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Astrophilatélie et aérophilatélie – nostalgie, futurisme et nostalgie du futurisme

Elsa Wack 2Nous sommes heureux de retrouver Elsa Wack, notre linguiste du mois de janvier 2014. Elsa, née à Genève, est traductrice indépendante de l'anglais et de l'allemand vers le français. Titulaire d'une licence ès lettres, ayant aussi fait de la musique, du théâtre et du cinéma, elle aime écrire et sa préférence va aux traductions littéraires.

Pour retrouver les contributions précédentes d'Elsa, cliquez sur son nom sous la section "Catégories" dans la colonne à droite du site.

Le 2 septembre 2019 paraîtra en Suisse un timbre commémorant les 50 ans de l'alunissage de l'homme.

   

Aux États-Unis, le service postal a émis deux timbres en commémoration des alunissages Apollo. Leur parution a été célébrée le 19 juillet dernier dans le complexe d'accueil des visiteurs du centre spatial Kennedy de la NASA en Floride.  [1]

  Moon stamps  

Un autre timbre commémore 100 ans de transport aérien suisse (1919-2019).

   

En 2016, Le Mot Juste nous montrait le timbre dédié à l'avion solaire Solar Impulse qui avait réussi, entre mars et juillet de cette année-là, un tour du monde à l'énergie solaire, piloté tour à tour par Bertrand Piccard et André Borschberg

Solarimpulse Piccard & Borschberg


Cette année (2019), André Borschberg lance la production d'un avion électrique dont le système de propulsion est fondé sur l'expérience acquise avec Solar Impulse. Cet appareil, le biplace H55, devrait servir à la formation de pilotes. C'est une bonne nouvelle, car on n'entend plus tellement parler de l'avion solaire depuis son exploit de 2016.

  Andre-Borschberg  

Pour voyager avec Solar Impulse, il ne fallait ne pas être pressé : les pilotes ont dû attendre à chaque escale que la météo se prête de nouveau au voyage. Il fallait aussi, comme dans certaines courses en mer, pouvoir tenir de longues heures sans sommeil. Pas question de se relayer une fois en l'air, c'était un monoplace. Ayant rempli sa mission, le prototype Solar Impulse 2 semble être toujours parqué dans un hangar à Abou Dhabi. Cet avion incarne les énormes défis auxquels sont confrontées les énergies « vertes » : si des progrès sont bel et bien réalisés et si le solaire représente une part de plus en plus importante de l'énergie consommée dans le monde, il n'en reste pas moins loin de pouvoir couvrir les besoins totaux de l'être humain, et on peut se demander, dans le cas de l'avion, si sa construction et son déplacement n'ont pas coûté beaucoup plus d'énergie humaine qu'ils n'ont représenté d'énergie motrice. Reste à savoir comment se comportera l'avion électrique d'André Borschberg, produit par une entreprise familiale tchèque : BRM Aero. 

Le petit glossaire du LMJ :

air mail

poste aérienne

cancellation

oblitération

first day cover

enveloppe premier jour

flimsy paper

papier pelure

forgery

contrefaçon

hot-air balloon

montgolfière

post, mail

courrier [*]

postmark

cachet de la poste

sheet

planche, feuille

stamp

timbre

stamp collecting

la collection de timbres

watermark

filigrane

[*] Utilisé en français, le mot « mail » et devenu un faux ami pour les anglophones, puisqu’il désigne parfois l’e-mail ou courriel alors qu’en anglais il signifie le courrier postal sur papier. On rencontre également la graphie mél (qui rime avec l’abréviation tél.).

[1] Le rêve humain d'atterrir sur la Lune remonte plusieurs siècles et se reflète dans la littérature française, plus particulièrement dans l'Histoire comique des États et Empires de la Lune, de Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655), considérée comme le premier livre de science-fiction. Un timbre français représentant Cyrano de Bergerac est sorti en 1997.

 

Un autre écrivain français, Jules Verne (1828-1905) a lui aussi suivi la maxime Ad Astra per Aspera dans son ouvrage De la Terre à la Lune (1865), mais a également jeté son dévolu vers le bas dans deux de ses livres, Vingt mille lieues sous les mers et Voyage au centre de la Terre.   En 1982 la France rendit hommage à Verne en émettant au profit de la Croix-Rouge française un timbre « Cinq semaines en ballons ». L'année 2005 en France a été déclarée « année Jules Verne » à l'occasion du centenaire de la mort de l'écrivain. Toujours en faveur de la Croix-Rouge, la poste française a émis une série de timbres sous le titre « JULES VERNE Les Voyages Extraordinaires », dont un timbre consacré à « De la Terre à la Lune ».

 

 

 

Hommage a Jules Verne, 1982

De la Terre a la Lune, 2005

 

Lectures supplémentaires :

La Manche, défi de toujours

Artrémis 2024

Jenny à l'envers

NASA – Pushing the envelope

Livres :

Astrophilately cover Race to the Moon cover
American Astrophilately: The First 50 Years
by  David S. Ball, Feb 15, 2010
The Race to the Moon Chronicled in Stamps, Postcards and Postmarks: A Story of Puffery vs. the Pragmatic
by Umberto Cavallaro

 

 

Loïc Depecker – linguiste du mois d’août 2019

Loic Depecker

Loïc Depecker est Professeur de sciences du langage à l'université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 et président de la Société française de terminologie. Dans les années 2015 et 2018, il a exercé les fonctions de délégué général à la langue française et aux langues de France auprès du Ministre de la Culture et de la Communication  (préfiguration de l'Agence de la langue française).  Au fil des années, on lui a décerné plusieurs prix et distinctions, dont celles de Chevalier des arts et des lettres (2002) et  de membre de  l’Ordre des francophones d’Amérique (2017), distinction décernée par le Gouvernement du Québec. Sa très longue bibliographie comprend notamment le Rimbaud de soleil et de glace, (Arthur Rimbaud Journal 2004) et le Petit dictionnaire insolite des mots régionaux (Larousse, 2017). Loïc Depecker a écrit plusieurs articles pour l'Encyclopaedia Universalis et ses suppléments ainsi que de nombreux articles et contributions à des colloques et congrès. Son site est accessible à LoicDepecker.com

L'entretien qui suit fait partie d'un dialogue plus long mené par Marie-Noëlle Rohart pour le laboratoire CRIS – Université Paris X, en 2004.  Nous le publions avec l'aimable autorisation de la Société française de terminologie.

 

—————————-

Comment définir la terminologie ?

La terminologie est consacrée au vocabulaire scientifique et technique et à leur mise en forme dans les discours techniques. L’idée est d’essayer de gérer, d’ordonner, de traiter des masses d’unités terminologiques. On essaie de viser une cohérence de ces vocabulaires, de se retrouver notamment dans les synonymes ou dans les définitions. On définit les concepts pour parvenir, d’une langue à l’autre, à décrire les mêmes choses avec des termes dont on est sûr qu’ils décrivent les mêmes objets.

Aujourd’hui la terminologie est au cœur de plusieurs disciplines, notamment les disciplines documentaires. La terminologie se retrouve également dans la rédaction technique, la rédaction de documentation et de manuels d’emploi, la traduction automatique puis dans tout ce qu’on appelle aujourd’hui l’ingénierie de la connaissance et les ontologies.

L’ontologie peut concerner tout ce qu’une entreprise gère comme objets : un produit, un composant, un service de l’entreprise, une unité de mesure ou une unité monétaire. A l’heure de la mondialisation, les entreprises sont souvent constituées de multiples structures éparpillées dans le monde avec de multiples activités. Il faut donc s’assurer que chacun met les mêmes choses derrière les mêmes termes.

Quels sont les lieux qui permettent le dialogue entre les terminologues et les industriels ?

