Pont Neuf, Paris
Pont Neuf, Paris
Japanese Gardens
Japanese Gardens
Montserrat, Barcelona
en routeMontserrat- Barcelona
Tower Bridge, London
Tower Bridge, London
Skip to content

Anjana Iyer, linguiste du mois de février

 

ANJANA MAXINE CROPPED

Anjana portrait

 

 

 

 

 

 

 

L'entretien qui suit s'est déroulé à Auckland (Nouvelle-Zélande) entre Anjana Iyer  [<] et notre collaboratrice Maxine Marron [>].  Anjana habite et étudie à Auckland et Maxine partage son temps entre l'État de New York et Nouvelle-Zélande.

Traduction de l'anglais : Jean Leclercq

 —————————-

MaxineVous êtes née à Mumbai (ex-Bombay) et vous n'êtes à Auckland que depuis quelques années. Pourquoi avez-vous choisi la Nouvelle-Zélande?

Anjana : Le rythme de la vie et la diversité des cultures que j'ai trouvés à Auckland m'ont décidée à m'y installer.

Auckland

Maxine : À Mumbai, vous étiez ingénieure. En arrivant en Nouvelle-Zélande, vous avez décidé de faire autre chose.

Anjana : J'ai étudié le graphisme et aussi le graphisme en ligne. Ensuite, j'ai eu la chance de décrocher un emploi dans la publicité où je fais de l'illustration et du graphisme d'animation.

Maxine : Je ne suis pas certaine d'avoir bien compris.

Anjana : Ce sont essentiellement des séquences vidéo qui utilisent la technique du dessin animé pour mieux faire connaître un produit.

MaxineVous parlez huit langues, ce qui est étonnant. Moi-même, je ne parle qu'anglais – avec l'accent sud-africain – anglo-américain, et afrikaans avec l'accent anglo-sud-africain. Je suppose que bon nombre de ces langues que vous connaissez ne sont guère parlées hors de l'Inde ?

Anjana : C'est exact. 

Maxine : Vous ne donnez pas l'impression d'une personne originaire de l'Inde qui parlerait comme une Néo-zélandaise, mais plutôt de quelqu'un qui serait né et aurait été élevé en Nouvelle-Zélande. Votre excellent accent néo-zélandais est surprenant. Je suppose que la maîtrise de huit langues vous a aidée à réaliser cet intéressant projet de livre, « Untranslatable Words » que vous êtes en train d'écrire et d'illustrer.

Anjana : Oui, cela m'a aidée. Dans les langues étrangères, il y a beaucoup de mots qu'on ne peut angliciser littéralement. J'en ai choisi un certain nombre que j'explique en accompagnant mon propos d'un dessin.

Maxine : Cela paraît fascinant. Donnez-nous donc quelques exemples.

Anjana : Prenons le mot backpfeifengesicht. C'est de l'allemand et, littéralement, ça veut dire "visage à gifles". En français, vous diriez "tête à claques". Ensuite, il y a le mot bakkushan. C'est du japonais et ça désigne, par exemple, la vendeuse qui fait une très forte impression de dos, mais beaucoup moins lorsqu'elle se retourne. Ça c'est une bakkushan.

Anjana backpfeifengesicht. Anajana bakku-shan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BACKPFEIFENGESICHT

A face badly in need of a fist


Un visage qui donne envie de taper dessus

BAKKU-SHAN

A beautiful woman…….as long
as she’s being viewed from behind

Une belle femme… tant qu'on la voit de dos

        
MaxineMaxine
Maxine: C'est très amusant, mais beaucoup moins quand on en est une !

 

Anjana : Bien sûr. Ensuite, il y a potchémouchka, un mot russe pour celui qui pose trop de questions. Il est apparu dans un livre pour enfants où un petit garçon curieux ne cesse de poser des questions. En russe, pourquoi se dit potchémou (почему) .

 

Anjana : Bien sûr. Ensuite, il y a potchémouchka, un mot russe pour celui qui pose trop de questions. Il est apparu dans un livre pour enfants où un petit garçon curieux ne cesse de poser des questions. En russe, pourquoi se dit potchémou (почему) .

Anjana pochemuchka

Maxine : Je connais beaucoup d'enfants qui sont des potchémouchkas et je crois qu'en vous posant autant de questions, j'en suis une aussi !

Anjana : Vous allez aimer celui-là aussi. C'est prozvonit et c'est du tchèque. Vous appelez le numéro de portable d'un correspondant et vous ne laissez sonner qu'une fois. Votre correspondant vous rappelle alors sans que cela vous coûte un sou.

Ajana Proznovit

to call a mobile phone only to have it ring once so that the other person
would call back allowing the caller not to spend money on minutes

 

Maxine : Ça c'est un mot utile ! Quand mon fils était à l'université et qu'il m'appelait en P.C.V. [1], je refusais et l'appelais ensuite à un bien meilleur tarif que si j'avais accepté le P.C.V.

Anjana : Un autre très joli, c'est komorebi. C'est un mot japonais qui signifie que les rayons du soleil filtrent à travers les arbres.

Anjana Komorebi

 

Maxine : Que c'est joli de dire tout cela en un seul mot. J'aime celui-là.

