Pont Neuf, Paris
Pont Neuf, Paris
Japanese Gardens
Japanese Gardens
Montserrat, Barcelona
en routeMontserrat- Barcelona
Tower Bridge, London
Tower Bridge, London
Skip to content

Sherry Simon – linguiste du mois de juin 2015


E N T R E T I E N   E X C L U S I F

L'interview suivante a été menée en anglais par Skype entre Los Angeles et Montréal

Sherry Simon Computer
S. S. – l'interviewée   J. G. – l'intervieweur

                     

traduction :Jean Leclercq (original interview in English)

 

Jonathan : Vos parents sont nés à Toronto. Vous avez grandi à Montréal et vous parliez l'anglais à la maison. Vous avez appris le français à l'école, mais ce n'est qu'à l'adolescence que vous vous êtes vraiment familiarisée avec cette langue. Comment cela s'est-il produit ?

Sherry : Ma mère était résolument tournée vers l'avenir… Elle admettait que le français était important à Montréal ! Cela peut paraître banal aujourd'hui, mais j'ai grandi dans une ville qui, en fait, était encore une ville coloniale - avec une minorité anglophone puissante et très autarcique. Ce que certains, à partir des années 1960, ont ressenti comme une évolution intolérable (ceux qui se sont sentis menacés, voire exclus, par une ville francophone) était vécu par d'autres comme une époque d'intense fièvre politique, économique et sociale. Le fait de suivre un cours de français de niveau universitaire alors que j'étais encore au lycée, m'a fait envisager les choses très différemment. J'étais de plus en plus attirée par la culture francophone.

Jonathan : À certains égards, Montréal vous semble comparable à Calcutta. (Plus tard, vous écrirez Villes en traduction : Calcutta, Trieste, Barcelone et Montréal, paru aux Presses de l'Université de Montréal en 2014). Pouvez-vous nous expliquer ?

Sherry : Calcutta et Montréal ont été fondées à la même époque de l'histoire coloniale – 1609 pour Calcutta, 1642 pour Montréal. À l'origine, Montréal est une ville française, puis survient la Conquête de 1759 et Ville-Marie devient Montréal. Les deux villes résultèrent d'une division de l'espace – une zone plus moderne et spacieuse, tranchant sur le reste du tissu urbain. Bien sûr, en Inde, les lignes de partage colonial sont très différentes de ce qu'elles sont au Québec où ce sont deux puissances européennes qui sont en situation de concurrence et où la présence autochtone a été largement occultée. Mais, la configuration linguistique et spatiale de Calcutta et de Montréal obéit aux mêmes principes colonialistes et l'interaction entre les différentes parties de la ville a connu des dynamiques analogues. Ce que j'ai appris, c'est qu'il y avait beaucoup à découvrir dès lors qu'on considérait Calcutta et Montréal comme des villes en traduction. L'histoire de la Renaissance bengalie, telle qu'elle s'est déroulée dans tout Calcutta est à la fois riche et fascinante – c'est l'histoire d'innovations scientifiques et artistiques qui ont été le fruit de l'interaction entre les communautés. Il en est de même, mutatis mutandis, de Montréal. Une histoire culturelle de la ville depuis les années 1940, par exemple, témoigne de l'ouverture de nombreuses nouvelles passerelles entre les communautés de la ville. Des personnalités littéraires comme Mavis Gallant, F.R. Scott ou A.M. Klein ont tissé des liens culturels entre francophones et anglophones — dans le journalisme et la poésieMais il convient de noter que la traduction n'est pas toujours une réussite et qu'il n'est pas inutile d'étudier le cas des traductions loupées.

Jonathan : Vous allez ensuite étudier la littérature comparée à l'université Brandeis, aux États-Unis, puis vous faites votre maîtrise à Paris et vous obtenez un diplôme de l'École Pratique des Hautes Études (EPHE), le tout couronné par un doctorat de littérature comparée de l'Université de Montréal. Votre parcours professionnel est assez inhabituel : d'abord traductrice littéraire, vous passez ensuite à la traductologie. Parmi les fonctions que vous avez occupées figurent celles de professeure au Département d'études françaises de l'Université Concordia et de membre de l'Académie des Lettres du Québec. Dans la longue liste de vos publications figure le livre Translating Montreal: Episodes in the Life of a Divided City qui vous valu de figurer parmi les finalistes du Grand Prix du Livre de la Ville de Montréal. Certains pourront y voir une activité solitaire, mais vos écrits sont cependant largement reconnus, ainsi qu'en témoignent les nombreux prix que vous avez reçus, notamment le Prix André-Laurendeau 2012 qui récompense des travaux en sciences humaines. [1]

Pendant votre brillante carrière, quels progrès avez-vous constatés quant au rôle du traducteur littéraire?

