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La Toile élimine-t-elle le livre ou peut-elle ramener à lui ?

Un universitaire anglais propose une solution

FigesProfesseur d'histoire à Birkbeck College (Université  de Londres), Orlando Figes s'est aperçu que ses étudiants lisaient de moins en moins et pêchaient de plus en plus sur la Toile les informations dont ils avaient besoin pour leurs travaux    écrits et oraux. [1]  Birkbeck logo

 

Interrogeant à ce sujet une étudiante de troisième année, il s'est attiré la réponse suivante : « Nous n'avons pas le temps de lire des livres entiers. Il existe des moyens plus rapides de trouver ce que l'on cherche pour rédiger un devoir ou faire un exposé. »  

Surpris de cette réponse, le professeur Figes a interrogé d'autres étudiants et obtenu sensiblement la même réponse. Quel intérêt y-a-t-il à perdre son temps à lire Figes sparknotesdes livres quand on peut consulter SparkNotes, Wikipedia ou autres sur la Toile ? Pourquoi se priver des articles et des enquêtes de la bibliothèque numérique JSTOR et ne pas lire des résumés d'articles préparés par leurs enseignants ? Après tout, c'est la façon dont ils ont appris à étudier à l'école, ces méthodes ont fait leurs preuves et il n'y a pas lieu d'en changer. Bref, comme l'écrivait Walter Benjamin à propos des médias, les étudiants ont de plus en plus tendance « à lire verticalement plutôt qu'horizontalement ».

    Tout le système éducatif est désormais axé dans ce sens. On apprend aux étudiants à « traiter » un livre plutôt qu'à le lire, feuilleter l'index, lire l'introduction et la conclusion, le parcourir en diagonale et s'en faire une idée d'après les analyses publiées à son sujet. On gagne en efficacité et on réussit aux examens. On fait des têtes bien pleines, mais sont-elles bien faites ?

    « Avaler des livres en entier peut transformer nos vies », écrit Figes. « Nous nous immergeons en eux et nous en ressortons intellectuellement enrichis, avec de nouvelles idées et de nouvelles questions sur le monde. Lire un livre de a à z, c'est comprendre la structure de son argumentation, en apprécier la valeur littéraire, s'imprégner de sa lecture. Cela aide certainement l'étudiant à allonger la durée de son attention, à appréhender des textes difficiles et à assimiler des connaissances. » Du reste, quel site, aussi raffiné soit-il, présentera jamais l'intérêt pédagogique d'un livre de Jules Michelet, d'Arnold Toynbee ou de Marc Bloch ?

     D'autant que l'information en ligne est stéréotypée et réductrice. Loin d'être objective, elle contribue puissamment à propager la « pensée unique ». Comme l'écrit Patrick Pelloux, « Lire et relire des articles, recouper les témoignages. Une fois de plus, ' Vivent les bibliothèques et les livres! ' Les informations sur Internet, en particulier sur certains sites qui usurpent les mots des encyclopédies, sont truffées d'erreurs ». [2]Le professeur Figes n'en veut pour exemple que la Révolution russe, domaine qu'il connaît bien. Se référant à SparkNotes et à Wikipedia, il y a relevé un nombre inquiétant d'erreurs et de contre-vérités qui n'auraient jamais trouvé leur place dans un livre écrit par un spécialiste.

   Ainsi, l'étudiant qui se fiera à SparkNotes pour « lire » les événements de 1917 en Russie, aura l'impression : 1) que le régime impérial était aussi répressif que le régime soviétique qui lui a succédé ; 2) que les bolcheviks étaient la seule solution socialiste possible ; et 3) que la Révolution d'Octobre a permis à la Russie de rattraper son retard industriel et économique sur l'Occident.

    Triple contre-vérité : 1) Certes, la Russie impériale était une autocratie dont le bras armé, la police politique, la redoutable Okrana, possédait une gendarmerie innombrable et une nuée d'agents secrets infiltrés dans toutes les classes de la société. Mais, il y a des degrés dans l'oppression et dans l'horreur, et l'Okrana n'eut jamais ni les moyens, ni l'efficacité de la Tchéka ou du Guépéou (GPU) qui lui succédèrent. 2) Les bolcheviks n'étaient pas la seule force socialiste agissante en 1917. S'ils représentaient la fraction majoritaire (d'où leur nom), il n'en existait pas moins un courant minoritaire (les menchéviks) et d'autres partis de gauche comme les travaillistes de Kerensky ou les socio-démocrates de Tchéïdzé qui auraient pu donner une autre orientation au régime. 3) Enfin, le mythe de la Révolution « industrialisatrice » est probablement plus trompeur encore. En réalité, la Russie s'est industrialisée à marche forcée depuis les dernières décennies du XIXe siècle. Sous le règne d'Alexandre III, elle se dote d'un grand nombre d'établissements d'enseignement supérieur qui ne tardent pas à produire des promotions entières de scientifiques et d'ingénieurs indispensables à la mise en place d'un potentiel industriel. Le pays connaît une industrialisation rapide et massive. L'exploitation pétrolière débute à Bakou en même temps qu'aux États-Unis. Le comte Witte [2], ministre des  finances et habile diplomate, favorise ce processus, mais il estime aussi que « la Russie a besoin de cinquante ans de paix ». Hélas, il ne sera pas entendu et la conjugaison de cette industrialisation trop rapide et de guerres malheureuses (1905 et 1914) conduira finalement aux événements de 1917.

    Cela ne veut pas dire qu'il faille bannir Internet, loin de là. Nous nous en servons tous et la Toile nous permet quotidiennement de mobiliser immédiatement telle ou telle information dont nous avons besoin. De leur côté, les livres continueront à jouer leur rôle, à condition qu'ils soient succincts, d'un prix abordable, accessibles aux étudiants et capables de retenir leur attention par une argumentation intéressante, élaborée par de bons communicateurs. Parallèlement, il faut aussi améliorer la qualité de l'information en ligne qui est mise à la disposition des étudiants dans les principaux domaines de l'enseignement scolaire et universitaire.

    Pour cela, le professeur Figes lance une initiative. Il crée le site http://orlandofiges.info qui vise à aider étudiants et enseignants à réfléchir aux moyens d'aborder les grands thèmes de la Révolution russe et de l'histoire de l'Union Figes book coversoviétique. Les 18 rubriques du site correspondent aux chapitres de son livre Revolutionary Russia, 1891-1991 (publié chez Penguin Books) et contiennent des commentaires détaillés sur les questions que les étudiants doivent connaître, des extraits de livres, des photographies et des vidéos, des suggestions de lectures et des conseils sur la façon de répondre aux questions d'examen les plus courantes. Le but est d'établir une nouvelle forme de dialogue et de ramener les étudiants à la lecture des livres, non pas de s'y substituer.

    Certes, le professeur Figes eut probablement préféré que ses étudiants n'empruntent pas de raccourcis vers l'acquisition des connaissances et qu'ils lisent des livres en entier. Mais il a suffisamment les pieds sur terre pour savoir qu'un tel objectif est trop ambitieux. Il propose donc une démarche qui tient compte de leur attachement à l'Internet et qui vise à l'adapter en vue d'une mise en commun du savoir qui soit à la fois créatrice et novatrice. Ce faisant, il ne fait qu'appliquer le vieux dicton : "Faute de les vaincre, ralliez-vous à eux" !  [3]  
 

[1] Orlando Figes est professeur d'histoire au Birkbeck College de l' Université de Londres. Il est l'auteur de Revolutionary Russia, 1891-1991. Le présent texte est très largement inspiré d'un article  paru sous sa signature dans le TES Magazine du 23 mai 2014, et dans lequel le professeur Figes nous a obligeamment autorisés à puiser de nombreux éléments. La rédaction du Mot juste l'en remercie très vivement.    

[2] Patrick Pelloux. On ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps. Robert Laffont, Paris, 2013, p.8.

[3] Figes witteSergeï Iouliévitch Witte (1849-1915), homme politique russe, l'un des plus compétents et des plus clairvoyants de son temps. Il acheva le chemin de fer transsibérien et s'employa à industrialiser la Russie.  

[4] en anglais : « If you can’t beat them, join them ! »

 

Lecture supplementaire :

Let's Stop Trying to Teach Students Critical Thinking

 

 

Jean L.

On nous prie d’insérer


Pour tous ceux qui se trouvent à Los Angeles au mois d'a
ôut :

Manet gettyLe J. Paul Getty Museum de Los Angeles a fait l’acquisition du Portrait de Julien de la Rochenoire (1882), un pastel d’Édouard Manet (1832–1883), l’un des plus grands artistes français de la fin du XIXe siècle. Il s’agit du premier pastel de Manet à intégrer la collection du musée Getty.

