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Valérie François – linguiste du mois de septembre 2017

Jonathan Goldberg s'est entretenu avec Valérie François, traductrice douée et polyvalente, par Skype de Los Angeles a Málaga, en Espagne. Le site de Valerie est accessible à l'adresse http://www.FrenchTranslations.eu

        

Valérie François

J.G.

Malaga

Los Angeles

JG : Vous avez vécu toute votre enfance en France, et votre vie d'adulte jusqu'à ce jour à l'étranger. Où êtes-vous née en France ? Au cours de votre enfance, auriez-vous imaginé partir vivre à l'étranger ?

VF : Je suis née dans un village des Vosges, un département de la région aujourd'hui appelée Grand Est. J'ai grandi dans un petit village vosgien appelé Aulnois, qui compte une centaine d'habitants. Les villes et villages des Vosges sont en général peu connus par mes interlocuteurs. Aux personnes qui m'interrogent sur mon lieu de naissance, j'ai pour habitude de répondre en citant la ville de Nancy, comme étant la plus grande ville la plus proche, mais se trouvant tout de même à une heure de route en voiture ou en train. Je me rappelle que lorsque mes parents m'ont annoncé qu'on partait s'installer près de Valence, la Porte du Sud de la France, quand j'avais quatorze ans, j'en étais très heureuse, j'ai toujours eu l'âme voyageuse. À peine cinq ans plus tard, et après un séjour linguistique aux États-Unis et en Allemagne, je partais m'installer en Écosse pour une année d'étude universitaire « Erasmus ».

JG : À quel âge avez-vous commencé à développer un intérêt pour les langues étrangères ? Quelles langues parlez-vous aujourd'hui ? 

VF : Ma passion pour les langues a débuté par un intérêt pour les mots. Dès ma plus tendre enfance, j'ai eu un intérêt grandissant pour les mots, peu après avoir appris à lire. Je me rappelle notamment mon intérêt particulier pour les dictionnaires, monolingues ou bilingues et vouloir à tout prix les lire. Je demandais à ma mère de m'expliquer quelques mots et définitions dans le dictionnaire, une habitude qui s'est d'ailleurs transmise, car à mon tour je parcours très souvent les dictionnaires avec ma fille de huit ans. Cette passion des dictionnaires, et par la suite des glossaires ne m'a jamais quittée, au point de conserver au fur et à mesure des années des mêmes dictionnaires aux éditions différentes, ce qui me vaut quelques taquineries de mon entourage ! Au cours de mes différents séjours linguistiques et de mes études à l'étranger, je prenais des notes sur des points de traduction qui se présentaient à moi dans la vie de tous les jours. J'ai par la suite créé un glossaire que j'alimentais jour après jour et qui est devenu la base de l'outil de terminologie en ligne de l'entreprise où j'ai exercé comme traductrice. J'ai commencé à apprendre l'anglais et l'allemand au collège, l'italien au lycée, et l'espagnol en Irlande grâce à des échanges linguistiques (français/espagnol) que nous organisions avec mes collègues espagnols.

JG : Vous avez travaillé et vécu en Irlande, parlez-nous de votre expérience de vie en Irlande.

VF : Je me suis installée en Irlande en 2008. J'ai eu l'opportunité de rejoindre une nouvelle équipe de traducteurs européenne basée à Dublin, après avoir travaillé comme seule traductrice dans le bureau parisien de l'entreprise qui m'embauchait. Quand l'opportunité s'est présentée, le départ pour l'Irlande était une évidence pour moi. J'avais toujours rêvé de vivre dans un pays anglophone, et l'Irlande représentait à mes yeux un pays fascinant et où il faisait bon vivre. Nous avons vécu sept ans en Irlande avec ma famille, mes deux enfants y sont nés. Le départ de l'Irlande n'a pas été une décision facile. Nous portons ce pays dans nos cœurs, et nous n'excluons pas de repartir s'y installer un jour. En particulier ma fille, qui se dit « d'abord » irlandaise et qui se lie pour l’instant plus facilement d'amitiés avec les écoliers anglophones de son école en Espagne.

JG : Les diplômes que vous avez obtenus entre l'année 2001 et l'année 2004 ne semblaient pas vous diriger de manière inéluctable vers une carrière de traductrice. Parlez-nous de votre parcours et de la période à laquelle vous avez décidé de consacrer votre carrière à la traduction.

