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Nadine Gassie et Océane Bies –

linguistes du mois d’avril 2017

traductrices littéraires, anglais > français.

  Nadine Nadine corrected

              Nadine Gassie                          Océane Bies

 

Jean-Paul croppedNotre intervieweur, Jean-Paul Deshayes, est ancien professeur agrégé d'anglais et formateur en IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) ayant également enseigné le français à Londres pendant dix ans du collège à l’université. Jean-Paul poursuit son activité de traducteur pour la presse magazine. Il est membre de l'ATLF (Association des traducteurs littéraires de France). Bien que retraité, il s’occupe diversement : échanges avec d’autres traducteurs, lectures variées, bricolage et arts martiaux, voyages à Londres avec son épouse anglaise pour rendre visite à leur fille et sa petite famille. Il considère la traduction (thème et version) comme un exercice intellectuel particulièrement stimulant et s’y adonne à la fois professionnellement et pour son plaisir personnel. Jean-Paul a mené l'interview  depuis Trivy, en Bourgogne du Sud. Océane se trouvait a Bordeaux et Nadine à Garrey, dans les Landes.


Souvent qualifié de « travailleur de l’ombre », le traducteur joue pourtant un rôle capital dans la diffusion d’œuvres écrites dans une langue étrangère. C’est grâce à lui, et à lui seul, que notre culture personnelle s’enrichit de lectures inaccessibles autrement et que nous découvrons des auteurs connus dans leur pays, mais inconnus dans le nôtre. Trop souvent hélas, le nom du traducteur n’est pas cité dans les émissions, chroniques et blogs qui présentent la version française d’une œuvre écrite en langue étrangère. Une telle omission est un manque de respect total du droit moral de l’auteur de la traduction. C’est en  lisant
 
Avec « Fin de ronde », Stephen King cogne – Le Monde, 15/3/2017, que nous avons relevé les noms (heureusement cités) des deux traductrices de Fin de Ronde, thriller de Stephen King, paru en France le 8 mars 2017 (ALBIN MICHEL).

  Fin de ronde       Stephen King
   
Autre surprise : il n’est pas très fréquent qu’une traduction soit le fruit d’un travail en commun, comme celui qu’ont réalisé avec talent Nadine Gassie et Océane Bies, un tandem d’autant plus solide et harmonieux qu’il réunit la mère (Nadine) et la fille (Océane) ! Leur éloignement géographique relatif
n’est guère un obstacle à notre époque où les échanges par mail et téléphone sont si aisés. Toutefois, des séances intenses de travail à deux sont nécessaires, surtout à la fin, lors des ultimes relectures, des corrections et à la réception des épreuves. Grâce à ce dialogue toujours constructif et ce souci constant de la qualité, Nadine Gassie et Océane Bies réalisent un travail unique qui donnera au lecteur français le plaisir de s’approprier des œuvres enfin à sa portée.

Nous les remercions vivement d'avoir répondu à nos questions avec enthousiasme et précision.

 

Jean-Paul croppedJ-P : Pouvez-vous présenter votre parcours et nous indiquer ce qui a guidé votre choix du métier de traductrice littéraire ? Peut-on parler de vocation ?

Nadine croppedNadine Gassie : Dans mon cas, oui, je crois qu'on peut parler de vocation. J'ai eu très tôt conscience de la place du traducteur « posté à la porte du livre »… faisant office de portier, détenant les clés. J'ai le souvenir, enfant, d'avoir toujours préparé le plaisir de la découverte d'un nouveau livre par la lecture jouissive de tous les éléments ayant concouru à sa présence entre mes mains : titre, nom de l'auteur, de l'éditeur, de l'illustrateur et, bien sûr, du traducteur, toujours discret, en page de titre intérieure, juste en dessous du titre, donc juste avant « l'ouverture » du livre en français, qui sans lui ne peut se faire…


OceaneOcéane Bies
 : Je ne parlerais pas de vocation, non. En revanche, on peut dire que je suis tombée dedans quand j'étais petite. Ma mère étant traductrice, j'ai été sensibilisée à l'anglais dès mon plus jeune âge, et puis j'ai toujours été entourée de livres. C'est comme ça que je me suis naturellement orientée vers une fac d'anglais. J'ai un master 2 recherche en LLCE. Mais je ne me suis jamais imaginée traductrice, bien au contraire, car ayant vu ma mère à la tâche durant toute mon enfance, j'ai très vite pris conscience de la somme énorme de travail que ce métier exige. Et puis j'ai commencé à relire certaines épreuves pour ma mère, et c'est comme ça que de fil en aiguille, je me suis mise à travailler avec elle.

 

Jean-Paul croppedJ-P : Quelles qualités stylistiques (ou autres) vous inspirent particulièrement dans une œuvre que vous acceptez de traduire ? Y a-t-il une ou plusieurs œuvres pour lesquelles traduire a été un très grand plaisir ?

Nadine croppedNadine : J'aime les styles qui bousculent « la langue » (et les idées) convenue-s, bouleversent nos a priori, et ce faisant inventent une nouvelle langue, reflet d'une nouvelle vision du monde, lesquelles viendront métamorphoser les nôtres.

C'est probablement l'œuvre de Melanie Rae Thon qui, à ce titre, a été et reste pour moi l'enjeu le plus fort, source d'intense jouissance bien plus que de plaisir.

OceaneOcéane : Étant jeune traductrice (j'exerce ce métier depuis quatre ans), j'accepte tout ce qu'on pourrait me proposer, peu importe le style ou les qualités du livre. Disons que je ne peux pas me permettre de refuser un contrat. Mais jusqu'à présent on peut dire que j'ai eu de la chance, car j'ai fait mes premières armes avec deux grands auteurs (et ma mère pour mentor), et se voir confier leurs œuvres a toujours été pour moi un immense honneur, ainsi qu'une énorme responsabilité, c'est pourquoi j'ai toujours pris un grand plaisir à les traduire.


Jean-Paul croppedJ-P : Avez-vous une façon particulière de procéder quand vous vous attelez à la traduction d'un nouveau livre ?

