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Gaston Dorren, linguiste du mois d’octobre 2017

 INTERVIEW

Lyda Ruijter
L’intervieweuse

Gaston Dorren
L’interviewé

Gaston Dorren, écrivain et linguiste demeurant aux Pays-Bas, a publié trois livres de linguistique. L’un d’eux est paru en anglais sous le titre : Lingo – Around Europe in Sixty Languages et a été traduit dans plusieurs autres langues. Il a collaboré à des revues de linguistique de grande diffusion aux Pays-Bas, en Belgique, en Grande-Bretagne, en Norvège et en Suisse. Dernièrement, son article “Talking Gibberish” a paru dans aeon.co. Gaston parle l’anglais, l’allemand, l’espagnol et un peu le français. Il lit plusieurs autres langues et blogue sur languagewriter.com.

Lingo 1

 

Née dans une ferme d’un petit village des Pays-Bas, Lyda Ruijter est diplômée de l’Université d’Utrecht dont elle détient une maîtrise en sociologie,  avec comme domaines d’études la thérapie familiale, la criminologie, la méthodologie et les statistiques.  Elle a occupé les fonctions de Directrice locale d’une étude publique sur les victimes de crimes, et de Coordonnatrice régionale de l’organisation Humanitas. Venue étudier aux Etats-Unis, elle a obtenu un doctorat en linguistique à l’Université du Wisconsin à Madison. Elle a occupé différents postes d’enseignement dans les départements de linguistique, de pédagogie et d’anglais, tant aux États-Unis qu’en Malaisie.

 

 ENGLISH VERSION  – Traduction Jean Leclercq

 

Lyda: Quand avez-vous commencé à vous intéresser aux langues en tant que sujet d’étude ?

Gaston: Je pense que tout a commencé lorsque j’ai appris l’anglais, le français, l’allemand et le latin à l’école. Ce n’est qu’à ce moment-là que le limbourgeois, le dialecte que nous parlions dans la région, la province méridionale du Limbourg, m’est apparu comme une langue à part entière, et non pas une sorte de néerlandais informel. Ce fut une révélation : le limbourgeois, comme l’anglais, le français et les autres langues, avait des règles de grammaire, un vocabulaire et des sonorités nettement différents du néerlandais. Je ne m’étais jamais arrêté à cela auparavant. C’est en apprenant d’autres langues que je me suis ouvert les yeux, ou plutôt les oreilles !

 

Lyda: Votre éducation a-t-elle joué un rôle dans l’intérêt que vous avez porté aux langues ?

Gaston: Certainement. Ma mère était assez pointilleuse quant à l’emploi du mot juste, en néerlandais comme en limbourgeois. Mon père enseignait le français (ce qui explique le choix de mon prénom), ma première petite amie était allemande et la plupart des émissions de télévision que je regardais, comme The 6 Million Dollar Man et M*A*S*H, étaient en anglais, avec sous-titrage en néerlandais.

 

Lyda: Avez-vous pris conscience de la langue de l’élite en grandissant dans la classe supérieure ?

Gaston: Certainement pas; j’appartiens à la plus moyenne des classes moyennes. Le seul trait élitiste familial dont je me souvienne remonte bien avant ma naissance. Quand mon père était élève à l’école normale, mon grand-père lui écrivait des lettres en français. Lorsque mon grand-père était enfant, en 1900, le français était encore la langue de l’élite dans cette partie du Limbourg et, à l’âge adulte, il était enclin au snobisme.

 

Lyda: Vous avez écrit Lingo: Around Europe in Sixty Languages, publié aux États-Unis il y a deux ans. C’est un périple linguistique qui conduit le lecteur dans toute l’Europe, à l’écoute de soixante langues. Comment avez-vous conçu ce livre ? Décrivez à nos lecteurs ce qu’ a été pour vous la rédaction d’un tel ouvrage.

Gaston: En fait, c’est venu tout naturellement, à partir de quelques textes que j’avais écrits pour m’amuser. Les jugeant assez prometteurs, je m’interrogeais sur leur dénominateur commun, et je retins ce thème des langues européennes qui se révéla extrêmement stimulant. Le livre, d’abord publié en néerlandais, fut très bien accueilli par la critique. Jouant le tout pour le tout, je le fis traduire en anglais à mes risques et périls. Cela a merveilleusement marché, parce que, grâce à mon agent, Caroline Dawnay et au très perspicace éditeur Mark Ellingham (Profile Books), le livre devint une sorte de succès de librairie en Grande-Bretagne. D’autres éditions, y compris l’américaine, ont également donné des résultats très satisfaisants. Le livre est maintenant édité dans sept langues différentes. À mon grand désespoir, il manque surtout le français et l’italien. J’aimerais vraiment que Lingo paraisse dans ces deux langues. L’édition espagnole est merveilleuse, ce qui montre bien que Lingo peut s’accomomder d’une langue romane !

