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Eric Tordeur –
traducteur du mois d’octobre 2013

Tordeur faceCe mois-ci, notre invité s'appelle Eric Tordeur. Son parcours professionnel est assez original. Il a enchaîné des expériences fort variées qui, toutes à leur manière, ont contribué à façonner son profil actuel. Nous lui donnons la parole en espérant que sa signature réapparaisse bientôt dans nos colonnes.


LMJ : « Reine des eaux, joyeux Copenhague… » chantait Georges Ulmer dans les années cinquante ! Eric Tordeur, vous êtes belge et, à Copenhague, vous dirigez la petite équipe de traduction française du Bureau régional OMS pour l'Europe. Une première question s'impose : comment êtes-vous venu à la traduction et comment avez-vous abouti à Copenhague ?

E. T. : J'ai obtenu ma licence en traduction en 1983 à l'École d'Interprètes Internationaux (EII) de l'Université de Mons (Belgique). Au départ, je voulais faire des études de philologie germanique pour devenir professeur d'anglais, de néerlandais et d'allemand, mais c'est après une journée « portes ouvertes » organisée à l'EII que j'ai finalement changé d'avis et été séduit par une carrière de traducteur. Après plusieurs années dans le privé, le Bureau régional de l'OMS pour l'Europe m'a offert un contrat mi-temps comme traducteur-réviseur. J'ai donc déménagé dans la capitale danoise en 2003.

Complexe UNCity où sont regroupés les services onusiens à Copenhague.

Bâti
traditionnel et architecture
moderne se côtoient

L'entrée d'UNCity

Photos : Eric Tordeur 

LMJ : Vous débutez comme traducteur à l'Institut international d'agriculture tropicale, à Ibadan (Nigeria), où vous passez six ans. L'agriculture tropicale est une question très technique. Vous n'étiez pas agronome. Comment vous êtes-vous adapté à cette discipline et à l'Afrique occidentale ?

E.T. : Ce ne fut guère facile, car l'agriculture tropicale n'est pas généralement inscrite au programme des facultés de traduction ! J'ai dû tout apprendre sur place, lire des documents et des rapports très scientifiques parlant d'irrigation des rizières ou de lutte contre les ravageurs du manioc. Comme l'IITA est avant tout un centre de recherche, je fréquentais les ingénieurs agronomes, allais dans leurs laboratoires, visitais leurs champs d'essai. J'ai adoré l'Afrique occidentale, ses paysages, sa culture et ses populations. Évidemment, j'ai dû m'adapter au climat, à l'absence d'hiver, à la chaleur humide.

LMJ : Votre carrière se réoriente ensuite complètement puisque vous n'allez pas à Rome offrir vos services à la FAO ou au FIDA, mais vous passez neuf ans aux États-Unis. Racontez-nous cette expérience américaine.

E.T. : En effet, j'ai quitté le monde des organismes internationaux pour m'enfoncer dans la jungle impitoyable du privé américain. J'ai travaillé pendant près de cinq ans comme traducteur puis comme directeur du service linguistique chez Harvard Translations à Boston. Ensuite, je suis allé gérer le programme de traduction de Yahoo! en Californie. J'ai appris non plus à traduire, mais à produire. J'ai dû accroître ma cadence et m'intéresser davantage aux nouvelles technologies. Chez Yahoo!, j'ai vécu le rêve californien et, en particulier, celui de la Silicon Valley. En 2000, j'ai été transféré à leur bureau européen de Londres, où je suis resté jusqu'à mon départ en 2003.

LMJ : Pendant un an, vous gérez le site Yahoo de la Coupe du monde de football de la FIFA. Ce devait être passionnant. N'avez-vous pas été tenté de rester dans le monde du sport ou des médias ?

E.T. : Ce fut une expérience inoubliable, même si je n'aime pas le football, et j'ai fait beaucoup de jaloux. Je suis allé sur place à Séoul, en Corée du Sud, lors de la phase finale de la Coupe du monde de 2002 pour gérer la traduction de leur site dans 6 langues. Je devais regarder tous les matches sur des écrans géants pour vérifier le travail des traducteurs qui traduisaient les commentaires en direct. Bien sûr, il y avait l'ambiance, la présence de toutes les chaînes de télévision, et cette impression de participer à un événement planétaire. J'aurais pu rester dans le monde du sport et des médias, mais le destin en a décidé autrement.

