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L’amour est peut-être aveugle, mais pas muet!

Love au prisme de la traduction.

Francoise Massardier-KenneyNous sommes heureux d’accueillir notre nouvelle collaboratrice, Françoise Massardier-Kenney, professeur de français à la Kent State University (en Ohio), où elle a enseigné et dirigé l’Institute for Applied Linguistics pendant de nombreuses années et co-dirigé la Global Understanding Research Initiative. Françoise a entamé ses études à Besançon (Lettres Supérieures et licence) avant d’obtenir un doctorat en anglais à Kent State. Elle est l’auteur de nombreux articles de traductologie et portant sur la littérature du XIXème siècle, ainsi que de traductions en anglais dont l’ouvrage de Antoine Berman, « Pour une critique des traductions », et récemment de l’adaptation et sous-titres du film de Henry Colomer, « Des Voix dans le Chœur : éloge des traducteurs ». Francoise a été notre linguiste du mois de 2015.

Quand on m’a demandé de rédiger un article pour « Le mot juste », j’ai hésité car mes activités traduction et recherche ne me laissaient guère de temps pour réfléchir à d’autres sujets. Cela dit, dans mes lectures en français (presse quotidienne) ou émissions et entretiens sur des sujets divers lors d’émissions de radio (France Inter, France culture, etc.), ainsi que dans les conversations avec des amis ou parents, je n’avais pu m’empêcher de remarquer l’influx accéléré de nouveaux anglicismes dans toutes sortes de contexte (en politique, musique, affaires-pardon « business », science, ou média). Ces termes récents allant de l’utilisation de termes comme « stopper » au lieu d’arrêter, « un check point » pour poste de contrôle, « drastique » pour vouloir dire énergique (ce qui est ironique car en français drastique s’utilisait comme synonyme de draconien pour l’action de médicaments tels qu’un purgatif), être en charge de pour « être chargé de », un boss, suspecter, un podcast, un stand-up, un dealer, un burn-out, un loser, un think-tank, une série (pour feuilleton), un thriller (que sont devenus les policiers et les polars d’ antan?), un look, un scoop, un sponsor, le wokisme (vilain mouvement culturel venant des Etats-Unis), cash (qui bien sûr veut dire argent quand il est employé  comme nom, mais par extension signifie franc–voire brutal– quand on l’emploie comme adjectif (exemple : tu peux faire confiance à ce qu’elle dit. Elle est très cash), « ne me spoile pas la fin du film », etc. Ces emprunts montrent l’ascendance de l’anglais sur le français mais ne changent pas grand-chose à nos manières de penser, de sentir, et de faire.

Or il existe une exception. Depuis plusieurs années, je bute sur un problème de traduction au niveau personnel et après avoir consulté plusieurs francophones qui résident aux U.S.A. comme moi, je me suis aperçue que j’avais un sujet : les différences entre la façon d’exprimer son affection/amour/amitié aux États-Unis et en France et ce que cela peut révéler au niveau des habitudes de pensée dans ces deux cultures.

LOVEJ’ai d’abord découvert la notion problématique de « Love » quand des ami/es/beaux-parents m’écrivaient et finissaient leur missive avec le mot « Love ». Le terme semblait excessif pour décrire les relations amicales qui nous liaient, d’autant plus que j’avais toujours réservé « I love you » ou « love » à un partenaire romantique. J’ai mis cela sur le compte de la différence culturelle entre le français, qui comme l’ont bien décrit les éminents spécialistes de stylistique comparée Vinay et Darbelnet, est porté vers la négation et la retenue (je ne dis pas non [traduction : j’accepte/yes, with pleasure], ce vin n’est « pas mauvais » [ce vin est bon/this wine is good], elle n’est pas bête [elle est intelligente/ she is quite smart) au contraire de l’anglais plus positif et emphatique.