 

Lyda:  Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs l’influence que de fortes personnalités ont exercer sur l’évolution des langues ? Dans votre livre, vous montrez que, souvent, tel ou tel personnage fortement motivé a sauvé une langue de l’extinction ou a favorisé une certaine variante d’une langue. Avez-vous noté le caractère politique des choix faits de promouvoir telle langue ou telle variante de langue plutôt que telle autre ? 

Gaston: Oui, c’est vrai qu’en y réfléchissant, bien des langues doivent beaucoup à un ou deux individus. Peut-être ont-ils eux-mêmes bataillé pour qu’elles soient reconnues ou leurs livres ont-ils puissamment influé sur la langue courante. C’est le cas de Martin Luther pour l’allemand et de Dante pour l’italien. Ce sont des noms familiers, mais, plus à l’est, il y a tous ces pères des langues maternelles dont la plupart des Européens et des Américains n’ont jamais entendu parler. Certains d’entre eux peuvent effectivement avoir sauvé leur langue de l’extinction ou, au moins, de la marginalisation. Par exemple, dans Lingo, je raconte l’histoire du linguiste et nationaliste slovaque Ľudovít Štúr. Malgré ses efforts, le slovaque n’obtint un statut officiel qu’avec l’effondrement de l’empire austro-hongrois, et ce n’est qu’après la rupturee avec la Tchéquie que la langue slovaque a vraiment obtenu droit de cité. Cela marche dans les deux sens : de même que le slovaque avait besoin d’un pays pour s’épanouir, la Slovaquie avait besoin d’une langue pour affirmer sa nationalité. Je simplifie les choses, mais l’on estime souvent que le nationalisme et l’appartenance linguistique vont de pair, notamment en Europe. Je ne suis pas si certain que ce soit une bonne chose. Nation et langue font un mélange détonant et même toxique. La Catalogne est le plus récent exemple des tensions que cela peut créer, et des conflits analogues se sont produits dans toute l’Europe.

 

Lyda: À quel projet travaillez-vous actuellement ?

Gaston: Je travaille à un livre qui devrait sortir à la fin de 2018, sur les langues les plus parlées dans le monde, de l’anglais au mandarin et à l’espagnol, jusqu’à des langues quelque peu moins connues comme le tamoul, le swahili et le vietnamien. Même si l’anglais est la langue mondiale d’aujourd’hui, seulement environ un terrien sur huit sait le parler à peu près couramment. Ce livre sera à propos de la plupart des sept autres terriens. Comme dans Lingo, chaque chapitre aura son angle d’attaque. Pour le chapitre sur le vietnamien, par exemple, j’essaie actuellement de l’apprendre et je vais prochainement aller passer quelques semaines sur place. Le chapitre sur le français portera sur le fort accent mis sur la Norme et sur l’aversion de Paris pour les langues minoritaires. L’article 2 de la Constitution dit que : « La langue de la République est le français », une fiction juridique pour réprimer les droits culturels des minorités. Une nation confiante en elle-même qui veut que ses citoyens soient libres et divers ne devrait jamais énoncer une prétention aussi autoritaire. Bigre, voilà qui ne va vraiment pas m’aider à trouver un éditeur français, n’est-ce pas ?

 

Lyda: Comme nous sommes tous deux néerlandais, je peux vous demander si vous croyez que le style de laisser-faire culturel en honneur aux Pays-Bas a permis une moindre normalisation, une moindre pression des pouvoirs en place de se conformer à la norme une seule langue, et davantage d’acceptation des variantes de la langue.

