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Le parc de Yellowstone – un aperçu géographique, historique, zoologique et linguistique

Je suis récemment allé en vacances dans un petit village du nom de « Moose », au pied du Mont Grand Téton, près du Parc de Yellowstone, dans l'État du Wyoming. (Moose est proche de Jackson Hole où le Fonds Monétaire International tient son assemblée annuelle.)

  JacksonHole-parc 7
  Le parc municipal de Jackson Hole  

Origines linguistiques

Avant de décrire la région et les sites naturels qui attirent les touristes dans cette partie du monde jadis française, réfléchissons à l'origine et au sens des mots Moose, Grand Téton et Yellowstone.

Moose est généralement traduit en  français par « élan », bien celui-ci corresponde au mot anglais « elk ». La version nord-américaine de l'élan est ce que les Canadiens appellent l'orignal. Le nom scientifique de l'orignal est Alces Americana (lire aussi la note historique en bas de l’article).

  Reserve-elans  
  La réserve nationale d’élans  

 

  Orignal  
  L’orignal
ou élan nord-américain
 

Selon les historiens, ce sont les trappeurs canadiens-français qui ont donné aux montagnes environnantes le nom de chaîne du Grand Téton qu'elle porte toujours, leur forme les faisant ressembler à des seins.

  GrandTeton  
   Le Grand Téton  

Le parc Yellowstone, lui, tire son nom de la rivière Yellowstone que les trappeurs français appelaient la « Roche Jaune », elle-même traduite du nom indien de la rivière.

Présentation du parc Yellowstone

Le parc de Yellowstone est le plus grand parc national des États-Unis (à l’exception des parcs de l’Alaska). Allant  du Wyoming au Montana et à l'Idaho, il couvre une superficie totale de plus de 8.500 km2.Le parc est renommé pour ses geysers, dont le plus célèbre est l'Old Faithful (« vieux fidèle »).

Les États du Wyoming et du Montana font partie des territoires (formant actuellement 15 États) cédés par la France aux États-Unis d'Amérique (lire aussi la note historique en bas de l’article).

Jadis, l'activité volcanique s'est manifestée à plusieurs reprises avec violence dans la région du Parc National de Yellowstone où des éruptions se produisent depuis deux millions d’années. La chaleur du magma provoque les geysers célèbres, les sources chaudes, les fumerolles et les solfatares. La moitié des phénomènes géothermiques mondiaux se produit à Yellowstone : la lave y coule en permanence et la plus grande partie de sa surface est constituée de roches volcaniques. Le parc est l'élément central du Grand écosystème de Yellowstone, le plus vaste à peu près intact de la zone tempérée de l'hémisphère nord.

  Geyser-Yellowstone  
  Éruption d’un geyser au Parc national de Yellowstone  

Yellowstone est considéré comme l'un des plus beaux parcs nationaux du monde pour ses paysages ainsi que pour sa faune et sa flore sauvages. D'abord lieu de loisirs et refuge pour les animaux sauvages, Yellowstone est devenu une réserve biosphérique internationale et un élément du patrimoine mondial.

Yellowstone offre aussi de nombreuses possibilités de loisirs: randonnée, camping, nautisme, pêche, tourisme, etc. Parmi les moyens de transport, citons les bateaux, les autoneiges, les motoneiges et, pour les moins sportifs, les autobus.

Bus-jaune JacksonHoletelepherique

Bus touristique jaune à Yellowstone
et téléphérique à Jackson Hole

Le parc compte plus de 1.500 km de chemins de randonnée. Alors que je marchais dans l'une des forêts du Grand Téton, je suis tombé sur un couple français qui s'est adressé à moi en anglais. J'ai d'abord cru qu'ils me demandaient où ils pouvaient trouver de la bière (beer). Mais, lorsque nous avons commencé à converser en français, je me suis rendu compte qu'ils me demandaient où ils pouvaient voir un ours (bear). Il m'a fallu leur dire qu'au cours des deux mois précédents, deux touristes avaient été tués par des ours dans ce secteur. (Il est conseillé aux randonneurs de se déplacer en groupes d'au moins quatre personnes ou de parler très fort, de manière à faire peur aux ours et à ne pas se retrouver nez à nez avec eux. De même, il est formellement interdit de donner à manger aux ours.) 

Bear-warning

   

Ours

Avertissement affiché :

“Votre sécurité n'est pas assurée si vous campez ou randonnez sur les terres des ours”

  BewareoftheBear  

 [La pancarte “Attention aux ours” témoigne des bizarreries de la prononciation anglaise: bear se prononce de la même façon que beware et fair, un fait qui a apparemment échappé aux randonneurs que j’ai rencontrés…]

Pendant notre séjour à Moose, nous avons pu observer trois castors qui construisaient un barrage. Le clip vidéo ci-dessous montre leur talent de bâtisseurs :

 

 

Le bison d'Amérique, en très grande quantité dans la région, est également connu sous le nom de buffle américain, bien qu'il n'ait rien à voir avec le buffle qu'on ne trouve qu'en Asie et en Afrique. Le cousin européen du bison est le wisent (Bison bonasus), déjà décrit en son temps par Aristote. L'un et l'autre sont les plus grands animaux terrestres dans leurs continents respectifs.

  Bison Wisent  
  Bison Wisent  

(photo National Geographic)

Quelques autres animaux vivant dans la région peuvent être dangereux, mais pas tous.

Glossaire

ENGLISH

  FRANÇAIS

coyote

 coyote

osprey

 balbuzard
 (ou aigle pêcheur)

mule deer

 cerf-mulet
 (Odocoileus hemionus)

bighorn sheep

 mouflon

bull elk

 élan

grizzly bear 

 grizzli 

bull moose

 orignal

uinta ground squirrel

 écureuil terrestre

(Urocitellus armâtes)

black bear

 ours noir

American white pelican

pélican blanc d’Amérique

lesser scaup

fuligule à tête noire
   (Aythya affinis)

bison and calf

bison et son petit

yellow-bellied marmot

marmotte à ventre jaune

pika

pika

trumpeter swan

 cygne trompette
  (Cygnus buccinator)

Photos

La région est connue non seulement pour ses sentiers de randonnée, mais aussi pour ses lacs et autres coins isolés de toute beauté. Voici quelques photos que ma femme et moi avons prises lors de notre récent séjour.

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Roche jaune (Yellowstone) et geyser en pleine éruption

YELLOWSTONE Image026
 Jonathan et la statue de l'orignal  (l'orignal est à droite),     …et Jonathan portant le panache d’un orignal

         

Un voyage au parc de Yellowstone et dans la région environnante est fortement recommandé. Avant cela, les Français pourront toujours aller au restaurant toulousain ‘Ô Québec’ dont l'emblème est justement un orignal.

OQuebec OQuebec-serviette

Le restaurant ‘Ô Québec’ (www.oquebectoulouse.com) et une serviette du restaurant

JG2Jonathan Goldberg


Cet article a bénéficié de la traduction et des précieux conseils de Jean Leclercq, qui a aussi préparé les notes historiques suivantes.

Notes historiques

De l'orignal…

Le mot « orignal » est entré dans la langue française dès 1664 puisqu’un des impôts de la Nouvelle-France était une taxe appelée « dixième des orignaux », perçue sur l'abattage de ces grands cervidés.

Samuel de Champlain, navigateur, cartographe, explorateur, capitaine  et chroniqueur français a forgé le substantif orignac, terme que les premiers colons avaient emprunté aux Basques qui venaient régulièrement pêcher la morue et chasser la baleine sur les côtes du Labrador et dans l’estuaire du fleuve Saint-Laurent.

De la cession des territoires américains par la France…

Cette cession a été faite en vertu du traité de Paris, signé en 1803 (ce que l'on a appelé la Vente de la Louisiane).

Les cartes ci-dessous montrent que, par cet acte, les États-Unis ont acheté à la France plus du tiers de leur surface actuelle pour 15 millions de dollars.

  Carte-cession_1  
  Le territoire vendu dépasse les deux millions de km²  

 

  Carte-cession_2  

États et territoires des États-Unis d'Amérique entre le 30 avril 1803 et le 27 mars 1804

Une fois l'accord conclu, Bonaparte adressa une lettre au Sénat américain exprimant l'espoir d'une alliance durable avec la Fédération américaine:

« La Louisiane est désormais associée à l'indépendance des États-Unis d'Amérique. Nous conservons là des amis que le souvenir d'une commune origine attachera toujours à nos intérêts, et que des relations favorables de commerce uniront pour longtemps à notre prospérité. Les États-Unis doivent à la France leur indépendance; ils vous devront désormais leur affermissement et leur grandeur. »

InBranda, Pierre & Lentz, ThierryNapoléon, l'esclavage et les colonies. Paris, Librairie Arthème Fayard, 2006, 358 p.