Cependant, tout en étant consciente de ces différences et en dépit de mes efforts pour être plus positive dans mes appréciations (nourriture, devoirs d’étudiants, films, etc.), je n’ai jamais pu utiliser « love » à l’américaine. Je me souviens encore de mon inconfort quand une amie a dit à sa fille avant de raccrocher « love you ». Etais-je coincée et incapable d’exprimer mes sentiments ou avions-nous là un symptôme d’une différence culturelle ? J’ai donc procédé à un sondage informel et posé la question à une trentaine de personnes afin de répertorier les différentes significations de « love » et les façons de l’exprimer en français. La première chose que j’ai découvert est que les parents américains d’enfants petits ou adultes disent « love », « love you » régulièrement à leurs enfants et parfois à leurs amis. Par contre, quand on leur demande si leurs parents à eux avaient utilisé ces mêmes expressions à leur égard, la réponse est négative. Donc, ce serait un phénomène répandu mais assez récent aux États-Unis.

Les parents français résidant en France ou aux États-Unis que j’ai interviewés ne disent pas « je t’aime » à leurs enfants ou à leurs amis et ont un geste de recul quand on leur pose la question. Est-ce à dire que les Français sont moins affectueux que les Américains ? Et bien non. Si l’on répertorie ce qui remplace cette formule, on s’aperçoit qu’il existe un certain nombre d’expressions variées, ce qu’on appelle des modulations en traductologie, c’est-à-dire un changement de point de vue mais qui exprime le même contenu. D’abord le concept général et abstrait rendu par la formule « love » en anglais se traduit par des expressions qui expriment un geste concret et physique : « je t’embrasse », « je t’embrasse fort », « je vous embrasse bien fort », « bises, « grosses bises », « grosses, grosses bises », « bisous », « mille bisous », « à toi de cœur », « je vous embrasse de tout mon cœur ». J’imagine que si je finissais un email par « I kiss you hard », mon/ma destinataire aurait la même réaction d’étonnement que moi lorsque je lisais « love ».  D’autre part, le sentiment d’amitié ou d’amour non-sexuel signalé par « love » s’exprime aussi par l’emploi d’adjectifs qui caractérisent le destinataire. Je ne dis pas à ma fille adulte que je l’aime, mais j’utilise des diminutifs que je suis seule à connaître. De même ma nièce utilise mon diminutif (connu seulement de membres de ma famille proches ou d’amis intimes) quand elle m’envoie des SMS. La valeur affective du diminutif réservé aux proches n’existe pas aux et lorsque on me demande si j’ai un « nickname » car mon prénom est trop long et difficile à prononcer, je réponds que non.  Alors qu’en anglais les diminutifs sont utilisés par tout le monde, en français le surnom est souvent un moyen de distinguer les proches des non-proches. [1] 

Enfin, le français qui se caractérise par des formules « d’étoffement », c’est-à-dire qui utilisent plus de mots que ne le feraient l’anglais, a recours à l’utilisation d’adjectifs qualificatifs ou possessifs pour exprimer un sentiment d’affection fort. Par exemple, on commencera un message par « Ma jolie, mon chéri, ma Mélanie, mon poussin, mon biquet, mon enfant chéri, ma maman chérie, mon petit papa », etc. dont la traduction littérale serait sans doute risible en anglais.

EmotionsTout cela pour dire que non seulement l’expression d’un sentiment qui semble universel varie selon les langues et les cultures mais qu’elle révèle aussi des différences au niveau conceptuel. Les analyses de l’ethnolinguiste James Underhill à propos des métaphores utilisées pour décrire l’amour « romantique » en français, anglais et tchèque et celles de la sociolinguiste Anna Wierzbicka pour les variations culturelles du concept de « friendship » (amitié) en anglais, russe et polonais, ont bien montré que même si nous utilisons les mêmes mots, ceux-ci ne recouvrent pas forcément les mêmes notions. D’où mon malaise initial en entendant « love ». J’en déduis qu’en anglais, « love » serait une catégorie fourre-tout et un mot servant à exprimer des sentiments variés pour différents types de relation s’étendant du plus au moins proche, alors que « je t’aime » est surtout réservé en français pour l’amour type  eros  selon la classification grecque ancienne (c’est-à-dire un amour mêlé d’attirance physique) et rarement pour la philia (forme vertueuse d’amour entre parents, amis, etc.) ou la storgé qui désigne surtout l’amour d’un père ou d’une mère pour son enfant ou la forte affection qui lie des parents ou amis, sans caractère sexuel. Donc le problème semblait réglé : en anglais, love, love you veut simplement dire « bises » ou « content de te voir ». Ainsi le film américain « Love you Bro », traduit en québécois par « J’t’aime mon homme » et qui décrit simplement l’amitié entre deux hommes hétérosexuels devrait se comprendre et se traduire par « T’es mon pote » ou « Potes ». 