Gaston: Je crois que la situation du néerlandais est plus ou moins la même que celle de l’anglais. Il y a une norme mais, exception faite de l’orthographe, de grandes différences sont aujourd’hui tolérées, tant au niveau régional qu’en matière de civilité. Ce que la culture linguistique a de particulier aux Pays-Bas, c’est la tendance à ne pas réagir quant à l’avenir de la langue. Les universités deviennent vite des espaces uniquement anglophones. Si bien qu’à terme, les élites ne seront pas capables d’exposer des questions de leur compétence aux profanes – c’est-à-dire à des gens comme vous et moi, car nous sommes tous des profanes dans la plupart des domaines. Nous risquons de perdre le vocabulaire néerlandais dans des pans entiers de l’activité et du savoir humains. Cela ne va peut-être pas m’empêcher de dormir – le changement climatique est bien pire – mais j’estimerais que c’est une grande perte culturelle.

 

Lyda: Comme, chez vous, voyages et observations linguistiques sont intimement liés, vous considérez-vous comme un linguiste, ou un géographe, ou autre chose encore ?

Gaston: Je suis un linguiste, mais ma linguistique est d’un genre qui nécessite beaucoup de connaissances en géographie et en histoire. C’est ainsi que l’un des projets auxquels je réfléchis aura effectivement trait à la géographie – au problème des frontières, pour être exact. Mais, mieux vaut ne pas en dire plus à ce stade.

 

Lyda: Votre style m’a particulièrement impressionnée. Vous devez avoir un très bon traducteur en anglais. Je suis curieuse de lire l’édition néerlandaise afin de voir comment vous aviez formulé certains passages de l’original.

Gaston: Merci ! Oui, Alison Edwards a fait un excellent boulot. Comme d’ailleurs la plupart des traducteurs dans d’autres langues. Ce fut un vrai bonheur de travailler avec la plupart d’entre eux, non seulement parce que ce sont des gens passionnés par leur métier, mais aussi parce que faire traduire ce livre de linguistique, disons en espagnol ou en allemand, m’a obligé à jeter un regard neuf sur certaines langues, en me plaçant du point de vue des langues cibles. J’ai même fait des causeries à des traducteurs dans plusieurs pays pour traiter de cet aspect de Lingo.

 

Lyda: Aimeriez-vous ajouter quelque chose d’autre ?

Gaston: Oui, un détail ludique intéressant. Pendant sept ou huit ans, je me suis produit comme auteur-compositeur de chansons. Je crois que cela m’a appris combien il est important d’avoir le public avec soi. Ce vécu a absolument modifié ma façon d’écrire, l’a rendue plus personnelle et, je l’espère, plus attirante. Il m’a aussi appris à faire des causeries. Auparavant, j’étais très mauvais, et maintenant c’est une de mes activités préférées.

 

 

Le 23 octobre – le 200ème anniversaire de Pierre Larousse

Rene Meertens (1)Nous sommes heureux de retrouver notre contributeur fidèle, René Meertens, traducteur de  langue française. René a été  employé par l'ONU, l'Unesco, la Commission européenne et l'Organisation mondiale de la santé. Il est l'auteur, notamment, du "Guide anglais-français de la traduction", dont une édition numérique et une nouvelle édition papier sont parues récemment. [1] René a bien voulu rédiger l'article suivant à notre intention. 

 

Cent quarante-deux ans après sa mort,
on le consulte encore : Larousse

Larousse 1

Dans le monde francophone, les dictionnaires sont souvent connus sous le nom de leur auteur initial : le Littré, le Quillet, le Robert et… le Larousse.

C'est que nombre de dictionnaires français ont été créés à l'initiative d'une personne et non d'un éditeur. En revanche, le dictionnaire anglais le plus renommé, l'Oxford English Dictionary, publié par Oxford University Press, fut l'aboutissement d'un projet conçu vers le milieu du XIXe siècle et mis en œuvre par plusieurs rédacteurs en chef successifs, assistés par divers collaborateurs.

Autre célèbre dictionnaire anglais explicatif, A Dictionary of the English Language (1755) est l'œuvre de Samuel Johnson, son unique rédacteur, même s'il se fit aider de six copistes. Certaines éditions de cette œuvre majeure ont cependant été publiées sous le titre Johnson's Dictionary. Cet ouvrage n'est plus publié de nos jours.

Larousse Nouveau_dictionnaireAlors, modestie anglaise contre vanité française ? En fait, Pierre Larousse, né il y a exactement deux siècles et mort en 1875, publia le dictionnaire qui fit sa réputation sous le titre Nouveau dictionnaire de la langue française. Il n'en était d'ailleurs pas l'auteur unique, puisqu'il s'était attaché la collaboration de François Pillon. Contrairement à ce qu'indiquent plusieurs sources, l'ouvrage ne fut pas publié initialement en 1856, qui est seulement l'année de la parution de la troisième édition, disponible sur Gallica. 