Mais, avant cela, le Premier Consul avait été moins diplomate en déclarant plus crûment à Barbé-Marbois :

« Cette accession de territoire raffermit pour toujours la puissance des Etats-Unis, et je viens de donner à l'Angleterre une rivale maritime qui, tôt ou tard, abaissera son orgueil. »

InGodlewski, Guy. Napoléon et les États-UnisLa Nouvelle revue des deux mondes, 3ème trimestre, juillet-septembre 1977, Paris,1977, p.321.

 

Expressions anglaises: pat-down, chat-down

Le dictionnaire Merriam Webster en ligne (en anglais) définit le verbe  « to pat » comme suit :
1. frapper légèrement avec un instrument plat

2. aplatir, lisser ou mettre en place, mettre en forme par petites tapes

3. tapoter ou caresser doucement avec la main pour apaiser, cajoler ou montrer son approbation

Cependant, le terme « to pat down » signifie fouiller (une personne) pour rechercher quelque chose (une arme dissimulée par exemple) en faisant courir rapidement sa main sur les vêtements et dans les poches.

La palpation de sécurité, appelée aussi fouille par palpation, consiste à s’assurer, en passant les mains sur les habits d’une personne, qu’elle ne porte pas une arme ou d'autres objets dangereux. Contrairement à la fouille à corps, elle n'est pas soumise aux règles régissant les perquisitions. (Jean-Paul DOUCET, « Palpation de sécurité », in Dictionnaire de droit criminel) [1]

Le terme pat down est couramment utilisé pour décrire la procédure employée par les responsables de la sécurité dans les aéroports. Une action similaire, potentiellement moins délicate, effectuée par la police ou des soldats sur des  criminels ou des terroristes présumés est désignée par « frisking » ou « to frisk ».

Image001 Image002
Fouille corporelle dans un aéroport     Fouille à corps effectuée par des militaires

  Image003
– Je n’ai pas de billet d’avion, je viens juste pour la fouille à corps.

Si les fouilles corporelles font souvent l’objet de plaisanterie, elles provoquent encore plus fréquemment l'indignation du grand public. C'est la mésaventure survenue à une vieille dame âgée de 95 ans dans un fauteuil roulant s’étant vue demandée d’enlever ses couches.

Image004

De nombreux aéroports américains sont dotés maintenant de scanners corporels et seuls les passagers qui sont incapables ou refusent de passer le scanner se voient désormais soumis à la fouille à corps.

L’analyse par le scanner ne permet pas d’identifier le passager, mais les images le montrent sans vêtement.

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Scanner de face et de dos

Il existe toutefois une autre alternative en cours de test. Elle se base sur une discussion entre les agents de sécurité et les passagers pour évaluer les raisons de leur voyage et apprécier le risque terroriste qu’ils présentent.

La National Public Radio a diffusé un programme à ce suje :

https://www.npr.org/2011/08/16/139643652/next-in-line-for-the-tsa-a-thorough-chat-down

Cette méthode de contrôle des passagers a déjà été surnommée le « chat-down ».

[1] Voir aussi : https://justice.ooreka.fr/astuce/voir/480639/palpation-de-securite

Jonathan Goldberg.

JG2

« cancel culture », « Karen » et « snowflakes » :

les mots qui font partie du débat politique dans la presse anglo-saxonne

Joelle VuilleL'article qui suit fut rédigé par Joëlle Vuille, Ph. D., notre collaboratrice dévouée et auteure de plusieurs traductions d'articles rédigés en anglais au fil des années. Joëlle est juriste et criminologue et habite en Suisse. Toutes les contributions de Prof. Vuille sur ce blogue se trouvent a https://www.le-mot-juste-en-anglais.com/joelle-vuille/

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Cancel culture = culture de l'annulationculture du bannissement. Parfois aussi appelée “call-out culture”, ou culture de la dénonciation.

Selon le dictionnaire Merriam-Webster, « to cancel someone » signifie « to stop giving support to a person » ; un synonyme est « to boycott » [1] . L'expression « Cancel culture » désigne un phénomène social dans lequel une masse d’individus appellent à isoler une personne de son cercle professionnel ou familial, ou plus largement de lui ôter l’opportunité de s’exprimer publiquement, lorsque le public (ou un certain public) pense que le discours ou le comportement de cette personne est choquant ou inapproprié ; ou le fait de censurer certains propos, d’effacer certains symboles, etc. La « cancel culture » touche souvent des personnages publics, mais peut également affecter une personne lambda filmée en train d’agir d’une façon choquante ; on pensera au grand nombre de femmes blanches américaines filmées ces dernières années en train de discriminer une personne afro-américaine vaquant à ses occupations [2]. (Ce type de femmes est communément appelée une « Karen », soit une femme blanche qui abuse de sa position privilégiée dans la société américaine pour obtenir la réalisation de ses moindres désirs).

Le fait d’identifier publiquement et d’isoler une personne qui a agi d’une façon qui déplaît au groupe social n’est pas un phénomène nouveau. Mais l’expression « cancel culture » est intimement liée aux réseaux sociaux [3] , et, d’après le dictionnaire Merriam-Webster, est apparue pour la première fois en 2017 [4]. L’un des premiers mouvements massifs de « cancelling » a été le mouvement #MeToo sur Twitter, lors duquel des milliers de femmes ont soudain identifié publiquement des hommes qui les avaient agressées sexuellement, entrainant l’ostracisation de ces derniers, surtout dans le cas de personnages publiques [5] .

Depuis lors, le terme est utilisé de façon beaucoup plus large. Relèvent de la « cancel culture », par exemple :

  • Le fait de déboulonner la statue du marchand d’esclaves Edward Colston et de la jeter dans une rivière, comme cela s’est produit à Bristol (Royaume-Uni) il y a quelques mois  [6] ;
  • L’annulation d’une conférence que devait donner la commentatrice politique ultra-conservatrice Ann Coulter à l’Université de Californie à Berkeley en 2017;
  • L’annulation de la série « Roseanne » après que l’actrice principale Roseanne Barr a twitté au sujet de Valerie Jarrett, conseillère du président Barack Obama, afro-américaine et née en Iran, « muslim brotherhood & planet of the apes had a baby=vj » (traduction libre : les frères musulmans et la planète des singes ont eu un bébé = vj ») [7] ;
  • Le fait, pour certaines radios et télévisions, en France et ailleurs, de ne plus diffuser la musique de Noir Désir après que son chanteur Bertrand Cantat a été condamné pour le meurtre de sa compagne Marie Trintignan en 2003 [8];
  • Le fait de changer le titre du célèbre roman de Agatha Christie « Ten little niggers» (publié en 1949) en « And then there were none ».

Ce sont en général les conservateurs qui accusent les progressistes d’annuler les discours qui ne leur plaisent pas et les personnes considérées comme non politiquement correctes. Les progressistes ne sont toutefois pas à l’abri de l’ire de leur propre camp, comme lorsque le sénateur américain Al Franken a été forcé à la démission par le chef de file du parti démocrate au Sénat, Chuck Schumer, après qu’une photo de lui semblant caresser la poitrine d’une femme endormie a fait surface dans les médias [9].

Pour bon nombre de conservateurs, la culture de l’annulation est contraire à la liberté d’expression ; ils se moquent des progressistes qui ne sont pas capables de supporter des propos qui les heurtent en les traitant de « snowflakes » (flocon de neige, symbole de la fragilité extrême puisqu’il fond dès qu’on le touche).  

Savoir si la « cancel culture » est une bonne chose ou non est controversé. Il est vrai que la « cancel culture » donne un pouvoir immense à des individus qui n’en ont pas, c’est-à-dire nous tous, qui par le biais des réseaux sociaux pouvons exprimer notre approbation ou notre réprobation en temps réel et par millions. Par exemple, lorsque J.K. Rowling prend soi-disant la défense des femmes « biologiques » contre les femmes trans [10], il est à mon sens utile et constructif que la twittosphère lui rappelle que la libération des unes ne doit pas se faire en écrasant les autres, et qu’on peut se battre pour l’égalité des genres sans tout ramener à une question de chromosomes XX ou XY.  En ce sens, la « cancel culture » concrétiserait une forme de justice populaire qui permet de tenir responsables les personnes puissantes qui discriminent, harcèlent, et insultent leur prochain.