Les lieux sont assez restreints parce qu’il faut que les terminologues, les sémanticiens entrent en contact avec le monde industriel. Il faut aussi que le monde industriel considère que sa problématique est d’ordre linguistique et sémantique. L’un des lieux principaux est d’abord les réponses aux appels d’offre. On voit se constituer des consortiums parfois assez originaux.

Puis il y a les organismes de normalisation des objets techniques, où doivent être faites des descriptions d’objets à partir de symboles. Je pense aussi aux marchés de la traduction qui sont aujourd’hui des marchés spécialisés pour la vente et la commercialisation de produits. Enfin, il y a les laboratoires de recherche qui travaillent sur la communication des nouveaux concepts, des nouveaux processus.

Vous êtes dans le comité technique de terminologie de l’AFNOR. Est-ce qu’il y a une normalisation des protocoles de création d’outils terminologiques ?

Il existe un comité technique, le TC37, qui est chargé de la normalisation de la méthodologie en terminologie. On ne cherche pas à normaliser des terminologies, mais à normaliser une méthodologie. Cela signifie par exemple : « comment organiser dans une base de données des champs d’information, qui permettent de décrire des concepts dans les différents langues du monde ? », « qu’est-ce qu’un synonyme ? », « qu’est-ce qu’une définition ? », « qu’est-ce qu’une arborescence ? » ou tout simplement ( !) « qu’est-ce qu’un concept ? ».

Tous les pays du monde n’ont pas toujours la même approche. Avec l’ISO, l’idée est ici justement de créer un corpus de normes, de méthodologies du travail en terminologie, qui s’applique à toutes les langues. Cela fonctionne relativement bien ; on le voit fonctionner notamment dans différentes entreprises. En effet, un certain nombre de professionnels considèrent de plus en plus qu’une partie des problèmes qu’ils peuvent rencontrer dans l’organisation d’une entreprise sont de type linguistique. Et, dans les hôpitaux par exemple, il y a la manière de décrire les différentes maladies, de les appeler et de leur donner un statut de façon à protéger aussi bien les patients pour des questions de sécurité que les praticiens pour des raisons d’assurance et de sécurité dans leur travail. Il y a donc derrière tout cela un ensemble d’enjeux.

L’autre idée du comité est d’essayer de faire en sorte que le résultat du traitement des données puisse s’échanger entre machines. Il y a notamment les formats d’échange de données, qui permettent des échanges plus faciles entre machines sans avoir besoin d’intervention informatique lourde. C’est aussi l’intérêt des utilisateurs qui peuvent alors travailler seuls. L’enjeu est donc important.

  On voit bien que la terminologie est plutôt orientée industrie de la langue ou ingénierie linguistique. Est-ce qu’il y a, dans les universités, des applications concrètes sur la diffusion de produits terminologiques ?

Il commence à y avoir aujourd’hui des universités, qui s’occupent de diffuser des glossaires de terminologie. Les universités Paris 3, Paris 7 et Rennes 2 ont été pionnières en la matière. Il y a un grand intérêt pédagogique, car cela dynamise l’enseignement orienté vers la traduction spécialisée en donnant la possibilité aux étudiants de voir leur travail reconnu et diffusé sur internet. Au-delà il faut bien voir que ce sont des matériaux de travail en terminologie, en traduction et qu’il faut les prendre, comme tout matériau qu’on trouve sur Internet, avec beaucoup de précaution.

 Comment peut-on avoir une instance de validation sur les glossaires de terminologie en ligne ?

Je constate que se développent des outils d’ingénierie linguistique autour de cette question. Le plus souvent l’autorité de l’organisme émetteur est très importante. Je pense notamment à tous les travaux de terminologie et de traduction spécialisée, qui sont faits dans les organisations internationales, que ce soit à la Commission européenne, à l’ONU ou dans d’autres institutions. Il y a là des traducteurs et des spécialistes très performants sur ces questions. Les bases de données y sont relativement bien faites et elles sont expertisées et mises à jour au fil des années.

La recommandation que je ferais pour un traducteur, un rédacteur technique ou un documentaliste, qui chercherait des données terminologiques fiables sur Internet, c’est déjà de regarder l’estampille de l’organisme qui diffuse ces données. C’est l’autorité de l’organisme émetteur, qui fait en priorité la qualité du matériau terminologique. Et si ce matériau n’est pas bon, au moins il est estampillé !

Quelles sont les perspectives de la terminologie ?

Je pense que le grand enjeu actuel est celui de la théorie de la terminologie. La théorie de la terminologie est prise entre deux postulats : d’une part une terminologie conceptuelle fabriquée dans l’absolu par les terminologues et d’autre part une terminologie contextuelle qu’on observe quand on exploite les textes de façon automatisée. Une des perspectives sera donc certainement de rapprocher terminologie conceptuelle et terminologie contextuelle.

Vous êtes président de la Société française de terminologie. Quel est son rôle ?

En 1999, nous avons créé avec quelques amis la Société française de terminologie. Nous tentons de rassembler les spécialistes, et plus largement toute personne qui s’intéresse aux questions de terminologie et de traduction de langue française. Elle s’étend à présent à plus d’une centaine d’adhérents, et nous comptons des adhérents francophones, du Canada et d’ailleurs. Des entreprises, comme l’AFNOR, adhèrent à la Société française de terminologie.

Notre action est de relier les personnes isolées sur ces questions, qui ne savent pas à qui s’adresser. On essaie d’aider les gens sur le terrain, à créer leur propre projet terminologique et à résoudre eux-mêmes leurs problèmes. Je pense à un projet qu’on a avec un réseau d’hôpitaux en France. Il faut créer une terminologie de la sécurité à l’hôpital en essayant de gérer des terminologies, des concepts d’ordre médical et juridique de façon à aboutir à des normes. Elles seront ensuite partagées par l’ensemble de la communauté française dans ce domaine.

On a d’autres projets comme en sciences de la vie, où beaucoup de problématiques sont soulevées du côté des vétérinaires, des biologistes, des gens qui s’occupent de sécurité alimentaire. On voit à partir des crises qu’on a vécues ces dernières années, que celles-ci sont souvent mal « digérées » par le public, en tous cas en termes de communication terminologique. « Qu’est-ce qu’un OGM ? » : c’est un organisme génétiquement manipulé ou modifié ? Tout développement linguistique induit des réactions dans l’opinion, des prises de position. Dire « manipulé » ou dire « modifié » n’a pas le même sens. Il y a donc là un ensemble de choses qu’il faut prendre en considération pour essayer de faire passer le mieux possible le message dans le public. On a ainsi le cas de l’anthrax. Le terme « anthrax » en anglais n’a pas du tout le même sens qu’en français. Il faut bien savoir quelle action de communication on fait. L’anthrax, développé aux Etats-Unis lors des attentats biologiques, est un anthrax basé sur un bacille dont on peut se défaire très difficilement, et pas un simple furoncle.

Il y a là un ensemble d’enjeux que la Société française de terminologie ne peut pas tous résoudre, mais sur lesquels elle peut au moins essayer d’alerter.

 

Décès de Sidney Rittenberg, à l’âge de 98 ans


Nécrologie

 

Rittenberg 1Sidney Rittenberg (chinois : 李敦白; pinyinLǐ Dūnbái),  premier citoyen américain à adhérer au Parti communiste chinois (PCC),  est mort le 24 août 2019. À la fois journaliste, universitaire et linguiste sinisant, il vécut en Chine de 1944 à 1980 où il collabora étroitement avec Mao Tsé-toung, Chu Teh, Chou en-lai et d'autres dirigeants du PCC.