Anjana : Je pourrais aussi vous parler de wabi-sabi, schadenfreude, llunga et Iktsuarpok.  Ce dernier est un terme inuit et c'est même un mot que nous utilisons très souvent. Je vous laisse le soin de vérifier.

Anjana schadenfreude    Anjana wabi-sabi

SCHADENFREUDE

enjoyment obtained from the misery of  others

le bonheur que procure le malheur des autres

WABI-SABI

accepting the natural cycle of growth and delay

accepter le cycle naturel de la croissance et du déclin

 

MaxineJe n'y manquerai pas, mais je voudrais aussi que nous parlions du nouveau livre auquel vous travaillez.

Anjana : Il y a de magnifiques contes populaires norvégiens que, malheureusement, personne ne lit. En anglais, la plupart des histoires pour enfants se terminent bien. En norvégien, les contes populaires sont plus réalistes.

MaxinePouvez-vous me donner un exemple ?

Anjana : Oui, prenons "Pierre et le Loup". Les chasseurs tuent le méchant loup et le dépècent. Du ventre du loup, sort un canard caquetant fort et en bonne santé. Si c'était un conte norvégien, le loup se serait régalé du canard et les chasseurs n'auraient probablement trouvé que quelques plumes dans son estomac. Je voudrais reprendre quelques-uns de ces contes oubliés, en leur conservant leur forme norvégienne, mais en leur donnant un tour moderne et en les illustrant de façon appropriée.

Maxine : Cela paraît merveilleux. J'ai eu tellement de joie à vous rencontrer. Je vous souhaite le plus grand succès dans vos fascinants projets.

——————-

[1] Abrév. de à percevoir. Communication payée par le destinataire, après l'accord de celui-ci.  

Lecture supplémentaire :

The Meaning of Tingo: and Other Extraordinary Words from Around the World
Adam Jacot de Boinod, Sandra Howgate

Global Wording – If you can't say it in English, just borrow le mot juste
Adam Jacot de Boinod
Smithsonian Magazine, March 2006

I'm Not Hanging Noodles on Your Ears and Other Intriguing Idioms from around the World
Jag Bhalla, National Geographic

Eleven Untranslatable Words
BBC Culture
3rd July 2014

8 mots intraduisibles dans 8 languages différentes

 

 

 

 

 

Pedestrianism :

when watching people walk, was America’s favorite spectator sport  

de Matthew Algoe

 

 

 

 

 

analyse de livre par Carole Josserand

CaroleNée à Lyon, Carole a grandi dans un milieu bilingue anglais/français. Après avoir réussi l'option internationale du baccalauréat scientifique, elle est partie faire ses études en Angleterre où elle a fait une licence de langues (avec la combinaison italien, allemand, russe) à l'Université de Birmingham. Quatre ans plus tard, Carole s'est installée à Londres pour suivre un Master en Traduction et Interprétation à l'Université de Westminster. Dans le cadre de sa licence, elle a eu la chance de pouvoir passer cinq mois à Moscou (Russie), cinq autres à Berlin (Allemagne) et, enfin, un mois à Florence (Italie). Cette expérience l'a extrêmement enrichie, tant sur le plan personnel que du point de vue linguistique et culturel. En effet, elle a pu mieux maîtriser ses différentes langues et approfondir sa compréhension des cultures et des peuples au sein desquels elle a vécu. Carole travaille actuellement à l'Union Internationale des Télécommunications, à Genève, en qualité d'assistante du Chef interprète. Elle continue également à traduire. Comme on s'en apercevra dans ce qui suit, ses talents vont bien au-delà de son domaine professionnel.

 

Pedestrianism, when watching people walk was America's favorite spectator sport [1] de Matthew Algeo est un ouvrage dynamique, contemporain et coloré retraçant l'histoire du sport de la marche à la fin du XIXe siècle aux États-Unis et en Angleterre, au rythme des performances des héros de cette nouvelle discipline : des athlètes aspirant sans cesse à faire reculer les bornes du possible. Bref, un livre qui vous tient en haleine, tout en vous laissant à bout de souffle quand vient la fin.

États-Unis. 1860. Veille des élections présidentielles et de la guerre de Sécession. Deux amis (George Eddy et Edward Payson Weston) [2] conjecturent sur l'identité du prochain président. L'un d'eux prédit qu'Abraham Lincoln sera élu, tandis que l'autre mise sur John Breckinridge. Un pari est lancé : le perdant devra marcher de l'ancien Capitole de Boston jusqu'au Capitole de Washington, et arriver à temps pour l'investiture, soit 769 kilomètres en 10 jours consécutifs. Ce périple souleva une fièvre sans précédent qui s'empara des États-Unis avant de se propager en Angleterre : des marches de ville en ville se multiplièrent, puis se transformèrent rapidement en performances et furent confinées à des pistes dans des arènes, telles les pistes d'athlétisme qui existent de nos jours, donnant ainsi naissance au premier sport de spectacle.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il me semble indispensable de faire un aparté pour s'interroger sur l'origine du mot pédestrianisme. Notons tout d'abord que ce terme ne figure pas dans tous les dictionnaires. Pédestrianisme vient, bien entendu, du latin « pedester » (« qui est à pied », « qui est à terre », « infanterie ») [3] , mais remarquons également que le mot anglais « pedestrian » vient du français « pédestre » et a gagné un sens par rapport à la définition française : en prose, cela peut signifier 'insipide' ou 'prosaïque'. Mais le plus intéressant dans tout cela, c'est que le français a ensuite emprunté le substantif anglais décrivant cette « mode, répandue en Angleterre, de se targuer de faire de longues marches à pied » [4]. Ces échanges linguistiques symbolisent la relation historique entre l'Angleterre et la France.

