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Francine Kaufmann, linguiste du mois d’avril

Nous souhaitons la bienvenue à notre invitée, la Professeure Kaufmann. L'entretien qui suit a été géré par Jonathan G. à Jérusalem.

Francine

Le Mot juste : En septembre 2011, vous avez officiellement pris votre retraite de professeur à l'université israélienne Bar Ilan, mais votre carrière a été (et reste) très riche et variée.

Francine K. C'est vrai. Après un cursus à Paris X-Nanterre qui m'a conduite à une maîtrise de théâtre et au doctorat ès lettres, parallèlement à des études d'hébreu à l'École des Langues orientales de Paris et à l'université de Lille (et plus tard un diplôme de communication à Boston), j'ai enseigné durant cinq ans la langue et la littérature hébraïques aux universités Paris III et Paris VIII. Puis, après mon installation à Jérusalem, en octobre 1974 et jusqu'à ma retraite, j'ai enseigné la traduction et l'interprétation d'hébreu en français, à l'université Bar Ilan, dans le seul département spécialisé d'Israël, dont j'ai été deux fois la directrice. Parallèlement à ma carrière de professeur des universités, je suis aussi essayiste, traductrice de poésie, conférencière, interprète officielle, interprète de conférences et interprète audiovisuelle. J'ai aussi été longtemps journaliste, réalisatrice et présentatrice à la télévision française, à La Voix d'Israël : la radio israélienne, et correspondante d'une radio juive en France (RCJ).

LMJ : Votre CV est tellement rempli que nous ne pouvons vous demander que quelques exemples de votre contribution dans chaque domaine. Avant de rentrer dans les détails,  dîtes s'il vous plaît à nos lecteurs quelles sont les langues que vous maîtrisez.

Francine K. Je suis née à Paris et j'y ai vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. Ma langue maternelle (et principale langue de travail) est donc le français. J'ai appris enfant à lire, écrire et comprendre un peu l'hébreu, langue des prières et de la Bible, dans un cours d'instruction religieuse. Mais ma première rencontre avec l'hébreu en tant que langue vivante et parlée a été à une école secondaire juive. Après la signature des accords culturels entre la France et Israël en 1962, j'ai même remplacé l'anglais, qui était ma première langue étrangère, par l'hébreu que j'ai présenté au baccalauréat, et j'ai pour la première fois eu accès à la littérature israélienne. À l'université, comme je vous l'ai dit, j'ai suivi des cursus parallèles de langues et littératures françaises et hébraïques, avec un certificat d'anglais, langue étrangère. Quand je suis devenue interprète de conférences, j'ai fait deux séjours linguistiques de deux mois chacun, l'un à Londres, l'autre à Boston, pour perfectionner mon anglais. Aujourd'hui, je travaille essentiellement d'hébreu et d'anglais en français par écrit. Comme interprète, je travaille aussi vers l'hébreu.


LMJ : Quand vous avez été nommée chef du département de traduction et d'interprétation de l'université Bar-Ilan, le choix de langues disponible était anglais-hébreu-anglais, français-hébreu-français. Quelles autres langues avez-vous ajoutées pour élargir l'éventail des combinaisons offertes.

Francine K. Lors de mon premier mandat, j'ai créé des sections en espagnol-hébreu-espagnol et allemand-hébreu-allemand. Jusqu'à ce jour, la plupart des professionnels actifs sur le marché sont issus de ces promotions. Lors de mon second mandat, j'ai créé une section dont je suis particulièrement fière : arabe-hébreu-arabe. J'ai aussi essayé de créer une section russe. J'avais déjà choisi des professeurs, préparé un cursus et fait passer les examens d'entrée. Mais, il n'y avait pas suffisamment de bons candidats et c'est mon successeur qui a pu reprendre le projet et le faire aboutir. Aujourd'hui, Bar Ilan continue à former des professionnels dans les sections annuelles, anglaise et française, et propose en alternance les autres filières : c'est ainsi que, l'année prochaine, l'espagnol va remplacer l'arabe. Quant à l'interprétation communautaire (dans les hôpitaux, les tribunaux etc.) et l'interprétation en langue des signes, c'est une filière parallèle.


LMJ
: Dans quelle mesure avez-vous pu mener de front votre carrière universitaire et vos activités dans les media ?

Francine K. Sur un plan pratique, j'ai souvent dû jongler avec les horaires et passer des nuits blanches. Il va sans dire que ma fonction d'enseignante et de chercheur a toujours été ma priorité. Mais je considère que les aptitudes exigées d'un journaliste ou d'un traducteur sont très proches : il faut être capable de se documenter aux bonnes sources, savoir s'exprimer par écrit et/ou oralement avec clarté et élégance, être doté d'une grande curiosité et d'une souplesse intellectuelle pour passer d'un sujet à l'autre, avoir le sens de la pédagogie pour s'adapter au niveau de son public-cible, en utilisant son vocabulaire et ses références. Je suis d'ailleurs devenue interprète dans un second temps, parce que l'expérience du micro, du reportage, du direct, m'avaient préparée à l'interprétation simultanée, sans que j'en sois consciente bien sûr. En Israël, une bonne partie des interprètes, avant même la création de notre École d'interprètes (en 1972), étaient des journalistes de La Voix d'Israël  (la radio nationale israélienne), et même aujourd'hui, ce sont souvent les journalistes-vedette de la télévision et de la radio qui, sans avoir reçu une formation particulière, assurent l'interprétation des conférences de presse ou des discours importants. Je crois que c'est moins courant en France. En outre, ma double pratique m'a permis d'être interprète ou traductrice pour les média : connaître les contraintes du montage de la bande-son incite certainement à interpréter en contrôlant ou en évitant les chevauchements de voix ou les bruits parasites, par exemple. Et être speakerine ou présentatrice exige de bien articuler et de savoir gérer le temps de l'émission. Réaliser des sous-titrages est beaucoup plus simple quand on a soi-même écrit des commentaires en tenant compte de l'image et de la durée des séquences. Mon expérience pratique a enrichi en retour ma carrière de chercheur. J'ai très tôt (dès les années 70), alors que l'on ne parlait pas encore de discipline autonome, donné des conférences et écrit des articles universitaires sur la traduction pour les média, qu'on appelle aujourd'hui TAV (traduction audio-visuelle). Je continue encore aujourd'hui.