 

 

Mao-Tse-Tung-Chu-Teh-resize-1

Chou en lai

Mao Tsé-toung et Chu Teh

   Chou en-la

Pendant la Révolution chinoise, il a été aux côtés de ces hauts dirigeants communistes à Yan'an. Il fut un témoin direct d'une bonne part de ce qui s'est passé au sommet du PCC, et a connu personnellement bon nombre de ses dirigeants. Par la suite, il fut incarcéré en isolement à deux reprises, pendant un total de 16 ans, dont six (1949-1955) parce que Staline le considérait comme un espion américain, et dix autres (1968-1977) pour s'être attiré les foudres de la femme de Mao, Jiang Qing, pendant le chaos de la Révolution culturelle. [1]

Ayant perdu ses illusions quant à l'idéologie communiste, il s'en retourna aux États-Unis où ses relations et son expérience chinoises lui permirent de diriger un cabinet de conseil qui lui rapporta des millions de dollars.

Rittenberg book coverDans son autobiographie, The Man who Stayed Behind  (Celui qui est resté en arrière), Rittenberg raconte comment il acquit une connaissance du chinois qui lui permit d'interpréter des dirigeants de la Révolution communiste chinoise.

En 1942, Rittenberg fut mobilisé et affecté à l'armée américaine en Chine. On lui fit apprendre le japonais. Mais, certain que le Japon allait perdre la guerre, il n'entendait pas passer son temps dans ce pays, au service des autorités américaines d'occupation. « Je parvins à bifurquer vers un cours de chinois » explique-t-il, et après avoir étudié le chinois à Stanford pendant un an, il fut affecté en qualité de spéciste de la langue chinoise à Kunming, en Chine méridionale.

Expliquant comment il s'est épris du mandarin, Rittenberg écrit : « en tant qu'élève d'une école préparatoire [aux États-Unis], j'étais premier de classe en français et en latin. À l'université, j'étais très bon en allemand. Mais, rien ne m'avait jamais autant passionné que le chinois. Pour moi, étudier le chinois, c'était comme franchir la petite porte d'Alice pour entrer au Pays des merveilles. [2] En chinois, avec son écriture à base d'images, un mot non seulement signifie ce qu'il signifie, mais est ce qu'il signifie. Le mot « beauté » signifiait beauté, bien sûr. Mais, pas seulement beauté. Il signifiait être beau, embellir, penser à la beauté. Le mot lui-même était beauté. En chinois, un mot pouvait sauter dans tous les sens, comme une reine sur un échiquier, comme aucun système alphabétique ne permettra jamais de le faire. Il n'y avait pas de déclinaisons, ni d'absolus ablatifs pour l'en empêcher. Les sons eux aussi ne ressemblaient à aucun de ceux que j'avais entendus jusque-là. Un même mot peut avoir des sens différents selon la façon dont il est accentué, comme les notes d'un carillon [3]. Nuit après nuit, je me tenais assis près de mon instructeur, dans le sous-sol d'un immeuble du quartier chinois de San Francisco, lui criant des syllabes, en tentant d'apprendre à accorder les notes de ce carillon. »

  Rittenberg Chinese alphabet  


La ville de Yan'an était le terminus de la Longue Marche de Mao [4]. Dans les grottes des environs de Yan'an, là où Rittenberg rencontra Mao Zedong, et où se trouvait le quartier général du Parti communiste, de 1936 à 1948, Rittenberg travailla avec une équipe d'anglophones comme conseiller de la section de radiodiffusion en langue anglaise où il était le seul de langue maternelle anglaise.

Rittenber with Mao

Rittenberg avec Mao Tsé-toung

En 1960, Rittenberg rejoignit une équipe d'élite composée d'universitaires, d'économistes et d'anglophones de Chine, chargée de retraduire en anglais le premier des trois tomes des mémoires de Mao ainsi que d'en traduire un quatrième tome. Dans son autobiographie, Rittenberg revient longuement sur les discussions et les débats qui eurent lieu au sein de l'équipe de traduction et d'édition à propos de certaines nuances du chinois et de l'anglais. 


Vers la fin de sa vie, Rittenberg écrit :

« Je ne regrette nullement mes années passées en Chine, même en  prison. J'étais animé alors, comme je le suis aujourd'hui, d'un désir insatiable de soutenir le peuple chinois dans sa volonté de goûter aux responsabilités et aux bienfaits de la liberté. »

 

[1] Après la mort de Mao, sa veuve, Jiang Qing, fit partie de la "Bande des Quatre". Elle fut arrêtée et jetée dans la prison où Rittenberg avait été détenu pendant dix ans après que Jiang l'eût dénoncé.

[2] Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles,1865.

[3] Cette variation du sens d'un mot selon son accentuation est une source de pataquès pour celui qui apprend le chinois ! Une confusion entre les quatre tons et c'est la catastrophe. Mais, de même que, dans nos langues, nous nous amusons des jeux de mots, les Chinois pratiquent les jeux de tons, avec des effets tout aussi désopilants.

[4] Nom donné à une retraite effectuée par l'Armée Rouge du Parti communiste de Chine, préfiguration de l'Armée de Libération populaire, pour échapper à l'armée du Kuomintang  (KMT ou Parti nationaliste chinois).

Jonathan Goldberg & Jean Leclercq


Petit lexique de la Chine communiste
:

 

The Long March

La Longue Marche

Chairman of the Communist Party

Président du Parti communiste

Great Leap Forward

Grand Bond en avant

Counter Revolution

Contre-révolution

Class conflict/struggle

Lutte des classes

Paramount leader

Dirigeant (ou chef) suprême

Cult of Personality

Culte de la personnalité

Gang of Four

Bande des quatre

Founding father

Père de la Nation

Tinamin Square

La place Tian'anmen

The Great Proletarian Cultural Revolution

La grande révolution culturelle prolétarienne 

 

 

Lecture supplémentaire :

001217476Valentin Mikhaïlovitch Beriejkov. J'étais interprète de Staline. Histoire diplomatique (1939-1945)
Traduit du russe par Max Heilbronn.
Paris, Éditions du Sorbier (1983).

 

 

Note historique/littéraire :

Pearl buck_chinaAvant l’instauration du communisme en Chine, la personne la plus communément associée à ce pays dans l'esprit du grand public américain était la femme de lettres, Pearl Sydenstricker (épouse Buck) (1892-1973), lauréate du Prix Nobel de littérature, en 1938.

À l’âge de trois mois, elle part, avec ses parents missionnaires presbytériens, en Chine où elle apprend le mandarin avant l'anglais. Elle retourne aux États-Unis pour y faire ses études supérieures. Sa vie sera ensuite partagée entre les deux pays.

La production littéraire de Pearl Buck est aussi riche que variée. Elle a tâté de tous les genres : romans, nouvelles, Pearl The Good Earth essais, pièces de théâtre, recueils de poèmes et même un livre de cuisine ! Son ouvrage The Good Earth (1931), publié en français sous le titre La Terre chinoise (traduit par Théo Vartel [5], Paris, Payot, 1932) lui a valu le Prix Pulitzer du roman en 1932.

En 1938, Pearl Buck reçoit le Prix Nobel de littérature pour « ses descriptions riches et épiques de la vie des paysans en Chine et pour ses chefs-d'œuvre biographiques ».

Elle a créé une fondation humanitaire pour l'adoption des enfants abandonnés et y a consacré du temps et de l'argent. Elle a aussi défendu les droits des femmes et des minorités.  

[5] Théo Varlet, alias Déodat Serval (1978-1938) est un poète, écrivain de fantastique et de science-fiction, et traducteur français du XXe siècle.

