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Noël 1914

Christmas in the Trenches

 

 [7 minutes]

Christmas in the Trenches by John McCutcheon

My name is Francis Tolliver. I come from Liverpool.
Two years ago the war was waiting for me after school.
To Belgium and to Flanders, to Germany to here,
I fought for King and country I love dear.
It was Christmas in the trenches where the frost so bitter hung.
The frozen field of France were still, no Christmas song was sung.
Our families back in England were toasting us that day,
their brave and glorious lads, so far away.

I was lyin' with my mess-mates on the cold and rocky ground
when across the lines of battle came a most peculiar sound.
Says I "Now listen up me boys", each soldier strained to hear
as one young German voice sang out so clear.
"He's singin' bloody well you know", my partner says to me.
Soon one by one each German voice joined in, in harmony.
The cannons rested silent. The gas cloud rolled no more
as Christmas brought us respite from the war.
As soon as they were finished, and their reverent pause was spent.
'God rest ye merry, gentlemen', struck up some lads from Kent.
The next they sang was 'Stille Nacht". "Tis 'Silent Night'" says I
and in two toungues one song filled up that sky.
"There's someone commin' towards us now" the front-line sentry cried.

All sights were fixed on one lone figure trudging from their side.

His truce flag, like a Christmas star, shone on that plain so bright
as he bravely trudged, unarmed, into the night.
Then one by one on either side walked into no-mans-land
with neither gun nor bayonet, we met there hand to hand.
We shared some secret brandy and we wished each other well
and in a flare-lit football game we gave 'em hell.
We traded chocolates and cigarettes, photgraphs from home
these sons and fathers far away from families of their own.
Young Sanders played his squeeze box and they had a violin,
this curious and unlikely band of men.

Soon daylight stole upon us, and France was France once more.
With sad farewells we each began to settle back to war.
But the question haunted every heart who'd lived that wonderous night
"Whose family have I fixed within my sights?"
It was Christmas in the trenches and the frost so bitter hung.
The frozen fields of France were warmed as songs of peace were sung.
For the walls they'd kept between us to exact the work of war
had been crumbled and were gone for ever more.

My name is Francis Tolliver. In Liverpool I dwell.
Each Christmas come since World War One I've learned its lessons well.
For the ones who call the shots won't be among the dead and lame
and on each end of the rifle we're the same.

© 1984 John McCutcheon – All rights reserved

3:40 :

  

 

Peace is Possible [3:37 minutes]

 

 

Lecture supplémentaire :

 

Game-of-truce

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Honoring 100 Years after The WWI 1914 Christmas Truce
In Our Own Time Of War
Huffington Post, 24 December 2014

Kindle

 

PEACE ON EARTH:
The Christmas Truce of 1914

David Boyle
Kindle Single
Endeavour Press (November 30, 2014)

Comment traduire « level playing field » ?

L'analyse qui suit a été rédigée par notre contributeur fidèle, Rene Meertens, linguiste du mois de janvier 2019 et auteur du Guide anglais-français de la traduction, dont une nouvelle édition (2021) vient de paraître. 

Rene Meertens Guide

Depuis quelque temps, l’expression « level playing field » est à la « une » de l’actualité dans la perspective d’un éventuel accord entre le Royaume-Uni et l’Union européenne au sujet du « Brexit », la sortie de la nation britannique du giron européen.

Les négociations achoppent sur trois questions principales : la pêche, le mécanisme de règlement des différends et le « level playing field ».

  Level playing fields

 

Qu’entend-on par là ? C’est simple : l’UE ne souhaite pas une distorsion de concurrence qui pourrait surgir si le Royaume-Uni accordait des aides d’Etat à ses entreprises ou assouplissait la réglementation en matière de pesticides, d’environnement, de droits des travailleurs, etc.

Le « level playing field » est une situation dans laquelle aucune des parties n’est injustement désavantagée. Au sens propre, il s’agit d’un terrain de sport plat, qui ne pénalise aucune équipe. Au sens figuré, c’est une situation qui ne désavantage aucune partie dans l’exercice d’une activité donnée, en particulier dans le domaine économique.

