where the French had the “le”.

But they miss that tough paragraph (or rather, happily they don’t miss it) that was just too much work, and no longer exists, my having accidentally trashed it.

So now, if I discern the slimmest hint (or even the fattest beer-bellied blubbery soupçon) of faithlessness in the original, I let it slide. Just like any understanding wife who wants to keep her charming faithful Dominique Strauss-Kahn.

« Les traductions, comme les femmes, pour être parfaites, doivent être à la fois fidèles et belles. » 

This is a striking boutade. (For those of you who don’t know French, boutade translates as – just as it sounds – “dumb obnoxious remark”. For those of you who do know French, well that’s not my problem, is it? But have a look into Lewis Carroll’s tantalizing theoretical writings on the art of translation, where he explicates, "When I use a word, it means just what I choose it to mean – neither more nor less. The question is, who is to be master”).

Translating the French into contemporary English, it gives something like:

“To be perfect, translations – just like bimbos – must be both true-blue and smoking hot.”

When I tried to google (or as they say in French, googler) to find the culprit culpable for this phrase, I came to the conclusion that the real original version was actually something more in the vicinity of, “Les traductions ressemblent aux femmes – lorsqu'elles sont fidèles, elles ne sont pas belles, quand elles sont belles, elles ne sont pas fidèles.”, [Translations are like women. When they’re faithful, they aren’t beautiful; when they are beautiful, they aren’t faithful.] In revenge, the author of this boutonnade was immediately accused of authoring translations which were “belles infidèles” – faithless beauties.

That accusation was made by a character from Molière, Vadius in Les Femmes savantes.

Or rather, Molière translated the “real” Gilles Ménage into his stage character Vadius, smearing in a fair degree of spite and thespian cattiness.

Mr Ménage, one of the original précieuses hobnobbing with Mme de Sévigné, really cleaned up at making enemies. First Jean-Baptiste Poquelin. And then, no less a figure than Racine was responsible for Gallic-coq-blocking Mr Ménage from entering the Académie Française. Forcing the shunned Gilles into penning his own etymological dictionary long before the Académie got around to theirs.

Comparing translation to womenfolk is pretty cool if you enjoy insufferably silly sexism. In my neck of the Tennessee woods, the perfect wife was “pregnant and barefoot”. And so the perfect translation logically must be “pregnant with meaning & barefoot with modesty.”

What I love most about all this theorizing about translation is everyone is always imagining they are translating Shake-Spear. Not all of us are lucky enough to translate noble works of transcendent literary value. Masterpieces like Dan Brown for example. In dealing with an “author” as lusciously stilted and cliché-bound, would faithfulness really be a virtue? Think of the havoc wrecked on the language gene pool. I’m willing to bet cold cash and a bottle of monastery wine that each one of the 136 translations of the Da Vinci Code is better written than the original.

Asking what is the perfect translation is like asking what is the perfect text. But who cares? Fact is, much of the text we deal with is perfunctory and careless at best. It’s more reasonable to ask can an imperfect text be morphed and transmogrified into a perfect translation? By faithfulness?

Why respect an original that doesn’t respect itself? Some of these originals would sleep with anyone.

So how about pontificating some useful theory about how to translate a lousy text? Isn’t that what translation studies should be focusing on?

Delusions of grandeur about our texts can lead smack into delusions of insignificance on the part of the poor unassuming translator. It may be gratifying to imagine ourselves translating masterpieces, but most of us spend more time bitching about the frogs we try to transform into princes. When you’re faithfully kissing toads, your translation just gets warts.

So another approach? How about stealing the journalist’s Six W’s? (I’ll get to the translator’s Three C’s later.) Why? Where? When? What? Who? How?

Why does this text exist? Where will it be read? When was it written? What is it really trying to say and do? Who is going to read it? How am I gonna get this done before my deadline?

If you don’t pay attention to that bunch of stuff, faithful fidelity is flimsy folly.

 

David Vaughn

David Vaughn, Dijon. Auto-Biography

Image001 Like most translators, I was never much good at anything. If I had been, surely that’s what I’d now be doing? And so I bumped around from racket to job, developing a marvelously varied résumé. Corollary to the Peter Principle, I rose through the ranks until they actually saw my finished work – leading them to generously offer me the opportunity to explore new horizons. My wealth of experience naturally led to translation, where my clients still haven’t realized my true capabilities. So I’m still working.

Oh yeah, I almost forgot. The translator’s Three C’s. Context. Context. And Context.

Jonathan's postscript: David omitted to mention that he has written for the Los Angeles Times, Newsweek and Time Magazine.

Fidélité en traduction – Commentaire de Julien De Vries

Le débat sur la fidélité en traduction dans notre société actuelle ne saurait oublier de prendre en compte les aspects économique et technologique.

Alors que la masse d’information disponible augmente de façon exponentielle, la décision de traduire un texte relève fréquemment d’une logique économique, tout du moins de façon partielle.

Il en est ainsi des manuels techniques et autres guides de l’utilisateur : pour augmenter la vente d’un certain produit, le fabricant décide de traduire la documentation dans la langue des utilisateurs susceptibles d’acheter le produit.  Aux États-Unis, par exemple, la traduction des manuels depuis l’anglais vers l’espagnol est de plus en plus une obligation économique pour augmenter les ventes à la communauté hispanique. Bien souvent, la traduction n’est qu’un aspect du but global de vendre le produit.

