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Grażyna Nenko, linguiste du mois de mars 2019

ENTRETIEN EXCLUSIF

Jean cropped Gryzna (color)
Jean Leclercq – l'intervieweur Grażyna Nenkol'interviewée

 

Enseignante et guide de la ville de Cracovie (Pologne), où cet entretien a éte mené, Grażyna a plus d'une corde à son arc. Cela tient au vif intérêt qu'elle a toujours manifesté pour l'histoire et les langues étrangères. C'est en qualité de linguiste qu'elle est, ce mois-ci, notre invitée. 

Cracovie (Pologne)

 ————————–

Jean Leclercq : Vous portez un bien beau prénom slave. Pourtant, vous semblez parfaitement à l'aise, en français comme en anglais. Comment est né chez vous cet intérêt pour les langues étrangères et comment êtes-vous parvenue à une telle maîtrise ? Racontez-nous votre parcours.

Grażyna Nenko ; C'est au lycée que j'ai eu le premier contact avec le français. Dans la section littéraire, c'était la seule langue étrangère à apprendre. L'enseignante était très exigeante et elle m'a incitée à participer aux compétitions de langue. Pour ce faire, il fallait apprendre beaucoup plus que le programme scolaire le prévoyait. J'ai commencé à lire en français, à apprendre par cœur des milliers de mots et faire des centaines d'exercices de grammaire. Je faisais des progrès rapides et, en terminale, je me suis trouvée parmi les trois élèves qui ont gagné le concours de langue. J'ai ainsi eu librement accès à  la philologie romane. La langue anglaise était toujours présente dans ma vie. Ma grand-mère avait longtemps vécu en Angleterre, et c'est avec elle que j'ai commencé à apprendre l'anglais. Puis, j'ai eu plusieurs enseignants, mais toujours en leçons particulières, car je n'ai jamais appris l'anglais à l'école. Pour jauger mon niveau en anglais,  je me suis présentée aux examens d'anglais organisés par l'Universite de Cambridge et je les ai réussis. Je m'intéresse aux langues, j'adore les comparer, chercher une certaine logique qui les réunit toutes. Puis, j'ai appris d'autres langues, juste pour pouvoir communiquer avec les gens, me sentir en sécurité en vivant à l'étranger. Les langues procurent du plaisir, mais, avant tout, elles facilitent beaucoup la vie. 

 

J.L. : Vous avez une double activité. Vous enseignez le français et l'anglais dans une école, et vous faites visiter la ville de Cracovie à des touristes francophones et anglophones. Avez-vous une préférence pour l'une ou l'autre de ces deux activités ?

G. N.: Non, je n'ai pas de préférence. Le travail avec des étudiants et celui avec des touristes se complètent parfaitement. Dans les deux cas, il s'agit de pratiquer la langue, de se faire comprendre, de comprendre les autres et d'expliquer aux jeunes l'importance de parler français ou bien anglais. Parfois, je suis très fatiguée et j'ai du mal à trouver assez de temps pour moi, ma famille et mes amis. Mais d'un autre côté, je ne m'ennuie jamais.

 

J.L. : Les jeunes à qui vous enseignez sont-ils motivés ?  Les quelque 13 millions de touristes qui sont venus à Cracovie en 2016 stimulent-ils leur intérêt pour les langues étrangères ?

 G.N. : Cela dépend de la personne. Un grand problème dans toutes les écoles en Pologne (et pas seulement en Pologne), c'est l'affaiblissement de la volonté d'apprendre chez les jeunes. Ils ne sont pas capables de rester concentrés, de travailler dur, d'être créatifs, de faire plus que ce qu’on leur demande. En majorité, ils sont paresseux et peu motivés. Leur philosophie se fonde sur la conviction tristement fausse qu'ils ont encore tout le temps d'apprendre.

 

J.L. : Comme toutes les langues slaves, le polonais est une langue à forte structure syntaxique. Son apprentissage est difficile, les Polonais en conviennent. Cette difficulté est-elle un atout pour l'acquisition d'autres langues ? J'ai toujours été surpris par l'aptitude qu'ont les Polonais à apprendre des langues.

 G.N. : Les nations slaves semblent douées pour les langues. Je ne crois pas que la structure complexe du polonais en soit la raison. Je dirais plutôt que la motivation de connaitre les langues étrangères vient du fait que le polonais n'est parlé qu'en Pologne et que, pour contacter le monde, il faut parler au moins l'anglais. Pour avoir un bon travail, bien gagner sa vie, faire carrière, il faut parler couramment l'anglais. La connaissance d'autres langues constitue un point de plus et donne la possibilité de se développer dans les entreprises étrangères et les multinationales. Pour les Polonais, c'est la plus forte motivation, d'autant plus que, depuis l'entrée dans l'Union Européenne, on a la chance de pouvoir travailler à l'étranger.