Plusieurs traductions ont été proposées. Certaines d’entre elles peuvent convenir en fonction du contexte, mais la plus précise me paraît être « conditions de concurrence équitables ». On peut certes la raccourcir et parler de « concurrence équitable » ou même de concurrence tout court.

Citons Le Figaro du 6 décembre dernier : « Samedi, après leur visioconférence, Ursula von der Leyen et Boris Johnson ont admis dans un communiqué commun qu’il subsistait toujours des « différences importantes » dans les trois domaines clés que sont la concurrence, le mécanisme de règlement des différends et la pêche. » (Si le Royaume-Uni veut recouvrer sa pleine souveraineté, c’est notamment pour reprendre la maîtrise de ses eaux poissonneuses. Pour l’Union européenne, ce motif est spécieux, car en l’absence d’accord il ne pourra vendre sa pêche aux Européens qu’en supportant des droits de douane très élevés. Mais pour nos amis Britanniques, cet argument est lui-même spécieux, … ou fishy pour utiliser un mot anglais plus familier.)

Termium propose « règles du jeu équitables ». Dans certains cas, cette traduction est acceptable. De même, l’expression « garanties en matière de concurrence » peut être retenue, mais le « level playing field » n’est pas un ensemble de règles ou de garanties. Des règles ou des garanties peuvent assurer des conditions de concurrence équitables, mais elles ne sont pas synonymes de ces dernières.

Si déjà on s’écarte du sens précis, autant privilégier la concision.

Une fois qu’il aura été établi que le terrain de jeu est plat, il suffira de veiller à ce que nul ne change les règles du jeu pendant la partie (to move the goalposts during the game). Littéralement, « déplacer les montants du but pendant la partie ».

 

  Moving-goalposts  

Lecture suppleméntaire

Brexit: What is a level playing field? – BBC 9 December 2020

Des mots anglais : fenestra, fenestration, defenestration

Le mot français fenêtre se traduit en anglais par « window » (bien que « window » puisse, suivant le cas, se traduire par vitrine, hublot, guichet ou créneau). De toute évidence, il n'y a aucun lien étymologique entre fenêtre et « window ». Toutefois, en anglais, il existe plusieurs termes connexes qui, comme fenêtre, dérivent du latin fenestra.

Fenestra – Ce mot sert à désigner différentes sortes d'ouvertures en anatomie, en zoologie et en architecture: un orifice dans la paroi médiane de l'oreille moyenne afin de restaurer l'audition, ou le trou pratiqué dans un os; une tache ou une marque transparente sur l'aile d'un phalène ou d'un papillon; et une baie vitrée dans un bâtiment. 

Fenestration a des sens différents, selon qu'il s'agit de médecine, d'architecture ou de mobilier: c'est un acte médico-chirurgical consistant à pratiquer une ouverture dans différentes cavités du corps  (ex.: fenestration des valvules cardiaques); la conception et l'aménagement des ouvertures d'un bâtiment; et un jour (réel ou simulé) percé dans un meuble à des fins décoratives.

  Defenestration  


Toutefois, plus intéressant que ces termes techniques, voici le mot defenestration, désignant l'action de jeter quelqu'un ou quelque chose par la fenêtre. Selon Wikipedia, le terme tirerait son origine de deux événements historiques qui se sont déroulés à Prague. En 1419, sept conseillers municipaux furent précipités par les fenêtres de l'Hôtel de Ville, déclenchant ainsi les guerres hussites (ou guerres de Bohême). En 1618, deux lieutenants des Habsbourg et leur secrétaire furent précipités par l'une des fenêtres du château de Prague, amorçant ainsi la guerre de Trente Ans. Ces événements, notamment celui de 1618, furent connus sous le nom de défenestrations de Prague et donnèrent naissance au terme et au concept.

  Defenestrations-of-Prague  


La mort suspecte de Jan Masaryk, Ministre des affaires étrangères de Tchécoslovaquie, a été appelée la « Troisième défenestration de Prague » par ceux qui croient qu'il a été précipité par une fenêtre du Ministère des affaires étrangères, son corps ayant été retrouvé dans la cour du Palais Cernin, à Prague, le 10 mars 1948.