 

OceaneOcéane : Tout d'abord, je m’attelle à la lecture. Ça peut paraître évident mais on me demande souvent si je lis le livre avant de le traduire. Donc oui, plutôt deux fois qu'une. Lorsque je commence la traduction à proprement parler, je procède à une deuxième lecture par chapitre où je me concentre exclusivement sur la recherche de vocabulaire et de références (culturelles, historiques, techniques…). Car le travail de traduction est avant tout un travail de recherche. Une fois tel ou tel chapitre « défriché », je me lance dans la traduction.

Nadine croppedNadine : Je lis une première fois le roman, ou recueil de nouvelles, je prends des notes en marge : associations d'idées, références à d'autres écrits de l'auteur, à des questions de société, etc. Je prends acte et conscience des première et dernière phrases du texte, pour savoir où je vais et comment je dois y aller, et j'attaque. Je m'entoure durant la traduction de tout un univers symbolique et signifiant en rapport avec l'œuvre, en vue de favoriser mon travail (livre-audio, photos, musiques, films, gastronomie, etc.). Si je peux, je pars faire de la traduction in situ, sur les lieux de la fiction…


Jean-Paul croppedJ-P : Les auteurs que vous traduisez  répondent-ils aux interrogations éventuelles dont vous leur faites part ? Avez-vous des retours de leur part sur votre version française de leurs œuvres ?

Nadine croppedNadine : J'ai cessé de faire appel aux auteurs pour débrouiller les questions qui se posent en cours de traduction, car j'ai observé que si la plupart d'entre eux acceptent de répondre avec bienveillance, ils ne mesurent pas, la plupart du temps, les enjeux qui se posent à nous, dans notre langue. Nos questions les laissent perplexes, ou parfois même les dépassent, ils ne les comprennent pas, d'autant qu'eux-mêmes sont, au même moment, sortis de ce texte, déjà ancien pour eux, et accaparés par l'écriture d'un nouveau texte… Internet, nos relations, notre perspicacité nous suffisent amplement la plupart du temps pour tout résoudre, sans avoir à importuner nos auteurs.

OceaneOcéane : Je n'ai jamais été en contact direct avec un auteur. Peut-être par pudeur : j'ai tendance à me dire que les écrivains ont autre chose à faire que de discuter avec leurs traducteurs, car ils peuvent en avoir beaucoup. Et puis le travail en binôme permet de pallier à d'éventuelles difficultés avec deux fois plus d'efficacité. Aucun retour non plus sur la version française de leurs œuvres, car ils n'ont pas forcément les connaissances requises dans telle ou telle langue pour juger de la qualité d'une traduction.


Jean-Paul croppedJ-P : Vous est-il arrivé d’être sur le point de jeter l’éponge tant les difficultés d’un texte, non repérées au départ, vous semblaient insurmontables ?

 

OceaneOcéane : Non, et c'est là l'avantage de la traduction en binôme, tout est plus surmontable lorsqu'on est deux.

 

 

Nadine croppedNadine: Non, même si seule, il m'est souvent arrivé de passer par une phase de découragement ou d'accablement située à peu près à la moitié de l'ouvrage, moment que je vis alors comme l'approche du sommet d'une montagne terriblement dure à gravir, sachant que la seconde partie sera plus facile à négocier, comme la redescente dans la vallée.

 


Jean-Paul croppedJ-P : Comment avez-vous organisé votre travail en binôme pour la traduction de certains titres de Stephen KING notamment ? Quelles sont les contraintes matérielles ou autres et quels sont les avantages ? Recommanderiez-vous cette formule à d’autres traducteurs ?

OceaneOcéane : Très simplement. On se partage généralement le roman en deux. Chacune effectue sa part, s'ensuit un interminable travail de relecture, de concertation et d'harmonisation. Les compétences ou analyses de l'une sont souvent  complémentaires de celles de l'autre, ce qui permet selon moi d'aboutir à des traductions équilibrées et le plus justes possible. Le travail en binôme permet d'avoir du recul sur le texte, chose que l'on perd souvent en cinq mois ou plus de travail acharné. Le dialogue, l'écoute, l'humilité, le compromis, tout cela aide à la réalisation d'une traduction bien faite. Lorsque l'ego est mis de côté, je pense que le travail en binôme ne peut avoir que des avantages (si ce n'est que la paye est divisée en deux à l'arrivée…). Il s'agit aussi de savoir défendre ses idées lorsqu'il y a désaccord. C'est un travail d'équilibre dont il ne faut jamais perdre de vue l’intérêt premier : celui du texte.

Nadine croppedNadine : Nous modifions notre stratégie à chaque roman ou recueil de nouvelles, sachant qu'un texte dicte sa façon d'être traduit. Mais nous veillons généralement à respecter une équité quasi parfaite, sans qu'il y ait de cadre rigide non plus. Nous traduisons, en volume, la moitié chacune, puis nous nous relisons et corrigeons mutuellement, par échange de fichiers, avec à l'occasion une conversation téléphonique, mais c'est rare. Nous réservons l'entrevue en tête à tête et la discussion de vive voix, sur les derniers points à harmoniser, pour la fin, avant remise à l'éditeur du manuscrit finalisé.

C'est une méthode idéale, de liberté totale pour chacune, tout en bénéficiant du soutien constant de l'autre, de partage équilibré des responsabilités, et d'accroissement des potentialités. Sur un auteur aussi complexe et riche en voix énonciatives que Stephen King, nous avons découvert que c'est un avantage certain, garant de même richesse vocale en français.

 

Jean-Paul croppedJ-P : Pour nos lecteurs qui souhaiteraient en savoir plus sur Stephen King , pourriez-vous nous présenter cet auteur et
nous indiquer depuis quand vous êtes devenues  « sa nouvelle 
 voix  » en français ?

 

Nadine croppedNadineStephen King, mythe vivant de la littérature américaine, a publié plus de cinquante romans, tous best-sellers, et plus de deux cents nouvelles. Depuis son premier roman, paru en 1974, il n'a cessé de s'imposer en maître dans le domaine de l'horreur, du fantastique, de la science-fiction et du roman policier. Depuis 2007, j'ai traduit trois  de ses romans en solo ainsi qu'un recueil de nouvelles. 

OceaneOcéane : J'ai rejoint l'aventure en 2013 et nous avons traduit ensemble cinq de ses romans et son dernier recueil de nouvelles.