Sherry : L'essor de la traductologie en tant que discipline universitaire est un des succès spectaculaires des trois dernières décennies. La progression a été exponentielle – livres, revues, programmes universitaires, cours d'été, et j'en passe. C'est une matière particulièrement importante en Europe, et la traduction littéraire est de plus en plus considérée comme une activité créatrice. Il me semble que les traducteurs sont, d'une manière générale, mieux reconnus, et cela grâce au magnifique travail accompli par les associations de traducteurs, les grands traducteurs et les milieux universitaires qui accordent davantage d'attention à leurs travaux et les étudient sérieusement. Au Canada, la traduction littéraire jouit d'un soutien de l'État et d'un certain degré de reconnaissance par le grand public. Mais, on reproduit souvent les mêmes platitudes. Il nous faut œuvrer davantage à la reconnaissance de la valeur créatrice de la traduction – non seulement sur la scène canadienne, mais à l'échelon international.

Translation EffectsJonathan : Votre plus récent ouvrage, Translation Effects: The Shaping of Modern Canadian Culture (produit en collaboration avec Kathy Mezei et Luise von Flotow, McGill-Queen's University Press, pp. 496) traite, entre autres choses, du bilinguisme. Pour ceux de nos lecteurs qui ne l'ont pas lu ou qui n'auront pas l'occasion de le lire, pourriez-vous nous dire quelques mots du bilinguisme à la canadienne ?

Sherry : Dans le livre, nous soutenons qu'à bien des égards, le bilinguisme officiel a masqué les réalités multiformes de la traduction au sein de la société canadienne. Et le livre – qui réunit une trentaine d'essais – montre comment la traduction intervient dans de nombreux aspects de la vie littéraire et culturelle – qu'il s'agisse des langues des Premières Nations, des langues des immigrants ou des transactions inégales entre l'anglais et le français. Si le bilinguisme est un élément important de notre identité, et qui permet au pays de fonctionner, il ne s'applique qu'aux réalités juridiques du pays. Les réalités culturelles sont moins lisses, plus inégales, mais aussi à l'origine de nouveaux mélanges.

Jonathan : Alors, pourquoi le gouvernement fédéral a-t-il consenti de si grands efforts pour promouvoir et protéger le bilinguisme ?

Sherry : Sous sa forme actuelle, le bilinguisme a résulté de l'agitation politique des années soixante. Au Québec, il existe un fort mouvement séparatiste, toujours prêt à resurgir et, dans ces années-là, il était très fort. En promettant une présence française d'un bout à l'autre du pays, le bilinguisme officiel était une réponse à cette crise. Mais, le Canada a aussi une politique multiculturelle qui confère des droits culturels aux différents groupes dits "ethniques". Ces droits sont parfois en opposition les uns avec les autres, ou perçus comme tels. Il est vrai que le bilinguisme officiel est resté en place depuis déjà plusieurs décennies, et qu'il semble avoir bien rempli sa mission. Mais, si le gouvernement a d'abord fait toutes ses traductions dans ses propres services, il les externalise désormais presque toutes et n'assure plus de formation.

Jonathan : Il semble que dans son livre intitulé "Bilinguisme", le Dr Paul Christophersen du Collège universitaire d'Ibadan (Nigeria), ait écrit qu'il est presque impossible à un locuteur soi-disant bilingue d'être à 100% efficace dans les deux langues. 

