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Les manchots sauront voler quand les poules auront des dents ! Attention aux poissons d’avril de la BBC !

Attention aux poissons d’avril de la BBC !

 

Capture d’écran 2011-07-05 à 20.18.36

Sir David Attenborough de la BBC

David Attenborough est le naturaliste et le présentateur le plus célèbre de Grande-Bretagne. Il a débuté sa carrière il y a une cinquantaine d’années. Depuis 1979, il a réalisé plusieurs séries de documentaires sur la nature regroupées en 2005 dans un coffret de 24 DVD baptisé « The Life Collection » (Anthologie de la vie).

Capture d’écran 2011-07-05 à 20.19.33

Quelques années plus tard, David Attenborough a tourné « Planet Earth » (Planète terre) et «The Blue Planet: Seas of Life » (La planète bleue : océans de vie). Sa dernière série diffusée en 2010 et intitulée « Life » (Vie) a nécessité près de 3000 jours de tournage sur tous les continents et dans tous les milieux. Il y a employé de nouvelles techniques pour filmer en haute définition dont l'effet est à couper le souffle. “Life” raconte 130 histoires incroyables provenant des confins du monde naturel. Cinquante quatre d’entre elles n’avaient encore jamais été filmées précédemment.

David Attenborough donne son point de vue sur la science et la religion dans la vidéo suivante :

 

 

 

Le poisson d’avril 2011 de la BBC

Pour le 1er avril, la BBC décida de jouer un tour à ses téléspectateurs. Une équipe d’animateurs utilisant des techniques sophistiquées concocta un film montrant des manchots volants. Ces derniers furent décrits par Terry Jones, un homme ressemblant à David Attenborough et s’exprimant de la même façon.

La magnifique vidéo ci-dessous montre les trésors d’ingéniosité déployés par la BBC pour tromper son public.

 

 

 

Pour découvrir les canulars de la BBC des années précédentes, regardez ici  

Note linguistique

En anglais, l’expression « if pigs could fly,…..» (ou « when pigs fly… ») (si les cochons pouvaient voler ou quand les cochons voleront) vient d’un proverbe écossais du XVIe siècle. L’expression « When pigs fly » est un adynaton, une façon de dire que quelque chose n’arrivera jamais.

 

D’autres langues ont des expressions similaires: 

En bosnien : quand les raisins mûriront sur le saule

En catalan : quand les vaches voleront

En danois (et anglais) : quand il gèlera en enfer

En néerlandais et allemand : quand Pâques et Pentecôte tomberont le même jour

En français : quand les poules auront des dents

En hindi : quand le soleil se lèvera à l’ouest

En italien : quand Pâques sera en mai

En letton: quand la queue du hibou fleurira

En polonais : quand le cactus poussera sur ma main

En portugais : quand la vache toussera

En russe : quand les raisins pousseront sur les saules

En espagnol : quand les grenouilles auront des poils

En tagal : quand le corbeau deviendra blanc

En turc : quand le poisson grimpera aux arbre

En hommage à la formidable supercherie de la BBC en 2011, on pourrait peut-être songer à renommer l’expression anglaise « si les cochons pouvaient voler » par « si les manchots pouvaient voler » ou « quand les manchots voleront ».

Le présent article est la traduction française, établie par Anne GILLMÉ (http://www.columbusproject.net), d’un article rédigé en anglais par Jonathan Goldberg.

Le mot anglais de la semaine : Astroturfing

Grassroots 0


Avant d’expliquer ce mot, il faut rappeler, qu'en anglais, « grassroots » s’emploie littéralement (et comme substantif) pour désigner, en géologie, des couches superficielles ou, en botanique, des racines d’herbe (dans ce cas, en deux mots : « grass roots »). 

En revanche, « grassroots » employé figurativement (et comme adjectif) veut dire « populaire » ou « de base », par exemple dans l’expression « grassroots campaign » (campagne s'adressant à des gens ordinaires). Dans le sens tant littéral que figuré, il s’agit de quelque chose qui sort de  terre, comme le gazon naturel, qui se situe « au ras des pâquerettes », par opposition à quelque chose d'artificiel ou d'imposé d’en-haut.


Grassroots 1Grassroots 3

Le mot « turf » renvoie lui aussi au gazon et à la pelouse. (Dans un contexte particulier, il peut vouloir dire course hippique.)

Astroturf ® est la marque commerciale d’une société qui vend de l’herbe artificielle utilisée dans les stades.  Les mots « grass roots » (ou « grassroots ») « turf » et  « astroturf » ® ne sont pas des néologismes.

Astroturf

En revanche, le mot « astroturfing » a été forgé il y a quelques années seulement pour désigner l’acte de mener une campagne, surtout politique ou commerciale, qui donne l’impression d'être populaire et spontanée, mais qui, en réalité, est aussi artificielle que l’astroturf. Donc l’astroturfing est employé  par une entité organisée qui cherche à promouvoir une idée, un produit, une campagne ou un candidat.  Il s’agit d’orchestrer les choses d’une manière qui semble provenir de différentes sources et bénéficier d'un large soutien, tout en employant des méthodes de désinformation. Cela s'opère grâce à des lettres écrites aux journaux, des articles orientés publiés dans des blogs, ou des opinions, dites impartiales, exprimées par d’autres canaux d'information.