 

J.L. Jóseph Korzeniowski  (alias Joseph Conrad) a appris l'anglais vers l'âge de vingt ans. Il n'en est pas moins devenu l'un des plus grands écrivains de langue anglaise. Ludovic Zamenhof, l'inventeur de l'espéranto, connaissait au moins six langues vivantes et trois langues mortes.  Comment expliquer cette maîtrise d'autres idiomes que possèdent nombre de Polonais ? Serait-ce aussi une nécessité historique dans un pays plusieurs fois partagé entre ses puissants voisins ? Où est-ce une aptitude naturell?

Conrad Zamenof
Joseph Conrad Ludovic Zamenhof

 

G.N. : Les Polonais ne sont pas la seule nation douée pour les langues étrangères. Les nations arabes manifestent aussi une aptitude exceptionnelle à apprendre les langues. Je crois que c'est une question de capacités linguistiques qui sont plus grandes chez les uns que chez les autres. Bien que toujours renaissante, la Pologne a été plusieurs fois partagée entre ses puissants voisins. Pour survivre et résister, ses habitants ont souvent dû parler plusieurs langues. Certes, les raisons historiques comptent, mais n'expliquent pas tout. La facilite d'apprendre les langues semble pouvoir se renforcer par les voyages, le contact direct et fréquent avec les « locuteurs natifs » et le travail qui oblige à utiliser en permanence la langue locale. 

 

J.L. : Aujourd'hui, l'anglais m'apparaît omniprésent en Pologne. Des cours d'anglais sont proposés un peu partout. Les jeunes semblent tous en posséder une connaissance élémentaire. Quelle place reste-t-il pour les autres langues ? Et notamment pour le français  ?

G. N. L'anglais est sûrement la première langue étrangère pour les Polonais. On l'apprend déjà à l'école maternelle. Le marché du travail exige la maitrise de l'anglais au moins au niveau B2 (niveau intermédiaire supérieur). Les élèves de l'enseignement secondaire doivent apprendre une deuxième langue étrangère, et là ils ont le choix entre plusieurs possibilités. Le plus souvent, ils choisissent l'espagnol ou l'allemand. Depuis des années, le français n'est plus très populaire parmi les jeunes. Il est trop difficile à apprendre et  assez mal propagé en Pologne. La France n'est pas la destination préférée des Polonais, donc les jeunes n'ont guère envie d'étudier le français. 

 

J.L. Est-il facile à un élève de français de se tenir au courant des dernières nouveautés littéraires et culturelles de la francophonie ? À cet égard, l'Alliance françracovie joue-t-elle son rôle ?

G.N. J'oserais dire que les nouveautés concernant la civilisation et la culture françaises ne sont pas facilement accessibles en Pologne. Je dirais qu'elles sont réservées à un cercle très restreint de passionnés de la francophonie. Dans les grandes villes, il y a des instituts français, mais leurs activités ne semblent pas trop diversifiées. En outre, ils ne parviennent pas à atteindre le grand public. L'Alliance Française n'est pas suffisamment énergique dans ses efforts de promotion de la langue et de la civilisation françaises auprès des jeunes et de leurs professeurs. Moi, je n'en ai reçu aucune information depuis des années. En revanche, ce que j'apprécie bien, ce sont les films du nouveau cinéma français diffusés de temps en temps à Cracovie. 

 

 

J.L : :« Dieu est trop haut et la France est trop loin » avaient coutume de dire les patriotes polonais. Vous êtes aussi historienne. Quels personnages pourriez-vous citer pour illustrer les liens  entre l'histoire de France et celle de la Pologne ?

G.N. : Ces relations sont présentes au cours des siècles et se situent à différents niveaux : historiques, culturels, économiques, scientifiques. On ne peut pas non plus oublier plusieurs vagues d'immigration. Le premier Français qui nous a fait connaitre mieux la France était le roi Henri de Valois qui a été élu roi de Pologne à la mort du dernier souverain dynastique polonais, Zygmunt August, décédé sans successeur. Premier d'une lignée de rois élus de Pologne, Henri de Valois n'a régné que pendant quelques mois seulement, installé au château du Wawel, à  Cracovie.

Castle 1 Castle 2

                                            Le château royal du Wawel,
construit au XIVe siècle par ordre du roi Casimir III, est le cœur historique de la Pologne. Dans l'enceinte du château de Cracovie, se dresse la cathédrale du Wawel, construite sous le règne du roi Casimir et devenue nécropole royale. 