MatthewPour en revenir à notre thème, Matthew Algeo, journaliste-reporter primé s'intéressant aux événements insolites qui ont marqué les États-Unis et auteur de « Harry Truman's Excellent Adventure », « Last team Standing » et « The President is a Sick Man », dresse un portrait inquiétant de l'art et du sport du pédestrianisme à cette époque. En quête de performances extraordinaires, les athlètes tombent rapidement sous l'emprise de toute sorte de stimulants dans le but d'en faire toujours plus et de surpasser leurs records. À l'instar du champagne :

« Champagne was considered a stimulant. And a lot of trainers — these guys had trainers — advised their pedestrians to drink a lot of champagne during the race. […] The problem was a lot of these guys would drink it by the bottle. That definitely was not a stimulant to say the least. »

– Matthew Algeo [5]

Une pratique que l'on retrouve de nos jours dans le sport, comme en témoignent les nombreux scandales liés au dopage (Lance Armstrong et le cyclisme par exemple). Comme le montre très bien l'auteur, les athlètes sont prêts à tout pour se dépasser et battre constamment leurs records. La marche, sport autrefois de détente, quasi synonyme de 'lenteur' (d'où peut-être la signification anglaise de 'insipide' ou 'prosaïque'), devient en quelques mois seulement, le sport tel que nous le connaissons aujourd'hui : une course au spectaculaire, une course à l'argent, une course au dopage, une course à la performance, où le plaisir est remplacé par l'asservissement à la quantité, à la surenchère, à l'excès.

« [Gale] [6] walked four thousand quarter miles in four thousand consecutive periods of ten minutes (nearly 28 days), a performance that allowed him to rest no more than six minutes at a time. "The amount of perseverance and abnegation requisite naturally excites admiration, The Times of London noted of the latter event." It seems incredible that a man should be able to forego the demands of nature for so long a time ».

De simples 'piétons énergiques' [7], animés du goût de la marche, ces athlètes étaient en voie de devenir des esclaves de la performance, toujours dans l'excès : des forçats, excitant les foules et devenant peu à peu des héros nationaux, « promised £500 bonus if he 'saved the championship to his country'. It had become more than a footrace. It was a matter of national pride. » À tel point, qu'ils en deviennent des mascottes, immortalisées sur des cartes à jouer. À l'image du sport d'aujourd'hui, ces athlètes suscitent le patriotisme de leurs supporters. Mais à quel prix ? Celui de l'excès.

Comme le dénonce finalement l'auteur, cette surenchère pousse aux abus en tous genres (paris truqués, drogue, alcool, etc.) avec des conséquences sur la santé. Bien qu'O'Leary [8]  soit mort officiellement d'un 'durcissement des artères', certains disaient que c'était le grog qu'il consommait pendant ses marches qui était en fait à l'origine de sa mort. Mais étant décédé à 87 ans avec pas moins de 483 000 kilomètres au compteur, les effets négatifs de sa consommation d'alcool ne peuvent-ils pas être relativisés ? En 1933, selon des données publiées par Berkeley [9], l'espérance de vie moyenne des hommes était de 61,7 ans, soit 25 ans de moins que la vie d'O'Leary, ce qui donne à penser que ces performances quasi surhumaines, y compris les abus qui les ont accompagnées, auraient pu avoir un effet bénéfique pour le corps et la longévité. Est-ce que ces performances, via l'épuisement qu'elles provoquent, n'auraient pas un effet facilitateur sur le mouvement ? Prenons l'exemple des arts martiaux (entraînement au Kung-fu par exemple), où, pour que le mouvement 'passe', il faut avoir atteint un niveau d'épuisement maximal, résultant de la répétition infinie des mêmes mouvements. Une technique sans égale dans de nombreux domaines, mais qui semble tout de même laborieuse, voire dangereuse (augmentation notoire des pathologies du sport). N'y aurait-il pas un autre moyen d'arriver à cette fin, en évitant ce fastidieux travail quantitatif ?

La solution qui m'apparaît provient du travail de recherche, mené conjointement par le Docteur Serge Alain Josserand et Dominique Buttaud, professeur de danse, en quête d'une qualité dans l'usage du corps, permettant d'atteindre des performances si ce n'est supérieures, au moins égales à celles des stakhanovistes. Il s'agit, entre autres, de la mobilité interne du corps, « par laquelle se distribue à la globalité du "mobile-squelette" la force du "sol porteur", opposée à la pesanteur terrestre ».[10]  Comme ils l'expliquent, l'OSDYRE (Ostéodynamique de représentation par le verbe) [11] permet, à partir de la verbalisation des logiques du corps et de ses représentations, de lever les résistances à son fonctionnement, crées par les actions du 'diablotin' [12] qui nous habite, et ainsi de restituer au corps son efficience. Ce mouvement de pensée, cette recherche, permet de mettre des mots, des verbes sur la gestion automatique de nos gestes et de donner un mot à des concepts, au squelette et à sa dynamique. L'OSDYREVE (également Ostéodynamique de représentation par le verbe) renvoie, pour sa part, au rêve d'avoir un corps qui fonctionne harmonieusement, sans entrave, sans douleur. Ces 'néologismes' ou 'innovations linguistiques', qui ne sont autres que des acronymes, condensent les processus qui animent ce travail en vue d'une rénovation permanente du fonctionnement du corps. Il facilite la performance, par la qualité, plutôt que par la quantité et l'épuisement, recherchés habituellement par l'entraînement, toujours susceptibles de provoquer des blessures et des accidents.

