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Hugo Cotton – linguiste du mois de février 2021

 

e n t r e t i e n    e x c l u s i f 

Jacquie Bridonneau

Hugo Cotton

L'intervieweuse –
Jacquie Bridonneau

(d'origine américaine –
habite à Paris) *

L'interviewé -
Hugo Cotton

(d'origine française –
habite en Pologne)

JB : Est-ce que tu peux me parler un peu de ton parcours ?

HC : Je suis né à Châteauroux, une petite ville dans le centre de la France où j’ai vécu jusqu’à mes 18 ans. Après le lycée, je suis allé en prépa école de commerce à Orléans, pendant deux ans. Ensuite, j’ai été accepté à l’ESCP, une école de commerce à Paris. J’y ai fait mon master, et j’ai aussi étudié à Londres pendant un an dans le campus local de l’ESCP. [1]  Après avoir été diplômé, j’ai commencé ma carrière dans une agence de pub parisienne. 

JB : C’était complètement par hasard que tu as commencé à travailler comme prof de français à Varsovie, en Pologne. Est-ce que tu voulais aller en Pologne en particulier, ou ça aussi, ça s’est fait complètement par hasard ? Tu peux nous dire comment tu en es arrivé à cette décision ?

HC : Après avoir travaillé dans la publicité pendant quelques mois, je me suis rendu compte que ce n’était pas pour moi. Je voulais faire quelque chose de plus créatif, avec moins de pression, et je trouvais qu’il était difficile de gérer les demandes incessantes (et parfois ridicules) de nos clients !

Pour la faire courte, j’ai démissionné et déménagé à Varsovie avec mon meilleur ami, qui est originaire de Pologne. Notre plan était d’y organiser des soirées électro, ce qu’on faisait déjà pour le plaisir à Paris.

Malheureusement, notre premier événement a été un échec cuisant ! Personne n’est venu et on a perdu tout l’argent qu’on avait investi. Mais je n’ai pas voulu rentrer en France tout de suite. J’avais déjà commencé à tomber sous le charme de Varsovie.

J’ai donc décidé d’offrir mes services en marketing à certaines entreprises, dont l’Institut français. La directrice m’a répondu qu’ils n’avaient pas besoin d’aide pour le marketing, mais qu’ils cherchaient un prof pour un cours de conversation. J’ai eu un entretien et deux jours plus tard, je faisais ma première leçon.

JB : Tu sais bien sûr qu’en France, les enfants ont des cours d’anglais dès l’école primaire, puis jusqu’à leurs études. Pourtant ils sont souvent incapables de communiquer correctement en anglais, ou en tout cas ils hésitent beaucoup à le faire. Tu crois que le système éducatif français ne fait pas son travail sur ce plan, c’est-à-dire qu’il n’y a pas vraiment de «retour sur investissement» ?

HC : C’est facile de blâmer notre système éducatif, mais je pense que c’est aussi un problème culturel.

En général, les Français ont un seuil de tolérance très bas concernant les erreurs, et notre système éducatif est un reflet de cette culture. L’école est un endroit pour apprendre les bonnes réponses, pas pour expérimenter. Alors, pendant les cours de langue, les élèves préfèrent ne pas parler parce qu’ils ont peur du ridicule. Et ils conservent cette attitude plus tard, à l’âge adulte.

Mais c’est impossible d’apprendre une langue sans faire un million d’erreurs !

Un autre problème est qu’on ne valorise pas vraiment les langues étrangères. Je me souviens qu’au collège et au lycée, on ne prenait pas les cours de langues au sérieux. Les maths, l’histoire, le français, la physique… Ces matières-là étaient considérées comme « importantes ». Si on avait une mauvaise note en anglais ou en espagnol, ce n’était pas bien grave.

Mais aujourd’hui, je pense que les jeunes Français ont plus envie d’apprendre et de communiquer en anglais. Avec Netflix, etc., les occasions d’être en contact avec la langue se multiplient. Quand il n’y avait que la télé, les films étaient doublés plutôt que sous-titrés.

Dans les pays scandinaves, la plupart des adolescents parlent anglais couramment parce qu’il y a un effort conscient du gouvernement pour donner plus de place à la langue.

JB : Pourquoi tes élèves apprennent-ils le français ? J’imagine qu’ils viennent du monde entier, pas seulement de Pologne. J’ai vu sur ton site le témoignage d’une dame qui venait d’Australie. Ils ont des objectifs précis ou ils aiment simplement les sonorités de la langue et le mode de vie français ?

HC : A l’Institut français, je n’avais que des étudiants polonais, et 90 % d’entre eux apprenaient le français par plaisir (pour pouvoir chanter des chansons, comprendre des films, des choses comme ça). C’était vraiment surprenant pour moi parce qu’en France, les adultes prennent des cours d’anglais seulement pour des raisons « pratiques » (la carrière, un déménagement à l’étranger, etc.). 

Maintenant avec InnerFrench, j’ai des élèves du monde entier. Beaucoup d’entre eux sont des retraités qui aiment la France, ou qui prévoient d’aller en France. Donc c’est plutôt parce qu’ils ont envie de pouvoir communiquer en français, pas par obligation.

JB : Est-ce que tu parles bien le polonais, et as-tu pris des cours dans une école pour l’apprendre ?

HC : Ça fait maintenant six ans que je vis en Pologne, donc je comprends beaucoup de choses, comme les informations ou les podcasts. Je peux aussi suivre une conversation mais je ne parle pas aussi couramment le polonais que l’anglais.