Il s'agissait d'un ouvrage assez modeste par comparaison avec ce qu'il est devenu de nos jours : publié en format in-dix-huit (15 x 8,5 cm), il ne comptait que 714 pages. Il présentait des exemples, mais ceux-ci ne comprenaient généralement que deux ou trois mots, et les phrases complètes étaient beaucoup moins nombreuses que chez Johnson, qui reproduisit environ 114 000 citations tirées d'ouvrages littéraires.

Ce dictionnaire connut de nombreuses éditions, et le Petit Larousse illustré, dont une édition nouvelle est publiée chaque année, lui succéda en 1905.

Larousse 4

On peut pourtant considérer que l'œuvre majeure de Pierre Larousse fut le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle en 17 volumes (1866-1877). Ce dictionnaire encyclopédique connut plusieurs éditions au XXe siècle et l'on ne peut que regretter qu'après l'édition en dix volumes qui parut au cours de la première moitié de la décennie 1980 sous le titre Grand dictionnaire encyclopédique Larousse, l'éditeur ait renoncé à publier une nouvelle édition. Il est vrai que les années 1990 ont marqué l'avènement d'encyclopédies sur supports numériques.

Deux autres excellents dictionnaires Larousse n'ont pas survécu au-delà du XXe siècle : le Grand Larousse de la langue française, en 7 volumes, et le Lexis, ouvrages de plus haute tenue que le Petit Larousse illustré. Les librairies en ligne indiquent certes qu'une nouvelle édition du second a été publiée en 2014, mais il est à craindre que ce dictionnaire n'ait guère changé depuis l'édition de 1989, bien que le nombre de pages soit différent.

 

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Rencontre avec Bernard Cerquiglini
pour la sortie du Petit Larousse 2018 (3:38 minutes)

 

 

 

Note historique: quand Pierre Larousse prenait les eaux

À en juger par son Grand dictionnaire universel, Pierre Larousse semblait considérer la médecine de son époque avec un certain scepticisme, puisqu'on y lit que « la guérison ne peut être due qu'à la nature ». [2]

Vers la fin de sa vie, le célèbre lexicographe fut atteint d'un accident vasculaire cérébral, ou d'une « congestion cérébrale » comme on disait de son temps. Peut-être estimait-il qu'une cure thermale était un remède naturel, puisqu'il prit les eaux à Nice, Plombières-les-Bains et Divonne. Comme Jean Leclercq, l'un des deux animateurs de ce blog, réside à Divonne, il a pu obtenir des détails sur cette dernière cure.

1er institut hydrothérapique  La cour d'honneur (2)

L'Institut hydrothérapique de Divonne
tel que l'a connu Pierre Larousse.

(Photo obligeamment fournie
par Annie Grenard)
.

Était-elle adaptée à son état ? Auguste Arène, correspondant du docteur Paul Vidart, directeur de l'Institut hydrothérapique de Divonne, écrit dans une lettre adressée à ce dernier au sujet des eaux de Divonne : « elles sont bien oxygénées, dépourvues de tuf et tenant en dissolution quelques sels de chaux, mais en très petite quantité et sous la forme de bicarbonates ; plus une faible portion d'acide carbonique et une quantité peu appréciable de matières adventives » [3].

Si les AVC se soignaient au bicarbonate de soude, cela se saurait. Il est plus probable que ce fut pour se reposer que Larousse séjourna à Divonne du 10 novembre 1872 au 12 mars 1873. Cependant, comme il prit probablement le train, il arriva sans doute épuisé à Genève après un trajet qui dura environ 15 heures. Il dut ensuite emprunter un bateau jusqu'à Coppet, avant de monter dans la malle-poste qui le conduisit à Divonne.

Le traitement lui-même n'était pas de tout repos, comme l'écrit une personne de sa suite : « tous les jours à dix heures du matin il prend deux bains : l'un d'eau chaude et l'autre d'eau glacée. On le sort de l'un et on le plonge dans l'autre. J'en ai mal à son pauvre corps de le voir souffrir ainsi. » (lettre du 15 décembre 1872).

En mars 1873, hélas, il fit une rechute qui le priva temporairement de la parole. Cruelle ironie pour un lexicographe, pendant quelques heures les mots lui manquèrent. Craignant que son état n'empire au point qu'il ne puisse plus voyager, il décida de rentrer à Paris. Il y survécut 22 mois.