D’autres considèrent, à l’inverse, que la cancel culture est une forme de censure. Pour eux, par exemple, le fait que Twitter suspende indéfiniment le compte de Donald Trump serait une entrave inadmissible à la liberté d’expression d’un personnage public qui devrait pourvoir communiquer avec son électorat [11] . Cela serait d’autant plus problématique que Twitter est une entreprise privée, qui occupe une position de quasi-monopole sur ce marché, et qui de facto peut donc museler un autre individu privé, sans être limitée par les libertés fondamentales garanties par la Constitution. 

Certains commentateurs voient même dans la « cancel culture » la forme moderne du lynchage, pour trois raisons [12] :

  • Une personne peut, du jour au lendemain, être totalement ostracisée à cause d’une seule parole ou d’un seul geste de travers [13] ;
  • La foule se déchaîne immédiatement sans aucune forme de procès, et sans respect de la présomption d’innocence ;
  • Le but n’est pas de rendre justice mais de terroriser les cibles afin qu’elles n’osent plus jamais s’exprimer.

On peut également se demander si la « cancel culture » ne serait pas parfois (voire souvent ?) provoquée par des considérations économiques plutôt que par une saine indignation morale. Par exemple, lorsque le parlementaire pro-Trump Josh Hawley, qui avait prévu de publier un livre exposant sa vision politique, a vu son contrat  annulé par la maison d’édition Simon & Schuster à la suite des émeutes au Capitol en janvier 2021 (dont Hawley est considéré comme partiellement responsable par l’opinion publique), on peut imaginer qu’une part au moins des préoccupations de la maison d’édition était d’éviter le dommage économique découlant d’une association avec un homme politique désormais très controversé [14].

Certains épisodes récents montrent que la cancel culture peut être poussée à des extrémités absurdes. Par exemple, un professeur de la University of Southern California (USC), à Los Angeles, a récemment été suspendu après un cours en management de la communication. Le sujet du jour était les « filler words », comme « err », « hum », « like » (en anglais). Ayant travaillé en Chine, il a illustré son propos en expliquant que, en chinois, un « filler word » commun est « ne ga », qui sonne, en anglais, comme le mot « nigger », un tabou absolu dans la société américaine (où il n’est jamais dit, et encore moins écrit ; si cette contribution était destinée à un public américain, je l’aurais d’ailleurs écrit « n*** » ou utilisé la péri-phrase « the N word »). Des étudiants se sont plaints au doyen de l’usage de ce mot, et le professeur a été remplacé par un collègue pour donner son cours [15].

La « cancel culture » ne connaît pas tellement de nuances. Ainsi, le chef de la communication de Boeing a récemment dû démissionner lorsqu’il est apparu qu’il avait soutenu en 1987 que les femmes n’avaient pas leur place dans l’armée [16]. Veut-on vraiment punir les gens pour des opinions exprimées il y a 33 ans, s’ils n’ont plus rien dit de tel depuis lors ?

De surcroît, la « cancel culture » semble définitive : une fois ostracisé, il n’est pas possible de s’excuser, de faire amende honorable et de reprendre sa place dans le groupe social. Le paria garde son statut sur le long terme. La comédienne Kathy Griffin, par exemple, avait fait une plaisanterie de très mauvais goût en 2017, lorsqu’elle avait été prise en photo avec une fausse tête de Donald Trump ensanglantée, comme s’il avait été décapité [17]. Depuis lors, une enquête des services secrets a établi qu’il ne s’agissait pas d’une menace réelle, qu’elle n’avait aucune intention de l’attaquer physiquement [18], et elle s’est excusée publiquement à de nombreuses reprises ; pourtant, en 2021, sa carrière est toujours à l’arrêt.

En ce qui concerne les évènements historiques, la « cancel culture » a été accusée de récrire le passé. Ainsi, par exemple, ses opposants estiment que les statues de généraux américains confédérés devraient être préservées au nom de l’héritage qu’elles représentent. Elles symboliseraient non pas la coupable sédition d’un groupe d’états désireux de protéger leur système esclavagiste, mais le noble combat d’honnêtes planteurs de coton se battant pour la préservation de leurs droits face à un gouvernement fédéral abusif. Nous sommes toutefois de l’avis que cette position occulte elle aussi une part du passé. En effet, les statues des généraux américains confédérés n’ont pas été érigées juste après la guerre de Sécession dans le but d’honorer la mémoire de concitoyens et de proches tombés au combat. Elles ont été réalisées à la fin du XIXème siècle, soit des décennies plus tard, dans le but d’intimider les personnes noires vivant dans ces Etats au moment où celles-ci commençaient à revendiquer des droits civiques égaux à leurs concitoyens blancs [19]. Ces statues ne symbolisent donc pas le combat pour la liberté, mais bien le combat pour l’oppression, et en tant que telles, il est légitime de se demander si elles doivent vraiment être préservées.

Le problème que nous voyons dans la « cancel culture » est qu’elle limite le type de discours acceptable dans la société, ce qui met directement en péril la démocratie. En droit constitutionnel [20], il est en effet largement admis que la liberté d’expression doit être totale [21] dans une démocratie, non seulement parce qu’une seule restriction (légitime) à ce droit fait naître le risque d’en entraîner d’autres (non légitimes), mais également parce que, sur le « marché libre des idées » (marketplace of ideas), les mauvaises idées seront naturellement éliminées, et les bonnes idées seront promues et partagées toujours plus largement [22]. Pour trouver un consensus social qui nous permette de vivre ensemble, il est donc nécessaire que nous participions tous à ce marché des idées et que nous soyons libres d’y exprimer nos souhaits, nos craintes et nos aspirations, quels qu’ils soient.

Ce concept de marché libre des idées a été concrétisé récemment dans certaines solutions alternatives à la « cancel culture ». Par exemple, à Lausanne (Suisse), il y a une rue Agassiz. Louis Agassiz était un biologiste et géologue suisse très connu et respecté à son époque, qui fut nommé professeur à Harvard en 1847. Agassiz était opposé à l’esclavage, mais il était raciste, et ses travaux ont été utilisés pour justifier l’esclavagisme aux Etats-Unis. Lorsque des voix se sont élevées pour réclamer que la rue soit renommée, la municipalité a décidé de garder le nom de la rue et de placer sous les plaques qui indiquent le nom de la rue des panneaux d’information sur les travaux et la pensée de Agassiz, expliquant pourquoi sa vision des « races » est problématique et pose un danger réel encore aujourd’hui [23]. La solution nous semble intéressante, même si elle n’est pas praticable dans toutes les situations. Le pic Agassiz (un sommet dans les alpes bernoises), par exemple, n’a pas (encore) été renommé et on ne sait pas trop où il faudrait placer une éventuelle plaque d’information si on souhaitait le faire. Dans le même débat, la ville de Neuchâtel a pris l’option inverse, et a simplement renommé la place Louis Agassiz en place Tilo Frey (du nom d’une femme politique suisse de mère camerounaise) [24].

En conclusion, la « cancel culture » est un concept protéiforme. Si elle engendre parfois des débats de société importants et intéressants, il nous semble qu’elle présente également le risque de limiter les discours exprimés dans l’espace public, par peur des représailles. Or, dans des sociétés toujours plus diverses, la communication entre groupes et entre individus est essentielle pour faire avancer notre projet social commun. Toutefois, il n’y a pas de communication possible si chaque mot de travers peut valoir à celle qui le prononce une lettre écarlate.

 

1. https://www.merriam-webster.com/words-at-play/cancel-culture-words-were-watching

2. On pensera à Amy Cooper, filmée en mai 2020 alors qu’elle dénonçait calomnieusement à la police un ornithophile afro-américain se promenant dans Central Park ; à Alison Ettel qui, en juin 2018, a appelé la police pour dénoncer une fillette noire de 8 ans qui vendait des bouteilles d’eau devant sa maison pour financer une visite à Disneyworld ; ou encore à Jennifer Schulte qui, en mai 2018, a téléphoné à la police pour dénoncer un groupe de jeunes afro-américains en train de faire un barbecue dans un parc à Oakland (Californie).