Enfin, quoi qu'il en soit, la marche « bien tempérée » (à la fois qualitative et sans excès) est bénéfique, non seulement pour notre corps, mais aussi pour notre créativité. Une étude publiée dans le Journal of Experimental Psychology [13] montre que la créativité de l'être humain se développe lorsque l'on marche. À en croire de nombreux philosophes et écrivains, et Grosnotamment Frédéric Gros, la marche serait « un authentique exercice spirituel » [14]  : « Ce n'est pas tant que marcher nous rend intelligents, mais que cela nous rend, et c'est bien plus fécond, disponibles. ». Tout est là. Mais comme il le précise également, toutes les marches ne se ressemblent pas… Ainsi, les marches promenades de Robert Walser [15]  nous invitent à la littérature et à la poésie…

————————

[1] Algeo M. 2014 Pedestrianism when watching people walk, was America’s favorite spectator sport. Chicago Review Press.

[2] Edward Payson Weston est le premier adepte du pédestrianisme. Il fut à l’origine de ce mouvement et remporta de nombreuses courses. Pour de plus amples informations à son sujet, consulter le site : http://www.runningpast.com/pedestrian.htm

[3]  Le Robert. 1992 Dictionnaire historique de la langue française. Alain Rey (dir.). Dictionnaires le Robert. Paris.

[4]  Emile Littre, 1987. Dictionnaire de la langue française. Tome 5, Encyclopaedia Britannica Inc., Chigago.

[5] NPR Staff. 2014. In The 1870s And '80s, Being A Pedestrian Was Anything But.

[6] Gale : grand pedestrian gallois qui fut le coach d’Ada Anderson, première ‘pedestriène.’

[7] Le Trésor de la Langue Française informatisé.

[8] Redoutable adversaire de Weston, d’origine Irlandaise, qui remporta de nombreuses courses face à Weston.

[9] Disponible sur: http://demog.berkeley.edu/~andrew/1918/figure2.html

[10 & 11] Buttaud D. et Josserand A. 2011. De la Danse à la mobilité interne du corps. L’ostéodynamique de représentation par le verbe. Osdyre, osdyrev ou osdyreve. Vers la fin des douleurs du dos et de l’appareil locomoteur. Friches et Bordures.

[12] « Le diablotin est régi par des règles fantaisistes, et non par l’exigeante réalité créée par la rencontre de l’anatomie physiologie avec la gravité terrestre. Les actions en entrave du diablotin sur le mobile squelette créent des écarts avec le fonctionnement naturel, responsables de sensations du corps, de signaux de malaise, de souffrances, de distorsions et de dysfonctionnements ». In : Buttaud D. et Josserand A. 2011.

[13] Oppezzo M. et Schwartz D.L. Give your ideas some legs: The Positive effect of walking on creative thinking.  Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory and Cognition, 2014, Vol. 40, No. 4, 1142-1152.

[14] Le Monde. 2011. « La Marche est un authentique exercice spirituel ».
'A Philosophy of Walking', by Frederic Gros, New York Times, December 19, 2014

[15] Walser R. 1917. La promenade. Gallimard.

Images tirées de Pedestrianism, when watching people walk was America's favorite spectator sport de Matthew Algeo.

—————————–

 

Petit lexique de la marche selon Le mot juste en anglais

To walk, walking

 Marcher, la marche à pied

To hike, hiking,

 Randonner, la randonnée

To jog, jogging

 Jogger, le jogging

To scramble, scrambling

 Grimper, la grimpe

Nordic walking

 Marche nordique

Race walking

 Marche athlétique

To ramble, rambling

 Se balader, balade pédestre

To stroll, strolling

 Se promener, flâner, la flânerie

To trek, trekking

1) Cheminer 2) faire du trekking, randonner 

Backpack

 Sac à dos

Excursion

 Excursion

To amble

 Aller d'un pas tranquille, de sénateur

 

Timbuctu, perle du désert et de Los Angeles?

Dans un article intitulé French Kiss, paru dans la revue France-Amérique de décembre 2014, le linguiste Dominique Mataillet, énumère des toponymes qui inspirent de nombreuses locutions ou expressions françaises.  « Bâtir des châteaux en Espagne », c'est rêver de choses irréalisables, « travailler pour le roi de Prusse », c'est faire quelque chose en pure perte.