 

 


     SK book 3       SK book 2       SK Book 4


Jean-Paul croppedJ-P : Traduire Stephen KING doit être une expérience unique ! Quelles sont les spécificités et les difficultés de cet auteur ?

Nadine croppedNadine : C'est bien sûr une expérience unique et un enjeu de taille ! King est un auteur multi-genres et prolifique, donc sa traduction exige beaucoup de lectures préparatoires et de lectures concomitantes, pour accompagner la traduction : nous devons lire ce qu'il a écrit avant, pendant, et savoir même ce qu'il écrira après… Nous devons lire ses maîtres et ses sources, citées ou pas, nous devons savoir ce qui se dit et s'écrit de lui, ce que lui-même dit et écrit de lui. Et nous devons faire un travail aussi puissant et percutant que le sien sur la langue et sur le monde, car c'est un auteur qui avance vite et fort, et nous devons le suivre, à pas de géant. Le titre du tout récent article du Monde : « Fin de Ronde : King cogne », sur le dernier opus de la trilogie Hodges, semble nous donner raison. Si King cogne, c'est que ses traductrices cognent aussi…

OceaneOcéane : Stephen King a une écriture en apparence très simple car très fluide, à la limite de l'oralité. Mais cette apparente simplicité est bien évidemment le fruit d'un long travail. Je pense notamment à la trilogie Hodges, où l'oralité est poussée à son paroxysme par la prise en charge de la narration par tous les personnages, alternant ainsi les styles et les points de vue énonciatifs, parfois même d'une phrase à l'autre, et y compris dans une même phrase. Stephen King a aussi cette particularité qu'il manie les sauts dans le temps à la perfection, il promène constamment ses lecteurs d'un temps de la narration à un autre, ce qui peut être déconcertant pour le traducteur qui ne doit jamais perdre de vue qui parle, quand, à qui, comment, etc… Avec son style très frontal, oral, polyphonique et multitemporel, je dirais que Stephen King est un auteur qui casse les codes de la littérature conventionnelle.

 


Jean-Paul croppedJ-P :On entend souvent dire que « traduire, c’est trahir » ? Comment parvenir à trahir le moins possible ?

OceaneOcéane : Je ne suis pas d'accord avec cette idée. Pour moi, traduire, c'est servir. Car la traduction est avant tout une passerelle entre les personnes, les peuples, les cultures, les idées… Il y a bien entendu mille façons de traduire un texte, comme il peut y avoir mille façons de lire un texte. Donc selon moi c'est encore une fois une question d'équilibre, équilibre entre sa propre sensibilité et ce qui caractérise le texte en lui-même, qu'il s'agisse du style ou du message porté par l'auteur. Il faut accepter où le texte nous mène, sans se faire prendre au piège de l'interprétation hâtive, parfois même de la pudeur, ou, à l'inverse, de l'étoffement et de l'embellissement.

Nadine croppedNadine : J'adhère totalement à la formule unique et novatrice d’Océane : « Traduire, c'est servir » ! Elle a magnifiquement répondu sans tomber dans le piège du poncif. Si seulement ce bel adage pouvait tordre le cou une fois pour toutes au vieil et éculé « Traduire, c'est trahir » qui ne reflète que l'ignorance et la frustration des non-initiés à cette science rigoureuse et cet art consommé qu'est l'exercice de la traduction littéraire.

Un traducteur conscient des enjeux de signifiance d'un texte, c'est-à-dire ses enjeux poétiques et politiques, et de ses enjeux énonciatifs, c'est-à-dire ses enjeux personnels et trans-personnels, ne sera jamais un traître à rien ni personne mais un serviteur authentique de « la voix », et des voix, qui lui sont données à entendre. Les autres sont des traîtres, naturellement, mais ce ne sont pas des traducteurs !

 

Jean-Paul croppedJ-P : Y a-t-il un auteur/un titre que vous adoreriez traduire et pensez-vous que vous arriveriez à convaincre un éditeur de vous en confier la traduction ?

Nadine croppedNadine : J'aimerais continuer à traduire pour un nouvel éditeur mon auteur australien principal, Tim Winton, que j'ai servi avec une vraie force poétique pendant vingt ans avant que les éditions Rivages et leur nouvelle traductrice ne massacrent son dernier opus, Eyrie, en 2015. Ce scandale éditorial passé alors inaperçu doit maintenant éclater au grand jour et un grand éditeur français doit absolument « sauver » le non moins grand Winton. J'y travaille.

OceaneOcéane : Il y a un texte que j'aurais aimé traduire, pour répondre différemment à votre question : Johnny s'en va-t-en guerre, de Dalton Trumbo, roman antimilitariste par excellence. Bouleversant par le thème, bien sûr, mais aussi par sa puissance narrative. Et déjà admirablement traduit…

 


Jean-Paul croppedJ-P : Travaillez-vous actuellement sur une traduction particulièrement passionnante ?

OceaneOcéane : Aucune traduction en cours pour le moment, je consacre donc mon temps à des lectures en vue d'éventuels projets à proposer à des éditeurs.

Nadine cropped
Nadine
: Oui, bien sûr… mais c'est top secret !

 

 

Top secret

Entretiens menés par Jean-Paul DESHAYES avec d'autres linguistes :

Edith Soonckindt – linguiste du mois de mai 2014

Annie Freud – linguiste du mois de septembre 2015

 

Interviews précédentes réalisées en 2017 

La méchante virgule d’Oxford

Une virgule pourrait coûter à une entreprise américaine des millions de dollars en heures supplémentaires

Texte original de Daniel Victor, New York Times; synthétisé, et traduit par Joëlle Vuille

J. VuilleJoëlle, contributrice fidèle au blog, a une licence en droit suisse et un doctorat en criminologie. Après avoir profité d'une bourse de recherche du Fonds national suisse de la recherche scientifique pour faire un séjour de deux ans à l'Université de Californie à Irvine (Department of Criminology, Law and Society), Joëlle est actuellement privat-docent à la Faculté de droit de l'Université de Neuchâtel.

Une action collective en justice introduite devant un tribunal américain par des chauffeurs de camion et portant sur le paiement d'heures supplémentaires repose entièrement sur une ponctuation qui divise depuis toujours les familles et cercles d'amis anglophones, les uns la considérant comme absolument incontournable, tandis que d'autres la trouvent totalement inutile: le « Oxford comma », ou virgule d'Oxford (connue aussi comme "serial comma").