Même dans le cas de la traduction d’une œuvre littéraire, la décision de traduire dans une langue précise prend souvent en compte le nombre de lecteurs potentiels dans cette langue.

Ainsi, même si le critère économique n’est pas toujours décisif dans la décision de traduire un texte, le coût de la traduction entre souvent en compte. Indirectement, cela influe sur la question de la fidélité en traduction.

Au cours des dernières décennies, des solutions technologiques ont été développées dans le souci de réduire le cout de la traduction. Deux solutions sont dorénavant bien connues des traducteurs : la réutilisation des textes déjà traduits, et la traduction automatique.

Les « systèmes de gestion de contenu » identifient les documents déjà traduits dans le passé, et les « mémoires de traduction » sont capables d’identifier la traduction de phrases – voire même de segments de phrases – précédemment utilisées. Les programmes de traduction automatique essaient d’automatiser le processus de traduction, de la même façon que les chaines d’assemblage ont été robotisées.

La traduction doit se faire à moindre coût, et utilise des programmes de traduction assistée par ordinateur (TAO). La réutilisation automatique des traductions passées amènent les traducteurs à traduire uniquement les nouvelles phrases, parfois sans contexte. Dans le cas de la traduction automatique, la machine traduit, et l’humain se confine à un rôle d’éditeur qui rectifie les erreurs a posteriori.

Dans ce contexte, la traduction littérale prend bien souvent le pas sur la traduction « libre ».

 

Image001 Julien De Vries est né et a grandi dans le Nord de la France, où il a étudié les Sciences Politiques et le droit international et communautaire. Il a aussi vécu et étudié à Turku (Finlande) et à Kyoto (Japon) où il a développé sa maitrise des langues étrangères et de la communication internationale.

Après avoir travaillé à Bruxelles pour les programmes d’éducation de la Commission Européenne, Julien a débuté dans le domaine de la « localisation ». La localisation regroupe divers services linguistiques, tels que la traduction, mais aussi la mise en page, ou la gestion des formats informatiques; le but étant de produire une documentation multilingue pour faciliter l’expansion internationale des clients.

Ayant une expérience internationale de plus de dix ans, il travaille actuellement à Tokyo.

 

 

Fidélité en traduction – Commentaire de Jean Leclercq

Tres récemment nous avons publié un article de Mme Nassima El-Médjira, intitulé "Fidélité en traduction ou l'éternel souci des traducteurs" , avec le consentement de l’auteur.
Vous pouvez lire cet article en deux parties en cliquant sur les liens suivants: première partie et deuxième partie.

Nous souhaitons maintenant publier les opinions sur ce sujet de plusieurs traducteurs parmi nos lecteurs et contributeurs qui ont démontré dans le passé une maîtrise linguistique de très haut niveau.

Nous commencerons par la contribution de M. Jean Leclercq, traducteur chevronné, qui a commencé sa carrière il y a 45 ans, quand, ayant achevé des études de lettres et de droit, il a été orienté vers la traduction par les circonstances de la vie.
Image001 Après des débuts au Canada, Jean a été engagé au Siège de l'Organisation mondiale de la Santé, à Genève (Suisse) où, pendant 26 ans, il a essentiellement traduit depuis l'anglais et l'espagnol vers le français. À la retraite depuis 14 ans, il continue à traduire, le plus souvent bénévolement, et à s'intéresser à la linguistique, notamment grâce aux nombreuses possibilités offertes par l’Internet.

Photo : Jean Leclercq, dans son jardin à Divonne-les-Bains (France) 

 

Commentaires de Jean Michel Leclercq:

 

Traducteur de fortune, venu à ce métier par hasard, j'ai cependant fréquenté la traduction assez longtemps pour pouvoir dire tout l'intérêt qu'a éveillé en moi l'article de Madame El-Medjira où j'ai trouvé, brillamment passées en revue, les positions défendues par les uns et les autres quant à la fidélité en traduction. Faut-il privilégier le sens ou les mots? Faut-il traduire en serrant le texte original de très près (et en risquant le fameux mot-à-mot amphigourique) ou peut-on s'autoriser une certaine liberté dans la mise en forme, pourvu que le sens du message soit sauf ? Faut-il traduire ou transposer ? Quarante années de métier m'incitent à me ranger à l'avis de Saint-Jérôme et à opter tantôt pour le mot-à-mot, tantôt pour le sens par sens, selon la nature même du texte à traduire.

                Prenons le cas des résolutions d'une assemblée délibérante – celles que les traducteurs sont souvent appelés à traduire sous haute pression pendant des suspensions de séances. Chaque mot va peser d'autant plus lourd que chacune des versions linguistiques fait foi et qu'il ne saurait y avoir la moindre différence entre elles. Dans ce cas, la « balance du traducteur » dont parle Valéry Larbaud, devient un instrument de haute précision. Malgré cela, le texte se doit d'être lisible, voire élégant. À cet égard, les recueils de résolutions des institutions onusiennes sont de véritables morceaux choisis dont les auteurs restent à tout jamais anonymes !