Le recours à l’astroturfing se répand rapidement comme nouvel outil de la guerre menée sur la Toile. Pour citer le journal américain, The Boston Globe du 6 janvier 2012 :

Une nouvelle menace plane désormais sur la Toile. Jusqu'ici, l'histoire des « cyberguerres » a été celle de l'escalade des logiciels. Des criminels de l'ombre (ou des adolescents qui s'ennuyaient) concevaient des codes – toujours plus pointus -  permettant d'infester les logiciels, d'inonder de spams ou de subtiliser des numéros de cartes de crédit… Mais, la matière première d'une toute nouvelle forme d'agression, analysée récemment par des informaticiens californiens, n'est pas le logiciel, mais le public. De gros bataillons de mercenaires sont recrutés pour aider à déformer le paysage socio-médiatique – en vantant les mérites de tel ou tel produit, en diffusant des spams convaincants, en ouvrant des comptes sur des réseaux sociaux ou en effectuant d'autres tâches.  Cela donne à ceux qui les emploient de nouveaux moyens de faire à peu près n'importe quoi, de l'usage de techniques commerciales contestables au vol pur et simple.

Voir aussi:

Detecting and Tracking the Spread of Astroturf Memes in Microblog Streams
School of Informatics and Computing, Indiana University, Bloomington, IN, USA

D’autres expressions qui comprennent le mot « turf » :

Turf war

Ce terme est défini par la base de données « Wordnet » comme « une âpre lutte pour un territoire, un pouvoir, une domination ou des droits ». Par exemple: «  a turf war erupted between street gangs».  Ces querelles de territoire opposent des bandes, des mafias, des seigneurs de la guerre, des militants de partis politiques, des groupes religieux, etc. qui se disputent tel ou tel secteur ou point particulier de vente de drogue, ou de collecte illégale de fonds ou de dons, ou encore de prosélytisme politique ou religieux. 

  Turf war
Newser.com

Surf and turf

Type de cuisine qui associe viande et fruits de mer (en particulier le homard et le steak), ou les restaurants qui proposent cette cuisine.

  Surf and turf

Not exactly my turf 

Ce n'est pas mon rayon (/ma spécialité)

It comes with the turf

 Ce sont les risques du métier

 J.G. & J.L.

Citation de la semaine

Shimon Peres, le Président d’Israël, répondant à la question de savoir s’il y a un autre État dont il aurait voulu être président :

« J’aime les Etats-Unis. J’aime la France. Mais si vous voulez savoir si j’aimerais être Français, je n'en ne suis pas certain. »

Note historique :

Peres est le cousin germain de la star américaine Lauren Bacall qui, depuis 1944, a joué dans de nombreux films hollywoodiens. Ils ont tous deux changé leur patronyme qui était, à l'origine, Perske. 

Shimon PERES                     Bacall

Shimon Peres (89 ans               Lauren Bacall (87 ans)

 

Source : TIME MAGAZINE le 2 avril 2012

Hollywood et les affaires internationales :

Hollywood, Movie Globalization, and International Politics
March 16, 2012

Patricia Lane –
Traductrice du mois de mars 2012

Patricia Lane

 

 

 

 

Jonathan pose des questions à Patricia Lane, choisie comme traductrice du mois de mars 2012 par ce blog. 

Patricia est membre de Communication et Entreprise (ex UJJEF), de IABC (International Association of Business Communicators et de la SFT (Société française des traducteurs).

Elle partage son temps entre Paris et la Savoie, trimbale la plupart du temps son Nikon à l’épaule gauche et est passionnée de mots, de livres, de photographie et d’animaux. 

On la trouve sur son  site web   Franco-American Quill et sur son blog intercultural Zone.

 

Parlez-nous un peu de votre enfance

Patricia : Les cartons et les valises ont toujours fait partie du paysage! Je suis née à Saigon et ai partagé ma jeune enfance entre le Vietnam et le Cambodge avant de déménager à New York après un séjour en France. Mes parents, Français, étaient devenus citoyens américains ; je suis née avec la double nationalité et ai grandi bilingue. Pendant des décennies, j’ai partagé mon temps entre Manhattan et la famille en France. 

Où avez-vous étudié à New York ? Quel était votre environnement culturel ?

Patricia : A la maison, je fus élevée à la française (d’ailleurs, le livre de Pascal Baudry “Français et Américains : L’Autre Rive” décrit merveilleusement bien la différence dans la manière dont mères françaises et mères américaines élèvent leurs gosses !). Avec ma mère, nous parlions en français ou en anglais en essayant d’éviter de baragouiner en “franglais”. Ma mère avait été traductrice et interprète pendant la Deuxième Guerre mondiale et voyait d’un très mauvais œil ce type de paresse linguistique. Au Lycée français de New York, j’ai reçu une éducation française, mes congénères venant du monde entier. Déjà à l’époque, l’interculturel me semblait couler de source. Mon contexte (mot favori des traducteurs !) ? La Grosse Pomme et la culture populaire américaine. 

Quid de votre parcours universitaire ?

Patricia : Après avoir passé mon bac, j’hésitais entre poursuivre mes études en France ou aux US. J’optai pour les US, sans me rendre compte que j’allais être confrontée à mon premier vrai choc culturel. Les divergences culturelles, je le réaliserais plus tard,  mènent aux différences flagrantes de ces systèmes éducatifs. Il fallait que je m’y adapte, et ce ne fut pas facile. J’ai trouvé particulièrement ardu d’avoir à participer en cours au point de remettre en question le prof et d’apprendre à structurer mes écrits selon un format américain ainsi que de développer un style rédactionnel fluide et percutant en anglais. Heureusement, je n’étais pas seule à galérer, car Wellesley College et New York University ont une forte proportion d’étudiants étrangers !