La décision de 29 pages , rendue le 13 mars dernier par la United States Court of Appeals for the First Circuit, est un exercice de haut-vol grammatical qui pourrait coûter 10 millions de dollars à une entreprise de produits laitiers de Portland, dans l'état du Maine.

OakhurstEn 2014, trois chauffeurs routiers ont introduit une action en justice contre leur employeur, Oakhurst Dairy, réclamant le paiement de l'équivalent de quatre ans d'heures supplémentaires. La législation de l'état du Maine impose en effet que les employés soient payés 1.5 fois le tarif normal pour chaque heure travaillée au-delà de 40 heures par semaine, tout en prévoyant quelques exceptions à cette règle.

Avant de continuer, il est nécessaire de faire une petite digression dans le monde de la ponctuation : en anglais, dans une liste de trois éléments ou plus – par exemple « des haricots, des pommes de terre et du riz » – certaines personnes mettent une virgule après « pommes de terre » (« beans, potatoes, and rice »), tandis que d'autres n'en mettent pas. Nombreux sont les anglophones qui ont un avis très, très tranché sur la question.

La plupart du temps, le débat autour de la virgule d'Oxford n'a pas grande importance. Dans le cas des chauffeurs de camion mentionnés précédemment, la virgule s'est révélée cruciale. La disposition légale pertinente, qui exclut le paiement d'heures supplémentaires pour un certain nombre de tâche, est la suivante :

The canning, processing, preserving, freezing, drying, marketing, storing, packing for shipment or distribution of:

(1) Agricultural produce;

(2) Meat and fish products; and

(3) Perishable foods.[1]

La loi entend-elle exclure le paiement d'heures supplémentaires pour la distribution des trois catégories de produits indiquées, ou pour l'emballage en vue de l'envoi ou de la distribution de ces produits ?

Savoir si les chauffeurs d'Oakhurst Dairy avaient été privés du paiement de milliers de dollars en heures supplémentaires dépend entièrement de la façon de lire cette phrase.

En effet, s'il y avait une virgule après « shipment », il serait clair que la loi exclut le paiement d'heures supplémentaires pour la distribution de produits périssables. Mais la cour d'appel, dans son jugement du 13 mars dernier, a jugé que l'absence de virgule créait suffisamment d'incertitude pour que cela bénéficie aux chauffeurs.

Autrement dit, les partisans de la virgule d'Oxford ont gagné la bataille.

La disposition légale à l'origine de l'action en justice avait pourtant été rédigée conformément au manuel de rédaction législative du Maine, qui ordonne aux législateurs de ne pas utiliser la virgule d'Oxford. N'écrivez pas "trailers, semitrailers, and pole trailers," instruit le manuel — mais plutôt, "trailers, semitrailers and pole trailers."

Le manuel précise que la virgule est la ponctuation la plus mal utilisée et la plus mal comprise du langage juridique, et peut-être même de la langue anglaise. Il recommande de faire usage de la virgule avec retenue.

L'histoire juridique est riche de cas dans lesquels une virgule a fait toute la différence pour l'issue d'un procès [2]. On pensera notamment à un litige d'un million de dollars entre deux entreprises canadiennes en 2006 [3] ou encore à l'introduction coûteuse d'une virgule dans une loi de 1872 établissant des taxes d'importation pour certains produits. L'intention du législateur avait été d'exonérer de taxes l'importation de "fruit plants", mais une virgule oubliée eu pour conséquence d'exonérer de taxe les "fruit, plants", ce qui résultat dans un manque à gagner considérable pour l'État. Voir The Most Expensive Typo in Legislative History

Comma washington

Dans l'interprétation du 2ème amendement à la Constitution américaine (qui garantit le droit à posséder une arme), la virgule a fait l'objet de vues divergentes de la part des tribunaux ; voir par exemple une décision d'une cour fédérale de district qui a invalidé une loi sur les armes adoptées à Washington en 2007 [4] (décision qui fut à son tour invalidée par la Cour suprême des États-Unis dans son arrêt District of Columbia v. Heller). [5]

Les reporters, éditeurs et producteurs du New York Times évitent en général la virgule d'Oxford, mais des exceptions sont parfois faites, comme le relève Phil Corbett, charge de questions de langage dans la salle de presse, lorsqu'il s'agit d'éviter des ambiguïtés:

"We do use the additional comma in cases where a sentence would be awkward or confusing without it: Choices for breakfast included oatmeal, muffins, and bacon and eggs." [6]

L'Associated Press, qui fait autorité dans le milieu des médias américains est généralement opposé à l'usage de la virgule d'Oxford.

Mais cette virgule est commune dans les livres et les publications académiques. Le Chicago Manual of Style l'utilise, tout comme Oxford University Press.

Un sondage mené en 2014 auprès de 1129 Américains a révélé que 57% des répondants étaient favorables à la virgule d'Oxford, tandis que 43% s'opposaient à son utilisation. [7]

 

Difficile, donc, de trouver un consensus sur cette épineuse question…

Comma grandpa————————-

[1] La mise en conserve, la transformation, la préservation, la congélation, le séchage, la commercialisation, l’entreposage, l’emballage pour l’envoi et la distribution de :

  • produits agricoles
  • viandes et poissons ; et

de produits périssables.

