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Un grand merci

Un gran mercià nos intervieweurs et interviewé(e)s de 2021 ainsi qu’à toutes celles et tous ceux qui, au fil de l’année, ont apporté leur contribution à notre blog sous forme d’articles et de commentaires.

Pour accéder à l'un des entretiens énumérés ci-dessous, cliquez sur le nom de la personne interrogée. 

 

  L'interviewé/e L'intervieweur/euse
1/21

Feldman
Noah Feldman

premiere partie
deuxieme partie

Jonathan (with glasses)
Jonathan G.
2/22

109. High Profits with a Simple Business Model with Hugo from innerFrench

Hugo Cotton

J.B.

Jacquie Bridonneau

3/21 Alyssa
Alyssa Kermad
Kevin
Kevin Hirschi
4/21

Joelle 3
Joëlle Vuille 



LMJ

5/21

N.f.
Nicolas Froeliger

Bulger croppedAnthony Bulger

6/21

Nicolas

Michel Rochard

Bulger cropped

Anthony Bulger

 7/21

JM Deprats.jpgJean-Michel Déprats  

 

V.

Michel Volkovitch

 8/21

Gennike snip

Gennike Mayers
premiere partie
deuxieme partie

 

J.G. short

Jonathan G.

9/21

Alan Hoffman
Alan Hoffman

Jonathan (with glasses)
Jonathan G.
10/21

L. d'AzayLucien d'Azay

S.KadiuSilvia Kadiu

11/2021

M. de J.

Marjolijn de Jager

Jonathan (with glasses)

Jonathan G.

12/2021

Joe Johnson

Joe Johnson

Bulger cropped

Anthony Bulger

D'autres contributeurs et contributrices au fil de 2021:

Ella cropped thumbnail Magdalena 1

Valerie 3
Ella
BARTLETT
Magdalena 
CHRUSCIEL

Valérie
FRANÇOIS

Nadine thumbnail

N.G.

Brian Harris
Nadine
GASSIE 
Nathalie
GÉNÉRAUX 
Brian
HARRIS
 Cindy Jean Leclercq Le Fleur
Cynthia
HAZELTON
Jean
LECLERCQ
R.I.P.
Françoise
LE MEUR
Dominique snipped Rene Meertens Johann Morri
Dominique
MATAILLET
René
MEERTENS
Johann
MORRI
 
Isabelle (shortened)

Joelle Veuille


Elsa W. 2
Isabelle
POULIOT

Joëlle
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Elsa
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Joe Johnson – traducteur du mois de decembre 2021

e n t r e t i e n   e x c l u s i f

 


Anthony Bulger

Joe Johnson

Anthony Bulger
l'intervieweur

Joe Johnson
l'interviewé

Né en Angleterre mais résidant en France depuis 40 ans, Anthony Bulger, est auteur, journaliste et enseignant. Il a aussi travaillé comme directeur pédagogique en Californie.  Anthony a été notre linguiste du mois de septembre 2020.

Paroles de l'intervieweur : 

J’ai le privilège de m’entretenir avec Joe Johnson, professeur titulaire de français et d’espagnol à l’université d’État de Clayton située à Morrow, en Géorgie, près de la ville d’Atlanta. Je suis aussi un tantinet jaloux car il lui a été confié la mission de mes rêves : traduire les albums d’Astérix pour le public américain.[1]


Valerie FrancoisNous remercions infiniment Valérie François, qui a bien voulu traduire l'entretien ci-dessous. Valérie,  traductrice très chevronnée, est née en France mais reside en Espagne. Elle a été notre linguiste du mois de septembre 2017.
Son site se trouve ici.  Voir aussi : Deux enfants, trois langues - Maeli et Aeon Poirat  François – linguistes du mois d'avril 2019

 

Anthony BulgerQu’est-ce qui vous a initialement attiré vers la langue et la culture française ?

Joe JohnsonComme beaucoup d’enfants qui finissent par choisir une direction particulière dans la vie, j’avais un bon professeur dans mon petit lycée de Floride, qui m’a donné envie d’apprendre le français, une langue qui m’avait toujours intrigué aimant lire des livres tels que Les Trois Mousquetaires, L’Île mystérieuse et Le Tour du monde en 80 jours, ou regarder leurs adaptations cinématographiques. J’ai suivi deux années de cours de français avec ce professeur et, lorsque je suis allé à l’Université Citadel à Charleston, en Caroline du Sud, j’ai choisi de me spécialiser en français, puis également en espagnol. 

C’est en tant qu’étudiant de premier cycle que j’ai eu mes premières expériences d’études à l’étranger, une semaine à La Rochelle, une autre à Limoges et un mois à Paris. Ces premiers contacts avec la France m’ont donné envie d’y retourner, et au début de ma maîtrise de français à l’Université de Caroline du Sud, j’ai eu la chance de partir deux ans à l’étranger dans le cadre d’un échange d’enseignants, en tant que lecteur d’anglais à l’Université de Haute-Alsace à Mulhouse. Parmi les différents cours qui m’ont été confiés, j’ai enseigné le « thème », un exercice consistant pour les étudiants français à traduire des textes français en anglais. Cela a été ma première expérience dans la traduction professionnelle !

De retour aux États-Unis, après avoir obtenu ma maîtrise universitaire et commencé ma thèse de doctorat à l’Université de Floride, l’un PB des professeurs de mon département m’a donné l’opportunité de traduire les légendes d’un petit livre du sociologue Pierre Bourdieu. Cette première expérience m’a valu d’autres propositions de traduction, jusqu’à ce qu’un lettreur de bandes dessinées de Gainesville, en Floride, me persuade de traduire plusieurs romans graphiques de François Schuiten et Benoît Peeters et de soumettre ces traductions spontanément à NBM Publishing. Bien que je n’aie pas rencontré un succès immédiat, peu de temps après, le fondateur et rédacteur en chef de NBM, Terry Nantier, m’a demandé de terminer une traduction alors en cours, ce qui a conduit à mes premières traductions de bandes dessinées en 1997.


