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“The Paris Book” de Marian Parry
et “Stoner” de John Williams

ou

les tribulations de deux livres destinés à sortir de l'oubli

IMG_763_2_2_2_6Aujourd'hui, nous sommes heureux d'accueillir une nouvelle collaboratrice très douée en la personne de Beila Goldberg.
Madame Goldberg est diplômée en 1971 Docteur en droit de l’Université Libre de Bruxelles (ULB).
Après avoir été inscrite au Barreau de Bruxelles, elle rejoint l'entreprise familiale où elle exercera de nombreuses activités et y apportera ses connaissances juridiques.
Au Lycée Émile Jaqmain, les fameuses versions latines et grecques auront été ses premières traductions, son initiation à l’étymologie et à la structure des langues dont le néerlandais, l'anglais et l'allemand.   
Par la suite, autant par besoin que par plaisir personnel, elle apprendra également l'italien.
Devenue traductrice indépendante de l'anglais vers le français, elle se spécialisera tout naturellement dans
la traduction juridique et plus particulièrement celle des contrats.
Elle portera sur la traduction son regard rigoureux de juriste attentive aux mots les plus justes en français, confrontée à deux systèmes juridiques différents, dont les concepts diffèrent également.
Passionnée par l'histoire du droit, le droit comparé, la ou les philosophies du droit comme par la richesse et les subtilités des langues, Beila Goldberg curieuse de tout, en écrivant cet article pour « Le Mot juste en anglais » est revenue à sa raison première de s'inscrire en Faculté de Droit, une des rares voies possibles à l'époque pour faire des études en journalisme à Bruxelles.

 

The Paris Book

Marian Parry croppedIl était une fois, une petite fille qui s'appelait Marian et qui vivait à Paris.

L'histoire de « The Paris Book » de Marian Parry ressemble à un conte.

Marian Parry, auteure, illustratrice et aquarelliste américaine, raconte le Paris des années 1950 sur un carnet d'aquarelles

Un Paris où des personnages à tête d'oiseau se promènent, se croisent ou devisent assis à une terrasse de café.

Paris, une ville où elle a passé son enfance et une partie de son adolescence, Paris où elle est retournée à maintes reprises, accompagnée de son mari.

Ben-shahn-1-sizedEn 1952, son ami Ben Shahn, peintre américain connu, lui demande de réaliser le plus beau livre qu'elle ait jamais fait pour le proposer à Curt Valentin, un éditeur réputé, spécialisé dans les publications à tirage limité d'écrivains ou de poètes illustrées par des artistes contemporains… Pour Marian Parry, ce livre existe déjà : son carnet de vingt aquarelles de Paris qu'elle appelle « The Paris Book ».

 

 

Elle remet à Curt Valentin son carnet d'aquarelles, malheureusement Curt Valentin décède et ce livre n'est pas publié.

Un jour, Julie et Lisa Nemrow, Nemrow sisters à la tête du groupe Un-Gyve qui comprend également une maison d'édition indépendante, rendent visite à leur ami et conseiller littéraire Christopher Riks. Une carte postale posée sur la cheminée attire immédiatement leur attention. Une carte envoyée par Marian et son mari, une de ses aquarelles de Paris avec leurs bons vœux écrits au dos.

Les sœurs Nemrow, avec leur regard averti, reconnaissent un grand talent, demandent à faire la connaissance de Marian Parry et décident de publier son livre. Deux années seront nécessaires pour reproduire avec la plus grande précision la subtilité des couleurs d'origine sur un papier jauni par le temps.

Pour Marian Parry, l'histoire se termine cette année comme un conte de fées : après avoir fêté ses quatre-vingt-dix ans, son livre est publié en 333 exemplaires, tous numérotés et signés de sa main. Ce qui sera célébré lors de rencontres qui se tiendront pour la plupart à la Bibliothèque publique de Boston où la majeure partie des œuvres de Marian Parry est archivée.

Pour découvrir « The Paris Book », voir cette charmante vieille dame et grande artiste tremper sa plume en égrenant des souvenirs, tout comme aussi en savoir encore plus sur elle, je vous invite à regarder la video suivante :

 

Stoner

L'histoire de « Stoner » de John Williams relève plus du roman noir.

Un roman publié en 1965, passé presque inaperçu et dont la vente s'est limitée à 2.000 exemplaires.

John Williams, auteur de quatre romans et de deux recueils de poèmes jamais traduits, décède en 1994 dans l'anonymat littéraire.

Colin ABCQuelques lecteurs, dont l'auteur irlandais Colum McCann, garderont le souvenir d'un très grand écrivain.

Colum McCann a recueilli une cinquantaine d'exemplaires de « Stoner » pour les offrir à ses amis avec qui il voulait partager ce roman qu'il considérait comme un grand oublié de la littérature américaine.

« Stoner » a été réédité en 2003, sans beaucoup plus de succès auprès du public même s'il a davantage retenu l'attention de quelques critiques littéraires.

En 1965, il n'avait eu droit qu'à un seul petit article…

Un jour, Anna Gavalda, romancière française à succès, lit une interview de Colum McCann dans The Guardian, ce qui lui donne la grande envie de lire « Stoner ». Elle s'aperçoit que ce roman n'a pas été traduit et persuade son éditeur « Le Dilettante » d'en acquérir les droits.

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John Williams

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Anna Gavalda réalise qu'elle seule peut s'atteler à la traduction de ce roman qui lui parle tellement
.Elle sera sa voix en français.

Une voix qui portera loin.

« Stoner » de John Williams paraît en français en 2011, est salué par tous les critiques littéraires et obtient en janvier 2012 le Prix Mémorable des Libraires Initiales 2011. Un Prix qui récompense « la réédition d'un auteur malheureusement oublié, d'un auteur étranger décédé encore jamais traduit en français, ou d'un inédit ou d'une traduction révisée complète d'un auteur ».

   Anna

 

John Williams ne se faisait guère d'illusions sur le succès commercial de « Stoner » même s'il savait avoir écrit un bon roman. Il pensait également qu'un jour ce roman serait reconnu ainsi qu'en témoigne une correspondance avec son agente, Marie Rodell.

Depuis le succès de sa traduction en français, « Stoner » a déjà été traduit dans plusieurs langues, le sera prochainement dans d'autres et a été publié une nouvelle fois en Angleterre en 2013. Ce qui lui a valu l'unanimité des louanges des critiques anglophones et même des Prix !

Un destin bien étrange pour un roman écrit en 1965 et qui a tout d'un grand classique…

Ce dont John Williams avait la prémonition, mais n'en a pas reçu la reconnaissance de son vivant.

La traduction d'Anna Gavalda a sauvé « Stoner » de l'oubli.

Un roman sans vraie intrigue qui dit la vie d'un homme animé par la flamme de la lecture et la transmission du savoir. Une vie toute vécue dans la même université du Missouri, celle où, étudiant, il découvre les mots et la littérature et y devient ensuite professeur.

Un roman que j'ai découvert avec le vrai bonheur de lire, un bonheur que je souhaite partager à mon tour.

Je remercie de tout cœur mon ami Jonathan Goldberg ainsi que son co-blogueur Jean Leclercq d'avoir attiré mon attention sur ces deux livres sauvés de l'oubli après autant d'années et sur leurs tribulations où se mêle toute l'importance des passeurs de mots et du savoir.

Beila Goldberg

Lecture supplémentaire :

Stoner: the must-read novel of 2013
Julian Barnes, The Guardian, 13 December 2013

Decades Later and Across an Ocean, A Novel gets it Due (broadcast)
Listen to the Story, National Public Radio, 19 May, 2013

 

 

 

Les video clips du mois –

Votre langue maternelle pourrait-elle affecter
votre capacité à épargner ? (12:13 minutes)

Que peuvent apprendre les économistes des linguistes ? L'économiste comportemental Keith Chen présente un schéma fascinant issu de sa recherche : les langues pour lesquels le concept de futur n'existe pas – « Il pleuvoir demain », au lieu de « Il pleuvra demain » — ont une forte corrélation avec les taux d'épargne élevés. En savoir plus sur la recherche de Chen.

Qu’est-ce qu’un « snollygoster » ?
Une petite leçon de langage politique (7:04 minutes)

>

La plupart des hommes politiques choisissent soigneusement leurs mots pour façonner la réalité qu’ils espèrent créer. Mais cela fonctionne-t-il ? L’étymologiste Mark Forsyth partage quelques anecdotes amusantes sur l’origine de certains mots dans l’histoire britannique et américaine (par exemple, vous êtes-vous déjà demandé comment George Washington est devenu « président » ?) et arrive à une surprenante conclusion. (Depuis le TED x House of Parliament à Londres)

Du journalisme de haut vol


L'article suivant a été rédigé par
Bénédicte Jourgeaud,
auteure- Drone 0journaliste française, à la demande du Mot Juste.  Bénédicte collabore régulièrement à notre blog et nous attachons un grand intérêt à ses collaborations.