  VF : Lorsque j'ai choisi d'effectuer des études supérieures en langues étrangères, j'ai choisi le cursus plus généraliste des « langues étrangères appliquées » (étude des langues anglaise et allemande appliquées aux affaires internationales et au commerce) afin d’élargir mes possibilités, ne sachant pas encore très bien quels débouchés exacts je voulais atteindre. La seule chose dont j’étais sûre, c’est que je souhaitais approfondir l'apprentissage de mes trois langues étrangères (anglais, allemand, italien). Tout au long de ce cursus, j'ai suivi des cours de traduction qui m'ont passionnée. Les deux années suivantes, j'ai obtenu une maîtrise (master 1) en Langues Étrangères Appliquées de l'Université Sorbonne Nouvelle (Paris III) puis un master 2 en management des affaires internationales de l'École de Commerce CESCI à Paris. À la fin de mes études, j'ai pu travailler dans une entreprise du secteur des biotechnologies en tant que coordinatrice export, une mission dans un environnement soucieux du détail et axé sur la qualité. J’ai ensuite pris connaissance d’un poste de traducteur en entreprise qui s’ouvrait à Kansas City. Cette annonce a suscité un très vif intérêt chez moi. J’ai passé les tests de traduction avec succès et j’ai décroché mon premier poste de traductrice en entreprise, basé à Paris (et non plus à Kansas City, comme il était prévu initialement). Après neuf années de collaboration au sein de la même entreprise, dont cinq ans en tant que traductrice (« Global Localization Analyst ») et quatre ans en tant que consultante des solutions de pharmacie, alors que l'opportunité m'était présentée d'évoluer dans mes responsabilités, j'ai choisi de reprendre mon métier de traductrice à plein temps.

JG : Vous parlez aujourd'hui cinq langues, mais vous choisissez de ne traduire que de l'anglais vers le français. N'avez-vous pas voulu inclure d'autres langues dans votre répertoire de langues sources ?

VF : Lors de ma mission de traductrice que j'ai exercée pendant cinq ans dans une société américaine d’informatique médicale (un éditeur de logiciels dédiés aux hôpitaux), je traduisais de l'anglais vers le français presque exclusivement. J'ai bénéficié d'une spécialisation très forte grâce notamment aux tâches de localisation des logiciels de pharmacie dont j'étais chargée à part entière et d'une mission de quatre ans en tant que consultante de la solution logicielle de pharmacie auprès de clients (hôpitaux) français, irlandais et anglais. Je pense que sans cette spécialisation dans le domaine de la santé, et de la pharmacie en particulier, que j’ai développée au cours de mon parcours professionnel, je n’aurais pu m'installer à mon compte de façon pérenne en tant que traductrice spécialisée. J'ai donc choisi de concentrer mes efforts sur ma spécialisation et ma combinaison de langues la plus développée à ce jour, plutôt que de diversifier mes langues de travail, ce qui demandait un effort d'un autre type. Pour autant, je ne pense pas tirer un trait sur la possibilité de diversifier mes langues de travail à l'avenir.

 

JG : Il semble que vous ayez la capacité de sortir des domaines techniques et des affaires dans votre travail de traduction. Il m'a été en effet possible de le constater à la suite de vos contributions sur des sujets de littérature et de filmographie sur ce blog et de votre excellente traduction d'un texte juridique que j'ai pu voir. Avec ces aptitudes diversifiées, n'avez-vous pas parfois l'envie de traduire en dehors de votre champ de spécialisation par plaisir ? 

 VF Je pense avoir développé ces capacités de diversification tant au cours de mon cursus universitaire que de mes expériences en entreprise. Il fut un plaisir pour moi de contribuer sur ce blog, autant que cela fut un exercice ardu, car la traduction générale et littéraire est un exercice bien plus compliqué pour moi que la traduction technique. Néanmoins, la question que vous posez tombe à point nommé. Après ces presque trois années, par chance fructueuses, en tant que traductrice indépendante spécialisée dans le secteur de la santé, je cherche en effet à développer de nouvelles compétences. Comme le reflète peut-être mon parcours universitaire et professionnel, j'aime relever des défis. Mon nouveau défi est de parvenir à exercer mon métier dans des domaines qui me sont d'un intérêt plus particulier.