Cependant dans la culture populaire (émissions de radio et de télévision) et chez les jeunes, il apparait que les formules habituelles françaises qui expriment l’amour non-romantique se voient complétées par des calques directs venant de l’anglais modifiant l’expression et le concept français de « je t’aime ». Par exemple, lorsque j’ai demandé à une amie française (non-anglophone) si elle utilisait « je t’aime » elle a reconnu le dire à ses petites filles de 12 et 14 ans. Quand je lui ai demandé des détails, elle m’a indiqué que c’était en réponse à ce que les petites filles lui disaient. Mais elle n’utilise jamais la formule avec sa fille adulte car cela ne lui semblerait pas naturel. De même ma nièce adulte qui a vécu trois ans à New York n’hésite pas à dire « je t’aime » à ses parents ou amis proches sans doute parce qu’elle l’a entendu dire autour d’elle et sur les réseaux sociaux.

Pour vérifier si cette utilisation de « Je t’aime » à l’américaine se retrouvait dans des produits culturels, j’ai aussi relevé les occurrences de l’expression dans plusieurs séries policières françaises populaires comme Tandem (six saisons), Meurtres à (neuf saisons), Chérif (48 épisodes) et Drôle, une nouvelle série comique française produite par Nexflix et très bien accueillie par la critique. Et en effet on retrouve le « je t’aime » à l’américaine dans toutes ces émissions.  Par exemple dans « Meurtre à Toulouse, : la Capitaine Jourdan dit « je t’aime » à son jeune collègue et ami gendarme, (et non, ce n’est pas une série américaine doublée en français) et elle le dit aussi à sa fille adulte. Dans Tandem la mère capitaine de police dit aussi (mais très vite comme si c’était gênant) « Je vous aime » à ses enfants adolescents ou même « je t’aime mon bébé » (Ep. 8). Dans Chérif (Ep. 2, S2) la fille adolescente dit à son père flic « Je t’aime papa » et celui-ci lui répond « moi aussi ». Enfin dans « Drôle » la jeune bourgeoise Apolline le dit très rapidement à sa mère après lui avoir caché ses activités de stand-up. Il semblerait que ces exemples venant de la vie quotidienne comme de la culture populaire indiquent une transformation ou reconfiguration du concept exprimé selon le modèle américain. Pour l’instant les expressions françaises qui expriment l’amour filial ou amical coexistent avec cette nouvelle acception venant de l’anglais selon lequel le concept d’amour est plus général et plus abstrait. Mais il faudrait procéder à une étude quantitative pour mesurer l’ampleur de ces changements sur un corpus plus vaste et analyser l’évolution des tendances touchant à l’expérience et à l’expression des liens d’amitié et d’amour dans la culture française contemporaine.

Coda :

G. SandDans le cadre de mes recherches, je viens de lire le tome XVI de la correspondance de George Sand pour les années 1860 et 1861. On y trouve de multiples « Je te/ vous embrasse » mais mea culpa, on y trouve aussi des expressions avec « aime » au sens large de l’anglais. Quelques exemples parmi d’autres : « je me porte bien et je t’aime » (403), « et je t’aime de toute mon âme » (516) à son fils ; « je vous embrasse de tout mon cœur et je vous aime » (576), « On vous aime à mort » (576), « je vous embrasse, je vous aime » (600) à son ami Dumas fils ; « « Un mot de réponse. Je vous aime. Nous vous aimons » (636) au Prince Napoléon ; « je vous embrasse tous les trois et je vous aime » (660), « tout le monde vous embrasse et vous aime » (663) ; « Dites à M. Boucoiran que je l’aime » (803), à divers amis et parents, etc. D’où il faut conclure qu’à une étude synchronique de termes comme « je t’aime » il faudrait ajouter une étude diachronique pour déterminer si c’est l’anglais qui déteint sur le français ou, si par le biais de l’anglais, nous revenons à des habitudes de pensée plus anciennes.

[1]

NDLR :
surname (en anglais) = nom de famille, patronyme
surnom = nickname (en anglais)
donc surnom et surname sont des faux amis.