[2] A Huge Fuss Over a Little Comma
The Wall Street Journal 8 October 2013

[3] The Comma That Cost 1 Million Dollars (Canadian)
New York Times, 25 October 2006

[4] Clause and Effect
The New York Times, 16 December 2007

[5] Justices Endorse Personal Right to Own a Gun
New York Times, 27 June 2008

[6] FAQs on Style
New York Times, 23 June 2015

[7] Elitist, Superfluous, or Popular? We Polled Americans on the Oxford Comma
FiveThirtyEight, 17 June 2014

Lectures supplémentaires :
French Language beta
Does the Oxford comma exist in French? / Virgule et énumération

U.K. Health Ministry Wants No Oxford Commas. Period.
New York Times, September 15, 2022

 

" I'm sorry but refusing to use an Oxford comma isn't really grounds for divorce"
New Yorker

Bedlam: retour à l’asile

Helen-Oclee-Brown
Helen Oclee-Brown
, notre fidèle contributrice, a bien voulu rédiger l'article qui suit, et nous l'en remercions vivement. *  

Traduction : Jean Leclercq


« Bedlam
: A scene of uproar and confusion » (Oxford Dictionaries)
(Scène de tumulte et de confusion)

 

BedlamxDans la langue de tous les jours, la plupart des gens considèrent le mot anglais bedlam comme un nom commun, synonyme de uproar, pandemonium, commotion, mayhem, confusion,disorder, chaos, anarchy, voire lawlessness  (de tumulte, d'agitation, de chahut, de pagaïe, de confusion, de chaos, de chienlit, d'anarchie, voire de non-droit). Voir, à cet egard, le glossaire, publié ici à propos des emeutes de 2011 en Angleterre.  Bien peu savent qu'il s'agissait à l'origine d'un toponyme [1] – le surnom d'un hôpital psychiatrique de Londres qui eut une histoire longue et, à certains moments, tristement célèbre. 


Bethlem Museum
Mais, que veut vraiment dire bedlam et comment ce mot est-il entré dans la langue courante ? Bedlam est une déformation phonologique de Bethlem, elle-même déformation de Bethlehem. Alors, comment l'hôpital psychiatrique a-t-il acquis ce nom ? Eh bien, le premier Bethlehem 1247hôpital a été fondé dans la ville de Londres en 1247, sous le nom de Prieuré du nouvel Ordre de Sainte-Marie de Bethléem, pendant le règne d'Henry III (1216-1272). Édifié là où se trouve aujourd'hui la gare de Liverpool Street, ce n'était pas un hôpital tel que nous le concevons de nos jours, mais plutôt un centre de collecte des aumônes pour les croisés et un refuge pour les pauvres.

Au fil des ans, ce refuge s'est spécialisé dans la prise en charge de ceux qui ne pouvaient se soigner eux-mêmes, notamment ceux que l'on jugeait « fous », et cela, peut-être dès la fin du XIVe siècle. À partir de cette époque, l'hôpital fut familièrement appelé « Bedleheem », « Bedleem » ou « Bedlam ». Bien qu'il ait continué à s'appeler Bethlem à l'époque jacobéenne (1567-1625), le mot bedlam était entré dans la parlure courante pour désigner un état de folie ou de chaos. Le terme apparaît même dans Le Roi Lear où Tom O'Bedlam est un mendiant vagabond, sorti de l'asile. Dans la version portant une majuscule, il est employé par Voltaire. [2]

Bethlehem 1676En 1676, l'hôpital fut déplacé à Moorfields, alors un vaste espace libre situé juste au nord de la ville de Londres. Robert Hooke, adjoint de Christopher Wren, le célèbre architecte britannique, fut chargé de concevoir le nouvel hôpital. Mais, celui-ci ne reflétait ni l'austérité, ni la santé, il suait plutôt l'opulence. Cela n'avait rien d'étonnant car Hooke s'était inspiré du Palais des Tuileries à Paris. Hélas, sa grandeur n'était que superficielle. Le bâtiment craquait (et se lézardait) sous le poids de ses façades grandioses. Par temps de pluie, l'eau ruisselait sur les murs.

De nos jours, l'institution est le plus ancien hôpital psychiatrique d'Europe encore en activité. Mais, son histoire a un Woman-in-Bedlam côté sombre et scandaleux qui tient aux conditions d'internement très dures qui y régnaient.Tout au long du XVIIIe siècle, les méthodes de traitement étaient si brutales que seuls pouvaient être admis les malades capables de supporter des châtiments corporels. Toutefois, le plus détestable de l'histoire de Bethlem était la tradition des visites publiques, autorisant les badauds à venir regarder bouche bée les malades mentaux.

Bethlem déménagea encore en 1815, cette fois pour s'installer dans des locaux fonctionnels à St George's Fields, à Southwark, au sud de la Tamise. Ce nouveau bâtiment n'était pas sans défauts : fenêtres non vitrées, système de chauffage à la vapeur défaillant et humidité inexorablement pénétrante.

La version versaillaise de Bethlem fut démolie en 1815 et
remplacée par le robuste bâtiment édifié à St George's Fields in Southwark

(Crédit photo: Wellcome Library, London)

Au début du XIXe siécle, commencèrent à être révélées les véritables horreurs de la vie asilaire. Un Quaker, Edward Wakefield, agent immobilier et principal partisan d'une réforme des conditions d'accueil des malades mentaux, joua un rôle majeur en attirant l'attention du public sur la situation des personnes internées à l'occasion d'un rapport présenté à une commission parlementaire en 1815. [3] Wakefield y présentait le cas particulièrement choquant de James Norris, un malade en internement de longue durée qu'on s'était obstiné à enchaîner pendant plus d'une décennie. Un changement s'amorçait et, en 1815, la Commission parlementaire d'enquête sur les asiles d'aliénés fut constituée afin d'étudier les conditions de vie des malades mentaux. Les attitudes à l'égard du traitement des maladies mentales commencèrent à évoluer: on abandonna les contraintes physiques et la coercition, au profit d'une prise en charge morale favorisant l'auto-discipline qui semblait être l'avenir de la psychiatrie clinique.

Statues de la mélancolie et de la divagation – dans lesquelles on voyait les deux faces de la maladie mentale – couronnant le portail de l'hôpital.
(Crédit photo: Wellcome Library, London)


En 1930, le Bethlem Royal Hospital déménagea à nouveau, s'insrallant cette fois à Monks Orchard (Bromley) où, entre autres services, il fournit maintenant des soins spécialisés aux jeunes de 12 à 18 ans, malheureusement pas toujours sans susciter des conroverses. Qu'est devenu le vieux Bethlem Hospital de St George's Fields? Peut-être serez-vous surpris d'apprendre que les visiteurs y affluent toujours depuis qu'il abrite l'Imperial War Museum.