Après avoir décroché mon BA et MA en sciences politiques, j’ai déménagé à Hawai’i en 1989 pour poursuivre mes études de doctorat à l’Université de Hawai’i/Manoa en tant que boursière travaillant à l’East-West Center.

Qu’étudiez-vous à l’Université de Hawai’i?

Patricia : A UH, j’ai poursuivi mes travaux sur le Sud-Est asiatique, et en particulier les pays de l’ancienne Indochine. En a découlé un sujet de thèse sur la période 1940-45 dans le Théâtre chinois et son impact sur le Vietnam. En parallèle, je travaillais à l’EWC sur la mise en place de programmes d’échanges universitaires et scientifiques et de projets de développement avec les anciens pays de l’Indochine pour les aider à renaître après des décennies de guerre. 

J’ai réappris le vietnamien, ses six tons et diphtongues m’étant déjà familiers. Et je suis retournée vivre et travailler au Vietnam, d’abord à Hanoi, ensuite à Saigon, avec l’autorisation du ministère du Trésor américain puisqu’il n’y avait toujours pas de relations diplomatiques entre les deux pays. 

Où vivez-vous maintenant ? Quel est votre métier ?

Patricia :  J’avais passé près d’un an en France pour mes recherches de thèse. En 1995, j’ai décidé de m’y installer, voulant savoir si vivre et travailler à plein temps dans ma culture “d’origine” me plairait (même si j’admets que j’ai encore du mal à identifier quelle est cette culture d’origine !) Pendant 4 ans, j’ai été directrice du développement européen d’une agence internationale d’architecture, ce qui m’a donné une riche expérience dans bon nombre de cultures professionnelles européennes (ce qui s’avérait fichtrement utile plus tard !) J’avais déjà exercé en tant que professionnelle indépendante à New York ; inévitablement, le virus entrepreneurial revint et je me suis mise à mon compte fin 2001. Je porte deux casquettes : conceptrice-rédactrice en anglais et traductrice du français vers l’anglais ainsi que consultante formatrice en management et communication interculturels. Je m’éclate dans ce que je fais et apprécie travailler la main dans la main avec mes clients afin que leurs messages soient parfaitement ciblés, culturellement adaptés et capables de traverser les frontières.

Dites-nous quelques mots sur votre profil interculturel

Patricia :  Dès le plus jeune âge et au fil des années, nous tenons tous certaines choses pour acquises. Par exemple, ce verre de liquide blanc que nos parents nous donnent à boire, cela s’appelle du lait. Mais nous n’y pensons pas, nous ne le remettons pas en question, c’est familier et ne capte pas notre attention.  Je ne m’étais jamais posé de questions sur ma composition culturelle, ni même demandé si j’en avais une. De temps à autre, je remarquais que je pouvais réagir un peu différemment de mes amis américains face à certaines choses ou que parfois je ne pigeais pas ce à quoi ma famille française faisait référence. 

C’est à l’East-West Center, avec Richard Brislin et d’autres, que j’ai commencé à travailler sur les questions d’interculturalité. Et la lumière fut ! Cela m’a pris du temps, petit bout par petit bout, pour disséquer l’influence de mes trois cultures – française, américaine et vietnamienne – sur mes valeurs, mes croyances, mes perceptions et ainsi de suite. Cette exploration très personnelle, associée à d’abondantes lectures (Hofstede, Geertz, Trompenaars et Hall par exemple) fut la pierre angulaire du travail sur l’interculturel que je fais maintenant avec mes clients.

J’animais, il y a quelques années, un atelier de communication interculturelle et j’ai participé avec les stagiaires à une évaluation CultureActive. C’était amusant de voir que j’étais le petit point pile au milieu du diagramme, l’influence de mes cultures en équilibre. J’y suis bien dans mes baskets ! 

 

Malentendus,
faute d’avoir utilisé « le mot juste »

Les tragiques événements qui viennent d'endeuiller la France et de bouleverser l'opinion publique mondiale, ont été à l'origine de quelques malentendus linguistiques que l'Independent a relevés dans son édition du 24 mars 2012.

Le grand quotidien britannique mentionne qu'une dépêche datée de jeudi dernier à Toulouse est rédigée en ces termes: “Authorities insisted no attempts had yet been made to seize Mohamed Merah, 23, believed to be the 'scooter assassin'  who murdered seven people in eight days.” Phrase visiblement traduite du français dans laquelle on a confondu « murderer » et « assassin ». En anglais, les deux mots n'ont pas le même sens. On réserve le terme « assassin » au meurtrier qui tue une personnalité célèbre pour un motif public. Ainsi, Booth fut l' « assassin » du président Lincoln.


Lincoln assassination

En anglais, Mehra ne méritait donc pas le qualificatif d'« assassin ». Notons bien que le droit pénal français distingue lui aussi  l'assassin (celui qui a tué avec préméditation ou guet-apens) du meurtrier (qui a tué sans préméditation).