JG : Vous vivez en Espagne avec votre mari français et vos deux enfants français nés en Irlande. Comment abordez-vous le multilinguisme au quotidien ? Quelle langue parlez-vous à vos enfants ? 


VF
 : Maeli (Valerie) reading_a_book (2)Nous parlons à nos enfants la langue qui nous est la plus naturelle, c'est-à-dire le français. Néanmoins, mes deux enfants
parlent également couramment l'anglais et l'espagnol. Ma fille de huit ans et mon fils de quatre ans sont tous deux nés en Irlande. Ils ont pu pratiquer l'anglais au quotidien jusqu'en 2015. Une fois que nous sommes arrivés à Málaga, en Espagne, nous avons découvert un environnement culturel et linguistique international, et les enfants ont pu rejoindre une école bilingue (anglais/espagnol). Nous abordons cet apprentissage simultané de langues variées de la manière la plus naturelle possible.

Les  enfants ont la possibilité de parler ces trois langues presque tous les jours de l'année, grâce à leurs parents français, leurs professeurs et amis espagnols et anglais, et notre entourage plurilingue. Le fait de vivre dans cet  environnement constitue pour eux la meilleure façon d'entretenir et de contribuer à l'apprentissage de plusieurs langues. Le soir, au coucher, ma fille lit des histoires en anglais à son petit frère, nous leur lisons des histoires en français, parfois en anglais, mais pour les histoires en anglais, nous préférons laisser le soin à notre fille qui a un accent anglais naturel !

JG : Parlez-nous des plaisirs et des frustrations que vous connaissez dans votre métier de traductrice et en tant que traductrice indépendante en particulier.

VF : Pour avoir travaillé en entreprise pendant onze ans, dont cinq ans en tant que traductrice en interne, je dirais que la principale frustration que je connais aujourd'hui est de ne plus être entourée de tous les experts médicaux (pharmaciens, médecins, infirmier/ères) et techniques qui travaillaient près de moi au quotidien à Paris, ou de mon équipe de traducteurs à Kansas City et à Dublin, avec lesquels nous débattions entre autres de sujets de terminologie. J'apprécie néanmoins l'environnement de travail personnel, de pouvoir travailler dans mon propre bureau, entourée de tous mes livres et dictionnaires, et parfois sur ma terrasse sous le soleil andalou !

JG : Quels sont vos projets pour l'avenir ?

VF : Je projette actuellement de créer mon site internet avec mon mari et de développer mon activité. Quant à mes aspirations futures, comme je l'ai mentionné précédemment, je souhaite allier mes aptitudes en traduction à de nouveaux domaines d'intérêt. Ma spécialisation aujourd'hui est technique, et je voudrais pouvoir contribuer à des questions d'intérêt plus général, d'ordre politique, culturel ou littéraire. En outre, j'ai toujours eu un fort intérêt pour les institutions et les activités multilingues de l'Union européenne, que j'ai cultivé de par les modules que j'ai suivis à l'université et plus récemment de par mon travail de traduction et de validation linguistique effectué indirectement pour l'Agence européenne des médicaments. A l'avenir, je souhaiterais me rapprocher des organisations européennes ou internationales et pouvoir travailler sur des thématiques me tenant à cœur, touchant notamment notre environnement de vie en Europe et dans le monde. Je pense en parallèle à poursuivre des cours ou formations pouvant m'aider à suivre cette direction.

JG : Je vous souhaite une excellente Journée mondiale de la traduction, ainsi qu'à nos lectrices et lecteurs du monde entier.  

 

Happy Translator's Day

                                                                                          

Traductions/adaptations de Valérie sur ce blog :

Entre les draps d'Hollywood

Gad Elmaleh aux États-Unis

 

Quand le Soleil a rendez-vous avec la Lune …

Voici la deuxième partie de notre article consacré à deux phénomènes géographiques récents : l'ouragan et l'éclipse de soleil.

 

Astronomes

Astronomes étudiant une éclipse
(Tableau d'Antoine Caron de 1571)

Une éclipse du Soleil (telle qu'on l'observe de la planète Terre) est un type d'éclipse qui se produit quand la Lune passe entre le Soleil et la Terre, et qu'elle occulte partiellement le Soleil. Ce phénomène ne peut se produire qu'à la nouvelle lune quand, pour un observateur terrestre, le Soleil et la Lune sont en conjonction, ce que l'on appelle une syzygie. Lors d'une éclipse totale, le disque solaire est totalement occulté par la Lune. Lorsqu'une partie seulement du Soleil est occultée, on parle d'éclipse partielle ou annulaire.