Sherry : Certes, le parfait bilinguisme n'existe pas. Le bilinguisme est presque toujours asymétrique. Toutefois, il existe beaucoup de Québécois qui "fonctionnent" aussi bien dans une langue que dans l'autre. Généralement, c'est une aptitude orale. L'écrit est une autre histoire. Il y a très peu de gens qui rédigent aussi bien dans une langue que dans l'autre et, par exemple, si beaucoup peuvent tout aussi bien lire dans les deux langues, au Québec, les institutions littéraires demeurent assez séparées. Mais, pour ce qui est du bilinguisme vécu au quotidien, il y a un nombre étonnant de gens qui peuvent s'en prévaloir, notamment à Montréal. Et si les franco-Canadiens ont été jadis "forcés" d'être bilingues, ce sont maintenant les Montréalais anglophones qui sont de plus en plus bilingues. Mais, quant à être à 100% efficace, je dirais que ce n'est pas vraiment un indicateur utile. Qu'est-ce qu'être à 100% efficace quand il s'agit d'une langue ?

Jonathan : M. John Woodsworth, traducteur russe-anglais et auteur d'un rapport remis au gouvernement canadien il y a de nombreuses années, a proposé que Radio-Canada remplace sa formule actuelle de réseaux de télévision distincts en anglais et en français par un réseau unique bilingue, avec un programme quotidien composé d'émissions intégralement ou essentiellement produites au Canada, tantôt en anglais et tantôt en français, avec sous-titrage dans l'autre langue.

Sherry : C'est une idée intéressante, mais qui risque peu de se concrétiser. C'est le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) qui réglemente ces questions. Or, il y a vingt ans, il a fermé un réseau radiophonique bilingue qui alternait l'anglais et le français. Vu la position du gouvernement actuel à l'égard de la radiodiffusion publique, nous serons déjà heureux de pouvoir conserver un réseau public de radiodiffusion, à plus forte raison, de le révolutionner.

Jonathan : Au cours de ce bref entretien, nous n'avons fait qu'effleurer les intérêts très divers que vous portez aux questions historiques et culturelles qui influent sur les traductions. Toutefois, nous espérons que cela donnera à nos lecteurs une idée de ce qu'ils trouveront dans n'importe lequel des nombreux livres que vous avez écrits. Merci beaucoup.

Laurendeau[1] André Laurendeau (1912-1968), romancier, dramaturge, journaliste et homme politique canadien, il fut l'un des artisans de la Révolution tranquille, ce vaste mouvement intellectuel de transition socio-politique vers un Québec autonome, sécularisé et démocratique. Collaborateur, puis rédacteur en chef du Devoir, le grand quotidien d'opinion montréalais, André Laurendeau a coprésidé (de 1963 jusqu'à sa mort le 1er juin 1968) avec Davidson Dunton, la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, connue également sous le nom de Commission Laurendeau-Dunton. C'est un autre écrivain et journaliste, Jean-Louis Gagnon, qui lui succéda en 1968. La Commission a rendu un volumineux rapport qui a constitué le socle de la politique de bilingusime et de biculturalisme appliquée depuis par le gouvernement fédéral canadien. L'action d'André Laurendeau en faveur de l'éducation des jeunes et de l'émancipation des femmes a si profondément marqué le Québec que plusieurs établissements d'enseignement et distinctions diverses portent son nom.

 

Discours de Mme. Simon en français – 1 heure 25 minutes

 

 

le 15 juin 2015 : 800ème anniversaire de la Magna Carta Libertatum (deuxième partie)

 

Magna carta-Runnymede Memorial  

 

 

"In the United States, Magna Carta … is treated with a reverence bordering on worship by many legislators, scholars and judges. It is considered the basis for many of the principles that form the Constitution and Bill of Rights."

Magna Carta, Still Posing a Challenge at 800
New York Times, June 14, 2015

"A second myth is that it was the first document of its type. Writing in 1908, Woodrow Wilson called it the beginning of constitutional government. But in fact, it was only one of many documents from the period, in England and elsewhere, codifying limitations on government power."

Stop Revering Magna Carta
Tom Ginsburg, New York Times, June 14, 2015

 

Yacine BenachenhouDans la première partie de cet article, notre nouveau collaborateur, Yacine
Benachenhou
, écrivain et traducteur d'arabe, d'italien et d'anglais, a replacé dans son contexte historique la signature par le roi Jean sans Terre des
« Articles des barons », le 15 juin 1215 à Runnymede (Angleterre), tout en faisant allusion à la bataille de Bouvines [1] , qui s'était déroulée l'année précédente, et qui avait permis au roi de France, Philippe Auguste, de conserver tous les territoires de Jean dans le Nord de la France, y compris la Normandie. 