Anthony BulgerVous êtes un universitaire renommé
[2], connu d’abord pour vos travaux d’érudition, notamment vos traductions de Bourdieu. Comment avez-vous été choisi pour traduire Astérix ? Aviez-vous lu l’un des albums auparavant ?

Joe JohnsonVous êtes très aimable de dire que je suis « connu » pour mes travaux d’érudition, mais cela dépend toujours de son cercle de connaissances, n’est-ce pas ? Oui, je suis connu de mes collègues effectuant des études sur le XVIIIe siècle, mais probablement davantage en tant que réviseur et conférencier pour des conférences savantes, notamment celles de la Southeastern American Society for Eighteenth-Century Studies. Ma plus grande contribution aux lettres s’est toutefois avérée être dans le domaine de la traduction. Depuis 1997, j’ai publié des centaines de traductions de bandes dessinées et de romans graphiques français en anglais américain chez NBM Publishing, Papercutz, Super Genius, Bamboo, First Second et Dead Reckoning. Je traduis des bandes dessinées pour Papercutz depuis 2007, ils connaissent donc très bien mon travail et se tournent vers moi pour leurs besoins de traductions. Avant cela, j’avoue n’avoir lu qu’un seul tome d’Astérix, dont je me suis servi dans le cadre d’un cours sur des sujets annexes que j’ai donné un semestre sur un éventail de bandes dessinées et de romans graphiques français.


Anthony BulgerOn vous a déjà entendu dire que, quand vous étiez enfant, les comics avaient été votre voie vers la lecture. Le terme anglais «  comics » est généralement traduit par « bande dessinée ». Mais les deux concepts sont différents à bien des égards, ne serait-ce que par le public visé. Serait-ce l’une des raisons pour lesquelles Astérix n’a jamais vraiment décollé aux Etats-Unis ?

Joe JohnsonEn ce qui concerne les comics de ma génération, je dois dire que oui. Même si je me souviens avoir lu des comics comme Archie ou The Peanuts, je lisais surtout les comics de super-héros comme Green Lantern, Green Arrow, Batman, Superman, mon préféré, The Legion of Superheroes, ou dans le monde Marvel, The X-Men, Thor et The Avengers. Dans mon école primaire, nous avions tout un troc de bandes dessinées ! Même si j’ai adopté avec enthousiasme la lecture de « vrais » livres, tels que les adultes distinguaient alors les livres imprimés des bandes dessinées, j’ai continué à lire des comics jusqu’à l’âge adulte. Un de mes bons amis à C.A. l'université était abonné à des revues comme Captain America, donc j’ai continué à en profiter les week-ends quand je n’étais pas occupé à autre chose.

Ce n’est que lorsque j’ai vécu en France que j’ai vraiment commencé à découvrir la tradition française de la bande dessinée, et c’était un Schtroumpfs tout nouveau monde pour moi. Je me suis déjà demandé pourquoi une franchise beaucoup moins sophistiquée comme Les Schtroumpfs – que j’ai également traduite pour Papercutz – pouvait avoir beaucoup plus de succès aux États-Unis. J’en ai conclu que les histoires ont un attrait plus universel… elles ne sont pas liées à un lieu, une histoire, une culture populaire spécifiques, etc. Les histoires d’Astérix, en revanche, sont difficiles à comprendre pour les enfants américains parce qu’elles sont totalement liées à la culture et à l’histoire européennes. De plus, les albums sont écrits pour le plaisir des enfants et des adultes qui, s’ils sont parents, ont le plaisir d’expliquer les allusions à leurs enfants, qui sinon ne suivent l’histoire que pour les aventures vécues par les protagonistes. Quel enfant français ou américain comprendrait les blagues en latin de l’histoire ? Que peut signifier pour un public américain contemporain le fait qu’Astérix fasse allusion à Tino Rossi et à ses chansons, par exemple ? Les enfants américains auront-ils des stéréotypes sur les Suisses, les habitants du Sud de la France ou d’autres régions d’Europe, etc. ? 

Anthony BulgerAvez-vous été intimidé par cette mission ?

Joe JohnsonOui, beaucoup, comme vous pouvez le déduire de ce que j’ai dit jusqu’à présent. Il est rarement aisé de traduire des jeux de mots par exemple, et les quelque 20 premiers tomes d’Astérix en abondent. J’ai également été intimidé par le fait que les trois premiers tomes devaient être traduits assez rapidement, alors que le reste de mes activités professionnelles sollicitait déjà mon temps et mon attention. Tous les tomes d’Astérix, comme les ouvrages contemporains de Peyo, sont beaucoup, beaucoup plus verbeux que les BD de notre époque, comme ceux de Lewis Trondheim par exemple, un de mes auteurs préférés.

 
Peyo
Peyo

Trondeim
Lewis Trondheim
 

Anthony BulgerVous avez « hérité » des traductions en anglais britannique d’Anthea Bell et de Derek Hockridge. Cela vous a-t-il créé des problèmes ?

Joe JohnsonPour le meilleur ou pour le pire, nous avons décidé conjointement avec les éditeurs que je ne lirais pas les traductions existantes, afin de ne pas en être influencé. L’une des idées de ce projet était que je traduise en anglais américain. De temps en temps, lorsque je suis bloqué sur un passage d’un album d’Astérix, je demande aux éditeurs de m’envoyer un extrait de cette page ou de l’image dans la traduction britannique afin que je puisse voir les choix de mes prédécesseurs. Cela m’a parfois surpris, car la traduction était plus éloignée de l’original que je n’aime généralement l’être ou que les éditeurs ne le souhaitent. D’ailleurs, une fois j’ai remarqué qu’ils avaient inséré une blague qui n’était pas dans l’original. Comprenez bien qu’il ne s’agit pas d’un jugement sur les mérites de la traduction antérieure. Ce qui constitue une bonne traduction diffère selon les époques et dépend grandement de ce que les éditeurs veulent dans la traduction et de ce que l’éditeur d’origine est prêt à accepter. Il est clair que la traduction Bell-Hockridge s’est avérée être un succès largement apprécié. Il est intéressant de noter que certaines appréciations sur Amazon que j’ai pu lire concernant les nouvelles traductions, comparent les deux traductions et accusent les nouvelles de changer la traduction simplement pour le plaisir de le faire.