 

 

Artémis 2024

Il y a cinq ans, nous avons publié l' « Annonce d’un article à paraître le 20 juillet 2019 (!) ». Par la suite, j'avais écrit :  

« Dimanche dernier, 20 juillet 2014, j'ai garé ma voiture près d'un Starbucks sur le Walk of Fame (L'allée des Illustres / La promenade des célébrités), à Hollywood, juste à l'endroit où une étoile a été dédiée aux trois astronautes du programme spatial américain Apollo, qui avaient aluni exactement 45 ans plus tôt – le 20 juillet 1969. »

Ce 20 juillet dernier, cinq ans plus tard, le jour du 50e anniversaire de cet alunissage, nous avons publie « Chose promise, chose faite – sans avoir promis la lune ».

Cette fois-ci, c’est le tour de l’agence nationale de l'air et de l'espace, la NASA, d'annoncer son programme des cinq prochaines années : Artémis 2024.

 

 

Artremis 1

Immédiatement, tout le monde a commencé à se souvenir d'Artrémis, le nom de la déesse grecque de la chasse, la Diane de la mythologie romaine. Pourquoi fait-elle encore une fois parler d'elle dans la presse ? La réponse se décline en trois temps. Primo, 50 ans après que Neil Armstrong, participant à la mission spatiale Apollo 11, ait laissé les premières empreintes de chaussures dans l'épaisse poussière grise de la surface de la lune, la NASA nourrit l'ambitieux projet d'envoyer des êtres humains sur la lune en 2024. En fait, l'agence spatiale a annoncé qu'au moins une femme participera à la prochaine mission lunaire. Pour cette raison, NASA a baptisée la mission Artémis. Segundo, la première mission Apollo 11, portait le nom du frère jumeau d'Artémis. Tertio, Artémis est aussi connue pour être la déesse de la lune dans la mythologie grecque.

Le 20 juillet dernier, le Los Angeles Times a publié les photos et les c.v. des 12 candidates. La plupart sont Artremis - Sunita Williams dans la quarantaine, mais Sunita Williams, pilote d'essai, qu a passé plus de jours dans l'espace (312) qu'aucune des autres candidates, a 53 ans. Elle totalise plus de 3.000 heures de vol sur 30 aéronefs différents. En outre, elle a plus d'une corde à son arc (pour utiliser une expression de circonstance), parce qu’elle a été la première personne à courir un marathon simulé (2007) et un triathlon simulé (2012) dans l'espace, et elle aime travailler sur des voitures et des avions à ses moments perdus. À cet égard, Artémis en personne n'aurait pu rivaliser avec elle.

 

Artemis PointdexterSelon l'astronaute Alan Poindexter, entre astronautes professionnels, le temps manque, sans parler de la place, pour la bagatelle. Aussi est-il opportun qu'Artémis soit également la déesse de la chasteté.

  


Mise à jour 22.08.19 :

Après que l'astronef de la NASA, qui s'est posé sur Mars le 26 novembre 2018, ait déplacé une pierre d'un mètre, la NASA a officiellement annoncé le 22 août 2019 qu'elle appellerait cet objet " Rolling Stones Rock", en l'honneur du groupe de rock éponyme, "The Rolling Stones", ces pierres qui roulent de renommée universelle.

Mise à jour – 18.10.19 :

Nasa TV : suivez en direct la première spacewalk 100 % féminine de l'histoire

Jonathan Goldberg. Traduction Jean Leclerq

 

Petit glossaire des expressions contenant le mot "lune"

Un grand merci a Océane BIES et Isabelle POULIOT pour leurs traductions des expressions anglaises

in a blue moon    

depuis des lustres

no more than the man in the moon

rien de plus qu'un fantasme

once in a blue moon      

Très occasionnellement, 
pratiquement jamais, 
rarement, tous les 36 du mois

the man in the moon

le pierrot lunaire, pierrot la lune

the man in the moon

 

être largué/a l'ouest

the moon is made of green cheese.

mon œil

the moon on a stick
(get someone the moon on a stick)

décrocher la lune

 

to aim/reach/shoot for the moon

to cast beyond the moon        

viser la lune

 

to bark/bay at the moon        

implorer en vain

to go between the moon and the milkman

filer au petit jour/filer à l'anglaise

to promise someone the moon

promettre la lune, promettre monts et merveilles

to shoot the moon faire un resto basket/partir sans payer

to think someone hung the moon and the stars

mettre quelqu'un sur un piédestal

 

Les mots anglais du mois – ciclovia, peloton

Ciclovía (également   cyclovia) , en anglais, nous vient de l'espagnol et signifie « voie cyclable ». Ce terme est souvent utilisé pour désigner un parcours urbain réservé aux cyclistes ou une manifestation pour laquelle les rues sont provisoirement interdites aux automobilistes mais ouvertes aux cyclistes et aux piétons.

CiclaviaLos Angeles (LA) accueille tous les ans une telle manifestation et la désigne sous la variante orthographique cicLAvia, incluant ainsi les initiales bien connues de la ville. 100 000 Angelinos, comme on les appelle, comprenant des cyclistes mais aussi des familles à pied, profitent de l'occasion pour s'approprier les rues devenues piétonnières l'espace de quelques heures.  Ciclovia 2019 a lieu a Hollywood aujourd'hui, le 18 août. 

 

 

Pour CICLAVIA, un programme de mise à disposition de vélos, dans le droit fil des vélib' parisiens et programmes similaires d'autres capitales européennes, a été instauré à Los Angeles.

La photo ci-dessous montre un enfant équipé du casque obligatoire en Californie et ailleurs quand on circule à vélo.

 

Dans certaines villes américaines il y a souvent des tensions entre cyclistes et automobilistes. Quelques cyclistes, comme la jeune femme ci-dessous, défendent leurs droits haut et fort.

 

 

Note linguistique :

Utilisé dans le contexte du cyclisme, le mot français peloton garde le même sens en anglais. Il a cependant d'autres acceptions et peut tout aussi bien désigner un verre décoratif qui était fabriqué en Bohême à la fin du XIXe siècle et comportait généralement un overlay de filaments en verre de différentes couleurs. (Random House Dictionary, © Random House, Inc. 2012.). (Ce sens n'existe pas  en français.) Toujours dans le contexte du cyclisme, le mot pack en anglais est un synonyme courant de peloton. Par contre, dans des contextes différents, le mot français peleton se traduira en anglais par platoon ou ball. Ces emplois sont illustrés dans le tableau ci-dessous :

 

Français 

English 

PELOTON

PELOTON

PELOTON

peleton

PLATOON

SquadPELOTON D'EXÉCUTION


 

 

 

 

 

 

 peloton

EXECUTION SQUAD

 

 

PELOTON

peloton

BALL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Ne s'emploie pas en français dans ce sens

PELOTON

Verre décoratif fabriqué en Bohême à la fin du XIXe siècle

Définition du Peloton (français)
Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL)

Glossaire de « Le mot juste en anglais » :

atelier de réparation

repair shop

cadre

frame

casque (de velo)

helmet  

coureur 

racer

course 

race

cyclisme

cycling, bicycling, biking 

cycliste 

bicycle rider, biker 

frein 

brake

guidon 

handlebars 

mobylette 

motorized bicycle

pédale 

pedal

pignon 

gear wheel

piste cyclable 

bicycle track

pneu 

tire (USA), tyre (UK) 

porte-vélos

bicycle rack 

rayons 

spokes

selle 

saddle, seat

vélo 

bicycle

vélo tout terrain

mountain bike 

vélodrome

velodrome

vitesse

(changer de vitesse) 

speed, gear

(to change gear) 

voie cyclable

bicycle lane

Jonathan Goldberg

 

Termes supplémentaires : Everything Bicycling

 

Bicycle 1       Bicycle cropped

Bicycle 4Heureux au sein de la nature

Bicycle 5Bicycle 3

 