Toujours dans la même veine, la légende d'une photo diffusée la veille (donc mercredi) par l'Agence France-Presse, offre un autre exemple de malentendu. Elle est ainsi libellée: "Soldiers stand guard in the subway in Toulouse after the third gun attack in a week." Le traducteur, souhaitant sans doute montrer sa maîtrise de l'anglais américain, a utilisé le mot « subway », là où le lecteur anglais se serait attendu à lire le mot « underground », le mot « subway » désignant pour lui un passage souterrain. En fait, il eut été plus juste d'employer tout simplement le mot métro qui est internationalement compris et utilisé, notamment dans des villes aussi anglophones que Tyneside, Toronto ou Washington D.C. Parler de « subway » pour Toulouse n'est pas très malin, puisque les grandes villes du monde entier ont un métro, sauf Londres qui a un « underground » et  New York » qui a un « subway »!

 

     Subway
Jean Leclercq

Voir aussi nos articles précèdents : 

Humour, dites-vous ? Lost in translation.

Underground : l'usage en anglais et français

Fred Vargas –
réponse de la traductrice à une critique

 

 Fred Vargas - Un certain lieu bookcover                                   Fred Vargas

                                                                                   Fred Vargas

livre de Fred Vargas An Uncertain Place traduit en anglais par Sian Reynolds 

 

Nous avons récemment publié sur ce blog une critique sur la traduction de Professeur Siân Reynolds du livre susmentionné, une critique que Nicole Dufresne, Senior Lecturer Emeritus   (ancienne professeure), Département de français et des études francophones, à la université de Californie, Los Angeles, a bien voulu rédiger pour notre blog.

Dufresne                             Sian Reynolds

Prof. Nicole Dufresne                  Prof. Siân Reynolds

Ceux parmi nos lecteurs qui ne sont pas parvenu à lire la critique peuvent le faire à ce lien.

Nous avons également invité la traductrice, elle-même académicienne (prof a L’école de langues, cultures et religions à The University of Stirling, en Écosse) de répondre à la critique. Voici sa réponse, largement positive. 

Reponse de Siân Reynolds à Nicole Dufresne :

First of all, it’s very rewarding to have such close attention paid to a translation. Most reviewers don’t read French, and even if they do, are unlikely to compare the translation with the French original. And Professor Dufresne has been both kindly and critical, which gives us plenty to talk about. Perhaps I could just make a couple of general points inspired by her essay, before looking briefly at some particular points she raised.

            Title and publishers. As she says, this Vargas novel is the only one to have an English title translated literally from the French. Translators do not generally, in my experience, get to have the last word on titles – that is usually seized by the marketing department. Oddly enough, I suggested a slightly different title for An uncertain place,  because inside the novel, I have translated the place in question as ‘the place of uncertainty’:  in context,  ‘an uncertain place’ didn’t work. (I can’t say more, not to spoil the plot). The marketing department preferred the direct translation and I can live with that. There is sometimes a tug of war. One Vargas novel is now entitled This Night’s Foul Work (taken from a line of verse in the text, in extremis). I’m not wild about the final title, but my editor and I, with Fred’s support, had to fight off the title The Third Virgin,which none of us liked.
READ CONTINUATION OF ARTICLE.

After reading the entire article, please return here to read Professor Dufresne's response:

Merci à Siân Reynolds d’avoir pris le temps de répondre à mon commentaire.  J’ai beaucoup apprécié ses précisions sur les complexités de rédaction et de publication d’un texte traduit. Les difficultés que doit poser la traduction d’un roman de Fred Vargas me semblent quasiment insurmontables et j’ai la plus grande estime pour le travail de Siân. 

Pour reprendre quelques détails : en ce qui concerne les  jurons, il me semble que le lecteur de polars s’attend à des termes assez verts et que le français et l’anglais contiennent chacun des correspondances truculentes, car dans le cas de l’argot, on ne peut être littéral. Néanmoins, s’agissant de la traduction de « bol de café » par « bowl of coffee », je me permettrais de maintenir la discussion.  Nous sommes d’accord qu’en français, on peut dire bol de café pour signifier la grande tasse sans anses du petit-déjeuner où l’on va tremper ses tartines. En anglais (en tout cas en anglais américain), il est courant de dire « bowl of soup », « bowl of chili », même « bowl of ice cream », mais pour le café  « bowl » n’est pas coutumier, on dit « cup »  (large or small), ou « mug ». Les amateurs de latte ne le boivent pas dans un « bowl »! D’ailleurs, dans les « coffee shops », on sert très souvent le café dans une tasse en polystyrène sans anses.  On pourrait donc dire qu’Adamsberg utilise tout simplement « a cup » pour son café, même si le terme ne correspond pas littéralement à bol. Ici, c’est le mot associé à la pratique culturelle qui prime – l’équivalence semble donc nécessaire. Ceci dit, il ne s’agit que d’un infime détail dans une experte traduction.

Nicole Dufresne, Los Angeles, mars 2012

Les mots valises anglais de la semaine –
redshirting, hyperparenting et parent-helicoptering

Redshirting est un terme hérité du sport universitaire américain. Dans un tel contexte, c'est faire durer la participation d'un étudiant à un programme sportif, de manière à allonger la période pendant laquelle il pourra jouer en équipe. Un étudiant peut, par exemple, étaler ses études universitaires sur 5 ou 6 ans (au lieu des quatre ans du cycle normal), afin de parvenir à de meilleurs résultats tout en continuant à jouer dans l'équipe de son université. Le terme est utilisé comme verbe (to redshirt), substantif (redshirting) et adjectif (redshirt).   