3. https://statenews.com/article/2020/09/a-look-into-cancel-culture?ct=content_open&cv=cbox_latest

4. https://www.merriam-webster.com/dictionary/cancel%20culture

5. Pour certains, comme Harvey Weinstein, cela a mené à de multiples condamnations pénales ; pour d’autres, comme Louis CK, la mise à l’index a été temporaire et leur carrière a repris quelques années plus tard.

6. https://www.forbes.com/sites/lisettevoytko/2020/06/07/british-protesters-throw-slave-trader-statue-into-river-and–other-stunning-global-protest-moments/

7. https://www.nytimes.com/2018/05/29/business/media/roseanne-barr-offensive-tweets.html

8. https://www.lepoint.fr/medias/nagui-je-ne-passerai-pas-les-chansons-de-bertrand-cantat-02-12-2017-2176832_260.php

9. La photo est reproduite ici : https://www.theatlantic.com/entertainment/archive/2017/11/al-franken-that-photo-and-trusting-the-women/545954/

10. https://www.scotsman.com/arts-and-culture/books/jk-rowling-twitter-why-harry-potter-author-has-been-accused-transphobia-social-media-platforms-2877977

11. Il échappe apparemment à ces personnes que Donald Trump peut à tout moment convier n’importe quelle agence de presse ou télévision nationale ou locale, et faire une déclaration qui sera immédiatement transmise à la planète entière. La censure est donc toute relative…

12. Une position apparemment partagée par des individus aussi divers que l’activiste canadienne d’extrême droite Lauren Southern (https://www.skynews.com.au/details/_6175184070001) et le comédien britannique Rowan Atkinson (https://www.express.co.uk/comment/expresscomment/1380339/freedom-of-speech-britain-culture-offence-woke). On peut quand même douter du fait que se faire lyncher soit équivalent au fait de voir son compte Twitter suspendu…

13. Tout comme un homme afro-américain pouvait jadis être lynché pour un acte anodin. Même si les faits sont encore peu clairs aujourd’hui, il semblerait ainsi que le tristement célèbre Emmett Till ait été lynché pour avoir sifflé une femme blanche ; il avait alors 14 ans.

14. Hawley a rapidement trouvé une nouvelle maison d’édition. Pour d’autres exemples de sorties de livres annulées (dont celle de l’autobiographie de Woody Allen), voir https://time.com/5798335/woody-allen-memoir-canceled/

15. https://www.insidehighered.com/news/2020/09/08/professor-suspended-saying-chinese-word-sounds-english-slur

16. https://www.theatlantic.com/international/archive/2020/07/cancel-culture-and-problem-woke-capitalism/614086/

17. https://www.hollywoodreporter.com/news/more-kathy-griffin-shows-canceled-as-backlash-trump-stunt-grows-1009749

18. https://abcnews.go.com/Entertainment/kathy-griffin-president-trump-ordered-secret-service-investigation/story?id=54757722

19. John J. Winberry (2015). "'Lest We Forget': The Confederate Monument and the Southern Townscape". Southeastern Geographer55(1): 19–31. 

20. La liberté d’expression est notamment garantie par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le 1er Amendement à la Constitution américaine, et l’article 16 de la Constitution suisse.

21. Une exception communément admise étant la criminalisation de la diffamation et de la menace, car cela met directement en péril les droits d’une personne déterminée (la victime). Ma liberté d'expression s’arrête lorsque je porte atteinte à la réputation d’autrui, et lorsque je l’effraie. Chaque ordre juridique a ses propres règles en la matière.

22. https://www.mtsu.edu/first-amendment/article/999/marketplace-of-ideas

23. L’affaire Agassiz a également un pendant américain, puisque la descendante d’esclaves photographiés par Agassiz a récemment attaqué l’Université Harvard en justice, exigeant le versement d’une compensation financière (puisque Harvard commercialise encore les photos de ses ancêtres en faisant un profit). Voir https://www.lematin.ch/story/le-racisme-du-suisse-louis-agassiz-devant-la-justice-americaine-122740635409

24. https://www.letemps.ch/suisse/part-dombre-louis-agassiz

Lecture supplémentaire :

Pour une vision très tranchée (et quelque peu polémique) sur la question, voir :
https://www.revuedesdeuxmondes.fr/nouveau-numero-cancel-culture-tyrannie-des-minorites-le-nouvel-ordre-mediatique/

Une mise au courant des affaires de la cour

Un courtisan ou une courtisane est étymologiquement une personne qui demeure à la cour du souverain. La signification de ces deux termes a cependant évolué de façon bien différente : un courtisan désigne généralement un homme de cour soucieux de plaire jusqu'à l'obséquiosité, alors qu'une courtisane désigne en général une prostituée de luxe ou une demi-mondaine [1].

Cardinal_de_Richelieu Henri_Gervex_Portrait_Mlle_Valtesse_de_la_Bigne

Cardinal Armand Jean du Plessis, Duc de Richelieu,
(1585-1642), courtisan auprès de la cour du Roi, Louis XIII
[Philippe de Champaigne, 1642] 

Valtesse de la Bigne (1848-1910), courtisane  qui inspire Émile Zola pour la création de l’héroïne de son roman Nana. 
[Henri Gervex, (1879), musée d’Orsay]

Si on regarde les mots équivalents en anglais, et ceux qui contiennent « court », les choses deviennent plus compliquées.

français

anglais

courtisane

courtesan

courtisan

courtier *

courtier */courtage [3]

broker/brokerage

cour, tribunal [2] 

court (judicial)

palais de justice

courthouse

cour (royale)

court (royal)

courtiser, faire la cour
(contexte romantique)

(to) court 

cour

courtship

courtois **
(amour courtois)

courteous
(courtly love)

* Il en ressort que courtier (français) et courtier (anglais) sont des faux amis.

** De l’ancien français cortois « qui appartient à la cour ». Dérivé de l’ancien français cort, lieu où résidaient le souverain et son entourage. La forme initiale de cet adjectif dans la Chanson de Roland était curteis c. 1100), puis devient au XIIe siècle corteis. Au XIIIe siècle, cet adjectif a été refait en courtois, conformément à la graphie court du substantif. (Wiktionary)

Aperçu historique :

Un courtisan courtier » en anglais) est une personne qui fréquentait souvent la cour d'un monarque ou autre personnage royal. Les premiers exemples historiques de courtisans faisaient partie de la suite des chefs d'État. Historiquement, la cour était le centre du gouvernement ainsi que la résidence du monarque, et la vie sociale se mélangeait souvent complètement à la vie politique. Dans la société féodale, la cour était le centre du gouvernement ainsi que la résidence du monarque.

Une courtisane courtesan » en anglais), dans l'usage moderne, est un euphémisme signifiant une escorte, une maîtresse ou une prostituée, pour qui l'art de l'étiquette digne est le moyen d'attirer des clients riches, puissants ou influents. Mais selon Histoire pour Tous : « Ces grandes courtisanes, horizontales, cocottes et autres lionnes ont incarné, entre modèle et contre modèle, le refus des hiérarchies et des préjugés, l'insolence, l'extravagance et l'autonomie financière. Loin de ne représenter qu'un érotisme débridé ou un féminisme collectif, elles ont, chacune à leur façon, inventé une autre façon d'être « quand même » au monde, au féminin, d'y rayonner et parfois aussi d'y renoncer. »
Selon « La petite histoire des courtisanes (Marc Lemonier, Éditions Jourdan, 2018) : « Ces femmes extraordinaires…furent favorites royales, muses, espionnes, actrices, poétesses, danseuses ou simplement, vedettes du demi-monde. » [4]

Courtier 2Avant la Renaissance, l'on recourait aux courtisanes pour transmettre des informations aux dignitaires en visite, lorsqu'on ne pouvait faire confiance aux serviteurs. Dans l'Europe de la Renaissance, les courtisans jouaient un rôle extrêmement important dans la société de la classe supérieure. Comme il était de coutume, à l'époque, que les couples royaux mènent des vies séparées – se mariant généralement simplement pour préserver les lignées et obtenir des alliances politiques – les hommes et les femmes recherchaient souvent la satisfaction et la compagnie des personnes vivant à la cour. En fait, le verbe anglais «to court » signifiait à l'origine « être ou résider à la cour », est devenu par la suite to behave as a courtier « se comporter comme un courtisan », puis « faire la cour », « courtiser » ou « porter une attention amoureuse à quelqu'un ». Le compagnon le plus intime d'un personnage royal s'appelait le « favori ». [5]

Dans l'usage de la Renaissance, le mot italien cortigiana, féminin de cortigiano ("courtisan") a désigné au fil des années une personne qui fréquente la cour, puis une femme bien éduquée et indépendante, éventuellement une artiste professionnelle, danseuse ou chanteuse, en particulier une femme associée à une société riche, puissante ou de la classe supérieure qui recevait luxe et statut en échange de divertissement et de camaraderie. Le mot fut emprunté par l'anglais à l'italien passant par la forme française courtisane au 16e siècle, particulièrement associé à la signification de donna di palazzo.