*

 

 

 

NDLR :

Sonnet 43, Elizabeth Barret Browning

Lectures supplémentaires :

What It Means When Someone Says 'Love You' Instead Of 'I Love You’

Le 1er juillet 1943, le code ZIP américain est né

Le verbe anglais zip  signifie, entre autres, un mouvement rapide comme une flèche [1]. Pour cette raison le département des Postes des États Unis a choisi en 1943 l'acronyme ZIP (Zone Improvement Plan) pour convaincre le grand public que ses lettres allaient arriver à leur destination plus vite grâce à l'usage de ce nouveau système de code postal. Plus tard, il introduit un personnage de bande dessinée appelé Mr. Zip, [2] surnommé aussi Zippy, dans l'optique de promouvoir l'utilisation du code ZIP.

170px-USA-Stamp-1973-ZIPCode Stamp_US_1966_5c_Cassatt_with_Zippy

Franklin $100 billÀ propos du service postal gouvernemental des États-Unis, il convient de rappeler que Benjamin Franklin (1706-1790), homme politique américain et esprit universel, ainsi qu’écrivain, inventeur, imprimeur, naturaliste, et participant à la rédaction de la déclaration d’indépendance des États Unis, occupait le poste de Postmaster General des États Unis, avant de devenir le premier ambassadeur des États Unis en France. [3]

————-

[1] Dans un autre contexte, sans rapport à l’acronyme susmentionné, le substantif zip veut dire notamment « fermeture éclair » (et en Belgique « tirette »).

[2] Pour les pointilleux, il faut rappeler qu’aux États-Unis, les abréviations Mr. (Monsieur), Mrs. (Madame), Messrs, (Mesdames) et autres sont suivies d'un point, alors qu’en Grande-Bretagne elles s’écrivent sans point.  Il faut ajouter que le mot point, dans ce sens, se traduit en anglais par period aux États Unis et par full stop en Grande-Bretagne.

[3] À la suite des commentaires publiés sur ce blogue et dans la presse en général concernant les réclamations des partisans du mouvement Black Lives Matter, visant à dénoncer toute figure historique qui était propriétaire d'esclaves, et plus particulièrement de remplacer l’hymne national des États-Unis, Star-Spangled Banner, parce que Francis Scott Key, qui a écrit les paroles était propriétaire d’esclaves,  il faut mentionner qu’au début Franklin possédait des esclaves, mais durant ses dernières années, il est devenu un fervent partisan de l’abolition de l’esclavage. Franklin a publié Observations relatives à l'accroissement de l'humanité dans lequel il avance que l'esclavage affaiblit le pays qui le pratique. Il affranchit ses esclaves dès 1772.

 


Lectures supplémentaires
 :

150eme anniversaire de combats qui n’avaient rien de civils !
– publié sur ce blogue le 1 juillet 2013

Jenny a l’envers

– publié sur ce blogue le 14 décembre  2013

L'aérophilatelie et l'astrophilatélie – de nouveaux timbres américains et suisses
– publié sur ce blogue le 2 août 2016

L’écrivaine Claude-Anne Lopez raconte sa « vie avec Benjamin Franklin »
– publié sur ce blogue le 7 octobre 2012.

L'écrivaine Claude-Anne Lopez raconte sa « vie avec Benjamin Franklin (2) »
– publié sur ce blogue le 24 octobre 2012.

 

Note culinaire, présidentielle et linguistique

Macaron, Macron et la langue macaronique

À première vue, il nous semblerait que le français utilise le mot « macaron » pour désigner à la fois les pâtisseries qu'on appelle macaron et macaroon, en anglais. Nous avons demandé à notre contributeur Jim Chevallier, qui habite North Hollywood (Californie), et qui est historien culinaire, spécialiste de la gastronomie française du haut Moyen-Âge et de l'histoire du pain français, d'élucider le point.

 

Voici sa réponse :

« Le mot français macaron désigne une pâtisserie à base d'amandes. En Amérique, on a commencé à la fabriquer avec de la noix de coco et on l'a baptisée macaroon. Entretemps, les Français ont élaboré (ou adopté) leur gâteau à base de noix de coco qu'ils ont appelé congolais. Sans être sûr qu'il soit identique au nôtre, étant à base de noix de coco, il est certainement plus proche d'un macaroon que d'un macaron.