Je n’ai jamais pris de cours formels dans une école mais j’ai pris des cours particuliers avec un tuteur sur Italki pour me forcer à parler et être à l’aise avec le fait de faire des erreurs dès le début.

C’est dommage parce qu’en fait, ma copine est polonaise, mais quand on s’est rencontrés, je ne parlais pas polonais et elle ne parlait pas français, alors on communiquait en anglais. Et du coup, c’est toujours le cas aujourd’hui. On a essayé de passer au polonais plusieurs fois, mais j’avais l’impression que c’était une corvée. Donc j’ai abandonné, en tout cas pour le moment.

JB : Comment as-tu décidé de créer InnerFrench et en quoi ton entreprise et ses méthodes d’enseignement diffèrent des autres méthodes ? Tu peux nous en dire plus sur ton inspiration : la théorie de Stephen Krashen sur l’acquisition d’une deuxième langue.

HC : Eh bien, j’ai tellement aimé mon premier cours à l’Institut français que j’ai décidé de devenir un « vrai » prof. J’ai commencé à lire tout ce que je pouvais trouver sur l’apprentissage et l’enseignement des langues.

À cette époque, j’apprenais le polonais et je suis tombé sur le podcast « Real Polish ». Piotr, l’animateur, parlait de sujets intéressants à un rythme plus lent et en utilisant un vocabulaire simplifié. Au début, je ne comprenais pas grand-chose, mais j’ai continué à écouter et au bout de quelques semaines, je me suis rendu compte que ma compréhension s’était radicalement améliorée ! Ça a été une révélation.

Dans un de ses épisodes, Piotr a parlé de la théorie de Stephen Krashen sur l’acquisition d’une deuxième langue, et c’est là que j’ai compris cette approche dans son ensemble.

J’ai commencé à chercher un podcast similaire en français pour mes élèves mais je n’en ai pas trouvé. Alors, j’ai décidé d’en créer un moi-même ! Ça a été le début d’InnerFrench. Deux ans plus tard, j’ai créé mon premier cours pour des étudiants de niveau intermédiaire (« Build a Strong Core ») et ensuite une chaîne YouTube.

C’est devenu impossible de gérer InnerFrench tout en enseignant à l’Institut français donc au bout d’un moment, j’ai décidé d’arrêter mes cours là-bas.

JB : J’ai regardé quelques-unes des tes vidéos YouTube. Comment tu décides des sujets dont tu vas parler ?

HC :Au début, je parlais des choses qui m’intéressaient, comme la philosophie, la technologie, la psychologie, l’apprentissage des langues, etc. Maintenant, c’est plus facile, puisque les gens m’envoient des suggestions par e-mail, avec les sujets qui les intéressent comme les différences culturelles, les différentes régions et les accents en France. Je crois que j’ai assez de sujets pour les cinq prochaines années !

JB : En tant que professionnel des langues, quels conseils peux-tu donner à quelqu’un qui veut apprendre une deuxième (ou troisième) langue, en particulier à l’âge adulte ?

HC : Je commencerais en disant de ne pas trop se concentrer sur la grammaire. Elle a sa place, mais elle ne devrait pas être la priorité. Essayez de chercher des contenus simples à comprendre – des histoires courtes avec un vocabulaire simplifié, par exemple Duolingo a un bon podcast pour les débutants.

Ensuite, le plus important est de former une habitude : en pratiquant chaque jour, même si c’est seulement 10 minutes. La langue doit devenir une partie intégrante de votre vie quotidienne, ça ne doit pas être une chose que vous « faites » seulement une fois par semaine.

Vous verrez que plus vous vous améliorerez et plus vous serez capables de comprendre des contenus avancés, plus vous voudrez passer du temps avec la langue.

Enfin, et c’est important, vous devriez chercher un professeur particulier ou au moins un partenaire de conversation. C’est essentiel de vous mettre en condition en commençant à utiliser la langue. Il y a des centaines de sites web et d’applications pour ça, mais je Italki-logorecommande en particulier Italki et conversationexchange.com. Beaucoup de personnes sont bloquées à la maison en ce moment, donc c’est le bon moment pour trouver un partenaire de conversation ! 

   

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 [1] Note du blog : ESCP Business School (anciennement École Supérieure de Commerce de Paris (aussi surnommée Sup de Co Paris) puis ESCP-EAP, puis ESCP Europe) est une grande école de commerce consulaire. Fondée en 1819, ESCP Business School est détenue par la chambre de commerce et d'industrie de Paris depuis 1868. De fait de son ancienneté, l'ESCP est également souvent considérée comme la doyenne mondiale des écoles de commerce.

* Voici une courte autobiographie de Jacquie :

Jonathan m'a demandé d'interviewer Hugo Cotton – une expérience enrichissante et j'ai rencontré virtuellement une belle personne !

Je suis traductrice technique du français vers l'anglais depuis 2005, et pendant les deux dernières années j'ai élargi mes prestations vers des livres fiction, également une opportunité pour moi de rencontrer des auteurs intéressants et doués.

La traduction cependant n'est qu'une petite partie de mon expérience professionnelle.  J'ai débuté ma carrière en tant que professeur de français à l'Université du Wisconsin – Milwaukee, mais lorsque j'ai déménagé en France, j'ai eu une surprise désagréable et inattendue –  je ne pouvais plus travailler comme prof, comme je n'étais pas française, donc je ne pouvais pas être fonctionnaire dans l'Education Nationale.