Bons mots sur le cyclisme :

The bicycle is just as good company as most husbands and, when it gets old and shabby, a woman can dispose of it and get a new one without shocking the entire community.  ~Ann Strong

Life is like riding a bicycle – in order to keep your balance, you must keep moving.  ~Albert Einstein

It is by riding a bicycle that you learn the contours of a country best, since you have to sweat up the hills and coast down them.  Thus you remember them as they actually are, while in a motor car only a high hill impresses you, and you have no such accurate remembrance of country you have driven through as you gain by riding a bicycle.  ~Ernest Hemingway

Nothing compares to the simple pleasure of a bike ride.  ~John F. Kennedy

Bicycling is the nearest approximation I know to the flight of birds.  The airplane simply carries a man on its back like an obedient Pegasus; it gives him no wings of his own.  ~Louis J. Helle, Jr., Spring in Washington

The bicycle is a curious vehicle.  Its passenger is its engine.  ~John Howard

The bicycle is the most civilized conveyance known to man.  Other forms of transport grow daily more nightmarish.  Only the bicycle remains pure in heart.  ~Iris Murdoch, The Red and the Green

When I see an adult on a bicycle, I do not despair for the future of the human race.  ~H.G. Wells

Lecture supplémentaire :

Le bicyclette à 200 ans

CicLAvia heads to Hollywood for daylong open-street festival
Los Angeles Times, August 17, 2019

Show your pedal power

 

Barack Obama rend hommage à Toni Morrison


Voici une traduction du texte de l'hommage rendu par Barack Obama à Toni Morrison, à l'occasion de son récent décès. Toni Morrison a été la première femme noire lauréate du Prix Nobel de littérature, distinction précédemment attribuée à des écrivains aussi divers que Winston Churchill et Bob Dylan. Le premier Prix Nobel de littérature a été décerné à un Français, Sully Prudhomme, en 1901.

Traduction : Jean Leclercq

Nobel 3 Nobel 1 Nobel Dylan
Sully Prudhomme
Prix Nobel 1901

Toni Morrison
Prix Nobel 1999

Bob Dylan
Prix Nobel 2017

« Le temps n'a pas de prise sur Toni Morrison. Dans son œuvre, il lui arrivait de jouer avec lui, de le déformer, de le froisser, de le tordre au gré de sa volonté magistrale. Dans son parcours de vie, elle traita le temps de façon peu orthodoxe. Enfant de la Grande Migration, elle avait, en tant qu'éditrice, fait émerger de nouvelles voix, plus diverses, de la littérature américaine, Toni n'a publié son premier roman qu'à l'âge de 39 ans. C'était là le début d'une carrière fulgurante – un Pulitzer, un Nobel, et tant d'autres encore – et avec cela, une fusion de la saga afro-américaine au sein de la saga américaine. Toni Morrison était un joyau national. Son écriture n'était pas seulement magnifique, elle avait aussi du sens – elle interrogeait notre conscience et appelait à une plus grande empathie. Elle était une bonne narratrice, aussi captivante en tant qu'individu qu'elle l'était sur le papier. Même si Michelle et moi pleurons sa perte et présentons nos plus chaleureuses condoléances à sa famille et à ses amis, nous savons que ses récits – nos récits – resteront dans nos cœurs et dans ceux de nos descendants, et ainsi de suite, pour toujours.»  Barack Obama

 

 

Le discours de Toni Morrisson en recevant le Prix Nobel (texte & audio)

Le 15 août 2019 – le 250e anniversaire de Napoléon Bonaparte

1769
 

« Après la victoire, on  mérite du champagne ; après la défaite, on en a besoin ». [1] 
Napoléon Bonaparte

 « Eh bien, Messieurs, c'était le plus grand ennemi de l'Angleterre et le mien aussi ; mais je lui pardonne tout. À la mort d'un si grand homme, on ne doit éprouver qu'une profonde douleur et de profonds regrets. »
Sir Hudson Lowe, Gouverneur de l’île de Sainte-Hélène.

MichelMichel Dancoisne-Martineau [2] est une personne fort intéressante, qui habite une île forte intéressante.


Il s’agit de l’île de Sainte-Hélène, dans l’Océan Atlantique sud, oû Michel, l'auteur de plusieurs oeuvres sur le séjour de Napoléon Bonaparte sur l'île,  sert comme Consul honoraire de France et Directeur des domaines nationaux à Sainte-Hélène. L’île fait  partie de Sainte-Hélène, Ascension et Tristan da Cunha, territoire d'outre-mer du Royaume-Uni, dans l'Atlantique sud. [3]

St H map

Sainte-Helene comprend trois propriétés associées avec le séjour de Napoléon Bonaparte à Sainte-Hélène (1815-1821) qui appartient à la France : Briars Pavilion, la première  résidence de Napoléon sur l’Île (octobre-décembre 1815) ; Longwood House , la résidence principale de Napoléon pendant son exil (décembre 1815- mai 1821); la tombe de Napoléon, sa dernière demeure de 1821 à 1840.

 

Longwood House

Longwood house sh

Briar's Pavillion

Briar's Pavillion

 La Tombe de Napoléon

Napoleon TOMB

Napoléon Bonaparte mourut en exil à Sainte-Hélène le 5 mai 1821.  Dans son testament, Napoléon demanda à être enterré sur les rives de la Seine, mais le gouverneur britannique, Hudson Lowe, insista pour qu'il soit enterré à Sainte-Hélène, dans la vallée des saules (maintenant la vallée de Sane). La Tombe est l'une des 7 merveilles de Sainte-Hélène.

Lowe a dit que l'inscription devrait être "Napoléon Bonaparte" ; les compagnons d’exil de Napoléon, Montholon et Bertrand, voulaient le titre impérial "Napoléon" – seul les prénoms étant utilisés pour les titres royaux et impériaux. Incapable de résoudre le différend, la tombe a été laissée sans nom.

Mort de Napoleon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le corps de Napoléon n'est plus là – il a été récupéré en 1840 par le prince de Joinville, embarqué sur la frégate Belle-Poule, qui avait été peinte en noir pour l'occasion, ramenée en France et enterrée de nouveau à L'Hôtel des Invalides.

Bien que le corps de Napoléon n'y réside plus, le terrain où se trouve la tombe fut vendu en 1858 au gouvernement français avec Longwood House pour une somme de 7 100 £.

Nous remercions infiniment à M. Dancoisne-Martineau pour nous avons aidé à préparer cette annonce à notre intention.

 

Jonathan Goldberg

Les commentaires (1) et (3) ci-dessous sont rédigés par Jean Leclercq

[1] L'Empereur but-il du champagne au soir d'Austerlitz et au retour de Waterloo ? C'est peu probable, car il ne buvait pas. Il n'avait soif que de pouvoir. À peine s'autorisait-il un verre de vin (coupé d'eau) avec ses repas – toujours le même, un bourgogne rouge, du Gevrey-Chambertin.  À Sainte-Hélène, le problème se posa avec acuité, car on ne pouvait faire venir d'aussi loin un tel cru qui supporterait mal le voyage. On lui substitua un rouge qui en était très proche, le vin de Constance, provenant du célèbre domaine de Groot Constantia, dans la colonie du Cap. Un quartaut de ce précieux vin était régulièrement expédié à Sainte-Hélène et placé sous la garde de Montholon, grand officier de bouche. Il était exclusivement réservé à l'Empereur. Par la suite, les tenants de la thèse de l'assassinat prétendirent que Montholon versait chaque jour une petite dose de mort-aux-rats dans le vin de l'Empereur pour le faire mourir à petit feu, hériter d'une partie de sa fortune et, surtout, rentrer plus vite en France pour retrouver son Albine. Mais, l'Empereur n'avait pas besoin de cela pour mourir. Un cancer de l'estomac le rongeait depuis quelque temps déjà. Au sujet de la captivité de l'Empereur à Sainte-Hélène, on lira avec autant de plaisir que de profit  : Jean-Paul KauffmannLa chambre noire de Longwood. Le Voyage à Sainte-Hélène. Paris, Éditions de la Table Ronde, 1997.