Une figure masculine comparable au courtisan était le cicisbeo italien, le chevalier serviteur français, le cortejo ou estrecho espagnol.

—————

[1] En France, au XIXe siècle, les demi-mondaines étaient des femmes entretenues par de riches Parisiens. Ce groupe social, jusque-là invisible, se manifesta bruyamment dans la presse, le théâtre, les réunions publiques et finalement dans toute la société parisienne à partir du Second Empire pour atteindre son apogée vers 1900 et disparaître à la première guerre mondiale. Ces cocottes de basse ou de haute condition sont appelées aussi « Grandes Horizontales ».
Voir : Alexandre Dumas fils, Le Demi-monde. (Wikipedia]

[2] Qu’est-ce qu’une cour royale a de commun avec la cour de justice ?

Succédant à une justice exercée par les seigneurs et le clergé dans chaque province sous la féodalité, apparaît sous la monarchie la justice royale.
Les Rois de France rendent désormais la justice et assoient progressivement leur autorité judiciaire. Lors des sacres, l'archevêque de Reims remet la " main de justice ", signe d'équité, et l'épée, glaive de justice. Ainsi, le Roi reçoit de Dieu le pouvoir spirit,uel et temporel de rendre justice.

Les rois successifs délèguent progressivement leur pouvoir judiciaire à des juges spécialement nommés, tout en gardant un droit de regard sur les affaires et en conservant le pouvoir de juger eux-mêmes une affaire déjà entamée ou de l'attribuer à une autre juridiction (droit d'évocation). Les magistrats, conseillers du roi, revêtent alors les habits royaux : l'écarlate étant la couleur de ces habits, les magistrats portent des robes de couleur pourpre et une coiffure appelée mortier, un chapeau de velours rond pour rappeler la couronne. Ainsi apparaît la Cour royale dans sa fonction judiciaire : le parlement royal ou curia regis in parliamento.

[3] En droit français, le courtier est un professionnel exerçant le rôle de courtage. Son action consiste à servir d'intermédiaire pour une transaction donnée entre un vendeur et un acheteur, dont il est à tout moment indépendant. La transaction peut porter sur toute opération d'achat ou de vente de marchandise ou de prestation de service.

Par extension, courtier désigne toute personne ayant un sens aigu du rôle diplomatique. À cet egard, notons que le titre en anglais de l'ambassadeur au Royaume-Uni est: Ambassador to the Court of St. James (René Meertens, Le Guide anglais/français de la Traduction).

[4] Voir aussi : The Book of the Courtesans: A Catalogue of Their Virtues, Susan Griffin, Broadway Books, 2002

[5] Un scanner vient de déchiffrer certains passages raturés – et enflammés – de la correspondance entre la reine Marie-Antoinette et son favori, le comte de Fersen
L
e Figaro, 20 juillet 2020

Jonathan Goldberg avec l’aide précieuse de Magdalena Chrusciel

Lectures supplementaires :

The Society for Court Studies

 

Les Grandes Courtisanes

Joëlle Cheve,
Editions 2012

Le petite histoire des courtisanes

Marc Lemonier, Editions Jourdan, 2018

0305_The_Book_of_the_Courtier-cover
 

La société de cour (Philosophie)

Norbert Elias,
Flammarion (2008)

The Book of the Courtiers

Baldesar Castiglione (1478-1529)

Independently published in 2016

Lyon ou Lyons ?

 

Voici la réponse du quotidien britanniques à une lettre adressée par un lecteur qui se plaignait de la graphie anglaise de la ville de Lyons :

 

TIMES_logo_main

"Lyon or Lyons?
Andy Crane wrote from Tunbridge Wells: “We have visited Lyon on several occasions and know it well. Why does The Times persist in Lyon referring to it as Lyons? Since the England Lionesses have been there you have been spelling it wrong throughout the paper.”

No, we’re not. With the odd exception — Leghorn/Livorno, for example — we use English spellings of foreign place names. We don’t say “Bruxelles” or “Roma”, and Lyons will do us for now.

Perhaps next time Mr Crane goes to France he could ask Le Monde to stop talking about “Londres”."

L'usage anglais consistant à ajouter un s final aux toponymes Lyon et Marseille n'a rien de si étrange. Au sein de l'espace  francophone, on observe de telles différences orthographiques. Ainsi, il existe une ville de Nyon, en Suisse, une autre en France et une Nyons dans la Drôme (France). Il existe un Saint-Cergue, en Suisse, et, à quelques kilomètres de là, un Saint-Cergues (en Haute-Savoie française). Peut-être cela tient-il à d'anciennes graphies qui ont subsisté ici ou ont disparu ailleurs. Toujours est-il que le Times a raison de s'en tenir à l'usage. Locus regit actum ! 

Jean Leclercq

Commentaires de deux lectrices et un lecteur :

Sarah Aich, Johannesburg, Afrique du Sud
Traductrice fran
çais/anglais/hébreu/hollandais

« Il s'agit donc bien du mot juste en anglais ! »

Elsa Wack, Genève, Suisse
Traductrice de l'anglais et de l'allemand vers le français

Il y a des modes avec les traductions de noms géographiques. Il y a eu l'époque Bei Jing avant le retour à Pékin, et chez moi en Suisse il existe une tendance à écrire Basel (orthographe de l'allemand) pour Bâle (qui ressemble plus au mot allemand prononcé). C'est peut-être pour faciliter la lecture des cartes géographiques, où en Suisse les noms des lieux sont écrits dans la langue locale, ce qui donne des cartes quadrilingues. J'ai aussi cru bon, un temps, de résister à Mumbai pour Bombay, mais là, on se heurte, paraît-il, à un problème politique ou colonial.

Note du blog : Voir notre article Les Toponymes – https://bit.ly/2xLNOu6
Welsh toponyme

 

 


John Woodsorth
, Ottawa, Canada
Russian-English Literary Translator

"This whole discussion reminds me of a similar situation here in Canada involving Saint John (New Brunswick) and St. John's (Newfoundland). Here it is not only the final letter & apostrophe that makes the difference, but also the abbreviation versus the full form of "Saint". See: https://bit.ly/2YMcZZb"

[Note du blog : Voir aussi "La guerre des apostrophes" 25/4/2013 https://bit.ly/2Sd2MCP]

Nom de domaine « .amazon » : Bras de fer entre le géant du Net et des nations Sud-Américaines

 

Océane Bies  (new photo)

L’article qui suit a été traduit par Océane BIES, à partir d’un article paru dans le New York Times de 18 avril, 2019. Les derniers paragraphes contiennent une mise à jour rédigée par notre traductrice douée.

Océane fut notre linguiste du mois d’avril 2017, avec Nadine Gassie.  D’autres articles rédigés ou traduits par Océane sur ce blog :

Des néologismes anglais 08/12/2018 

Michael A. Orthofer – linguiste du mois de novembre 2018 29/11/2018

Les mots français-anglais du mois – procrastination, précrastination et procaféination 25/9/2018

Emma Ramadan – linguiste du mois de juin 2018 27/6/2018

 

 

SÃO PAULO, Brésil – Amazon est le plus grand détaillant en ligne au monde. C’est aussi la plus grande forêt tropicale du monde, l'Amazonie (Amazon en anglais).

La question est de savoir à qui appartient le nom.

C’est le cœur d’une bataille épique entre Amazon, le géant de la technologie, et huit pays d’Amérique du Sud (le Brésil, le Pérou, la Colombie, l’Équateur, la Bolivie, le Venezuela, la Guyane et le Surinam) qui abritent des parties de la forêt tropicale.

Amazon basin Amazon-logo
   

Le nom de domaine .amazon est ici en jeu, ainsi que de savoir qui devrait le contrôler sur Internet.