Sur un plan personnel, Bedlam me taraude l'esprit depuis la visite d'une exposition que m'avait aimablement recommandée Jonathan Goldberg. "Bedlam: The Asylum and Beyond", au Wellcome Centre de Londres, s'interrogeait sur l'essor et le déclin de l'asile d'aliénés, passant du refuge à l'exhibition de monstres pour aboutir à l'hôpital moderne. Bien plus qu'une traversée historique, l'exposition présentait Bedlam This Way Madness Lies coverdes récits de première main, des dossiers médicaux et des œuvres artistiques réimaginant la vie à l'hôpital. Malheureusement, l'exposition a fermé ses portes en janvier, mais son co-commissaire, Mike Jay, a publié un excellent ouvrage (This Way Madness Lies) qui s'interroge sur la signification de la maladie mentale en étudiant les maisons de fous, les asiles d'aliénés et les hôpitaux psychiatriques qui, tous, isolent les malades de la société. (Voir la note linguistique ci-dessous.)

Dieu merci, les conditions de vie épouvantables et les attitudes inhumaines à l'égard des malades au Bethlem Hospital appartiennent désormais au passé, et le mot bedlam a perdu une partie de sa vilaine connotation. Estimez-vous heureux et reconnaissant que si, dans un bar un peu trop animé où quelqu'un s'écrie : «it's bedlam in here», ce soit peut-être le charivari, mais que vous n'ayez jamais à endurer les traitements cruels que James Norris a dû subir. De quoi nous faire réfléchir, en somme!

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[1] Bedlam est aussi un exemple de métonymie, une figure de rhétorique par laquelle on exprime une chose ou un concept au moyen d'un terme qui lui est étroitement associé. Les mots métonyme et métonymie proviennent du grec μετωνῠμία, metōnymía, (changement de nom), de μετά, metá, (après, au-delà) et de -ωνυμία, -ōnymía, suffixe désignant une figure de rhétorique, de ὄνῠμα, ónyma ou ὄνομα, ónoma, (nom). Exemple de métonymie : boire un verre; on ne boit pas le verre, mais son contenu.

[2]  Voltaire – qui savait l'anglais et avait séjourné en Grande-Bretagne – utilise le mot Bedlam au chapitre IV de son Traité sur la Tolérance. Comme le signale Wikipedia, on y relève la citation suivante : « ce monde est un grand Bedlam, où des fous enchaînent d'autres fous ». À noter l'usage de la majuscule qui semble indiquer qu'à l'époque le mot n'est pas encore un nom commun en anglais.
http://bit.ly/2oCYsRd

 

Philippe_Pinel[3] En France, le Dr Philippe Pinel joua un rôle analogue à celui d'Edward Wakefield en Grande-Bretagne, en ce sens qu'il affranchit les malades mentaux des traitements dégradants auxquels on les asujettissait dans les asiles. Éminent aliéniste, il fut aussi traducteur puisqu'on lui doit des traductions des œuvres de William Cullen dont Les institutions de médecine pratique ainsi que les Œuvres médicales de Georgio Baglivi. Comme le rappelle Wikipedia, il fut bien malgré lui à l'origine d'un célèbre pataquès typographique. Corrigeant les épreuves d'une de ses publications, il inscrivit en marge d'une citation la mention : « Il faut guillemeter tous les alinéas ». Omit-il de placer cette mention dans une bulle, comme c'est l'usage quand on s'adresse au typographe, ou eut-il affaire à un imprimeur facétieux ? Nul ne sait. Toujours est-il que cela devint, dans le texte : « Il faut guillotiner tous les aliénés ». Erreur singulièrement cruelle pour un grand humaniste comme Pinel !

   
  Pinel délivre les aliénés à la Salpetrière en 1795.
          Tableau de Tony Robert-Fleury. 
 

Lecture supplémentaire

Bedlam. St. Mary of Bethlehem

by Terry Trainor

 

How Bedlam became 'a palace for lunatics'
BBC

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[*] Notre invitée est Helen Oclee-Brown, traductrice commerciale du français et l’espagnol vers l’anglais. Elle est diplômée des langues modernes de l’Université de Southampton et elle a un mastère en traduction spécialisée de l’Université de Westminster. Après avoir travaillé pour une agence internationale de marketing et une jeune entreprise de traduction, Helen s’est lancée dans le monde de traduction indépendante en 2009. Elle croit fermement à l’importance des associations professionnelles. En effet, Helen est membre actif de l’ITI (Institute of Translation and Interpreting) et MET (Mediterranean Editors and Translators). Helen habite dans le comté de Kent, en Angleterre. Nous accueillons chaleureusement sa contribution à notre blog. Helen@HelenOcleeBrown.co.uk 

Helen-Oclee-Brown-Translations-Logo

Note linguistique du blog :

lunatic asylum, psychiatric hospital, mental home, cuckoo’s nest, loony bin, nuthouse

Tous ces termes désignent un hôpital psychiatrique. Les trois derniers sont de l'argot.  Le terme lunatic asylum n'est plus en usage dans les milieux politiquement corrects. Selon la formule du British McMillan Dictionary : "This word is on longer polite".  Les explications étymologiques n'en sont pas moins intéressantes.

Dans la même veine, le terme mentally retarded , jugé péjorative, est maintenant remplacé par intellectually challenged, beaucoup plus euphémistique.

Les mots lunatic (substantif ou adjectif en anglais) (fou/folle, en français) et lunatique  (synonyme de  capricieux, selon l'Internaute.com), sont de faux amis. Ce ne fut pas toujours le cas, comme l'explique  Guillaume Terrien, champion de France d'orthographe dans un vidéo clip :

Guillaume Terrien

                   Guillaume Terrien

Autrement dit, le français, en évoluant, a abandonné le sens fort de « fou/folle » pour ne retenir que celui de bizarrerie, alors qu'en anglais, le mot d'origine normande est resté figé dans son sens initial de lunatic.

En revanche, les mots lunar et lunaire sont de vrais amis. En ce qui concerne le mot « lunaison », il n'a ni de vrai ni de faux ami en anglais, en ce sens qu’il n'existe aucun mot équivalent en anglais (la plus proche traduction étant lunar month). [1]

En anglais, les synonymes de lunacy sont : madness, insanity imbecility et folly. Ce dernier est évidemment proche de "folie". Mais, le mot imbecile désigne (péjorativement) quelqu'un de plutôt stupide. Au 16e siècle, il s'employait pour désigner une personne de faible constitution (du latin, imbecillus, quelqu'un in baculum, c'est-à-dire sans le soutien d'une canne) mais, au 19e siècle, sa signification a changé et il en est venu à désigner une personne faible d'esprit ou sans intelligence.