Au cours de sa carrière, Édouard Manet a réalisé près de 89 pastels connus, dont un grand nombre sont des portraits d’amis. Le sujet du pastel acquis par le musée Getty, Émile Charles Julien de la Rochenoire (1825–1899), était un peintre animalier et paysagiste qui connaissait Manet depuis de nombreuses années. Il se rendait souvent au dernier atelier de Manet, rue d’Amsterdam, et le pastel fut vraisemblablement réalisé au cours de l’une de ces visites.

Manet

Ce Manet nouvellement acquis vient enrichir la collection du musée Getty qui compte déjà deux peintures de l’artiste : 

Manet rue mosnier

La Rue Mosnier aux drapeaux (1878)

Manet brunet


et le Portrait de Madame Brunet (1860–63),

ainsi qu’une aquarelle, le Combat de taureau (1865).

 

Manet taureau 2

Il complète également la collection de pastels du XIXsiècle du musée, qui comprend l’Attente d’Edgar Degas (vers 1882)et le Portrait de la Baronne Robert de Domecy d’Odilon Redon (vers 1900), ainsi qu’une collection d’aquarelles et dessins majeurs de Renoir, Van Gogh, Gauguin et Seurat.

Le Portrait de Julien de la Rochenoire (1882) est exposé dans le pavillon ouest du musée jusq'au 24 août 2014.

Lecture supplémentaire :

J. Paul Getty Museum

L’albatros et le pélican

 

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           L’albatros
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         Le pélican

Dans un précédent article intitulé : « Alcatraz et Saint Quentin » consacré aux deux îles qui servent de prisons dans la baie de San Francisco, nous avons fait allusion au film « Le prisonnier d'Alcatraz », qui raconte l'histoire de Robert Stroud (« The Birdman of Alcatraz »), un dangereux tueur. Ayant trouvé un oiseau dans la cour de la prison où il était initialement détenu, ce prisonnier s'intéressa sérieusement à l'élevage des oiseaux. On lui attribua deux autres cellules dans lesquelles il installa un laboratoire. Il écrivit deux ouvrages sur les canaris, leur physiologie et leurs mœurs, et mit au point des médicaments pour les ornithoses.


Photographie aérienne de l'île
d'Alcatraz dans la baie de San Francisco


Livre de Stroud sur les maladies
des oiseaux

 

 

Mais le mot alcatraz a d'autres sens, ornithologiques, mais aussi étymologiques, historiques et littéraires. D'abord, il conviendrait d'aborder le lien entre les termes « albatros » et « alcatraz ». Alcatraz est la forme la plus ancienne qu'on trouve du mot albatros en français. François de Belleforest, (1530-1583) poète et traducteur français, auteur de "La Cosmographie universelle de tout le monde", le reproduit d'après un traité italien, lui-même traduit de l'espagnol. Le mot passe, sans changement, d'un traité à l'autre.

 


       Buste de François de
Belleforest à Samatan (Gers)

Note etymologique

La forme moderne albatros a été empruntée à l'anglais au milieu du XVIIIe siècle. L'anglais avait en effet altéré bizarrement le mot espagnol ou portugais alcatraz en albatros. [1] Selon une explication plus détaillée du site Online Etymology Dictionary : "albatros (n.) 1670, probablement de l'espagnol ou du portugais alcatraz (pélican), peut-être dérivé de l'arabe al-ghattas "aigle de mer" [Barnhart]; ou du portugais alcatruz "godet de noria" [OED], de l'arabe al-qadus "noria, cruche" (du grec kados, cruche), par allusion à la poche du pélican. Le nom en est venu à désigner, par erreur, chez certains marins anglais, un oiseau plus grand (dont l'envergure peut dépasser 3 m 50), appartenant aux Procellariiformes, un ordre d'oiseaux de mer constitué de quatre familles et de plus de 130 espèces vivantes.

 

Tout en demeurant sur le thème de oiseaux, constatons le lien historique entre alcatraz (aujourd'hui pelicano, en espagnol) et albatros, et entre alcatraz et pelican en anglais, il convient de noter l'évolution de celui-ci. Le mot pélican vient de l'ancien grec pelekan (πελεκάν), lui-même dérivé du mot pelekys (πελεκυς) signifiant « hache ». À l'époque classique le mot s'entendait à la fois du pélican et du pic vert [2]. Revenant au site Online Etymology Dictionary, nous y trouvons une explication plus complète : pelican (n.) du vieil anglais pellicane, du bas latin pelecanus, du grec pelekan (utilisé ainsi par Aristote dans son Histoire des animaux), étymologiquement proche de pelekas (pic vert) et de pelekys (hache), peut-être à cause de la forme du bec de l'oiseau . En anglais moyen, la prononciation a subi l'influence du vieux français pélican. 

Note historiqueL'Œuf de Pâques impérial au pélican

Dans la tradition russe, toute empreinte de symboles, il est d'usage d'offrir des œufs à l'occasion de la fête de Pâques. En effet, l'œuf est associé à la

Faberge

Carl Fabergé (1846-1920)
Œuf de Pâques impérial au pélican. Photo Katherine Wetzel © Virginia Museum of Fine Arts.

fécondité et au renouveau de la nature. Mais, en Russie, le pélican incarne aussi le dévouement maternel – la femelle allant jusqu'à s'arracher les chairs pour nourrir ses petits. De ce fait, le pélican est également associé à la fête de Pâques puisque son geste rappelle le sacrifice du Christ.

C'est sans doute pour ces deux raisons que l'empereur de Russie Nicolas II commanda au célèbre joaillier Carl Fabergé (1846-1920) l'Œuf de Pâques impérial au pélican qu'il offrit à sa mère, l'impératrice douairière Maria Feodorovna, à l'occasion de la Pâques orthodoxe de 1898. Intention  d'autant plus délicate que le pélican était l'emblème personnel de l'impératrice douairière. Cet œuf d'or rouge, contenant un pélican en émail nourrissant ses deux petits, est l'un des joyaux de l'exposition Fabergé,  joaillier des tsars qui se tient actuellement (et jusqu'au 5 octobre prochain) au Musée des Beaux-Arts de Montréal.   Faberge ticket rotated On peut y admirer les plus belles pièces de la collection  Pratt,
prêtées par le Virginia Museum of Fine Arts de Richmond (Virginie), ainsi que de nombreux documents d'archives photographiques et cinématographiques sur les dernières années de la monarchie russe. 
   

Note littéraire

Notons le poème « The Rime of the Ancient Mariner " du poète anglais célèbre, Samuel Taylor Coleridge (1772-1834).

   

Samuel Taylor Coleridge

Livre illustré par Gustave 
Doré, le graveur, peintre 
et sculpteur français

 

At length did cross an Albatross,

Through the fog it came;

As if it had been a Christian soul,

We hailed it in God's name.

It ate the food it ne'er had eat,

And round and round it flew.

The ice did split with a thunder-fit;

The helmsman steered us through!

And a good south wind sprung up behind;
The Albatross did follow,
And every day, for food or play,
Came to the mariner's hollo!

 

Enfin passa un albatros :

il vint à travers le brouillard ;

et comme s'il eût été une âme chrétienne,

nous le saluâmes au nom de Dieu.

Nous lui donnâmes une nourriture
comme il n'en eut jamais.
Il vola autour de nous. Aussitôt la glace se fendit avec un bruit de tonnerre,
et le timonier nous guida à travers les blocs.


Et un bon vent du sud souffla par derrière le navire.
L'albatros le suivit, et chaque jour,
soit pour manger, soit pour jouer,
il venait à l'appel du marin. [3]

 
Vingt trois ans plus tard, en 1857, Charles Baudelaire écrirait  Fleurs du Mal: 

Caudelaire2

L'Albatros
Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
 
 


Pour conclure, choisissons un poème plus léger sur le thème du pélican, rédigé par le poète et humoriste américain, Dixon Lanier Merritt (1879–1972) :
 


The Pelican

Pelican 8A wonderful bird is the pelican,
His bill will hold more than his belican,[4]
He can take in his beak
Enough food for a week
But I'm damned if I see how the helican! [5]
——————————————————-
[1] Les mots français dans l'histoire et dans la vie,
p.44, George Gougenheim, (éditions Omnibus.), p.185.

[2] La source de cette affirmation est très convenablement l'étymologiste, Eric Partridge, (A Short Etymological Dictionary of Modern English. New York, New York: Greenwich House. p. 479) dont le nom de famille veut dire perdrix.

[3] Source de traduction : www.archive.org

[4] = belly can

[5] = hell he can

Jonathan G. & Jean L. 

Jonathan Meades, linguiste du mois de juillet 2014

 Meades The Indpendant

photo: The Independant

Jonathan Meades, intellectuel anglais, s’est bâti une solide réputation auprès du public britannique et de l’étranger, notamment dans les domaines de la gastronomie, de l’architecture, du documentaire (environ 25 films pour la télévision) et de l’écriture. Parmi toutes ses activités professionnelles, il a notamment été critique culinaire au Times de Londres pendant de nombreuses années.