 J'ai commencé à travailler avec mon mari dans deux négoces familials de construction et suis restée 18 ans, et j'ai donc appris à faire la compta, etc. et plus que je ne voulais savoir sur les matériaux de construction ! Quand on a vendu nos négoces, j'ai trouvé du travail comme formatrice d'anglais technique dans des entreprises en Normandie. C'était également très varié et intéressant et c'est ce qui m'a amené vers la traduction, comme je leur traduisais également beaucoup de documents.

Mon Old English Bulldog, Cornelius, ou Coco pour les intimes (c.a.d. tous ceux qui l'ont vu plus d'une fois), m'assiste au quotidien dans mon travail.

 

Expressions anglaises : slut, stud ; hooker, hookah

« cancel culture », « Karen » et « snowflakes » :

les mots qui font partie du débat politique dans la presse anglo-saxonne

Joelle VuilleL'article qui suit fut rédigé par Joëlle Vuille, Ph. D., notre collaboratrice dévouée et auteure de plusieurs traductions d'articles rédigés en anglais au fil des années. Joëlle est juriste et criminologue et habite en Suisse. Toutes les contributions de Prof. Vuille sur ce blogue se trouvent a https://www.le-mot-juste-en-anglais.com/joelle-vuille/

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Cancel culture = culture de l'annulationculture du bannissement. Parfois aussi appelée “call-out culture”, ou culture de la dénonciation.

Selon le dictionnaire Merriam-Webster, « to cancel someone » signifie « to stop giving support to a person » ; un synonyme est « to boycott » [1] . L'expression « Cancel culture » désigne un phénomène social dans lequel une masse d’individus appellent à isoler une personne de son cercle professionnel ou familial, ou plus largement de lui ôter l’opportunité de s’exprimer publiquement, lorsque le public (ou un certain public) pense que le discours ou le comportement de cette personne est choquant ou inapproprié ; ou le fait de censurer certains propos, d’effacer certains symboles, etc. La « cancel culture » touche souvent des personnages publics, mais peut également affecter une personne lambda filmée en train d’agir d’une façon choquante ; on pensera au grand nombre de femmes blanches américaines filmées ces dernières années en train de discriminer une personne afro-américaine vaquant à ses occupations [2]. (Ce type de femmes est communément appelée une « Karen », soit une femme blanche qui abuse de sa position privilégiée dans la société américaine pour obtenir la réalisation de ses moindres désirs).

Le fait d’identifier publiquement et d’isoler une personne qui a agi d’une façon qui déplaît au groupe social n’est pas un phénomène nouveau. Mais l’expression « cancel culture » est intimement liée aux réseaux sociaux [3] , et, d’après le dictionnaire Merriam-Webster, est apparue pour la première fois en 2017 [4]. L’un des premiers mouvements massifs de « cancelling » a été le mouvement #MeToo sur Twitter, lors duquel des milliers de femmes ont soudain identifié publiquement des hommes qui les avaient agressées sexuellement, entrainant l’ostracisation de ces derniers, surtout dans le cas de personnages publiques [5] .

Depuis lors, le terme est utilisé de façon beaucoup plus large. Relèvent de la « cancel culture », par exemple :

  • Le fait de déboulonner la statue du marchand d’esclaves Edward Colston et de la jeter dans une rivière, comme cela s’est produit à Bristol (Royaume-Uni) il y a quelques mois  [6] ;
  • L’annulation d’une conférence que devait donner la commentatrice politique ultra-conservatrice Ann Coulter à l’Université de Californie à Berkeley en 2017;
  • L’annulation de la série « Roseanne » après que l’actrice principale Roseanne Barr a twitté au sujet de Valerie Jarrett, conseillère du président Barack Obama, afro-américaine et née en Iran, « muslim brotherhood & planet of the apes had a baby=vj » (traduction libre : les frères musulmans et la planète des singes ont eu un bébé = vj ») [7] ;
  • Le fait, pour certaines radios et télévisions, en France et ailleurs, de ne plus diffuser la musique de Noir Désir après que son chanteur Bertrand Cantat a été condamné pour le meurtre de sa compagne Marie Trintignan en 2003 [8];
  • Le fait de changer le titre du célèbre roman de Agatha Christie « Ten little niggers» (publié en 1949) en « And then there were none ».

Ce sont en général les conservateurs qui accusent les progressistes d’annuler les discours qui ne leur plaisent pas et les personnes considérées comme non politiquement correctes. Les progressistes ne sont toutefois pas à l’abri de l’ire de leur propre camp, comme lorsque le sénateur américain Al Franken a été forcé à la démission par le chef de file du parti démocrate au Sénat, Chuck Schumer, après qu’une photo de lui semblant caresser la poitrine d’une femme endormie a fait surface dans les médias [9].

Pour bon nombre de conservateurs, la culture de l’annulation est contraire à la liberté d’expression ; ils se moquent des progressistes qui ne sont pas capables de supporter des propos qui les heurtent en les traitant de « snowflakes » (flocon de neige, symbole de la fragilité extrême puisqu’il fond dès qu’on le touche).  