LMJ : Quels sont vos plus beaux souvenirs d'interprète ?

Francine K. Il y en a tant ! Dans ma pratique d'interprète de conférence, je garde un souvenir enchanté d'un congrès de rosiéristes : les couloirs et les salles du Centre de congrès de Jérusalem regorgeaient de roses du monde en entier et il y avait même une fontaine d'eau de rose. J'ai été très fière de dominer, après quinze jours de préparation fiévreuse, la matière hautement technique et diverse d'un congrès de métallurgie. Je me souviens d'un congrès sur les W.C. qui s'est avéré très intéressant parce qu'il portait aussi sur les fuites imperceptibles qui créent un gaspillage des ressources en eau ou sur les nouveaux matériaux pour les sièges ou les chasses d'eau. J'ai énormément appris dans les congrès agricoles, médicaux, financiers, les réunions d'historiens, de psychanalystes, d'anciens combattants, de spécialistes des énergies nouvelles, des assurances, des droits d'auteur etc.

En tant qu'interprète officielle, j'ai été introduite par des collègues au Quai d'Orsay et au Ministère israélien des Affaires étrangères et j'ai pu accompagner présidents, ministres et hauts fonctionnaires dans des dizaines de visites d'État en France et en Israël : Navon, Herzog, Weizman, Katsav et Peres (cinq présidents) ont rencontré Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande. Begin, Shamir, Rabin, Olmert, Sharon et Netanyaou (six premiers ministres, côté israélien) ont dialogué avec Balladur, Juppé, de Charrette, Védrine etc. jusqu'à Fabius : je suis toujours émue de me trouver dans des cortèges officiels et des manifestations où flottent côte à côte les drapeaux de mes deux pays, la France et Israël, et de me dire que je joue ma minuscule partition dans l'entente entre les hommes et les États. J'ai durant des années accompagné les ministres israéliens de la défense au salon du Bourget et assuré diverses visites ou négociations bilatérales en matière de transport, culture, énergie etc. J'ai été jetée à l'eau par un collègue de Bar Ilan lors de la visite du président Sadate en 1977. J'ai interprété durant près de trois jours au Centre de presse installé à la hâte au Théâtre de Jérusalem et j'ai frôlé Sadate et Begin lors de la conférence de presse qu'ils y ont donnée. Mais, j'ai aussi un souvenir impérissable de la Conférence de Madrid pour la paix au Proche-Orient (octobre 1991), où j'avais été engagée par les Américains pour traduire les débats qui se déroulaient au Palais royal pour les Libanais (qui avaient demandé le français) et pour la presse francophone. C'est la Commission européenne qui m'a engagée pour la deuxième conférence ministérielle Euro-Méditerranéenne à Malte, en avril 1997 (où j'ai interprété en relais Yasser Arafat et comme pivot, pour mes collègues, David Lévy, notre ministre des AE). J'ai d'ailleurs accompagné par deux fois David Lévy à New-York pour l'Assemblée générale de l'ONU.

Enfin comme interprète pour les média, ma contribution au tournage en Israël d'interviews en consécutive par Claude Lanzmann en 1979 apparaît dans des films culte : Shoah et Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures (où ma voix figure dans la bande son).

Claude Lanzmann

J'ai aussi transporté à Paris les bobines d'un film israélien de Mira Recanati, que j'ai interprété (en faisant toutes les voix) devant le jury sélectionnant les films pour le Festival de Cannes 1981, dans la série « un certain regard » : Mille petits baisers, dont j'ai ensuite assuré le sous-titrage et traduit le dossier de presse. J'ai interprété ou sous-titré des films pour la télévision israélienne (nationale ou éducative), pour Arte, pour des associations. Et j'interprète souvent dans des festivals de cinéma ou dans des rencontres bilatérales concernant la coopération audiovisuelle. Durant la guerre du Golfe, en 1991, j'ai interprété en consécutive pour la chaîne juive de radio libre : RCJ, les bulletins horaires retransmis en hébreu par la radio israélienne et j'ai traduit de nombreuses interviews. Devenue la correspondante de RCJ, j'ai ensuite assuré l'interprétation des principaux accords de paix et de l'enterrement de Rabin. Lors de la visite en Israël du pape Jean-Paul II, en mars 2000, la chaîne française KTO m'a demandé d'interpréter en studio les retransmissions en direct des principaux événements ponctuant cette visite. Ma connaissance du contexte et de la complexité des affaires religieuses m'a beaucoup aidée. La semaine prochaine, j'accompagne une équipe qui réalise un documentaire sur les relations franco-israéliennes et qui interviewe le président Shimon Pérès.


LMJ : Sans nous divulguer le contenu des entretiens confidentiels que vous avez traduits, pourriez-vous nous raconter une ou deux anecdotes de vos missions d'interprète officielle ?