  Capture d’écran 2011-01-28 à 21.46.35  

Il semble que l'usage de la défenestration remonte aux temps bibliques, lorsque la reine Jézabel fut précipitée par une fenêtre, au IXe siècle av. J.-C.

  Capture d’écran 2011-01-28 à 21.48.35  
  The Death of Jezebel by Gustav Doré*  

En octobre 2010, onze personnes se blessèrent en se jetant par une fenêtre du deuxième étage d'un immeuble de la banlieue parisienne, croyant échapper à un homme nu qu'elles prenaient pour le diable! À cette occasion, on parla d'auto-défenestration

Sources:
The Oxford Dictionary of Phrase and Fable, Oxford University Press, 2006

The American Heritage® Dictionary of the English Language, Fourth Edition
Online Etymology Dictionary 

* Aujourd'hui, en anglais, le mot “Jezebel” désigne une femme méchante et intrigante.

Lecture supplémentaire :

Vernissage – note linguistique

JG2 Jonathan G.

 

Diane Murez – linguiste du mois de décembre 2020


e n t r et i e n    e x c l u si f 

 

Diane Murez (cropped) (2)

l'interviewée

Raia Del Vecchio (cropped)
l'intervieweuse

Diane Murez,  écrivaine trilingue, est née à Baltimore.
Elle a étudié pendant une année au Gymnasium Goetheschule à Hanovre grâce à une bourse de l’American Field Service.  Diplômée de Princeton University avec mention summa cum laude [1] , elle s’est installée à Paris, où elle a écrit pour la presse française et américaine, tourné des films expérimentaux, et
obtenu la nationalité française.  Son livre documentaire pour enfants A Day on the Boat with Captain Betty a été publié par Macmillan. 

Diane - book cover

Son roman mosaïque Suite Américaine, dont « La Maison » a été choisie pour Da Costa a Costa, une anthologie italienne de littérature contemporaine, paraîtra dans une édition bilingue avec des dessins originaux de Françoise Pétrovitch.  À présent elle travaille sur une trilogie parisienne dont le premier tome s'intitule Rites of Paris, et le second, A Dancer’s Diary.  Elle habite près de Paris avec son mari photographe, où elle a fondé Mon Montrouge, une association de politique locale, et Amitié et Culture, un groupe qui organise des sorties culturelles.

Raia Del Vecchio, est née à Jérusalem et a grandi en Suisse.

Diplômée de  l’Ecole de traduction et d’interprétation de Genève, elle poursuit ses études en Littérature comparée et en Études juives à l’Université hébraïque de Jérusalem puis à la Freie Universität de Berlin.

Elle a traduit en français des auteurs israéliens tels que Eshkol Nevo, Etgar Keret, Sayed Kashua ou Gilad Seliktar et les films de Yaelle Kayam (Mountain, 2015), d’Avishai Sivan (Tikkoun, 2015) ainsi que de nombreux scénarios. Elle a aussi traduit de l’allemand le livre pour la jeunesse d’Arnold Schönberg La Princesse et des articles pour la presse de l’italien.

Son premier roman, Hôtel Receptor (Phébus, 2017), a remporté le Prix des lycéens d’Île de France.

 

Raia - Hotel Receptor book cover

Raia (thumbnail)
Une fois vos études universitaires terminées, vous avez décidé de vous installer à Paris alors qu’à priori, vous n’aviez aucune attache particulière avec la France.  Pouvez-vous expliquer ce choix ? 

Diane (thumbnail)En fait, c’était un hasard. J’étais malheureuse en amour et voulais partir « très loin. »  À ce moment-là, on m’a proposé un poste de professeure à l’École américaine de Paris. Et comme le hasard fait bien les choses, c’est là-bas que j’ai rencontré un groupe de jeunes intellectuels qui m’ont invitée à écrire pour leur nouveau journal, « Le Paris Métro », le premier « city magazine » de Paris. Cette équipe dynamique fourmillait d’idées, et j’ai eu la chance de participer à leur projet de montrer une vision anglo-saxonne de notre ville adoptive.