Redshirting 1Selon le Webster's Third New International Dictionary, Unabridged, le terme redshirt vient du jersey rouge [1] couramment porté par un tel joueur dans les mêlées d'entraînement contre des joueurs ordinaires. 

  

Redshirting 2Le terme est maintenant utilisé pour désigner la pratique consistant à retarder d'un an la scolarisation d'un enfant de cinq ans, pour qu'il soit ensuite parmi les plus âgés de la classe et non parmi les plus jeunes.

  

Ces derniers temps, l'un des sujets de 60 Minutes, l'émission à succès de la télé américaine, a été consacré aux arguments pour et contre cette pratique.  

 

The Redshirting Debate Continues
The New York Times, 26 septembre 2011

Kindergarten Redshirting: Smart Strategy or Educational Quackery?
HUFFPOST Education, 7 mars 2012

Kindergarten Redshirting: The Complicated World of Holding Preschoolers Back
Fatherly, February 27, 2020

 ——————-

Les parents qui retardent ainsi la scolarisation de leurs enfants peuvent être taxés d'“hyperparenting” (ou d'“over-parenting”), le fait d'entourer les enfants de soins excessifs ou obsessifs, en les surprotégeant.

TIME

10 ways to avoid hyperparenting
SuperNanny.com

Une expression synonyme d'hyperparenting est parent helicoptering (héliportage parental), le fait des parents-hélicoptères. 

Helicopter-parent

Si cette expression ne s'est répandue qu'au cours des dix dernières années, le livre à succès « Between Parent and Child », publié il y a plus de quarante ans, lançait l'idée des hovering parents (parents-ventouses).  

Deux des livres écrits depuis que le terme s'est répandu sont:

Over-scheduled Child

The Over-scheduled Child:
Avoiding the Hyper-Parenting Trap,

by Rozenfeld, Wise and Coles, St. Martin’s Griffin, 2001

Hyper-parenting - book

Under Pressure:
Rescuing Childhood from the Culture of Hyper-Parenting
,
by Carl Honoré, HarperOne, 2009 (reprint)

En mai 2012, les éditions Thomas Nelson publieront un livre : Momaholic : Crazy Confessions of a Helicopter Parent, rédigé par Dana Higley.

Momaholic

Moins connue, l'expression lawnmower parents désigne les parents qui s'efforcent d'aplanir tous les obstacles devant leurs enfants.  

Traditionnellement, les directeurs d'écoles, les moniteurs de sports et les administrateurs d'université ont été les victimes des parents-hélicoptères, mais une enquête citée dans Diversity Executive, intitulée : “How to Tactfully Deal with ‘Helicopter Parents’ [Comment gérer avec tact le problème des parents-hélicoptères], révèle que la tendance s'étend maintenant au monde du travail, où les parents pressent les gestionnaires d'engager leurs enfants.

Un autre article sur le sujet  explique que les parents qui ont investi beaucoup d'argent dans les études de leurs enfants veulent un « retour sur investissement ».

Parent helicoptering

L'un des facteurs auxquels on peut imputer le parent helicoptering (l'héliportage parental) est le téléphone portable, que le Professeur R. Mullendore, de l'Université de Géorgie, qualifie de « plus long cordon ombilical du monde ».  

 Le New York Times a publié un article sur les camps d'enfants intitulé : "Dear Parents: Please Relax, It’s Just Camp" (« Chers parents, détendez-vous, ce n'est qu'un camp »)

 

Parents camp

——————————

[1] Le mot jersey était un mot couramment utilisé en anglais britannique dans le sens de sweater, et cela depuis le XVIe siècle. Aujourd'hui, à ma connaissance, jersey a été largement remplacé par jumper et, dans une moindre mesure, par sweater, tandis que ce dernier est utilisé exclusivement aux États-Unis, du moins pour autant que j'en sache. Toutefois, jersey continue à être utilisé aux États-Unis dans le sens de maillot de sport.    

Football jersey

J.Goldberg 

Obama se sert du sport pour enrichir le vocabulaire de Cameron

Lorsque le Président Barak Obama a rencontré le Premier Ministre David Cameron à Londres, en mai 2011, les deux dirigeants ont joué avec des jeunes au tennis de table (comme on dit en anglais britannique) ou au ping-pong (l'onomatopée en usage aux États-Unis). Mais, lorsqu'ils se sont affrontés, c'est, semble-t-il, Obama qui a perdu.  

 

Obama_cameron_pingpong

C'est peut-être pour qu'Obama améliore son jeu que Cameron lui a offert une table de ping-pong à l'occasion de la la visite qu'il lui rend actuellement à Washington.

Entre deux réunions au sommet, le Président a emmené le Premier Ministre à bord d'Air Force One, pour regarder une rencontre de basketball entre deux équipes du Championnat de l'Association nationale d'athlétisme universitaire.    

Obama-Cameron-take-in-NCAA-gameObama cartoon

Hots dogs et Coke,
tout en commentant le basketball

Afghanistan. N'est-ce pas le
moment
de siffler la fin du jeu ? [1]
(Andy Davey – The Sun)

Comme, en Grande-Bretagne, le basketball n'est pas aussi connu que le cricket ou le football, Obama a expliqué le jeu à son hôte et l'a initié à certains termes.

 

Le lendemain, lors d'une conférence de presse commune, tenue dans la roseraie de la Maison Blanche, le Président a prédit qu'à son retour à Londres, le Premier Ministre déciderait peut-être d'installer un panier de basketball au 10 Downing Street.