L'auteur de cette note remercie Mesdames Micheline Guilpain-Giraud et Annie Grenard des précieuses informations qu'elles lui ont fournies.

————

[1]  Une recension de la quatrième édition de l'ouvrage, parue dans la Revue française de traduction, 2008. Voir aussi Entretien avec René Meertens, réviseur à l'ONU
Medical


[2] Notre contributeur, René Meertens, est également l'auteur du Dictionnaire anglais-français de la santé et du médical (2016),
publié chez Chiron.

[3] Lettres historiques sur Divonne et le pays de Gex, adressées au Dr. Paul Vidart, directeur de l'institut hydrothérapique de Divonne.

 

Des articles précédents rédigés par René Meertens pour ce blog:

Veni, vidi, vici : les dictionnaires visuels

La grande aventure du mot « peradventure » racontée par lui-même

Manship, suffixe anglais à tout faire

Créancier de l’anglais, le français s’est payé en nature

Cent un ans de gestation pour un dictionnaire

Critique de livre lexicographique


À
 la une dans le monde des dictionnaires
 :

Coïncidence ou confluence, la Bibliothèque de Genève organisera, du 3 novembre au 10 décembre 2017, une exposition sur le thème « L'expérience du langage ». Genève, celle qui fut une véritable république des dictionnaires depuis le XVIe siècle, est au cœur de la lexicographie. L'exposition montrera comment travaillait Voltaire (qui composa plusieurs dictionnaires dans sa vie), mais aussi comment procède aujourd'hui l'artiste Fabienne Verdier qui a imaginé, avec le lexicographe Alain Rey, un parcours de création dans le corps du dictionnaire Le Petit Robert dont on fête, cette année, les 50 ans.  Jean Leclercq

 

GenevaBIBLIOTÈQUE DE GENÈVE

La République des dictionnaires
(de Voltaire à Alain Rey)

Exposition du 3 novembre 2017
au 10 décembre 2017 

Vernissage le 2 novembre à 18h

 

 

 

 

Exposition VoltaireP. S. Suite au succès rencontré par l'exposition Fabienne Verdier, l'expérience du langage. La République des dictionnaires (de Voltaire à Alain Rey), une semaine supplémentaire est ajoutée afin que le plus grand nombre puisse en profiter jusqu'au 17 décembre 2017.

 

 

À la une – « Astérix et la Transitalique » paraît aujourd’hui


Le troisième album du tandem Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, Astérix et la Transitalique nous emmène sur une course de chars à travers l'Italie, entre Monza et le Vésuve.

  Asterix 2

 

La version anglaise est intitulée “Asteric and the Chariot Race”.

 


Voir notre interview avec Anthea Bell, la traductrice en anglais des albums d'Asté
rix pendant de longues années, menée par Julian Maddison et publiée le 22 octobre 2015, le jour même de la parution du précedent album, Le Papyrus de César (Asterix and the Missing Scroll). 

La traductrice de l'édition actuelle est Adriana Hunter, notre Linguiste du mois d'aout 2013. Nous la félicitons d'avoir repris le flambeau de la traduction bédéiste des mains de cette grande dame qu'est Anthea Bell. 


Lecture supplémentaire :

Good Gaul: Asterix illustration sells for record €1.4m in Paris
The Guardian, 13 October 2017

Des aventures d'Astérix à l'univers fantastique d'Alice au pays des merveilles

Asterix is off on his travels again in a new album

Asterix 3

 

Le Papyrus de César 
publiée le jour même de la parution du nouvel album d'Astérix
L'interview suivante, publiée le jour même de la parution du nouvel album d'Astérix, Le Papyrus de César , traduit en anglais par Anthea Bell, (Asterix and the Missing Scroll) a été menée en anglais par Julian Maddison, et traduite par Pascale Tardieu-Baker.
publiée le jour même de la parution du nouvel album d'Astérix
L'interview suivante, publiée le jour même de la parution du nouvel album d'Astérix, Le Papyrus de César , traduit en anglais par Anthea Bell, (Asterix and the Missing Scroll) a été menée en anglais par Julian Maddison, et traduite par Pascale Tardieu-Baker.
L'interview suivante, publiée le jour même de la parution du nouvel album d'Astérix, Le Papyrus de César , traduit en anglais par Anthea Bell, (Asterix and the Missing Scroll) a été menée en anglais par Julian Maddison, et traduite par Pascale Tardieu-Baker.
le jour même de la parution du nouvel album d'Astérix, Le Papyrus de César , traduit en anglais par Anthea Bell, (Asterix and the Missing Scroll)