 

Le dictionnaire Collins ROBERT anglais-français-anglais (Unabridged Dictionary) definit le substantif anglais drone comme suit :

1. (= bee) abeille mâle , faux boudon  ; (pej = idler) fainéant(e). Drone Bee
2. (= sound of bees) bourdonnement;
    [of engine, aircraft) ronronnement;         

    (louder) vrombissement ;

    (fig monotonous speech) debit monotone.
3. (Mus) bourdon.
4. (Robot plane) avion téléguidé, drone.

 

Drones 2« Le drone, c'est 60% de pilotage, 30% de vidéo et 10% de journalisme », expliquait en septembre 2013 Raphaël Labbé, directeur de l'équipe Innovation du site du magazine français L'Express. « C'est quand ce pourcentage se sera inversé que nous pourrons vraiment parler de « drone journalisme », ajoutait le rédacteur en chef du même magazine. L'Express, en France, fait figure de pionnier par rapport à cette nouvelle façon de faire du journalisme. En montant le projet Drone It – qui a duré durant trois mois pour se terminer en juin 2013 – l'expérimentation a donné lieu à la rédaction d'un Livre Blanc afin d'imaginer les « bonnes pratiques » de ce journalisme. Car beaucoup de professionnels du secteur en sont persuadés, la petite caméra volante pourrait demain devenir un outil pour les journalistes aussi courant que le dictaphone et l'ordinateur. Ou, dans le passé, le bloc-notes et le stylo.

Sans pilote embarqué, télécommandé à distance par un IPhone ou un IPad où l'on peut également visionner en direct les images, le drone peut parcourir jusqu'à 100 mètres de distance, pendant plusieurs dizaines de minutes (dans le cas des AR Drone). Les photos prises se chargent quant à elles sur une prise USB…

Cette simplicité d'emploi ne doit pourtant pas faire oublier qu'un drone n'a rien d'anodin. À l'origine, c'est d'ailleurs un outil de guerre réservé aux forces armées et de sécurité des pays. 

Les premiers modèles sont apparus après la Première guerre mondiale mais Age of dronesleur essor véritable date de la guerre de Corée (1950-1953). Ce n'est toutefois qu'à partir des années 2000 que le drone va faire partie de la panoplie des armes de combat…

Face à ces utilisations « belliqueuses », on trouve heureusement également des applications plus pacifistes, notamment quand ces caméras servent à la prise de vues aériennes dans le cas par exemple d'épandage agricole.

Dans le secteur de la presse, il revient à Matt Waite, professeur de journalisme à l'Université du Nebraska d'avoir créé le premier « Drone Journalism Lab » (Drone Journalism Lab at the University of Nebraska-Lincoln's College of Journalism and Mass Communications) en novembre 2011. Parmi les objectifs de cette formation : poser les principes d'une pratique éthique et légale du drone journalisme. 

Les drones offrent en effet de nouvelles perspectives à une profession qui est en pleine mutation. Depuis le développement de la presse en ligne et de la presse gratuite, le journalisme a plus que jamais besoin de trouver de nouvelles méthodes de travail apportant à la fois de l'information et de la rentabilité.

Les reportages réalisés avec des drones pourraient y participer. Ces caméras permettent par exemple d'atteindre des endroits qui jusqu'ici étaient inaccessibles ou nécessitaient un hélicoptère avec des coûts de reportage conséquents. Peu onéreux, discret, le drone est également plus écologique. « Un hélicoptère consomme 220 litres de carburant par heure ! Le drone, lui, a un petit moteur électrique », assurait ainsi un journaliste de BBC News à France 24.

C'est ainsi que la chaîne française BFM TV a été une des premières à présenter un reportage en juin 2013 pour couvrir les inondations dans le Sud-Ouest de la France. De la même façon, cet été, le Tour de France devrait être suivi par des drones.

Autre atout : le drone apparaît aussi plus sécurisant lorsqu'il s'agit pour un journaliste de couvrir une zone de guerre. Ou des endroits « interdits ». En Australie où une législation sur le sujet existe depuis 2002 et permet une utilisation commerciale, la chaîne Channel 9 a ainsi survolé en 2011 l'île Christmas, où sont détenus des immigrés en situation irrégulière, alors qu'elle n'avait pas obtenu d'autorisation

Comme toujours, on peut aussi trouver un revers de la médaille à l'utilisation de drones. Notamment en soulevant les problèmes d'éthique que pose le fait de s'immiscer dans la vie privée de citoyens en filmant au plus près leur intimité. Une pratique qui n'est pas sans rappeler celle des paparazzis qui « planquent » les people…

Des lois existent toutefois. En Amérique, elle est même très claire. « Toute utilisation de ces engins sans pilote est strictement interdite à proximité des personnes ou des habitations. » Seuls les appareils des forces de l'ordre et des organes gouvernementaux (CIA, FBI) bénéficient d'un passe-droit. L'État du Missouri début avril 2014, a même renforcé cette législation par une loi « imposant aux utilisateurs de drones d'obtenir l'autorisation des propriétaires des terrains survolés »…[1]

Pour les journalistes américains amateurs de drones, la solution est dès lors de filmer des zones sans âmes humaines… A l'instar d'un des reportages de l'Université du Missouri (autre université américaine formant à l'utilisation des drones en journalisme) réalisé en partenariat avec la radio publique KBIA et dont le sujet était les oies des neiges dans le centre du Missouri…[2]

Mais tout semble être affaire d'entente et de pouvoir : la société BP a ainsi réussi à obtenir l'autorisation de survoler ses zones installations pétrolière en Alaska…[3]

En France, la législation est plus souple qu'aux États-Unis. L'utilisation des drones civils est encadrée par l'arrêté du 11 avril 2012. « Le pilote du drone Drones 3doit avoir suivi une formation spécifique, et il faut une autorisation de vol à partir du moment où ce n'est pas du loisir », expliquait au Monde Frédéric Durand, fondateur de Helibird, une société qui filme pour la télévision, le cinéma ou le documentaire.

Mais l'utilisation récente des drones en journalisme ne permet pas encore de dire exactement ce que l'on peut ou ne peut pas filmer… Ni où, tant que les lois ne seront pas harmonisées au niveau européen et mondial.

 ———-

Rise of the Drones [PBS Nova] 53.54 minutes

 

 

60 Minutes DRONES , June 2014 10.52 minutes
 

[1] L'envol du journalisme,  
     M Style, le Magazine du Monde. 17/05/2013.

[2] La foire du drone,  Jean-Philippe Louis

[3] Les drones à la conquête du ciel de France,
      Le Monde – 12 juin 2014

Lecture suppleméntaire :

The Next Drone Wars
Foreign Affairs, March/April 2014

Bird? Plne? No, It's the Wedding Photographer
New York Times, 1 August 2014

 

Le petit glossaire de journalisme de LMJ 

 

actualités

news [*]

annonces

small advertisements

correspondant permanent

staff reporter

diffusion

distribution

directeur de la rédaction

managing editor

doubler (avec un scoop)

to scoop

édition numérique

digital edition

en feuilleton          

in instalments, serialized

fil conducteur, piste

lead

groupe de journalistes

pool of reporters

journal

newspaper

journalisme de recommandation

advocacy journalism

journalisme d'enquête

investigative journalism

journalisme équilibré

balanced journalism,

journalisme jaune

yellow press

journaliste stagiaire

cub reporter

pigiste, 

stringer, freelancer

publicité, pub

advertising

quatrième pouvoir 

fourth estate

rédacteur (en chef)

editor (in chief)

reportage

report, reporting, coverage  

rubrique

column

*A priori, le terme anglais "news" (qui dérive du mot français "nouvelles") équivaut à "actualités", mais en fait son usage est un peu plus compliqué. D'abord, bien que "news" porte la marque du pluriel, le mot s'emploie au singulier, au moins depuis 1923, époque à laquelle on a commencé à l'employer dans les médias. Avant cela, le mot signifiait  "nouvelles". 

Patrick Cox – linguiste du mois de juin

  Cox                                                     Patrick Cox

 

Interview réalisée par Céline Ascas

ClineAujourd'hui, nous sommes heureux d'accueillir une nouvelle collaboratrice en la personne de Céline Ascas, qui possède deux DEAs (MASTERS), professeur de langues à Nice et de français aux États-Unis, et fondatrice de Céline Ascas-TheFrenchProfessor.com  avec lequel Céline enseigne le français en ligne via Skype (Cours de français académique, cours de français pour professionnels et entreprises, cours de conversation française et cours pour obtenir un accent français "parisien").  Céline Ascas crée chaque cours spécialement pour chacun de ses élèves, adultes et enfants, en fonction de leurs aptitudes et objectifs. Céline Ascas offre aussi des services de traductions anglais/français et français/anglais ainsi que des révisions et corrections de textes en français.  Céline a interrogé pour nous Patrick Cox.