« Certains lieux », continue Mataillet, « évoquent la richesse (le Pérou), la surabondance (Byzance) ou, à l'inverse, utilisés de façon négative, leur absence (trois francs six, c'est pas le Pérou). Quelques-uns peuvent, comme l'île grecque de Cythère, symboliser le paradis, d'autres une contrée inhospitalière. On disait autrefois « Partir à Tataouine », allusion à une localité du sud-tunisien, aux portes du désert, où se trouvait un bagne militaire, pour signifier qu'on allait passer un mauvais moment au bout du monde. »

L'anglais a sa propre expression pour désigner le bout du monde : from here to Timbuktu. En français, on va au diable Vauvert ou à Pétaouchnoc, autant de lieux lointains et inconnus.

Tim 1

Sur le toit de la mosquée Djingareyber
Musée des Beaux-Arts de Bruxelles

Dans l'imaginaire collectif, Tombouctou, ce chef-lieu de région du Mali, a été longtemps l'endroit le plus lointain où le pied de l'homme se soit jamais posé. Après des siècles de fermeture à l'Occident, la ville reçoit, en 1826, la visite du major Alexander Laing, premier Européen à y pénétrer. Mais, pris Tim 2pour un marchand d'esclaves concurrent, il y est assassiné. En 1828, c'est au tour du Français René Caillié d'entrer dans la cité, déguisé en lettré musulman, et d'en sortir vivant. Son célèbre récit de voyage fait ensuite grand bruit dans toute l'Europe.

 Tombouctou, la mystérieuse, comme l'appelle Félix Dubois, [1] sorte d'Atlantide des sables, « la ville aux pavés d'or danse dans le rêve européen ». Mais, pas seulement en Europe. La perle du désert, la ville aux 333 saints, est présente dans l'univers de Donald Duck pour exprimer le désir d'aller le plus loin possible. On dénombre au moins deux allusions à la ville mythique : dans Le magicien Duck (1947) et Le génie du stand (1962).

  TIM Donald 2

Donald à Tombouctou dans                                              
Le magicien Donald  

Ces derniers temps, il a fallu des événements dramatiques pour attirer l'attention du monde sur Tombouctou. En, 2012 le MNLA (Mouvement National de Libération de l'Azawad) a déclenché une insurrection dans tout le nord du Mali, aboutissant à la défaite de l'armée malienne et à la perte de la ville au profit de divers mouvements rebelles touaregs, rapidement supplantés par des salafistes radicaux. Du 30 juin à la fin de décembre, les islamistes des mouvements AQMI et Ansar Dine (ar. : Ansār ad-Din  : défenseurs de la foi) entreprennent la destruction systématique des tombeaux des saints musulmans et des mausolées de la ville. Ils brûlent bon nombre de vieux documents d'une très grande valeur historique. [2] L'intervention de l'armée française aux côtés de l'armée malienne, dans le cadre de l'opération Serval, permet de reprendre une partie de la ville, puis de la libérer entièrement par la suite.  

Timbuktu Abderrahmmane SissakoL'invasion djihadiste a inspiré le scénario du film, Timbuktu, réalisé par le Mauritanien Abderrahmane Sissako. En français, arabe et tamasheq, le film a été chaleureusement accueilli par la critique et a reçu de nombreux prix. En 2015, il est sélectionné pour un Oscar dans la catégorie des films étrangers. Rappelons que la cérémonie des Oscars aura lieu à Los Angeles, le 22 février.

 

 

De l'autre côté de l'Atlantique, une exposition intitulée « Timbuktu Renaissance » a ouvert ses portes, le 16 décembre 2014, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (BOZAR) et restera ouverte au grand public jusqu'au 5 mars 2015 (entrée gratuite).

 

Cette exposition sert à nous rappeler la grande mission de sauvetage de plus de 350.000 manuscrits anciens qui risquaient d'être brulés par les intégristes musulmans. Datant de plusieurs siècles, ils couvrent de nombreuses sources de savoir. En effet, l'exposition regroupe des textes touchant tant aux sciences qu'à la politique ou au droit. Elle est porteuse d'une étonnante modernité. En effet, ces précieux manuscrits nous délivrent un message : « les tragédies sont dues aux divergences et au manque de tolérance. Gloire à Celui qui crée la grandeur à partir de la différence et fait régner la paix et la réconciliation ». Ces témoignages historiques seront accompagnés de sons et d'images de la Tombouctou contemporaine, ne serait-ce que pour souligner la pérennité de son patrimoine.

Pour connaitre les détails du projet de sauvetage et de son vrai héros, il convient de lire :

« The Brave Sage of Timbuktu : Abdel Kader Haidara ».

 

 Abdel Kader Haidara

Pour terminer sur une note linguistique, on s'interroge toujours sur l'étymologie du nom Tombouctou. Plusieurs hypothèses ont été avancées, expliquant le toponyme par le recours aux langues locales telles que le Rene bassettamasheq ou le songaï. Mais, la plus plausible nous paraît être celle du linguiste René Basset (1855-1924), qui fut le premier directeur de l'École des lettres d'Alger et l'auteur de l'anthologie « Mille et un contes, récits et légendes arabes ». Basset suggère que Timbuktu dérive des mots berbères « tin » (lieu) et « buqt » (lointain). Cette explication renforce précisément l'usage de l'expression anglaise « From here to Timbuktu » (ou de sa variante From here to Timbuktu and back again). Mais, grâce au film d'Abderahmane Sissako et à l'exposition du Bozar de Bruxelles, cette ville à la fois mythique et lointaine va nous sembler plus proche.  L'expression from here to Timbuktu tombera-t-elle pour autant en désuétude ? Dans leur livre, The Hidden Treasures of Timbuktu [3], Hunwick & Boye ne sont pas loin de le penser: "…our notion of Timbuktu is shifting from it being the 'end of the world' to an important historic centre of Islamic scholarship and culture." 