 

Meade food

 

M. Meades a eu la gentillesse d’accepter une invitation à notre rubrique ” Linguiste du mois”.


Isabelle_Pouliot (1)


L’entrevue qui suit fut réalisée en anglais et traduite en français par la très douée traductrice Isabelle Pouliot.

Nous la remercions infiniment pour sa précieuse aide.

Isabelle, traductrice agréée de l’anglais vers le français de l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ) a fondé la société DESIM Inc. en 2012. (http://traduction.desim.ca)

Son parcours universitaire et professionnel comprend le journalisme, la traduction et la révision. Isabelle est diplômée de l’Université McGill en traduction. Elle habite à Oakland, en Californie. 

Il s’agit d’une première publication sur ce blogue pour Isabelle, le jour même de son anniversaire. Nous serons très heureux de voir cette coopération
s’épanouir dans un proche avenir. Felicitations, Isabelle, pour la belle traduction et pour ton anniversaire.

 

 LMJ : Votre recherche sur des aspects inusités de l’architecture est bien connue du public grâce à plusieurs séries télévisées, dont la première était Abroad in Britain (offerte en format DVD). Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs français la singularité du titre et la raison de son choix ?

Meades architecture

M. Meades : Mes sujets britanniques ont toujours été provinciaux. Pour quelqu’un comme moi ayant vécu toute sa vie d’adulte à Londres sauf les sept dernières années, les provinces britanniques sont des territoires étrangers, elles sont abroad

LMJ : Dans un documentaire diffusé à la télévision en deux parties et intitulé Magnetic North, vous présentez au public britannique des aspects méconnus des pays du nord de l’Europe. Étant donné que de nombreux Britanniques ont voyagé dans ces pays, quelle recherche avez-vous effectuée afin de trouver du matériel qui serait inédit pour les téléspectateurs ?

Meades 5

M. Meades :C’est très simple, la plupart des Britanniques ignorent tout du nord de l’Europe. Les Britanniques qui voyagent en Europe vont en Espagne, en France, en Italie. Presque tout ce que j’ai choisi de leur montrer était donc nouveau pour eux. De plus, ce documentaire n’était pas un journal de voyage, mais, comme la plupart de mes travaux, un essai polémique.

 

  Meades franceLMJ : En 2012, BBC4 a diffusé la série Jonathan Meades on France, dans laquelle vous visitez votre « second pays ». Vous semblez avoir adopté cette citation fréquemment attribuée à Benjamin Franklin : « Tout homme a deux patries : la sienne et puis la France ». Vous qui connaissez si bien de nombreux pays européens, qu’est-ce qui explique votre fascination pour la France ?


M. Meades : La plupart du temps, cette citation est faussement attribuée à Thomas Jefferson. Cependant, il s’agit d’une réplique du personnage de Charlemagne dans une pièce de théâtre écrite par le dramaturge français, Henri de Bornier à la fin du 19e siècle. C’est un énoncé très chauvin qu’on ne doit pas prendre au sérieux…

J’admire le républicanisme français.

 Meade 2 cuntries

 

LMJ : Vous avez récemment écrit un article intitulé So frenchy, so touchy, about the English language, qui a été publié dans le quotidien britannique The Guardian. Dans cet article, vous suggérez aux Français d’accepter l’influence de l’anglais sur leur langue. Vous avez écrit : « Ce qui est […] particulier, c’est cet entêtement digne du roi Canute dont fait preuve une certaine strate de la société française, laquelle refuse d’admettre que les langues sont des organismes hybrides et que l’idéal de pureté linguistique est aussi inatteignable qu’indésirable ». Mais ne croyez-vous pas qu’il est légitime que de nombreux Français, constatant une tendance à l’adoption servile de l’anglais, craignent de voir leur langue et leur culture menacées ?

M. Meades :Le risque que les Français « adoptent servilement » quelque chose qu’ils ne veulent pas adopter est nul.

 

Meades filthy englishLMJ  : Vous avez publié une dizaine d’ouvrages, notamment Filthy English, un recueil de nouvelles et votre premier livre de fiction. Stephen Fry affirme que personne ne comprend l’Angleterre mieux que vous. Cependant, un lecteur a décrit votre livre de la manière suivante : « C’est comme un menu qui comprend du foie gras poêlé et sa réduction de framboises, suivi d’un confit de canard et sa réduction de cerises, et pour finir, une crêpe Suzette. Tous ces plats sont délicieux, mais non leur accumulation dans un même repas ». Que pensez-vous de cette opinion exprimée par des termes culinaires ? Un autre lecteur a dit qu’il n’avait compris qu’un mot sur trois. Votre style peut-il être trop précieux pour la société d’aujourd’hui ? En d’autres termes, est-ce que ce livre est principalement destiné à un public de lettrés ?

 

M. Meades : Je méprise les écrivains qui se préoccupent de ce que disent leurs lecteurs, particulièrement lorsqu’ils s’expriment d’une manière si lourde.


LMJ : Que faites-vous en France en ce moment ? Lorsque vous êtes en France, vous adonnez-vous aux mêmes activités qu’à votre bureau en Angleterre ? Quels sont vos projets ?


M. Meades : J’écris un nouveau livre et je planifie une nouvelle émission de télévision, deux exercices presque antithétiques.

 

Lectures supplémentaires :

Sharp Suits and Sparkle: Jonathan Meades On Acid, Space and Place
The Quietus, 29.10.2012

Incest and Morris Dancing,
BBC NEWS BREAKFAST, 02.05.2002

Le Canada dans la première Guerre mondiale

Gaudry centenary28.07.1914


Par William Gaudry, étudiant de doctorat à l'Université du Québec à Montréal

Gaudry portraitDans l'article qui suit, nous retrouvons notre collaborateur, William Gaudry, de Montréal.

William est né dans le quartier ouvrier de Mercier à Montréal (Québec, Canada) de parents canadiens français. Il a fait toutes ses études en français, de l'école primaire à l'université, l'anglais étant pour ainsi dire sa langue seconde.
 
Venant de l'ouest de la France, sa famille s'est installée au Canada au début du XVIIe siècle. Plusieurs de ses membres ont ensuite émigré aux États-Unis au milieu du XIXe siècle pour ne jamais revenir dans la vallée du Saint-Laurent. Au fil des ans, ces derniers ont abandonné le français comme langue d'usage et ont adopté les moeurs et coutumes américaines, au point de devenir étrangers à ceux qui étaient restés au pays. L'histoire de sa famille s'apparente à celles de milliers d'autres Canadiens français.
 
Depuis son tout jeune âge, notre invité a  toujours été passionné par l'histoire des francophones d'Amérique du Nord. Il cherchait à comprendre la survivance d’un peuple minoritaire francophone sur un continent à majorité anglophone. Selon lui, l'étude du passé permet d'ouvrir l'horizon sur l'avenir. L'apprentissage de l'histoire est essentiel à l'enrichissement de la mémoire individuelle et au maintien des balises identitaires d'une société, en particulier lorsqu'il s'agit  d'une société comme le Québec qui doit constamment affronter les forces anglicisantes qui mettent en péril son existence unique. Donc, l'enseignement est le gardien de la mémoire collective.
 
C'est dans cet esprit que William a obtenu un baccalauréat et une maitrise en histoire à l'Université de Montréal. 

 
 
 
Gaudry - old photo croppedNotre collaborateur dédie son article a son arrière grand-père, Joseph Pothier, vétéran de la Première Guerre mondiale, 22e Royal Régiment
 
 
 
———————————

 

Demain, le 28 juillet 2014, marquera le centenaire de la Première Guerre mondiale (1914-1918), un des conflits les plus meurtriers de l'histoire Gaudry empirehumaine. Elle est déclenchée un mois après l'assassinat de l'héritier de l'Autriche-Hongrie François-Ferdinand par un anarchiste bosniaque. Mais la guerre est une réponse à une crise impériale qui persiste en Europe depuis la fin du XIXe siècle. Chaque nation à ses motifs: la revanche de la Guerre de 1870 pour la France, le prestige dissipé pour l'Empire Ottoman et la Russie, la concurrence navale pour la Grande-Bretagne, l' «encerclement» pour l'Allemagne. En outre, l'attentat de Sarajevo contre l'Archiduc n'est qu'un prétexte camouflant des lésions diplomatiques profondes entre les nations européennes. À l'époque (et jusqu'en 1931), le Canada est une colonie britannique et entre donc en guerre en même temps que la métropole, le 4 août 1914.