Michel book cover
[2] Michel Dancoisne-Martineau a achevé 5 volumes d'une série bilingue (anglais-français) en 12 volumes illustrés intitulée "Napoléon à Sainte-Hélène, l’écueil d’un empire". Un projet qui une fois fini (en 202!), constituera un fond de documentation de la conservation des Domaines Nationaux de Sainte-Hélène, exploitant les archives uniques accumulées depuis maintenant plus de 150 ans. Les livres sont disponibles sur le site bilingue http://www.napoleonsthelena.com/boutique/

(3)    L'île où fut exilé Napoléon porte le nom d'Hélène (Sainte Hélène, pour les chrétiens), née vers 248/250 à Depranum et probablement morte en 330 à Nicomédie (aujourd'hui Izmir, en Turquie). Impératrice romaine, épouse de Constance Chlore, elle est la mère de l'empereur Constantin Ier. Convertie au christianisme, elle fit (en 325-326) un voyage en Palestine dont elle rapporta à Rome la Vraie Croix du Christ (retrouvée à Jérusalem, avec l'aide de rabbi Judas ben Siméon) ainsi que l'escalier du palais de Pilate qui fut remonté près de la basilique de Saint-Jean de Latran, et qui est connue sous le nom de Scala Santa.  Le fils d'Hélène, l'empereur Constantin 1er, est célèbre pour avoir promulgué l'édit de Milan (en 313), instaurant la liberté des cultes dans l'empire romain, et déliant les chrétiens de l'obligation de révérer l'empereur comme un dieu.  Hélène est une sainte pour les catholiques et les orthodoxes.

Lectures supplémentaires :

Voir les trois articles publiés sur ce blog sur Napoléon Bonaparte, dont deux qui traitent de son exil sur Sainte-Hélène :

Waterloo, 18 juin 1815

https://bit.ly/2yDb8e8

L’île de Sainte-Hélène 
https://bit.ly/2KprLzh

L’île de Sainte-Hélène (troisième partie)
Napoléon apprend l'anglais à Sainte-Hélène ; 
il y décède :  mort naturelle ou assassinat ?
https://bit.ly/2YC7P5v

St Helena Island

https://www.sthelenaisland.info/napoleons-tomb/

Domaines français de Sainte-Hélène

https://fr.wikipedia.org/wiki/Domaines_fran%C3%A7ais_de_Sainte-H%C3%A9l%C3%A8ne

Une rare lettre de Napoléon en anglais mise aux enchères
6 juin 2012

http://www.slate.fr/lien/57221/napoleon-lettre-anglais-encheres

Maison de Napoléon (Longwood House) à Sainte-Hélène.

Napoleon in America – Shannon Selin

 

 

La reine Élizabeth II fait son Brexit pour s’installer au Canada

A la suite de l'article intitulé « Alexander Boris de Pfeffel Johnson a la langue bien pendue »,  que nous avons publié le 24 juillet, voici encore un article sur l'élection de Boris  Johnson comme Premier Ministre de Grande Bretagne, et voici encore une belle traduction par notre linguiste du mois de septembre 2017, Valérie François, a partir d'une annonce imaginaire de l'humoriste américain, Andy Borowitz, dans sa rubrique sur le New Yorker.

 

Johnson helmet

Boris Johnson

Elizabeth scowl 3

  Élizabeth II

     
  Valerie cartoon Borowitz-andy
  Valérie François Andy Borowitz

 

LONDRES (Rapport Borowitz) – La Reine Elizabeth II déménage « immédiatement » au Canada et devrait y résider à plein temps d’ici la fin de la semaine, a confirmé mardi le Buckingham Palace.

La reine n’a donné aucune raison pour ce déménagement, mais le palais a indiqué qu’elle faisait ses valises depuis plusieurs semaines.

Signe que la décision de la reine est irrévocable, le palais a révélé que ses corgis bien-aimés avaient déjà été transportés par avion à Toronto.

Dans une brève déclaration d’adieux au peuple britannique, la reine a expliqué pourquoi elle avait choisi le Canada comme nouvelle patrie. « Nous parlons la même langue et notre portrait apparait sur leur monnaie », a-t-elle déclaré.

Elle a affirmé qu’elle n’avait « aucun regret » à abdiquer le trône en faveur de son fils, Charles. « À ce stade, il n’y a rien qu’il puisse faire qui rendra le Royaume-Uni encore plus chaotique qu’il ne l’est déjà », a-t-elle déclaré.

Mise a jour, 6 septembre 2019

The New Yorker, BORIS JOHNSON'S BREXIT CARNAGE

"The symbolism of the physical state of the Palace of Westminster, where Parliament meets, was almost too crude this week. Big Ben was sheathed in layers of scaffolding and black construction netting. Great sections of the old complex were barely visible under plastic sheets. Inside, corridors were cluttered with plywood and temporary construction barriers. It looked like the scene of a disaster, which it was."

 

Lecture suppleméntaire :

Shambles, mayhem, bedlam - en Grande-Bretagne et en France

Boris Johnson fait face au risque d’éclatement du Royaume-Uni
Le Monde, 30.8.2019

En Afrique, les langues empruntent les unes aux autres

– reportage du Kenya 


Nous sommes heureux de retrouver
Mag
notre contributrice fid
èle, Magdalena Chrusciel.  Magdalena a été notre « traductrice du mois » de mars 2013. Magdalena a grandi à Genève et y a fait des études qu'elle a ensuite poursuivies à l'Université de Varsovie. Revenue en Suisse et diplômée de l'E.T.I. de Genève, elle possède une palette linguistique aussi large qu'originale avec la maîtrise de quatre langues : polonais, russe, français et anglais. Elle est traductrice-jurée et mène également des activités d'enseignement et de formation professionnelle.

Mag & ColmanMagdalena séjourne au Kenya depuis deux ans, avec son époux biologiste, qui est chargé de la politique des espèces auprès de WWF International.


Pour retrouver des contributions
précédentes de Magdalena, cliquez sur son nom sous la section "Catégories" dans la colonne à droite du site.

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Toutes les langues du monde évoluent – c'est aussi ce qui fait leur beauté et force. Ainsi, à Nairobi où je

Sheng

Sheng, Rise of a Kenyan Swahili Vernacular, Chege Githiora

réside actuellement, c'est le shang qui prend de plus en plus de place, né de la rencontre entre l'anglais, le swahili et d'autres langues tribales kenyanes. En effet, le swahili, à l'instar de maintes langues dans le monde entier, n'a résisté pas à cette "corruption" (ou plutôt contagion, devrais-je dire) par la langue dominante qu'est l'anglais, tout en s'enrichissant des langues tribales ambiantes. Le shang est une réaction à la langue des anciens colonisateurs et, en supprimant barrières tribales et même celles de classe, exerce une fonction de cohésion sociale. Paradoxalement, les Kenyans éduqués, très anglicisés, redécouvrent l'usage du swahili grâce au shang, qui devient lingua franca du Kenya. De passage à Nairobi, le président Obama s'est adressé au public kényan en utilisant des termes shang.