Magna-carta-woodcut

Le roi Jean et les barons à Runnymeade, le 15 juin 1215


Ce fut l'original de la Magna Carta, la Grande Charte  un document dont l'incidence sur la protection des libertés publiques était encore limitée à l'
époque.  Mais, la Magna Carta, écrite en latin et traduite en anglais seulement deux siècles plus tard, est à l'origine de la monarchie constitutionnelle et des libertés fondamentales.

Dans beaucoup de régimes politiques fondés sur l'État de droit, la Magna Carta revêt une grande importance symbolique, et en Grande-Bretagne et aux États-Unis surtout, elle est une référence primordiale en tant qu'acte garantissant l’égalité de tous devant la Loi. 
 
Dans cette seconde et dernière partie, notre distingué collaborateur achève son analyse avec un œil d’historien.

 

————— 

Les attaches françaises de James Joyce

L'art d'être grand-père : un auteur, des chats et des petits-enfants

 

Cindy's cat

L'article qui suit a été rédigé par notre fidèle contributrice, la Professeure Cynthia Hazelton (posant ici avec son chat Ike). Madame Hazelton est née et a grandi aux États-Unis. Elle est diplômée de la faculté de droit de l'Université d'Akron et membre du barreau de l'État de l'Ohio. Cynthia a un mastère en français du Middlebury College ainsi qu'un mastère en traduction de l'« Institute of Applied Linguistics » de Kent State University. Elle y enseigne la traduction juridique, commerciale et diplomatique. 

  Juliette & chat

 

L'article a été rédigé en anglais et traduit en français par Jean Leclercq, dont la petite-fille Juliette pose ici avec son chat Rebus.

——————–

 


James Augustine Aloysius Joyce
, l'un des romanciers les plus influents du 20e siècle, est né à Dublin en 1882. Vingt ans plus tard, en 1902, il obtient son diplôme d'University College Dublin où il a étudié l'anglais, le français et l'italien. Il s'intalle à Paris pour faire sa médecine, mais rentre peu après au pays lorsque sa mère tombe malade et meurt. La vie est alors dure pour Joyce qui tente de gagner sa vie tout en écrivant sa première nouvelle, A Portrait of the Artist (Portrait de l'Artiste), inspiré de son enfance et de sa jeunesse à Dublin, et qui ne sera publiée qu'en 1916 sous le titre : A Portrait of the Artist as a Young Man (Portrait de l'Artiste Jeune).

James Joyce Pub

  71, bd. Gouvion St. Cyr, Paris 16e

Waterloo, 18 juin 1815

Ce jour il y a 200 ans – 18 juin, 1815

la chute de Napoléon à la bataille de Waterloo (Belgique)

 Image002       Image001
 « Waterloo, Waterloo, morne plaine »

 

« Au soir du 18 juin 1815, la carrière de Napoléon et le déroulement de la plus grande épopée individuelle depuis celle de Jules César touchaient à une fin certaine. Dans un récit délié de 48 heures qui comptent parmi les plus critiques de tous les temps, Andrew Roberts allie une récente recherche éclairante à une plume extraordinairement alerte pour développer les cinq phases clés de la bataille.

 

Image003 
                  Telegraph.co.uk

 « Un nouveau chef d’état-major ; une occasion offensive manquée ; une charge de cavalerie inopinée et inopportune ; un déluge apocalyptique qui, amollissant désastreusement les sols, anéantit les effets du canon colossal de l’empereur ; une myriade de décisions précipitées basées sur des informations insuffisantes : tout cela permit aux armées de Wellington d’arracher la victoire au commandement français. Au-delà des explications purement humaines de la bévue qui coûta son trône à Napoléon, Roberts développe ses enjeux politiques, stratégiques et historiques et montre ainsi pourquoi Waterloo marque un tournant de notre histoire.

 

Image005

Image004      Image006

« La génération qui suivit Waterloo vit la naissance de la guerre moderne : les batailles à venir se disputeraient avec des moyens infiniment plus effroyables entre des blocs de pouvoir mouvants. Venu le temps de la grande guerre la chevalerie était morte. L’honneur d’uniformes chatoyants, le sens palpable d’élan, d’audace et d’éclat et la qualité esthétique – initiale du moins – de la bataille firent leur dernier tour de danse à Waterloo. »

Amanda Foreman du livre Waterloo
de la plume d’Andrew Roberts
 
http://www.amanda-foreman.com/waterloo.shtml

 

Voir aussi :

Video clip:

 The Battle of Waterloo – Charge of the British Heavy Cavalry

  

 

Note linguistique :

The English expression “to meet your Waterloo” means to arrive at a final decisive contest.