La GTVoici un petit exemple où une nouvelle traduction était nécessaire. J’ai récemment terminé la traduction du tome 22 d’Astérix : La Grande Traversée, [3] un volume dans lequel nos héros rencontrent des Amérindiens et des Vikings, l’un de ces derniers portant le nom de l’ancien premier ministre britannique Harold Wilson [4].  Alors que ce nom aurait été significatif pour les lecteurs britanniques en 1975, il est clair qu’il ne fonctionnera pas pour un public américain en 2021, alors je l’ai substitué par un nom de l’histoire américaine… J’attends toujours de voir ce que les éditeurs de Papercutz ont à dire concernant ma suggestion !

Anthony BulgerEt qu’en est-il des noms de personnages ? Utilisez-vous les traductions de Bell/Hockridge ? (Goscinny a admis un jour que la traduction de B&H pour Assurancetourix, le barde si peu musicien, par « Cacofonix », était meilleure que l’original).

Joe JohnsonNous utilisons principalement les noms existants de B&H pour les personnages et les noms de lieux inventés, mais avec des changements occasionnels, dont celui auquel j’ai fait allusion précédemment. Nous sommes conscients du fait qu’il existe un « univers Astérix » composé de bandes dessinées, de films et d’un parc à thème. Si nous créons trop de noms, cela ajoute à la confusion, donc nous ne changeons généralement pas les noms des personnages principaux. Pour le personnage principal du druide, nous avons toutefois décidé de dire « Panoramix » plutôt que « Getafix », ce qui a incité un commentateur sur Amazon à nous accuser d’être politiquement corrects. « Getafix » nous a semblé, aux éditeurs et à moi-même, une idée très années 1960-1970 qui assimilait le personnage à un trafiquant de drogue alors que son nom avait déjà une signification intelligible pour les anglophones.


Anthony BulgerPour les fans d’Astérix comme moi, les jeux de mots sont l’un des plaisirs associés à la lecture. Comme vous le savez, René R. Goscinny Goscinny était un classiciste qui aimait glisser des références latines et grecques dans les dialogues. Comment cela se traduit-il pour les lecteurs américains, et quelle stratégie adoptez-vous pour la traduction ?

 

Joe JohnsonEn dehors des commentaires des clients, j’ignore ce que les lecteurs américains pensent de notre approche en la matière, mais dès le début, les éditeurs de Papercutz et moi-même avons décidé de fournir simplement des traductions en note de bas de page pour les expressions provenant du latin ou d’autres langues et de fournir des traductions pour les noms de lieux latins en Gaule. Bien sûr, j’ai cette d’habitude d’ajouter des notes de bas de page et de fin de page dans mes travaux d’érudition !


Anthony BulgerEn tant que traducteur moi-même, je suis toujours en difficulté devant les jeux de mots : dans quelle mesure dois-je m’en tenir à l’original ou dois-je opter pour une résonance totalement différente ? Avec les bandes dessinées, bien sûr, la tâche est encore compliquée par la nécessité de faire correspondre la blague et l’illustration. Quelle est votre approche ?

Joe JohnsonSi je peux faire fonctionner le jeu de mots ou l’humour dans les deux langues, je le fais, mais cela n’arrive pas très souvent. En général, je m’efforce de remplacer le jeu de mots français par un autre jeu de mots ou une autre blague, qui s’adapte à la situation. J’ajoute une note entre parenthèses dans la traduction à l’intention des éditeurs, pour signaler qu’une image ou bulle particulière contient une blague et comment celle-ci fonctionne. Ils ont peut-être une meilleure idée que moi ! Il peut arriver, par exemple, qu’un personnage utilise une expression dont les mots ont un sens littéral décrivant une action dans l’histoire, mais forment également une expression idiomatique au sens différent ou complémentaire. En général, il existe une figure de style anglaise qui peut remplacer celle en français, alors on travaille à rebours pour faire une blague sur la figure anglaise.

Anthony BulgerVous arrive-t-il d’ajouter votre propre humour, des calembours ou autres types de jeux de mots ?

Joe JohnsonNon, je ne pense pas que je devrais le faire parce que c’est l’histoire des auteurs, après tout. Je considère également les blagues et les jeux de mots comme des éléments de rythme dans une histoire. Ce sont les auteurs qui décident du moment de la pause comique, pas moi. Je pense que cela vaut également en ce qui concerne la façon dont les phrases sont construites. Très souvent, il me serait facile de fournir une traduction anglaise plus succincte que la tournure française. Mais je ne pense pas que cela soit la chose à faire, car presque toujours, les auteurs auraient pu écrire quelque chose qui aurait été tout aussi succinct en français et ont choisi de ne pas le faire. S’ils ont choisi des phrases et des tournures plus longues, je pense que je dois en faire autant en anglais américain.

Anthony BulgerQuelles ont été les parties les plus difficiles dans l’approche de la traduction ? Et les parties les plus faciles ?

Joe JohnsonVous avez déjà indiqué les parties les plus difficiles en évoquant les jeux de mots et les blagues… Tout au long de ma première ébauche, je laisse souvent ces parties temporairement non traduites pour y réfléchir, laisser l’inspiration venir, et je continue avec les parties qui sont plus simples à traduire.

Anthony BulgerImaginez-vous le lecteur américain potentiel dans votre esprit ?

Joe JohnsonPeut-être pas tant comme une image que comme une voix. Avec cette série, j’essaie de penser à ce que les adolescents qui m’entourent comprendront facilement.