Savoir si la « cancel culture » est une bonne chose ou non est controversé. Il est vrai que la « cancel culture » donne un pouvoir immense à des individus qui n’en ont pas, c’est-à-dire nous tous, qui par le biais des réseaux sociaux pouvons exprimer notre approbation ou notre réprobation en temps réel et par millions. Par exemple, lorsque J.K. Rowling prend soi-disant la défense des femmes « biologiques » contre les femmes trans [10], il est à mon sens utile et constructif que la twittosphère lui rappelle que la libération des unes ne doit pas se faire en écrasant les autres, et qu’on peut se battre pour l’égalité des genres sans tout ramener à une question de chromosomes XX ou XY.  En ce sens, la « cancel culture » concrétiserait une forme de justice populaire qui permet de tenir responsables les personnes puissantes qui discriminent, harcèlent, et insultent leur prochain.

D’autres considèrent, à l’inverse, que la cancel culture est une forme de censure. Pour eux, par exemple, le fait que Twitter suspende indéfiniment le compte de Donald Trump serait une entrave inadmissible à la liberté d’expression d’un personnage public qui devrait pourvoir communiquer avec son électorat [11] . Cela serait d’autant plus problématique que Twitter est une entreprise privée, qui occupe une position de quasi-monopole sur ce marché, et qui de facto peut donc museler un autre individu privé, sans être limitée par les libertés fondamentales garanties par la Constitution. 

Certains commentateurs voient même dans la « cancel culture » la forme moderne du lynchage, pour trois raisons [12] :

  • Une personne peut, du jour au lendemain, être totalement ostracisée à cause d’une seule parole ou d’un seul geste de travers [13] ;
  • La foule se déchaîne immédiatement sans aucune forme de procès, et sans respect de la présomption d’innocence ;
  • Le but n’est pas de rendre justice mais de terroriser les cibles afin qu’elles n’osent plus jamais s’exprimer.

On peut également se demander si la « cancel culture » ne serait pas parfois (voire souvent ?) provoquée par des considérations économiques plutôt que par une saine indignation morale. Par exemple, lorsque le parlementaire pro-Trump Josh Hawley, qui avait prévu de publier un livre exposant sa vision politique, a vu son contrat  annulé par la maison d’édition Simon & Schuster à la suite des émeutes au Capitol en janvier 2021 (dont Hawley est considéré comme partiellement responsable par l’opinion publique), on peut imaginer qu’une part au moins des préoccupations de la maison d’édition était d’éviter le dommage économique découlant d’une association avec un homme politique désormais très controversé [14].

Certains épisodes récents montrent que la cancel culture peut être poussée à des extrémités absurdes. Par exemple, un professeur de la University of Southern California (USC), à Los Angeles, a récemment été suspendu après un cours en management de la communication. Le sujet du jour était les « filler words », comme « err », « hum », « like » (en anglais). Ayant travaillé en Chine, il a illustré son propos en expliquant que, en chinois, un « filler word » commun est « ne ga », qui sonne, en anglais, comme le mot « nigger », un tabou absolu dans la société américaine (où il n’est jamais dit, et encore moins écrit ; si cette contribution était destinée à un public américain, je l’aurais d’ailleurs écrit « n*** » ou utilisé la péri-phrase « the N word »). Des étudiants se sont plaints au doyen de l’usage de ce mot, et le professeur a été remplacé par un collègue pour donner son cours [15].

La « cancel culture » ne connaît pas tellement de nuances. Ainsi, le chef de la communication de Boeing a récemment dû démissionner lorsqu’il est apparu qu’il avait soutenu en 1987 que les femmes n’avaient pas leur place dans l’armée [16]. Veut-on vraiment punir les gens pour des opinions exprimées il y a 33 ans, s’ils n’ont plus rien dit de tel depuis lors ?

De surcroît, la « cancel culture » semble définitive : une fois ostracisé, il n’est pas possible de s’excuser, de faire amende honorable et de reprendre sa place dans le groupe social. Le paria garde son statut sur le long terme. La comédienne Kathy Griffin, par exemple, avait fait une plaisanterie de très mauvais goût en 2017, lorsqu’elle avait été prise en photo avec une fausse tête de Donald Trump ensanglantée, comme s’il avait été décapité [17]. Depuis lors, une enquête des services secrets a établi qu’il ne s’agissait pas d’une menace réelle, qu’elle n’avait aucune intention de l’attaquer physiquement [18], et elle s’est excusée publiquement à de nombreuses reprises ; pourtant, en 2021, sa carrière est toujours à l’arrêt.

En ce qui concerne les évènements historiques, la « cancel culture » a été accusée de récrire le passé. Ainsi, par exemple, ses opposants estiment que les statues de généraux américains confédérés devraient être préservées au nom de l’héritage qu’elles représentent. Elles symboliseraient non pas la coupable sédition d’un groupe d’états désireux de protéger leur système esclavagiste, mais le noble combat d’honnêtes planteurs de coton se battant pour la préservation de leurs droits face à un gouvernement fédéral abusif. Nous sommes toutefois de l’avis que cette position occulte elle aussi une part du passé. En effet, les statues des généraux américains confédérés n’ont pas été érigées juste après la guerre de Sécession dans le but d’honorer la mémoire de concitoyens et de proches tombés au combat. Elles ont été réalisées à la fin du XIXème siècle, soit des décennies plus tard, dans le but d’intimider les personnes noires vivant dans ces Etats au moment où celles-ci commençaient à revendiquer des droits civiques égaux à leurs concitoyens blancs [19]. Ces statues ne symbolisent donc pas le combat pour la liberté, mais bien le combat pour l’oppression, et en tant que telles, il est légitime de se demander si elles doivent vraiment être préservées.