(Photos Lucette Fournier)

Il n'aimait guère  la Pologne, ni son climat rude, ni son peuple qu'il jugeait trop simple. La nouvelle de la mort de son frère, Charles IX, lui servit de prétexte pour quitter la Pologne et n'y jamais revenir. Les deux reines qui ont bien marqué notre pays étaient Marie-Louise Gonzague et Marie-Casimire d'Arquien. La première a été l'épouse de deux rois polonais (pas en même temps, bien sûr) : Ladislas IV et son frère Jean Casimir. Elle a créé le premier journal polonais – Le Mercure Polonais – et elle a soutenu les artistes, et contribué au développement du théâtre et des salons littéraires. La seconde était la femme de Jean III Sobieski, celui qui, par deux fois, battit les Turcs, libérant ainsi l'Europe des envahisseurs musulmans. L'union entre le roi Jean et Marie était un mariage d'amour, chose très rare dans les familles royales. Il faut aussi mentionner le roi Stanislas Leszczyński, celui qui, après son abdication, s'est retiré en France où, devenu le beau-père du roi Louis XV, il reçut la Lorraine qu'il a bien administrée et embellie pendant 30 ans. Grand gastronome, il a inventé quelques recettes qui ont survécu jusqu'à nos jours, qu'il suffise de citer les fameux babas ou les madeleines. 

Après la perte de leur indépendance, en 1795, les Polonais attendaient beaucoup de Napoléon Bonaparte en qui ils voyaient la seule personne capable de les aider à recouvrer leur indépendance. Les légions polonaises, formées en Italie, faisaient partie de la Grande GRAZYNA - Maria_z_Łączyńskich_WalewskaArmée. Elles avaient à leur tête le prince Joseph Poniatowski, seul général étranger élevé au maréchalat d'empire. Napoléon ne fit qu'une visite en Pologne, mais elle compta beaucoup dans sa vie puisqu'il y rencontra la belle Marie Walewska. Un des grands amours de sa vie, elle lui donna un fils (le prince Alexandre Walewski qui fit souche en France), et elle vint même le voir à l'Île d'Elbe. Parmi les Français qui jouèrent un rôle en Pologne, citons Georges Haffner, ce médecin militaire qui fonda la station balnéaire de Sopot, en 1823. La France a reçu de grandes vagues d'immigration polonaise. Des artistes, poètes et musiciens de grand talent y ont trouvé refuge. Parmi les plus connus, il y eut Frédéric Chopin et Adam Mickiewicz. Il faut aussi mentionner Marie Sklodowska-Curie, [1] deux fois « nobélisée ». Quant aux Français qui ont influé sur la vie des Polonais, il faut rendre hommage à ces centaines d'anonymes qui nous ont aidés aux heures sombres de la loi martiale des années 80, en organisant spontanément cette aide matérielle et morale dont nous avions tant besoin. 

 

J.L. : Merci, Grażyna, de ce beau tour d'horizon historico-linguistique . Dziękuję bardzo.

 

Notes historiques : 

[1]Irène Joliot-Curie, la fille de Marié Curie et de son mari Pierre, a obtenu elle aussi le prix Nobel de chimie en 1935 pour la découverte de la radioactivité artificielle,  conjointement avec son époux, Frédéric Joliot-Curie. C’est le seul cas où deux prix Nobel aient été décernés  à un ascendant et à un descendant.

[2] La République de Pologne est une démocratie pluraliste. Son président, élu au suffrage universel direct, détient un mandat de cinq ans. Le pays est doté d'un parlement bicaméral, constitué de la Diète (Sejm) et du Sénat. 

La Pologne, divisée en 16 voïvodies, s'étend sur 312.670 km2 et compte 38,6 millions d'habitants.

 

La Pologne

 

Le territoire de la Pologne a très sensiblement fluctué au cours des siècles, ainsi qu'en témoigne la comparaison ci-dessous. On remarquera que la Pologne actuelle, dont les frontières ont été fixées à la Conférence de Yalta (février 1945) est, à peu de choses près, la Pologne du Xe siècle. Maître du jeu à Yalta, Joseph Staline a toujours montré un vif intérêt pour la géopolitique !

 

Evolution du territoire polonais à travers le temps

Polish territory

 

Capharnaüm & capharnaüm –

le mot avec un c minuscule existe-t-il en anglais?

Analyse de votre blogueur fidèle en direct de la Galilée

Le 9 janvier 2019, nous publiions un article intitulé Shambles, Mayhem, Bedlam – en Grande-Bretagne et en France.
Dans le cadre de cet article, nous donnions une liste de synonymes pour ces mots. L'un d'eux était le mot français  tohubohu. L'origine de ce mot est tohou-vabohou, une phrase biblique hébraïque (תֹ֙הוּ֙ וָבֹ֔הוּ) trouvée dans la Genèse (1, 2) qui décrit l'état de la terre juste avant la création de la lumière dans la Genèse 1, 3. [1]