Céline : À quel âge et dans quelles circonstances avez-vous découvert votre amour pour les langues? Comment avez-vous développé cet amour Cox World in wordsqui vous a mené à devenir le rédacteur linguistique de "The World" (Le monde), l'entreprise de radiodiffusion de langues diffusée dans les quatre coins du monde, et l'animateur de "World in Words" (Le monde en mots) qui fait partie du programme "The World" et qui est écouté partout dans le monde?

Patrick : C'est venu au fur et à mesure. Depuis que je suis journaliste (dès 1991), je fais des reportages sur des sujets liés aux langues. Mais ce n'est qu'à partir de 2007 que je me suis rendu compte que je pouvais m'y consacrer à temps plein. Ce n'est qu'à cette période que les projets ont démarré. J'ai proposé à mon patron Bob Ferrante, qui était à l'époque le producteur exécutif de "The World" de commencer un podcast sur les langues. Il était d'accord pour faire un essai. Dans sa première année, en 2008, le podcast a gagné un prix d'iTunes (celui des top 25 nouveaux podcasts), ce que nous a aidé à nous faire connaître. Aujourd'hui, nous sommes en terrain plus sûr: je suis le rédacteur linguistique de "The World", et le podcast reçoit des aides financières de National Endowment for the Humanities. [1]

Céline : Votre programme est une coproduction de PRI (Public Radio Cox PRIInternational) et de la BBC [British Broadcasting Corporation], deux des sociétés de radiodiffusion les plus connues et les plus influentes du monde. Dans combien de pays "The World in Words" est-il diffusé ?

Patrick : "The World in Words" est principalement un podcast disponible dans tous les formats de téléchargement classiques de podcast (comme avec iTunes ou Stitcher [2]), il peut donc être entendu partout dans le monde où ces formats de téléchargement sont disponibles. "The World in Words" (Le monde en mots) n'est pas diffusé dans le monde en tant que programme séparé, bien que de nombreux extraits du podcast aient été diffusés sous différentes formes dans le cadre de "The World".

Céline : Pouvez-vous décrire comment est-ce que vous sélectionnez des histoires d'actualité partout dans le monde et comment vous envoyez vos journalistes les couvrir? Combien de journalistes participent à cet effort?

Patrick : Je suis le seul journaliste dédié à notre bureau de langues, mais je travaille avec beaucoup de journalistes. Ils me donnent des idées ou je leur attribue des reportages (Je reçois aussi de plus en plus d'idées de la part d'auditeurs). Certains journalistes, comme Nina Porzucki et Matthew Bell, travaillent à "The World". D'autres, comme Alina Simone et Dalia Mortada, sont des journalistes indépendants. Quelques-uns, comme Josie Huang, travaillent pour des stations de radio publiques locales.

Je me tiens au courant des diverses questions linguistiques dans l'actualité de multiples façons: dans le fil des nouvelles, dans les flux RSS, avec Twitter et des blogs. Je lis beaucoup.

Céline : Avant d'être responsable de cette production à l'échelle mondiale, étiez-vous un laborieux journaliste de terrain? Et si c'est le cas, est-ce que vous pourriez partager avec nos lecteurs des actualités les plus mémorables que vous ayez recueillies?

Patrick : J'ai vécu dans quatre pays, mais je n'ai jamais été un journaliste de terrain dans ces pays. Au lieu de cela, j'ai voyagé pour des reportages – dans environ 25 pays parsemés sur 5 continents. J'ai interrogé un individu accusé de crimes de guerre en Serbie, un survivant de la bombe atomique d'Hiroshima, les femmes de soldats polonais basés en Iraq, un chef rebelle cosaque en Moldavie, des immigrés illégaux à la frontière des Etats-Unis et du Mexique, une vedette de cinéma au Bangladesh et plusieurs joueurs de l'équipe nationale américaine de football lors des quarts de finale de la Coupe de Monde 2002 en Corée du Sud.

Céline : Vous qui êtes anglais mais qui avez été en poste à Boston aux Etats-Unis depuis 1995, comment décririez-vous le fossé entre la langue anglaise et la langue américaine en ce qui concerne les accents, l'orthographe et d'autres aspects de la langue à nos lecteurs francophones?

Patrick : J'ai commencé à travailler pour "The World" en 1998, trois ans après m'être installé sur Boston. A quel point l'anglais et l'américain sont-ils différents? Tout dépend de la façon dont je me sens le jour donné. La Cox Diuctionaryplupart du temps, il me semble évident que nous parlons tous une langue avec relativement peu de variations. Il est rare qu'un anglais et un américain ne se comprennent pas – du moins du fait de la langue qu'ils parlent. Par contre, il y a des jours où l'étang entre les deux nations devient un vaste océan linguistique – quand chaque mot, chaque phrase, chaque métaphore détient une association différente et un sens différent. Ces jours-là, la similarité entre l'anglais et l'américain est trompeuse, pour ne pas dire traître.

Je trouve les différences d'accents et d'orthographe moins déconcertantes: l'anglais et l'américain sont tous les deux remplis d'une variété de prononciations et d'orthographes anarchiques.

Céline : Étant donné que l'anglais est la langue maternelle, ou lingua franca, non seulement en Amérique du Nord et en Grande-Bretagne, mais aussi dans des pays lointains comme l'Australie, l'Inde/ le Pakistan, etc. (mais pas dans autant de pays où le français est parlé), il est commun de parler des «anglais du monde» ("Englishes"). Est-ce que ce pot-pourri enrichit l'anglais? Il y-t-il aussi des influences néfastes à l'œuvre en ce qui concerne des règles et structures de base que certains tiennent toujours à cœur?

Patrick : Je ne perçois pas ces développements comme étant « positifs » ou « négatifs ». Il est clair qu'il y a beaucoup de langues anglaises, et qu'elles ne sont pas toutes entièrement et mutuellement intelligibles. De nos jours, il y a plus de locuteurs qui parlent anglais en deuxième langue que de locuteurs dont l'anglais est langue maternelle.

L'anglais est sans aucun doute plus ouvert à absorber des mots étrangers, et même des constructions grammaticales, que d'autres langues européennes postcoloniales; les anglophones ne les considèrent pas comme des menaces. Et ce n'est pas plus mal parce que ces importations linguistiques donnent un souffle nouveau à l'anglais. Depuis le tout début, l'anglais est une langue bâtarde; il faudra qu'elle le reste pour prospérer.

________________________________________________________

[1] NEH est une agence indépendante d'octroi de subventions du gouvernement des États-Unis dédiée à soutenir l'excellence des arts.

[2] Stitcher est un service de radio internet sur demande qui se concentre sur l'actualité et l'information radio et podcast. Il offre des services gratuits par l'intermédiaire de son site et d'applications de téléphone disponibles sur IPhone, Android et Blackberry. 

Lecture supplémentaire :

The World in Words – http://www.pri.org/collections/world-words

Satan sur la Grand-Place – Ciel !

Le principe de séparation de l'Église et de l'État en droit américain et en droit français

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Article realisé pour Le Mot Juste par Cynthia Hazelton et traduit de l'anglais par Johann Morri.

 

Cyndy photoMadame Hazelton est née et a grandi aux États- Unis. Elle est diplômée de la faculté de droit de l'Université d'Akron et est membre du barreau de l'État de l'Ohio. Cynthia a un mastère en français du Middlebury College ainsi qu'un mastère en traduction de l'« Institute of Applied Linguistics » de Kent State University. Elle enseigne la traduction juridique, commerciale et diplomatique à cette université.

 

L'article qui suit témoigne de son érudition dans différents domaines, comme l'histoire des États-Unis et de la France, et les principes juridiques élaborés dans les deux pays au fil des ans. Nous remercions aussi le traducteur très chevronné qui, en plus de nous fournir une élégante traduction, a bien voulu nous faire bénéficier de ses précieuses observations sur certains points juridiques, historiques et linguistiques.

———————————————————

Contrairement à une idée reçue, le concept de séparation de l'Église et de l'État est un principe juridique fondamental aussi bien aux États-Unis qu'en France.

Baphomet framers of constitutionLes pères fondateurs de la Constitution américaine ont inclus ce principe dans le « Bill of Rights » de 1789, ayant sans aucun doute à l'esprit les persécutions religieuses qui les avaient initialement conduits de l'Europe vers le Nouveau  monde. Ils entendaient faire des États-Unis un pays où la religion n'a pas sa place dans les institutions gouvernementales, et réciproquement. Le premier amendement prévoit que « Le Congrès n'adoptera aucune loi qui concerne l'établissement d'une religion, ou en interdise le libre exercice… ». Quant à la formule « séparation of Church and State », son origine remonte à une lettre écrite par Thomas Jefferson en 1802.