Coin d’humour

 Un pas de travers peut vous coûter 5.000$ !

sur la frontière  des États-Unis et du Canada –
Derby Line (Vermont) et Stanstead (Québec)

(Photo Lucette Fournier) 

Stanstead

 

Vu sur un bus à  Chicago
 
Les écoles qui enseignent le français à Chicago
 
 
 
 
Pourquoi les Allemands ne jouent pas a Scrabble
 
Germans Scrabble
 
 
 
Logorrhée
 
Plain language
 
 
 

Deux grandes plumes britanniques au service de la liberté

 

 

C & OChurchill and Orwell –
the Fight for Freedom,
par Thomas E. Ricks,
Penguin Press, New York, May 2017
recension

 

 

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Magdalena newNous sommes heureux de retrouver Magdalena Chrusciel, notre contributrice fidèle.  Magdalena a été notre « traductrice du mois » de mars 2013. Elle a grandi à Genève et y a fait des études qu'elle a ensuite poursuivies à l'Université de Varsovie. Revenue en Suisse et diplômée de l'E.T.I. de Genève, elle possède une palette linguistique aussi large qu'originale avec la maîtrise de quatre langues : polonais, russe, français et anglais. Elle est traductrice-jurée et mène également des activités d'enseignement et de formation professionnelle. 

Ce n'est guère une surprise que l'ouvrage ait obtenu le Prix Pulitzer, tant il est passionnant à la lecture. Churchill et Orwell, deux géants du vingtième siècle, ont davantage marqué l'histoire de leur temps que tout autre Britannique. En ce qui concerne Orwell, son influence n'a cessé de grandir avec le temps et reste toujours de grande actualité [1].

Les deux grands hommes ont eu à cœur liberté de la pensée, de la parole et de l'association, et ont chacun à sa manière combattu les deux grands totalitarismes de leur époque. De surcroît, l'ouvrage est un palpitant rappel de l'histoire de l'époque.

Tous deux auteurs ont connu des parents déficients – dans le cas de Churchill, on irait jusqu'à parler aujourd'hui d' »abandon criminel » parental. Une mère mondaine, Winston a toujours été dénigré par son père, et ne gagnera en assurance qu'au décès de ce dernier. Peu studieux, il complétera son éducation acquise à Eton par des lectures, puis dans ses expériences professionnelles en Inde, au Soudan, et en Afrique du Sud. Quant à Orwell, également diplômé d'Eton, il s'engagera à 19 ans dans la police impériale en Birmanie. L'expérience des lointaines colonies britanniques leur ouvrira les yeux – Orwell signera son premier roman consacré à la Birmanie, suivi d'une période de rédemption, il vivra en vagabond à Paris puis à Londres. Il en tirera son Down and Out (1933), et témoignera par la suite de la vie des mineurs de la région de Liverpool.

 

C & O ORWELL             Churchill-9248164-1-402

Churchill en politique

Rentré des colonies, Churchill entre dans la politique, rapidement en désaccord avec le gouvernement et son propre parti, il désapprouvera la politique d'apaisement vis-à-vis de l'Allemagne. Conscient qu'une telle politique britannique ne peut que conduire à la guerre, au vu du réarmement allemand, opposé aux conservateurs – il sera banni de la vie politique pendant dix ans.

Ainsi, lorsqu'il rencontra en 1937 Ribbentrop, alors ambassadeur au Royaume-Uni, il refusa de soutenir les projets allemands de Lebensraum en Europe de l'est. Dès octobre 1938, Churchill revient sur la scène lors du débat autour des accords de Munich, dans lesquels il voit une « unmitigated defeat », « a disaster of the first magnitude ». Alors que le gouvernement de Chamberlain n'avait rien entrepris pour armer la Grande-Bretagne, Churchill ayant prévu la guerre, il sera prié de réintégrer sa place au gouvernement.