Anthony BulgerQuelle stratégie appliquez-vous pour l’argot et le français non standard dans Astérix ?

Joe JohnsonJ’essaie généralement d’adopter un anglais américain standard. Les éditeurs de Papercutz sont originaires du Bronx et du sud-est du Massachusetts. Je pense que l’auditeur de Hachette – la personne qui critique, fait des suggestions, signale les erreurs, etc. – est originaire de la côte ouest des États-Unis. Cette diversité linguistique m’aide à ne pas trop glisser dans ma langue régionale en tant que personne originaire du Sud culturel des États-Unis. L’identité régionale peut se manifester dans les plus petites choses ; par exemple, la plupart des gens de ma région du Sud ont tendance à ajouter un « s » à « toward », « afterward », qui, selon des sources en ligne, est l’orthographe préférée au Royaume-Uni et non l’orthographe américaine. Auparavant, j’ai dit « proven » au lieu de « proved » (le terme approuvé par le style Associated Press). Les éditeurs – dans le cadre de cette série de traductions – ont choisi de ne pas utiliser de représentations orthographiques de l’argot américain comme je pourrais le faire dans d’autres traductions. Ainsi, pour Astérix, nous ne disons pas des choses comme « gonna », « ain’t » ou « heckuva ». Et pas une seule fois je n’ai dit « y’all » dans une traduction d’Astérix ! 😊

En ce qui concerne le français non standard, je m’assure généralement que les éditeurs comprennent ce qui se passe dans l’original, puis j’essaie de créer un effet similaire en anglais, quel que soit le son ou la caractéristique grammaticale, ou je crée un tic de langage que nous répétons avec des personnages récurrents. S’il s’agit d’une caractéristique de prononciation, ce n’est pas particulièrement difficile puisque vous pouvez simplement la répéter en anglais. Évidemment, cela ne correspondra pas à ce que nous pourrions considérer comme un accent régional aux États-Unis, mais cela signale au lecteur que les habitants de cette région ont un accent différent. Ironiquement, c’est probablement plus difficile à réaliser lorsque les personnages sont des caricatures des Britanniques, qui parlent un franglais dans les histoires, dans lequel ils imposent des structures grammaticales ou des tournures de phrases anglaises à la langue française. Si je traduis cela en anglais, cela ressemble juste à de l’anglais, donc vous devez vous assurer que cela sonne stéréotypiquement britannique plutôt qu’américain, si possible.


Anthony BulgerQu’en est-il des langues régionales et du français non standard – je pense en particulier aux Goths et aux Vikings ?

Joe JohnsonComme je l’ai mentionné précédemment, j’ai récemment travaillé sur le tome 22 d’Astérix : La Grande Traversée dans laquelle Astérix et Obélix rencontrent une bande de Vikings avec lesquels ils ont du mal à communiquer. Visuellement, il est facile de reproduire ce que les auteurs originaux ont fait en utilisant des lettres barrées ou pointillées comme Å ou Ø. Il y a un passage dans l’histoire où les deux parties essaient de se parler en langage télégraphique, ce qui est assez facile à recréer en anglais.

Anthony BulgerLes albums d’Astérix ont été critiqués pour la façon dont ils représentent les personnes de couleur et les minorités. Un cartooniste américain les a même qualifiés de grossièrement racistes. Comment abordez-vous cette question lorsque vous traduisez ?

Joe JohnsonEn tant que traducteur, je n’ai généralement que très peu de marge de manœuvre pour aborder ces questions, si ce n’est pour signaler toute partie troublante ou tout malaise aux éditeurs, qui sont les seuls à pouvoir traiter des questions telles que la couleur des personnages dans les histoires ou négocier avec la maison d’édition française concernant toute modification majeure de l’original. Il y a un passage où j’ai pu apporter un changement dans la traduction d’une scène A. & le Chaudron
d’Astérix, tome 13 : Astérix et le Chaudron. Dans cette scène, un personnage lambda se présente à un stand de légumes sur une place de marché à la recherche d’une frisée (un type de salade). Le marchand se méprend et dirige le client vers le marché aux esclaves où il est censé acheter une personne aux cheveux crépus, c’est-à-dire une personne de peau noire. Cela ne m’a pas paru drôle du tout, et cela élude le fait que les Romains réduisaient en esclavage un grand nombre de personnes dans les régions qu’ils avaient conquises, comme la Gaule, sans tenir compte de la race. J’ai donc fait en sorte que le client recherche des poireaux (« leeks ») (un aliment que les gens mangeaient à l’époque) et que le marchand dirige le client vers un plombier pour réparer les fuites (« leaks »). Cela représente un détail dans les albums.

 

Anthony BulgerVotre dernière publication est un livre d’un tout autre genre : Friendship and Devotion, or Three Months in Louisiana (Jackson : University Press of Mississippi, 2021) de l’écrivaine française du XIXe siècle Camille Lebrun. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Joe JohnsonDepuis l’époque où j’étais étudiant en doctorat, mon principal domaine de recherche universitaire a été l’exploration du thème de l’amitié idéalisée dans la littérature française. Pour ma prochaine monographie, je travaille sur la représentation de l’amitié dans la littérature française pour enfants à partir de la fin du XVIIIe siècle jusqu’à la Première Guerre mondiale, une époque où beaucoup d’œuvres utilisaient des thèmes similaires pour décrire aux enfants comment l’amitié naît, s’entretient et peut aussi prendre fin. Au fur et à mesure que j’ai lu ces œuvres, je les ai présentées lors de conférences savantes. L’un de ces textes qui a suscité un grand intérêt Friendship de la part du public est celui de Pauline Guyot (1805-1886), qui publiait généralement sous le pseudonyme de Camille Lebrun : Amitié et dévouement, ou Trois mois à la Louisiane (1845). L’histoire dépeint deux jeunes Américaines qui ont grandi et ont été élevées dans un pensionnat parisien et qui retournent chez elles en Louisiane pour commencer leur vie d’adulte sur une terre d’esclavage, de profondes divisions raciales et de ségrégation, d’épidémies de fièvre jaune et d’une écologie magnifique mais menaçante. L’amitié et la dévotion des deux jeunes femmes sont menacées lorsque l’une d’elles apprend qu’elle est métisse. Il s’agit donc d’un récit sur le passé multiculturel et multilingue de la Louisiane, qui témoigne des luttes auxquelles nous sommes encore confrontés aujourd’hui aux États-Unis. Comme ce court roman n’avait jamais été traduit en anglais, Robin White, un de mes collègues de l’université d’État Nicholls à Thibodaux, en Louisiane, et moi-même avons décidé d’en effectuer une traduction annotée. Cette fois, nous avons bien pu utiliser « y’all » dans la traduction !