 

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En France, durant la Révolution française, il y eut une brève tentative de séparation de l'Église et de l'État en 1794. Napoléon Bonaparte accéda au pouvoir en 1799. En 1801, il signa avec le Pape Pie VII le
Concordat, un document destiné à apaiser les conflits religieux nés de la Révolution, et de rétablir les liens entre les deux institutions. Ce n'est qu'en 1905 que la France institua le principe de séparation de l'Église et de l'État, avec la promulgation de la loi du 9 décembre 1905. Cette loi dispose que « La République ne reconnaît, ne salarie, ne subventionne aucun culte »(…). « Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l'exercice d'un culte. » (…) « Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions. ». Plus largement, le droit français est fondé sur le principe de laïcité.

La déclaration d'indépendance des États-Unis et la monnaie Baph coinaméricaine font spécifiquement référence à Dieu, tandis qu'il n'existe pas de référence équivalente dans les documents du gouvernement français ou sur les billets ou pièces de monnaie [1] .

La controverse juridique actuelle aux États-Unis

En théorie, le droit américain interdit la collusion entre l'Église et l'État. Mais, en pratique, en particulier ces dernières années, les tribunaux ont interprété le 1er amendement dans un sens qui diffère de cette vue. La Cour suprême a eu à se prononcer sur des affaires intéressant l'Église et l'État depuis le début du XXème siècle. La Cour s'est notamment prononcée sur les questions suivantes :

-les exonérations fiscales accordées aux institutions religieuses

-le déploiement de symboles religieux ou l'organisation de cérémonies religieuses par les autorités publiques

-la place de la religion dans l'enseignement public

-la polygamie

-les prières dans les écoles publiques

-l'enseignement du créationnisme dans les écoles publiques

-les subventions à l'enseignement religieux

-l'intervention des autorités publiques dans les controverses religieuses

-la réglementation de la vente d'alcool le Dimanche (les « blue laws »)

-les institutions religieuses fonctionnant comme une administration publique

-les inégalités de traitement du gouvernement à l'égard des différentes religions

Baphomet Supreme_CourtPlus récemment, le 5 mai 2004, la Cour suprême a jugé que les séances des autorités publiques (par exemple des collectivités locales) pouvaient débuter par une prière de caractère explicitement chrétien. Les plaignants, représentés par l'Association des  américains pour la séparation de l'Église et de l'État, ont fait valoir que les prières par lesquelles il était d'usage de débuter les réunions du conseil municipal étaient toujours administrées par des chrétiens, ce qui constituait une entrave à leurs croyances, en tant que non-chrétiens. Le juge Kennedy, écrivant pour la majorité de 5-4, a indiqué : « Ceux qui se sentent exclus ou offensés par de telles invocations religieuses peuvent simplement les ignorer. Les adultes sont souvent confrontés à des discours qu'ils jugent désagréables. »

En réaction à cette tendance, une publicité a été diffusée à la télévision américaine par la Fondation pour la Liberté religieuse le 22 mai 2014. Dans Baphmet ron-reagan-jr-(expose.com)cette publicité, Ron Reagan, Jr. (oui, le fils de l'ancien président des États-Unis) a exprimé son inquiétude face à l'intrusion de la religion dans les affaires gouvernementales. Il conclut en affirmant « Notre Fondation travaille à maintenir l'Église et l'État séparés, comme c'était l'intention des pères fondateurs de notre Constitution ».

La controverse de l'Oklahoma et ses suites judiciaires

En 2012, Mike Ritze, membre de l'assemblée de l'État de l'Oklahoma et Baphomet statueministre du culte dans l'Église Baptiste du Sud, fit don d'une statue représentant « Les dix commandements » à la commission du patrimoine du parlement de l'Oklahoma. Par la suite, cette statue fut installée sur le terrain abritant le siège des institutions. L'ACLU engagea une action en justice en août 2013 contestant l'édification de ce monument sur les dépendances du parlement local.

L'ACLU fit valoir que le déploiement d'un symbole religieux violait à la fois la constitution de l'Oklahoma qui interdit l'usage du domaine public au bénéfice ou au soutien d'une religion et le 1er amendement de la constitution des États-Unis qui prévoit que « Le Congrès n'adoptera aucun loi qui concerne l'établissement d'une religion, ou en interdise le libre exercice… » 

Baphomet satanEn janvier 2014, le Temple Satanique, une organisation religieuse basée à New-York, annonça son intention de déployer une statue en bronze de 7 pieds de haut (2 mètres 13) représentant Baphomet, une créature humaine à tête de bouc utilisée comme symbole par l'Église de Satan, sur le domaine du parlement de l'État de l'Oklahoma. Le temple satanique a fait valoir : « Nous autoriser à faire don de ce monument montrerait que le conseil municipal d'Oklahoma City ne fait pas de discrimination, et les religieux et les non-religieux devraient être satisfaits de ce résultat. » Lucian Greaves, porte-parole du Temple Satanique, ajouta : « S'il est finalement jugé que les 10 commandements ne doivent pas se trouver là, cela aura des conséquences pour nous également. Dans ce cas, les deux symboles devront être enlevés ». Le Temple annonça qu'il cherchait à lever des fonds pour la conception et l'édification de la statue à hauteur de 20 000 dollars. Il en récolta rapidement 30 000.

En réponse à cette initiative, le gouverneur de l'Etat de l'Oklahoma, Mary Fallin, rendit public un communiqué énonçant : « Il n'y aura jamais de monument satanique sur le domaine du parlement de l'Oklahoma et la suggestion qu'il puisse y en avoir un est absurde ».

Le procès suit son cours devant les tribunaux et la statue est prête d'être achevée.

L'origine historique et étymologique du mot « Baphomet »

L'Église de Satan, fondée par Anton Lavey, a adopté la figure de Baphomet comme emblème officiel en 1966. Mais les origines historiques et étymologiques de Baphomet remontent au moins au 11ème siècle, quand ce nom apparut dans un poème en occitan du troubadour Gavaudan.

Baphomet Encyclopedia of Demons_L'Encyclopédie des démons et de la démonologie, par Rosemary Ellen Guiley, contient l'article suivant : « Baphomet : symbole du bouc satanique. Baphomet est représenté comme mi-humain, mi-bouc, ou avec une tête de bouc. L'origine du nom Baphomet est incertaine. Ce pourrait être une déformation de Mahomet ou Mohammed. »

 

Bophomnet templiersQuand l'ordre médiéval des templiers fut supprimé par Philippe le Bel, en 1307, le roi fit arrêter beaucoup de templiers, à qui on extorqua sous la torture des confessions d'apostasie. Le nom Baphomet revient dans plusieurs de ces confessions. Dans l'ouvrage Les templiers et leur mythe, (1987), Peter Partner indique : « Au cours du procès des templiers, une des charges principales était leur prétendue adoration d'une idole connue sous le nom de « Baphomet ». La description de cet objet variait de confession en confession ».

 

Baphomet, de l’œuvre de Eliphas Levi, « Dogme et Rituel de la Haute Magie » , 1854 

Alors, les législateurs de l'Oklahoma refuseront-ils la livraison de la statue de Baphomet ? L'installeront-ils à côté des "Dix commandements" ? Ou décideront-ils d'appliquer la Constitution et d'interdire la présence de ces deux symboles religieux sur le domaine public ? Dieu seul le sait !

 

[1] Néanmoins, la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, qui fait référence à « L'Être suprême », sans mentionner une religion en particulier, il est vrai.

[2] L'apostasie (du grec ancien  πόστασις [apostasis], « se tenir loin de ») est l'attitude d'une personne, appelée un apostat, qui renonce publiquement à une doctrine ou une religion. L'apostasie peut également signifier la renonciation de se soumettre à l'autorité représentant ladite doctrine (comme l'autorité religieuse ou celle d'un parti politique. (Wikipedia)

 

Notes linguistiques du blog :

1. L'origine du nom Baphomet est incertaine. Dire que c'est une déformation du nom du Prophète Mahomet est quelque peu réducteur et simpliste. En outre, nos lecteurs musulmans jugeront l'explication sacrilège. Voyons quelques-unes des hypothèses les plus solides.

1) Dans son ouvrage sur l'histoire des Templiers, Gérard de Sède écrit : « Récemment, quelques spécialistes ont découvert que l'étymologie la plus satisfaisante est arabe : Oubat El Phoumet, ce qui veut dire Bouche du Père. (Sède, de, Gérard. Les Templiers sont parmi nous (l'énigme de Gisors). Paris, René Julliard).