Raia (thumbnail)Quand avez-vous commencé à écrire et dans quel contexte ?

Diane (thumbnail)Bien avant d’écrire, j’adorais « raconter des histoires. »  Je crois que j’ai hérité cela de ma grand-mère paternelle, qui me racontait plein d'histoires qui n’étaient pas destinées aux oreilles des enfants : un voisin menacé par la Mafia, une émigrée analphabète qui avait donc confondu un laxatif avec une tablette de chocolat. À mon tour, je racontais des histoires à tous les gamins du voisinage.  En C.P., la maîtresse a marqué dans mon carnet de notes que j’allais certainement devenir écrivain.  Effectivement, j’écrivais des poèmes, des sketchs, des récits, mais j’ai pris longtemps avant d'assumer mon désir d’écrire de la littérature.  D’abord, je suis passée par l’enseignement et le journalisme, puis j’ai écrit des livres pour enfants.

Raia (thumbnail)Pour votre recueil de nouvelles Suite Américaine, écrit principalement à Paris, pouvez-vous décrire l’expérience de créer un texte littéraire dans une langue (en l’occurrence l’anglais) à une époque où vous viviez dans un environnement qui en parle une autre (francophone) ?  Est-ce une sorte de schizophrénie, familière à de nombreux exilés, ou bien une façon de se reconstituer un « chez soi » ou un « home away from home »?

Diane (thumbnail)Probablement les deux, mais je n’ai jamais envisagé mon écriture de cette façon. Pendant ma jeunesse, je me sentais davantage « chez moi » dans le monde des livres que parmi mes contemporains, et quand j’ai commencé à écrire, j'ai reconstruit ce refuge dans mon propre imaginaire.  Lorsque mes personnages ont commencé à m’entraïner dans leurs aventures, cela m’a procuré un immense plaisir.  Pour moi, la schizophrénie était moins une question d’écartèlement entre deux pays, ou deux langues, qu’une coupure entre l’intérieur et l’extérieur.  Parfois, je me culpabilisais d’être si contente dans mon monde à moi, mais heureusement, ce n’est pas une excentricité qui nuit à autrui… Il se trouve que les personnages dans Suite Américaine vivent aux Etats-Unis et parlent anglais, mais ce n’est pas toujours le cas dans mes textes.

Raia (thumbnail)Pour ce projet, vous avez opté pour une édition bilingue en ayant recours à des traducteurs francophones.  Avez-vous d’abord pensé à traduire le texte vous-même ? Je pense aux cas d’écrivains tels que Nabokov, Beckett…. capables d’écrire en plusieurs langues et pour qui cette expérience s’est avérée un nouveau processus créatif.

Diane (thumbnail)C’est une question multiple, qui soulève une problématique intéressante.  Avant de répondre, il faut dire que je garde un souvenir inoubliable de l’après-midi où j’ai pris le thé avec Samuel Beckett [2] à la Closerie des Lilas

Beckett Closerie-des-Lilas-Montparnasse

Buvant son Irish Coffee, il parlait avec une éloquence et un talent de raconteur époustouflants, passant sans pause de sa dernière découverte lexicale à ses dîners avec James Joyce. Jamais je n’avais entendu quelqu’un manier l’anglais oral de façon si belle, sans aucune hésitation ni répétition de vocabulaire. Beckett était un génie des langues, qui passait des heures à faire des recherches dans le dictionnaire. Cela transparaît dans son écriture, pour laquelle j’ai une admiration sans bornes.

Je pense que Beckett, Nabokov, Conrad [3] , et quelques autres génies ont un talent rare pour écrire dans deux langues (ou plus). Honnêtement, ce n’est pas mon cas.  Je n’ai jamais pensé que ma maîtrise du français écrit était suffisamment forte pour pouvoir traduire vers cette langue.  Par contre, dans mon travail avec mes traducteurs (Pascale-Marie Deschamps, Jean-Paul Deshayes, et Catherine Wallisky) j’ai été amenée à m’exprimer beaucoup sur les choix de traduction puisque je comprends réellement la langue. Ce n’était pas le cas, par exemple, pour une traduction italienne de ma nouvelle La Maison. J’étais très étonnée quand une lectrice italienne a remarqué que l’histoire devait se passer à Florence, parce que le personnage principal utilisait le mot florentin « babbo » pour « Papa ».