Anthony Bulger« Thanks to all of y’all » (merci à vous tous) chez Papercutz pour cette nouvelle traduction d’Astérix et merci à vous, Joe, de nous avoir accordé cet entretien. Et en dépit de ma jalousie professionnelle, je vous félicite pour votre travail !

 

NDLR :

[1] Les deux autres traductrices d'Astérix vers l'anglais, Anthea Bell et Adriana Capadose (Hunter) ont été interviewées pour ce blog.

[2] Interim Assistant Dean, College of Arts & Sciences, Clayton State University, Morrow, Georgia.

[3] Le dernier tome d'Astérix, Astérix et le Griffon, a été publié en français et en quelques langues etrangères en octobre et novembre cette année, dont une traduction en anglais américain réalisée par notre interviewé. Voir Astérix et le Griffon.

 

Asterix & Griffon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[4]  années 1960 et 1970.

Lecture supplémentaire :

Papercutz Brings Beloved 'Asterix' Comics to US This Summer

Moebius et moi

 

D'autres entretiens d'Anthony Bulger :

Nicolas Ragonneau – linguiste du mois d'octobre 2020

Michel Rochard – linguiste du mois de juin 2021

Même le point G porte le nom d’un homme

Nathalie GenereauxNous sommes heureux d'accueillir notre nouvelle contributrice, Nathalie Généreux. Nathalie, qui a bien voulu traduire l'article suivant, paru recemment en anglais dans le journal New York Times, est traductrice agréée de l'anglais vers le français et de l’espagnol vers le français de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ). Elle travaille à son compte depuis plus de vingt ans. Passionnée de littérature et de langues étrangères, cette mère de deux enfants et grand-mère depuis peu partage son temps entre sa résidence de Laval et sa Mauricie d’adoption, où elle aime faire de longues marches dans la nature.


Pourquoi autant de parties du corps de la femme rendent-elles hommage à des scientifiques de sexe masculin?

« Pudendum » n’est pas le seul terme douteux qui désigne une partie du bassin féminin. Examinons un tableau anatomique de la région pelvienne de la femme : on y retrouve un éventail de noms inconnus, par exemple le canal d’Alcock, le cul-de-sac de Douglas, les glandes de Bartholin et les trompes de Fallope. Ces parties du corps sont toutes nommées d’après les personnes qui les auraient « découvertes ». Elles représentent les vestiges d’une époque où le corps féminin était considéré comme une terra incognita, un lieu que les grands esprits de la médecine pouvaient explorer, sonder et conquérir.

Mais il semble que ces termes sont en voie de disparition dans le domaine médical. Sur le plan scientifique, les anatomistes ne voient pas d’un bon œil le fait de désigner des parties du corps d’après des personnes pour de nombreuses raisons. Ces termes sont inutiles et donnent peu d’information sur leur fonction. Ils portent également à confusion : différents noms désignent une même partie du corps (par exemple, les corps d’Arantius sont également connus sous le nom de nodules de Morgagni), tandis que d’autres désignent plusieurs parties du corps (Gabriele Falloppio assume la « paternité » de trompes, d’un canal, d’un muscle et d’une valvule, ainsi que d’une plante de la famille du sarrasin). Enfin, ils donnent la fâcheuse et désagréable impression que la médecine (et le bassin féminin) est encore un univers réservé aux hommes.

L’utilisation du nom d’une personne pour désigner une partie du corps a été officiellement interdite en médecine en 1895. Mais de manière officieuse, ces termes se retrouvent encore partout. Un décompte récent a permis de recenser au moins 700 parties du corps humain, la plupart ayant été nommées d’après des hommes (l’une des rares femmes dont on mentionne le nom dans les tableaux anatomiques est Raissa Nitabuch, une pathologiste russe du XIXe siècle qui a donné son nom à une membrane du placenta mature appelée la couche Nitabuch). Ces noms persistent parce qu’ils sont mémorisables, reconnaissables et familiers, du moins pour les cliniciens. Voici quelques-unes des parties les plus connues du bassin féminin et comment on peut les appeler sans leur donner un nom masculin.

 

Cul-de-sac de Douglas 
(derrière et en dessous de l’utérus)

UTERUS

GLAND CLITORIS

OVAIRE

 

NY left NY right

 

 

 

NYTimes

Muscles de Kegel
Trompes de Fallope
Follicule de De Graaf
Point de Gräfenberg
(fait encore l’objet de débats)

VAGIN

Levres
Glandes de Skene
Glandes de Bartodin

Trompes de Fallope

Nom officiel : Trompes utérines

Gabriele Falloppio (1523-1562), prêtre catholique et anatomiste, a découvert que des structures fines en forme de trompette reliaient l’utérus aux ovaires. À l’époque, les scientifiques ne savaient pas si les femmes produisaient des ovules ou du « sperme féminin ».

Follicule de De Graaf

Nom officiel : Follicule ovarien

Reinier De Graaf (1641-1673), un médecin néerlandais, a été le premier à observer les œufs de mammifères — enfin presque. Ce qu’il a vu en réalité, ce sont les protubérances noueuses sur les ovaires maintenant connues sous le nom de follicules et qui contiennent l’ovule, des fluides et d’autres cellules.