Cafernaum on mapCapharnaüm ou Capernaüm est un autre mot d’origine biblique, suggérant également le chaos en français (lorsqu'il s'écrit avec un c minuscule). Il s’agit du nom d’un village de pêcheurs fondé à l’époque des Hasmonéens (IIe siècle av. J.-C.) et situé sur la rive nord de la mer de Galilée. En hébreu, le village, qui existe toujours dans l’Israël moderne, s’appelle כְּפַר נַחוּם (Kfar Naḥūm), à savoir le village de Nahum (« village du Consolateur »). كفر ناحوم  en arabe. Dans l'Ancien Testament (Ecclésiastes Rabbah 7, 47), le nom apparaît en hébreu. Dans le Nouveau Testament, il est écrit Kapharnaum dans certains manuscrits, et Kαπερναούμ, Kapernaum dans d'autres. Le village est cité dans les quatre évangiles (Matthieu 4,13 ; 8, 5 ; 11,23 ; 17,24 ; Marc 1,21 ; 2, 1 ; 9,33 ; Luc 4,23 ; 31 ; 7, 1 ; 10, 15 ; Jean 2,12 ; 4,46 ; 6, 17 ; 24 ; 59) comme étant la ville natale du collecteur d’impôts Matthieu, située non loin de Bethsaïde, ville natale des apôtres Simon, Pierre, André, Jacques et Jean.

Capernaum Galilee

Cependant, il convient de noter ce qu'en dit Le Petit Robert :

Capharnaum bric-a-braccapharnaüm : nom masculin entré dans la langue française au XVIIe siècle, avec influence de cafourniau = débarras, du latin furnus = four.  Familier : lieu qui renferme beaucoup d'objets en désordre. Sa boutique était un vrai capharnaüm → bric-à-brac.

Cette définition est renforcée par celle du Trésor de la langue française : Amas confus d'objets en vrac, fouillis. Lieu où s'entasse un bric-à-brac d'objets divers.

En ce qui concerne le toponyme (écrit en c majuscule), le CNRTL ajoute cette explication : « Du topon. Biblique Capharnaüm, ville située au bord du lac de Tibériade, où Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades faisant appel à son pouvoir guérisseur. »

Capharnaum LittreWikipedia soutient : «Ce sens, uniquement utilisé en français et beaucoup utilisé par Balzac, est justifié par Littré par le fait que Capharnaüm était lié à la lecture de l'évangile selon Saint-Marc, II, 2, sur l'attroupement lors de la venue de Jésus. Selon Larousse, il s'agit d'« une grande ville de commerce ».

A première vue, il n'est pas aisé d'établir un lien direct entre Capharnaüm ou Capernaüm, le village (sujet de plusieurs articles Wikipédia dans dix langues différentes, dont anglais et français), et le nom commun capharnaüm, défini ci-dessus par Le Petit Robert.

Mais si l'on extrait les termes « foule », « attroupement » et « grande ville de commerce » des définitions ci-dessus, on remarque qu'ils suggèrent tous une idée de désordre et de chaos. On peut dès lors trouver une passerelle sémantique reliant l'origine biblique du mot et son sens actuel.

Mais comment expliquer un tel glissement de sens entre l’époque de Jésus et le XVIIe siècle auquel Le Petit Robert fait allusion ? Comment expliquer aussi que capharnaüm semble être uniquement passé dans la langue courante française ? Je laisse à nos lecteurs et lectrices le soin d’en tirer leurs propres conclusions. 

Pour ce qui est de la version anglaise avec un c minuscule, Oxford Dictionaries n'en fait aucune mention, ce qui confirme mon opinion que ce mot n'existe pas en anglais, et à priori n'a pas la même signification qu'en français.  La définition qu'en donne le dictionnaire américain Merriam-Webster, en revanche, concorde avec le sens français :

« a confused jumble: a place marked by a disorderly accumulation of objects » dont l’étymologie est mentionnée comme telle : « French, from Capharnaum, Aramaic form of Capernaum, ancient city of Palestine; from the crowd before the house where Jesus preached (Mark 2:2). »

Toutefois, le soussigné croit à une possible erreur et a écrit à Merriam-Webster en s'interrogeant sur sa définition et son étymologie. Restons à l'écoute.

ADDENDUM :

Capernaum Nadine_LabakiLe film libanais Capharnaüm (کفرناحوم‎ en arabe), drame de 2018 réalisé par Nadine Labaki, était candidat au meilleur film étranger à la cérémonie des Oscars (qui se tient chaque année près de chez moi). Bien que le titre anglais du film soit Capernaum (sans tréma), le mot chaos est ajouté entre parenthèses au début du film, au profit des téléspectateurs anglophones.

Capharnaum Oscars Capharnaum fil poster

Le film raconte la vie d'un « enfant des rues », le jeune Zain, qui vit d'expédients dans un quartier misérable de Beyrouth avec sa famille. Capharnaum Zain Au 71e Festival de Cannes, le prix du jury a été remis à la réalisatrice libanaise pour avoir rendu hommage aux « enfants de la rue » qui jouent dans son long-métrage, et qui « lui ont ouvert leurs cœurs et raconté leurs souffrances ». Elle a souligné que son pays, le Liban, a accueilli un grand nombre de réfugiés et a également lancé un vibrant appel à « ne plus tourner le dos et rester aveugle à la souffrance de ces enfants qui se débattent comme ils peuvent dans ce capharnaüm qu’est devenu le monde ».