Pascale-Marie
Pascale-Marie Deschamps
J-P cropped
Jean-Paul Deshayes

Catherine
Catherine Wallisky

Raia (thumbnail)Et quelle a été votre part dans la révision de la traduction française ?  Était-ce compliqué avec les traducteurs de trouver chacun sa place ? On dit parfois ironiquement que si un auteur est content d’une traduction, c’est mauvais signe. Au passage, ce n’est pas le cas ici où la traduction est remarquable.

Diane (thumbnail)Chacun des talentueux traducteurs ne pouvait faire qu’une partie du texte — pour des raisons personnelles.  La traduction finale est donc le fruit de leurs approches diverses. Il a fallu reprendre tout le texte pour « lisser » leurs styles, et surtout pour faire correspondre les niveaux de langue : vouvoiement ou tutoiement, etc.  Ce travail collaboratif sur les traductions a été extrêmement enrichissant pour moi, et j'ai appris à goûter le fait que le texte français, bien que très ressemblant à l’anglais, possède son propre caractère.

Par ailleurs, j'ai eu la chance de travailler avec une excellente correctrice, Cybèle Castoriadis, qui savait bien peser la signification de la ponctuation d’une langue à l’autre et trouver des solutions pour qu’elle soit non seulement correcte mais aussi expressive.

 Enfin, mon travail avec les traducteurs a parfois demandé de la réécriture, surtout quand l’équivalent de l’anglais n’existait pas en français — par exemple, pour des jeux de mots.  Heureusement tous mes traducteurs se passionnent pour leur travail, et se sont montrés inventifs pour chercher le mot ou la phrase au plus près de ce que je voulais exprimer.

Raia (thumbnail)Quels sont les auteurs européens ou américains qui vous ont le plus influencée ?  Aujourd’hui lisez-vous en français et en anglais ?  Et pensez-vous qu’une part des sonorités françaises ou quelque chose de français transparaît dans votre écriture ?

Diane (thumbnail)Quand j’étais petite, je lisais surtout des livres dans la bibliothèque de mon école. J’adorais les biographies et avais épuisé tout leur stock.  J’ai commencé à lire la littérature pour jeunes de mon époque, souvent des histoires de jeunes filles détectives. Un jour, mon père a déclaré que ce gavage de livres sans intérêt était une perte de temps.  Il a acheté la collection des « Great Books » (les grands classiques de la littérature) [4] et m’a fait promettre que pour tous les trois livres de divertissement, je lirais aussi un classique.  C’est grâce à ce deal, que lui a presque tout de suite oublié, mais que j’ai suivi pendant des années, que j’ai découvert Henry James. [5]

Henry-James

Henry James m’a initiée à la littérature.  Ses livres n’étaient pas de mon âge, ni de mon milieu, mais ils m’ont révélé un monde jusqu’alors insoupçonné. Il parlait de choses dont personne dans mon entourage ne mentionnait l'existence.  Et peut-être que la vie romanesque de ses expatriés américains m’a donné envie de découvrir l’Europe.

Plus tard, j'ai été influencée par Thomas Mann et Virginia Woolf, et j’ai écrit sur leur utilisation de la mythologie grecque dans la construction de leurs personnages.  Je pense que Woolf a élargi le champ de l’anglais comme Proust l’a fait pour le français, et que tous deux ont repoussé les limites du roman dans leur exploration du temps. 

Thomas_Mann VirginiaWool

En allemand, j'aime Ingeborg Bachmann et Walter von der Vogelweide, si éloignés dans le temps, mais si modernes tous les deux.

Parfois, je préfère lire dans une autre langue étrangère quand je travaille sur un texte en anglais, pour ne pas ressentir d'interférence de style.  Mais je reviens toujours vers Shakespeare si je ressens un assèchement de mon écriture. Je me replonge dans la langue du poète et en ressors pleine d'une énergie nouvelle. 