Francine K. Vous savez, le respect du secret professionnel est la première chose que l'on exige d'un interprète officiel. Il s'avère que des confidences qui nous semblent parfaitement innocentes peuvent être décryptées par des spécialistes qui en tirent des conclusions que l'on n'imagine pas. Je ne raconte jamais ce que j'ai vu et entendu, sauf s'il s'agit d'événements qui ont eu lieu en public. Mais je peux vous dire, par exemple, que j'ai été mise en difficulté dans une réunion entre Hubert Védrine et Sylvain Chalom, à l'époque ministre des affaires étrangères israélien : Védrine ne cessait de souligner qu'il tutoyait à dessein Chalom qu'il avait rencontré auparavant à plusieurs reprises. Or en hébreu (comme en anglais), le vouvoiement n'existe pas : ou plutôt : il existe un seul pronom (qui varie selon le sexe de la personne à qui l'on s'adresse) qui, comme you en anglais, s'emploie pour la seconde personne, à la fois au singulier et au pluriel. Je m'entortillais dans mes périphrases. J'avais envie d'interrompre la séance pour expliquer tout cela à Sylvain Chalom, mais je n'ai pas osé et j'ai attendu une pause. Je peux aussi vous dire que la personne privée qu'on accompagne est souvent très différente de l'image qu'on en a à la télévision ou à travers la presse. C'est ainsi qu'Ariel Sharon s'est révélé d'une grande gentillesse, très attentionné et à l'écoute de chaque collaborateur ou interlocuteur. En revanche, je n'ai jamais vu François Mitterrand se départir devant moi, même dans les moments de détente, de son masque d'impassibilité pour afficher un franc sourire, tandis que son épouse, Danielle, était affable et très chaleureuse. Mais je sais que Mitterrand s'ouvrait en privé. Je peux encore vous raconter que lors de la réception offerte par le Président Herzog à Mitterrand au King David, en 1992, le service français de garde rapprochée du Président Mitterrand a violemment repoussé Mme Herzog qu'il n'avait pas identifiée : or celle-ci, au lieu de s'offusquer, a éclaté de rire et s'est présentée comme l'hôtesse ! Je me demande ce qui se serait passé si elle avait déclenché un incident diplomatique, comme lorsque Jacques Chirac, serré de trop près par les gardes du corps israélien, lors de sa visite de la Vieille ville de Jérusalem, a laissé éclater sa colère.


LMJ
: Revenons à votre carrière de chercheur. Vous avez écrit un livre tiré de votre thèse sur la littérature de la Shoah, et plus particulièrement sur l'œuvre d'André Schwarz-Bart : « Pour relire Le dernier des Justes. Réflexions sur la Shoa » (Librairie des Méridiens-Klincksieck, 1986).

  Couverture 1

André Schwarz-Bart                livre de Francine Kaufmann


Francine K.
Là, il ne s'agit plus de traduction ni d'interprétation, bien qu'il n'y ait qu'un pas entre l'interprétation interlinguistique, d'une langue à l'autre, et l'interprétation intralinguistique, qui décrypte et explicite le sens d'un texte dans une même langue. D'ailleurs en hébreu rabbinique, le verbe letarguem signifiait à la fois traduire (d'hébreu en araméen, grec etc.) et expliquer (exégèse). Pour en revenir à Schwarz-Bart, je l'ai choisi parmi de nombreux auteurs de la première génération d'écrivains qui ont cherché à donner une traduction littéraire à l'indicible de la Shoah. Je considère que le roman qui lui a valu le prix Goncourt en 1959 et une notoriété internationale, Le dernier des Justes, est l'un des chefs-d'œuvre qui méritent de rester dans l'histoire littéraire. D'autant plus que j'ai rencontré l'homme en 1972, puis je l'ai fréquenté et nous avons correspondu : sa personnalité était très attachante. Il était simple, honnête, et se considérait comme un artisan de la littérature. Je continue d'ailleurs à mener des recherches sur sa vie et son œuvre. J'ai fait récemment plusieurs séjours en Guadeloupe pour étudier ses manuscrits, ses notes, sa bibliothèque. J'ai rédigé et présenté une exposition sur son second chef d'œuvre, La mulâtresse Solitude (1972), avec le concours et dans les locaux de la Médiathèque caraïbe à Basse-Terre, en mai 2012. J'écris des articles, je prépare d'autres livres sur lui. Quant à la Shoah, c'est un domaine sacré pour moi : mes parents se sont connus dans le camp de Drancy et tandis que ma mère a pu en être libérée en 1942, en tant que Française âgée de moins de 17 ans, et qu'elle est entrée dans la Résistance MOI-FTP, mon père a été déporté et s'est retrouvé à Auschwitz, puis dans un commando chargé de déblayer les ruines du Ghetto de Varsovie et, enfin, après une marche de la mort, à Dachau où les Américains l'ont libéré en 1945. Vous comprendrez que je me sente directement concernée.


LMJ
: Vous avez aussi beaucoup écrit sur André Chouraqui, avocat, juge, écrivain, résistant, penseur et homme politique franco-israélien, connu pour sa triple traduction de la Bible hébraïque, du Nouveau Testament et du Coran [1].

André Chouraqui                        La Bible Chouraqui

Francine K. Oui, il s'agit de mon second domaine de recherche, la traductologie. Habitant à Jérusalem, comme André Chouraqui, je l'ai rencontré et j'ose dire que je suis devenue son amie. Lui et sa femme, Annette, m'ont ouvert leurs archives et j'ai pu étudier ses manuscrits, son imposant dossier de presse, admirablement classé. Je lui ai posé les questions qui me préoccupaient. Il faut dire que son œuvre de traducteur est unique au monde. Et dans tous les congrès internationaux où j'allais, apprenant que je résidais à Jérusalem, on me demandait immanquablement si je connaissais André Chouraqui et on m'enviait de pouvoir l'approcher. C'est vrai que l'on fait aujourd'hui appel à moi pour écrire des notices de dictionnaires, d'encyclopédie, des articles le concernant.