The origin of this phrase is the 1815 battle outside the Belgian town of Waterloo in which Napoleon Bonaparte was finally defeated by forces commanded by the Duke of Wellington. The term Waterloo quickly became synonymous with anything difficult to master.

Arthur Conan Doyle was the first to refer to someone meeting their Waterloo, in Return of Sherlock Holmes, 1905: "We have not yet met our Waterloo, Watson, but this is our Marengo." (This refers to the Battle of Marengo in Italy, in which Napoleon’s forces were surprised by an Austrian attack and came close to defeat.)

That expression was used with a sexual connotation by Jacque Brel (appropriately, a Belgian) in his song, Au Suivant :

   

 

Post Scriptum: France’s revenge – the Fall of the Duke of Wellington 2010

 Image008

 Image007

Napoléon avait prévu que vaincre les Anglais ne prendrait pas plus de temps que de manger son petit déjeuner (Photo: REUTERS)

Houp-là ! Le Duc de Wellington glisse sur les marches de la Chapelle Saint-Georges au château de Windsor à 94 ans.

 

Jonathan Goldberg

 

Note: vous pouvez continuer à lire la suite de cette serie en cliquant sur les liens suivants: partie 2, partie 3.

 

 

 

Rivalités européennes – sur et hors le champ de bataille

"Napoleon has humbugged me, by God".  
The Duke of Wellington, 18 June 1815

 (« Bon sang, Napoléon m'a berné ».
Le duc de Wellington, 18 juin 1815)

  

Cette année marque l'anniversaire de deux batailles importantes : celle de Marignan, en 1515, où les troupes du roi de France François 1er défirent les forces de la Confédération suisse (les fameux Colins-Tampons) [1] et celle de la bataille de Waterloo, en 1815 (époque à laquelle la Belgique actuelle faisait partie du Royaume-Uni des Pays-Bas), où l'action conjuguée des forces du duc Arthur Wellesley de Wellington et du général prussien Gebhard Blücher von Wahlstatt battent Napoléon près de la commune de Waterloo.[2]

Lord Nelson Blucher von Wahlstatt
              Wellington                                                              Blücher 

 

 

le 15 juin 2015 : 800ème anniversaire de la Magna Carta Libertatum (1ière partie)


"The sealing of Magna Carta was an event that changed the constitutional landscape in this country and, over time, the world."

Lord Bingham, Lord Chief Justice of England and Wales

"The Magna Carta, the Petition of Rights, and the Bill of Rights are documents which are held in veneration by democrats throughout the world."

Nelson Mandela, accused's statement, Rivonia Trial, 20 April, 1964


En visite en France, Mme Margaret Thatcher, alors Premier Ministre du Royaume-Uni, avait bien ri lorsqu'on lui avait vanté la France « pays des droits de l'homme ». Elle avait raison, puisque la Déclaration anglaise des droits (le
Bill of rights) du 13 février 1689 précède d'exactement un siècle la Déclaration française des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Mais, en Angleterre, l'origine des droits et des libertés du citoyen remonte bien plus loin encore, à la Magna Carta, arrachée au roi Jean sans Terre par son baronnage révolté.

Magna-carta-woodcut

Le roi Jean et les barons à Runnymeade, le 15 juin 1215

Yacine BenachenhouC'est la genèse de ce texte fondateur que va nous narrer notre nouveau collaborateur Yacine Benachenhou, écrivain et traducteur d'arabe, d'italien et d'anglais. La Magna Carta contenait les éléments de ce qui deviendra, en 1679, la loi d'habeas corpus, protection fondamentale de l'individu contre la détention arbitraire. Toutefois, le texte original, devenu la Grande Charte, sert surtout à affirmer les droits des nobles vis-à-vis de la Couronne. Ce n'est pas encore un document que tout manant peut mettre sous le nez des exempts qui veulent l'arrêter. D'ailleurs, ce texte n'existe qu'en latin et ne sera traduit en anglais que deux siècles plus tard. Mais, la Magna Carta est à l'origine de la monarchie constitutionnelle et des libertés fondamentales. C'est déjà assez pour que nous ne laissions pas passer son huit-centième anniversaire sans réagir ! 