Glandes de Bartholin

Nom officiel : Grandes glandes vestibulaires

Caspar Bartholin le Jeune (1655-1738), un anatomiste danois, a été le premier à décrire deux glandes situées de chaque côté de l’ouverture vaginale qui sont reliées à deux sacs de la taille d’un pois qui produisent un fluide lubrifiant.

Cul-de-sac de Douglas

Nom officiel : Cul-de-sac recto-utérin

James Douglas (1655-1738), obstétricien écossais et médecin de la reine Caroline, a l’étrange honneur de voir son nom attribué à un pli de chair s’étendant de l’arrière de l’utérus au rectum.

Glandes de Skene

Nom officiel : Glande périurétrales

« Je ne connais pas leur physiologie », a déclaré Alexander J. C. Skene (1837-1900), un gynécologue écossais d’origine américaine, à propos de deux glandes flanquant l’urètre féminin dont il a fait la description. Celles-ci sécrètent un liquide laiteux qui lubrifie l’urètre et peut contribuer à prévenir les infections urinaires.

 

Point G ou point de Gräfenberg

Nom officiel : clitoris interne (possiblement)

En 1950, Ernst Gräfenberg (1881-1957), un gynécologue allemand, mentionnait l’existence d’une zone particulièrement sensible située à peu près à mi-hauteur du vagin (sur la face ventrale) et la considérait comme « l’une des principales zones érogènes, peut-être plus importante que le clitoris ». De nombreux scientifiques pensent qu’il décrivait simplement la racine du clitoris, là où les tissus érectiles se rejoignent autour de l’urètre.

Muscles de Kegel

Nom officiel : Muscles du plancher pelvien

La « trampoline » de muscles en forme de bol qui tapisse le bassin osseux et soutient la vessie, le rectum et l’utérus doit son nom à Arnold Kegel (1894-1972), un gynécologue américain qui recommandait de faire travailler ces muscles après l’accouchement, essentiels pour la miction, l’orgasme et la rétention des gaz.

Lectures supplémentaires:

Taking the ‘Shame Part’ Out of Female Anatomy

 

 

Jean Leclercq (1937 – 2021) – avis de décès

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C’est avec beaucoup de tristesse que j’informe nos lecteurs du décès de Jean Leclercq. Ce blog a fréquemment bénéficié du concours de Jean, et ce pendant de longues années. Il a mis son érudition et ses compétences linguistiques considérables à notre disposition, et a grandement contribué à la qualité des articles publiés sur le blog.

(Voir Jean Leclercq : linguiste du mois de décembre 2017).

Sur un plan plus personnel, Jean a été pour moi un ami loyal et chaleureux.

Jean a été enterré dans sa ville de Divonne-les-Bains. Il manquera beaucoup à sa famille et à ses amis.

Jonathan Goldberg


It is with great sadness that we wish to notify our readers that Jean Leclercq has passed away. Jean was a frequent contributor to this blog for many years. He put his considerable erudition and language skills at our disposal and was a pillar of strength in maintaining the standard of the blog.

On a personal note, i counted Jean as a warm and loyal friend.

Jean was buried in his hometown of Divonne-les-Bains. He will be sorely missed by family and friends.

Jonathan Goldberg

Les condoléances suivantes ont été recues par le blog :

Toutes mes condoléances.

I'm so sorry for your loss, my deepest condolences.

Do you know, I grew up in the mountains, near Geneva and very near Divonne-les Bains. We used to go there to swim!

Je suis vraiment désolée,

Hélène Cardona, Los Angeles, Californie
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Toute ma sympathie à sa famille et ses amis. J'ai aussi eu l'occasion de le rencontrer personnellement et d'apprécier sa nature généreuse.

Elsa Wack, Vessy, Suisse
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Toutes mes condoléances à la famille de Jean Leclercq

Françoise LE MEUR, Paris
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Très triste de lire cela. Jean et moi avions écrit un article sur la Malinche pour votre blog, et je me souviens de sa gentillesse et de son humour.

Mes condoléances à sa famille.

Catherine Pizani, Mexico

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C'est Jean qui m'avait interviewé pour le blog, il y a 8 ans je crois. Nous avons pu nous rencontrer en personne à Genève, et j'ai eu de nombreux échanges et riches linguistiques avec lui au cours des années qui suivirent. Cette nouvelle m'attriste beaucoup et il va beaucoup me manquer. Toutes mes condoléances à Lucette.

Magdalena Chrusciel, Nairobi, Kenya

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J’ai fait la connaissance de Jean Leclercq en 2004. De 2005 à 2008, nous avons déjeuné ensemble à Genève, généralement à la cantine de la Croix-Rouge, deux fois au cours de chaque automne, car j’avais alors un contrat de traducteur temporaire à l’Office des Nations Unies à Genève. Il était alors ancien traducteur du siège de l’OMS, tandis que je travaillais à temps partiel pour cette organisation, au Bureau de l’Europe, à Copenhague. Nous avions ainsi beaucoup de points communs et étions heureux d’en parler. Jean m’a offert un grand nombre de livres sur la langue anglaise dont il souhaitait se défaire. Nous avons continué nos relations par courrier électronique pour échanger des informations et conseils sur des problèmes de traduction, jusqu’à ce que, malheureusement, ses problèmes de vue l’empêchent de poursuivre. Je suis triste d’avoir perdu un ami.