Amazon pourrait utiliser ce nom pour promouvoir sa marque et sa stratégie de marketing. Mais les pays opposés à la demande de la société craignent que celle-ci prenne symboliquement le contrôle d'un nom synonyme de leur héritage, et soulèvent des questions plus pragmatiques telles que le fait de savoir si leurs propres industries touristiques perdraient la possibilité d'utiliser trip.amazon, hotels.amazon et autres noms de domaine.

« C’est une question technique, mais aussi très sensible », a déclaré Achilles Emilio Zaluar Neto, directeur des technologies du ministère des Affaires étrangères du Brésil, constatant que Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, avait baptisé son entreprise d'après le fleuve Amazone.

« Nous avons pu entendre de poignants discours de la part de politiciens amazoniens, a-t-il déclaré, ils estiment qu'en termes symboliques, l'entreprise les dépossède de leur patrimoine. »

ICANN« Ce n'est pas le problème classique de deux partis différents qui demandent le même nom », a déclaré Rodrigo de la Parra, vice-président régional pour l'Amérique latine et les Caraïbes chez Icann (l'organisme indépendant qui supervise notamment les adresses Web). « Les gouvernements sud-américains concernés n'ont pas postulé pour le nom de domaine .amazon. Compte tenu de la symbolique culturelle et naturelle de ce nom, ils sont uniquement inquiets de son appropriation par une entreprise privée. » 

En 2012 (année où pas moins de 2 000 demandes de domaines de premier niveau ont été effectuées), Amazon a participé de manière très active à la saisie de domaines en ligne visant à s'emparer du cyber-territoire. La société a non seulement postulé pour .amazon, mais également pour .shop, .game, .mobile, .free et de nombreux autres noms de domaine.

« Nous avons passé huit ans à définir les règles et à expulser les cybersquatteurs », a déclaré M. de la Parra. L'une des règles établies est que les demandes impliquant des noms géographiques doivent être approuvées par les gouvernements locaux ou régionaux. Les noms de domaine nationaux avaient quant à eux déjà été attribués.

Des noms comme .nyc et .rio ont été approuvés. Toutefois, dans le cas de .patagonia, par exemple, le fabricant de vêtements de sport Patagonia, Inc. a retiré sa demande de domaine après l’objection de l’Argentine et du Chili.

Mais Amazon a persisté.

La société a refusé de commenter cet article. Mais dans une lettre adressée à Icann en 2017, Brian Huseman, vice-président des politiques publiques d'Amazon, écrit: « Amazon a proposé à plusieurs reprises de travailler avec les gouvernements concernés pour trouver une solution à l'amiable, proposant d'explorer comment utiliser au mieux .AMAZON pour notre entreprise tout en respectant les habitants, la culture, l’histoire et l’écologie de la région amazonienne. »

M. Huseman ajoute que la société avait proposé de créer des noms de domaines dans les langues parlées dans les différentes régions, tels que .amazonia ou .amazonas.

Les pays s'opposant au détaillant, cependant, ont déclaré souhaiter une gouvernance partagée du domaine .amazon, afin de protéger le nom et de s'assurer qu'ils aient leur mot à dire sur la manière dont il serait utilisé à l'avenir.

« Nous aimerions pouvoir soulever des objections sur des noms spécifiques », a déclaré M. Zaluar.

Dans sa dernière contre-proposition, le Brésil a émis l’idée d’un comité réunissant des représentants des huit gouvernements et d’Amazon.com, chargé d’approuver les extensions du domaine.

M. Zaluar a déclaré que le Brésil ne s'opposerait pas à des noms tels que book.amazon ou furniture.amazon. « Mais si demain, ils décidaient d'utiliser hotel.amazon ou trip.amazon ? » questionne-t-il. « Nos opérateurs touristiques seraient alors désavantagés. »

Le différend dure depuis sept ans, avec un certain nombre de propositions et de contre-propositions. L'année dernière, Amazon a proposé 5 millions de dollars de liseuses électroniques Kindle et divers services d'hébergement dans le cadre d'un compromis.

« Nous ne voulons pas de compensation financière », écrit Francisco Carrión Mena, ambassadeur d'Équateur aux États-Unis, dans une lettre adressée à Icann, expliquant que le groupe de huit pays avait rejeté la dernière proposition d'Amazon parce qu'elle ne mentionnait pas de gouvernance partagée du nom de domaine.

Entre autres complications, les huit pays ne participent plus en tant qu’entité unique.

Alors que les négociations sur le contrôle de .amazon semblaient entrer dans la dernière ligne droite, une crise politique a éclaté au Venezuela en janvier dernier, Juan Guaidó se déclarant chef légitime du pays, au mépris du président Nicolás Maduro. Environ 50 pays reconnaissent maintenant M. Guaidó, tandis que d'autres continuent de soutenir M. Maduro.

« Il n’ya pas de différence de points de vue – tous deux veulent défendre le nom Amazon, mais il est impossible de coordonner une contre-proposition commune », a déclaré M. Zaluar. Par conséquent, chaque pays s'est vu contraint de soumettre sa propre initiative.

Amazon et les huit pays ont raté l'échéance du 7 avril pour parvenir à une solution de compromis. Amazon avait donc jusqu’au dimanche 21 avril pour présenter une nouvelle proposition tenant compte des préoccupations des pays. La semaine dernière, après sept années de bataille, L'ICANN a finalement tranché en faveur du géant américain.

En contrepartie, Amazon s'est engagé à ne pas se servir du nom de domaine dans un contexte où il s'agit clairement de l'Amazonie ou encore à laisser aux pays d'Amazonie la jouissance de plusieurs noms de domaine dérivés "à des fins non commerciales" et pour améliorer la visibilité de cette région menacée.

La décision de l'ICANN sera actée après une période de 90 jours

Armageddon vs. Apocalypse

Dans le passé nous avons abordé la fermeture de l'un des axes principaux du réseau autoroutier de Los Angeles, un axe que les habitants de la ville avaient surnommé “Carmageddon” (car + Armageddon) de peur que sa fermeture ne paralyse totalement la circulation. Nous sommes plus tard tombés sur un autre néologisme adopté par le « New Yorker »  pour désigner les embouteillages escomptés: « Carpocalyspe »(car+apocalypse)

Examinons les termes à l'origine des deux jeux de mots: Armageddon et Apocalypse (qui s'écrivent de la même manière en anglais et en français).

Armageddon (de l'hébreu: signifiant « colline de Megiddo », un petit mont en Galilée dans la région nord de l’État d’Israël), terme biblique mentionné dans le Nouveau Testament, est un lieu symbolique du combat final entre le Bien et le Mal. En 609 avant J.C. le roi Josias du royaume du sud, royaume de Juda, est défait et tué sur la colline fortifiée de Megiddo (Har Megiddo) par le pharaon Nékao II… Cette défaite, alors que le Dieu des défenseurs de Megiddo était censé les protéger, est ressentie comme une catastrophe traumatisante, c'est en son souvenir que le terme Armageddon est ensuite employé pour qualifier une destruction catastrophique.

L’Apocalypse est le dernier livre de la Bible. Une tradition, discutée depuis le IIe siècle, attribue sa composition à saint Jean l'Évangéliste.

Image001Vitrail représentant l'Apocalypse dans la Cathédrale Saint-Étienne de Bourges

 

Étymologiquement, le mot « apocalypse » est la transcription d’un terme grec (ἀποκάλυψις / apokalupsis) signifiant mise à nu, enlèvement du voile ou révélation. Le livre commence en effet par les mots « Révélation de Jésus-Christ » (Apocalypse 1,1). C'est en ce sens que le texte présentera la personne de Jésus-Christ à son retour sur terre et les événements l'entourant.

Le livre décrit une vision allégorique qui prophétise sur ce qui doit arriver à la fin des Temps : « Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, et ce qui doit arriver ensuite » (Apocalypse chapitre 1, verset 19).

(Source Wikipédia)

Ces deux  termes désignent donc tous deux la fin du monde.

Les automobilistes de Los Angeles ont toutefois survécu au “Carmageddon” et à la “Carpocalypse”, et la circulation est de retour à la normale.

 

Image002 
Un diner improvisé sur l’autoroute 405 désertée

 

 Laura Vallet (Paris) and Jonathan Goldberg (Los Angeles)

Ecophysiology /L’écophysiologie, Ecopsychology /L’écopsychologie, Sostalgia /l’écoanxieté

– les mots anglais/français du mois 

 
Dans la foulée des récentes manifestations pour lutter contre les changements climatiques qui se sont déroulées Climate emeregency à Londres (surnommée « la bataille du pont de Waterloo ») et dans d'autres villes dans le monde, nous voulons attirer l'attention sur quelques mots peu connus en anglais (et peut-être également en français).