L'étude des traductions de la Bible est d'ailleurs l'une de mes spécialités et je participe souvent à des congrès ou des sessions sur la traduction sacrée, pour éclairer le domaine juif. J'ai organisé et je présiderai à Amiens, en juin de cette année, une séance d'un colloque de SEPTET (Société d'Études des Pratiques et Théories en Traduction) sur l'approche juive de la traduction. J'ai par ailleurs été sollicitée pour faire partie de l'équipe de l'HTLF (Histoire des traductions en langue française : nous sommes 300) qui publie actuellement chez Verdier une série de volumes sur la traduction littéraire en France depuis le XVe siècle jusqu'à nos jours. Le tome sur le XIXe a déjà paru, celui sur les XVII-XVIIIe est en cours d'impression et celui sur le XXe siècle est en chantier. J'y assure le sous-chapitre « traduction juive » dans le chapitre consacré à la traduction des textes sacrés qui passe en revue, pour chaque siècle, les traductions de chaque confession : chrétienne, juive, musulmane, bouddhiste etc.


LMJ
: Avant de nous quitter, pourriez-vous expliquer en quelques mots en quoi consiste l'approche juive de la traduction ?

Francine K. L'histoire de la traduction juive historique peut être retracée depuis au moins le Ve siècle avant l'ère chrétienne grâce aux témoignages du Talmud puis de la littérature rabbinique (midrach, responsa, commentaires exégétiques). Au détour d'une page, on découvre les règles qui présidaient à l'exercice de la profession, essentiellement dans un contexte liturgique (lecture publique de la Thora), pédagogique (accompagnement d'un grand maître enseignant dans les Écoles talmudiques, prêchant à la synagogue ou scandant la vie de la société) et juridique (tribunaux, intronisation d'un nouveau juge). Comme je vous le disais, le traducteur travaillait selon plusieurs modalités : généralement en consécutive, parfois en chuchotage, avec ou sans passage d'une langue à une autre. C'était un spécialiste de l'expression orale (ce n'est que tardivement, vers le second siècle de l'ère commune, qu'une compilation de traductions reçues se fige par écrit, dans le Targoum). Le metourguemane (l'interprète) avait lui-même de grandes connaissances et il servait d'intermédiaire entre le maître, au langage concis, parfois obscur, souvent peu audible, et le public pour qui il développait et précisait la pensée du maître, à voix haute et intelligible. Le trait le plus frappant de l'approche juive de la traduction (outre le fait que traduire, interpréter, paraphraser, développer sont des aspects d'une même profession) me semble être la volonté de distinguer ostensiblement l'original et la traduction : contrairement à l'approche occidentale, et notamment française, qui considère qu'une bonne traduction doit se lire comme un original, et qu'elle doit donner l'impression d'être pensée dans et pour la civilisation d'accueil, la traduction juive (en tout cas jusqu'au XIXe siècle) refuse cette illusion et fait coexister l'original et sa traduction. Quand il s'agit d'interprétation consécutive du texte biblique, le lecteur et l'interprète doivent être deux hommes différents. En traduction écrite, le manuscrit ou le livre est en version bilingue : ainsi, la co-présence de l'original permet de toujours revenir à lui et la traduction, interlinéaire ou en regard, est visiblement un accessoire qui, souvent encadré de notes et commentaires, se présente comme l'un des outils d'accès au texte mais ne prétend jamais remplacer le texte.

[1]  

http://translation.biu.ac.il/en/page/398

La guerre des apostrophes

Une autre guerre civile menace l'Angleterre. Le conflit serait toutefois moins violent que celui qui opposa les Têtes rondes (parlementaires) aux Cavaliers (royalistes) entre 1641 et 1652. [1]

For Sack and Plunder — Chris Collingwood

Car l'enjeu actuel est d'ordre grammatical. Tout a commencé lorsque des officiels du sud-ouest de l'Angleterre ont décidé d'ôter les apostrophes des panneaux indicateurs des rues. [2] En remplaçant « King's Crescent » par « Kings Crescent » et « St. Paul's Square » par « St. Pauls Square », ils souhaitaient prévenir de possibles confusions.

 La fin de l'apostrophe? « St. Paul's Square » et « St. Pauls Square ».
(David Jones / Associated Press)

Selon le Los Angeles Times, la proposition de bannissement a fait l'effet d'une bombe au pays d'Élizabeth II dès sa publication en mars 2013. Des condamnations pour outrage grammatical ont fusé des quatre coins du pays, et certains critiques en colère ont juré de défendre l'apostrophe. Dans la foulée, ils ont accusé le conseil de quartier de massacrer la langue et d'abrutir la vie urbaine.

En français, l'apostrophe apparaît en 1529 dans l'imprimerie de Geoffroy Tory. Elle indique l'élision d'une voyelle (par exemple : « l'oiseau »). Elle remplit également cette fonction en anglais (« there's » au lieu de « there is »; « they're » au lieu de « they are »), mais on l'utilise plus fréquemment pour marquer la possession. Ainsi, « the coat of [ou : belonging to] the boy » devient « the boy's coat » (le manteau du garçon).

Voici trois règles grammaticales de base pour exprimer la possession :

  • On ajoute un « 's » aux noms et aux pronoms qui se terminent par une autre lettre que le « s » au singulier ou au pluriel. Par exemple : « someone's », « a cat's toys », « the women's club ».
  • On ajoute seulement une apostrophe aux noms qui se terminent par un « s » au pluriel. Par exemple : « three cats' toys ».
  • La pratique diffère pour les noms propres de personnes ou de lieux au singulier qui se terminent par le son « s » (orthographiés « -s » ou « -se », par exemple). À l'école, j'ai appris à écrire « James's » et « Louis's ». Or, je constate qu'aux États-Unis, la plupart des gens écrivent plutôt « James' » ou « Louis' » (par ignorance ou non). D'autres pays anglophones ont adopté cette pratique.