Le problème que nous voyons dans la « cancel culture » est qu’elle limite le type de discours acceptable dans la société, ce qui met directement en péril la démocratie. En droit constitutionnel [20], il est en effet largement admis que la liberté d’expression doit être totale [21] dans une démocratie, non seulement parce qu’une seule restriction (légitime) à ce droit fait naître le risque d’en entraîner d’autres (non légitimes), mais également parce que, sur le « marché libre des idées » (marketplace of ideas), les mauvaises idées seront naturellement éliminées, et les bonnes idées seront promues et partagées toujours plus largement [22]. Pour trouver un consensus social qui nous permette de vivre ensemble, il est donc nécessaire que nous participions tous à ce marché des idées et que nous soyons libres d’y exprimer nos souhaits, nos craintes et nos aspirations, quels qu’ils soient.

Ce concept de marché libre des idées a été concrétisé récemment dans certaines solutions alternatives à la « cancel culture ». Par exemple, à Lausanne (Suisse), il y a une rue Agassiz. Louis Agassiz était un biologiste et géologue suisse très connu et respecté à son époque, qui fut nommé professeur à Harvard en 1847. Agassiz était opposé à l’esclavage, mais il était raciste, et ses travaux ont été utilisés pour justifier l’esclavagisme aux Etats-Unis. Lorsque des voix se sont élevées pour réclamer que la rue soit renommée, la municipalité a décidé de garder le nom de la rue et de placer sous les plaques qui indiquent le nom de la rue des panneaux d’information sur les travaux et la pensée de Agassiz, expliquant pourquoi sa vision des « races » est problématique et pose un danger réel encore aujourd’hui [23]. La solution nous semble intéressante, même si elle n’est pas praticable dans toutes les situations. Le pic Agassiz (un sommet dans les alpes bernoises), par exemple, n’a pas (encore) été renommé et on ne sait pas trop où il faudrait placer une éventuelle plaque d’information si on souhaitait le faire. Dans le même débat, la ville de Neuchâtel a pris l’option inverse, et a simplement renommé la place Louis Agassiz en place Tilo Frey (du nom d’une femme politique suisse de mère camerounaise) [24].

En conclusion, la « cancel culture » est un concept protéiforme. Si elle engendre parfois des débats de société importants et intéressants, il nous semble qu’elle présente également le risque de limiter les discours exprimés dans l’espace public, par peur des représailles. Or, dans des sociétés toujours plus diverses, la communication entre groupes et entre individus est essentielle pour faire avancer notre projet social commun. Toutefois, il n’y a pas de communication possible si chaque mot de travers peut valoir à celle qui le prononce une lettre écarlate.

 

1. https://www.merriam-webster.com/words-at-play/cancel-culture-words-were-watching

2. On pensera à Amy Cooper, filmée en mai 2020 alors qu’elle dénonçait calomnieusement à la police un ornithophile afro-américain se promenant dans Central Park ; à Alison Ettel qui, en juin 2018, a appelé la police pour dénoncer une fillette noire de 8 ans qui vendait des bouteilles d’eau devant sa maison pour financer une visite à Disneyworld ; ou encore à Jennifer Schulte qui, en mai 2018, a téléphoné à la police pour dénoncer un groupe de jeunes afro-américains en train de faire un barbecue dans un parc à Oakland (Californie).

3. https://statenews.com/article/2020/09/a-look-into-cancel-culture?ct=content_open&cv=cbox_latest

4. https://www.merriam-webster.com/dictionary/cancel%20culture

5. Pour certains, comme Harvey Weinstein, cela a mené à de multiples condamnations pénales ; pour d’autres, comme Louis CK, la mise à l’index a été temporaire et leur carrière a repris quelques années plus tard.

6. https://www.forbes.com/sites/lisettevoytko/2020/06/07/british-protesters-throw-slave-trader-statue-into-river-and–other-stunning-global-protest-moments/

7. https://www.nytimes.com/2018/05/29/business/media/roseanne-barr-offensive-tweets.html

8. https://www.lepoint.fr/medias/nagui-je-ne-passerai-pas-les-chansons-de-bertrand-cantat-02-12-2017-2176832_260.php

9. La photo est reproduite ici : https://www.theatlantic.com/entertainment/archive/2017/11/al-franken-that-photo-and-trusting-the-women/545954/

10. https://www.scotsman.com/arts-and-culture/books/jk-rowling-twitter-why-harry-potter-author-has-been-accused-transphobia-social-media-platforms-2877977

11. Il échappe apparemment à ces personnes que Donald Trump peut à tout moment convier n’importe quelle agence de presse ou télévision nationale ou locale, et faire une déclaration qui sera immédiatement transmise à la planète entière. La censure est donc toute relative…

12. Une position apparemment partagée par des individus aussi divers que l’activiste canadienne d’extrême droite Lauren Southern (https://www.skynews.com.au/details/_6175184070001) et le comédien britannique Rowan Atkinson (https://www.express.co.uk/comment/expresscomment/1380339/freedom-of-speech-britain-culture-offence-woke). On peut quand même douter du fait que se faire lyncher soit équivalent au fait de voir son compte Twitter suspendu…

13. Tout comme un homme afro-américain pouvait jadis être lynché pour un acte anodin. Même si les faits sont encore peu clairs aujourd’hui, il semblerait ainsi que le tristement célèbre Emmett Till ait été lynché pour avoir sifflé une femme blanche ; il avait alors 14 ans.