2) Dans Une Histoire des Sociétés Secrètes (1984), l'orientaliste Idries Shah, plus connu sous le pseudonyme d'Arlon Daraul, avance que Baphomet est une déformation de l'arabe أبو فهمة abu fihamat, signifiant « père de la compréhension »

3) Enfin, l'archéologue Hugh J. Sconfield, réputé pour son travail sur les manuscrits de la Mer Morte, propose dans son livre L'Odyssée Essenienne que les inventeurs du mot Baphomet connaissaient le chiffrement Atbash, une méthode de cryptage consistant à remplacer la première lettre de l'alphabet par la dernière, la seconde par l'avant-dernière et ainsi de suite. Baphomet pouvant se transcrire en hébreu par בפומת,  (BPWMTh) il donne une fois transcrit שופיא  (ShWPYE) ce qui peut être interprété comme une déformation du mot grec σοφια (sophia) signifiant « sagesse ».
La théorie de Sconfield n'a cependant pas pu être étayée davantage et il pourrait s'agir d'une simple coïncidence. (Wikipedia)


2. Le theme de cet article nous rapelle l'expression "Avocat du diable", qui provient du latin médiéval advocātus diabolī (du latin diabolus), c'est-à-dire quelqu'un qui présente des arguments contre la canonisation ou la béatification d'un saint. Un avocat du diable est employe plus largement pour designer une personne qui présente une argumentation ou défend une cause, non parce qu'elle y croit mais pour énoncer un raisonnement ou déterminer la validité d'une cause ou d'une position.

Satan

1914, le début de la Grande Guerre
et la fin d’un monde

  Gaudry centenary

Perspectives littéraires

  WW! nevinson

 Un tableau de soldats français peint par le peintre britannique Christopher Nevinson


Dans les premiers jours d'août 1914, l'Europe a soudainement basculé dans un chaos auquel peu d'observateurs s'attendaient, aussi lucides
fussent-ils, et qui prit vite la forme d'un véritable suicide collectif auquel quelque 30 nations belligérantes et 70 millions d'hommes participèrent.

 

Soldats français et anglais dans les tranchées pendant la première guerre mondiale

Comme l'écrit Stefan Zweig : «  Personne ne croyait à la guerre, à des révolutions ou à des bouleversements. Toute transformation radicale, toute violence paraissait presque impossible dans cet âge de la raison. » [1]

Et pourtant, l'implacable machinerie des alliances et l'ambition insensée des politiques allaient déclencher un épouvantable cataclysme au cours duquel « huit millions d'hommes ont fait plus que ce qu'on pouvait demander à des hommes » (Maurice Genevoix).

 

 

      Stefan Zweig                               Le Monde d'hier

En cette année du centenaire de l'ouverture des hostilités, LMJ entend commémorer non pas les faits d'armes, mais les souffrances indicibles et les solidarités poignantes des combattants telles que les ont exprimées les poètes de WW1 Owen Firstl'époque. Car le monde des lettres a payé un lourd tribut à la guerre. Charles Péguy et Alain Fournier (l'auteur du Grand Meaulnes) tombent parmi les premiers. Blaise Cendrars y laisse un bras et Wilfred Owen, sous l'uniforme britannique, périt dans les tous derniers jours du conflit, à la conclusion duquel il deviendra à travers sa poésie le porte-parole de la "guerre pour terminer toutes les guerres"  au sein du monde anglophone.

 

Guillaume Apollinaire, grièvement blessé, trépané à deux reprises et fortement affaibli, meurt de maladie trois jours avant l'armistice. Sans parler de tous les poètes posthumes, comme Albert-Paul Granier, victime d'une « guerre de terre, rurale, surgie de la glaise » et dont l'œuvre restera longtemps inconnue.

D'autres survivront pour témoigner : Louis Aragon, Henri Barbusse, Roland Dorgelès, Georges Duhamel, Maurice Genevoix, Charles Vildrac, pour ne citer que ceux-là.

WW1 Maurice   

    Maurice Genevoix                                         Charles Vildrac


Le plus triste, c'est qu'au moment où se déchaine la violence meurtrière, l'Europe des arts était pratiquement faite. Écrivains, musiciens, peintres et sculpteurs se connaissaient, se concertaient et collaboraient peut-être plus encore qu'ils ne le font aujourd'hui. Paul Claudel expérimentait l'eurythmie à Hellerau, près de Dresde. Stefan Zweig (Autrichien), l'ami de Romain Rolland, de Paul Valéry et WW! Valeryd'Émile Verhaeren (Belge), était presque aussi souvent à Paris qu'à Vienne. Malgré cela, la raison a été vaincue car « cette pestilence des pestilences, le nationalisme, a empoisonné la fleur de notre culture européenne », comme l'écrit encore Stefan Zweig, conscience de l'Europe.

Dans le cadre de cette commémoration, nous publierons une suite d'articles sur les poètes de la Grande Guerre, en commençant par Guillaume Apollinaire, du côté français, et Siegfried Sassoon et Wilfred Owen, du côté britannique. D'autres suivront peut-être, au gré des collaborations dont LMJ pourra bénéficier.

 

WW1 SIEGFRIED         

Siegfried Sassoon                Wilfred Owen

[1] Zweig, Stefan. Le Monde d'Hier. Souvenirs d'un Européen. Traduction de Jean-Paul Zimmermann. Belfond, Paris (1982), p. 18. 

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 Lectures supplémentaires :

Le poète de 14-18 Albert Paul Granier redécouvert
Ouest-France, 12.01.2014

Paul Valery, l'Ennemi du Tendre
Express Culture, 01.06.2014

Le Grand Meaulnes – The girl at the Grand Palais
The Economist, 22.12.2012

The War to end all Wars
BBC News, 10.11.1998

Jour du Souvenir – 11 h, le 11e jour du 11e mois
Le Mot juste en anglais, 10.11.2012

GRAVES, Robert Ranke, Goodbye to All that  [Adieu à tout cela], 1929.

WALTER George, The Penguin Book of First World War Poetry (paperback)
Penguin Classics, May 2007

 

Jean L.

Uneasy lies the head that wears the crown

(Henry IV, Part II, Act III, Scene 1)

 

Le-roi-Juan-Carlos-d-Espagne-de-nouveau-opereCes dernières années, le verbe abdiquer et le substantif abdication ont fait la une des journaux du monde entier, depuis que la reine Béatrix des Pays-Bas (en avril 2013), le roi Albert II de Belgique (en juillet 2013) et, tout récemment, le roi Juan Carlos d'Espagne aient décidé de renoncer solennellement à exercer leurs éminentes fonctions.

Abdiquer

Le verbe abdiquer (en anglais, to abdicate) vient du latin abdicare [ab, privatif exprimant la séparation et dicare : proclamer solennellement] et signifie : 1) littéralement, renoncer à une chose, renoncer à agir, déclarer forfait, abandonner, céder, démissionner ; 2) spécialement, renoncer au pouvoir suprême, abdiquer le trône, l'Empire : La révolution de 1830 obligea Charles X à abdiquer. La reine Christine fut obligée d'abdiquer (Saint-Simon). Une fois qu'il a abdiqué, le souverain est dit abdicataire : J'allai, sans façon, offrir l'hommage de mon respect au roi abdicataire de Sardaigne (Chateaubriand).

Abdication

Le substantif abdication (en anglais abdication) vient du latin abdicatio et s'entend également dans un sens général de démissionner, de renoncer : Toute réussite déguise une abdication (Simone de Beauvoir) et, dans un sens particulier, du renoncement à l'exercice du pouvoir suprême d'un État : L'abdication de Napoléon 1er ou celle de Louis-Philippe, Roi des Français.

Notons que, dans le cas d'un pape (et la chose ne s'est produite jusqu'ici que deux fois dans l'histoire), on préfère parler de renonciation.

 

  Gregory !2Pope resigns

    le pape Grégoire XII              le pape Benoît XVI
              
(1415                                       (2013)
                           

Plutôt que de décliner ici la longue litanie des souverains qui ont décidé de se démettre (et pour laquelle nous renvoyons volontiers à Wikipedia) nous nous attacherons à quelques exemples célèbres, choisis en Espagne, en France et au Royaume-Uni, pays où l'abdication a été diversement pratiquée.

Xharles Quint Rubens

               Charles Quint

En Espagne, il existe une certaine tradition ou, tout au moins, un illustre précédent. Le plus puissant souverain de son temps, Charles Quint (l'empereur Charles V du Saint Empire et le roi Charles 1er d'Espagne), abdiqua en faveur de son fils Philippe (en 1556) et se retira au monastère de Yuste [1], en Estrémadure, où il mourut le 21 septembre 1558. Le Habsbourg ayant montré l'exemple, certains des Bourbons lui emboîtèrent le pas, à commencer par la premier d'entre eux, Philippe V (duc d'Anjou et petit-fils de Louis XIV) qui abdiqua en faveur de son fils, Louis, le 10 janvier 1724. Soucieux de travailler à son salut et de s'occuper à temps plein de sa deuxième épouse, Élisabeth Farnèse, il déclara vouloir ainsi « mériter dans le ciel un royaume plus durable ». La mort prématurée de son fils et successeur, Louis 1er, l'obligea cependant à reprendre les rênes du pouvoir « comme seigneur naturel et propriétaire de la couronne ».