Capernaum - baby  and ZainLe Monde (« Capharnaüm : les oubliés des bas-fonds de Beyrouth ») : « Le cœur du film, et ce qu’il a de meilleur, est constitué d’un long moment où les deux enfants, le préadolescent et le bébé qui ne marche pas encore, sont livrés à eux-mêmes dans Beyrouth, tentent de ne pas mourir de faim, de ne pas se laisser envahir par la crasse.

Caphernaum Miserables« Impossible de ne pas songer à l’épisode des Misérables dans lequel Gavroche recueille deux gamins plus jeunes que lui : même sens de la précarité, même soulagements éphémères chaque fois qu’elle est tenue un moment à distance, même souci de faire de la ville un personnage à part entière. »

Le Nouvel Observateur rapproche le film de Los Olvidados de Buñuel.

Pour ma part, Capharnaüm est le film le plus puissant que je me souvienne avoir vu. Le jeu de l'acteur principal, le jeune Zain al-Rafeea, un réfugié syrien, est impressionnant, surtout compte tenu du fait que l'enfant était totalement analphabète au moment du tournage du film. Depuis, il vit en Norvège avec sa famille et fréquente l’école pour la première fois.

Jonathan G.  Avec la précieuse aide d'Océane BIES

Capharnaum tohu-bohu[1] Le mot est passé au français sous la forme de tohu-bohu, qui a un sens premier identique à celui de l'hébreu biblique, mais s'est élargi au sens de bruit confustumulte bruyant. C'est un des rares mots hébraïques passé en français (Alain Houziaux, Le Tohu-bohu, le Serpent et le bon Dieu, Presses de la Renaissance, 1997, p26)

La traduction de la Bible en français par Voltaire (1764) est la première à reprendre et traduire la phrase de la Genèse comme suit : « La terre était tohu-bohu » (Robert Dictionnaire historique de la langue française – Paris – Tome 3 p3837)

Le 17 mars 2019 – Nat King Cole aurait eu 100 ans

Elsa Wack 2Nous sommes heureux de retrouver Elsa Wack, notre linguiste du mois de janvier 2014. Elsa, née à Genève, est traductrice indépendante de l'anglais et de l'allemand vers le français. Titulaire d'une licence ès lettres, ayant aussi fait de la musique, du théâtre et du cinéma, elle aime écrire et sa préférence va aux traductions littéraires. 

D'autres contributions d'Elsa sur des themes musicaux:

Aznavour rejoint Bennett sur le Walk of Famק à Hollywood

Hendrix et Händel ont cohabité dans l’espace-temps

À la uneun nouveau timbre rend hommage à John Lennon, musicien et philatéliste

Le 31 decembre – l’anniversaire d’un grand chanteur américain

 

Nat King Cole 1959Nat King Cole était un « crooner », mot onomatopéique défini dans le Robert par « chanteur de charme ». Il naquit dans l’Alabama le 17 mars 1919 et mourut le 15 février 1965. Il apprit l’orgue par sa mère qui jouait à l’église. Son père était pasteur baptiste. Ses frères étaient tous musiciens.

La première chanson qu’il chanta en public, à l’âge de 4 ans, était Yes, we have no bananas, à l’aube de la grande dépression où effectivement on ne trouvait plus tellement de bananes. Cette chanson a eu son avatar très populaire en Allemagne, Ausgerechnet Bananen verlangt sie von mir (« Elle ne me demande rien de moins que des bananes »). Mais Cole (Adams de son prénom) apprend aussi à jouer Bach et Rachmaninov.

Old_King_ColeIl emprunte son surnom « Nat King Cole » à une chanson de nursery, Old King Cole [was a merry old soul, Le vieux Roi Cole était un joyeux drille].

Avec Wesley Prince et Oscar Moore, Nat King Cole fonde le King Cole Trio (basse, Cole trio 2 guitariste, pianiste-chanteur), qui devient un modèle de genre pour les formations de jazz. Il apparaît dans la première émission de radio sponsorisée par un Noir, puis également à la TV, mais l’expérience tourne court. Nat dira : « Madison Avenue [lieu du studio d’enregistrement] a peur du noir.» Cole enregistrera également avec des orchestres philharmoniques.

Nat King Cole épouse en secondes noces Maria Hawkins Ellington (elle-même chanteuse, sans lien de parenté avec Duke Ellington), avec qui il aura cinq enfants, dont une nièce adoptée. Une autre sera chanteuse également, Natalie Cole. Un second enfant adoptif mourra du sida à 36 ans.