Pendant des milliers d'années, les astronomes ont mis à profit les éclipses solaires pour étudier la Lune et le Soleil. Les premières observations d'éclipses dont on ait conservé la trace remontent à 6.000 avant J.C.

 

Total eclipse image

Si vous vous trouvez dans la zone d'ombre de la Lune, vous observerez une éclipse totale de soleil pendant laquelle la totalité du disque solaire est recouverte par la Lune, ne laissant apparaître que la pâle couronne entourant le Soleil.


Eclipse globeLe 21 août dernier, une éclipse totale s'est produite, la première depuis le
26 février 1979. 
La NASA (Administration nationale de l'aéronautique et de l'espace) l'avait annoncée à grand renfort de trompes.

 

banner for 2017 August 21 eclipse
 

 

Le phénomène a provoqué une chasse à l'éclipse d'ampleur nationale. Les chasseurs d'éclipse s'appelles umbraphiles en anglais ou amateurs d'ombre.[1] Ceux-ci se déplacent pour observer les éclipses en utilisant toutes sortes d'instruments pour mieux voir le soleil, notamment des lunettes d'observation solaire (ou lunettes d'éclipse) ainsi que des télescopes. 

     

 

Les États-Unis, ont émis des timbres pour marquer l'événement.

Eclipse stamps

 

Coté linguistique : Le mot eclipse, en tant que substantif et verbe, est utilisé en anglais depuis le treizième siècle. Il dérive du vieux français eclipse (sans accent), lui-même, entré dans la langue française vers 1150, en provenance du latin eclipsis et du grec ancien ékleipsis (abandon, disparition), dérivé du verbe ékleipen : abandonner l'endroit habituel, disparaître, être éclipsé, de ek : hors de.  Vers 1570, le verbe to eclipse a acquis le sens figuré de surpasser, faire pâlir. (source : etymonline.com)

Il semble que, même dans des domaines comme les ouragans et les éclipses, vos fidèles blogueurs soient capables de dénicher un lien avec la langue et l'étymologie ! 

Jonathan G. & Jean L.

[1] En français, ombrophile est employé comme adjectif, mais pas (encore) comme substantif. Ainsi, la forêt ombrophile est la forêt des régions très pluvieuses des zones équatoriale et tropicale. (Grand Larousse encyclopédique).  

Le mot anglais du mois : hurricane.

 Ces temps derniers, deux phénomènes naturels ont fait parler d'eux : l'éclipse totale de soleil du 21 août et les ouragans qui viennent de dévaster une grande partie des Antilles et de la Floride… Le premier a attiré les curieux et les seconds ont eu des conséquences tragiques. Nous étudions ci-après le mot anglais hurricane, et nous prévoyons d'en faire prochainement autant pour le mot eclipse   
 
Katrina-
 Il est des mots qui s'imposent par leur actualité. Hurricane en est un. Mais, qu'est-ce au juste et pourquoi ce mot ? Certes, ce n'est pas « le moindre vent qui d'aventure fait rider la face de l'eau », comme aurait dit La Fontaine, mais un cyclone tropical, c'est-à-dire tout vent atteignant, dans l'échelle de Beaufort, une vitesse égale ou supérieure à la force 12, soit 64 nœuds ou 118 km/h. Ces vents violents sévissent dans deux régions du monde : la mer des Antilles et le secteur du Pacifique sud compris entre l'Indonésie et l'Australie où on préfère les appeler typhoons. Dans les autres bassins océaniques, on parle plutôt de cyclones.
 
 
 
Beaufort

Le mot 
hurricane dériverait de huracan (ou uracan), terme employé par les autochtones des Grandes Antilles qui connaissaient particulièrement bien ce phénomène météorologique. Complètement anéantis en quelques décennies, ces premiers habitants des Antilles n'en ont pas moins eu le temps de transmettre le vocable aux Espagnols, lequel a donné hurracán en espagnol, hurricane en anglais, et ouragan en français.
 
Il est une expression anglaise inspirée du régime des vents : In the eye of the storm. Elle désigne ce qui est au cœur d'un problème. Exemple : The man in the eye of the storm is accused of selling secrets to the enemy. 
Étymologiquement, l'expression se fonde sur le sens littéral de l'œil du cyclone (l'épicentre d'une grave dépression météorologique).
 