LMJ : Donc, vous changez encore de pays et de domaine d'activité puisque vous rentrez au service de l'OMS, comme traducteur à mi-temps au bureau de Copenhague.

E.T. : J'ai quitté les brumes de Londres pour rejoindre les bords de la Baltique, le monde de l'Internet pour le monde de la santé publique. Le changement fut brutal, mais je me suis adapté à mon nouvel environnement.

Tordeur 2

Photo : Eric Tordeur

"J'ai quitté les brumes de Londres pour rejoindre les bords de la Baltique…"

LMJ : Dans ces nouvelles fonctions, vous travaillez avec René Meertens, l'auteur (entre autres) du Guide anglais-français de la traduction, l'un des trois livres que j'emporterais avec moi si je devais traduire dans une île déserte. Avez-vous collaboré à ses travaux de terminologie ?

E.T. : Pas du tout, mais j'ai profité de ses connaissances intarissables dans le domaine de la santé. Il a été mon mentor. C'est quelqu'un de très bien, de très modeste. René Meertens a pris sa retraite il y a quelques années, et il nous manque beaucoup à l'OMS/Europe.

LMJ : Loin de la francophonie, ressentez-vous une impression d'isolement ? Avec une équipe réduite, avez-vous recours à une technique à laquelle l'OMS s'intéresse de près[1], la traduction assistée par ordinateur (TAO) ?

E.T. : La Scandinavie est à des milliers d'années lumière de la francophonie, et regarde plutôt vers l'univers anglo-saxon. Heureusement, grâce à l'Internet, au satellite, il est facile de rester informé en français, et puis Copenhague n'est qu'à une heure d'avion de Bruxelles. En ce qui concerne la TAO, c'est devenu notre credo. Il est important d'adopter les nouvelles technologies pour survivre, accroître son efficacité. Si vous ne le faites pas, d'autres le feront. Mon expérience chez Yahoo! m'a rendu plus réceptif à ces technologies.

LMJ : Toujours pour rompre l'isolement, avez-vous des contacts étroits avec vos homologues des autres équipes linguistiques (allemande, russe, etc.) ? Vous réunissez-vous pour discuter de questions professionnelles ?

E.T. : Absolument. Nous travaillons dans des langues différentes, mais nous rencontrons les mêmes problèmes. J'ai d'excellentes relations avec mes collègues allemands, russes et anglais. Nous nous réunissons souvent. Il arrive que je m'inspire de leurs traductions, et ils vont souvent consulter les traductions françaises.

LMJ : Dans quelle mesure l'expérience que vous avez acquise en Afrique et en Amérique vous sert-elle à traduire des textes traitant de médecine et de santé publique ?

E.T. : La phytopathologie est l'un des domaines de l'agriculture tropicale. Il existe parfois des points communs entre les maladies des végétaux et celles touchant les populations humaines, notamment celles provoquées par des carences. Lorsque je travaillais comme traducteur chez Harvard Translations, à Boston, je faisais énormément de traductions pour de grandes entreprises médicales, notamment des notices d'emploi pour des instruments chirurgicaux. En d'autres termes, j'ai toujours traduit des textes traitant de médecine ou de problèmes de santé. Certains documents de l'OMS portent, par exemple, sur la lutte contre le paludisme, une maladie malheureusement très présente en Afrique. J'ai d'ailleurs une connaissance d'autant plus intime du paludisme que j'ai eu plusieurs crises pendant mon séjour là-bas. Je connais donc bien les symptômes ainsi que les modes de prévention et de guérison.

LMJ : Une profession qui vit est une profession qui se renouvelle. Quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui aiment les langues étrangères et veulent s'orienter vers la traduction ou l'interprétation ? Leur conseilleriez-vous de « rouler leur bosse » ?

E.T. : Je leur conseillerais de bien connaître les langues étrangères et leur langue maternelle, de s'intéresser aux nouvelles technologies (glossaires en ligne, mémoires de traduction, traduction automatique) et de les adopter afin d'accroître à la fois la qualité et la productivité. Mais surtout, je leur conseillerais de ne jamais laisser tomber… le monde de la traduction et de l'interprétation est un monde de requins. La concurrence est rude. C'est aussi un métier que beaucoup de gens ne comprennent pas, surtout ceux qui n'ont jamais fait l'effort d'apprendre une langue étrangère.

——————————

[1] Najeeb Al Shorbaji. Machine translation. UN Special, juillet-août 2013, pp. 16-17.