Les deux communautés linguistiques du pays divergent d'opinion au sujet de la participation canadienne dans le conflit. D'un côté, les Canadiens français sont attachés au territoire canadien. Ils consentent à défendre la Grande-Bretagne, mais réclament une intervention canadienne minimale sous la forme d'un soutien logistique aux troupes britanniques. La Première Guerre mondiale n'est pour eux qu'une guerre «impérialiste» sans résonnance véritable de l'autre côté de l'Atlantique. De l'autre, les Canadiens anglais manifestent ouvertement leur appui à la mère-patrie et aux valeurs qu'elle génère. En fait, une majorité de Canadiens anglais réside au Canada depuis moins de trois générations et maintient des liens culturels et idéologiques avec la Grande-Bretagne. Pour recruter un maximum de Canadiens français, le gouvernement fédéral met en œuvre une campagne publicitaire s'adressant spécifiquement à eux. On y souligne notamment le lien fraternel entre la France et ses anciens Gaudry 2 sujets. La publicité d'enrôlement adressée aux Canadiens anglais est la même que celle qui est publiée à Londres et dans d'autres villes britanniques, sans message précis. Le gouvernement fédéral canadien mise sur la diversité de ses bataillons pour générer un consensus au sein de la force militaire expéditionnaire. Une de ses stratégies est de créer des bataillons en fonction des groupes ethniques prédominants au Canada. Plusieurs jouissent d'une notoriété exemplaire dont les 22e Royal, 280e Voltigeurs et 178e Expéditionnaire canadiens français, le 73e Royal Highlander Black Watch écossais et le 208e Canadian Irish irlandais. Ces bataillons permettent aux minorités canadiennes de s'enrôler avec leurs pairs et de combattre sous la bannière britannique selon leurs convictions spécifiques.

En avril 1915, la 1ère division canadienne rejoint les troupes françaises à Ypres et réussit à cerner les Allemands. Pour freiner l'avancée des troupes franco-canadiennes, l'armée allemande décharge 160 tonnes de gaz

Gaudry soldier

Ce soldat canadien souffre de brûlures par le gaz moutarde [1].

toxiques, une première tentative du genre dans l'histoire militaire humaine. Sans moyen de défense, les Canadiens n'ont d'autre choix que de battre en retraite vers leur tranchée initiale. Les pertes sont énormes : 2000 hommes asphyxiés sur le coup et 4000 autres blessés de manière permanente. Au front, les Canadiens français et les Canadiens anglais se parlent très peu. Leurs relations ne sont ni cordiales, ni tendues; elles sont tout simplement indifférentes puisque chacun des groupes se bat pour des raisons spécifiques parmi des bataillons ethniques. Mis à part quelques collaborations logistiques à l'échelle de l'État major britannique, les régiments canadiens fonctionnent isolément les uns des autres. De plus, la guerre de tranchées limite les mouvements et leur permet de consolider leurs traits particuliers au combat. Plusieurs paysans français racontent avec stupéfaction la venue de «ces hommes» qui chantent des sérénades françaises vêtus à l'anglaise.

Durant la Bataille de la Somme de 1916, l'État-major britannique envoie l'armée canadienne dans la région de Péronne.

Gaudry somme

 

 

 

 

 

 

 

 

Après plusieurs tentatives infructueuses, la 4e division réussit à contrôler les tranchées allemandes à proximité du village de Courcelette. Leur succès résonne dans tout l'Empire britannique, car le village était insaisissable depuis l'invasion de l'armée allemande à l'été 1914. À partir de ce moment, les Canadiens deviendront les troupes d'élites (shock troops) de l'armée britannique pour les combats à venir. Une fois le village libéré, l'armée canadienne parvient à la crête de Vimy, proche de la ville d'Arras dans le Pas-de-Calais. S'entame alors la plus célèbre bataille du Canada durant la Première Guerre mondiale.

En avril 1917, la force expéditionnaire canadienne entière affronte la 6e armée allemande à Vimy. Quelques jours suffisent pour que les Allemands évacuent les villages de Thélus et de Givenchy-en-Gohelle. Après la guerre, le site de la Bataille de Vimy deviendra un lieu de commémoration nationale à la mémoire des soldats canadiens.

image from http://s3.amazonaws.com/hires.aviary.com/k/mr6i2hifk4wxt1dp/14072503/4d6fba1c-1714-4ba4-b749-f260bec9a5ea.png

La Bataille de Vimy peinture de Richard Jack –
                  Musée canadien de la guerre

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Elle est un symbole d'unité nationale, car les Canadiens français et les Canadiens anglais y étaient présents côte-à-côte. Arrivées à un point culminant, les tensions entre les deux groupes linguistiques éclatent en 1917 lorsque le gouvernement impose la conscription à tous les hommes canadiens en âge de servir. Des émeutes éclatent partout dans la province de Québec où se regroupe l'essentiel de la population canadienne française. C'est surtout à Montréal où les protestations sont les plus actives, car la ville abrite une forte minorité anglophone. Toutefois, la conscription tarde à être effective puisqu'en novembre 1918, date où prend fin le conflit, seulement 47 000 hommes ont franchis l'Atlantique sur une possibilité de 120 000. La crête de Vimy permet à la Grande-Bretagne de sécuriser les hauteurs de la région en prévision d'une offensive contre les positions allemandes en Belgique et à la frontière alsacienne. Avec l'aide des troupes Gaudry Passaustraliennes, l'armée canadienne libère une bonne partie de la région d'Ypres jusqu'à la ville de Passchendaele (Zonnebeke) en Belgique après l'avoir perdue aux mains des Allemands en 1915. À l'automne 1918, elle lance une offensive finale de 100 jours en collaboration avec la Grande-Bretagne et la France jusqu'à la ligne Hindenburg où se réfugie les troupes allemandes en retraite. D'une tranchée à une autre, le Canada libère les régions d'Arras et d'Amiens. Le 11 novembre 1918, l'Allemagne rend les armes.

Au total, près de 600 000 hommes et infirmières canadiens se sont enrôlés durant la Première Guerre mondiale, soit 8 % de la population totale du pays. C'est plus que les autres dominions de l'Empire britannique, exception faite de l'Inde. Chose certaine, la Première Guerre mondiale a profondément divisé le pays pour les décennies à venir, autant sur le plan politique entre les impérialistes et les nationalistes canadiens (français) que sur le plan culturel entre les deux communautés linguistiques. Elle invite le Canada à réinterroger sa place dans les relations diplomatiques mondiales.

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[1] Le gaz moutarde (ou ypérite) est un composé à base de sulfure d'éthyle dichloré, inventé par le chimiste allemand Fritz Aber et utilisé pour la première fois par l'armée allemande dans le secteur d'Ypres (Belgique), en 1917. À la fin de la guerre, Aber se réfugia en Suisse par crainte d'être poursuivi pour crime de guerre.

Gaudry table

 

Centenaire de la Première Guerre Mondiale (Poème) – Jimmy Mineau :

 

WW1 – History – Canada Part 1 – 26 minutes

 

WW1 – History – Canada – Part 2 – 34 minutes

 

Lecture supplémentaire :

Jour du Souvenir – 11 h, le 11e jour du 11e mois

Le coquelicot, Ypres et l'Yser

 

 

AD ASTRA PER ASPERA


Confessions d'un blogueur

Annonce d'un article à paraître le 20 juillet 2019 (!)

Astra churchillDans un discours célèbre, prononcé pendant la dernière guerre  mondiale, Winston Churchill parlait « du sang, de la sueur et des larmes  » (blood, toil, tears and sweat). Certes, il serait exagéré d'employer de tels vocables pour qualifier ce qu'il faut d'efforts pour conserver à ce blog son intérêt et ses attraits. Mais, en coulisses, c'est un échange constant d'idées, de suggestions, de résultats de recherches et de dur labeur qui permet de poursuivre ce bien modeste projet.

Astra 5Il arrive que cet effort soit facilité par deux sociétés américaines bien connues – Apple et Starbucks. La première collabore en ce sens qu'avec ma tablette et tout en me Astra 7promenant dans Los Angeles, je peux échanger des courriels avec mon collègue et ami, Jean Leclercq. Starbucks collabore aussi à sa manière, non seulement en me fournissant le café qui stimule mon intellect, mais également en m'offrant des connections wi-fi dans toutes ses succursales aux États-Unis.

 

Astra1

             L'étoile des astronautes,
    au coin de la rue jouxtant le Starbucks.

Dimanche dernier, 20 juillet 2014, en conduisant ma femme au marché des agriculteurs d'Hollywood, j'ai garé ma voiture près d'un café Starbucks sur la Walk of Fame (l'allée des Illustres), juste à l'endroit où une étoile a été dédiée aux trois astronautes, membres du programme spatial américain Apollo, qui ont atterri sur la lune exactement 45 ans plus tôt – le 20 juillet 1969. Posé sur cette étoile, j'ai envoyé un message à Jean.