Notons, qu'en français, ouragan a également un sens figuré et qu'il désigne alors un mouvement violent et impétueux, un grand tumulte. Le Petit Robert (p. 1749) relève cette acception en prenant un exemple chez Jean-Paul Sartre : « Cette bonne femme […] c'est un ouragan ».
 
HawkerOuragan induit surtout l'idée d'une force violente et destructrice. Ce n'est pas un hasard si le Hawker Hurricane fut le fleuron de l'aviation de chasse britannique en 1939, avant d'être surclassé par le Spitfire pendant la bataille d'Angleterre. Suivirent le Typhoon et le Tempest, tant on désirait être dans le vent ! En France, le MD 450 Ouragan a équipé l'armée de l'air à partir de 1955.
 
Hur namesMais alors, pourquoi les ouragans ont-ils longtemps porté des prénoms exclusivement féminins ? Il semble que, pendant la Deuxième Guerre mondiale, les marins américains leur aient donné des prénoms de leurs bien-aimées. Et cela, jusqu'à ce que les féministes s'inquiètent de cette association malsaine avec des phénomènes climatiques maléfiques. Après avoir essayé un autre système, le National Hurricane Center décida d'alterner désormais prénoms masculins et féminins. C'est ainsi que Harvey, Sandy ou José font écho à Patricia, Katrina ou Irma.
 

Pas traduit, pas prévenus…
D'après Bell Terena, The Atlantic, 08/09/17.

Au cours des trois dernières semaines, les moyens dont disposent les services de gestion des situations d'urgence ont été durement mis à l'épreuve, notamment en ce qui concerne la fourniture d'informations essentielles aux non-anglophones.

Par exemple, dans le comté de Miami-Dade (Floride), 2,6 millions d'habitants se sont trouvés sur l'itinéraire de l'ouragan Irma. Or, selon le plus récent recensement, 72,8% de la population de ce secteur parle à la maison une langue autre que l'anglais – l'espagnol, dans 64% des cas. Lorsqu'un groupe linguistique atteint de telles dimensions, la réponse la plus simple à la question « Comment recevront-ils les informations salvatrices dans une langue qu'ils comprennent ?» est : « par la bouche à oreille ». Mais, si l'espagnol est peut-être la langue préférée à Miami, ce n'est pas le cas à Washington où se trouvent la Croix-Rouge américaine, l'Office fédéral de gestion des situations d'urgence et d'autres organisations d'aide et de premier secours.

Ces organisations fonctionnent essentiellement en  anglais, ce qui peut être un obstacle de plus à la transmission de l'information. 

Pour communiquer dans le secteur de Miami-Dade, la Croix-Rouge américaine s'est associée à Translators without Borders, une ONG basée à Danbury (Connecticut). 

Selon Amy Rose McGovern, directrice des affaires extérieures de TWB, 200 bénévoles du monde entier ont traduit des tweets et des messages Facebook d'anglais en espagnol, créole haïtien, français et portugais (du Portugal et du Brésil). TWB est présent dans la région depuis 1993, aussi l'organisation est-elle bien préparée à aider en cas de crise. Mais, elle est actuellement sollicitée à l'extrême, vu qu'elle s'emploie, aux côtés de la Croix-Rouge britannique à venir en aide aux victimes d'Irma dans les Caraïbes, de la Croix-Rouge mexicaine à aider les sinistrés du séisme de la semaine dernière, et de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge pour tout le reste.  

Ces récentes catastrophes ont également réduit la disponibilité des traducteurs et interprètes. Melissa Gillespie, porte-parole du bureau de recherches sur le marché de la traduction Common Sense Advisory, relève que 6 à 10% des traducteurs américains  habitent des zones frappées par l'ouragan Irma.  Sans oublier à peu près tous les traducteurs et interprètes sur l'itinéraire de l'ouragan Harvey qui possèdent non seulement l'espagnol, mais aussi le créole haïtien et le portugais brésilien. « Le problème, c'est que les traducteurs et interprètes locaux sont tout aussi touchés que les autres habitants,» dit Bill Rivers, directeur exécutif du Comité national commun pour les langues. « Lors des grandes catastrophes, les organismes d'aide doivent trouver davantage de bras pour aider », ajoute Rivers. 