Ecophysiology/l'écophysiologie
 
Climate change 2L’écophysiologie est une discipline de la biologie, à la frontière entre l'écologie et la physiologie, qui étudie les réponses comportementales et physiologiques des organismes à leur environnement.
 
Ecopsychology/L’écopsychologie

Selon le site consoglobe, « une nouvelle spécialisation en psychologie fait fureur : l'écopsychologie. Une discipline, apparue dans les années 90, fondée sur l’idée que des troubles réels peuvent naître de l’angoisse procurée par l’action négative des humains sur la planète. L'écopsychologie étudie la relation entre les êtres humains et la nature par le biais de principes d'écologie et de psychologie. »

L'écopsychologie cherche à comprendre et développer le lien émotionnel entre les individus et le monde naturel, aidant ainsi les gens à développer des modes de vie durables et à remédier à leur aliénation de la nature.


Voice of the Earth
L'invention du terme est attribuée à Theodore Roszak, dans son livre de 1992, The Voice of the Earth, bien qu'un groupe de psychologues et d'environnementalistes de Berkeley, Californie, aient utilisé le terme indépendamment en même temps.

 
 

Sostalgia
/La sostalgie (L'
écoanxieté)

Les changements climatiques n'ont pas que des répercussions sur notre environnement. Ils en ont aussi sur notre santé mentale et notre bien-être psychique. Les changements climatiques peuvent causer une véritable détresse et de l'anxiété, puisque des catastrophes comme de graves sécheresses ou des incendies de forêt causées par les changements climatiques, perturbent les habitats et les moyens de subsistance de certaines populations.

Eco-anxiety 3Au début des années 2000, le philosophe de l'environnement Glenn Albrecht, professeur australien de la durabilité,  a proposé le néologisme solastalgia pour décrire cette détresse profonde liée à la dégradation de l'environnement. Dans le cadre d'une étude de 2007 réalisée sur la sécheresse et l'extraction minière en Australie, Glenn Albrecht concluait que « les gens exposés aux changements environnementaux éprouvaient une affectivité négative exacerbée par un sentiment d'impuissance et d'une perte de maîtrise vis-à-vis le processus de changement en cours. »

Néologisme produit d'après le mot nostalgia (nostalgie), solstagie/solstagia a un préfixe d'origine latine, solacium, (réconfort, consolation) et un suffixe tiré du grec, algo, (douleur). 


D'après la redactrice  de cet article, sostalgie, en français, semble moins usité qu'il y a quelques année
s
écoanxiété semble plus fréquent pour décrire ce concept de sostalgia.


Eco-anxiety 2
Lecture supplémentaire

Les Français gagnés par l’angoisse climatique –
Le Monde 20.11.2019

Eco-Grief Around the World 
Atmos 12.01.2021

THE SEARCH FOR NEW WORDS TO MAKE US CARE ABOUT THE CLIMATE CRISIS
The New Yorker, February 21, 2020

There’s actually a word for the climate change-induced despair you’ve been feeling
Los Angeles Times, 13.09.2019

CLIMATE EMOTIONS – How to heal in the Anthropocene
BBC – 21st April, 2021

Capharnaüm & capharnaüm –

le mot avec un c minuscule existe-t-il en anglais?

Analyse de votre blogueur fidèle en direct de la Galilée

Le 9 janvier 2019, nous publiions un article intitulé Shambles, Mayhem, Bedlam – en Grande-Bretagne et en France.
Dans le cadre de cet article, nous donnions une liste de synonymes pour ces mots. L'un d'eux était le mot français  tohubohu. L'origine de ce mot est tohou-vabohou, une phrase biblique hébraïque (תֹ֙הוּ֙ וָבֹ֔הוּ) trouvée dans la Genèse (1, 2) qui décrit l'état de la terre juste avant la création de la lumière dans la Genèse 1, 3. [1]

Cafernaum on mapCapharnaüm ou Capernaüm est un autre mot d’origine biblique, suggérant également le chaos en français (lorsqu'il s'écrit avec un c minuscule). Il s’agit du nom d’un village de pêcheurs fondé à l’époque des Hasmonéens (IIe siècle av. J.-C.) et situé sur la rive nord de la mer de Galilée. En hébreu, le village, qui existe toujours dans l’Israël moderne, s’appelle כְּפַר נַחוּם (Kfar Naḥūm), à savoir le village de Nahum (« village du Consolateur »). كفر ناحوم  en arabe. Dans l'Ancien Testament (Ecclésiastes Rabbah 7, 47), le nom apparaît en hébreu. Dans le Nouveau Testament, il est écrit Kapharnaum dans certains manuscrits, et Kαπερναούμ, Kapernaum dans d'autres. Le village est cité dans les quatre évangiles (Matthieu 4,13 ; 8, 5 ; 11,23 ; 17,24 ; Marc 1,21 ; 2, 1 ; 9,33 ; Luc 4,23 ; 31 ; 7, 1 ; 10, 15 ; Jean 2,12 ; 4,46 ; 6, 17 ; 24 ; 59) comme étant la ville natale du collecteur d’impôts Matthieu, située non loin de Bethsaïde, ville natale des apôtres Simon, Pierre, André, Jacques et Jean.

Capernaum Galilee

Cependant, il convient de noter ce qu'en dit Le Petit Robert :

Capharnaum bric-a-braccapharnaüm : nom masculin entré dans la langue française au XVIIe siècle, avec influence de cafourniau = débarras, du latin furnus = four.  Familier : lieu qui renferme beaucoup d'objets en désordre. Sa boutique était un vrai capharnaüm → bric-à-brac.

Cette définition est renforcée par celle du Trésor de la langue française : Amas confus d'objets en vrac, fouillis. Lieu où s'entasse un bric-à-brac d'objets divers.

En ce qui concerne le toponyme (écrit en c majuscule), le CNRTL ajoute cette explication : « Du topon. Biblique Capharnaüm, ville située au bord du lac de Tibériade, où Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades faisant appel à son pouvoir guérisseur. »

Capharnaum LittreWikipedia soutient : «Ce sens, uniquement utilisé en français et beaucoup utilisé par Balzac, est justifié par Littré par le fait que Capharnaüm était lié à la lecture de l'évangile selon Saint-Marc, II, 2, sur l'attroupement lors de la venue de Jésus. Selon Larousse, il s'agit d'« une grande ville de commerce ».

A première vue, il n'est pas aisé d'établir un lien direct entre Capharnaüm ou Capernaüm, le village (sujet de plusieurs articles Wikipédia dans dix langues différentes, dont anglais et français), et le nom commun capharnaüm, défini ci-dessus par Le Petit Robert.

Mais si l'on extrait les termes « foule », « attroupement » et « grande ville de commerce » des définitions ci-dessus, on remarque qu'ils suggèrent tous une idée de désordre et de chaos. On peut dès lors trouver une passerelle sémantique reliant l'origine biblique du mot et son sens actuel.

Mais comment expliquer un tel glissement de sens entre l’époque de Jésus et le XVIIe siècle auquel Le Petit Robert fait allusion ? Comment expliquer aussi que capharnaüm semble être uniquement passé dans la langue courante française ? Je laisse à nos lecteurs et lectrices le soin d’en tirer leurs propres conclusions. 

Pour ce qui est de la version anglaise avec un c minuscule, Oxford Dictionaries n'en fait aucune mention, ce qui confirme mon opinion que ce mot n'existe pas en anglais, et à priori n'a pas la même signification qu'en français.  La définition qu'en donne le dictionnaire américain Merriam-Webster, en revanche, concorde avec le sens français :

« a confused jumble: a place marked by a disorderly accumulation of objects » dont l’étymologie est mentionnée comme telle : « French, from Capharnaum, Aramaic form of Capernaum, ancient city of Palestine; from the crowd before the house where Jesus preached (Mark 2:2). »

Toutefois, le soussigné croit à une possible erreur et a écrit à Merriam-Webster en s'interrogeant sur sa définition et son étymologie. Restons à l'écoute.

ADDENDUM :

Capernaum Nadine_LabakiLe film libanais Capharnaüm (کفرناحوم‎ en arabe), drame de 2018 réalisé par Nadine Labaki, était candidat au meilleur film étranger à la cérémonie des Oscars (qui se tient chaque année près de chez moi). Bien que le titre anglais du film soit Capernaum (sans tréma), le mot chaos est ajouté entre parenthèses au début du film, au profit des téléspectateurs anglophones.