 

                À l'autre extrême, je situerai la traduction publicitaire. Là, c'est le sens qui l'emporte sur toute autre considération. Dernièrement, en Suisse, un organisme regroupant les agences de publicité a lancé une campagne de promotion sur le thème « Keine Werbung, keine Ahnung! », traduit servilement en français par: « Pas de publicité, pas d'idée! » (sic). Ici, il fallait s'affranchir totalement des mots et ne retenir que le message: « Pas de publicité, pas de visibilité! » ou, tout simplement, « Ni vu, ni connu! ». Dans une organisation internationale que je connais bien (selon la formule consacrée), l'association du personnel publiait un petit bulletin satirico-humoristique intitulé Le Serpent enchaîné. Due à une talentueuse plume anglophone qui disposait d'un réseau d'informateurs à tous les niveaux de la hiérarchie, cette petite feuille de chou donnait périodiquement des crises d'urticaire à l'Administration. Là aussi, la plus grande liberté était de mise pour l'adaptation française… Et ceux qui la traduisaient bénévolement ne se le faisaient pas dire deux fois ! Longtemps après, j'ai appris qu'un enseignant de l'école de traduction et d'interprétation locale se servait de ce petit journal pour des séances de travaux pratiques !

 

                Entre ces deux extrêmes, entre des résolutions d'assemblées délibérantes ou des conventions internationales (c'est-à-dire des textes « religieux », au sens où l'entendait Philon d'Alexandrie) et des slogans publicitaires, la plupart des textes requièrent un juste équilibre entre les mots et le sens, entre littéralité et liberté, auquel le « peseur de mots » parvient peu à peu, au fil des lignes et des ans.

 

                Pour conclure, je serais tenté de dire que, faute d'une certaine marge de liberté, sans une once de créativité, le travail de traduction serait d'une parfaite insipidité. Heureusement pour les traducteurs de notre époque, la machine est maintenant là pour les dispenser du mot-à-mot. Avec les progrès de l'informatique, ils peuvent maintenant se consacrer entièrement à la transposition et à la recréation des textes. La machine les dispense d'être eux-mêmes des machines!

 

Jean Michel Leclercq

Le 10ème anniversaire du décès de David Servan-Schreiber

au premier anniversaire de sa mort

Jean-Jacques Servan-SchreiberJean-Jacques Servan-Schreiber (1924-2006) (familièrement connu sous le sigle JJSS) fut un journaliste, un essayiste et un homme politique français de premier plan. Parmi les nombreux fleurons de sa carrière, figure la fondation de l'hebdomadaire L'Express qui ouvrit ses colonnes aux grands intellectuels des décennies cinquante et soixante tels qu'Albert Camus, Jean-Paul Sartre, André Malraux et François Mauriac.

Jean-Jacques a eu quatre fils, David, Édouard, Franklin et Émile, qui poursuivirent sur la voie des prouesses intellectuelles et professionnelles.

À partir du moment où Édouard a été admis à l'Université Carnegie Bellon à l'âge de 14 ans, les quatre frères y firent leurs études.

Récemment, j'ai eu l'occasion d'écouter une causerie de Franklin SS, au Consulat de France à Los Angeles. Le sujet en était son frère David, décédé le 24 juillet 2011 à l'âge de 50 ans, après s'être battu contre un cancer du cerveau décelé 19 ans plus tôt dans le cadre de ses propres recherches de neurologie.

David Servan-SchreiberDavid a accompli un important travail dans le domaine des sciences et de la médecine (à 22 ans, il était docteur en médecine en France, au Canada et aux États-Unis) et il contribua à la fondation de la section américaine dc « Médecins sans Frontières ». Par ses livres, il transmit ses idées et ses connaissances à un large public : « Guérir le stress, l'anxiété et la dépression : sans médicaments ni psychanalyse » (2003) qui eut un grand succès en France et fut traduit en anglais sous le titre de : The Instinct to Heal: Curing Depression, Anxiety and Stress Without Drugs and Without Talk Therapy, et dans plusieurs autres langues ; « Anticancer » (2007), traduit en 40 langues et vendu à plus d'un million d'exemplaires ; et son dernier livre, publié après sa mort, « On peut se dire au revoir plusieurs fois », traduit en anglais par : Not the Last Goodbye : Reflections on Life, Death, Healing and Cancer.

Franklin m'a obligeamment communiqué le texte de l'épilogue du dernier livre de son frère: On peut se dire au revoir plusieurs fois (2011). Il s'agit de l'hommage d'Émile à son frère David, prononcé lors des funérailles de celui-ci, en l'église Saint-Eustache de Paris.

Les titres et les livres de David Servan-Schreiber reflètent sa philosophie du cancer : comment essayer de l'éviter et, si ce n'est pas possible, comment lui faire face. Il propose une conception globaliste de la prévention et du traitement du cancer qu'il a transmise à des millions de malades cancéreux, notamment par ses livres. Ses frères poursuivent désormais cette mission sacrée.

Lecture supplémentaire :

Hommage à David Servan-Schreiber
Le Figaro

 

 

 

 

 

 

 

David Servan-Schreiber, Exponent of Cancer Treatments, Dies at 50
New York Times, July 29, 2011

 

Jonathan G.

Fidélité en traduction (suite et fin)

Ce billet est la deuxième partie d'un article publié avec l'autorisation de son auteur, Mme  Nassima El-Médjira, intitulé Fidélité en traduction ou l'éternel souci des traducteurs

Vous trouverez la première partie de cet article en cliquant sur ce lien.