 

TIM map

 

[1] Félix Dubois. Tombouctou la mystérieuse. Paris, Grandvaux Eds., 2010.

[2] Rebels Torch Mali Library of Historic Manuscripts
Voice of America, 29 January 2013

[3] Hunwick, John O.; Boye, Alida Jay; Hunwick, Jopspeh (2008), The Hidden Treasures of Timbuktu: Historic city of Islamic Africa, London: Thames and Hudson, ISBN 978-0-500-51421-4.

Lectures supplémentaires :

Timbuktu nearly lost its heritage. Now it's on exhibit in a Brussels Museum.
(avec diffusion radio)

Mali's Culture War: The Fate of the Timbuktu Manuscripts
The New York Times, January 30, 2013

Tim  crayon et fusilDessin d'Effo, aimablement communiqué par Denise More

 Jean L. & Jonathan G.

“Naming Jack the Ripper”,
de Russell Edwards,

 London: Sidgwick & Jackson, 2014.

 

Ripper book cover
 Analyse de livre par Joëlle Vuille   

 

Joelle VuilleNous sommes heureux de retrouver notre collaboratrice, Joëlle Vuille, Ph.D. une juriste-criminologue qui habite à Genève. Après avoir terminé ses études à l'Université de Lausanne, Joëlle a profité d'une bourse de recherche du Fonds national suisse de la recherche scientifique pour faire un séjour de deux ans à l'Université de Californie à Irvine (Department of Criminology, Law and Society). Joëlle est maitre-assistante à l'Université de Neuchâtel et chargée de cours à la  faculté de droit, des sciences criminelles et d'administration publique de  l'Université de Lausanne. Nous la remercions vivement pour l'analyse qui suit.
—————————————————————–

 

Lever le voile sur l'identité de Jack l'Éventreur, voilà une entreprise à  laquelle plus d'un détective en herbe s'est essayé ! Le dernier en date se nomme Russell Edwards, il prétend avoir réussi là où tant d'autres ont échoué, et il vient de publier un livre retraçant sa découverte.

  Ripper 1

Après avoir récapitulé les faits sanglants qui ont donné naissance à la légende, soit les cinq meurtres commis dans le quartier londonien de Whitechapel par de froides nuits d'automne 1888, Edwards nous rappelle les indices découverts, les lettres anonymes reçues par les forces de l'ordre et les journaux, bref, tout ce qui fait le mythe de Jack l'Éventreur. Il nous présente les policiers qui ont enquêté à l'époque sur l'affaire, ainsi que les suspects qui, au fil des ans, ont été envisagés. L'auteur nous conte ensuite son parcours personnel, exposant comment son intérêt pour l'affaire est né, et comment il a réussi à mettre la main sur la pièce à conviction qui lui a permis de percer le mystère : un foulard trouvé près du corps de la quatrième victime de l'Éventreur, Catherine Eddowes. Le tissu avait été ramassé par un policier londonien intervenu sur la scène de crime, afin de l'offrir, tout ensanglanté, à son épouse. (Celle-ci avait refusé le délicat présent, mais le foulard était tout de même demeuré dans la famille).

 

L'idée de Edwards était simple : faire analyser les traces de sang et de sperme trouvées sur le foulard, puis trouver de l'ADN de la victime et du suspect, et finalement comparer ces profils ADN pour essayer d'établir un lien entre les unes et les autres.

 

Ripper aaron_kosminski_artist_renditionVenons-en au scoop : le plus célèbre tueur en série de tous les temps serait un immigré polonais de 23 ans dénommé Aaron Kosminski. Kosminksi figure depuis longtemps au sommet de la liste des suspects, mais on ne sait pas grand' chose de lui. Edwards nous conte le peu que l'on sait de son enfance en Pologne, de sa famille et de leur arrivée en Angleterre au début des années 1880, alors qu'Aaron était âgé d'environ 15 ans. Quelques années plus tard, il semblerait que Kosminski ait vécu tout près des scènes de crime (ce qu'Edwards interprète comme un indice de plus de sa culpabilité). Durant ses années-là, Kosminski n'a jamais fait parler de lui, sauf lorsque, en décembre 1889, il a été condamné pour avoir eu en sa possession un chien non muselé (une loi avait alors rendu obligatoires les muselières pour tenter de lutter contre une épidémie de rage). On sait ensuite que Kosminksi a vécu de longues années dans des hospices pour les pauvres et les personnes souffrant de troubles mentaux, probablement atteint de schizophrénie, avant de mourir à l'âge de 53 ans, en 1919.