Capharnaum Oscars Capharnaum fil poster

Le film raconte la vie d'un « enfant des rues », le jeune Zain, qui vit d'expédients dans un quartier misérable de Beyrouth avec sa famille. Capharnaum Zain Au 71e Festival de Cannes, le prix du jury a été remis à la réalisatrice libanaise pour avoir rendu hommage aux « enfants de la rue » qui jouent dans son long-métrage, et qui « lui ont ouvert leurs cœurs et raconté leurs souffrances ». Elle a souligné que son pays, le Liban, a accueilli un grand nombre de réfugiés et a également lancé un vibrant appel à « ne plus tourner le dos et rester aveugle à la souffrance de ces enfants qui se débattent comme ils peuvent dans ce capharnaüm qu’est devenu le monde ».

Capernaum - baby  and ZainLe Monde (« Capharnaüm : les oubliés des bas-fonds de Beyrouth ») : « Le cœur du film, et ce qu’il a de meilleur, est constitué d’un long moment où les deux enfants, le préadolescent et le bébé qui ne marche pas encore, sont livrés à eux-mêmes dans Beyrouth, tentent de ne pas mourir de faim, de ne pas se laisser envahir par la crasse.

Caphernaum Miserables« Impossible de ne pas songer à l’épisode des Misérables dans lequel Gavroche recueille deux gamins plus jeunes que lui : même sens de la précarité, même soulagements éphémères chaque fois qu’elle est tenue un moment à distance, même souci de faire de la ville un personnage à part entière. »

Le Nouvel Observateur rapproche le film de Los Olvidados de Buñuel.

Pour ma part, Capharnaüm est le film le plus puissant que je me souvienne avoir vu. Le jeu de l'acteur principal, le jeune Zain al-Rafeea, un réfugié syrien, est impressionnant, surtout compte tenu du fait que l'enfant était totalement analphabète au moment du tournage du film. Depuis, il vit en Norvège avec sa famille et fréquente l’école pour la première fois.

Jonathan G.  Avec la précieuse aide d'Océane BIES

Capharnaum tohu-bohu[1] Le mot est passé au français sous la forme de tohu-bohu, qui a un sens premier identique à celui de l'hébreu biblique, mais s'est élargi au sens de bruit confustumulte bruyant. C'est un des rares mots hébraïques passé en français (Alain Houziaux, Le Tohu-bohu, le Serpent et le bon Dieu, Presses de la Renaissance, 1997, p26)

La traduction de la Bible en français par Voltaire (1764) est la première à reprendre et traduire la phrase de la Genèse comme suit : « La terre était tohu-bohu » (Robert Dictionnaire historique de la langue française – Paris – Tome 3 p3837)

Hommage aux gardiens du temple et à tous les autres [1]

Gardiens du templeLe Mot Juste et sa consœur, CLIO-Histoire.com,  sont des initiatives bénévoles, l'un et l'autre “a labour of love”. Ils ne sont aucunement financés (mais nécessitent une petite mise de fonds et énormément de temps de ma part.)

Tous nos collaborateurs nous fournissent de la matière dans un esprit désintéressé et coopératif dont nous leur sommes infiniment reconnaissants. 

Toute publication qui se respecte (et qui respecte ses lecteurs) fait appel à un réviseur, dans un souci de qualité de la forme et de l'exactitude des articles, ainsi que pour éviter les coquilles et autres erreurs.

Jean-Paul croppedJean-Paul DESHAYES, traducteur professionnel anglais/français de haute volée, qui intervient souvent en qualité de réviseur officieux [2], et d'autres encore, relèvent parfois des erreurs ou des tournures inélégantes et nous les indiquent. Jean LECLERCQ, lui aussi, a un œil de lynx [3] et une solide maîtrise du français et de l'anglais qu'il emploie à suggérer des améliorations, en plus des nombreux autres services qu'il fournit inlassablement au blog depuis des années. Outre la traduction de textes soumis en anglais, il est l'auteur d'articles qui sont le fruit de sa vaste connaissance des questions de langue et d'un tas d'autres domaines.

Malgré la très haute qualité des articles que nous adressent tous nos contributeurs, (dont les images de quelques-uns/unes se trouvent ci-dessous par ordre alphabétique), nous nous réservons le droit de les « préparer », comme disent les éditeurs. Nous savons que la révision n'est pas une science exacte, et qu'il arrive que le réviseur fasse une modification inutile voire incorrecte. Personne n'est infaillible. Si l'auteur d'un article juge qu'une correction a été faite à tort, nous consentons toujours à ôter la correction, lorsqu'elle est injustifiée. Dans certains cas, nous consulterons l'auteur avant publication. 

Bref, nous croyons que le succès de LMJ, au cours de ses huit années d'existence, et de CLIO, lancé en 2018, tient en grande partie à l'enthousiasme et à la fidélité de nos contributeurs – mais aussi aux efforts que nous n'avons cessé de consentir pour veiller au respect des normes de qualité linguistique et journalistique. Nos contributeurs nous ont donné une part de leur temps si précieux, et nous ont soumis d'excellents textes. Ils n'ont jamais été trop fiers pour accepter aucune des modifications ou corrections qui ont été suggérées.

Qu'il nous soit permis d'exprimer ici notre gratitude à tous ceux qui soutiennent notre action et qui travaillent « pour des prunes » ! 

   
Océane Bies  (new photo) Valerie (square) 2 Feb 2019

Océane BIES

Valérie  FRANÇOIS


Francoise le Fleur (cropped)
Rene selfie (2)
Françoise LEMEUR René MEERTENS
Isabelle Pouliot Audrey Pouligny

Isabelle  POULIOT 

Audrey  POULIGNY

Joelle cropped Elsa Wack 2

Joëlle VUILLE

Elsa WACK

[1] À certains mots français comprenant des consonnes doubles (ainsi « mm » dans « hommage ») correspondent des mots anglais qui ne comptent qu’une seule consonne ("homage" en anglais). À l’inverse, certains mots français avec une seule consonne (comme « mariage ») ont des équivalents anglais orthographiés avec une consonne double (comme marriage). Voici quelques exemples :

agréger

(to) aggregate

solliciter

(to) solicit

adresse

address

agression & agressif

aggression & aggressive

balistique

ballistic

bouton

button

enveloppe

envelope

généralement

generally

trafic

traffic

Dans le cas du mot « comité », le mot anglais correspondant, « committee », contient deux consonnes doubles et une voyelle double.

[2] Le mot français « officieux » et le mot anglais officious sont les faux amis.  officious = « autoritaire » / (attitude de [qqn])  « zélé » / « trop empressé » /  « importun » ;  unofficial = « officieux ». 

[3] L'equivalent de «  un œil de lynx » est "an eagle eye" en anglais.

Oeil de lynx Eagle Eyes (1)

D'autres expressions idiomatiques qui font allusion aux differents animaux ou objets en français par rapport a l'anglais : 

avoir une araignée au plafond

to have bats in the belfry

Il y a anguille sous la roche.

I smell a rat.

jetter quelqu'un dans la fosse aux lions/
se jeter dans la gueule du loup

to throw someone to the wolves
to put one's hand in the lion's mouth

être heureux comme un poisson dans l'eau

to be as happy as a clam at high tide

Il faut ménager la chèvre et le chou.

you have to run with the hare and hunt with the hounds.

courir deux lièvres à la fois

to ride two horses at the same time

mettre la charue avant les bœufs

to put the cart before the horse

On n'apprend pas à un vieux singe à faire la grimace [*]

You can't teach an old dog new tricks.

avoir d'autres chats à fouetter

to have other fish to fry

avoir un chat dans la gorge

to have a frog in your throat

appeler un chat un chat

to call a spade a spade

avoir la chair de poule

to have goosebumps

quand les poules auront les dents

when pigs fly

[*] René Meertens nous a ecrit que « On n'apprend pas à un vieux singe à faire la grimace » n'a pas la même signification que You can't teach an old dog new tricks. Dans ce cas nous pourrions remplacer ce proverbe par "On ne transforme pas un bourrin en cheval de course." Il existe une paire d'expressions supplémentaire portant la même signification mais qui ne font pas d'allusion aux animaux. Il s'agit de :

Les vieilles habitudes ont la vie dure Old habits die hard

Jonathan Goldberg