Hoop
   panier

Cameron a répondu : “Merci à tous pour les leçons d'hier soir. Je vais quitter l'Amérique en ayant enrichi mon vocabulaire: ‘ally-oops’, ‘brackets’, ‘fastbreak’ et, après tout, qui sait si un panier ne sera pas installé à Downing Street. ”

À l'intention de ceux de nos lecteurs qui voudraient hisser leur vocabulaire du basketball au niveau de celui du Premier Ministre britannique, nous allons expliquer ces termes.

alley-oop” – un jeu offensif par lequel un joueur lance le ballon à un de ses équipiers placé près du panier, lequel saute, cueille le ballon au vol et marque immédiatement.

“brackets” -  un diagramme qui permet aux amateurs de basketball de prévoir la progression des équipes universitaires vers les finales de la saison. (On appelle cette période la « Folie de mars », en raison de l'enthousiasme avec lequel les amateurs suivent les résultats des différentes équipes). 

(bracketeering – le remplissage du diagramme de prévision des vainqueurs; bracketology – l'art des bonnes prévisions)

Brackets

fastbreak – une action fulgurante pour tirer dans son panier aussi tôt que possible après s'être saisi du ballon, ce qui se produit souvent après que l'adversaire ait tiré dans son panier.

Si, à l'avenir, le Président Obama a l'occasion d'apprendre des termes de cricket, nous ne manquerons pas d'en informer nos lecteurs.

J.G. traduit par J.L.

 

[1] M. Jeffrey Hill, dont le blog est www.EnglishBlog.com, a expliqué à ses lecteurs  l'humour de la légende "Isn't it time for the final whistle?". L'explication, qu'il nous a obligeamment permis de publier, est la suivante: 
 
 
Le caricaturiste joue sur les deux sens de l'expression « final whistle ». C'est, d'abord, le coup de sifflet de l'arbitre qui marque la fin d'un match, mais c'est aussi, au sens figuré, le signal de la fin d'un événement ou d'une activité. Ainsi, le Guardian a récemment titré : « Final whistle yet to blow on Greek default
 ». Ici, Cameron dit à son partenaire que le moment est peut-être venu de mettre fin à l'engagement des forces américaines et britanniques en Afghanistan. En fait, l'état d'épuisement des deux joueurs est celui des forces armées des deux pays, dans cette guerre qu'on ne peut désormais gagner. 

 

il y a 200 ans…

À l’occasion du bicentenaire de la guerre de 1812 entre les États-Unis et la Grande- Bretagne (qui a éclaté le 18 juin 1812) nous publierons un article sur les aspects politiques et linguistiques de cet événement.

Néanmoins, pour tenir nos lecteurs au courant des allusions que les dirigeants actuels de ces deux puissances ont faites à cette guerre, au cours de la  visite du Premier Ministre britannique à Washington, nous voulons citer quelques-uns des propos qu'ils ont échangés sur la pelouse de la Maison Blanche, lors d'une conférence de presse.

C’est le Président Obama qui a rappelé l’incendie de Washington par les troupes britanniques, au cours duquel la Maison Blanche et plusieurs autres édifices gouvernementaux ont brulé (un épisode de la guerre qui, en fait, a eu lieu en 1814) :


 

Obama : “It’s been 200 years since the British came here to the White House under somewhat different circumstances. They made quite an impression. They really lit up the place. But we moved on.”

Cameron : “I am a little embarrassed as I stand here to think that 200 years ago my ancestors tried to burn this place down. Now looking around me I can see you’ve got the place a little better defended today. You’re clearly not taking any risks with the Brits this time.”

Quelle “meilleure” langue apprendre ?

Extrait de la revue INTELLIGENT LIFE, mars/avril 2012

Intelligent life

« INTELLIGENT LIFE » est un nouveau bimensuel publié par la revue britannique The Economist 

    


RLGreeneL'auteur de l'article, Robert Lane Greene,
You are what you speak (Robert Lane Greene)

est un linguiste américain.    
Il a écrit « You Are What you Speak".  

Rappelons-nous que les propos de Greene s'adressent à des lecteurs anglophones.

L’article de Greene, traduit d'anglais par Jean Leclercq, est publié avec la permission de la rédaction d’INTELLIGENT LIFE. (L'article originel en anglais.)

Pour ceux qui aiment les langues, la réalité n'est guère réjouissante. Les anglophones ne les apprennent tout simplement plus. En Grande-Bretagne, malgré quatre décennies dans l'Union européenne, le nombre d'épreuves de français ou d'allemand au baccalauréat a diminué de moitié au cours des 20 dernières années, tandis que la faveur grandissante dont jouissait l'espagnol est retombée. En Amérique, les chiffres sont tout aussi navrants. L'un des dessous des attaques du 11 septembre a été le manque d'arabophones qui auraient pu traduire les renseignements dont disposait la CIA. Mais, dix ans après, les campagnes pour le « tout anglais » flattent mieux le patriotisme américain que celles qui tendent à promouvoir l'étude des langues, comme si la langue la plus populaire de l'histoire universelle se trouvait menacée.

Pourquoi apprendre une langue étrangère? Après tout, celle que vous parlez si vous lisez cette revue est la plus utile et la plus importante du monde. En effet, l'anglais est non seulement la première langue des pays anglophones, il est aussi la deuxième langue de tous les autres: un touriste japonais en Suède, ou un Turc atterrissant en Espagne s'exprimera presque toujours en anglais.