 

Fidélité en traduction ou l'éternel souci des traducteurs
(suite et fin) 

 

Nous remarquons que les traducteurs s'attachent de moins en moins à l'aspect purement linguistique des textes à traduire. Ils prennent en considération d'autres éléments qui entrent en jeu dans la « construction » du texte source, et qui doivent trouver leur place dans le texte cible.

Ces éléments ont été très bien mis en lumière par l'équipe de Paris de l'ESIT, dans leur théorie interprétative de la traduction ou théorie du sens.

La théorie du sens affirme que la traduction est toujours possible pourvu qu'elle ne porte pas sur la langue mais sur le contenu des discours ou des textes. Les adeptes de cette théorie conseillent aux traducteurs de : « ne pas chercher à « traduire », mais de dire ce qu'ils (les traducteurs) comprennent. Pour comprendre correctement, il faut penser à la qualité en laquelle s'exprime l'orateur, penser aux interlocuteurs auxquels il s'adresse, aux circonstances dans lesquelles il parle…  ». La théorie du sens définit des unités du sens auxquelles le traducteur doit être fidèle. Une unité du sens peut être une simple onomatopée comme elle peut nécessiter tout un paragraphe pour s'éclaircir. Sa formation est fonction de plusieurs paramètres : contexte verbal, contexte cognitif, situation… .

Le traducteur doit se rendre compte de tous ses paramètres afin de bien comprendre et, donc, de bien rendre.

L'Ecole de Paris prône la fidélité au sens et rien que le sens. Bien que cette théorie ait fait appel à plusieurs disciplines pour se bâtir, on lui reproche néanmoins de ne pas accorder assez d'importance aux mots qui sont, qu'on le veuille ou non, les matériaux principaux dont dispose le traducteur (P..Newmark).

 

Conclusion

Après ce défilement, qui n'est, certes, pas exhaustif, des différentes conceptions de la notion de fidélité en traduction, la question se pose toujours: qu'est-ce que la fidélité en traduction?

Tout le monde est d'accord contre la littéralité, d'une part — et contre la liberté avec tous ses moyens, d'autre part. Car, on ne cesse de le répéter, les traductions, comme les femmes, pour être parfaites, doivent être à la fois fidèles et belles.

C'est un idéal qui est loin d'être atteint et qui laisse les traducteurs perplexes.

 

Que faire?

 Doit-on rendre la langue, la grammaire, le style?

 Doit-on « importer » le texte-source dans la langue et la culture du lecteur?

 Doit-on « exporter » le lecteur vers la langue et la culture de l'auteur?

 Ou bien doit-on s'efforcer d'assembler tous les processus différents et en faire un seul?

J'invite l'ensemble des traducteurs et traductologues à me donner la réponse.

 

En attendant, je continue de traduire à la manière qui me semble « fidèle ». Cette manière consiste à rendre le sens sans se détacher totalement des aspects linguistiques du texte source: les termes de spécialités, et même d'ordre général, la terminologie, la ponctuation — sauf usage différent dans la langue d'arrivée — et le style doivent, chacun, réapparaître dans le texte-cible, i.e. la traduction. En outre, la traduction doit être aussi lisible que l'original sinon, comme s'est interrogée C. Durieux: « à quoi servirait-elle si elle n'était pas lue? ».

 

 

Fidélité en traduction

Préface

Il y a plus d’un mois, nous  avions annoncé notre intention de remplacer notre entretien mensuel, dans le cadre de la série « Traducteur/Traductrice du mois », par une discussion sur la nature et les pièges de la traduction.

Nous prendrons comme point de départ pour cette discussion un article de Mme  Nassima El-Médjira, intitulé Fidélité en traduction ou l'éternel souci des traducteurs. Elle nous a autorisés à publier l’article sur ce blog.

Nous avons également contacté plusieurs  traducteurs parmi nos lecteurs et contributeurs qui ont démontré dans le passé une maîtrise linguistique de très haut niveau. Nous leur avons demandé de fournir  leurs commentaires et leurs remarques, à propos de Fidélité en traduction, et de développer leurs idées sur cette base.

Nous invitons nos lecteurs à lire l’article de Mme El-Médjira ci-dessous, et à commencer la discussion dans les commentaires.

Nous publierons très prochainement la première réponse, celle de M. Jean Leclercq, suivie par d’autres dans les jours à venir.

Mais tout d’abord, quelques mots pour présenter l’auteur de l’article sur lequel nous débattrons.

Nassima El-Médjira est née  à Alger. Elle a fréquenté les écoles primaires et secondaires à Alger et a reçu son baccalauréat en littérature en 1993.Elle a obtenu sa licence en traduction et interprétation, avec une thèse sur la théorie de la traduction (Understanding an Idea through its Expression, un article de Danica Seleskovitch de l'ESIT – École Supérieure d'Interprètes et de Traducteurs).
Débutant sa carrière professionnelle, elle a enseigné le français et l'anglais à l'Institut de Géologie de l'Université d'Alger. Par la suite, elle a travaillé comme traducteur au bureau du secrétaire d'État à l'environnement.
Depuis août 1998, elle occupe le poste de traducteur interne pour la gestion d'une compagnie pétrolière.