Nat joue à La Havane et connaît un franc succès en espagnol.

Il devient franc-maçon, à l’instar du musicien de jazz Fats Waller.

Il interprète des auteurs comme Duke Ellington (Caravan), Billy Rose (It’s only a Paper Moon), Hammerstein (When I grow too old to dream) et Bobby Troup (Route 66). Ces quelques titres figurent sur l’album After Midnight.

Attaqué physiquement par des Blancs ségrégationnistes alors qu’il ne s’était pas jusqu’alors politisé à leur encontre, il fait le pas et adhère à la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People). Il cesse aussi de se produire dans les États du Sud. Nat King Cole a également été critiqué par des Noirs pour ses bonnes relations avec des Blancs.
WC Handy father of the blues
Nat King Cole apparaît dans de très nombreux films. Le premier fut Citizen Kane d’Orson Welles. Le dernier, Cat Ballou, est sorti après sa mort. Entre deux, il y a le fameux St. Louis Blues, film musical où Nat interprète le rôle de William C. Handy, dit « Le Père du blues ».

Eartha KittCette biographie romancée retrace les origines à la fois religieuses et populaires (la rue, les bars) du blues et du jazz. La chanson St. Louis Blues avait été chantée par Bessie Smith dans un court métrage de 1929. Le film de 1958 raconte le dilemme de l’auteur-compositeur W. C. Handy, pris en tenaille entre un père pasteur (comme celui de Nat King Cole) et la musique de la rue et des bas-fonds, qu’il choisit néanmoins. Sur le plan amoureux également, il est déchiré entre sa fiancée Elizabeth et la chanteuse Gogo Germaine, magistralement interprétée par Eartha Kitt. Celle-ci joue un rôle pacificateur, et le film se termine par une réconciliation, lorsque le père vient assister à un concert de jazz (symphonique!) de son fils.

 


I hate to see that evening sun go down,

‘Cause my lovin’ baby, done left this town

Le blues me prend, quand le soleil descend

Car mon tendre ami s’en est allé d’ici.

(St. Louis Blues)

 

Cole smokingGrand fumeur de cigarettes, Nat King Cole meurt du cancer du poumon à l’âge de 45 ans, le 15 février 1965. Il a enregistré plus de cent titres. Unforgettable.

 

 

 

 

 

Le “Jerusalem artichoke” – Une question de fond !

" What's in a name? that which we call a rose
  By any other name would smell as sweet. "

« Qu'y a-t-il dans un nom ?
   Ce que nous appelons rose                         
   Par n'importe quel autre nom sentirait aussi bon. »


   – William Shakespeare.
      Roméo and Juliette
, acte II, scène 2.

Reportage de votre blogueur ambulant, en direct de Jérusalem.

Après être arrivé ici de Los Angeles, j'ai voulu tirer les choses au clair et  consacrer quelques lignes au terme anglais Jerusalem artichoke, également connu sous les noms de sunroot, sunchoke et earth apple. En français, c'est le topinambour (synonymes : crompire, soleil vivace, poire de terre, truffe ou artichaut du Canada). Pour les botanistes, c'est un hélianthe tubéreux, Helianthus tuberosu, en latin [1]. Une première constatation : il n'y a nulle part ici de Jerusalem artichoke,  vu qu’un topinambour n’est pas un artichoke et ne vient pas de Jérusalem. Seul point commun entre les deux plantes : elles appartiennent à la famille des marguerites !

Artichoke 1

 

 

                                           artichaut (FR.), artichoke (ENG.)

 

Artichoke Jerusalem

                              topinambour (FR.), Jerusalem artichoke (ENG.)

Pour démêler cette énigme, je propose de revenir sur l’historique du topinambour qui est originaire d'Amérique du Nord (États-Unis et Canada). L'explorateur anglais Walter Raleigh le découvre en 1585 en Virginie et Samuel de Champlain, navigateur, soldat, explorateur, géographe et chroniqueur français, l'observe au Cap Cod, en 1605. Parti de La Rochelle en 1606, l'avocat, écrivain et voyageur Marc Lescarbot accompagne Poutrincourt en Acadie où il participe à la fondation de la colonie de Port-Royal. Samuel de Champlain lui fait découvrir le nouveau légume que Lescarbot ramène en France, en 1607. Dans le Traité des aliments de Louis Lémery (1702), on le désigne sous le nom de poire de terre.

Pendant la guerre de 1939-1945, la consommation du topinambour (légume qui échappait aux réquisitions de l'armée allemande), souvent mal cuit, sans matière grasse, a laissé de mauvais souvenirs dans les pays occupés. À cette époque, la consommation du topinambour, comme celle du rutabaga, a considérablement augmenté, avant de s'effondrer avec la fin du rationnement. C'est la « nouvelle cuisine » qui, au même titre que le panais et d'autres raves, l'a récemment réhabilité.