Selon une autre règle, les pronoms personnels possessifs suivants s'écrivent sans apostrophe : « ours », « yours », « his », « hers », « its », « theirs » et « whose ».


Légende : J'ai déjà été en couple avec une apostrophe. C'était compliqué : elle était tellement possessive !

 

Certains noms de famille irlandais contiennent une apostrophe : par exemple, O'Brian et O'Reilly. Le « O » signifie « petit-fils de ».

L'apostrophe se rapporte aussi à une décennie. Par exemple, « in the '90s » signifie « dans les années 1990 ».

Dans certaines expressions idiomatiques, l'apostrophe remplace la lettre « f » : par exemple, « Cat o' Nine Tails » (chat à neuf queues; c'est un type de fouet composé d'un manche auquel sont fixées neuf cordes ou lanières de cuir dont l'extrémité se termine par un nœud).

Les règles de base de l'apostrophe ont la vie dure en Angleterre. Les grammairiens se plaignent de l'épidémie du « grocer's apostrophe » (apostrophe de l'épicier), qui affecte les étalages des magasins : on y trouve des « tomato's » et des « carrot's », (les deux erronés) au lieu de « tomatoes » et de « carrots ». L'apostrophe est souvent mal utilisée dans les brochures et sur les affiches de ministères, de sociétés ou d'œuvres de bienfaisance : « Men's short's » à vendre, au lieu de « men's shorts » (shorts pour hommes).

À Londres, les puristes et leurs détracteurs se querellent sur l'orthographe de « Regent's Park » ou « Regents Park ». Aucun schisme ne menace encore les Britanniques, bien que le débat témoigne d'une incapacité à gérer les subtilités de la langue de Shakespeare. Pour preuve, l'orthographe inconsistante de deux stations du métro de Londres : « Earl's Court » et « Barons Court ».

Aux États-Unis, il aura fallu 100 ans pour que l'hôpital pour enfants de Los Angeles intègre l'apostrophe. En 2011, il devient le Children's Hospital de Los Angeles. Les dirigeants de l'hôpital attribuent l'erreur originale à la touche défaillante d'une machine à écrire.

La phrase suivante nous montre l'importance de l'apostrophe : « If you're late for dinner, you can eat your son's » (littéralement : si vous arrivez en retard pour le repas, vous pouvez manger celui de votre fils).

Sans l'apostrophe de « son's », la phrase incite au cannibalisme : Si vous arrivez en retard pour le repas, vous pouvez manger vos fils.

« Louis' » ou « Louis's » ? Si la question en indiffère plus d'un, elle a occupé l'esprit d'un soldat américain qui s'ennuyait en Afghanistan. On raconte qu'il se serait disputé avec véhémence avec ses collègues sur la bonne manière de transformer Louis en possessif.

L'Apostrophe Protection Society est une association britannique qui promeut le bon usage de l'apostrophe à l'aide de son site Web: http://www.apostrophe.org.uk. Depuis sa mise en service en 2001, le site a accueilli 1,6 million de visiteurs. Le président de l'Association, John Richards, y déclare (traduction libre) :

« La langue anglaise est en constante évolution, et nous ne souhaitons en aucun cas critiquer ouvertement les personnes qui auraient fait des erreurs. Cependant, nous tenons à rappeler le bon usage de l'apostrophe aux rédacteurs de tout type de textes en anglais, afin qu'ils puissent corriger leurs erreurs d'inattention s'ils le désirent. »

« L'importance de l'anglais est indéniable, affirme John Richards. Je suis d'accord pour évoluer si cette évolution tend vers une amélioration. En revanche, je refuse de changer un usage sous prétexte de simplifier les choses pour des gens trop paresseux pour étudier. Ça, c'est une régression. »

Espérons que ces sages paroles calmeront les belligérants, et qu'elles auront un effet positif sur tous ceux qui résistent aux règles de grammaire.

Jonathan G.
Traduction Patricia Barthélémy ,qui anime le blog 
patoudit

Lecture supplémentaire :

Orsenna, Erik. La révolte des accents. Paris, Stock, 2007.

How Apostrophes Make Life More Difficult
Huffpost Healthy Living, 21/2/2008

Watchwords : Disdain for punctuation is missing the mark
The Gazette (Montreal)

Apostrophe now: Bad grammar and the people who hate it
BBC NEWS Magazine, 13 May 2013


If You Were an Apostrophe (Word Fun)
24 pages, pour les enfants de plus de cinq ans

[1] La Première Révolution anglaise de 1642 à 1651 (appelée English Civil War par les historiens britanniques), dont les épisodes se déroulèrent entre 1641 et 1649, aboutit à la mise en jugement du roi Charles 1er, puis à sa décapitation le 30 janvier 1649 à Whitehall près de Westminister, et à l'établissement d'une république, le Commonwealth d'Angleterre qui durera jusqu'en 1660, date de la Restauration monarchique. Cette révolution est le conflit le plus connu des guerres des Trois Royaumes. (Source : Wikipedia)

[2] En anglais, l'apostrophe est un signe qui marque la possession ou l'omission d'une lettre, mais c'est aussi une « figure de rhétorique par laquelle un orateur interpelle tout à coup une personne ou même une chose qu'il personnifie » (définition du Nouveau Petit Robert de la langue française, 2007).

[3]

ApostropheAnglophones et non-anglophones confondent souvent « it's » (contraction de « it is ») et « its », forme possessive qui devrait logiquement s'écrire « it's » mais qui fait exception à la règle. Même le correcteur orthographique de Microsoft se trompe parfois à cet égard.