Par la suite, Napoléon, par le traité de Bayonne, força le roi Charles IV à abdiquer de tous ses droits sur le trône des Espagnes et des Indes. [2]

Charles IV Spain

     Charles IV d'Espagne

Plus tard, la reine Isabelle II abdiqua en 1870 et le roi Amédée 1er l'imita en 1873 . Plus près de nous, le grand-père de Juan Carlos, le roi Alphonse XIII, abandonna le pouvoir en 1931. Le sentiment républicain s'étant clairement affirmé à l'occasion des élections municipales, le roi préféra partir « plutôt que de faire couler une goutte de sang espagnol ». Paroles de roi, peut-être apocryphes ! Toutefois, il ne renonça pas et ce n'est que peu de temps avant sa mort, survenue à Rome en 1941, qu'il abdiqua en faveur du troisième de ses fils, le comte de Barcelone, père du roi Juan Carlos.

En France, l'abdication est une pratique relativement récente car les rois s'y sont longtemps considérés comme des souverains absolus de droit divin et qu'on ne saurait contrarier la volonté divine par un acte du libre arbitre. Jusqu'à la Révolution, les Bourbons de France n'abdiquaient pas. Le premier Bourbon qui rompit la tradition fut Charles X, renversé par la révolution de 1830. Il aurait déclaré préférer « monter en voiture qu'en charrette ». Son successeur, Louis-Philippe 1er, Roi des Français, fut à

Napoleon's abdication

 L'abdication de l'Empereur Napoleon Ier  à Fontainebleau

son tour emporté par la révolution de 1848. Avant cela, on avait eu les deux abdications de l'empereur Napoléon, la première le 4 avril 1814 et la seconde, après les Cent Jours, le 22 juin 1815. Son neveu, Napoléon III, n'eut pas le loisir d'abdiquer puisqu'il fut destitué à la proclamation de la République, le 4 septembre 1870. Par la suite, le terme d'abdication tomba en désuétude dans la France républicaine et on lui préféra celui de démission – la plus célèbre étant celle du président Paul Deschanel, obligé de se démettre pour débilité mentale, le 21 septembre 1920.

Au Royaume-Uni, l'abdication fut historiquement encore plus rare qu'en France. Si l'on excepte l'abdication de Jacques II (en 1688) et sa tentative de reprise du pouvoir qui échoua sur les bords de la Boyne en 1690, il fallut attendre le 11 décembre 1936 EDWARD viii ABDICATIONpour qu'un souverain britannique renonce solennellement au trône. Ce jour-là, Édouard VIII, qui venait d'être proclamé roi, décida d'abdiquer pour pouvoir vivre avec l'élue de son cœur, Wallis Simpson (née Warfield), une Américaine en instance de divorce [3]. Peu après, le roi abdicataire quitta son pays pour la France à bord du contre-torpilleur Fury (!). Il s'unit à Wallis Warfield au château de Candé, à Monts (Indre-et-Loire), le 3 juin 1937, « union que d'innombrables cœurs célébreront aujourd'hui en secret » dira le maire, dans son allocution d'usage. Un récent déclassement d'archives secrètes dépoétise quelque peu la grande romance des années trente. En effet, il semble que le souverain n'était pas disposé à abdiquer et qu'il voulait demander à ses sujets d'accepter le principe d'un mariage morganatique. [4] Mais, le premier ministre, Stanley Baldwin, l'amena à modifier le texte du discours qu'il s'apprêtait à prononcer. Buckingham n'est pas Hollywood. No happy ending !

Lecture supplémentaire :

Le pluriel de majesté – si vous devenez un jour roi ou reine, vous devrez savoir « noussoyer » 

Will Queen Elizabeth ever abdicate the throne?
CTV News, 7 June 2014

Abdication : A Very British Coup (59 minutes)

 

[1] Où il était assuré de bien manger. Le livre de cuisine du couvent des hiéronymites de Yuste est célèbre.

[2] Traditionnellement, on parlait "des" Espagnes, pour tenir conpte de la diversité des régions qui la constituent. 

[3] Decaux, Alain. L'abdication. Paris, France Loisirs, 1996, 337 p.

[4] Un mariage morganatique est l'union entre un souverain ou un prince d'une  maison régnante, avec une personne de rang inférieur. L'épouse est alors qualifiée d'« épouse morganatique », jamais de « reine », ou alors de « reine morganatique ». Les enfants d'un mariage morganatique ne sont pas dynastes. Historiquement, ce fut le cas de l'union entre François-Ferdinand de Habsbourg (l'archiduc héritier assassiné à Sarajevo en 1914) et Sophie Chotek. Ses deux fils n'avaient aucun droit à lui succéder. On parle parfois de mariage de la main gauche parce que, pendant la cérémonie du mariage, le marié tient la main droite de sa fiancée avec sa main gauche au lieu de sa droite. En épousant le roi abdicataire, Wallis Warfield ne devint ni épouse morganatique, ni même Altesse Royale, les lettres patentes en date du 27 mai 1937 limitant le droit de détenir et d'utiliser un tel titre au seul Duc de Windsor, « cependant que sa femme et ses descendants, s'il y en a, n'auront pas droit aux titre, nom et attributs susmentionnés. » 

Jean L.

Bicycling in the Yogurt:
the French Food Fixation

Communicating in the Language of Food,
by Joe Lurie 

 

Yogurt - Joe LurieCurrent:


Creative Consulting and Coaching Across Cultures
Communicating across Cultures

 

Previous:


International House, University of California, Berkeley

AFS Intercultural Programs, Adelphi University

 

L'article suivant a paru sur le blog http://blog.culturaldetective.com. Nous le reproduisons ici avec l'aimable autorisation du bloggeur, M. Lurie, dont le lien professionnel est à https://www.linkedin.com/pub/joe-lurie/14/b8b/616

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Noting that  French President François Hollande has been referred to by his political opponents as a fragile strawberry, a wobbly flan, a marshmallow, and gauche caviar, with the charisma  of a smelly sausage, I was reminded of how a culture's preoccupations shape the way language is used.

I was first introduced to the pleasures of French cuisine and its influence on the French language as a university student hitchhiking through Normandy, sampling butter, cream and apple brandy-suffused dishes.

Struggling to express myself in village bistros, I realized the truth behind Mark Twain's observation that Intermediate French is not spoken in France. A friendly waiter, noting my frustration, reassured me saying, I know, it's not pie, "Je sais, c'est pas de la tarte," which means it's difficult. He went on to add, but it's not the end of the string beans, "mais c'est pas la fin des haricots" – a strikingly French way of saying, it's not the end of the world.

A decade later, my French was much improved. While directing a US American study abroad program in Toulouse, my understanding of food's influence on the language deepened. Before taking a French cooking class with my 20 students, we stopped at an open-air market. Because the line to buy cheese was not moving, our impatient guide complained: "on ne veut pas faire le poireau," we don't want to be like a leek. Later, we learned the translation: to wait like a motionless leek in the ground. Now late for cooking class, our guide urged the van driver to press on the mushroom! "appuyez sur le champignon!" – meaning step on the gas! Keeping a chef waiting simply would not do.

The students and I were struck by how carefully the chef conducted the lesson – artfully presenting and discussing the ingredients. The meal is serious business, not to be treated like a joke or, as the French say, like custardc'était pas du flan ce cours de cuisine! As  we prepared a fruit salad, the chef mumbled "oh purée!" mashed potatoes! – or damn it! and disdainfully discarded a blemished peach to preserve an aesthetically pleasing fruit plate.

During almost four years living in Strasbourg, Toulouse and the island of Corsica, I saw how the French passion for eating and discussing food flavored the language in tasty and unusual ways, though some expressions are unique to different regions or generations.

It began to make sense that endearing French metaphors are often rooted in the pleasures of taste. "What a nice person" is served up in French as "c'est une crème!" – what cream, while "la crème de la crème," the cream of creams is the best of all. And "you are so energetic" takes on a carb boost in French: you have the French fry (tu as la frite). To be in high spirits also can come from the fruit family, as in you have the peach (tu as la pêche), while having a banana (avoir  la banane) is to have a big smile. And, of course, there's the affectionate "mon petit chou," my little cabbage.