Mais notons que le mot français « folie » et le mot anglais folly peuvent être  équivalents, selon le contexte. C’est le cas dans le domaine de l’architecture, ou folie (folly) désigne une maison de plaisance.

Il s'avère qu'étudier l'origine et le parcours des mots en anglais, et essayer de les distinguer de leurs doubles français,  c'est de l'imbécillité, sinon de la pure folie.

[1] explication du site etymoline.org
late 13c., "affected with periodic insanity, dependent on the changes of the moon," from Old French lunatique, lunage "insane," or directly from Late Latin lunaticus "moon-struck," from Latin luna "moon" (see Luna). Compare Old English monseoc "lunatic," literally "moon-sick;"
Middle High German lune "humor, temper, mood, whim, fancy" (German Laune), from Latin luna. Compare also New Testament Greek seleniazomai "be epileptic," from selene "

Jean Leclercq & Jonathan G.

 

Entre les draps d’Hollywood

rédigé par Jonathan Goldberg, vivant à deux pas d'Hollywood mais menant une vie bien éloignée des scandales (sexuels et autres) de célébrités hollywoodiennes.

Traduction : Valérie François [*]

  Valerie M

 

Image result for numbers in circles Première partie Woody caricature 

Woody Allen, (né Allan Stewart Konigsberg), aujourd'hui âgé de 81 ans, est un acteur, auteur, réalisateur, comédien, scénariste et musicien américain, dont la carrière s'étend sur plus de six décennies.

Woody clarinet

Chaque année, Allen continue son tour de force en réalisant un film dont il écrit le scénario (tous ayant été tapés sur la mème machine à ecrire qu'il emploie depuis l'âge de 16 ans).  En outre, il a écrit de nombreux livres au cours des années et il joue régulièrement de la clarinette avec son groupe de jazz new-yorkais.

La vie sentimentale peu commune de Woody Allen (tout comme sa carrière artistique) a été particulièrement dynamique, marquée notamment par sa relation de longue durée avec l'actrice de cinéma María de Lourdes « Mia » Villiers Farrow [1]. Fille de l'actrice oscarisée Maureen O'Sullivan, Farrow avait auparavant été mariée à Frank Sinatra puis à André Previn, qu'elle quitta en 1979 pour Allen. (Elle jouera dans 13 de ses films).

 

Sinatra & Farrow

Previn & Farrow

En 1978, alors mariée à Previn, Farrow adopta une orpheline de Corée du Sud, Soon-Yi (son âge exact était alors inconnu mais elle devait avoir entre 5 et 7 ans). En 1997, Allen Woody & Soon épousa Soon-Yi Previn (son troisième mariage) [2].

Mia Farrow accuse Woody Allen d'avoir eu des relations avec Soon-Yi à l'époque où il jouait un rôle de père à son égard et d'avoir abusé de Dylan Allen, la fille adoptée du couple. Le couple rompt en 1992. Dylan, encouragée par Mia, porte ensuite des accusations très sérieuses d'abus sexuel sur mineur à l'encontre d'Allen. La querelle sépare alors la famille en deux : le frère adopté Moses soutient l'affirmation d'Allen selon laquelle Dylan est endoctrinée par Mia, tandis que le frère Ronan soutient Mia et Dylan.

 

Mia, Ronan, Woody & Dylan 
(les deux enfants adoptés par Allen & Farrow)

 
Allen réagit à ces accusations dans un article op-ed du New York Times, dans lequel il nie formellement l'accusation et porte ses propres accusations très sérieuses à l'encontre de Mia.

 

2Deuxième partie

Lucile Vasconcellos Langhanke alias Lady Mary Astor
(1906 – 1987)

 

Mary Astor's Purple DiaryUn récent livre intitulé « Mary Astor's Purple Diary – The Great American Sex Scandal of 1936 » (le carnet violet de Mary Astor – le grand scandale sexuel qui secoue l'Amérique en 1936) relate d'un autre scandale sexuel bien plus ancien concernant une star du cinéma américaine. Ce livre est écrit et illustré par Edward Sorel. L'auteur s'est inspiré de vieux journaux faisant état du scandale, qu'il trouva sous le plancher en lino de son nouvel appartement.

Le livre regorge de touches humoristiques (« Metro Goldwyn Merde ») et de bribes d'information aguicheuses tirées des scandales et des affaires judiciaires de haut rang dans lesquelles Lady Astor était mêlée. 

 

Mary Astor cartoon 2   Mary Astor cartoon
                                           illustrations d'Edward Sorel


L'auteur raconte qu'après ses rôles de Mary dans des films cultes tels que Le faucon maltais (The Maltese Falcon) et Le Chant du Missouri (Meet me in Saint Louis), elle se retira et écrivit des romans qui devinrent des best-sellers. 

 

3Troisième partie

Allen et Astor

Comment Woody Allen et Mary Astor sont-ils liés ?

Il semble que Woody Allen, non comblé par ses activités de scénariste, réalisateur et musicien prodigieuses, sans parler de sa vie conjugale avec une femme de 34 ans sa cadette, recherchait de nouvelles façons d'occuper ses journées, et le voici à présent endossant le manteau de critique littéraire. Grâce à sa plume puissante, la section des critiques littéraires du New York Times du 1er janvier commence la nouvelle année en donnant la note très haute et difficile à atteindre pour d'autres critiques – une critique formidable et hilarante du livre de Sorel, foisonnant de mots juteux qui font justice aux scandales dont Mary Astor et lui-même firent l'objet. 

L'ironie de choisir Allen pour relater d'un scandale sexuel dans l'industrie du cinéma ayant eu lieu environ 50 ans avant le sien [3], n'est pas passée inaperçue pour un lecteur du New York Times, qui pose cette question : « Avez-vous confié la critique du livre d'Edward Sorel à Woody Allen comme une thérapie du sentiment de culpabilité que lui inspire sa propre carrière entachée d'un scandale ? »

 

4Quatrième partie

Note linguistique

Tintinnabulation (en anglais) [4] 

Voici la phrase tirée de la critique d'Allen dans laquelle il décrit le moment où la libidineuse Mary semblait s'ennuyer de son mariage et rechercha de nouvelles aventures : « Her hormones tintinnabulating as usual, one senses the critical mass for playing around has been reached » (Sous l'effet tintinnabulant de ses hormones, on sent que la masse critique pour commencer à batifoler est atteinte).