Les mots anglais du mois :
Thatcherism, Thatcherite

La plupart du temps, le suffixe « isme
» (en anglais « ism ») positionné à la fin d'un mot indique une idéologie, par exemple, le communisme, le capitalisme, l'anarchisme. Dans les cas où le suffixe « isme »
s'ajoute au nom d'une personne, il s'agit en général d'un personnage politique emblématique qui a cultivé une aura de puissance, d'adoration ou de culte,  qui reste associée à son nom, même après sa mort. Ainsi fut le cas de Juan Domingo Perón, Président argentin de 1946 jusqu'à 1955 et de 1973 à sa mort en 1974, [1]  de Joseph Staline, tyran géorgien qui dirigea l'Union Soviétique pendant plus de 30 ans,  et de Charles de Gaulle, président de la France de 1959 jusqu'à 1969. La période correspondant au Péronisme, au  Stalinisme et au Gaullisme représente un tournant décisif dans l'histoire de chacun de ces pays respectifs.

 
Peron
Stalin
De gaulle
      Peron                        Staline                 de Gaulle

Le thatchérisme (Thatcherism en anglais) désigne l'ensemble des politiques (essentiellement d'ordre économique)  menées par Margaret Thatcher, la première femme élue Premier Ministre du Royaume Unis (1979-1990), dont les funérailles viennent d'avoir lieu. Le terme indique notamment sa politique économique libérale et, au point de vue personnel, la personnalité  indomptable de la
« Dame de fer ».

Tout partisan de Thatcher et de sa politique s'appelait un « Thatcherite ».

Le mot juste n’est pas en reste !


Hot Off the PressVotre blog met un point d'honneur à serrer l'actualité d'aussi près que possible. Ainsi, à propos des cœlacanthes, il a publié son article le 9 avril 2013, devançant Le Figaro qui lui a consacré une demi-page (Connaître enfin la vraie vies des coelacanths) le 16 du même mois et le New York Times qui en a fait autant le lendemain, 17 avril (Fish's DNA May Explain How Fins Tuned to Feet).


COELACANTH NYT

Chip Clark/Smithsonian National Museum
of Natural History, via Associated Press

In other words, we pre-dated them… Notons au passage que « to pre-date » est presque un faux ami, en ce sens que, s'il peut parfois vouloir dire antidater (indiquer une date antérieure), il est utilisé le plus souvent dans le sens de devancer, précéder, être antérieur à…

Souvent le premier, LMJ est parfois même le seul à diffuser certaines nouvelles en français. Tel fut le cas pour le Prix PEN/Barbara Goldsmith décerné à Ayşe Berktay (voir l'article ci-dessous). En effet, le Conseil Européen des Associations de Traducteurs (CEATL) n'a jusqu'ici publié qu'un communiqué en anglais.

À la une : Une traductrice emprisonnée reçoit un Prix du PEN


AyseUne traductrice, Ayşe Berktay, emprisonnée en Turquie à la suite d'une condamnation pour appartenance à une organisation subversive, a reçu le Prix PEN/Barbara Goldsmith de la liberté d'écrire 2013, décerné par le Centre américain PEN. C'est la 27e attribution de ce prix annuel à une personnalité littéraire internationale persécutée ou emprisonnée pour avoir exercé ou défendu le droit à la liberté d'expression.


Hommage à Chinua Achebe

Nous souhaitons la bienvenue à notre nouveau collaborateur, Emad Mirmotahari, auteur du livre « Islam in the Eastern African Novel », (qui fait partie de la collection « Literatures and Cultures of the Islam Worlds », publiée par Palgrave Macmillan), et
« Assistant professeur » d'anglais à l'Université Duquesne [1] de Pittsburgh (Pennsylvanie) où il donne des cours sur la fiction mondiale et post-coloniale. Il a soutenu une thèse de doctorat en littérature comparée à UCLA (Université de Californie à Los Angeles) où ses recherches portent sur les littératures africaines. Son hommage à Chinua Achebe, qui vient de disparaitre, a été
obligeamment rédigé à notre demande.


ImagesChinua Achebe, auteur nigérien et lauréat de prix littéraires prestigieux [2] , est connu comme un « Lion de la Littérature ». Nous avons confié au Professeur Mirmotahari, grand connaisseur des œuvres d'Achebe (et notamment du célèbre « Things Fall Apart »), le soin de lui rendre un dernier hommage [3].|


En lisant ce qui suit, on sera gagné par le style très concis et précis du Professeur Mirmotahari, et l'on partagera sa passion pour le sujet.


Je ne me souviens pas de ma première lecture de Things Fall Apart de Chinua Achebe, comme je ne me souviens pas de la première fois que j'ai lu. Chaque fois que je lis ce roman, je me trouve au cœur d'un Événement. Ce livre est un moyen de voir le monde. Ce sont des yeux. Et, une fois que vous avez vu le monde de cette façon-là, vous ne pourrez plus jamais le voir autrement, comme l'a dit James Baldwin. Things Fall Apart est un texte généreux. Coléreux, mais sans caprice.


THE LIAR (LE MENTEUR) de Pierre Corneille

       en anglais à Los Angeles

 

seulement 5 séances

au Théâtre James Bridge, UCLA
18 – 21 avril

              guichet : 310.827.0889

 

Jeudi,          18 avril : 20 heures

Vendredi,    19 avril  : 20 heures

Samedi,      20 avril : 15 heures & 20 heures

Dimanche, 21 avril : 16 heures

 


 

Bienvenue dans une étincelante comédie où se rencontrent attirance physique, méprise d'identité et intentions absurdes! Démodé? Desséché, ce sujet ? Pas du tout! Son habile
auteur, Pierre Corneille, s'y connaissait un peu en sexe, mensonges et escapades parisiennes.

Voici la prémisse d'ouverture à peine arrivé de Poitiers, où il est étudiant en droit, le jeune Dorante rencontre deux superbes jeunes filles aux Tuileries à Paris. Violemment attiré par l'une d'elles, et en sérieux manque sexuel, il décide de se faire passer pour un soldat et se met à poursuivre sans répit celle qu'il désire. Mais bien sûr, rien n'est si simple! La suite est un feuilleton foisonnant d'erreurs excitantes, de prétentions ridicules, de ruses féminines et – par-dessus tout – d'un empilement de mensonges.