 

Tout cela pour assurer nos lecteurs que nous avons bien l'intention de poursuivre et de développer le blog ad astra, tout en sachant que nous n'y parviendrons Astra 2que per aspera. Comme Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins, nous visons haut. Et parce que nos articles sont programmés longtemps à l'avance, nous avons déjà coché dans notre agenda la date du 20 juillet 2019, afin de nous rappeler qu'il faudrait, ce jour-là, célébrer le 50ème anniversaire du premier alunissage.

De la sorte, nous ferons un deuxième petit pas pour l'homme et un deuxième pas de géant pour l'humanité – et pour nos lecteurs.

Astra step

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Jonathan G.   Traduction : Jean L.

 
Note historique – un autre 20 juillet,
25 ans avant le premier alunissage :

Astra StauyffenbergLe 20 juillet 1944, à 12h.42, une bombe explose à la Wolfschanze (la Tanière du Loup), le Q.G. d'Hitler, près de Rastenburg, en Prusse-Orientale. C'est un colonel de l'armée de terre, Claus von Stauffenberg (blessé et amputé d'un bras sur le front russe), qui l'a placée dans une serviette, près de la table des cartes autour de laquelle se tiennent Hitler et ses collaborateurs. Un officier d'état-major, baguette en main, expose la situation. Il déplace la serviette qui le gêne et l'éloigne ainsi du Führer. Celui-ci ne sera que blessé par l'explosion. Entretemps, Stauffenberg (qui a entendu l'explosion) s'est envolé pour Berlin, après avoir annoncé la mort d'Hitler aux conjurés. Ceux-ci déclenchent le dispositif et investissent alors tous les points Astra goebels  stratégiques de la capitale, mais négligent l'immeuble de la radio. C'est de là que Joseph Goebbels annonce sur les ondes que le Führer n'est pas mort. Le complot échoue et le haut état-major allemand, très compromis, est littéralement décimé par la répression. L'idée était de conclure une paix séparée avec les Alliés occidentaux et d'empêcher la pénétration de l'Armée Rouge sur le sol allemand. Plusieurs millions de vies humaines auraient pu être épargnées – en supposant que Churchill et Roosevelt aient accepté de traiter avec les conjurés dans le dos de Joseph Staline !

Jean L.

 
Note étymologique :

Astra 6Il va de soi que le mot "astronaute" dérive du mot latin astrum (astre, étoile) qui se trouve, au pluriel, dans l'expression ad astra per aspera [Vers les étoiles à travers les difficultés ou, dans la langue de Dickens, Through hardships to the stars].

 

 Note personnelle :

Avec mon petit-fils sur la Walk of Fame, Hollywood

 


Note musicale :

La chanson, « Fly me to the moon »,

chantée par l'américain, Tony Bennet, 87 ans

 

 

et par la norvégienne, Angela Jordan, 7 ans

 

«  Moon River », chantée par les trois ténors, Pavaroti, Carreras et Domingo

 

Note linguistique:


Un petit lexique des expressions et proverbes anglais contenant le mot « moon » :

ask for the moon

Fig. to make outlandish requests or demands for something, 
such as a lot of money or special privileges.
She's asking for the moon, and she's not going to get it. 
Don't ask for the moon. 
Be reasonable!


Demander, réclamer, vouloir la lune
[La lune symbolise le caractère impossible de quelque chose.]

moon something away

Fig. to waste time pining or grieving. Don't moon the whole year away! 
You have mooned away half the year.
Now pull yourself together!

Perdre son temps.

moon about someone or somethingmoon over someone or something

Fig. to pine or grieve about someone or something. 
Stop mooning about your cat. Cats always come back. eventually. Jill is still mooning over Robert.

se morfondre (to moon about) ; soupirer après quelqu’un,
soupirer pour quelqu’un
(to moon over someone)

once in a blue moon

Cliché very seldom. 
Jill: Does your husband ever bring you flowers? 
Ellen: 
Once in a blue moon.

Tous les trente-six du mois; quand les poules auront des dents;
la semaine des quatre jeudis.

promise the moon (to someone); promise someone the moon

to make extravagant promises to someone. 
Bill will promise you the moon, but he won't live up to hispromises. 
My boss promised the moon, but never gave me a raise.

Donner, promettre la lune. 
[La lune symbolise le caractère impossible de quelque chose.]

think someone hung the moon (and stars) 

Rur. to think someone is perfect. 
Joe won't listen to any complaints about Mary. 
He thinks she hung the moonand stars. 

Le sommet de la perfection.
Il pense qu’elle est le sommet de la perfection

be over the moon  (informal)

to be extremely pleased about something 
Marie got the job. She's over the moon.

Être aux anges : être ravi

many moons ago  (old-fashioned)

a long time ago 
I only have the faintest memory of that time. It all happened many moons ago.

Il y a des lunes. Il y a (très) longtemps.

reach for the moon/stars

to try to achieve something that is very difficult 
If you want success, you have to reach for the moon.

(Aller) décrocher la lune (pour quelqu’un).
[La lune symbolise le caractère impossible de quelque chose.]

Cambridge Idioms Dictionary, 2nd ed.  © Cambridge University Press 2006. 

Cambridge Dictionary of American Idioms  © Cambridge University Press 2003. 

McGraw-Hill Dictionary of American Idioms and Phrasal Verbs. © 2002 by The McGraw-Hill Companies, Inc.

Expressions équivalentes recherchées avec l'aide précieuse d'Isabelle Pouliot :
Eng.>Fr. Certified Translator, trad. a. (OTTIAQ)
Member of American Translators Association (ATA)
and Northern California Translators Association (NCTA)
Cell.: 510 881-6668 (Canada)
isabelle@desim.ca
http://traduction.desim.ca/

 

Sources françaises employées par Isabelle ::
Le Trésor de la langue française informatisé

Antidote, correcteur et dictionnaire de Druide informatique

Dictionnaire Anglais-Français en ligne de Larousse

Dictionnaire des proverbes français/anglais, Dictionary of Proverbs English/French, Monique Brezin-Rossignol, La Maison du dictionnaire/Hippocrene Books, inc., Paris, 1997, 479 p.

Deux langues, six idiomes, Irène de Buisseret,
Carlton-Green Publishing Company, Ottawa, 1975,
480 p.

 


 

 

Les termes anglais du mois :
nomophobia, digital detox


Nomo 3Dans un article publié il y a un an, nous avions présenté et analysé le mot anglais phubbing, inventé par un groupe d'universitaires australiens pour décrire le comportement antisocial consistant à utiliser son portable sans égard aucun pour l'entourage. Il s'agit du néologisme phubbing – contraction des mots anglais phone (téléphone) et snubbing (repousser, rabrouer). Celui qui se comporte ainsi est un phubber.

Ceux qui arrivent par chance ou au prix d'efforts surhumains à se détacher Nomo 0de leur portable risquent de souffrir de nomophobia, une contraction des mots no mobile phobia (en français, nomophobie), terme qui désigne l'angoisse née de l'absence de téléphone portable. Selon le site linguistique, World Wide Words : "C'est épouvantablement pseudo-grec, mais il n'existe pas de terme classique désignant le fait d'être sans téléphone."

Selon un sondage effectué en Grande-Bretagne en 2008 et répété en 2012, le nombre de personnes souffrant de nomophobia est passé entre ces deux dates de 53 à 67%. Ce dernier chiffre est composé de 70% pour les Nomo 1hommes et de 61% pour les femmes. Mais cette différence peut s'expliquer par le fait que davantage d'hommes possèdent deux portables et, par conséquent, se trouvent moins déconnectés de deux appareils à la fois.

D'autres statistiques, provenant d'un sondage réalisé pour le Poste britannique, montrent que 55% des 2000 personnes interrogées répondent qu'elles n'éteignent jamais leurs portables.

Dans un sondage américain de la société TelNav Inc., 22% d'utilisateurs de  portables (dont 40% étaient des propriétaires d'i-Phones) ont répondu qu'ils préféraient renoncer à leur brosse à dents qu'à leur portable. 11% Nomo 2préféraient sortir de chez eux sans slip que sans portable. En outre, 66% de ces utilisateurs dorment avec leur portable à côté d'eux.

Nomo 5Dans d'autres études, de jeunes adultes ont signalé des symptômes de sevrage physique et mental quand ils ont été séparés de leur téléphone. Ils commencent à entendre des sonneries fantômes, ils s'irritent pour un rien et ont des maux de tête.

Le psychologue Michael Fenichel, spécialiste de l'addiction à la technologie, pose une série de questions, dont les suivantes :

Êtes-vous déprimé après avoir éteint votre portable?
Quand l'avion atterrit, ouvrez-vous le portable tout de suite pour voir si vous avez raté des messages?
Au travail ou à la maison, négligez-vous vos devoirs pour vous connecter à la Toile sur votre portable?