René Meertens

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J’ai fait la connaissance virtuelle de Jean Leclercq par l’entremise de ce blogue. Après la publication de mon premier texte, il m’a écrit un gentil mot pour me féliciter et me faire quelques suggestions. J’étais, je l’avoue, bien impressionnée qu’un ancien traducteur de l’OMS prenne la peine de m’envoyer quelques lignes. Parce qu’il était de la génération de mes parents et un « ancien traducteur de l’OMS », je ne pouvais l’appeler « Jean ». Chez moi, il était « monsieur Jean » : « Monsieur Jean vient de m’écrire! » Lorsque je l’ai finalement rencontré en personne en septembre 2019 alors qu’il était de passage à Montréal, il m’a tout de suite mise à l’aise et il était hors de question que je lui donne du monsieur! J’ai eu la chance d’échanger avec un homme gentil, chaleureux, plein d’humour. Il était accompagné de son épouse Lucette puisqu’ils étaient de passage au Québec pour « visiter la parenté », Lucette étant Québécoise. On voyait bien que c’était un de ces vieux couples unis, qu’on n’imagine plus l’un sans l’autre. Toutes mes condoléances le plus sincères à toute la famille et à tous les amis de Jean.

Isabelle Pouliot, Montréal 

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Le décès de Jean Leclercq est une très triste nouvelle à un moment déjà dur dans un monde qu'il avait éclairé avec son talent de traducteur de tant de textes variés. Hélas, je ne l'ai pas connu personnellement, mais j'ai bien suivi sa collaboration avec Jonathan Goldberg et je lui serai toujours reconnaissante d'avoir traduit l'interview par celui-ci pour son Blog. Qu'il repose en paix.

Mes condoléances les plus sincères à sa famille.

Marjolijn de Jager, Stamford Connecticut

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I never met Jean but I know he was an important contributor to the blog.  He translated several of my articles into French.  I appreciated his excellent translation skills.  

RIP Jean. 
 
Cindy Hazelton, Cleveland, Ohio
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Je suis très triste d'apprendre la nouvelle. J'échangeais régulièrement avec Jean, qui m'avait contactée la première fois lorsqu'il a appris mon goût pour les dictionnaires. Il s'est démené pour m'en faire parvenir plusieurs, dont un en personne, lors de notre rencontre en 2018 à Torremolinos, près de Málaga, où je vis. C'était une joie de rencontrer Jean et son épouse, Lucette, un couple d'une grande gentillesse.

 
Mes condoléances à Lucette et à toute la famille.
Valérie François – Torremolinos, Espagne 

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J'apprends aujourd'hui seulement la disparition de Jean Leclercq, excellent traducteur, parfait gentleman et correspondant délicat qui me tenait régulièrement au courant de l'actualité autour des hommages rendus aux combattants australiens tombés lors de la 1e Guerre mondiale en m'envoyant des coupures de presse concernant les cimetières qui leur sont dédiés dans le Nord de la France et toutes les manifestations afférentes. Quel homme gentil et généreux, d'un grand talent et d'une grande humilité, comme ces deux qualités vont souvent de pair. Toutes mes condoléances à son épouse et à sa famille. Je regrette de n'avoir pu le rencontrer lors de son dernier séjour en cure à Dax… Je lui avais acheté ses deux volumes du grand Robert & Collins anglais-français… Jean, reposez en paix, je chéris votre souvenir.
Nadine Gassie, Bordeaux 
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C'est avec une très grande tristesse que j'ai appris le décès de Jean. Nous avions communiqué plus d'une fois par mail et il avait eu la grande gentillesse de m'adresser deux livres très intéressants. Les échanges avec lui étaient toujours très enrichissants . Je regrette vivement de ne pas avoir eu l'occasion de le rencontrer en personne et de lui faire part de l'amitié que j'éprouvais pour lui. Je garderai de lui le souvenir d'un homme d'une grande gentillesse et profonde humanité.

J'adresse mes très sincères condoléances à sa famille.

Rest in peace, dear Jean!

Jean-Paul Deshayes, Trivy, Bourgogne-Franche-Comté

 
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Le mot anglais de l’année 2021, selon le dictionnaire d’Oxford : vax

L'analyse qui suit a été rédigée par notre contributeur fidèle, René Meertens, linguiste du mois de janvier 2019 et auteur du Guide anglais-français de la traduction, dont une nouvelle édition (2021) vient de paraître. 

VAX Word of the Year Rene Meertens Guide

Vers la fin de chaque année, les éditeurs de plusieurs dictionnaires anglo-saxons désignent le « mot de l’année ». [1] C’est l’épidémie de covid-19 qui a fait du mot vax le mot de l’année 2021 pour Oxford Languages, éditeur de l’Oxford English Dictionary. « Le mot vax  s’est injecté plus qu’aucun autre dans les veines de la langue anglaise en 2021 », indique cet éditeur dans un communiqué de presse.

Il ne s’agit pas d’un mot nouveau, puisque son apparition date des années 1980 selon le New York Times. Son utilisation dans la presse a cependant augmenté de façon exponentielle pendant l’année écoulée en raison de l’épidémie de covid-19.

VAX Edward_JennerRemontons un peu dans le temps. Le père de la vaccination est Edward Jenner (1749-1823). C’est le 14 mai 1796 qu’il a expérimenté le vaccin contre la variole.

Dès leur invention, les vaccins se sont heurtés à une vive opposition dans certains milieux, comme en témoigne une lettre de 1812 d’Edward Jenner :

« The Anti-Vacks are assailing me … with all the force they can muster in the newspapers » (Les anti-vaccins m’attaquent dans les journaux avec toute l’énergie dont ils sont capables.)

Le mot vaccine (vaccin) est entré dans la langue anglaise en 1799, et ses dérivés (to) vaccinate (vacciner)  et vaccination (vaccination) sont apparus en 1800. Ont suivi peu de temps après vaccinator (vaccinateur), vaccinist (partisan de la vaccination), anti-vaccinist (adversaire de la vaccination),  anti-vax (anti-vaccin),  anti-vaccination (mouvement contre la vaccination) et unvaccinated » (non vacciné). Les mots  vaccinationist (partisan de la vaccination) et anti-vaccionist (adversaire de la vaccination) datent quant à eux du milieu du XIXe siècle.

L’abréviation vax est une forme familière du mot  vaccine  ou  vaccination, mais peut aussi être un verbe :  to vax signifie « vacciner ».