Allusions to food also season the language of love. A broken-hearted UC Berkeley student of mine from Marseille described her flirtatious boyfriend as a Don Juan with the heart of an artichoke,"quelqu'un qui a un cœur d'artichaut," offering each of his lovers a leaf from his heart. He was skilled at making romantic advances or as my student put it: serving up a dish, "faire du plat à quelqu'un," a prelude to going off to the strawberries,"aller aux fraises," to enjoy an erotic interlude.

Even insults and put-downs easily spring from the tongue as if from a farmers' market. An idiot or jerk, for example, can be described in French as what a pickle! (quel cornichon!); an utter squash (une vraie courge); such a noodle! (quelle nouille!); or as having a green pea in the brain! (avoir un petit pois à la place du cerveau!). When struggling to drive in France, I've heard irate, gesturing French men speed past, yelling "espèce d'andouille!" piece of sausage! or, you imbecile!

I remember a heated debate in a Paris café about a Gérard Depardieu film. A friend dismissed it as a turnip, "un navet,"a startling vegetable metaphorfor a trashy film. When he called the actor a horrible drunk, an indignant Depardieu fan interrupted with: shut your smelly Camembert mouth! "ferme ta  boîte à Camembert!"

Just as food evokes passion in France, its metaphorical expressions enliven debate. Butting in on a conversation is to bring your strawberry, ramener ta  fraise.Being overly inquisitive about someone's private life could provoke an acerbic "occupe-toi de tes oignons!" mind your own onions! the French version of mind your own business. But perhaps the classic French way of ending an argument is go cook yourself an egg, "va te faire cuire un œuf," or go to hell.

Traveling through the Pyrénées with a French couple, my wife and I enjoyed great food and spirited conversations, especially about politics. When the husband praised Sarkozy, his wife sneered that the former President is overly dramatic – making a big cheese out of nothing, "il fait tout un fromage de rien du tout."  She added, you can't tell if he's talking about pork fat or pork meat, "on ne sait pas si c'est du lard ou du cochon," you can't tell if he's lying or telling the truth. And she believed Sarkozy had casseroles hanging on his butt – "des casseroles au cul" – a scandalous past.

While serving as Dean of Students at an international college in Strasbourg, I was struck by how much my French colleagues valued using words precisely, reflected in the pervasive use of the verb "préciser." I chuckled when I heard some professors describe student papers that lacked clarity. They complained that these students were lost, bicycling in the sauerkraut, pédalant dans la choucroute. In other regions, one might say bicycling in the yogurt or couscous. And then there's swimming in chocolate, nageant dans le chocolat, or skating in the mayonnaise, patinant  dans la mayonnaise – getting nowhere. Outside the college, I heard other vivid ways of describing confusion such as being in the soup, the pate or the cabbages (être dans le potage, le pâté or les choux).

Recently, I saw an exasperated French TV commentator despair over the French economy by throwing up his hands exclaiming what a salad! "quelle salade!" what a mess! And then he finished with the carrots are cooked! "les  carottes sont cuites!" meaning it's all over.

If one is unemployed and grouchy or as the French say, "pas dans son assiette," not on your plate, landing a job would help to put butter on the spinach "mettre du beurre dans les épinards," to make things better. And then it's time to put your hand in the dough, "mettre la main a la pâte" – get down to business. After all, you've got to defend your steak, "défendre ton bifteck," as in look out for your interests.

Speaking of steak, making a living is gagner son bifteck, to earn one's steak; while making a profit is to prepare one's butter, faire son beurre. And to have a pancake avoir de la galette, is to be rich. Assuming pancakes are your goal, you'll have to go all out, put on the sauce, mettre la sauce, and be prepared to make a strong sales pitch, vendre ta salade, by selling your salad.

A UC Berkeley graduate student in computer science from Tours told me he was building a start-up company – "une jeune pousse," a young sprout and didn't know what to expect or what sauce he would eat, "ne pas savoir à quelle sauce on va être mangé."  He knew he had bread on the board, avoir du pain sur la planche, a lot of work to do, but realized that while dealing with potential investors he had to avoid being rolled in the flour, être roulé dans la farine – duped. Otherwise, he risked eating the frog, manger la grenouille – going bankrupt. He didn't want to end up without a radish, ne plus avoir un radis, or as we would say, without a cent. All his dreams for nothing – "pour des prunes." Still, if he becomes successful like a Bill Gates, he's apt to be called a large vegetable, une grosse légume, and be among the grated cheese, le gratin – the elite.

The versatility of the cheese metaphor in a country with hundreds of cheeses is not surprising. "A dessert without a cheese is like a beautiful Yogurt - Savarinwoman with only one eye," observed Jean Brillat-Savarin in his Physiology of Taste. His famous 19th century book, exploring the nuances of cuisine – still is sold in France. And no wonder, with a line like: "He who invents a new dish will have rendered humanity a greater service than the scientist who discovers a planet."

Today, as French supermarkets and fast food restaurants continue to proliferate, gourmands refuse to compromise or cut the pear in two, couper la poire en deux, in defending their culinary heritage. For more than twenty years, during "La semaine du goût," Taste Week, Yogurt Semainethousands of chefs visit schools across the country. They teach children to appreciate fine food; make a baguette, a mousse au chocolat; appreciate a bouillabaisse; and learn the anatomy of the tongue. Restaurants with Michelin stars develop special meals for young children. And chefs are invited to daycare centers to prepare gourmet menus.

Will this unique early training insure the survival of the refined French palate and the nourishment of its language? A master chef is likely to respond, of course, "mais oui, c'est du tout cuit" – it's completely cooked – it's in the bag.

À la une : L’édition 2014 du championnat d’orthographe des États-Unis a été remportée par des Américains d’origine indienne pour la septième année consécutive

Bee logo   Des jeunes américains d'origine
   indienne dominent le championnat
   d'orthographe

   Washington D.C., le 30 mai 2014

Certaines langues, comme l'espagnol, s'écrivent comme elles se prononcent. Ce n'est pas le cas d'autres, telles que l'anglais ou le français. Si l'on présentait à une personne qui connaît très mal l'espagnol un texte rédigé dans cette langue, qu'elle ne comprendrait évidemment pas, et si elle le lisait à haute voix, les sons qu'elle produirait seraient dans l'ensemble compréhensibles pour un locuteur espagnol (si ce n'est que l'accent risquerait d'être mal placé dans le cas d'un grand nombre de mots). Il n'en serait pas de même pour le français notamment parce que dans un grand nombre de mots la dernière lettre ne se prononce pas (toit, aux, quand, janvier, etc.) ou que, dans certains cas, la dernière syllabe est muette (assurent, veille, fesses, etc.). En anglais, l'écart entre la prononciation des mots et leur orthographe est encore beaucoup plus important. [1]

ShawLe dramaturge irlandais George Bernard Shaw aurait dit, par boutade, que le mot "fish" pourrait s'écrire "ghoti" si l'on utilise les lettres "gh" telles qu'elle sont prononcée dans le mot "enough", la lettre "o" telle qu'elle est prononcée dans le mot "women" et les lettres "ti" telles qu'elles sont prononcées dans le mot "action". En fait, ce raisonnement facétieux ne serait pas dû à Shaw et aurait en outre été réfuté. [2] 

Le grand nombre d'orthographes irrégulières en anglais et la grande étendue du vocabulaire de cette langue (même si un très grand nombre de mots sont rarement utilisés) est à l'origine d'une tradition américaine : le championnat d'orthographe (spelling bee, en anglais). Le Collins English Dictionary, Complete and Unabridged, définit spelling bee comme suit : a contest in which players are required Noah_Webster_pre-1843_IMG_4412_Croppedto spell words according to orthographic conventions (une compétition au cours de laquelle les joueurs doivent épeler des mots conformément aux conventions typographiques). Pour connaître l'origine de cette expression, cliquez iciNoah Webster (1758-1843) écrivit le premier dictionnaire anglais d'orthographe en 1783.[3]

 

Scripps National Spelling Bee

Le championnat national d'orthographe des Etats-Unis se déroule chaque année à Washington depuis 1945. L'âge des participants va de 8 à 15 ans (sauf une participante de 6 ans cette année), mais 80 % d'entre eux sont âgés de 12 à 14 ans. Chaque participant doit épeler les mots, un par un, et peut demander des informations à son sujet, par exemple son origine, une définition ou une phrase contenant le mot. A la première erreur, le participant est éliminé. Avant de parvenir en finale, les participants doivent réussir dans un examen de vocabulaire.

8897531547_74aaeaa503_bCes dernières années, une proportion importante des participants et des vainqueurs des différentes années était des Indo-Américains (Américains dont les familles sont originaires d'Inde. [4]) Pour expliquer cette domination du championnat d'orthographe par un seul groupe ethnique, la chaine de radio publique (PRI) présente un programme « Indians, Indian-Americans and Spelling » (le 30 mai 2013).