Selon vos réponses, vous pouvez vous considérer accros au portable.

L'Américain David Greenfeld, Directeur du Centre d'Addiction à l'Internet et à la technologie, parle d'une épidémie en cours de formation. « Nous ne voyons que la partie visible de l'iceberg », dit-il.

 

Pour ceux qui, ne pouvant pas se débarrasser de cette maladie, n'en cherchent pas moins une solution, il existe un remède radical qui s'appelle digital detox (la désintoxication numérique).

L'Oxford Dictionnaires définit digital detox comme suite :

A period of time during which a person refrains from using electronic devices such as smartphones or computers, regarded as an opportunity to reduce stress or to focus on social interaction in the physical world. Example: Break free of your devices and go on a digital detox.

Une société dans la Californie, nommée Digital Detox, propose aux numérico-toxicomanes des séjours à la campagne de trois jours. Règlement de ces séjours : pas de téléphone, pas d'ordinateur ou de tablette, pas de montre. Défendu de parler de travail ou d'âge avec les autres participants dont les noms doivent rester secrets.

Nomo 7Maïté Baron, une Française fondatrice d'une société britannique, The Corporate Escape, offre les conseils suivants pour éviter le stress: "Take the TV out of your home. Read one newspaper a week. It's the same news, repeated every day. Check private email maximum twice a day, and never when you're at work."

 

Nomo 6Dans un article paru sous le titre « Digital Detox, a Tech-Free Retreat for Internet Addicts", le site businessweek.com raconte l'histoire d'une jeune femme qui n'a cessé de se chamailler avec sa douce moitié – au moyen de textos. C'est plus commode, explique-t-elle, d'être méchant de cette façon-là que face à face.

Dans un programme diffusé par la radio publique américaine, NPR, « Digital Detox » la première règle, parmi d'autres, du régime de Digital Detox est d'éloigner le portable.

 

Nomoo

Photograph by E. Renstrom for Bloomberg Businessweek;
Emoticon by Steph Davidson

Si vous nous permettez de mettre notre grain de sel, voici ce que nous voudrions ajouter : après de bonnes vacances, sans aucun contact avec le monde numérique, dès que vous serez de retour chez vous, ne manquez pas de consulter le blog www.Le-mot-juste-en-anglais.com pour vous tenir à jour de tous les événements importants que vous avez manqués pendant votre absence !

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Nophone 7

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lectures supplémentaires :

Being glued to your cell is a problem, experts say
Chicago Tribune News, 18 January 2012


66% of the population suffer from Nomophobia, the fear of being without their phone

Securenvoy, 16 Februaury 2012

 

Digital detox, le jeune des hyperconnectés
Le Monde, 10.03.2015

 

Jean L. & Jonathan G.

de A à B – annonce

D'ordinaire, aller de A à B n'est pas considéré comme un exploit ! Mais, pour un blog non-commercial, animé par deux dilettantes, il n'est pas banal d'avoir des collaborateurs dans des villes aussi éloignées qu'Auckland (en Nouvelle-Zélande) et Bangor (au Pays de Galles) !

 

              Auckland, Nouvelle Zélande

Bangor, Pays de Galles

 

En effet, deux linguistes et auteurs prestigieux qui ont accepté une A Olssoninvitation à notre rubrique Linguiste du mois sont :
– le Professeur John Olsson
, de l'Université de Bangor,  éminent spécialiste mondial de la linguistique légale, auteur notamment de "Word Crime",

et


AnjanaMme Anjana Iyer, qui vient de publier "Untranslatable Words". Écrit et illustré par ses soins, c'est le premier et magnifique ouvrage de cette jeune femme de talent qui a vécu en Inde avant de s'installer en Nouvelle-Zélande.

Les deux entretiens paraîtront au cours des prochains mois.

[Note personnelle : Bangor est une localité qui a une signification particulière pour moi puisqu'un de mes ancêtres en fut le maire. Jonathan G.]

Guillaume Apollinaire, le « flâneur des deux rives »

perspectives littéraires de la Première Guerre Mondiale

Préface :

Il y a 100 ans – 28.07.2014

Gaudry centenary

Comme nous l'avons récemment dit dans un article liminaire, « 1914, le début de la Grande Guerre et la fin d'un monde », nous publierons à l'occasion du Centenaire du début de cette "guerre pour terminer toutes les guerres", une suite d'articles sur les poètes de la Grande Guerre, en commençant par Guillaume Apollinaire, du côté français, et Siegfried Sassoon et Wilfred Owen, du côté britannique. Voici le premier de ces articles, sous la plume de notre fidèle lectrice, Madeleine Bova.

 

Franco-italienne, Madeleine Bova a partagé ses études supérieures entre la Faculté des lettres et   des sciences humaines de l'Université de Lille (France) où elle a acquis les diplômes suivants :

CELGM (Certificat d'Etudes Littéraires Générales Modernes, avec italien. anglais et histoire);
– CES (Certificat d'études supérieures) de philologie italienne;
– CES d'études pratiques d'italien;
– deux ans d'assistanat de langue française dans des établissements d'enseignement supérieur en Italie (Pescara et Sienne);
et l'Université de Florence (Italie) dont elle détient un Magistero, avec les options suivantes : Français IV, Anglais II (biennio legale), Philologie romane, Littérature comparée, Espagnol (complémentaire).
En outre, elle est titulaire du Certificate of proficiency in English, University of Cambridge

 

La mort d'un poète  

 

Apollinaire

Portrait de Guillaume Apollinaire par Jean Metzinger

Dans les Mémoires du XXe siècle [1] à la date du samedi 9 novembre 1918, on lit :
« Mort à Paris, des suites de la grippe espagnole, de Wilhelm Apollinaris de Kostrowitsky, dit Guillaume Apollinaire, écrivain, poète et auteur dramatique naturalisé français, né à Rome le 26 août 1880.

 

 

Apollinaire 1

Picasso et Max Jacob devant La Rotonde,
photo Jean Cocteau, 1916.

Ami de Max Jacob, de Derain, de Picasso, « piéton de Paris », il publia ses premiers poèmes en 1903 et dirigea successivement les revues Le Festin d'Ésope et Les Soirées de Paris. Qu'il s'agisse de ses recueils (Alcools ou Calligrammes), de ses pièces de théâtre comme Les Mamelles de Tirésias ou de ses œuvres en prose, il est avant tout l'écrivain du renouvellement poétique, proche de la mouvance futuriste. Dadaïstes et futuristes ne s'y tromperont pas en voyant en lui un véritable précurseur. »

 

L'œuvre d'Apollinaire est étroitement liée à sa vie, c'est pour cela qu'une brève biographie est indispensable à la compréhension de sa production littéraire.

L'enfance

Guillelmus Apollinaris Albertus naît à Rome en 1880, fils d'un officier italien et d'une aventureuse jeune femme italo-balte, Angelica De Kostrowitzky dont il porte le nom. Il arrive en France en passant d'abord par Monte-Carlo (comme, plus tard, Léo Ferré) où sa mère adore jouer au casino. Après des études chaotiques dans la principauté de Monaco, à Cannes et à Nice, il acquiert néanmoins une érudition surprenante, se lie d'amitié fraternelle avec René Dupuis qui deviendra le poète Dalize et se fait naturaliser français.

La vie de bohème

En 1889, il s'installe à Paris et, pour vivre, exerce différents métiers : il écrit des feuilletons pour les journaux, devient garçon de bureau, puis répétiteur et précepteur de la fille d'une vicomtesse franco-allemande, ce qui l'amène en Rhénanie où il connaît sa première grande aventure amoureuse avec la jeune gouvernante anglaise [3], mais sera mal payé en retour…Rentré à Paris, le « Mal aimé » commence à fréquenter les milieux littéraires en pleine ébullition. En 1903, il se lie avec André Salmon, Alfred Jarry, Paul Fort, rencontre André Derain et Pablo Picasso, participe à tous les mouvements d'avant-garde, voit naître le Fauvisme, élabore avec Picasso l'esthétique cubiste.

 

Modigliani, Picasso et André Salmon pris par Jean Cocteauen,
 au carrefour Vavin (aujourd'hui Place Pablo Picasso).

A1    A2A3

   Andre Derain -             Alfred Jarry                      Paul Fort
    autoportrait

 

Tout cela, sans cesser d'écrire. Il rencontre un autre grand amour en la personne de Marie Laurencin [2] et cette liaison agitée durera jusqu'en 1912, année durant laquelle il fait connaissance du poète italien Giuseppe Ungaretti. Leur amitié se maintiendra jusqu'à sa mort prématurée. Dans le recueil de poèmes Alcools (1913), il exprime sa soif de vie ardente.