 

MC - 4 surviving original copies

 

Réunis pour la première fois, les quatre manuscrits originaux de la Grande Charte encore existants sont exposés à la British Library de Londres.
(Photo UPPA/ZUMA PRESS)  

 

———————————


Timbre_du_800e_anniversaire_de_la_mort_de_Richard_Coeur_de_LionAprès la conquête de l’Angleterre par les Normands (en 1066) et les acquisitions territoriales réalisées au 12ème siècle, le roi anglais, Richard Cœur de Lion apparaît en 1199, année de sa mort, comme le plus puissant souverain de la chrétienté. Cela était dû à de nombreuses causes dont une centralisation gouvernementale très forte, instituée selon les procédures des nouveaux maîtres normands combinées aux systèmes de gouvernement des autochtones anglo-saxons. Les Normands féodaux régnaient sur l’Angleterre. Mais après le couronnement du roi Jean, [1] au début du 13ème siècle, une série d’échecs retentissants conduisit les barons anglais à se révolter et à limiter le pouvoir du roi.

le 5 juin : Journée de la Musique à la BBC :

deux Gallois chantent en duo à plus de 10.000 km de distance !


Pour la Journée de la Musique à la BBC, la chanteuse galloise Shân Cothi, à Cardiff (Royaume-Uni), et son collègue Andrés Evans, à Gaiman (Patagonie, Argentine), ont interprété en duo l'hymne traditionnel gallois, le Calon Lân.

 

Ils ont ainsi établi le record mondial de distance entre deux duettistes puisqu'ils ont chanté à plus de 10.000 km de distance et que leur exploit figure désormais dans le Livre Guinness des Records.

Wales Patagonia 3

Shân Cothi qui présente en semaine les émissions matinales de Radio Cymru [1], s'est produite à l'Hoddinott Hall de Cardiff, accompagnée par l'orchestre national de la BBC au Pays de Galles et par de très nombreux choristes appartenant à différentes formations galloises d'un pays où le chant choral est un sport national ! À l'autre bout du monde, en Patagonie, Andrés Ewans était accompagné par le chœur de l'école de musique de Gaiman.

Ce duplex, comme disent les gens de radio, s'inscrit dans un cycle d'émissions marquant le 150ème anniversaire de l'installation d'une colonie galloise Y Wladfa, en Patagonie, en 1865. Cette année-là, 153 Gallois venant de toutes les régions du Pays s'embarquèrent sur le Mimosa pour s'installer dans la province de Chubut, en Terre de Feu argentine.

A Tribute To Wales With Calon Lân & Lyrics (Welsh &  English):

Note linguistique

Au Pays de Galles, l'Eisteddfod est un concours de musique et de poésie, comme l'étaient naguère nos jeux floraux. Le plus célèbre est l'Eisteddfod national annuel. Le mot eisteddfod désignant un congrès de bardes ou de lettrés, vient d'eistedd (s'asseoir, de sedd = siège) + bod : être (vieil anglais beon). Au pluriel, on parle d'eisteddfodau.

[1] Radio CymruRadio Pays de Galles ») est la radio nationale du Pays de Galles émettant en gallois et basée à Cardiff. Elle est diffusée sur la FM depuis 1977.

Jean L.

Lecture supplementaire :

BBC Music Day: Long Distance Duet between Wales and Patagonia Breaks World Record

The History of the Welsh settlement of Patagonia, Argentina

Welsh is considered a model for language revitalisation, but its fate is still uncertain
The World in Words, 

La Patagonie : un petit coin du pays de Galles en Amérique du Sud

Termes anglais d’origine italienne

Madeleinecompilés par  Madeleine BOVA, notre collaboratrice et correspondante fidèle en Italie, que nous remercions infiniment de sa précieuse et érudite contribution.

 

 

Antics. Bouffonneries, facéties, plaisanteries.