En Espagne, Orwell développe sa vision politique

Lorsqu'il rejoint les républicains en 1938, son unité, appartenant au pro-trotskyste POUM, est dans le collimateur du NKVD. Des partisans seront liquidés : désabusé, constant les mensonges de la presse, de surcroît blessé dans le combat, il voit son groupe déclaré illicite : son expérience de la guerre d'Espagne sera cruciale pour l'écriture de son livre, « 1984 ». [ii]

Rentré en Grande-Bretagne, il rédige son « Homage to Catalonia » (Hommage à la Catalogne), se distanciant de la gauche traditionnelle pro-stalinienne – un essai peu remarqué en 1938, mais qui deviendra une des œuvres essentielles du 20e siècle.

A chacun ses armes de combat – romans ou discours

En septembre 39, Churchill réintègre le Cabinet. C'est à son charisme et son action – il échangera des centaines de messages avec Roosevelt – à qui l'on doit l'entrée des Etats-Unis dans la guerre.   Comme rajeuni par la guerre, Churchill devient en mai 1940 le premier ministre incontournable.

Son discours d'investiture sera orienté sur la guerre et le sacrifice nécessaire « for without victory, there is no survival », alors que lui-même ignorait encore les sacrifices à venir. Orwell applaudit à la résistance obstinée que Churchill offrit aux Allemands. Alors que Joseph Kennedy, ambassadeur américain revenu de Londres, s'oppose à ce que les Américains partent en guerre, Churchill à lui seul convaincra l'envoyé privé de Roosevelt, que la Grande-Bretagne, avec Churchill en tête, méritât cette aide.

Orwell, ne pouvant devenir correspondant de guerre en raison de sa mauvaise santé, puisera dans la guerre l'élan pour écrire : 100 essais et articles rien qu'en 1940, suivi en 1945 par « Animal Farm « (La Ferme des animaux). Fin observateur, il se sent à la maison dans le Londres du Blitz, rédigeant une sorte de chant de la bataille, « The Lion and the Unicorn ». Dès cette époque, il prévoit la disparition de beaucoup de privilèges de classe, ce qui se produira en effet après la guerre.

Orwell All animals are equal

La guerre fit beaucoup de héros dans la classe ouvrière, Churchill rendit l'armée attentive à ne pas appliquer un traitement de classe. Pour son combat à reconnaître les mérites des soldats, indépendamment de leurs origines sociales, Churchill fut le seul conservateur respecté d'Orwell.

Orwell rejoint la BBC, travail qu'il aima moyennement, mais qui débouchera en rencontre et appui nécessaire pour écrire son « 1984 ».

Pour gagner les appuis américains, Churchill passera deux semaines aux États-Unis, y prononçant un discours remarqué devant le Congrès : son rôle à maintenir l'alliance anglo-américaine reste sous-estimé.

Alors que les Britanniques essuient défaite après défaite – Singapour, Tobrouk, ils restent inconscients de la montée en puissance des Américains.

Dès la conférence de Téhéran, en 1943, Churchill sera écarté par Staline, qui traitera Roosevelt d'égal à égal ; tandis que cette conférence sera d'une influence centrale pour la rédaction de la « Ferme des animaux », véritable parabole des totalitarismes. Toutefois Orwell peina à trouver un éditeur, et son œuvre ne sera publiée qu'en août 1945.

Orwell rédigera un essai sur l'écriture journalistique, dont les 6 règles restent valables à ce jour: une bonne prose se doit simple, claire (ne cachant pas son propos), concise, doit éviter les métaphores usuelles, des mots tels que pacification, transfert de population qui cachent d'atroces réalités. De son côté, Churchill combat le verbiage obscur des documents officiels.

Déclin et triomphe : 1944-45

Dès Téhéran, l'entente américano-britannique faiblit, tout comme la communication entre Churchill et Roosevelt, les Américains n'ayant plus autant besoin des britanniques. Et même si Churchill commit des erreurs stratégiques de poids, il avait excellé dans la planification, sachant s'opposer à ses généraux.

Orwell, lui, constate l'anti-américanisme croissant, alors que c'est les Anglais qui prirent du retard, ayant négligé à tort sciences et technologie.

En effet, 7 mois plus tard, un gouvernement travailliste prend le pouvoir. Vers la fin de la guerre, Churchill, affaibli, prononce un discours mettant en garde contre les atteintes à la liberté du nouveau monde, à l'orwellienne, parlant du rideau de fer.