Des raisons impérieuses n'en demeurent pas moins d'apprendre d'autres langues, et cela d'un point de vue intellectuel, économique et pratique. D'abord, apprendre une langue étrangère aide à mieux connaître toutes les langues – beaucoup d'anglophones ont fait connaissance avec le « participe passé », non pas au cours d'anglais, mais en apprenant le français. Ensuite, il y a l'élargissement du champ culturel. La meilleure littérature se lit toujours dans la langue originale.

La poésie et le chant pâtissent tout particulièrement de la traduction, et apprendre une autre langue aide à mieux cerner un autre mode de pensée. S'il est très exagéré et mal compris de croire que des locuteurs de langues différentes pensent différemment, il y a beaucoup à apprendre en découvrant ce que les différentes cultures appellent ceci, cela ou das oder.

Les raisons pratiques sont tout aussi contraignantes. Dans les affaires, si l'autre partie connaît votre langue, et si vous ne connaissez pas la sienne, elle en sait presque sûrement   plus sur vous et votre entreprise que vous n'en savez sur elle et la leur – une mauvaise posture pour négocier. En Chine, beaucoup d'investisseurs ont pris des décisions fatalement stupides au sujet d'entreprises qu'ils ne parvenaient pas à comprendre.

Alors, quelle langue vos enfants ou vous-même devez apprendre? En jetant un coup d'œil aux publicités new yorkaises ou aux options du baccalauréat en Grande-Bretagne, une réponse semble jaillir spontanément: le mandarin. L'économie chinoise continue de croître à un rythme qui la fera dépasser l'économie américaine dans  deux décennies tout au plus. Le poids politique de la Chine s'accroît en conséquence. Ses hommes d'affaires achètent à tout-va, des marques américaines aux minerais africains en passant par des droits de prospection pétrolifère russes. Si la Chine est le pays de l'avenir, le chinois est-il la langue de demain?

Probablement pas. Rappelez-vous de la montée en puissance du Japon. Aussi spectaculaire que celle de la Chine, bien qu'à une moindre échelle, la croissance économique du Japon a incité bien des gens à croire que ce pays dominerait le monde. Ce fut la deuxième économie mondiale pendant des décennies (avant de rétrograder récemment en troisième position, derrière la Chine). Le japonais est-il pour autant la troisième langue la plus utile du monde? Il en est même loin. S'il vous fallait apprendre dix langues, choisies par ordre d'utilité générale, le japonais n'en serait probablement pas. Et la principale entrave à l'essor du japonais est aussi celle qui bridera le chinois.

Cet obstacle tient à l'écriture chinoise (que le japonais a adoptée et adaptée il y a plusieurs siècles). L'élève doit savoir au moins trois à quatre mille caractère pour déchiffrer le chinois écrit et des milliers d'autres pour l'appréhender véritablement. Le chinois, avec ses tons, n'est pas facile à parler, mais le gigantesque effort de mémoire à consentir pour le maîtriser est encore plus redoutable. Il dissuadera la plupart des étrangers – et même de plus en plus de Chinois – de maîtriser le système.

Selon une étude récente dont le Quotidien du Peuple a fait état, 84% des enquêtés admettent que la possession du chinois est en baisse. Si ce genre de doléances est courant un peu partout, un élément supplémentaire s'y ajoute en Chine. De moins en moins de sinophones tracent les caractères selon les règles de la calligraphie traditionnelle. Comme nous, ils écrivent leur langue avec l'ordinateur. Mais, mieux encore, ils utilisent l'alphabet romain pour produire des caractères chinois: tapez wo et le logiciel d'appui linguistique chinois vous offre un choix de caractères qui se prononcent wo. Il ne reste qu'à choisir celui qu'on désire. (Ou encore, l'utilisateur tape: wo shi zhongguoren, « Je suis Chinois », et le logiciel décèle le sens et choisit les bons caractères.) N'ayant plus besoin de se rappeler les caractères à tout bout de champs, les Chinois les oublient. Un sinologue, David Moser, se souvient avoir demandé à trois étudiants chinois de l'Université de Pékin comment on écrit « sneeze ». À sa surprise, tous les trois eurent un haussement d'épaules embarrassé. Aucun ne pouvait tracer le caractère correctement. Et pourtant, l'Université de Pékin est généralement considérée comme le « Harvard chinois ». Imaginez trois doctorants d'anglais à Harvard qui aient oublié comment s'écrit « sneeze »? Pourtant, cet état de choses n'est pas rare en Chine.

Tant que la Chine conservera son système idéographique – ce qui durera encore longtemps, par attachement culturel mais aussi pour des raisons pratiques – le chinois a très peu de chances de devenir une véritable langue mondiale ou même une langue véhiculaire comme l'anglais, la langue dans laquelle un chimiste brésilien publiera des articles en espérant qu'ils seront lus en Finlande et au Canada. Bien sûr, si vous vous intéressez à la Chine, pour vos affaires ou vos loisirs, apprenez le chinois. C'est fascinant  et possible – même si l'essai en ligne de Moser, « Pourquoi le chinois est si bougrement dur », peut décourager le pusillanime et celui qui n'a pas le temps.      

Mais, si l'on me demandait quelle est la langue étrangère la plus utile, sans me fournir d'autres paramètres (où? dans quel but?), ma réponse serait le français. Quoique vous pensiez de la France, le français est beaucoup moins limité que beaucoup de gens l'imaginent.