 Fidélité en traduction ou l'éternel souci des traducteurs

Nassima El Medjira 

Nassima 2019

Introduction

L’objectif de tout traducteur est de réaliser une traduction fidèle. Depuis que l'homme traduit, il n'a cessé d'émettre des réflexions sur la manière de traduire fidèlement. Cependant, qu'est ce que la fidélité en traduction ?

Commençons, d'abord, par voir comment les dictionnaires définissent-ils le mot « fidélité ».

Dictionnaire Hachette de la langue française :

« 1. Qualité d'une personne fidèle

« 2. Attachement constant (à qqn, à qqch)

« 3. Respect de la vérité. »

Dans les deux dernières définitions, on trouve les termes « attachement et respect ». C'est, en effet, en cela que consiste le travail du traducteur : s'attacher au texte de départ tout en respectant la destination de sa traduction.

Dans quel contexte les traducteurs abordent-ils la notion de fidélité ? Ils le font lorsqu'ils tentent d'expliquer leur conception de la traduction et leur(s) méthode(s) de traduire.

C'est en réfléchissant sur l'opération traduisante que les traducteurs, de tous temps, sont arrivés à exprimer des théories, et parfois des fragments de théories, de la traduction, et à chaque reprise, la querelle entre la traduction libre et la traduction littérale remet en question la fidélité en traduction.

 

La Fidélité en traduction à travers l'histoire.

La première réflexion sur ce que doit être une traduction fidèle nous vient de la version des Septante qui a été commentée par Philon le Juif (un rabbin juif). Il avait qualifié cette traduction de fidèle car il préconisait le mot-à-mot pour la traduction des textes religieux.

« Les traductions, comme les femmes, pour être parfaites, doivent être à la fois fidèles et belles. » Nicolas Perrot d'Ablancourt

A l'époque romaine, ère de la création de la culture romaine à partir de la culture grecque grâce à la traduction, le grand orateur Cicéron, depuis plus de deux milles ans, mettait en garde à ne pas traduire verbum pro verbo. Il rejetait le mot-à-mot et préconisait de rendre les idées (sens) plutôt que les mots : « … les idées restent les mêmes…je n'ai pas jugé nécessaire de rendre mot pour mot….  »  C'est ce qu'il avait confirmé en déclarant : « … il ne sera pas toujours nécessaire de calquer votre langage sur le Grec (ou toute autre langue) comme le ferait un interprète (ou traducteur) maladroit […] Quand je traduis les Grecs, si je ne puis rendre avec la même brièveté ce qui ne demande aux Grecs qu'une seule expression, je l'exprime en plusieurs mots  ».

Cicéron avait clairement tranché : il prônait le respect du sens au détriment des mots.

Quant à St Jérôme, le père des traducteurs,  il avait clairement défini son principe de traduction qui confirme la primauté de l'esprit sur la lettre : Non verbum e verbo sed sensum exprimere de sensu (c'est le sens qu'il faut rendre et tout le sens et non les mots). St Jérôme déconseillait la traduction mot-à-mot sauf pour traduire les Saintes Ecritures ; Homme d'Eglise, St Jérôme ne prétendait pas rivaliser avec la parole de Dieu. De là, il avait distingué deux types de traduction :

traduction sens par sens (libre) et traduction des Saintes Ecritures (littérale).

Au Moyen Age, et à la suite de la chute de l'empire Romain, les traducteurs continuaient de « théoriser  » sur la traduction : Boèce, traducteur du Grec au Latin, avait expliqué que : « pour que la traduction ne soit pas une corruption de la réalité, il faut traduire mot-à-mot ». C'est à dire, qu'il fallait recourir au mot-à-mot. Aussi, avait-il déclaré : « la propriété d'une bonne traduction n'est pas l'élégance, mais le degré dans lequel elle maintient la simplicité du contenu et les propriétés exactes des mots ».

C'était en cette période que le littéralisme s'accentuait, spécialement avec Boèce. Cependant, des hésitations à propos du littéralisme étaient nées. L'on peut citer l'exemple d'Anastase qui avait adressé une lettre au Pape Jean 8 où il abordait le littéralisme qui, selon lui : « porte atteinte à la langue d'arrivée et déconcerte le lecteur ». En outre, les hommes de religion pensaient que le littéralisme était à l'origine de la mauvaise traduction des textes sacrés ; c'est de là que St Thomas avait accusé les traducteurs littéralistes d'être à l'origine du schisme et d'entretenir des obscurités dans leurs traductions qui étaient opaques et inintelligibles, car ils essayaient de calquer des mots sous prétexte d'une fidélité illusoire.

En Orient, à l'époque Abbasside, la traduction a connu un grand essor grâce au Calife Ma’amun, fils de Hârûn Rashid. Parmi les traducteurs les plus distingués de l'époque abbasside, Hunayn Ibn Ishaq, dont la qualité de la traduction était, dit-on, incontestable. Il avait, avec la collaboration de ses disciples, élaboré une méthode de traduire qu'on pourrait résumer dans les points suivants :

rendre le sens sans le trahir;

prendre en considération le destinataire tout en sauvegardant l'essentiel du sens. Il fallait que la traduction soit lisible d'une manière très naturelle pour ne pas sentir la traduction.