Les video clips du mois

Voici deux présentations devant une audience de la très prestigieuse organisation TED.

Psychologie, Cognition et Linguistique
(en anglais avec des sous-titres en français) 

Steven
Pinker
,
Canadien de naissance, est un psychologue cognitiviste . Il est célèbre pour ses livres de synthèse qui
s'adressent à la fois aux scientifiques et au grand public. Il m
ène des
recherches dans plusieurs domaines dont le linguistique.

Après des études au Canada, Pinker a effectué un
doctorat en psychologie
expérimentale à Harvard. Il fut professeur au département de sciences
cognitives et cerveau au Massachusetts Institute oif Technology pendant 21 ans avant son retour à Harvard en 2003.

Il est l’auteur
de huit livres, dont Language, Cognition and Human Nature, Language Learnability and Language Development, Language Instinct, Words and Rules, The Stuff of Thought 
et Learning and Cognition. Son oeuvre The Blank Slate  a été finaliste
pour le Prix Pulitzer. Plusieurs de ses livres ont été traduits en français :
« Comment fonctionne l’esprit» (2000), « Comprendre la nature humaine » (2005), et récemment
«L’instinct du langage» (5 avril 2013).

 

 

What we learned from 5 million books – presentation de Erez Aiden & Jean-Baptiste Michel

Erez
Lieberman Aiden

est un chercheur scientifique américain qui
œuvre
dans de nombreux domaines liés aux mathématiques appliquées. Il
est membre de la
Harvard
Society of Fellows

et enseignant invité chez Google. Par des méthodes mathématiques
et quantitatives, il a étudié l'évolution dans toutes sortes de
contextes, y compris celui des réseaux par la théorie des graphes
évolutifs, et des langues dans le domaine de la « culturomique ».
Il a publié des articles scientifiques dans les disciplines les plus
diverses.

Jean-Baptiste
Michel

est un Mauricien d'expression française. Il est ingénieur et
chercheur à Harvard et chez Google. À l'aide d'une méthode
quantitative, il étudie les tendances qui se dessinent dans les
pathologies humaines, les langues et les cultures à partir de
modèles grammaticaux et linguistiques situés dans de vastes
collections de textes numérisés.

  

Voir aussi :
Jean-Baptiste Michel

Quantitative
Analysis of Culture Using Millions of Digitized Books

SCIENCE, 14 January 2011

Des notices multilingues pour les médicaments?


MargoliusLe Sénat de Californie étudie un projet de loi qui obligerait les pharmacies à délivrer des médicaments accompagnés de notices rédigées autrement qu'en anglais.


L'article suivant, rédigé par Dr. David Margolius, parut dans le journal
Los Angeles Times le 3 juin 2013. Jean Leclercq a traduit l'article et nous le publions en français sur ce blog  avec l'aimable autorisation de l'auteur.

      DMM3.jpg
                                    Dr. David Margolis

Comme le dit un proverbe chinois : « Plus grand est le pouvoir, plus grande la responsabilité ». Cela vaut pour les médecins lorsqu'ils prescrivent, mais aussi pour les pharmacies lorsqu'elles délivrent des médicaments.

En décembre dernier, après sept ans de cours, de clinique et d'examens, j'ai reçu mon autorisation d'exercer. J'avais enfin le droit de prescrire des médicaments sans le contreseing de ma supérieure. « Prenez garde » me conseilla-t-elle, « rappelez-vous de l'anecdote d'once ».

L'anecdote d'once est un récit édifiant qui – si j'en crois Google – tire son origine d'un feuilleton mélo espagnol. Selon l'une des versions, un médecin prescrit à un patient un traitement médicamenteux de 30 jours. Trois jours après, le malade revient pour renouveler l'ordonnance. « Comment se fait-il ? » demande le médecin. Le patient hispanophone répond : « J'ai pris les pilules exactement cela était indiqué sur le flacon : 11 par jour. » Le médecin examina le flacon de pilules : « Take once a day (À prendre une fois par jour) ». Mais, once, lu et prononcé « ohn-sé » veut dire 11 en espagnol. Le patient avait pris 11 pilules par jour, comme il l'avait lu sur l'étiquette du flacon – en interprétation espagnole !

Dans cette version, le patient en réchappe mais, dans d'autres, il est hospitalisé ou même, il meurt. Peu après avoir reçu mon autorisation d'exercer, j'en ai eu ma propre version.