À mesure que leur ex-empire s'est délité et qu'ils sont devenus une puissance moyenne, après la seconde guerre mondiale, les Français, dans l'espoir de se distancier de l'Amérique et de tirer le meilleur parti de leurs anciennes possessions, ont constitué la Francophonie. Ce cercle, réunissant tous les pays qui ont en commun la langue française, compte 56 membres, près d'un tiers des pays du monde. Il n'en est guère où le français soit la langue natale de toute la population. Il s'agit plutôt de minorités francophones (Suisse, Belgique); de pays où le français est la langue officielle et celle largement parlée par les élites (une bonne part de l'Afrique de l'Ouest); d'autres où sans être la langue officielle, le français est encore parlé par presque tous les gens instruits (Maroc, Liban); et d'autres encore où des liens subsistent avec la France malgré la disparition de la langue (Vietnam, Cambodge). La Francophonie compte des membres dont les liens avec la France et le français sont assez ténus, comme l'Égypte, mais qui veulent simplement s'associer au prestige du monde francophone. Dix-neuf autres pays y ont le statut d'observateurs.

Le français n'est qu'en 16ème place sur la liste des langues en fonction du nombre de locuteurs de langue maternelle. Mais, devant lui, se trouvent des langues comme le télougou ou le javanais que nul ne qualifierait de langues mondiales. L'hindi ne réunit même pas toute l'Inde. Dans les 15 premiers figurent l'arabe, l'espagnol et le portugais, grandes langues à coup sûr, mais géographiquement concentrées. Si vous vous intéressez au Moyen-Orient ou à l'Islam, mettez-vous à l'arabe. Si c'est l'Amérique latine qui vous passionne, apprenez le portugais ou l'espagnol. Ou les deux; l'étude de l'un facilitant assez bien celle de l'autre.

Si vos intérêts s'étendent au monde, et si vous avez lu le présent article jusqu'ici, vous connaissez déjà la langue mondialement la plus utile. Mais, si vous recherchez une autre langue à vocation vraiment mondiale, les candidates sont étonnamment peu nombreuses et, pour moi, le français est incontestablement en tête de liste.  Vous pourrez ainsi mieux goûter les arts, l'histoire, la littérature et la gastronomie, tout en acquérant un outil important dans les affaires et dans la diplomatie. Il est la langue maternelle de locuteurs de toutes les régions de la terre. N'oublions pas non plus que la mère patrie, la France, attire plus de touristes qu'aucun autre pays – 76,8 millions en 2010, selon l'Organisation mondiale du Tourisme, loin devant l'Amérique avec 59,7 millions. Toute visite en France se trouve grandement facilitée par une certaine connaissance de la langue. Les Français sont rien de moins qu'accueillants dès lors que vous manifestez du respect à leur égard et envers leur pays, et la froideur qu'il leur arrive de témoigner  à leurs hôtes, fond dès que ceux-ci articulent leur première phrase entièrement composée. Aussi, s'il existe d'autres grandes langues en ce monde, n'en oubliez pas une qui est facile, courante, avec bien moins de mots que l'anglais et qui est presque certainement enseignée dans votre ville. Avec le français, vous ne regretterez rien.[1]     

Video clip : You are what you speak – Robert Lane Greene


[1]    En français dans le texte de source.

Commentaire  de la plume de Jean Leclercq :

C'était, à l'aéroport de Madrid-Barajas, au retour d'une longue randonnée pédestre en Espagne. Limités à un seul bagage par passager, nous avions fait un gros paquet de nos cannes de marche et de quelques objets encombrants. Normalement, nous aurions dû acquitter un supplément. Je pris alors mon meilleur accent castillan pour exposer la chose au guichet d'enregistrement. L'employée eut un grand sourire et me fit signe que cela ne nous coûterait rien. En m'éloignant, je dis à l'ami nord-américain qui nous accompagnait: « Vous qui prétendez sauver le monde, pourquoi n'étudiez-vous pas les langues étrangères ? ». Il eut un haussement d'épaules qui trahissait son impuissance. Pourtant, la connaissance, même superficielle, de la langue du pays peut vous faciliter grandement la tâche. C'est même un véritable « sésame ouvre-toi » dans tous les pays. J'ai souvent vu le visage d'un Turc s'illuminer parce que je lui avait dit « merci » ou « au revoir » dans sa langue. À la belle époque du Raj, les fonctionnaires anglais que l'on envoyait en Inde devaient apprendre une des grandes langues du pays (hindi, ourdou, tamoul, selon la région d'affectation). Qui sait si ce n'est pas pour cela que le Raj a duré si longtemps? Autant dire que le plaidoyer d'Alan Greene en faveur des langues étrangères vient à point nommé compléter l'article de Michael Erard, paru dernièrement.C'est une étude très intéressante à laquelle je voudrais simplement ajouter une petite précision. Si la Chine répugne à romaniser son écriture, ce n'est pas tant par attachement culturel. Les idéogrammes sont les mêmes dans tout le pays, si bien que tous les locuteurs les comprennent quelle que soit leur parlure particulière. Que l'on s'exprime en mandarin, en cantonnais ou en shangaïen, tout le monde s'entend sur les mêmes caractères. Romaniser aboutirait à imposer le mandarin partout. C'est la raison pour laquelle les idéogrammes auront probablement la vie dure et que les lettrés continuent à les utiliser, au Vietnam et en Corée.