Le Menteur, écrit en 1644, fait encore beaucoup rire. Pourquoi ? Parce que c'est une pièce qui nous parle de la nature humaine, de ce que les femmes pensent secrètement des hommes, et de ce que les hommes sont capables de faire pour gagner les faveurs de leur belles.

Dorante pourra-t-il jamais se sortir de l'amas de mensonges dans lequel il s'est empêtré ? Finira-t-il par comprendre laquelle des deux jeunes filles est vraiment l'élue de son cœur? Et quel autre énorme mensonge devra-t-il alors inventer?

Je vous laisse le plaisir de le découvrir !

–Martin Jarvis, metteur en scène     

 

Vente électronique
spéciale: billets en vente immédiatement

Prix réduit: 24.
50 dollars

Utilisez le code
« Pierre » pour obtenir les billets à 24. 50 dollars

(Prix normal :
49 dollars

Achetez vos billets
maintenant !

Guichet LATW du
lundi au vendredi – 10h-18h ;   Tel : 310 827 0889

 

Rappel:
tous les spectacles de LA Theatre Works sont présentés sur scène sans décors ou
costumes, devant un vrai public, et transmis sur les stations de radio
publiques et satellites, ainsi que par « streaming » sur l’internet,
et par téléchargement sur mp3.

Notre
spectacle est présenté au James Bridges Theatre à UCLA (935 Charles E. Young
Drive (juste en sortant de Sunset & Hilgard)- où vous trouverez accès
facile et immédiat au parking, à quelques pas de notre théâtre. Les billets ne
sont pas remboursables.

 

  

 

 

 

Ce que la presse étrangère écrit sur la France

L'article
suivant, rédigé en anglais par le célèbre politologue et géopoliticien
français Dominique Moïsi, a été publié dans le grand journal anglais,
Financial Times, puis traduit en français par Leslie Talaga et publié dans PressEurop.
Nous présentons l'une après l'autre les versions anglaise et française,
comme exercice de traduction journalistique. En même temps, nous
espérons que cela donne à nos lecteurs et lectrices un aperçu de la
politique française, present
ée à l'autre côté de la Manche.


Hollande must heed lessons of Louis XVI
Financial Times, 10 April, 2013

by Dominique Moïsi,
senior adviser at the Institut Français des Relations Internationales and a visiting professor at King's College London

French leader may come to be seen as the victim of a revolt against modern elites

François
Hollande may have had François Mitterrand as his role model – a
Machiavellian operator. One might have wished he would be a French
Gerhard Schroeder – a tough reformer. But, in the wake of the Cahuzac
scandal, France's president looks ever more like a modern Louis XVI –
the king guillotined by revolutionaries.


Ce que la presse étrangère écrit sur la France (traduction)

François Hollande, monarque en danger
Financial Times, Londres 
, 10 avril 2013

redigé par Dominique Moïsi , politologue et géopoliticien
français. Il est conseiller spécial de l'IFRI (Institut français de
relations internationales), après en avoir été le directeur adjoint.

Le président français dans un photomontage d'après un portrait de Louis XVI par Antoine-François Callet (1786).


 

François
Hollande a peut-être eu François Mitterrand pour modèle – un intrigant
machiavélien. On aurait peut-être souhaité qu'il soit l'équivalent
français de Gerhard Schroeder – un réformateur coriace. Pourtant, suite
au scandale Cahuzac, le président français ressemble de plus en plus à
un Louis XVI des temps modernes, ce roi guillotiné par les
révolutionnaires.


Le 14 avril – l’anniversaire de Charlie Chaplin

 

Charlie Chaplin
© Penny Sobr


Charles Spencer Chaplin, Jr.
, dit Charlie Chaplin, (1889-1977) est un écrivain, acteur, réalisateur, producteur, scénariste, monteur et compositeur britannique
.

Par son jeu de mime et de clownerie, il est devenu l'un des acteurs les plus populaires d'Hollywood où il a réalisé des courts puis des longs métrages qui l'ont rendu célèbre.

Charlie Chaplin fut l'un des personnages les plus créatifs du cinema muet.   Sa carrière, qu'il débute dans le music-hall en Angleterre, a duré plus de 75 ans.

Son personnage, Charlot pour les francophones, The Tramp dans les pays anglo-saxons, s'inspire de l'acteur burlesque français, Max Linder (Gabriel-Maximilien Leuvielle). Le personnage créé par Chaplin est aujourd'hui universellement connu : celui d'une sorte de vagabond, dont le chapeau melon, la canne, les chaussures trop grandes, le pantalon tombant et trop large, les cheveux frisés et la petite moustache sont devenus le symbole de l'art cinématographique.

 

 

   
     

 

   

Chaplin débuta sa carrière cinématographique au temps du cinéma muet. [1] Ses films les plus connus sont probablement le « Pèlerin » et les « Temps modernes ». (Parmi les autres citons : Charlot soldat, Le Kid, La Ruée vers l'or, Le cirque, Les lumières de la ville, Monsieur Verdoux et le Dictateur).

Le thème mélodique du film « Les temps modernes », Smile, dont il avait composé la musique, a été repris par des chanteurs aussi divers qu'Elvis Costello, Barbara Streisand, Josh Groban et Michael Jackson. Le frère de celui-ci, Germaine Jackson, l'a chanté lors des funérailles de Michael. Voici la version de Nat "King" Cole :

 

 
   

Chaplin a été marié quatre fois. Sa dernière épouse s'appelait Oona O'Neil [2], [3]. En dépit d'une grande différence d'âge entre les deux époux (lorsqu'ils se sont mariés, il avait 54 ans et Oona O'Neill en avait 18), ils ont eu huit enfants. Elle ne s'est jamais remariée après le décès de Charlie.