Mais, pour revenir à la question initiale de son étymologie, c’est aux États-Unis que des immigrants italiens, selon une certaine thèse, l'ont considéré à tort comme un tournesol (girasole en italien), d’où la déformation en « Jerusalem ». Mais quel rapport Champlainpeut-il bien exister entre le topinambour et l’artichaut ? Explication : le goût du tubercule (qui pousse sur le rhizome enfoui dans la terre) est celui de l’artichaut – caractéristique que Samuel de Champlain soulignait déjà lorsqu'il expédia les premiers échantillons en France.

Selon une autre thèse, les Pèlerins, qui ont quitté l’Angleterre pour s’installer en Amérique, entendaient bien fonder une « Jérusalem céleste dans les solitudes du Nouveau monde ». Quand le topinambour, découvert en Amérique, a été ramené en Angleterre, il a pris le nom de « Jerusalem artichoke ».

Donc, que l’on impute aux Anglais ou aux Italiens la confusion qui en résulta, la seule certitude qui soit c'est que, par suite des caprices de la religion, de l’histoire, de la géographie et de la linguistique, l’appellation  Jerusalem artichoke (artichaut de Jérusalem) [2] est doublement erronée.

Il reste à s'interroger sur l’origine du mot français topinambour (qui a été adopté en anglais comme synonyme de Jerusalem artichoke). Selon Wiktionnaire, ce mot résulte de la francisation du nom d’un groupe de tribus du Brésil, les Tupinamba. Des membres de cette ethnie ayant été amenés à Paris et montrés comme curiosité, en 1613, le grand naturaliste Linné crut à l’origine brésilienne de la plante, introduite en France à peu près à la même époque.

N'ayant pas trouvé de Jerusalem artichokes ici à Jérusalem, je pense continuer jusqu'à Paris, où j'aurai peut-être davantage de chances de trouver des French fries. (Voir notre article : French fries).

[1] Originaire d'Amérique du Nord, le topinambour développe des tubercules charnus bosselés, au goût prononcé d'artichaut. Le Truffaut, Encyclopédie pratique illustrée du jardin. Paris, Larousse, 2005, p.703.

[2] Notons que, parmi les nombreux synonymes de topinambour, le Grand Larousse encyclopédique donne« artichaut du Canada ou de Jérusalem » (tome dixième, p. 382).

 

Lecture supplémentaire :

CNN Food Central : By any name, Jerusalem artichokes are a delight 

Jonathan G. avec  l'aide de Jean L.

En direct des Îles Caïmans

Cayman sharks
 
 Votre blogueur fidèle, en mission dans un paradis [1] pour requins, tortues et investisseurs de tous poils, vous  confie ses impressions.
 

  Un aperçu linguistique, historique, géographique, zoologique et économique  

  Les Îles Caïmans forment un territoire autonome britannique d'outre-mer [2] situé dans l'ouest de la Mer des Antilles. Ce territoire de 254 km2 se compose des trois îles de Grand Caïman, de Caïman Brac et de Little Caïman qui se situent au sud de Cuba et au nord-est du Honduras, entre la Jamaïque et la péninsule du Yucatan.

Cayman map

Cayman judgeLe territoire a un cachet résolument britannique – on y roule à gauche et le drapeau caïman, frappé de l'Union Jack, flotte sur de nombreux bâtiments publics. Au tribunal où j'ai été récemment appelé à interpréter, l'expression “Your Lordship” (Monsieur le Juge) leur semblait bien plus britannique que le “Your Honor” auquel je suis habitué dans les prétoires américains.

Cayman flag Cayman dollar


L'anglais britannique est la langue la plus couramment parlée dans les Îles bien qu'un dialecte local jamaïcain y soit communément utilisé et que les jeunes générations aient adopté certains termes jamaïcains.

Les Caïmanes étant une colonie britannique, la langue locale y est un mélange d'anglais, d'américain méridional, d'écossais et de gallois. Les touristes américains remarqueront que des mots tels que colour et theatre sont orthographiés à l'anglaise. 

Les habitants jamaïcains ont apporté avec eux leur anglais à l'accent caractéristique, et si ces locuteurs peuvent être un peu plus difficiles à comprendre, leur parler ajoute une certaine mélodie au discours insulaire. Beaucoup de Caïmanais parlent également espagnol en version cubaine et centre-américaine.

Cayman DrakeLe premier Anglais à y poser le pied, fut le capitaine au long cours, corsaire, négrier, officier de marine et explorateur de l'ère élisabéthaine, Sir Francis Drake, en 1586. [3]

Depuis la venue de Christophe Colomb dans ces îles, il y a 515 ans, des colons de tous poils s'y sont installés : des pirates, des réfugiés fuyant l'Inquisition espagnole, des naufragés et des déserteurs de l'armée d'Oliver Cromwell en Jamaïque. 