 

A5

     Marie Laurencin
A4

Giuseppe Ungaretti

          

 

   

 

 

 

 

    

Le soldat Apollinaire

Lorsque la guerre éclate, il s'engage en décembre 1914. D'abord affecté dans l'artillerie à Nîmes, il est reversé dans l'infanterie et envoyé au front à sa demande. Il est blessé à la tempe d'un éclat d'obus, le 17 mars 1916, et doit subir deux trépanations. De retour à Paris, en 1918, il publie un nouveau recueil de poèmes Calligrammes (Poèmes de l'amour et de la guerre). Il est désormais affaibli par une blessure qui ne guérira jamais.

 

Apollinaire minerve« Pareva un antico romano, con la sua scultorea testa, la corpulenza gagliarda, la maestà bonaria del portamento… » Giuseppe Ungaretti.

[Il avait l'air d'un citoyen romain, avec sa tête sculpturale, sa corpulence gaillarde et son port majestueusement débonnaire…]

 

Une belle Minerve) [4] est l'enfant de ma tête
Une étoile de sang me couronne à jamais

Apollinaire ne résiste pas à l'épidémie de grippe espagnole qui l'emporte l'avant-veille de l'armistice, le 9 novembre 1918. En ces derniers jours de la guerre, des braillards déambulaient dans Paris en criant « À bas Guillaume ! ». Ces lazzis s'adressaient à l'empereur d'Allemagne mais, dans son délire, le pauvre Apollinaire put croire à une dernière cabale de ses ennemis..

Deux jours après, Ungaretti arrivait à Paris pour fêter l'armistice et se rendait au domicile d'Apollinaire avec les cigares "Toscanelli" (petits cigares plutôt malodorants, mais très appréciés de "Kostro", comme l'appelait "Unga"). Ignorant encore le décès de son ami, il entre dans la chambre et le trouve sur son lit de mort, le visage  couvert d'un voile noir.

Consterné autant que bouleversé, il laisse tomber par terre la boîte  de cigares.

Après avoir assisté aux funérailles, il écrira en français ce poème :

      Pour Guillaume Apollinaire
en souvenir de la mort que nous avons accompagnée
            en nous elle bondit hurle et retombe
          en souvenir des fleurs enterrées 

 

Les  Calligrammes

Le calligramme, terme inventé par Apollinaire du grec "καλός  γράμμα" (beau signe, belle écriture) est un poème présenté sous une esthétique nouvelle qui rompt irrévocablement avec la forme traditionnelle.

Le recueil composite tantôt narquois, goguenard et désabusé, tantôt touchant et poignant, témoigne de la versatilité d'Apollinaire, poète multiforme et polyédrique.

Le plus suggestif est sans doute:
la colombe poignardée et le jet d'eau.

A6


Comment lire ce poème?

Nous sommes en présence d'un « poème tableau », une écriture nouvelle dans l'espace de la page.
Il se présente sous la forme d'une colombe poignardée et d'un jet d'eau qui jaillit d'un bassin et y retombe. Si nous le récrivons en forme traditionnelle, comme nous le suggérait notre professeur de français du secondaire, nous pouvons plus aisément en comprendre le sens :

       Douces figures poignardées Chères lèvres fleuries
                               Mya  Mareye
                              Yette et Lorie
                            Annie et toi Marie
                        Où êtes-vous ô jeunes filles
        Mais près d'un jet d'eau qui pleure et qui prie
                            Cette colombe s'extasie.

                          Tous les souvenirs de naguère
                          Ô mes amis partis en guerre
                           Jaillissent vers le firmament
                      Et vos regards en l'eau dormant
                                 
                          Meurent mélancoliquement.

                     Où sont-ils Braque et Max Jacob
                Derain aux yeux gris comme l'aube
                          Où sont Raynal Billy Dalize
                          Dont les noms se mélancolisent  
                     Comme des pas dans une église 
                          Où est Cremnitz qui s'engagea
                          Peut-être sont-ils morts déjà
                     De souvenirs mon âme est pleine
                     Ceux qui sont partis à la guerre 
                      Au Nord se battent maintenant
                        Le soir tombe Ô sanglante mer
                Jardins où saigne abondamment
                        Le laurier rose fleur guerrière .

Le premier dessin évoque les amours perdues du poète et le second les amis dispersés.

La colombe, oiseau symbole de la paix, ici poignardée par la guerre : le C majuscule au centre de la première courbe est la garde du poignard qui a détruit les amours du poète, mais la colombe n'est peut-être pas abattue, elle rejaillit au-dessus du jet d'eau, comme le phénix de ses cendres..

Les vers libres et irréguliers, les allitérations en "i" (pensons à Rimbaud : « I pourpre, sang craché, rire des lèvres belles Dans la colère ou les ivresses pénitentes ») décrivent  toutes les figures féminines que le poète a aimées.

Le deuxième dessin est un jet d'eau et un bassin. L'eau, élément vital, la fontaine, thème récurrent chez Henri de Régnier ou Antonio Machado, représente la vie qui s'élève et qui retombe pour mourir dans le bassin. Le ton devient élégiaque. Le poète énumère les noms de ses amis peintres (Derain, Braque), poètes (Max Jacob, Dalize son ami d'enfance à qui est dédié le recueil), tous sont partis en guerre, l'atmosphère est nostalgique. Dans les octosyllabes, il utilise l'anaphore (répétition) où…où…où…et, dans le bassin « le soir tombe Ô sanglante mer », l'effet auditif insinue le tombeau. Quant à l'oléandre, c'est une plante au poison mortel…
Dans ce calligramme Apollinaire confirme son goût de l'innovation hardie qui lui permet d'exprimer une gamme de sensations qui vont des plus simples aux plus bouleversantes : de la plainte douloureuse, aux sentiments les plus mélancoliques. Le graphisme a une fonction décorative. "Moi aussi je suis peintre", écrivait-il dans une plaquette.
Apollinaire réussit à réconcilier la modernité de l'esthétique et la tradition thématique

Cinq mois après la blessure d'Apollinaire, son ami poète Giuseppe Ungaretti [5], dans les tranchées du Carso exprimait toute la douleur de la guerre dans ce poème :

                           San Martino del Carso

     Valloncello dell'albero Isolato il 27 agosto 1916 

Di queste case

non è rimasto

che qualche

brandello di muro

Di tanti

che mi corrispondevano

non è rimasto

neppure tanto

Ma nel cuore

nessuna croce manca

È il mio cuore

il paese più straziato

 

San Martino, poème d'Ungaretti, traduit par Madeleine Bova :

                        Vallon de l'Arbre Isolé 27 août 1916

De ces maisons
il n'est resté
que quelques 
pans de mur 

De tant  
de ceux qui partageaient
il n'est resté
même pas autant

Mais dans mon cœur
aucune croix ne manque 

C'est mon cœur 
le paysage plus dévasté.

 

Marie Laurencin.

Apollinaire et ses amis

(1909)

Henri Rousseau.

Le Poète et sa Muse

(1908)

 

 

[1]  Mémoires du XXe siècle, 1910-1919, Paris, Bordas, 1991 (p. 285).

[2] Marie Laurencin. Peintre français (1885-1956) très prolifique à qui l'on doit de très nombreuses aquarelles, lithographies eaux-fortes, maquettes et décors de théâtre.

[3] Peut-être la Kate dont il est question dans Les exploits d'un jeune Don Juan ?

[4] La minerve est un appareil orthopédique qui, chez Apollinaire, lui maintenait le crâne. Mais, c'est aussi la déesse Athéna (Minerve chez les latins) née toute parée du cerveau de Zeus/Jupiter, protectrice des arts et de la guerre.

[5] Giuseppe Ungaretti a donné un cours à la Columbia University de New York en 1964. En 1968 , âgé de 80 ans, il a enseigné à Harvard.
Enfin, en 1970, il a reçu le prestigieux Prix international de l'Université de l'Oklahoma. (Cf. Leone Piccioni. Vita di un poeta, pp.194 et 227)

Madeleine Bova

 

 

Quand la lexicologie et l’humour se conjuguent

"Mother Tongue –
The Story of the English Language"
 

Bill Bryson 
[1]
Penguin Books, 1990

B

Bill Bryson

analyse de livre

par Joëlle Vuille, lic. iur., LLM

Nous sommes heureux de retrouver notre collaboratrice, Joëlle Vuilleune juriste-criminologue qui Joelle Vuille habite à Genève. Après avoir terminé ses études à l'Université de Lausanne, Joëlle a profité d'une bourse de recherche du Fonds national suisse de la recherche scientifique pour faire un séjour de deux ans à l'Université de Californie à Irvine (Department of Criminology, Law and Society). Joëlle est maitre-assistante à l'Université de Neuchâtel et chargée de cours à la  faculté de droit, des sciences criminelles et d'administration publique de  l'Université de Lausanne. Nous la remercions vivement pour l'analyse qui suit.