Churchill memoriesLa revanche de Churchill viendra avec ses « Memoires of the Second World War » (Mémoires sur la deuxième guerre mondiale), où il donne grand cours à ses émotions, ce qui rend le livre lisible aujourd'hui encore. Le premier volume, « The Gathering Storm » (L'orage approche), restant le plus personnel, à l'écriture sûre et solide. Les deux premiers volumes sont considérés les meilleurs, en raison de leurs descriptions vivantes des faits et personnages. Par la suite, les mémoires deviennent moins personnels, Churchill entouré d'une équipe de recherches, avait même été accusé de plagiat. D'abord parus aux États-Unis, puis en 1954 en Grande-Bretagne, les Mémoires restent un témoignage important de la seconde guerre mondiale.

 


Ascension posthume d'Orwell

Orwell Big-BrotherRédigée sur l'île de Jura, dans un climat de grisaille, de fatigue et de rationnement en Angleterre, la dernière œuvre d'Orwell paraîtra au même moment que le 2e tome des Mémoires churchilliens.

Le héros de 1984, Winston Smith, vit tout près d'Abbey Road, où Orwell habita du temps de la guerre, (et que les Beatles rendront célèbres). Winston raisonne dans la tradition empirique des philosophes britanniques Locke, Hume, et plus récemment John Stuart Mill. Pareil à Orwell, son héros fume et reste sensible aux odeurs, et se veut un fidèle observateur du monde l'entourant. Par là, Orwell entrevoit le rôle des dissidents, tels que seront un Soljenitsyne ou un Sakharov, qui contribueront à abattre le totalitarisme soviétique.

Sans grand retentissement en Grande-Bretagne, le roman fit déjà sensation en Europe. Dans un ultime article, critique du 2e volume des mémoires de Churchill, Orwell en relève le « real… feeling for literature … restless, enquiring mind »

Alors qu'Orwell décède en janvier 1950, Churchill est réélu premier ministre en 1951, et recevra en 1953 le Nobel de la littérature. S'il ne fallait retenir une citation, retenons celle-ci : « I've taken a lot more out of alcohol than it's ever taken out of me ».

Churchill nobel

Orwell connaît le succès posthume le plus important de l'histoire littéraire britannique. Peu estimé des académiciens, pour être devenu un auteur populaire – 50 millions de copies vendues depuis sa mort, Orwell a largement dépassé Churchill en termes d'influence, tant sont fréquentes références, allusions et tributs à son œuvre. Et même s'il n'a guère connu la Russie, son intuition du totalitarisme est remarquable, et a été remarquée par Milosz, (Le pensée captive) en 1953 ; Solidarnosc émettra des timbres clandestins à l'effigie d'Orwell.

1984-book-covers-2En 1984, son roman connut un nouveau succès avec 50'000 exemplaires publiés chaque jour tout au long de l'année, et les idées d'Orwell ont trouvé leur écho auprès des opposants aux régimes oppresseurs de tout bord, que ce soit en Irak, en Thaïlande, en Egypte ou au Zimbabwe, et surtout en Chine, qui a vu paraître 13 traductions de « 1984 ». La contribution la plus durable d'Orwell réside à ce jour dans les mots de son invention, tels que Big Brother, doublethink ainsi que dans son style, simple et déclaratif, qui reste un modèle pour le journalisme contemporain.

Orwell quote

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[1]  Après l'élection de Trump, les ventes de « 1984 » s'envolèrent, les commentateurs faisant des parallèles entre fiction et situation politique actuelle.

[ii] Article sur le livre 1984 par la même contributrice : Le grand frère a de longues oreilles

 

Discours (44 minutes)

 

 

Docudrama (1:28 heures) 

Curiosite historique : L’AUTRE WINSTON CHURCHILL.

Winston Churchill (1871-1947) était un écrivain américain de fiction historique, populaire à la fin du 20e siècle. Il s’est vendu deux millions de son deuxième roman, Richard Carvel, et d’autres romans  dans la décennie qui suivit. Etant devenu prospère, Churchill abandonna sa carrière d’écrivain et, à l’instar de son homonyme plus célèbre, se voua à la peinture. Sans lien de parenté, les deux Churchill s’étaient en fait rencontrés et communiquaient à l’occasion. Afin d’éviter une confusion, ils se mirent d’accord que le Winston britannique publierait sous le nom de Winston Spencer Churchill, ce qui fut abrégé par la suite en Winston S. Churchill.

Mise à jour – 20 novembre 2020 :

Julian Barnes : « En 2020, Orwell ne manquerait pas de sujets d’inspiration »
REVUE DE DEUX MONDES