Si ce sujet vous passionne, peut-être voudrez-vous jeter un œil à des recettes américaines du XIXe siècle pour des macarons et des macaroons ainsi qu'à des recettes françaises de congolais.»

…ce qui évidement n'a rien à voir avec le

  Big Mac

Dans un article sur Wikipedia, "Congolais (patisserie)", se trouve une autre explication historique sur le macaron connu comme "congolais". Les chercheurs affirment que ces macarons peuvent être attribués à un monastère italien du IXe siècle. [1]  Les moines de cette communauté se sont installés en France en 1533, en suivant Catherine de Médicis, qui épousait Henri II. Les pâtissiers florentins de la nouvelle reine adoptèrent la recette des bénédictins. Plus tard, pendant la Révolution française, deux religieuses bénédictines, Sœur Marguerite et Sœur Marie-Elisabeth, quittèrent Paris pour Nancy  pour trouver asile. Les deux nonnes payèrent leur logement en faisant de la pâtisserie et en vendant leurs macarons. Ceux-ci furent d'abord connus sous le nom de macarons des sœurs.

On sait aussi qu'en 1952, la Ville de Nancy a honoré les soeurs macarons en donnant leur nom à la partie de la rue de la Hache où prit naissance la fabrication du "Macaron de Nancy".

Maison-des-soeurs-macarons-nancy


Pour achever cette note sur un thème présidentiel humoristique, voici deux images que nous avons trouvées sur la toile :

 

Macron  macaron  macaroon

 

 

[1] Dans le domaine linguistique plutôt que culinaire, il convenient de noter qu'une langue macaronique (de l’italien maccaronico,  macaronico, ou, plus fréquemment, maccheronico), est une langue inventée au xve siècle en Italie pour écrire des poésies. Cette langue est composée de mots de la langue maternelle de l’auteur auxquels on ajoute une syntaxe et des terminaisons latines

The Language of Food – recension

The Edible Monument : The Art of Food for Festivals

 

Un coup d’état aux États-Unis?

Des réflexions linguistiques

 

Dernièrement, les médias ont largement diffusé la nouvelle suivante : « Amazon wants to depose President Donald Trump and others over a $10 billion Pentagon cloud contract awarded to Microsoft, according to court documents unsealed Monday» Autrement dit,  « Amazon veut que le Président Donald Trump et d’autres déposent sous serment à propos d’un contrat de stockage de données du Pentagone d’un montant de $10 milliards, accordé à Microsoft, selon des documents judiciaires rendus publics lundi dernier. »

Dans un contexte politique, le mot deposition (en anglais) et « déposition » (en français) ont généralement la même signification. La déposition d’un souverain ou d’un chef d’État est associée à la notion de coup d’état (expression couramment utilisée en anglais, faute d’un équivalent). Dans les deux langues, to depose et déposer sont des verbes transitifs. 

Dans un contexte juridique, le verbe français « déposer » et le substantif « déposition » ont des significations tout-à-fait différentes de leurs équivalents anglais et sont partiellement des faux-amis.  Dans le système judiciaire français, un témoin peut être convié à déposer (à Depotémoigner), le verbe étant alors intransitif.  Aux États-Unis, deux différences s’observent, l’une juridique et, l’autre, linguistique. La première est qu’une déposition a lieu dans le bureau d’un avocat (ou dans une salle de réunion réservée par un avocat) et constitue un avant-procès. Le témoin (appelé deponent), prête serment et témoigne sous serment. Les questions et les réponses sont consignées par un sténographe judiciaire qui rédige ensuite un procès-verbal qui pourra être utilisé au procès. Linguistiquement, le verbe to depose est alors transitif parce que l’avocat de la partie adverse « dépose » le témoin, lequel ne dépose pas (comme c’est le cas en droit français), mais il est « déposé » (deposed). 