VAX - double vaxxedDes dérivés de cette abréviation (tous familiers) se sont aussi imposés à l’attention des lexicographes. Ce sont des participes passés ou des adjectifs : vaxxed  (vacciné), unvaxxed  (non vacciné) et double- VAX - Relaxvaxxed  (ayant reçu deux doses du vaccin). Ils sont surtout utilisés aux Etats-Unis et en Australie, mais s’observent de plus en plus dans les médias britanniques.

Ces mots se caractérisent par le doublement atypique de la lettre  « x », que l’on ne retrouve pas dans le pluriel de mots tels que box ou tax.

D’autres néologismes ont été créés : vaxxie  (selfie d’une personne se faisant vacciner),  vaxinista » (personne qui montre qu’elle est vaccinée en sortant beaucoup et en voyageant).

VAX inoculatiLes néologismes vaccinaux ne sont limités que par l’imagination de leurs auteurs. Oxford mentionne aussi les inoculati (inoculés), sur le modèle de literati, terme latin qui désigne en anglais les personnes cultivées qui s’intéressent à la littérature. Citons encore  halfcinated  (ayant reçu une des deux doses requises pour une vaccination complète) et fullcinated (entièrement vacciné).

Un vaccine resister est un réfractaire au vaccin. VAX no-vax

VAX vax-a-thonUne campagne de vaccination de masse à Philadelphie a été baptisée vax-a-thon. Ce néologisme s’est répandu au Canada et en Nouvelle-Zélande.

L’expression Fauci ouchie  (notez la rime interne) signifie vaccination.  Anthony Fauchi est un VAX Fauci Ouchie immunologue américain très médiatisé, tandis que ouchie  est un dérivé de l’interjection ouch (aïe).


La crise sanitaire met en évidence d’autres mots : variant (variant), wave  (vague), lockdown  (confinement), working from home et home-working  (télétravail).

Les pays francophones se sont montrés créatifs dans le domaine des mots de la vaccination et de la lutte contre le coronavirus. Le plus beau mot est sans doute « jauge », qui désigne le nombre de personnes qui peuvent se rassembler dans un lieu donné (restaurant, bar, centre commercial, salon de coiffure, funérarium, salle de mariage, musée, centre de fitness, salle de spectacle, etc.). Le néologisme le plus répandu est « vaccinodrome » (en anglais vaccination center), construit sur le modèle d’hippodrome (grec « dromos », champ de courses). Il désigne un vaste centre de vaccination. L’adjectif « primo-vacciné » désigne pour sa part une personne qui a reçu la première dose d’un vaccin. Si elle a reçu les deux doses requises, elle a un « schéma vaccinal complet ». La couverture vaccinale (immunization coverage) est la proportion de personnes vaccinées. On parlera aussi d’efficacité vaccinale et de défiance vaccinale.

VAX  MobileVaccinesSi vous n’allez pas vers le vaccin en vous rendant dans un vaccinodrome, le vaccin viendra à vous, dans un « vaccibus » (mobile vaccination unit en anglais).

Une vaccination complète permet normalement d’obtenir un « pass sanitaire », sésame exigé pour la participation à certaines activités ou l’accès à certains lieux.

Il est aussi question de « panachage vaccinal » (fait d’injecter des vaccins de laboratoires différents à une même personne), de « parcours vaccinal », de « schéma vaccinal complet » et d’« obligation vaccinale » (vaccine mandate), très impopulaire dans les Antilles, notamment.

I VX herd immunitydéalement, la vaccination permettrait d’atteindre l’immunité de groupe (herd immunity), qui entraîne une faible circulation du virus et, idéalement, sa disparition progressive. Elle peut être difficile à obtenir si, à la suite d’une mutation, le virus se transmet plus facilement, ce qui est le cas du fameux variant Delta. Le tout dernier variant est Omicron, découvert en Afrique australe. Initialement appelé « B.1.1.529 », Omicron a surgi dans la province de Gauten (Afrique du Sud). On craint qu’il ne contourne la protection vaccinale. On obtiendrait alors des breakthrough infections, des infections qui laissent les vaccins plus ou moins impuissants.

VAX - booster shotsLa majorité des vaccins doivent être injectés deux fois. Au fil du temps, leur efficacité diminue, ce qui nécessite l’injection d’une troisième (ou deuxième) dose, dite « dose de rappel » ( booster shot ).

Il n’est pas nécessaire d’injecter une dose de rappel en utilisant le vaccin initial. On peut recourir à une mix-and-match strategy (stratégie de panachage), par exemple en injectant un vaccin Pfizer à une personne qui a reçu initialement le vaccin Janssen.

Ainsi, les personnes ayant reçu un vaccin Janssen auxquelles on injecte une dose de rappel du même vaccin présentent-elles un taux d’anticorps quadruplé. En revanche, après l’injection initiale du vaccin Jansen, un rappel effectué au moyen du vaccin Pfizer multiplie le taux d’anticorps par 35 et un rappel réalisé à l’aide du vaccin Moderna multiplie ce taux par 76.

VAX - get vaxxedS’il ne fait pas l’unanimité, le slogan Get vaxxed ! est populaire. Même les chefs de gangs néozélandais sont d’accord, comme nous l’apprend un article du Guardian.

'Get vaxxed': New Zealand gang leaders unite to urge community to get vaccinated – video | World news | The Guardian

[1] Le choix d'autres dictionnaires :

Dictionary.com : Allyship;
Cambridge University : perseverance
Collins Dictionary: NFTs (non-fungible tokens)
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Par le meme auteur :

Vers un vaccin contre la Covid-19

 

Lectures supplémentaires :

Vax — Oxford Dictionary's Word of the Year
Washington Post

Les mots anglais qui ont fait la une en 2020 – quarantine, lockdown, pandemic

Parler en anglais pourrait propager plus de coronavirus que ne le font certaines autres langues