Cette année 281 participants assistent au championnat. Ils viennent des tous les 50 États du pays, ainsi que le District de Columbia est des territoires qui appartient aux États Unis. Le plus jeune compétiteur est Lori Anne Madison, 6 ans. Les autres participants ont 8 jusqu'à 14 ans.  En 2013 Arvind Mahankali  (13) a remporté le trophée après avoir epelé correctement tous les mots dont knaidel.

La personne chargée de donner lecture des mots, Dr. Jacques A. Bailly, parle couramment le français et l'allemand, et enseigne le grec classique et le latin.

Les téléspectateurs peuvent voir l'orthographe correcte sur leurs écrans sur une chaine de télévision ou, s’ils le préfèrent, regarder le championnat sans voir les bonnes réponses sur une autre.

Pour la première fois en 52 annees, le championnat a été remporté hier par deux concurrents, Ansun Sujoe et Sriram Hathwars, qui ont epuisé la dernière liste de 25 mots, sans se tromper.

Au cours du championnat, Ansun et Sriram savaient l'orthographe correcte de skandhas, hyblaean, feijoada, augenphilologie, sdrucciola, holluschick, thyemelici,  paixtle, encaenia et terreplein, entre autres. (Ils ont raté un seul mot, chacun : antigropelos pour Ansun et corpsbruder pour Sririam, mais comme cela s'est passé quand ils restaient seuls, ils ont pu continuer, jusqu'à ce que l'un d'eux échoue et l'autre réussisse, ce qui n'est pas arrivé). La compétition s'est achevée quand Ansun Sujoe a épelé correctement le mot anglais feuilleton (dérivé évidement du français) et Sriram Hathwar le mot stichomythia. À ce moment, quand l'animateur n'a plus eu de mots à leur proposer, les deux finalistes ont été déclarés vainqueurs ex aequo du trophée.

 

 

Ses concurrents se soient affrontés avec des mots comme euripus, carcharodont, kabaragoya, camembert, exciscosis, helophyte, tachytely. messuage, gelid, fustigate, funambulist, plausive, urceiform, chrysochloris, rhadamanthus, tapotement, quebrada.

Sririam Hathwar constate à la fin de l'événement : « C'etait une concurrence contre le dictionnaire, pas contre les autres concurrents. »

Les deux jeunes élèves sont reparti avec le trophée, un prix de 30 000 dollars chacun et d'autres prix.

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Manuel Balce Ceneta/AP

Un livre très intéressant, intitulé American Bee: The National Spelling Bee and the Culture of Word Nerds, (James Maguire, 2006) suit les participants d'un championnat précédent, qui se préparent aux éliminatoires, en lisant des dictionnaires et en étudiant l'étymologie. Un autre est Verbomania : Experiencing the National Spelling Bee, (Amelia Gormley, 2009).

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[1] Voir Contre la pensée unique, Claude Hagège, Édition Odile Jacob, p.142.

[2] Dans la Language Column du New York Times  datée du 27 juin 2010, le linguiste Ben Zimmer examine cette question et conclut comme suit : "La plupart des gens qui verraient le mot ghoti le prononceraient simplement goaty… On ne peut pas tout se permettre en anglais".

[3] Son titre initial était The First Part of the Grammatical Institute of the English Language. De son vivant, pas moins de 385 éditions furent publiées et le titre de l'ouvrage devint, en 1786, The American Spelling Book et, en 1829, The Elementary Spelling Book. Il s'agissait du livre américain qui eut le plus de succès à son époque ; en 1837, 15 millions d'exemplaires avaient été vendus et le chiffre atteint environ 60 million en 1890, de sorte que la majorité des élèves et des étudiants consultèrent ce livre pendant le premier siècle d'existence de la nation américaine. Pour mieux connaître le rôle de Webster dans l'évolution de l'anglais aux États-Unis, vous pouvez vous reporter à l'article de Wikipedia consacré à Noah Webster.

[4] Il faut distinguer ce terme des « indiens » qui sont les premiers habitants du continent américain.

Lecture supplémentaire : 

 
Dictionary.com

Le mot selfie inventé en Californie?

 

Le Festival Du Mot

Transition et selfie sont les mots (français) de l'annee 2014. Ils paraissent déjà dans les dictionnaires de 2015 (Petit Robert, Larousse) qui viennent d'être publiés.

Le jury, présidé par Alain REY, a choisi après un long débat le mot, transition. Les 98.491 internautes qui ont participe au vote ont en revanche preferé le mot selfie, avec 28.946 voix, soit 29,38% du total. vapoter [1] : 28,93% et matraquage [2] : 9,83% des votes.

La définition de selfie : n. m. (mot anglais, de self « soi-même ») Autoportrait numérique, généralement réalisé avec un smartphone et publié sur les réseaux sociaux. « Poster un selfie » (Le Petit Robert 2015).

Le mot avait été choisi déjà en 2013 par les Oxford Dictionaries comme le mot (anglais) de cette année. Selon blog.oxforddictionaries.com, le premier usage que l'on connait remonte à 2002, et a eu lieu sur un forum internet australien, ABC Online (Australian Broadcasting Corporation), les Australiens ayant l'habitude d'ajouter les lettres ie ou o à la fin de certains mots pour en créer une forme abrégée ou familière, ou leur donner une nouvelle connotation. [3] Il est devenu beaucoup plus populaire en 2013 car, cessant de faire fureur sur les réseaux sociaux, le mot  est passé dans la langue courante.

Donc, on ne sait pas sur quoi se base Mme. Marie Leroy en attribuant l'origine du mot à la Californie.

Voir aussi :

Where did that word come from? Selfie
The New Zealand Herald, 8 January 2014

 

Ellen-degeneres-oscarsLe selfie prise par l'animatrice de la cérémonie des Oscars de 2014, Ellen Degeneris, a fait un véritable tabac, battant le précédent record détenu par le Président Obama après sa réélection de 2012 et paralysant temporairement le service Twitter en dépassant les trois millions de retweets. La photo détient le record du plus grand succès jamais atteint par un tweet.

Michelle Obama n'a pas apprécié la selfie réservée aux chefs d'état (le Président des Etats-Unis, David Cameron, Premier Ministre du Royaume Uni et Helle Thorning Schmidt, Première Ministre du Danemark ).

  :

  Selfie-1-feature

Self – Definition (Oxford Dictionnaries) :

A person’s essential being that distinguishes them from others, especially considered as the object of introspection or reflexive action.

Shakespeare, Hamlet Act 1, Scene 3 :

Polonius:
This above all: to thine own self be true,
And it must follow, as the night the day,
Thou canst not then be false to any man.

Le petit glossaire de Le Mot Juste :

(to) self-ignite

verbe

enflammer spontanément

self-centered

adj.

egocentrique

self-conscious

adj.

emprunté, embarrassé, gauche

self-fulfillment

subst.

accomplissement de soi

self-governing

adj.

autonome

self-help

subst.

débrouillardise, autoassistance

selfhood

subst.

individualité

self-illusion

subst.

aveuglement

self-indulgence

subst.

amour de son propre confort,

apitoiement de son propre sort

self-inflicted

adj.

infligé sur soi-même

selfish

adj.

égoïste, intéressé

selfless

adj.

altruiste, désintéressé

self-maintenance

subst.

entretien automatique

self-ordained e.g. he was a self-ordained critic of ..

adj.

il avait pris sur lui de critiquer

self-pride

subst.

fierté, orgueil personnel

self-realization

subst.

épanouissement personnel

self-restraint

subst.

retenue

self-righteous

adj.

pharisaïque; satisfait de soi

self-rule

subst.

autonomie

self-sealing

adj.

autocollant

self-serving

adj.

intéressé, égoïste

self-steering

adj.

pilotage automatique

self-styled

adj.

soi-disant, prétendu

self-sufficient

adj.

autarcique, autosuffisant

self-supporting

adj.

[personne] qui subvient à ses propres besoins; financièrement indépendant

self-taught

adj.

autodidacte

self-reproach

subst.

remords

self-explanatory

adj.

qui se passe d’explication, évident

self-denial

subst.

abnégation, sacrifice de soi

 

[1] en anglais : to vape (e-cigarette)

[2] en anglais :  clubbing, bludgeoning
matraquage publicitaire = hype, plugging 

[3] barbie au lieu de barbeque, Aussie au lieu de Australian, journo au lieu de journalist, garbo en lieu de garbage collector.
Source :
Australian English Development and Peculiarities

Voir aussi :

Say It With A Selfie: Protesting In The Age Of Social Media
National Public Radio, 10 May 2014

Best way to take a selfie? Maybe don't. Maybe look at someone you love.
Los Angeles Times, 31 May 2014

 Jonathan G. & Jean L.