  Italian 1

Comme Antiquity, ce mot vient du latin "antiquitas (féminin singulier) et signifie Antiquité. Aucun dictionnaire étymologique italien n'attribue à "antico" le sens que lui donne l'anglais antics. C'est au contraire un mot noble : "pareva un antico Romano" écrit Ungaretti, parlant d'Apollinaire. Il faut faire une petite excursion archéologique pour arriver au sens anglais d'antics : cabrioles, bouffonneries, excentricités. En effet, c'est lors de l'exploration des cryptes et des grottes des villas de la Rome antique, notamment de la "Domus Aurea" de Néron, qu'on découvrit des peintures murales sur des sujets bizarres, ridicules ou caricaturaux. Les grottes devinrent vite un incontournable. Michel-Ange s'y fit descendre et il fut longtemps à la mode de s'en inspirer. Les grotesques de Raphaël sont des tableaux à l'imitation des grotesques antiques. À Florence, le Musée des Offices a une salle de "grottesche". Ces œuvres inspirées des "grotte antiche" (grottes antiques), ont donné l'adjectif et le substantif  grottesco (grotesque) pour qualifier ce genre de peinture.  Mais, si de l'expression grotte antiche, l'italien a retenu  grottesco, l'anglais a retenu deux termes : grotesque et antics

 Dans son Dictionnaire illustré d'archéologie, Thomas Decker donne du mot grotesque la définition suivante : "Figures bizarres, monstrueuses, comiques ou hideuses et parfois obscènes que les artistes du Moyen Âge plaçaient sur les façades des églises." 

Thomas DeckerDictionnaire illustré d'archéologie. Paris, éditions de Lodi, 2000, p.172.   

Une chute qui tombe mal…


John Kerry bicycleAprès une négociation de six heures portant sur le programme nucléaire iranien qu'il avait menée à Genève avec Mohammed Javad Zarif, son homologue iranien, le Secrétaire d'État américain John Kerry avait décidé de s'accorder, en ce dernier dimanche de mai, quelques heures de détente avant d'entreprendre d'importantes consultations à Madrid et à Paris. Détente signifiant pour lui randonnée en vélo, il avait décidé de s'attaquer au col de la Colombière, à proximité de la frontière suisse. Mal lui en prit car, en traversant la localité de Scionzier (Haute-Savoie), il a heurté une bordure de trottoir et  fait une très mauvaise chute. Souffrant d'une fracture du fémur droit, Monsieur Kerry (71 ans) Femur a reçu les premiers soins au CHU de Genève, puis a été transféré à Boston où il sera soigné par le médecin qui l'a opéré de la hanche en 2009.  Cet accident va compliquer le déroulement des négociations qui doivent nécessairement aboutir avant le 30 juin prochain, sous peine de rendre caduc l'accord provisoirement conclu à Lausanne.

L'expression "break a leg"

LMJ souhaite un prompt rétablissement à M. John Kerry dont tout le monde Break a Legse plaît à louer la grande maîtrise de la langue française. Il saisit aussi cette occasion qui lui est offerte de commenter  l'expression anglaise « break a leg » qui, par antiphrase, est une manière familière de dire « bonne chance ».  À l'origine, c'est une expression idiomatique dont usaient les gens de théâtre pour se souhaiter bonne chance. Elle s'explique par une vieille croyance superstitieuse qui veut qu'en souhaitant « bonne chance ! », on attire la poisse. Dans le monde de la danse, on dit tout bonnement « merde », comme en France.

Notons aussi que, si l'on est bien élevé, on préférera l'expression « Je ne te dis rien ! » au célèbre mot de Cambronne dont on fêtera dans quelques Hals und Beinbruchjours le 200e anniversaire. Ce contre-souhait semble avoir un équivalent  dans beaucoup de langues. Pendant la Grande Guerre, les aviateurs allemands se souhaitaient « Hals-und-Beinbruch !» (cou et jambe cassés) avant de partir en mission. En italien, on dit : in bocca al lupo, et on répond  : crepi il lupo (dans la gueule du loup – que le loup en crève).

 

Lectures supplémentaires :

Une chute à vélo qui pose problème La Tribune de Genève, lundi 1er juin 2015, N° 124-23, p.7

50 Idioms about Arms, Hands and Fingers

Break a Leg
World Wide Words

John Kerry: Not Your Average Cyclist
The Wall Street Journal, 31 May, 2015

 

Jean L.