14. Hawley a rapidement trouvé une nouvelle maison d’édition. Pour d’autres exemples de sorties de livres annulées (dont celle de l’autobiographie de Woody Allen), voir https://time.com/5798335/woody-allen-memoir-canceled/

15. https://www.insidehighered.com/news/2020/09/08/professor-suspended-saying-chinese-word-sounds-english-slur

16. https://www.theatlantic.com/international/archive/2020/07/cancel-culture-and-problem-woke-capitalism/614086/

17. https://www.hollywoodreporter.com/news/more-kathy-griffin-shows-canceled-as-backlash-trump-stunt-grows-1009749

18. https://abcnews.go.com/Entertainment/kathy-griffin-president-trump-ordered-secret-service-investigation/story?id=54757722

19. John J. Winberry (2015). "'Lest We Forget': The Confederate Monument and the Southern Townscape". Southeastern Geographer55(1): 19–31. 

20. La liberté d’expression est notamment garantie par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le 1er Amendement à la Constitution américaine, et l’article 16 de la Constitution suisse.

21. Une exception communément admise étant la criminalisation de la diffamation et de la menace, car cela met directement en péril les droits d’une personne déterminée (la victime). Ma liberté d'expression s’arrête lorsque je porte atteinte à la réputation d’autrui, et lorsque je l’effraie. Chaque ordre juridique a ses propres règles en la matière.

22. https://www.mtsu.edu/first-amendment/article/999/marketplace-of-ideas

23. L’affaire Agassiz a également un pendant américain, puisque la descendante d’esclaves photographiés par Agassiz a récemment attaqué l’Université Harvard en justice, exigeant le versement d’une compensation financière (puisque Harvard commercialise encore les photos de ses ancêtres en faisant un profit). Voir https://www.lematin.ch/story/le-racisme-du-suisse-louis-agassiz-devant-la-justice-americaine-122740635409

24. https://www.letemps.ch/suisse/part-dombre-louis-agassiz

Lecture supplémentaire :

Pour une vision très tranchée (et quelque peu polémique) sur la question, voir :
https://www.revuedesdeuxmondes.fr/nouveau-numero-cancel-culture-tyrannie-des-minorites-le-nouvel-ordre-mediatique/

Le terme anglais nitty-gritty a-t-il des origines esclavagistes?

Le mot anglais « nitty-gritty » est, en linguistique anglaise, un exemple de rhyming reduplication (redoublement rimé), à l’instar de namby-pamby, hanky-panky, wee-wee, okey-dokey, boogie-woogie ou ship-shape.

L’Oxford English Dictionary (OED) définit nitty-gritty comme suit : « The fundamentals, realities or basic facts of a situation or subject. The heart of the matter. » (Les éléments fondamentaux, les réalités ou les faits essentiels d’une situation ou d’une question. Le vif du sujet.)

  Nitty-gritty 1  

Fin 2020, un auditeur de la BBC s’est plaint parce que Laura Kuenssberg, journaliste politique primée, avait utilisé ce terme. Selon lui, ce dernier est raciste, fondé sur la traite des esclaves. Les producteurs de l’émission ont rejeté sa plainte. Cependant, cet auditeur a persisté et sa réclamation est remontée jusqu’aux responsables du service des réclamations, qui ont soutenu la décision des producteurs et ont donc écarté l’objection.

On peut lire dans The Phrase Finder, un site Web réputé, ce qui suit : [https://www.phrases.org.uk/meanings/nitty-gritty.html]

« … il a été affirmé que « nitty-gritty » est un terme péjoratif qui renvoie à la traite des esclaves pratiquée par les Anglais au XVIIIe siècle. […] Il désignerait des débris sans importance qui restaient dans le fond de la cale d’un navire une fois que les esclaves avaient été débarqués, et ce sens aurait été étendu aux esclaves eux-mêmes.

Rien ne permet de dire que « nitty-gritty » ait un lien avec les navires utilisés pour le transport d’esclaves. Ce mot a probablement été forgé par des Afro-Américains, mais il s’agit là du seul lien avec l’esclavage. Il n’est attesté dans des textes imprimés qu’à partir des années 1930, longtemps après la disparition des navires de transport d’esclaves, et près de cent ans après l’abolition de l’esclavage.

  Slave Ships - Slave Ships (History Today).jpgSource : History Today  

Il a aussi été affirmé que « nitty-gritty » désigne des poux (aussi appelés « nits ») ou du maïs moulu (aussi appelé « grits »), mais ici encore ces hypothèses ne reposent sur aucune preuve solide.

Cependant, The Scotsman, dans son édition du 26 janvier 2021, prend une position différente :

« De nombreuses publications font état d’un manque de preuve d’utilisation de ce mot pendant la période de l’esclavage pour écarter tout lien avec la traite des esclaves, mais il n’est pas difficile de voir qu’il désignait autrefois des débris se trouvant dans un navire transportant des esclaves.

Le mot « nit » désigne la lente d’un pou, insecte qui pullulait dans les mauvaises conditions dans lesquelles les esclaves étaient transportés.

Et, aux Etats-Unis, « grits » désigne une céréale grossièrement moulue, ce qui devait être une nourriture bon marché tout juste capable de sustenter des esclaves pendant leur longue traversée de l’Atlantique.