 

Depuis la publication du livre d'Edwards, certains scientifiques ont exprimé leur scepticisme vis-à-vis de la validité des résultats scientifiques sur lesquels l'auteur a basé sa thèse : une erreur aurait été commise lors de l'évaluation de la force probante des résultats.[1] (L'un de ces sceptiques est Ripper Alec JeffreysSir Alec Jeffreys en personne, l'inventeur de l'analyse ADN utilisée à des fins judiciaires). En effet, puisque la victime et le suspect ne sont plus vivants et qu'il a été impossible d'obtenir un échantillon d'ADN de leurs dépouilles respectives, le travail de Edwards a consisté à localiser des descendants de ces deux personnes et à les convaincre d'avoir leur ADN analysé. Notre ADN se transmettant de façon prévisible entre parents et enfants, chacun d'entre nous partage un certain nombre de caractéristiques génétiques avec ses ancêtres, même à plusieurs générations d'écart. Il est ainsi possible de reconstruire des lignées familiales.

 

Afin d'estimer la proximité du lien de parenté entre deux individus donnés, il est toutefois fondamental de pouvoir évaluer la rareté des caractéristiques génétiques qu'ils partagent par rapport au reste de la population. (De la même façon que, si vous rencontrez pour la première fois une personne qui porte le même nom de famille que votre coiffeur, vous estimerez plus probable que cette personne soit de la famille de votre coiffeur si ces deux individus s'appellent Rolthmeir – l'un des patronymes les moins courants de France – que s'ils s'appellent Dupont). Or, il semblerait que c'est lors de cette étape cruciale que le généticien engagé par Edwards se soit trompé : il aurait déclaré certains profils beaucoup plus rares que ce qu'ils sont en réalité, et aurait ainsi attribué le sang trouvé sur le foulard à la victime alors que le lien entre ces deux éléments serait plus que ténu.

 

L'auteur n'a pas encore pris position dans le débat qui vient d'éclater autour de ses révélations et le lecteur terminera certainement cet ouvrage en ayant encore des doutes quant à l'identité de Jack l'Éventreur. Peu importe, car il aura tout de même était diverti. En effet, même celui qui ne se passionne pas fondamentalement pour la question de l'identité de Jack l'Éventreur pourra trouver intéressant de voir comment Edwards a procédé dans ses recherches, et comment il a surmonté tous les obstacles qui se sont dressés sur son chemin. Le lecteur est invité à plonger dans la Londres du XIXème siècle, y découvre la misère de ces quartiers les plus pauvres, y rencontre ses habitants les plus démunis, et voit les aspects les moins reluisants de la société d'alors. Un voyage beaucoup plus prenant et touchant que toutes les enquêtes policières.

 [1]  Jack the Ripper: Scientist who claims to have identified notorious killer has 'made serious DNA error'
The Independent, October 19, 2014

De plus amples lectures sur Jack l'Eventreur :

  • Patricia Cornwell, The Portrait of a Killer : Jack the Ripper, Case closed, Mass Market Paperback, 2002.
  • Lyndsay Faye, Dust and Shadow: An Account of the Ripper Killings by Dr. John H. Watson, Simon & Schuster 2009.
  • Martin Fido, The Crimes, Detection and Death of Jack the Ripper, Weidenfeld and Nicolson, 1987.
  • Trevor Marriott, Jack the Ripper: The 21st Century Investigation, John Blake Publi. 2005.
  • Terence Sharkey, Jack the Ripper, 100 Years of Investigation, Ward Lock, 1987
  • Williams, Tony; Price, Humphrey, Uncle Jack, Orion, 2005.
  • Paul Begg, Jack the Ripper: The Facts, Anova Books, 2006.
  • Stewart Evan & Donald Rumbelow, Jack the Ripper: Scotland Yard Investigates. Stroud, Sutton Publishing, 2006.
  • Donald Rumbelow, The Complete Jack the Ripper, Fully Revised and Updated, Penguin Books, 2004.

Les termes anglais du mois :
Cadet, caddie, cad

Certains font remonter l'origine du jeu de golf au paganica [1] des Cad st_andrews_golf_course_graphicss Romains, d'autres au jeu français de mail (ou de pale mail) [2] et, d'autres encore, au chaugán (ou tchovgan) perse [3]. Ce que l'on sait, c'est que, dès le XIIIe siècle, il se pratiquait aux Pays-Bas un jeu dénommé colf (ou colve, colven, kolven), consistant à envoyer avec un bâton une balle de cuir vers un but. Repris en Écosse au XVe siècle sous le nom de golf, ce jeu y fut codifié en 1754 par le Royal and Ancient Golf Club of Saint Andrews.  [4]

Cad - caddieEntretemps, le mot franco-gascon capdet était entré dans la langue anglaise et vite adopté dans les cercles de golf écossais sous la forme dérivée de caddy (ou caddie), pour désigner la personne qui porte les cannes (ou clubs) du joueur et l'aide tout au long du parcours. Dans de nombreux tournois amateurs, les joueurs sont tenus de porter leur sac, mais les joueurs professionnels peuvent se faire accompagner de caddies qui portent et gèrent le matériel du joueur et sont même autorisés à le conseiller au cours du jeu.

Il en sort que le mot anglais caddie  et le mot français « caddie » sont les faux amis.  Le mot français dont la signification est « chariot de supermarché » dérive du nom commercial d’une société – Les Ateliers réunis Caddie (fondée en 1926).