Diabétique et âgé de 65 ans, M. P. est originaire du Mexique. Il parle suffisamment bien l'anglais pour une conversation courante, mais serait considéré comme MLA, c'est-à-dire ayant une maîtrise limitée de l'anglais. Cela signifie qu'il parle anglais moins que « très bien », et il n'est pas le seul : 40% des Californiens parlent à la maison une langue autre que l'anglais et six millions sont MLA.

Il souffre de diabète, d'hypercholestérolémie, d'hypertension et de cardiopathie coronarienne; il prend quotidiennement dix médicaments. Il a tout pour faire partie des 150.000 Californiens qui tombent malades ou meurent chaque année par suite d'erreurs de médication.

J'avais pensé pouvoir l'aider. Il prenait deux fois par jour un médicament pour la tension. Je lui changeais pour une formulation d'une prise par jour. J'écrivis : « Tome una pastilla en la noche » sur une étiquette que je collais sur le flacon pour éviter toute méprise du genre once. J'estimais que cela m'incombait en tant que prescripteur de médicaments. Trois mois plus tard, M. P. était hospitalisé. Une semaine auparavant, ll avait commencé à éprouver des étourdissements, puis il était tombé. Aux urgences, son pouls était dangereusement faible. Après une évaluation très complète de son état suivie d'une visite d'une infirmière à son domicile, nous découvrîmes qu'il avait recommencé à prendre son médicament deux fois par jour, bien qu'il s'agisse de la formulation à une seule prise quotidienne. En fait, il avait doublé la dose que j'avais prescrite.

Les indications que j'avais écrites avaient probablement fait leur effet, mais l'ordonnance était renouvelable et il reçut un nouveau flacon de pilules. Si de nombreuses pharmacies de Californie (dont certaines grandes chaînes, mais pas toutes) impriment des instructions dans des langues autres que l'anglais, la sienne ne le faisait pas.

Le législatif examine un projet de loi – SB 204 – qui contribuerait à résoudre ce problème. L'Assemblée s'en saisira après qu'il soit passé par le Sénat. Si ce texte devient une loi, les pharmacies auront l'obligation d'imprimer sur les flacons de pilules des directives d'usage courantes, traduites dans des langues autres que l'anglais. De telles directives sont déjà disponibles en chinois, coréen, espagnol, russe et vietnamien sur le site Web du Conseil des Pharmacies. La loi obligerait à les imprimer aussi sur les flacons. (L'État de New York dispose d'un texte de ce genre).

Dr. David Margolius

La langue anglaise compterait 1.019.729 mots (estimation au 1er janvier 2013)

.

Selon l'estimation du Global Language Monitor (Observatoire mondial de la langue), la langue anglaise comptait 1.019.729 mots au 1er janvier 2013.

Le cap du million de mots a été dépassé le 10 juin 2009 à 10h22 (GMT). Le millionième mot a été le très controversé « Web 2.0 ». Actuellement, on estime que l'anglais s'enrichit d'un nouveau mot toutes les 98 minutes et d'environ 14,7 mots par jour.

Google valide les calculs du Global Language Monitor


 

GLM/Google ≠ OED et Webster's 3rd

 

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Bien que l'analyse du GLM ait suscité une âpre controverse à l'époque, la récente étude Google/Harvard du nombre de mots présents dans la langue anglaise aboutit au chiffre de 1.022.000. Le graphique ci-dessus est extrait d'une étude de l'AAAS (American Association for the Advancement of Science) citée par le NPR, le réseau radiophonique public des États-Unis. À l'époque où le New York Times publia son article maintes fois cité sur le franchissement du seuil symbolique d'un million, des voix s'élevèrent pour dire que « même Google ne pouvait élaborer une telle méthodologie. Sans qu'ils le sachent, c'était précisément ce que Google avait fait.

Selon le GLM, le nombre de mots dans la langue anglaise s'établit maintenant à : 1.019.729,6. La différence entre les deux analyses est de 0, 0121%, ce qui est considéré comme statistiquement non significatif.

Le chiffre de Google, qui se fonde sur le décompte des mots de 15 millions de livres en anglais qu'il a scannés dans le Google Corpus rejoint l'analyse du GLM. Le chiffre du GLM se fonde sur les méthodes algorithmiques dont il s'explique sur son site.