Au 14ème siècle, Léonardo BRUNI avait contesté la traduction littérale et disait que « le respect de la grammaire et la linguistique n'aboutissent pas toujours au sens ».

Revenons en Occident. Etienne DOLET, le traducteur martyr de la Renaissance, définit ses fameux cinq principes de la traduction. Il avait déclaré que « il faut que le traducteur entende parfaitement le sens et la matière de l'auteur qu'il traduit. Sans cela il ne peut traduire sûrement et fidèlement ». Cette conception lui avait valu sa vie.

Joachim Du Bellay, traducteur du 16ème siècle, était le premier à parler du caractère ingrat de la traduction. Il pensait que la traduction n'était bonne que pour transmettre le sens sinon elle ne pourrait que rester secondaire par rapport au texte original. Il avait rejeté l'attachement au style surtout pour traduire la poésie. De là il avait prêché l'intraduisibilité de la poésie sauf si le traducteur a une inspiration égale à celle de l'auteur.

L'autre grand traducteur du 16ème siècle, Jacques Amyot, avait innové en matière de traduction. Il avait créé la notion d'adaptation en traduction. En effet en traduisant les œuvres antiques, il les avait adaptées aux goûts et mœurs du 16ème siècle. Il disait : « il ne suffit pas de traduire l'auteur, mais il faut s'ingénier à apporter une touche de créativité ». Il est à noter que cette méthode d'adaptation avait été vivement contestée.

L'âge classique (de la fin du 16ème siècle au début du 18ème siècle) fut l'âge d'or de la traduction des poèmes antiques grecs et latins. Dans toute l'Europe, les poètes se mirent à traduire. La pratique de la traduction libre, i.e. les « Belles Infidèles » de Nicolas Perrot d'Ablancourt et de ses émules, a contribué à former le goût classique. Avec la création de l'Académie Française en 1640, les traducteurs devenaient soucieux d'enrichir leurs langues des beautés de l'Antiquité et considéraient que le concept de Cicéron et Saint Jérôme de (livrer au lecteur non la même quantité mais le même poids) justifiait les additions et les suppressions opérées sur le texte original dans un but de cohérence, de beauté et de style.

A la fin du 18ème siècle, les poètes traduisant les antiques faisaient parler les héros la langue de leur époque (le 18ème siècle) (fidélité à la langue et culture d'arrivée).

Les traducteurs et traductologues contemporains ont, bien évidemment, abordé la notion de fidélité en traduction. A l'instar de leurs prédécesseurs, il distinguait deux façons d'être fidèle :

en traduisant mot à mot

en rendant le sens

Dans son ouvrage « Les Belles Infidèles », G.Mounin présente une série de condamnations de la traduction mot à mot qui régna jusqu'à ce qu'elle fût détrônée par « Les Belles Infidèles », elles-mêmes éliminées par le retour à la littéralité qui, selon les traducteurs du début du 19ème siècle, représentait la fidélité.

Leconte de Lisle créa un genre de littéralité qu'il appela « traduction-reconstitution historique ». Il s'agit de traduire en conservant les façons de penser, de parler, de vivre …des auteurs de textes originaux.

G.Mounin a distingué deux façons de traduire (d'être fidèle)

Les verres transparents : sont les traductions qui ne sentent pas la traduction. Le traducteur adoptant cette méthode se doit d'effacer l'originalité de la langue étrangère (fidélité à la langue d'arrivée)

Les verres colorés : sont les traductions mot à mot. Tout en comprenant la langue, le lecteur « sent » les différences temporelles, civilisationnelles et culturelles que la traduction véhicule (fidélité à la langue de départ).

Sur cette même lignée Ortega Y Gasset propose au traducteur d'aller soit vers la langue de départ soit vers la langue d'arrivée. Il préconise, cependant, de privilégier la langue de l'auteur avec tout ce qu'elle véhicule.

Pour l'allemand Walter Benjamin, la traduction n'est pas une copie de l'original. « La vraie traduction est transparente, elle ne cache pas l'original ». Il propose une réconciliation entre fidélité (=littéralité) et liberté.

Valéry Larbaud parle de « balance du traducteur » car le traducteur est un « peseur de mots » .Il s'est cependant, interrogé sur cette fidélité qui n'est ni servilité ni liberté.

Les nombreux points communs existants entre les traductions et certaines disciplines ont donné naissance à des concepts traductologiques divers : linguistiques, sociologiques, sémiotiques, interprétatifs. Chacun de ces concepts présente une vision de la façon de traduire et d'être fidèle.

Les adeptes de la théorie linguistique de la traduction (J.C.Catford) pensent que bien traduire c'est remplacer des unités lexicales d'une langue de départ par des unités lexicales d'une langue d'arrivée. J.C.Catford a écrit que la traduction est « The replacement of any textual material by equivalent textual material » (J.C 1967).

Pour Gerardo Vásquez Ayora, il n'y a pas de traduction libre car toute traduction doit être exacte. Tout élargissement, adaptation, commentaire ou paraphrase ne sont pas de la traduction. Parlant de la littéralité, Ayora a expliqué qu'on ne traduit pas la langue mais autre chose. Toutefois, il n'a pas défini cette autre chose.