La colonie française de Nairobi est importante, les affaires plutôt florissantes, ce dont témoigne la présence d'une grande enseigne de distribution, de sociétés de transport et de construction routière. Au-delà du clash linguistique, c'est une rivalité commerciale qui se met en Paxmanplace. Entre Anglais et Français, une longue histoire de frères ennemis. Dans son livre "The English : The Portrait of a People » (Harry N. Abrams; January 29, 2013), le grand reporteur de la BBC Jeremy Paxman constatait déjà que, lors de la première guerre mondiale, les soldats anglais n'aimaient pas les soldats français, allant jusqu'à respecter davantage les soldats allemands, en raison de l'animosité séculaire.

La communauté française est bien organisée pour promouvoir la francophonie – l'Alliance française y organise 200 événements tout au long de l'année. Le français est sans doute une des langues les plus étudiées par les Kényans. Beaucoup de Françaises expatriées sont affiliées à l'association Nairobi-Accueil, qui organise d'intéressantes visites locales et activités. Pour celles qui arrivent pour la première fois dans un pays anglophone, le niveau de leur anglais peut parfois laisser à désirer, hérité du système éducatif français et de considérations historiques énoncées ci-avant. N'étant autorisées à travailler, leurs contacts avec les Kenyans restent trop limités pour développer un anglais conséquent. Aucun doute qu'Il en est différemment des jeunes en poste ici, ainsi que de leurs enfants scolarisés dans les établissements anglophones de grande qualité.

 

 

 

Magdalena 1

Lors d'un trekking à Hell's Gate,
Magdalena se voit « adoubée » par son guide massaï. 

 

Mag librarire

 

 

 

Devant la bibliothèque personnelle de Karen Blixen

Places respectives du français et de l'anglais au Kenya

Magdalena 3 (Nathalie)Voici quelques réflexions à ce sujet recueillies auprès de Nathalie Tamigneaux, Belge multilingue, résidant au Kenya depuis plus de 20 ans, professeur de FLE et animatrice du club de lecture francophone de l'association Nairobi-accueil.

Après quelques années en pays francophones de l'Afrique de l'ouest, la perspective de vivre en pays anglophone présentait un vrai attrait pour notre famille. Nos jeunes enfants alors âgés de 5 et 2 ans, déjà bilingues français-persan, ont joint le système éducatif anglophone. Au sein de l'association Nairobi Accueil, un autre couple mixte avait fait le même choix. Ils nous ont été d'un précieux soutien pour commencer avant de devenir nos meilleurs amis du moment.

La décision prise pour nos enfants s'accordait avec mon projet personnel d'améliorer mon anglais. A cette époque il était plus facile de suivre des formations de groupe de qualité en différents endroits à Nairobi. Malheureusement, il n'en reste plus qu'un seul, ce qui restreint le choix pour les nouveaux arrivants francophones. Cours privés et internet offrent maintenant une offre très large, encore faut-il une motivation certaine pour cette dernière formule et des moyens financiers pour la première. Actuellement, il est plus difficile pour un francophone de suivre une bonne formation en anglais. S'il n'y a pas à travailler en anglais, internet permet à présent de suivre programmes radios et tv quasi gratuitement. En 2000, notre antenne radio cherchait le meilleur endroit de la maison pour capter RFI et il fallait débourser un montant certain pour avoir des bouquets télévision proposant des programmes francophones. Cela motivait (pour) l'apprentissage de l'anglais !

Depuis 20 ans je me joins toujours avec grand plaisir aux activités de Nairobi Accueil mais grâce à mon aisance en anglais, beaucoup d'autres portes se sont ouvertes dans cette riche communauté internationale de Nairobi. Le système scolaire anglophone sollicite beaucoup les parents dans ses activités : rencontres thématiques, organisations d'événements artistiques, sportifs, … autant d'opportunités d'intégration à saisir qui m'ont procuré énormément de plaisir.

 

  Nairobi skyline (Robert Harding)  
  Nairobi  


Au cours de ces 2 décennies, la vie de la communauté francophone a évolué. Son principal représentant, l'Alliance française, assure avant tout sa fonction d'enseignement de la langue mais au niveau culturel – restrictions budgétaires obligent- il y a nettement moins
d'événements. Autre lieu de rencontre, Nairobi Accueil représente toujours ce très large monde francophone d'horizons aussi divers que les pays d'Europe de l'Est, du Moyen Orient, de l'Afrique, du Canada, … La majorité des activités se déroulent en journée (ce qui exclut pas mal de monde) mais permet à ceux qui ne peuvent travailler de se retrouver entre francophones.

Un pied dans le monde francophone de Nairobi, l'autre dans les écoles anglaises et internationales, j'ai au fil des ans trouvé ma place comme professeur particulier auprès d'enfants scolarisés en anglais. Le parcours de chaque enfant en français est unique. Il y a ceux dont l'un des parents est francophone qui parle bien mais peine à écrire, ceux qui ont vécu en pays francophones et veulent maintenir leur niveau, les suivants qui vont partir en pays francophones, sans oublier tous les autres pour qui la langue française est tout simplement une langue écrite bien compliquée à apprendre… mais la demande pour des cours reste toujours aussi forte.

Grande lectrice depuis toujours, membre assidu de la bibliothèque anglophone de l'école, je me suis tournée tout naturellement vers le club de lecture francophone de Nairobi Accueil dont je suis responsable actuellement. Nous partageons nos derniers coups de cœur et trésors personnels. Les ouvrages sont aussi bien d'origine francophone que des traductions de littérature internationale et quelques livres en anglais. La langue anglaise ne représente pas un problème pour la majorité de nos membres, en particulier les plus jeunes.

Durant ces 20 années à Nairobi, l'anglais est de mieux en mieux maîtrisé par les Français même s'il y a encore un retard à combler pour s'aligner sur d'autres francophones plus polyglottes. Internet y sera pour beaucoup pour la jeune génération !

Lecture supplémentaire

Kenyan English

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Note du blog : ex Africa semper aliquid novi

Misquotation: ‘Always something new out of Africa’

A proverbial expression, translating the Latin ex Africa semper aliquid novi, used in English from the mid 16th century; since 1937, the phrase has probably also evoked the thought of Karen Blixen’s memoir Out of Africa. The immediate source of the saying is a passage in the Natural History of the Roman scholar Pliny the Elder. Explaining the number of African animals by hybridization (for example, lions breeding with leopards), Pliny explains that this is what gave rise to what he calls a common Greek saying that ‘Africa always brings forth something new.’ The allusion is to a passage in Aristotle’s History of Animals in which he notes that the most numerous forms of wild animals are to be found in Libya, and give the saying ‘Libya is always showing something new.’

From the Oxford Dictionary of Quotations

Voir aussi:

 

 

 

La dimension genrée de la traduction automatique


Compte-rendu de Fabienne Baider

Online Speech Hate (Fabienne Baider)Nous accueillons chaleureusement la contribution qui suit, dirigée par Fabienne H. Baider.  Fabienne est professeur associée à l'Université de Chypre et travaille sur la sémantique et l’analyse de discours d'un point de vue socio-cognitiviste et contrastif (français, anglais et grec). Ses recherches incluent les métaphores conceptuelles et les émotions dans le discours politique, la communication en ligne et le discours de haine. Elle se concentre actuellement sur les stratégies discursives discriminatoires (covert racism, covert sexism) ainsi que sur les stratégies de discours en matière de leadership politique. Sa méthodologie inclut la linguistique de corpus et l'analyse de discours critique (CDA). Elle est la coordinatrice du Projet C.O.N.T.A.C.T. co-financé par l'UE (reportinghate.eu). Avant cette carrière universitaire, Fabienne a voyagé et travaillé comme enseignante de FLE en Afrique (entre autres métiers), particulièrement en Afrique du sud, ainsi qu’au Canada où elle a repris ses études de troisième cycle (cf. sa page web (http://www.fabiennehbaider.coml)

 

Notre compte-rendu est consacré à l’étude publiée en février 2019 et intitulée Il a dit, elle a dit: Aborder le genre dans la traduction automatique neurale. [He Said, She Said: Addressing Gender in Neural Machine Translation, (Gino Dino, 2019)].