Quant à l’influence des autres langues, je pense que c'est un sujet mystérieux.  Il y a des fois où certains mots ne me viennent à l’esprit que dans telle langue. Si un mot français ou allemand vient avec insistance, j’essaie de creuser sa signification pour moi afin de trouver comment exprimer l'équivalent en anglais. 

Plus que les sonorités, les rythmes des autres langues ont une influence sur mon écriture.  On cite souvent Kafka comme écrivain qui utilise des phrases « simples. » Mais je trouve qu’au contraire, sa façon étonnante de manier des phrases courtes avec un rythme haletant, crée une angoisse sous-jacente. Ce remarquable sens du rythme est quelque chose que j’essaie de soigner dans ma propre écriture. Souvent, je me lis certains passages à haute voix pour écouter leur rythme.

Raia (thumbnail)Pouvez-vous raconter comment a eu lieu la collaboration avec Françoise Pétrovitch, dont les illustrations du recueil de SuiteFrancoise Petrovitch Américaine sont magnifiques.  Sauf erreur, elle n’a pas eu accès au texte original, ne maîtrisant pas vraiment l’anglais. A-t-elle découvert, grâce à la traduction, une autre facette de votre personnalité et vous de la sienne ?

Diane (thumbnail)Françoise Pétrovitch a tout de suite accueilli avec enthousiasme l’idée de collaborer à ce projet.  Avec la graphiste Elsa Cassagne, nous avons beaucoup parlé de la meilleure forme à donner à cette collaboration.  Françoise a insisté sur le fait que des simples illustrations ne l’intéressaient pas ; elle voulait dessiner ce que les textes lui inspiraient.  Effectivement, elle a lu les textes en français et a choisi de dessiner un seul objet par histoire— comme invitation à la lecture et comme évocation de son contenu.  D’abord, nous avons pensé aux dessins en noir et blanc, mais à la fin nous avons préféré la couleur pour évoquer le changement de saisons.  Ce qui m’a épatée, c’est que les images que lui ont inspiré mes textes sont telles que j’aurais pu les rêver.  C’est passionnant de travailler avec une artiste d’une telle sensibilité et je suis ravie de cette rencontre de nos deux mondes imaginaires.

Raia (thumbnail)Â présent, une question sur votre texte. La première nouvelle, « Après le bip, » met en scène une femme bourgeoise « SDF », sans difficulté financière comme on dit ironiquement. La vie semble s’acharner contre cette pauvre veuve, Janet, qui accumule à elle seule beaucoup de clichés bourgeois… de la façon la plus cruelle. À l’heure du féminisme, est-ce une façon de dénoncer ce rôle inconsistant des femmes qui n’ont pas eu besoin de travailler et se sont laissé vivre, par générosité, dans le don de soi ou par paresse ? Et d’où vient cette fascination pour la cruauté ?

Diane (thumbnail)Cette appréciation de « cruauté » dans mon écriture m’étonne, mais je l’ai entendue plusieurs fois de la part des lectrices et lecteurs français — mais pas des anglophones.  Il y a même une lectrice qui a fait une comparaison avec Les Contes Cruels de Villiers de l’Isle Adam. Est-ce à cause des sujets dits difficiles dont je parle ? Ou bien est-ce que j’ai été influencée par les Contes de Grimm que la mère de la famille allemande dans laquelle j’ai vécu m’a donnés à lire pour apprendre la langue ? Je n’en sais rien. 

Quant au féminisme, c’est une question qui me touche profondément. Pour moi, le féminisme oblige à donner une voix aux femmes — à toutes les femmes — dans toute leur diversité, et non seulement dans de beaux rôles ou comme objets du regard masculin. J’ai été frappée par une lettre de Charlotte Brontë, qui parlait de son désir de créer une héroïne qui ne soit pas belle, avant d’écrire Jane Eyre. Alors, je pense qu'il est également intéressant d’écrire sur une veuve désœuvrée, dont la vie pose de réelles questions de société.