Voici un extrait décrivant les moments obscurs de la vie de Mary l'ayant conduite à l'isolement : « …she gets done in by the demon rum, the rages of age and the toll of a life lived on an emotional trampoline » (…elle s'exténue sous le « démon du rhum », les ravages de la vieillesse et les dégâts d'une vie vécue sur un trampoline émotionnel).

Allen, combinant ses aptitudes d'écrivain et d'humoriste, et toujours à la recherche de son prochain projet, termine sa critique comme il l'a commencée : « I'm going to have a look under my linoleum. Maybe among all that schmutz [5] there's an idea I could take to the bank » (Je vais regarder sous mon lino. Peut-être que parmi toutes les saletés je vais trouver une idée à transformer en billets de banque).

Les autres mots et expressions employés par Allen pour décrire les activités de chambre de Mary Astor sont : « canoodling » (batifolages), « four-times-a-night workouts » (exercices quatre fois par nuit), « married life between the percales » (vie conjugale entre les draps de percale) et « trial by mattress » (épreuve du matelas).

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[1]   Mia africaAmbassadrice itinérante de l'UNICEF en 2000 et activiste de premier plan pour les droits de l'homme en Afrique.

 

 

[2] Sur les 14 enfants de Mia Farrow, quatre enfants biologiques et dix enfants adoptés, qu'elle eut avec Previn et avec Allen, trois sont décédés. Le plus jeune, victime de polio, adopté en Inde, se suicida à l'âge de 27 ans en 2016. 

Soon-Yi, à côté de Mia Farrow

[3] et quarante ans avant le scandale hollywoodien dans lequel le réalisateur et scénariste franco-polonais, Roman Polanski, 83 ans, a été impliqué et dont les implications perdurent jusqu'à aujourd'hui.

[4] PoeTintement et tintinnabulement, les mots français qui correspondent au mot anglais tintinnabulation décrivent le son persistant d'une cloche après qu'elle ait retenti. Le mot anglais a été inventé par le poète et romancier américain, Edgar Allan Poe, et apparaît dans la première strophe de son poème « The Bells » (Les Cloches). Il se traduit dans la version française de quelques-unes de ses œuvres par « tintinnabulement ».

[5] Au sens de « saletés », mot d'origine yiddish et allemande.

 

 

 [*]

ValerieValérie François, traductrice, est Française expatriée, en Irlande d'abord pendant sept ans, et en Espagne depuis un an.
Valérie est née et a grandi dans un petit village des Vosges en France et cultive sa passion pour les langues depuis aussi longtemps qu'elle s'en souvienne. Dès l'âge de 17 ans, Valérie entreprend de voyager seule aux États-Unis et en Allemagne, elle fait des études de langues (anglais-allemand-italien), passe une année universitaire en Écosse, puis se rend à Paris pour terminer ses études et obtient les diplômes suivants :

– Master en Langues Étrangères Appliquées (anglais, allemand) de l'Université Sorbonne Nouvelle;
– Master en Management des Affaires Internationales, de l'école de commerce CESCI à Paris.

Après 11 années d'expérience en entreprise, dans l'export, la traduction et l'informatique, appliqués aux secteurs de la santé et des sciences de la vie, Valérie décide de se mettre à son compte comme traductrice, et s'installe en Espagne où elle peut apprendre et découvrir une nouvelle langue et culture, et élever ses deux enfants nés irlandais dans un environnement trilingue.

 

Les bons mots de Woody Allen :

 

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Quand l’éducation et l’histoire se conjuguent

Christ’s Hospital, une école dans le Sussex en Angleterre

Bluecoat 1

Cette école est également connue sous le nom de « Bluecoat School » (Êcole du manteau bleu), en référence aux uniformes portés par les élèves depuis 1552. En Angleterre, où la tradition joue encore un rôle important, bien des choses ont changé depuis cette époque des Tudor. L'uniforme de cette école, probablement le plus ancien, lui n'a pas changé.

Bluecoat 2

L'uniforme se compose d'un long manteau bleu, ceinturé à la taille, porté avec une culotte courte de même couleur, des bas jaunes et un rabat blanc. Les jeunes filles ont le même uniforme mais avec une jupe assortie.

 

 

L'uniforme est fourni gratuitement à tous les élèves.

En 2010, à la suite d'un vote, la majorité des élèves se prononçaient pour garder cet uniforme de l'époque Tudor, vieux de 450 ans. Moins de 5% des élèves seulement auraient souhaité le remplacement de cet uniforme traditionnel par un plus moderne.

Fondée à l'origine pour les enfants pauvres, l'école Christ's Hospital continue à subventionner la plupart des frais de scolarité [1].

 

 

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[1]

Edward VI En 1552, le jeune Roi Edouard VI réagit à un appel passionné sur les besoins des pauvres de Londres. Il écrivit alors au Maire de Londres pour initier des mesures de bienfaisance pour aider ces pauvres. Le Roi Edouard VI devint mécène et fondateur de l'école, et il signa à cet effet une Chartre Royale, juste onze jours avant sa mort en 1553. Marie 1ère (1516-1558) succéda à Edouard VI. Seul enfant survivant du Roi Henry Queen Mary VIII et de Catherine d'Aragon, elle devint reine d'Angleterre et d'Irlande. Son mariage avec Philippe II d'Espagne fut le premier maillon d'une chaîne de circonstances qui conduisit à la guerre Anglo-Française de 1557-1560. L'Angleterre se joignit à l'Espagne pour combattre la France et le pape Paul IV. Cette guerre se termina par le traité de Cateau-Cambrésis en 1559 et le traité d'Edimbourg en 1560.

Les exécutions de Protestants par la Reine Marie lui valurent le surnom posthume de « Marie la sanguinaire ».

Jonathan G.  Traduction Gérard Cohen

Nous remercions Maître Cohen vivement pour sa première contribution au blog

 

Lectures supplémentaires :

Monde en transition, métiers en perdition…

Monde en transition, métiers en perdition… (2ème partie)

The world’s oldest restaurant?
BBC