Avec moins de traducteurs et d'interprètes disponibles, ce qui avait été prévu avant une crise ne correspond pas toujours à la réalité lorsque la crise se produit – et cela, quelle que soit l'ardeur au travail des traducteurs, des interprètes et des autres secouristes.   

 
Jean Leclercq

Aznavour rejoint Bennett sur le Walk of Fame à Hollywood

  Elsa WackNous sommes heureux de retrouver Elsa Wack, notre linguiste du mois de janvier 2014. Elsa, née à Genève, est traductrice indépendante de l'anglais et de  l'allemand vers le français. Titulaire d'une licence ès lettres, ayant aussi fait de la musique, du théâtre et du cinéma, elle aime écrire et sa préférence va aux traductions littéraires. Elle traduit également des textes juridiques, techniques, politiques, humanitaires et financiers. Voici sa nouvelle contribution au blog.

Nous consacrons ces lignes à deux musiciens de plus de 90 ans dont les destins ont fluctué différemment. Plusieurs points communs cependant : tous deux ont désormais leur « étoile » sur le « Hollywood Walk of Fame » ; tous deux ont abrégé leur nom d’origine étrangère : en France, l’Arménien Shahnourh Aznavourian est devenu Charles Aznavour, et aux États-Unis, le Calabrais Anthony Benedetto est devenu Tony Bennett. Tous deux aussi ont su se montrer charitables et tolérants dans la célébrité, Aznavour notamment (mais pas uniquement) en défendant la cause arménienne, et Bennett au point d’être surnommé « Tony Benefit » tant il donnait de concerts caritatifs.[1]

À l'âge de neuf ans, Charles prend Aznavour pour nom de scène et commence au Théâtre du Petit Monde une carrière de chanteur et de comédien. Tony chantait déjà en public à 13 ans  Tous deux furent mariés par trois fois ; Bennett eut quatre enfants et Aznavour en eut six.

 

Aznavour sur le Walk of Fame, Hollywood, 24 août 2017 

 

  Aznavour PiafAznavour, 93 ans, est peut-être l’auteur-compositeur-interprète le plus prolifique du répertoire français. Une partie de ses chansons (La bohême, Je m’voyais déjà, Hier encore) commémore ses années de galère avant qu’il ne soit repéré et lancé, comme une pléiade de chanteurs et de compositeurs, par Edith Piaf. Mais dès lors il n’a plus rien eu d’un bohémien, comme le dit d’ailleurs le dernier vers controversé de la chanson : « La bohême, ça ne veut plus rien dire du tout. » Certains pensent qu’il devrait se retirer car il ne chante plus très juste, mais il est difficile pour un tel monstre sacré de quitter la scène. Aznavour, peut-on lire, a vendu 180 millions de disques et écrit 1300 chansons dans de multiples langues. Sa sensibilité à fleur de peau s’exprime dans des paroles comme

« Emmenez-moi au bout de la terre / Emmenez-moi au pays des merveilles / Il me semble que la misère / Serait moins pénible au soleil »

Tony_bennett_Walk of Fame Tony Bennett, 91 ans, lui, chantait à une age très jeune dans des restaurants italiens de New York où il était serveur. Son père invalide était mort quand il avait 10 ans. Bennett ne composait pas mais a allié à l’art du chant celui de la peinture. Sa traversée du désert, il l’a connue lors de l’avènement du rock qui a supplanté la « pop américaine » qu’il chantait. Notez bien : le terme pop music, comme cool, n’a pas tout à fait le même sens en anglais qu’en franglais. Tony Bennett, donc, fut brutalement supplanté avec Sinatra et les jazzmen à-la-(grand-)papa par les vagues de ce que nous appelons pop-rock, du be-bop et du free jazz ; il dilapida sa fortune et s’adonna à la cocaïne ; mais trouva en l’un de ses fils un appui pour s’en sortir et connaître un renouveau de gloire avec la renaissance du jazz des années 20 à 40. Bennett, depuis, s’est concentré sur ce qu’il appelle « ses classiques » : Cole Porter, Gershwin, Duke Ellington, Louis Armstrong (dit « Pops »), par exemple. Il interprète ainsi les grands standards contenus dans les bibles du jazz que sont ou ont été le Great American Songbook et, pour les « pirates », le Real Book. Son fils gère si bien ses intérêts que je n’ai pas pu entendre sur Internet sa version de la chanson What is this Thing called Love (Porter). On trouve plutôt son duo avec Lady Gaga That Lady is a Tramp (Rodgers).

https://www.youtube.com/watch?v=fvoRQqGZ3Lc

 

 

  Aznavour 1Aznavour comme Bennett a surfé sur la vague des émissions de téléréalité. Auparavant, tous deux ont été également acteurs dans des films de bonne facture. Les peintures de Bennett sont  appréciées et montrées dans des galeries, tandis qu’Aznavour est célébré dans un musée en Arménie, qui porte son nom.