A côté de ces traducteurs qui n'abordent que le côté linguistique de la traduction, d'autres chercheurs ont étudié la traduction en se basant sur le texte.

Pour Maurice Pergnier, un message puise son sens dans une situation précise. Les critères servant à juger la fidélité en traduction se trouvent dans cette situation et sont déterminés en fonction des destinataires (Pour être fidèle, le traducteur doit penser au destinataire de sa traduction).

Le traducteur biblique, J.C.Margot pense que la traduction est fidèle si son lecteur réagit de la même manière que le lecteur du texte original. Fidélité implique surmonter les difficultés de la langue de départ et fidélité à la langue et la culture d'arrivée.

J.R.Ladlmiral, parlant de la fidélité : dit que « Toute théorie de la traduction est confrontée au vieux problème du MEME et de L'AUTRE : à strictement parler, le texte cible n'est pas le MEME que le texte original, mais il n'est pas tout à fait un AUTRE ».

Parlant toujours du « MEME » et de « L'AUTRE », Georges Steiner assimile le processus de la traduction a un « parcours herméneutique », qui commence par un élan de confiance permettant d'aller vers l'autre afin d'essayer d'établir une cohérence entre mondes isolés, puis vient la phase de pénétration du texte pour une plus profonde compréhension, ensuite le traducteur incorpore la langue cible ce qu'il a compris afin de préparer une mise en forme et enfin, il restitue ce qu'il a incorporé dans la langue Cible, en investissant l'Autre pour l'habiter.

 

La deuxième partie de cet article est publiée dans un billet séparé. Cliquez sur ce lien pour lire la suite de l'article.

Chanson de la semaine: Imagine

Imagine  par John Lennon (1940-1980)

 

Cliquez sur les liens en légende des photos pour regarder les clips vidéo des différentes interprétations de la chanson de John Lennon sur Youtube.

 

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Mémorial Strawberry Fields (N.Y.)          Hollywood Walk of Fame
(clips vidéo de John Lennon)

 

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Nana Mouskouri                       Charlotte Church

 

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Liel Kolet, à l’âge de 14 ans, accompagnée par Bill Clinton,
 avec chanteurs juifs et arabes

 

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                      Lady Gaga                                    Sam Tsui

 

Paroles (anglais et français)

  Imagine qu’il n’y ait pas de paradis
  c’est facile si tu essaies
  pas d’enfer en dessous de nous
  au dessus de nous rien que le ciel

  Imagine tous les peuples
  Vivant pour aujourd’hui
  Imagine qu’il n’y ait pas de pays
  Ce n’est pas dur à faire

 

  Rien pour lequel tuer ou mourir
  Et pas de religion non plus
  Imagine tous les peuples
  Vivant leur vie en paix

 

  Toi, tu diras peut être
  Que je suis en rêveur
  Mais je ne suis pas le seul
  J’espère qu’un jour
  Tu te joindras à nous
  et le monde ne fera qu’un

 

  imagine plus de possessions
  je me demande si tu peux
  plus d’avarice ou de famine
  une fraternité de l’homme

  Imagine tous les peuples
  Partageant le monde
  tu diras que je suis en rêveur
  Mais je ne suis pas le seul

 

  J’espère qu’un jour
  Tu te joindras à nous
  Et le monde ne fera qu’un

Traduction fandeuxful

Imagine there's no Heaven 
It's easy if you try 
No hell below us 
Above us only sky 

  Imagine all the people 
  Living for today 
  Imagine there's no countries 
  It isn't hard to do 

 

  Nothing to kill or die for 
  And no religion too 
  Imagine all the people 
  Living life in peace 

  You may say that I'm a dreamer 
  But I'm not the only one 
  I hope someday you'll join us 
  And the world will be as one 

  Imagine no possessions 
  I wonder if you can 
  No need for greed or hunger 
  A brotherhood of man 

 

  Imagine all the people 
  Sharing all the world 

  You may say that I'm a dreamer 
  But I'm not the only one 

 

  I hope someday you'll join us 
  And the world will live as one 

 

 

Références

 

Imagine (song) – Wikipedia (English) (lien)

Imagine (chanson) – Wikipédia (français) (lien)

Une querelle d’auteurs prend fin dans une biblioville

Il existe des bibliovilles dans plusieurs villes réparties dans de nombreux pays: Hay-on-Wye (Pays de Galles), Bredevoort (Pays-Bas), Fjærland et Tvedestrand (Norvège), KampungBuku (Malaisie), Montereggio (Italie), Redu (Belgique) Sedbergh et Wigtown (Royaume-Uni), St-Pierre-de-Clages (Suisse), Sysmä (Finlande), Wünsdorf-Waldstadt (Allemagne) et  Urueña (Espagne).

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À Hay-on-Wye, pittoresque village du Pays de Galles, à la frontière de l'Angleterre, presque tous les magasins sont des librairies.  

 

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Plusieurs manifestations littéraires s'y déroulent chaque année: le Week-end hivernal de littérature (du 2 au 4 décembre), le Festival du Livre (du 31 mai au 10 juin) et le Week-end bière et littérature (du 22 au 25 septembre). 

 

Le village offre un choix infini de livres, tant neufs que d'occasion, certains exposés à l'intérieur des librairies, d'autres sur des rayonnages à l'extérieur, où les acheteurs sont cordialement invités à mettre le montant de leurs achats dans un tronc. 