Le mot caddy/caddie a quelques autres significations moins courantes :

i. Aux États-Unis, ce peut être l'abréviation de Cadillac, la voiture de luxe.

ii. Il est également utilisé (assez rarement et seulement dans certaines parties des États-Unis, semble-t-il), comme élément de l'expression shower caddy, pour désigner une étagère que l'on place habituellement sur la paroi de la douche pour ranger les accessoires de toilette. Même chose dans l'expression tool caddy, désignant un râtelier à outils.

Caddy - shower

 

iii. Au Royaume-Uni, le tea caddy désigne une boîte de fer blanc où l'on garde le thé. (Où l'on gardait le thé, avant l'usage des sachets.) Ce caddy-là dériverait du mot malais kati, unité de poids correspondant à 0,61 kg.

Caddy tea

 

Passons au mot cadet, dont dérivent caddy/caddie. Étonnamment, l'Oxford Dictionary donne parmi ses différents sens : « fils ou fille plus jeune » [c'est-à-dire puiné(e)], tout en qualifiant ce sens de formel ou d'archaïque. À la connaissance des auteurs, le mot cadet n'a jamais (s'il l'a été il y a très longtemps) été couramment utilisé en anglais dans le sens français de « frère cadet ». En revanche, comme en ancien français, il désigne un jeune qui s'initie au métier des armes [5] et, en Australie, il a pris le sens de stagiaire ou de débutant, notamment de journaliste stagiaire.

Vu qu'en France, tout se termine – dit-on – par des chansons, n'oublions pas non plus Cadet Rousselle, la chanson populaire devenue comptine après avoir été révolutionnaire !

Cadet rouselle

Le mot cad, dérivé de cadet ou de caddy, a une étymologie plus complexe. Pour bien comprendre le contexte dans lequel il a été forgé, il peut être bon de rappeler que, dans l'histoire de l'université d'Oxford, vraisemblablement fondée en 1096, et de celle de Cambridge, fondée en 1219, une rivalité a toujours existé entre les habitants des deux localités et les communautés estudiantines.[6] Les seconds portaient un costume étudiant et l'expression « Town and Gown » en vint à différencier les étudiants des habitants de la ville. [7] Le mot cadet (dérivé du latin caput) était entré dans le franco-gascon sous la forme capdut, signifiant « petit frère »ou « junior ». Les étudiants d'Oxford adoptèrent la forme abrégée cad pour désigner ceux que leurs homologues français appelaient irrévérencieusement les « bourgeois ».

Cad - town and gown


Après que son sens ait évolué au fil des ans, cad en est venu à désigner au XVIIIe siècle quelqu'un qui se comportait mal avec une dame (un goujat). Cette acception n'est pratiquement plus usitée
et peut même être considérée comme archaïque au XXIe siècle. [8] 

———————–

[1] Jeu consistant à envoyer une balle vers un but appelé paganica.

[2] Petit maillet muni d'un long manche dont on se servait pour pousser une balle de bois dans une direction déterminée. Par extension, le mot mail en est venu à désigner le jeu lui-même, puis la promenade publique où l'on jouait au mail (avenue du Mail, à Genève; Pall Mall, à Londres). Avatar du mail : le jeu de croquet.

[3] Jeu équestre, ancêtre du polo, qui se jouait dans l'empire perse et qui se joue encore en Azerbaïdjan. Pratiqué à dos de chevaux karabakhs, ce jeu traditionnel a été inscrit en 2013 par l'UNESCO sur la liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente.

[4] L'University of the Highlands and Islands offrira dès le septembre prochain un diplôme en golf professionnel. Voir : Professional golf degree launched in Scotland, Times Higher Education, 21 January, 2015.

[5] Cad cyranoComme quatrième sens du mot cadet, le Petit Robert donne : « (anciennement) Gentilhomme qui servait comme soldat, puis comme officier subalterne, pour apprendre le métier des armes. » On se souvient des cadets de Gascogne et de Carbon de Casteljaloux, compagnie à laquelle appartenait le Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand. Notons qu'en français moderne, on préfère parler d'élèves officiers, même si l'on appelle encore « cadets de Saumur » les élèves de l'école d'application de l'arme blindée cavalerie.

 

[6] En 1209, deux clercs d'Oxford (c'est-à-dire des étudiants des collèges religieux, toujours plus nombreux) ont été pendus par des habitants de la ville pour un meurtre qu'ils n'avaient semble-t-il pas commis. Les étudiants, craignant pour leur vie, migrèrent à Cambridge où certains d'entre eux s'installèrent définitivement. Apparemment, cette rivalité n'a pas complètement disparu puisque, selon le journal britannique Telegraph du 5 août 2012, les étudiants de l'université de Cambridge sont invités à ne pas revêtir leur toge ou leur tenue de gala s'ils vont boire en ville, au risque de se faire rosser par les gens du cru.

[7] Les codes vestimentaires d'Oxford et de Cambridge (sub fusc : toge et mortier noirs) sont compliqués. Pour plus d'explications, voir : "17 weird, wonderful, WTF Oxbridge traditions".

Cad - students at Clare College Cambridge

 

[8] Mais voir : "Cad: Confessions of a Toxic Bachelor", by Rick Marin, Hachette Books, 2003..

 

Lecture supplémentaire :

'To lick a Lord and thrash a cad': Oxford 'Town & Gown'
BBC, 4 November 2010

 

Jean L. & Jonathan G.