 

Elsa Wack

[1] En anglais, « benefit concert », se prête ici à un joli jeu de mots avec le nom de l’artiste.

Lecture supplémentaire :

Charles Aznavour reçoit son étoile à Hollywood

Die Fake News et der Brexit s’invitent dans le dictionnaire allemand

David Charter, Berlin

10 août 2017, The Times
Traduction : Jean Leclercq

Duden Fake newsDifférents mots anglais, témoins d'un monde en constante évolution, allant de darknet à emoji, et de selfie à tablet ont fait leur entrée officielle dans la langue allemande en figurant dans son dictionnaire de référence. Parmi d'autres nouveautés de la vie moderne qui se sont également invitées en allemand, notamment die Fake News (au pluriel) [1] et der Brexit (masculin singulier). S'agissant de substantifs, ils prennent la majuscule en allemand.

 


Les rédacteurs de la 27ème édition du Duden, l'équivalent allemand de l'Oxford English Dictionary, ont admis que, les changements technologiques provenant principalement d'Amérique, la langue allemande se devait d'accepter tout un lot de termes anglicisés.

Parmi les nouveaux verbes figure tindern, signifiant se donner rendez-vous en ligne, contraction de l'application Tindern et de de liken, aimer quelque chose sur les réseaux sociaux – à ne pas confondre avec le mot anglais exprimant la comparaison.

« C'est tout simplement un fait que de nombreuses choses de notre vie quotidienne nous viennent du monde anglo-américain, notamment lorsqu'il s'agit de nouveautés technologiques, » déclare Kathrin Kunkel-Razum, rédactrice en chef du Duden.

La base de données terminologiques du Duden s'est progressivement enrichie. L'édition de 2017 qui vient de sortir, contient 145.000 mots, soit 5.000 de plus que la précédente (2013). En 1880, la première édition ne contenait que 27.000 mots.

Le dictionnaire est mis à jour tous les trois à cinq ans. L'édition 2013 a provoqué un tollé en retenant un mot anglicisé couramment utilisé der Shitstorm pour désigner un scandale, notamment lorsqu'il est attisé sur la Toile.

D'autres nouvelles entrées en provenance de l'anglais reflètent le mode de vie et les tendances de la culture pop, notamment Urban GardeningLow CarbHoodie, et Work-life-balance. Hygge, le confort version danoise, a fait également son entrée. Parmi les ajouts issus des réseaux sociaux, figurent le verbe facebooken (utiliser Facebook) et entfreunden (rayer quelqu'un de vos amis sur Facebook).

 

Certains de mots, reflétant le climat politique ambiant, ont été germanisés, tels que die Flüchtlingskrise (la crise des réfugiés), der Cyberkrieg (la cyberguerre) et postfaktisch (post-vérité). Un autre ajout a été le chouchou du blog de langue allemande, c'est Kopfkino (littéralement : cinéma mental) dans le sens de rêverie.

 

Le mot Schmähgedicht, poème blasphématoire ou diffamatoire, figure également dans le Duden 2017. On le doit à Jan Böhmermann, le comédien qui a provoqué un incident diplomatique l'année dernière avec son ode irrévérencieuse au Président turc, R.T. Erdogan.

Ergan

Toutefois, tous les mots n'y sont pas pour toujours. Plusieurs tentatives de germanisations de mots anglo-saxons ont été abandonnées dans la l'édition la plus récente, tels Majonäse pour mayonnaise et Ketschup pour ketchup.

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[1] Dans le cas des fake news (bobards, sornettes, fausses nouvelles), on ne saurait, en français tout au moins, parler de nouveautés puisqu'une loi du 29 juillet 1881 (complétée par une ordonnance du 19 septembre 2000) réprimait déjà la propagation de fausses nouvelles, qu'il s'agisse de « pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à autrui ».

J.L.