 

Chacun et chacune ayant traduit de la langue anglaise (langue sans genre lexical mais avec genre uniquement pronominal) vers la langue française à l’aide de logiciels tels que Google translate ont connu certains déboires. Ainsi  les traductions suivantes indiquent des biais :

This person is a very well known professor;
Cette personne est un professeur très connu

Two women were late; When they arrived they were happy;
Deux femmes étaient en retard. Quand ils sont arrivés, ils étaient heureux

Automatiquement Google translate propose et emploie le genre grammatical masculin par défaut, même lorsque des indices grammaticaux et sémantiques indiquent clairement le genre féminin.  Pour les utilisateurs le problème du sexisme de l'intelligence artificielle était connu mais il a été découvert en quelque sorte par les chercheurs assez récemment.

En effet, selon l’article mentionné ci-dessus, il a fallu attendre novembre 2018 pour que ‘l’affaire’ soit publique auprès des informaticiens quand les médias ont enfin discuté les suggestions automatiques sexistes de Google Mail. Pour simplifier ce problème, Google mail (Gmail) ne va plus proposer automatiquement un genre grammatical avec leur nouveau logiciel de traduction automatique. [1] En effet une nouvelle fonctionnalité (appelée Smart Compose) évitera de suggérer des genres. De même en décembre 2018, Google a publié un premier article sur les mesures prises afin de réduire les stéréotypes sexistes que nous avons mentionnés plus haut dans Google Translate [2] .  Ainsi il avait été prouvé que les traductions se basaient principalement sur de tels stéréotypes ainsi la suggestion de pronoms masculins pour des cooccurrences avec des mots comme « fort » ou «docteur» et des pronoms féminins pour des cooccurrences avec les adjectifs tels que « beau » et «infirmier».

Pour éviter ces automatismes Google a mis à jour son logiciel et les requêtes de traduction de l'anglais vers le français, l'italien, le portugais ou l'espagnol vont proposer des choix de traductions i.e. le masculin et le féminin [3] . Cependant comme nous l’avons vu au début de ce texte avec l’exemple de deux phrases consécutives, le mot femme ne va pas déclencher dans la proposition suivante le pronom elles. De fait les phrases plus longues ou plus complexes ou même ce qu’on appelle les anaphores entre phrases, quant à elles, nécessitent un processus plus complexe. Tellement complexe que Google a dû « apporter des modifications importantes » à son logiciel de traduction. Cet article explique en effet que ce n’est pas facile d’être objectif et neutre : le logiciel doit prendre un nouveau processus qui prend en compte notamment les suggestions de traduction rejetées.  Google affirme que ce nouveau système peut être fiable en ce qui concerne le genre des traductions féminines et masculines ‘99% du temps’, sauf que notre exemple très simple donnée plus haut n’est toujours pas traduit de manière équitable.

Eva Vanmassenhove qui travaille en recherche dans le domaine de la traduction automatique depuis 2015, rapporte dans cet article qu’elle avait souligné les faiblesses d’une telle approche pour des raisons nombreuses, et qui sont toutes basées sur le fait que la problématique est bien plus complexe que changer des pronoms. En particulier elle reproche le fait que Google travaille surtout à sens unique c’est-à-dire qu’ils travaillent sur des traductions avec l’anglais comme langue cible et d’autres langues comme langue source. De plus la chercheure souligne la complexité de la tâche. En effet le genre ne s’exprime pas seulement avec le genre grammatical, car le choix des verbes ou des adjectifs est aussi genré. Enfin il ne faut pas non plus sous-estimer la dimension de l’interculturalité : différentes langues ont différentes manières d’exprimer le genre et envisager une solution unique est utopique. Le contexte est aussi primordial dans les traductions et prédire le genre dans des langues qui expriment ce genre minimalement reste une tâche non résolue et sans doute non résolvable. On en reste encore dans Google translate a « The nurse arrived » et « The surgeon arrived »  comme traduction par défaut de ‘l'infirmière est arrivée’ et ‘le chirurgien est arrivé ». Pire le féminin est proposé par défaut pour renforcer des stéréotypes ainsi :

I am a strong surgeon se traduit par ‘je suis un chirurgien fort’ (juillet 2019)

I am a beautiful surgeon se traduit par ‘je suis une belle chirurgienne’ (juillet 2019)

Pour détecter de tels biais, il s’agit de compiler un volume d’exemples impressionnant qui ne peut que se faire après des années. Se rendre compte des biais est déjà une étape importante; les premiers ont été vers la réduction des préjugés sexistes dans la traduction automatique.

Mais la discussion des biais ne devrait pas se limiter au sexisme. En effet la correction des biais devrait se faire dans le cadre de la théorie intersectionnelle : cette théorie pose que le genre, la classe et la race principalement vont entraîner des biais spécifiques; combiner et cumuler ces biais vont aussi entraîner des problèmes de traduction pour les modèles neuronaux.  Les asymétries sociales sont multiples et incluent l’âge, l’orientation sexuelle et l’appartenance à des groupes minoritaires, asymétries qui vont de traduire dans des suggestions de traduction biaisées. Eva Vanmassenhove en a conclu que les préjugés, y compris le genre mais pas seulement, doivent être des préoccupations importantes, car

on ne comprend pas immédiatement comment les algorithmes de MT les perpétuent, et ils passent souvent inaperçus, puisque les algorithmes neuronaux sont très efficaces pour fournir ce qu'ils pensent que nous voulons voir.

Il n’a pas été question dans cet article de la question très difficile concernant les pronoms pour les transgenres et les transsexuels, et de l’écriture non genrée qui au contraire du mouvement pour la féminisation ou les choix alternatifs il / elle et la volonté de vouloir inscrire le genre sexué dans la langue, veut effacer toute trace de genre.  Ainsi si nous prenons le cas de la Suède, un pronom neutre hen, pronom personnel de la troisième personne singulier, a été adopté par l’académie suédoise en 2014 et est entré dans le dictionnaire en 2015.  Il a été proposé pour désigner une personne de manière non sexuée puisque dans la grammaire suédoise comme dans toutes les langues germaniques les pronoms personnels de la troisième personne singulier sont sexuées [4]. Ce pronom non seulement donne la possibilité de ne pas désigner une personne par son identité sexuée et ainsi éviter des stéréotypes de genre, mais il permet aussi de déstabiliser les usages normatifs et normées qui est tout à fait dans la lignée de la théorie postmoderne illustrée fameusement par les ouvrages de Judith Butler (2005) [5] qui promeut la politique de subversion pour défaire les normes de genre. Mais ceci est un tout autre débat et un tout autre projet pour Google translate en et du suédois…!

[2] Fearful of bias, Google blocks gender-based pronouns from new AI tool, Reuters, 27 November 2018

[3] The Keyword, December 6, 2018

[4] Neural Machine Translation, Slator Language Industry Magazine

[5] Hen  : le pronom suédois qui fait polémique, CFTTR
et

Ni "lui", ni "elle", un pronom neutre en Suède : en France, ce serait impossible

L’OBS 29-03-2015

[6] Butler Judith (2006) Trouble dans le genre. Éditions Poche ; (2016) Défaire le genre Nouvelle Édition Amsterdam

Lectures supplémentaires :

Sexism coverDictionnaire critique du sexisme linguistique
Recension, Prof. Fabienne Baider

 

Which Box Do You Check? Some States Are Offering a Nonbinary Option
New York Times, May 29, 2019