Des lentes de poux et des céréales moulues se trouvaient presque certainement dans le fond de la cale d’un navire de transport d’esclaves.

The Scotsman poursuit :

« Nitty-gritty » n’est pas le seul mot apparemment anodin d’origine raciste ou sexiste.

La prochaine fois que vous qualifiez quelqu’un d’ « uppity » (présomptueux), [1] vous utiliseriez un terme à connotation raciste : pendant la période de ségrégation, des sudistes racistes auraient employé ce mot pour désigner des Noirs « qui n’acceptaient pas leur condition socioéconomique inférieure », selon The Atlantic.

Nitty-grittyL’expression « rule of thumb » (qui signifie littéralement « règle du pouce », mais désigne en fait une « règle empirique ») proviendrait d’une ancienne loi anglaise qui autorisait un homme à battre sa femme à l’aide d’un bâton à condition que ce dernier ne soit pas plus épais que son pouce.

Il est même soutenu que l’expression « hip hip hooray » (hip hip hip hourra) a un relent antisémite. On pense que les Allemands lançaient l’interjection « hep hep » (qui sert à rassembler le bétail dans leur langue) lorsqu’ils faisaient sortir de force des juifs de leurs habitations lors de manifestations au XIXe siècle.

[1] Le substantif one-upmanship (ou upmanship), en revanche, décrit l'acte d'une personne qui fait de la surenchère sur les autres. (Voir : " Manship, suffixe anglais à tout faire"). 

Jonathan Goldberg.
Traduction (anglais>français) : René Meertens

BloggerVotre blogueur fidèle est traducteur et interprète assermenté auprès du Judicial Council of California (hébreu/anglais, français/anglais). Il a vécu sur quatre continents et a passé un an à Paris, où il a obtenu un diplôme en Civilisation française de la Sorbonne – un cas de opsimathie, vu le fait qu'il n'a jamais appris le français à l'école ni pendant ces années d'études précédentes en droit.  Il a été membre du Barreau d'Afrique du Sud et du Barreau d'Israël. Il a traduit en anglais RÉVOLUTION d'Emmanuel Macron. Il ne faut pas le confondre avec un autre Jonathan encore plus ancien – la tortue (âgée de 188 ans) en confinement sur l'île de Sainte Hélène  (comme Napoléon autrefois). [*]  Les deux (Jonathan & Jonathan, non Jonathan & Napoléon) se sont rencontrés lors d'une visite de l'île effectuée par votre blogueur. Voir le reportage : https://bit.ly/2KS6Wxe

Lecture supplémentaire :

Liverpool’s Slave Trade Legacy
History Today, March 3, 2020

 

Curioistés litteraires (4)


14 mars 1939, neuf heures du soir. Les nazis aux portes de Prague. Max Brod, alors célèbre écrivain, et son épouse prennent le dernier train pour la Pologne. Une des valises contient d'innombrables feuilles de papier, en majorité couvertes de l'écriture nerveuse de son meilleur ami, littéraire inconnu, Franz Kafka.

  Kafka-brod  

Kafka condamne ses écrits à la destruction par le feu après sa mort dans deux notes que Brod trouvera posées sur le désordre de son bureau à Prague. Brod ignore le message : il aurait toujours dit à Franz que pour rien au monde il ne brûlera ses papiers. Éditeur des premières publications de Kafka, il y avoue avoir ignoré ces notes ; c’est grâce à cette trahison que « Le procès », « Le Château" et « l’Amerika » voient le jour. 

Arrivé à Tel Aviv, Brod rencontre la famille d’Esther et Otto Hoffe. Après la mort de sa femme, Esther devient sa secrétaire (il l'appelle son ange sauveur) et sa maîtresse. Dans les années cinquante Brod, décédé en 1968, fait cadeau à Esther, par une série de notes (encore des notes !) et non par testament, de ses propres écrits et des papiers de Kafka, entre autres le manuscrit du « Procès ».

Ces manuscrits sont devenus désormais l'objet d'un acharnement judiciaire que nous raconte le livre de Benjamin Bakint « Kafka's Last Trial » – « Le dernier procès de Kafka ».

Kafka Le poces Kafkas-last-trial cover
Le procès Kafka's Last Trial

Ce texte reprend en partie une recension rédigée pour ce blog par Anna Chruschiel  

Lecture supplementaire :

Franz Kafka rêvait au confinement

Google Translate comme traducteur littéraire (allemand > français)

 

Les mots du mois de février – homophily (ang.) homophilie (fr.), homophile (ang. & fr.); deplatforming/no-platforming (ang.)

Francoise le Meur (snipped)Notre contributrice Françoise Le Meur a bien voulu rédiger l'analyse qui suit à notre intention. Nous la remercions vivement.

 

 

 

Homophilie et homophile

Homophile (subst. et adjectif).

 

Etymologie : de homo (signifiant « même, égal, comme » (opposé à hétéro), du grec homos + –phile (« celui qui aime, apprécie »)

Dans son usage, largement désuet de nos jours, signifie « celui.celle qui est attiré(e) par un individu du même sexe ou une personne active dans la défense des droits des personnes homosexuelles »

Ce mot n’est pas l’antonyme de homophobe mais le synonyme de homosexuel, un temps préféré par les militants de la cause homosexuelle, parce qu’il évite la référence à la sexualité pour lui substituer celle des affinités et de l’amour.

En effet après la Seconde Guerre mondiale, le mouvement homosexuel international s’était structuré autour du terme « homophile », représenté en France par Arcadie, « Mouvement homophile de France » et sa revue Arcadie (existence de 1954 à 1982).