   
  Le couple Chaplin avec leurs premiers six enfants  


Chaplin s'engage politiquement dans certaines de ses œuvres, qui étaient des satires de la société des années 1930.  Des films comme Les Temps modernes ou Le Dictateur sont des critiques de la société de consommation et du travail à la chaîne, dans le premier cas, et des régimes politiques totalitaires qui s'installent en Europe, dans le second. Par ces films, Chaplin affirme son engagement politique dans la société de son temps. Charlie Chaplin et sa famille retournent à Londres pour promouvoir le nouveau long métrage, « Limelight » (Les Feux de la rampe), après avoir été accusé de prendre des positions communistes aux États-Unis, en 1952,  et avoir figure sur la « liste noire de Hollywood », à l'époque du maccarthisme.Profitant de l'occasion, le gouvernement américain lui interdit de revenir aux États-Unis, en annulant son visa. Il renonce alors à résider aux Etats-Unis et installe sa famille en Suisse, au Manoir de Ban, à Corsier-sur-Vevey, où il vit encore pendant 20 ans et où il sera enterré en 1977. [4 ]

   
  timbre britannique, 1999  timbre américain, 1991  

Parmi les citations que l'on attribue à Chaplin, figurent:

« En gros-plan, la vie est une tragédie, mais, en prise à distance, c'est une comédie »

 « Une journée sans rire est une journée fichue »

 « L'échec est sans importance. Il faut du courage pour faire l'idiot »

Il existe de nombreuses biographies de Chaplin, tant en français qu'en anglais, dont 

Sir Charlie: Chaplin, the Funniest Man in the World », par Sid Fleischman et publiée en juin 2010. Elle s'adresse aux enfants de 9 à 12 ans

 

British Legends : « The Life and Legacy of Charlie Chaplin (Kindle), publié par Charles River Editors en 2013

My Autobiography », écrite en collaboration avec David Robinson, est parue chez Penguin Classics et, en édition française, sous le titre « Histoire de ma vie », aux éditions Robert Laffont, 2002.

 

 

Pour des vidéos, des photos et un quiz sur Chaplin, voir « Charlie Chaplin.biography ». 

 

   
                 Chaplin avec Albert Einstein [5]  
   
  Chaplin avec Mahatma Gandhi  
   
             Chaplin avec Winston Churchill  
   
                Chaplin avec Sophia Loren  

                 

 

Chaplin Today: Limelight –
Full Documentary with Bernardo Bertolucci

 
  Charlie & Onna grave  
  Pierres tombales de Charlie & Oona Chaplin à Corsier-sur-Vevey Stèle de Charles Chaplin
dans le Parc Chaplin,
à Corsier-sur-Vevey 
 

 ———————————————-

[1] Phono-cinemaUn film sonore est un film muni d'une bande son synchronisée, ou dont le son est techniquement couplé à l'image, par opposition à un film muet. La première projection publique connue de films sonores eut lieu à Paris en 1900. Le «système Phono-Cinéma-Théâtre", fut mis au point par Clément-Maurice Gratioulet et Henri Lioret en France.

Il permit la présentation de courts extraits de pièces de théâtre, d'opéra et de ballet à l'Exposition universelle de Paris en 1900, où de simples films (avec son synchronisé) de Sarah Bernhardt et bien d'autres furent réalisés .. Mais des décennies s'écoulèrent avant que les films sonores ne soient commercialisés. Des innovations dans ce domaine conduiront à la première projection commerciale de courts-métrages en 1923.

Les premiers jalons de la commercialisation du cinéma parlant furent posés vers le milieu et la fin des années 1920. Dans un premier temps, les films sonores incluant un dialogue synchronisé (plus connus sous le nom de « films parlants ») ne furent que des courts-métrages. Les premiers longs métrages avec band son ne comprenaient que la musique et des effets sonores. Le premier long métrage présenté à l'origine comme un film parlant fut "The Jazz Singer", sorti en Octobre 1927. Paradoxalement, c'est un film muet français, « The Artist » qui en 2011 remporte l'Oscar pour le meilleur film de l'année, ainsi battant tous les films concurrents sonores. L'Oscar a été récompensé à Hollywood, le bastion de l'industrie cinématique et le symbole du dessus (au moins commercial) des films américains sur la base des innovations française des frères Lumière, Clément-Maurice Gratioulet et Henri Lioret, qui remontent a l'annee 1900, comme exposé au-dessus. [2] la fille de l'auteur dramatique Eugene O'Neill, prix Nobel de littérature en 1936. O'Neill réprouva le mariage de sa fille avec Chaplin. "Dans la vie, il y a déjà assez de comédie pleine d'ironie comme cela," déclara-t-il.

[3] La fille d'Oona et de Charlie est la comédienne anglo-américaine Géraldine Chaplin (née en 1944). Sa propre fille Oona Castilla Chaplin (née en 1986), de nationalité espagnole, est elle aussi comédienne.

   
 

Trois générations de Chaplin dans les films

 

 

[4] L'auteur britannique, Graham Greene, et l'acteur britannique, James Mason, sont également enterrés dans le même cimetière.

[5]

– Ce que j'admire le plus dans votre art, dit Einstein, c'est son universalité. Vous ne dites pas un mot, et pourtant… le monde entier vous comprend.

– C'est vrai, répondit Chaplin. Mais, votre gloire est plus grande encore : le monde entier vous admire, alors que personne ne vous comprend !

Cité dans Les Nouvelles trimestrielles des Anciens de l'OMS, n°91, avril 2013, p.8.

 
Jonathan G.