 

Si vous aimez la langue anglaise, vous allez adorer « Mother tongue », un hymne à la subtilité, à la finesse, aux fantaisies et, disons-le aussi, au manque de logique de la langue de Shakespeare.

Après un premier chapitre dans lequel est résumé ce que l'on sait de l'apparition du langage dans l'histoire de l'humanité, des relations entre les différentes langues et de l'apprentissage du langage chez l'enfant (passionnant !), l'auteur nous fait pénétrer dans le vif du sujet en nous contant les diverses conquêtes, invasions et visites que les îles britanniques ont connues au fil des siècles et les héritages linguistiques que les envahisseurs ont laissé aux autochtones. Des fragments d'écriture les plus anciens retrouvés dans le Suffolk à l'apparition du Old English, le lecteur découvre une foule de personnages colorés, comme le Bryson bedepremier poète « anglais », Caedmon, ou le premier historien, Bede. Avant d'en arriver finalement au Barde, dont on rappelle l'immense contribution à la langue qui porte aujourd'hui son nom, puisqu'il a été l'inventeur de plusieurs milliers de mots et d'expressions encore utilisées aujourd'hui, comme « one fell swoop », « to vanish into thin air », « to play fast and loose » ou encore « foul play ».

Après cette introduction qui ravira les férus d'histoire, le lecteur découvre les particularismes de la langue anglaise, en comparaison avec d'autres idiomes, qu'ils soient géographiquement proches ou éloignés. Il y apprendra notamment que la difficulté de la langue anglaise ne provient pas des genres ou des cas utilisés (une remarquable uniformité ayant été atteinte dans ce domaine), mais du nombre incroyable de synonymes et de polysémies qui existent pour chaque mot. Par exemples, les mots « fine », « round » et « set » remplissent des dizaines de pages de dictionnaires, avec des significations variées et des différences parfois subtiles, comme le sait quiconque a dû un jour réviser pour son Bryson TOEFL« Proficiency » ou son « TOEFL ». Une autre difficulté réside dans le fait que certains mots signifient une chose et son exact contraire, [2] comme « sanction », qui peut signifier, à la fois, la permission de faire quelque chose et la mesure prise après la violation d'un interdit. La prononciation peut également représenter un défi pour l'anglophile débutant. Le fameux « th» donne du fil à retordre à de nombreux étudiants, mais ce n'est rien en comparaison au casse-tête que représentent certains groupes de lettres dont la prononciation change du tout au tout selon le contexte dans lequel ils apparaissent. Prenez « heard/beard », « road/broad », « five/give », « low/how », par exemple. La palme de l'incohérence revenant bien sûr au groupe de lettres « ough », qui peut se prononcer de huit manières distinctes : « through, though, thought, tough, plough, thorough, hiccough » et « lough » (un lac irlandais). [3]

Un chapitre est consacré à l'origine des mots. Alors que certaines constructions sont logiques en regard de l'évolution du langage, d'autres
Old_dictionaries_590sont surprenantes, voire carrément insensées. Le Oxford English Dictionary contiendrait ainsi près de 350 mots dont l'apparition était initialement due à une erreur typographique. Alors que de nombreux mots ont été adoptés par l'anglais à partir d'autres langues (on pensera notamment à « shampoo » d'Inde, à « ketchup » de Chine, ou à « potato » de Haïti), d'autres sont apparus parce qu'on les a mal compris, comme « sweetheart », originellement « sweetard », ou « button hole », à la base « buttonhold ». Il est intéressant de noter que certains mots ont considérablement évolué au fil du temps, comme « nice », apparu pour la première fois par écrit en 1290. A cette époque, le mot signifiait « stupid, foolish » ; quelques décennies plus tard, Chaucer l'utilisait pour signifier « lascivious, wanton », avant que sa signification n'évolue vers « elegant » ou encore « modest ». En 1769, enfin, « nice » était devenu Bryson Dickenssynonyme de « agreeable, pleasant ». Ces changements dans le sens donné aux mots provoquant parfois quelques ricanements de la part du lecteur moderne, comme lorsque Charles Dickens écrit que l'un de ses personnages « leans back in his chair, and breathlessly ejaculates (Good heaven !) » (émettant donc un cri et non un fluide corporel…). [4]

Le livre regorge de petites informations amusantes sur l'origine des mots. Saviez-vous, par exemple, que Tuesday, Wednesday, Thursday, et Friday tirent leur nom des dieux païens Tiw, Woden, Thor et Frig ? que l'expression « mayday » (signal de détresse) provient du français « (venez) m'aider » ? Ce livre répond d'une façon ludique à toutes ces questions curieuses que se pose parfois l'anglophile amateur, comme: pourquoi le pluriel de « child » est-il « children » et non « childs » ? pourquoi surnomme-t-on les femmes prénommées Ellen « Nel » et les Edward « Ned », alors qu'ils n'ont pas de lettre n dans leur composition ? pourquoi certains substantifs d'origine anglo-saxonne ont-ils des adjectifs d'origine latine, comme « finger/digital », « book/literary », « sun/solar » ? et pourquoi certains mots n'existent-ils pas, comme les formes positives de « backlog » (forelog ?), « disheveled » (sheveled ?), « ruthless » (ruthful ?) ou encore « inept » (ept ?).

L'auteur explore également le monde fascinant des prononciations (et de leur fréquente déformation), de l'alphabet (saviez-vous que nos lettres étaient à l'origine des pictogrammes ? C'est au Proche-Orient qu'est née l'idée d'attribuer des lettres à des sons plutôt qu'à des concepts), et enfin de la grammaire (d'où vient la règle selon laquelle on ne doit jamais terminer une phrase en anglais avec une préposition [5] ? pourquoi doit-on dire « each other » lorsque l'on parle de deux éléments mais « one another » lorsqu'il y en a plus de deux ? pourquoi « court martial » et « attorney general » reprennent-ils un ordre de mots typiquement français alors que l'anglais inverse en général l'adjectif et le substantif ?). L'ouvrage contient également un chapitre sur les dialectes, explorés d'un point de vue géographique mais également dans une perspective de classe, d'ethnie et de profession. S'ensuivent une histoire des premiers dictionnaires de la langue anglaise (le lecteur intéressé est invité à consulter une entrée antérieure de ce blog, consacrée à la naissance du Oxford English Dictionary), une réflexion sur les différences entre les langues anglaises et américaines, ainsi qu'un tour d'horizon de l'anglais comme idiome universel, parlé par toute la planète avec plus ou moins de talent et d'enthousiasme par les uns et les autres. (Les Français se faisant particulièrement remarquer dans ce domaine, eux qui se battent depuis des décennies contre les « jets », « chewing gums » et autres « sandwichs ».)

Trois chapitres très amusants sont consacrés aux noms de famille et noms de lieux (ainsi qu'aux noms des pubs, véritable institutions britanniques dont l'appellation laisse parfois le touriste penseur — The Crab and Gumboil, pour n'en citer qu'un), aux insultes (et à l'histoire des insultes, fascinante !), et aux jeux de mots, calembours, anagrammes, mots croisés, cryptogrammes, rébus, etc. On y apprend par exemple que les Romains étaient déjà friands de palindromes (soit une phrase qui se lit de la même façon d'avant en arrière et d'arrière en avant, comme « Madam, I'm Adam » ou « Sex at noon taxes »). L'ouvrage se termine par une réflexion sur l'avenir de la langue anglaise, l'auteur concluant que l'évolution continue et que ce n'est pas la disparition de l'anglais qu'il faut craindre (au profit des langues parlées par les migrants s'installant dans les pays anglophones) mais plutôt son homogénéisation et la perte des particularismes locaux qui rendent cette langue si savoureuse.

En résumé, si vous cherchez une lecture amusante pour vous divertir durant vos vacances d'été, « Mother Tongue » est fait pour vous. Les anglophones de naissance verront leur attention attirée sur des subtilités de leur langue maternelle dont ils n'avaient même pas conscience, et les anglophiles par étude y trouveront les réponses à toutes ces questions qui les taraudent depuis qu'ils ont, pour la première fois, fièrement déclaré : « My tailor is rich !»

 

[1] Le titre de ce livre dans son edition américaine – « The Mother Tongue – English and How it Got That Way ».

[2] appelés auto-antonyms, autantonyms ou contronyms en anglais – voir :

"14 Words That Are Their Own Opposites", Mental Floss,

[3] GHOTI – On Language, The New York Times, 25 January 2010

[4] Charles DICKENS, Bleak House, Chapter 54

[5] Sir Winston Churchill : "That is a rule up with which I will not put".