 

Source : Number of Words in the English
Language: 1,019,729, 
Global Language Monitor

 

Traduction Jean Leclercq


 

Le bulldog anglais et le bouledogue français

Du linguistique, de l'histoire et de l'humour

Dans un article récemment publié sur ce blog, intitulé James Bond et Alfred Tennyson, à propos du film Skyfall, tout en citant un vers du poète célèbre, « To strive, to seek, to find, and not to yield », nous avons affirmé : «  On peut aussi y voir une expression de la ténacité du peuple britannique – message encore renforcé dans le film par la présence d'une statuette de bouledogue drapé dans le drapeau national sur le bureau de "M". »

Effectivement, le bulldog anglais est l'une des figures emblématiques les plus fameuses du Royaume-Uni. Les babines pendantes et le museau aplati sont les principales caractéristiques physiques de cette race. Trapu, court sur pattes, avec un poitrail imposant, le bulldog incarne la force et la robustesse.

 



 

Le bulldog anglais (littéralement, le chien-taureau) est un chien originaire des îles britanniques. En revanche, le bouledogue français descend du dogue du Tibet, ancêtre de tous les chiens de type molosse. Leur existence est attestée dès la plus haute Antiquité : les Assyriens nous ont laissé des bas-reliefs du Xe siècle av. J.-C. représentant des chiens de ce type, proches des chiens du Tibet. L'apparition du bulldog anglais a été favorisée par le développement d'un sport apparu au XIIIe siècle, le bullbaiting ou combat entre un chien et un taureau.

Cette pratique ayant été interdite en 1835, le bulldog anglais a failli disparaître jusqu'à ce que des passionnés de cette noble race se mobilisent pour la sauver. Celle-ci fut remaniée de façon à produire un chien d'un caractère et d'un comportement plus équilibrés. Le redoutable combattant des arènes est aujourd'hui un animal de compagnie dénué de toute agressivité et grand ami des enfants.[1]

Dans le video clip suivant, intitulé Stubborn French Bulldog Beauregard Won't Walk Home, un bouledogue français particulièrement têtu, est tout disposé à suivre sa maîtresse quand celle-ci prend le chemin du café populaire américain « Peet's ». Mais, au moment où la femme essaie de le ramener à la maison, le bouledogue, nommé Beauregard, résiste farouchement. Cette scène désopilante vaut le coup d'œil !

  

À la une : Un chien-guide, Kirsch,  vient de recevoir un diplôme honoris causa en pédagogie de la très prestigieuse Université John Hopkins, située à Baltimore, dans l'État du Maryland.

Carlos, son propriétaire, est aveugle. L'un et l'autre ont assisté à tous les cours.

[1] Source : Wikipedia

 

Jonathan G. & Jean L.

A la une : Alice Munro, 82, est la première canadienne (et la 13e femme) à remporter le prix Nobel de littérature

 

 

Le Nobel de littérature décerné à Alice Munro, reine de la nouvelle
Le Monde, 10.10.2013

Alice Munro wins Nobel Prize in Literature
New York Times, 10.10.2013

 


 

Les écrivains et l'écrivaine que le jury Nobel a méconnus :

Léon Tolstoï (1828-1910)
langue : le russe

Marcel Proust (1871-1922)
langue : le français

James Joyce (1882-1941)
langue : l'anglais

Virginia Woolf (1882-1941)
langue : l'anglais

Jorge Luis Borges (1899-1986)
langue : l'espagnol

Vladimir Nabokov (1899-1977)
langue : le russe

W. H. Auden (1907-1973)

Chinua Achebe (1930-2013)

langue : l'anglais

langue : l'anglais


John Updike (1932-2009)

langue : l'anglais

 

Primo Levi (1919-1987)
langue : l'italien

James Bond et Alfred Tennyson

 

 

            Skyfall
          1962                      2012

Il y a un peu plus de cinquante ans, c'était la première de James Bond 007 contre Dr No, le film où apparaissait le personnage de James Bond.

Aujourd'hui, le dernier-né de la série, Skyfall [1], avec Daniel Craig dans le rôle titre, fait accourir les foules.

 

Nous laisserons à la critique cinématographique le soin d'analyser ce film.

Toutefois, attachons-nous à la scène dans laquelle le chef du MI6 (la section 6 du Renseignement militaire, c'est-à-dire des Services secrets britanniques) comparaît devant une commission parlementaire pour répondre des accusations de défaillances de ses services. Dans le film, le chef du MI6 (connu sous l'initiale "M") est interprété par l'actrice fétiche britannique, Judi Dench.