Quand Christophe Colomb aborda les îles, il y nota la présence d'un grand nombre de tortues marines. Il Colombus Cayman baptisa les îles (en espagnol) Las tortugas, devenues ensuite Los lagartos (alligators ou grands lézards), puis Los Caymanos ce qui donna, en français, les Îles Caïmans, alias Islas Caimán, en espagnol. Le terme Caïman est d'origine caribe, l'une des langues antillaises, et il désigne un groupe de crocodiliens. [4]

À propos des tortugas observées par Christophe Colomb, il convient peut-être de noter que ni le français, ni l'espagnol n'ont des termes différents qui équivaillent aux vocables anglais tortoise [5] et turtle. Le français distingue la tortue terrestre de la tortue marine, tandis que l'espagnol parle de tortuga marina et de tortuga terrestre. [6] [7]

Cayman turtle Cayman tortoise


Initialement, le mot anglais pour tortoise était tortuse, mais il se mua curieusement en tortoise au 16e siécle, probablement sous l'influence de purpoise, terme lui-même dérivé du français de 12e siècle porpaís.   

Le crocodile cubain (Crocodylus rhombifer) hantait naguère les Îles et l'on pense que le crocodile américain (Crocodylus. Acutus) est en train de repeupler la Grand Cayman – un peu comme les avocats britanniques qui règlent des litiges relatifs aux fortunes qui se sont réfugiées dans ce paradis fiscal « en pleine mer ». Signe de cette activité financière, il y a deux fois plus de sociétés aux Îles Caïmans que d'habitants (63.000 environ).

Comme les sauriens, les interprètes et les tortues marines aiment se prélasser au soleil. En revanche, les avocats et les requins, lorsqu'ils ne s'affrontent pas, préfèrent nager dans la mer. Chacun choisit son paradis.

Cayman interprete A-barrister protest (2) Cayman attorney swimming

            L'interprète et l'avocat se détendent en dehors du tribunal
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Cayman Tax-haven[1] Paradis fiscal (fr.) = tax haven (angl.) Le mot haven, du vieil anglais haefen, lui-même issu du vieux scandinave höfn, signifiait initialement port (comme dans les toponymes anglais Newhaven, Milfordhaven, ou allemands Bremerhafen, Cuxhafen, Friedrichafen). Mais, il n'est plus utilisé qu'au sens figuré d'un lieu de refuge, concept couramment exprimé dans l'expression safe haven.

[2] Elles ont été cédées par l'Espagne à l'Angleterre par le traité de Madrid, en 1670. Les Îles sont devenues une dépendance de la Jamaïque en 1863 mais, à l'époque de la décolonisation des Antilles anglophones, la Jamaïque s'est émancipée de la Grande-Bretagne tandis que les Îles Caïmans ont choisi de rester une colonie de la Couronne britannique. 

[3] Drake accomplit le deuxième tour du monde en une seule expédition, de 1577 à 1580, et il fut aussi le premier à boucler la boucle en tant que commandant de son navire et chef de l'expédition.

[4] Un ordre de reptiles aquatiques ovipares et carnivores qui vivent dans les zones tropicales et subtropicales de la planète. Ils sont apparus sous leur forme actuelle il y a au moins 167,7 millions d’années, c'est-à-dire vers le milieu du Jurassique. 

[5] En 2011, j'ai écrit une série de trois articles sur ma visite à une autre île britannique, Sainte-Hélène (où Napoléon Bonaparte est mort) et sur ma rencontre avec une tortue dénommée Jonathan, âgée de 186 ans aujourd’hui et toujours vaillante. (Voir la photo ci-dessus.) C'est peut-être le plus vieil animal du monde !


[6]
D'après le site ThoughtCo.com, etablir une distinction entre « turtles » et « tortoises » est une question tout autant linguistique que biologique. Aux États-Unis, turtles désigne généralement les deux espèces alors qu'au Royaume-Uni, turtles désigne spécifiquement les tortues d'eau douce et les testudinidés (la famille animale qui englobe les tortues aquatiques et terrestres). De manière générale, le mot tortoise s'applique aux testudinidés qui vivent sur terre, tandis que turtle est plus communément réservé aux espèces qui vivent en mer ou dans les cours d'eau. En outre, la plupart (mais non la totalité) des tortoises sont végétariennes, alors que la plupart (mais non la totalité) des turtles sont omnivores, se nourrissant à la fois de végétaux et d'animaux.

Cayman Turtle Center[7] The Cayman Turtle Centre est la seule institution du genre au monde. C'est aussi la seule à avoir obtenu la reproduction en captivité de tortues marines de deuxième génération.

 

Jonathan G.   
Traduction et précieux conseils :
Jean L.

 

Lecture supplémentaire :

Understanding The Caribbean: The Countries, People, And Words That Come From The Region