Raia (thumbnail)Vous avez étudié la littérature comparée à Princeton et vivez à Paris depuis longtemps. En quoi la culture américaine vous est-elle étrangère aujourd’hui et en quoi la culture française reste-t-elle étrangère à vos yeux/ou est-elle devenue familière ?  Avez-vous aussi l’impression par ce statut particulier, d’être une passeuse et de pouvoir expliquer une culture à l’autre, au-delà des clichés ? 

Diane (thumbnail)Un jour une amie française m’a dit, « Tu n’es plus américaine, tu es… parisienne ! » Elle parlait de ce brassage cosmopolite de populations qu’on trouve à Paris, où le mélange des cultures est habituel et où il est courant de parler plus d’une langue.  Par contre, il est compliqué de comprendre à fond la société et la culture françaises, et je crois qu’on ne perd jamais certaines attitudes de sa culture d’origine, inculquées depuis l’enfance.  Bien que mes habitudes culinaires soient françaises depuis des années, j’ai toujours tendance á être trop exactement à l’heure pour mes amis français. J’ai la double nationalité et j’aime ce statut particulier qui me permet de profiter des deux cultures et d’en extraire ce que je préfère de chacune. Je crois pouvoir jouer un rôle de « passeuse », comme vous dites, et mon actuel projet littéraire est une trilogie « parisienne » où il s’agit de différences culturelles.

*********************

[1] « avec la plus haute louange » = mention très bien 

[2] Paru sur ce blog : 

« Le 110e anniversaire de l'auteur de En attendant Godot »

12/04/2016

[3] Paru sur ce blog :

« Joseph Conrad : Geneve-les-Bains ou Spy City ? »

6/8/2013

[4] Great Books of the Western World (54 volumes)

Great_Books (1)

[5] (1843-1916) écrivain américain, naturalisé britannique, figure majeure du réalisme littéraire du XIX e siècle.

Le 11 décembre – le 99e anniversaire du décès de John Gillespie Magee, Jr. – aviateur et poète

 

3             4 

 
 
L'Américain John Magee (mort le 11 décembre 1941 à l'âge de 19 ans) et le Français Antoine de Saint-Exupéry (à l'âge de 44 ans) étaient tous deux pilotes. L'un et l'autre se tuèrent en avion  et ont laissé leur marque dans la littérature, John Magee grâce à son poème High Flight et Saint-Exupéry en écrivant Le Petit Prince


John Magee pilotait un Spitfire pour la Force aérienne du Canada lorsqu'il fut tué en vol au-dessus de l'Angleterre à l'âge de 19 ans, trois mois après avoir écrit High Flight.

Saint-Exupéry a écrit des livres dans lesquels il relate des aventures liées à l'aviation, mais il est surtout l'auteur du Petit Prince, traduit dans plus de 190 langues. Il s'engagea dans l'armée de l’air française et rejoignit plus tard les Forces françaises libres. Son avion disparut alors qu'il survolait la Méditerranée en juillet 1944, un an après la rédaction du Petit Prince.

Saint-Exupéry est un auteur mythique dans la littérature pour les enfants, tandis que Magee n'écrivit aucune autre œuvre littéraire. Cependant, High Flight jouit d'une popularité immense dans le monde de l'aviation. En 1971, James Irwin, pilote du module lunaire d'Apollo 15 transporta le poème High Flight jusqu'à la Lune. Le Président Ronald Reagan lut des vers de ce poème après la mort des sept astronautes qui se trouvaient à bord de la navette spatiale Challenger lorsque celle-ci explosa en vol en 1986. Quand Alan Shepard, le premier astronaute américain, mourut en 1998, High Flight fut cité dans de nombreux hommages qui lui furent rendus.  

 

Dans cette vidéo, le poème High Flight est chanté par John Denver, qui lui-même se tua lorsque l'avion qu'il pilotait s'écrasa. 

 

Oh! I have slipped the surly bonds of Earth
And danced the skies on laughter-silvered wings;
Sunward I’ve climbed, and joined the tumbling mirth
Of sun-split clouds, — and done a hundred things
You have not dreamed of — wheeled and soared and swung
High in the sunlit silence. Hov’ring there,
I’ve chased the shouting wind along, and flung
My eager craft through footless halls of air . . .