Pour dire sa détermination de poursuivre l'action du MI6, "M" cite les cinq derniers vers d'Ulysse [2], le poème d'Alfred Tennyson, le poète lauréat victorien. Voici la dernière stance de ce poème :

  Come, my friends,
  'Tis not too late to seek a newer world,
  Push off, and sitting well in order smite
  The sounding furrows; for my purpose holds   
  To sail beyond the sunset, and the baths
  Of all the western stars, until I die.
  It may be that the gulfs will wash us down:
  It may be we shall touch the Happy Isles
  And see the great Achilles, whom we knew.
  Tho' much is taken, much abides; and tho'
  We are not now that strength which in old days
  Moved earth and heaven;
  that which we are, we are;

  One equal temper of heroic hearts,
  Made weak by time and fate, but strong in will
  To strive, to seek, to find, and not to yield.

  Et si nous avons perdu cette force
  Qui autrefois remuait ciel et terre,
  Ce que nous sommes, nous le sommes :
  Des cœurs héroïques et d'une même trempe,
 
Affaiblis par le temps et le destin,
 
Mais forts par la volonté

   De chercher, lutter, trouver et ne rien céder.

 

Le vidéo-clip ci-dessous reproduit cet extrait d'Ulysse, lu par le célèbre acteur britannique John Gielgud.

 

 

Alfred-lord-tennysonTennyson, le barde victorien, est l'un des poètes britanniques les plus connus. Il repose dans le carré des poètes de l'abbaye de Westminster. Le dernier vers, "chercher, lutter et ne rien céder" est l'un des plus célèbres de la poésie anglaise. On peut aussi y voir une expression de la ténacité du peuple britannique – message encore renforcé dans le film, par la présence d'une statuette de bouledogue drapé dans le drapeau national sur le bureau de "M".

Ténacité que symbolisa magnifiquement Winston Churchill lorsqu'aux heures les plus sombres de la dernière guerre, il termina l'une de ses allocutions en disant : "We'll never surrender, we'll never surrender !".

Ce vers "De chercher, trouver et ne rien céder" a été gravé au centre du Village olympique des Olympiades de 2012.

L'univers d'espionnage et de suspense d'Ian Fleming et le monde de cascades et de truquages de James Bond sont très différents de la société pré-industrielle dans laquelle évoluait Lord Tennyson il y a près de 200 ans. Mais, l'héritage du poète lauréat continue de marquer la culture populaire britannique et la littérature anglaise du XXIème siècle.

Notes:

[1] Bien que le film ait été diffusé dans les pays francophones sous son titre original, rappelons que Skyfall signifie: déluge, pluie diluvienne, trombe, pluie torrentielle, crue.

[2] Ulysse est le héros de l'Odyssée d'Homère (Ulysse étant la forme latine du grec Odusseus) ainsi que le héros médiéval de l'Enfer de Dante. En 1833, le poète anglais Alfred Tennyson imagine cette tyrade d'Ulysse lorsqu'il rentre à Ithaque, son royaume, après la guerre de Troie. En s'embarquant pour sa dernière traversée, Ulysse décrit l'ennui de la vie domestique et la crainte de la vieillesse, nostalgique qu'il est de cette quête d'aventure et de savoir qui fut jusque-là toute sa vie.

Il est une autre œuvre littéraire appelée Ulysse, c'est le livre de l'écrivain irlandais James Joyce.

Note de lectrice:

Fidèle lectrice du blog, Madeleine Bova, nous a envoyé de Sienne (Italie) ce commentaire :

Magnifiques ces vers de Tennyson déclamés par Sir Gilgud.

À propos de la note 2 dans laquelle vous dites qu'Ulysse est le héros de la  Divina Commedia, je suis un peu perplexe. Métaphoriquement oui, mais c'est bien l'Alighieri (Dante) qui s'identifie au personnage descendu aux enfers où il rencontre entre autres Ulysse et Diomède, punis pour s'être introduits frauduleusement dans les murs de Troie et c'est Virgile, l'auteur de l'Enéide  qui le guide. Enée se trouve "fra color che son sospesi" dans les limbes.

Lecture supplémentaire :

E. Stead (éd.), Seconde Odyssée. Ulysse de Tennyson à Borges

The Literature Network

Babelio – biographie d'Alfred Tennyson

Jonathan G. & Jean L.