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V.S. Naipaul et Paul Theroux

Le grand festival du livre qui s'est tenu dernièrement à Hay-on-Wye a reçu la visite de deux illustres auteurs: le Prix Nobel V.S. Naipaul et l'écrivain Paul Theroux. Depuis 15 ans, ces deux célébrités littéraires étaient à couteaux tirés, Theroux s'étant aperçu qu'un exemplaire d'un de ses romans, qu'il avait offert et dédicacé à Naipaul, avait été mis en vente. Se retrouvant à Hay-on-Wye le mois dernier, ils s'y sont réconciliés.

 

Image008V. S. Naipaul (à gauche) et Paul Theroux (à droite)
(Associated Press)


Image009Paul Theroux et  V. S. Naipaul
font les beaux jours du Festival de Hay

 

Je suis allé à Hay-on-Wye et je recommanderais à tout le monde de se rendre dans cet intéressant village gallois, sis dans un paysage magnifique. Mais, ceci étant dit, je me félicite de pouvoir compter sur les superbes librairies de Los Angeles, comme ces trois étages de Barnes & Noble, près de chez moi :

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Pour conclure, je voudrais indiquer que Buenos Aires a été choisie comme capitale mondiale du livre pour 2011. 

Image011La bibliotour de Buenos Aires


P.S. Dans un précédent article, j'ai fait allusion à la localité galloise de: Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch (*) où je me suis rendu récemment et qui peut s'enorgueillir du  plus long nom de localité du monde. Toutes les deux villes galloises ont fait la renommée du Pays.

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(*): Cela signifie: l'église de Sainte-Marie au creux du coudrier blanc, près des rapides de Saint-Tysillio de la caverne rouge.

Jonathan Goldberg

Annonce à nos lecteurs – Sexus Politicus – un avant-goût

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de la plume de Danielle Bertrand,
Gagnières (Gard)

 

 

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     Quand Jonathan m'a proposé de lire « Sexus Politicus » (à propos de l'affaire DSK), j'avoue ne pas avoir été emballée ! Je suis professeur d'histoire et je n'ai jamais été très attirée par ce que j'appelle la petite histoire ….et déjà quand j'étais lycéenne je n'avais pas eu envie de lire les « Chroniques de l'œil de bœuf » d'un certain Touchard Lafosse, racontant ce qui se passait dans les « petits appartements » du temps de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, ouvrage que certains garçons de ma classe se passaient "sous le manteau" et dont ils parlaient avec …. gourmandise, une gourmandise d'adolescents boutonneux ! Le terme même d'« œil de bœuf » me paraissait d'emblée évoquer un voyeurisme que je trouvais d'assez mauvais goût.

J'en ai quand même commencé la lecture, et les frasques et galipettes de nos présidents successifs ne m'ont pas passionnée .Je les connaissais pour la plupart puisque la presse ne s'était jamais privée d'en parler. Mais je ne trouvais pas les personnages plus intéressants pour autant ! Après tout, l'essentiel n'était-il pas la façon dont ils avaient gouverné le pays? Je me disais qu'il valait peut-être mieux un président « porté sur la bagatelle », mais compétent et honnête, qu'un imbécile vertueux? 

La suite du livre m'a apporté d'autres éléments, dont pour le moment je ne retiendrai qu'un seul, sur lequel « l'affaire » m'amène à réfléchir.

Les auteurs soulignent l'indulgence des français pour les entorses que font à la « morale de braves gens » les hommes (hé oui, il s'agit presque toujours d'eux !) qui nous gouvernent .Il semble même que nous soyons presque fiers de la virilité, de la puissance sexuelle de nos hommes politiques.

Ce que j'entends depuis ce matin à la radio ou à la télévision m'incite à penser qu'il y a du vrai là dedans …..Il n'est question que de la probable "innocence" de DSK .Donc, s'il est prouvé (?) qu'il n'a pas usé de violence pour avoir avec la « victime présumée » une relation sexuelle dont on ne semble pas douter, le voilà absous… et personne (son épouse en premier lieu….mais c'est leur affaire !) ne semble se formaliser qu'un homme marié se conduise de cette façon.

Bien sûr, personnellement cela ne me dérange pas, mais j'aurais peut être du mal à accorder ma confiance à un homme qui ne sait pas mieux que cela résister à ses pulsions, et a tendance à « sauter sur tout ce qui bouge », même dans le cas où il y aurait eu provocation .En tout cas, si je peux reconnaître la compétence du politicien, je n'ai guère d'estime pour l'homme .Sans le considérer comme « Le perv » ou le « cochon » dont en a fait une certaine presse américaine, je ne suis pas particulièrement fière qu'il soit, comme on dit gentiment chez nous un « chaud lapin ».

Dans un prochain billet je présenterai plus systématiquement la réflexion des auteurs du livre sur les liens entre le sexe et la politique .J'avais juste envie de faire un parallèle entre ce qui est affirmé dans l'ouvrage et ce qu'il me semble comprendre au vu des commentaires des médias et des personnes interrogées dans la rue. Oui, je dois l'admettre la plupart des français non seulement considèrent (et je suis d'accord avec eux) que la vie privée des hommes politiques leur appartient, mais de façon assez contradictoire, se régalent de leurs exploits !