Up, up the long, delirious burning blue
I’ve topped the wind-swept heights with easy grace
Where never lark, or ever eagle flew —
And, while with silent, lifting mind I’ve trod
The high untrespassed sanctity of space,
Put out my hand, and touched the face of God.

 
   
     
   

 

*  http://www.efg-squadron.com/forums/viewtopic.php?pid=14112


"Nous pouvons dormir tranquilles parce que, la nuit, des hommes bourrus sont prêts à s'en prendre à ceux qui nous veulent du mal." George Orwell

Pour découvrir d'autres écrits sur la guerre, voir http://iwvpa.net

 

 

 

1                        2 

                                  Le Pilote poète                                Le Petit Prince

 

Disponibles chez Amazon.fr et Amazon.com

 

JG2 Jonathan G.    Traduction: René MEERTENS

Lecture supplémentaire

Le 75e anniversaire d’Antoine de Saint-Exupéry

 

Curioistés litteraires (5)

GoncourtEdmond Huot de Goncourt, (1822-96)  est un écrivain français, fondateur de l'Académie Goncourt qui décerne chaque année le prix du meme nom. Il a collaboré avec son frère, Jules. Les ouvrages des frères Goncourt appartiennent au courant du naturalisme. 

L’auteur et dramatiste irlandais, Oscar Wilde a écrit une lettre à Edmond de Goncourt en français en
décembre 1891 : Wilde

« On peut adorer une langue sans bien la parler, comme on peut aimer une femme sans la connaître. Français de sympathie, je suis Irlandais de race, et les Anglais m’ont condamné à parler le langage de Shakespeare. »

President & princesseValery Giscard d’Estaing, ex-président de France, vient de disparaître à l’âge de 94 ans, rédigea un livre La Princesse et le Président. D’après certains, ce roman d’amour traita d’une affaire, réelle ou imaginaire, entre d’Estaing et Diana Spencer, princesse de galles.

 

VoltaireA 29 ans, Voltaire, malade de la « petite vérole », échappe de peu à la mort. Il ressort de cette épreuve convaincu de l’intérêt de l’inoculation, ancêtre des vaccins et combat des Lumières. 

Le Monde, 30 juillet 2020

 

L'auteur le plus traduit est Agatha Christie (Royaume-Uni), avec 7236 traductions tirées de ses œuvres écrites cataloguées Agatha-christie par l'Index Translationum de l'UNESCO, ce qui a été vérifié le 7 mars 2017. Voir « Les auteurs les plus traduits dans le monde ». https://bit.ly/2VtgR1J

Christie est la créatrice des détectives de fiction populaires Miss Marple et Hercule Poirot, et ses œuvres incluent Le Meurtre de Roger Ackroyd et Le Meurtre sur l'Orient Express.

Trois video clips sur des thèmes linguistiques

Est-que les textos signent l'arrêt de mort des solides compétences de rédactions ? John McWhorter affirme que les textos cachent bien plus de choses au niveau linguistique et culturel qu'à première vue — et c'est plutôt une bonne nouvelle.

Les textos tuent le langage. jrigol!!!  (13:48 minutes)


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Tout en travaillant avec les enfants atteints de troubles de la parole, Ajit Narayanan a élaboré un moyen de penser au langage à travers des images, en reliant les mots et les concepts dans des « plans ». Cette idée est à l'origine d'une application qui aide les personnes mutiques à communiquer. La grande idée derrière cela est un concept de langage appelé « FreeSpeech », ayant un potentiel sensationnel.

Un jeu de mots pour communiquer dans n'importe quelle langue (15 minutes 34 secondes)

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Que se passe-t-il quand un rêve d'enfance… ne se réalise pas ? Alors que Lisa Bu s'adaptait à une nouvelle vie aux États-Unis, elle s'est tournée vers les livres pour développer son esprit et se construire un nouveau chemin dans la vie. Elle partage son approche unique de la lecture dans cet exposé adorable et personnel sur la magie des livres.

Comment les livres peuvent ouvrir votre esprit (16 m 17 s)