Ne pas confondre ce terme avec son paronyme hémophile (personne atteinte d’une maladie liée à un défaut de coagulation du sang). [1]

Homophilie (subst. fém.). Attirance sentimentale ou sexuelle d'un individu pour un individu du même sexe. Ce terme est vieilli et est maintenant remplacé par le terme homosexualité depuis les années 70.

Birds

Une citation équivalente en français serait « qui se ressemble s’assemble ».

En sciences sociales, l'homophilie est la tendance à s'affilier à ses semblables (pairs). La propension à préférer entretenir des relations avec des personnes qui se ressemblent et ont des caractéristiques communes telles que le lieu géographique, l'origine sociale, la langue ou la race est un indicateur de la persistance des catégorisations sociales globales à l’intérieur des structures relationnelles.

Le sociologue français Pierre Bourdieu a relié en 1980 la tendance à l'homophilie à la notion de capital social et aux autres formes de capital; les gens ont ainsi tendance à s'associer à leurs semblables (en termes de position sociale, de rôle social, etc.).

Dans sa version anglaise, le terme homophily [2] défini par le dictionnaire numérique Lexico.com comme « The tendency for people to seek out or be attracted to those who are similar to themselves », a fait l'objet de plusieurs analyses dans la presse américaine à propos de l'influence des réseaux sociaux (et plus encore à la suite du siège du Capitole, le 6 janvier.)

Dans le journal Foreign Affairs, l’ article «The False Prophecy of Hyperconnection » de Niall Ferguson souligne « Because of the phenomenon known as “homophily”, or attraction to similarity, social networks tend to form clusters of nodes with similar properties or attitudes ».

Un autre mot anglais, groupthink, défini par Lexico.com comme "The practice of thinking or making decisions as a group, resulting typically in unchallenged, poor-quality decision-making” figure dans le même champ lexical.

Cela étant dit, peut-on parler d’homophilie au sujet des supporters de D.Trump ?

Cette homophilie concerne sans doute davantage les opinions émises par les supporters influencés par les réseaux sociaux ou les chaînes TV telles Fox news (même si certaines caractéristiques en termes de sexe, de couleur de peau, de religion, éducation, niveau social peuvent être communes et d’autres plus éloignées (par exemple républicains convaincus ou hommes d’affaires fortunés).

L’homophilie influence l’enfermement dans « une bulle de filtres » (par l’intermédiaire des publications partagées, des échanges avec des contacts/amis/suiveurs sur les réseaux sociaux et à la croyance à des thèses conspirationnistes.

Les fameux algorithmes (Google et Facebook en tête de liste) avaient, à ce titre, été montrés du doigt comme ayant été responsables de la victoire du candidat Républicain à la Maison Blanche en 2016.

 

De-platforming (ou no Platform)

  Deplatforming  

Méthode de censure par laquelle on refuse au censuré tout moyen d'expression (notamment sur les « plateformes » et réseaux sociaux), en incitant (si nécessaire par le boycott) ses fournisseurs potentiels (hébergeurs, universités…) à ne rien lui fournir (vendre, louer, prêter…).

Suite à l’envahissement du capitole le 6 janvier 2021 et à plusieurs tweets du président Trump le 7 janvier 2021, Facebook, Instagram, YouTube, Reddit et Twitter ont tous privé D.Trump d'accès à leur services, et Twitter a désactivé son compte personnel pour avoir continué à tweeter de faux messages sur la fraude électorale.

« Platform » désigne Twitter etc., mais a surtout le sens de tribune où s'exprimer en public.

Dès les années 1970, des étudiants britanniques avaient instauré, sous le nom de « No Platform », un boycott visant à interdire les campus à tout groupe ou individu jugé fasciste ou raciste.

En 2017 U.C. Berkeley avait  déprogrammé Richard Dawkins du séminaire sur la biologie humaine en raison de ses commentaires incendiaires sur l'Islam.

Il n’y a pas pour le moment de traduction officielle reconnue en français

L'idée à retenir étant « priver de tribune », les traductions possibles de « deplatforming » sont nombreuses : refuser de donner la parole à, chasser ou bannir (d'un réseau, d'un lieu), mettre à l'index, censurer.

  CANCEL CULTURE  
  dédié à la culture de l'annulation
par la purge de statues de 2020
 

Le de-platforming ou no-platforming est également lié à la Cancel Culture dont il est une méthode d’action.

La « Cancel culture », soit littéralement la culture de l’annulation, consiste à pointer du doigt une personnalité ou une entreprise dont un propos, ou une action, a été considéré comme répréhensible ou « offensant » et à lui retirer son soutien via les réseaux sociaux.

D’autres méthodes d’action consistent en des dénonciations publiques, le boycott, les procès, le déboulonnage de statues le cyber-harcèlement, les sit-in sur la voie publique.

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[1] L’hémophilie fut aussi appelée « maladie royale », étant donné que la reine Victoria du Royaume-Uni a transmis l’hémophilie aux familles royales d’Espagne, d’Allemagne et de Russie. On notera que sans cette maladie, Grigori Raspoutine n'aurait jamais été aussi célèbre qu'il l'a été. Ce dernier aurait réussi à soulager le tsarévitch Alexis (fils de Nicolas II) de ce mal que les médecins de l'époque connaissaient peu. (Source : Wikipedia)