Pour en revenir à l’annonce précitée, celui qui ne serait pas très au courant du système judiciaire américain pourrait, à première vue, en Coup conclure qu’Amazon tente un coup d’état visant à renverser le président Trump. Mais, à la faveur des explications qui précèdent, il devrait apparaître qu’Amazon a seulement entrepris d’attraire en justice l’État américain et/ou M. Donald Trump et que, dans le cadre d’une telle procédure, Amazon cherche à obliger Trump à déposer sous serment (littéralement, à le « déposer »).  Si bien que la déposition de M. Trump, au sens politique de coup d’état, n’est pas envisagée sérieusement, à ce stade tout au moins. Pas plus qu’il n’est imaginable de le « déposer » comme un paquet de linge sale !

Jonathan G. 

Sir Thomas Bodley – linguiste du mois d’octobre 2019

 

Des bibliothèques et des bibliothécaires - 

entretien imaginaire et intemporel entre deux bibliophiles oxfordiens

 

Frank Egerton profile Thomas-bodley


Frank Egerton
{Photo Miriam Berkley)
L'intervieweur

 

Sir Thomas Bodley
(1545 – 1613)
l'interviewé

“Il n'est guère de plus grandes tentations sur terre que celles d'être constamment à Oxford et de lire tous les livres de la Bodléienne.”

Hilaire Belloc

 

Préface :

La bibliothèque Bodléienne (anglais : Bodleian Library), officiellement bibliothèque de Bodley (Bodley’s Library) est la plus prestigieuse des bibliothèques  de l’université d’Oxford. Formellement établie en 1602 à partir de collections plus anciennes, elle tire son nom de Sir Thomas Bodley, membre de Merton College, une des 38 "colleges" dont "Oxford University", l'université la plus ancienne d'Angleterre,  est composé.

 

Oxford University


Sur ses différents sites, la bibliothèque Bodléienne rassemble plus de 12 millions de livres imprimés et permet un accès électronique à plus de 80 000 titres des revues numériques. Elle conserve aussi des collections importantes de documents anciens : manuscrits, papyrus, cartes ou dessins. C'est la deuxième plus importante bibliothèque du Royaume-Uni, après la
British Library. [*]

 

Bodleian_Library_entrance _Oxford

Frank Egerton profileFrancis (Frank) Egerton* est un auteur, bibliothécaire et directeur operationel des bibliothèques bodléiennes d'Oxford. Parallèlement, il exerce des fonctions d'enseignement et de tutorat au sein de plusieurs programmes d'écriture créative de l'Université. Il est titulaire d'un BA (Hons) Oxon et d'un MA Oxon (Langue et littérature anglaises). Il a d'abord été Membre associé de l'Institution royale des Arpenteurs agréés, mais il a quitté son emploi d'agent foncier pour étudier l'anglais à Oxford.

De 1995 à 2008, il a analysé des œuvres de fiction et autres pour différents journaux dont The Times et le Financial Times. Ses deux romans publiés s'intitulent : The Lock et Invisible. La version électronique de The Lock a atteint la finale des Independent e-Book Awards, à  Santa Barbara, en 2002. Dans une recension de l'Invisible, The Times [de Londres] a loué « le vif esprit de l'auteur et sa compréhension du paysage émotionnel ».
* (frank.egerton@kellogg.ox.ac.uk)


Marie Nadia Karsky 2L'entretien qui suit a été traduit par Marie Nadia Karsky à notre intention. Marie Nadia vit et enseigne à Paris, où
elle est maître de conférences au département d'études des pays anglophones (DEPA) de l'Université Paris 8. Elle enseigne la théorie et la pratique de la traduction, et travaille sur la traduction théâtrale, en particulier Molière traduit en anglais. Elle a récemment co-dirigé un numéro de la revue Coup de théâtre avec Agathe Torti Alcayaga, intitulé « Traductions et adaptations des classiques sur la scène anglophone contemporaine ».  Elle a traduit, en collaboration avec sa collègue Claire Larsonneur, la pièce Playhouse Creatures de April de Angelis pour les Presses Universitaires du Mirail (Toulouse). Marie Nadia parle le russe et l'allemand et se passionne pour les arts scéniques, en particulier l'opéra et la danse.

  ORIGINAL ENGLISH VERSION  

—————————-

Frank Egerton profileAllez savoir comment, mais il marche, cet engin. Bonjour, Sir Thomas.

Thomas-bodleyBonjour, Frank. C’est un honneur de vous rencontrer !

 

 

Frank Egerton profileTout l’honneur est pour moi, Sir Thomas. Ainsi donc, cher public, c’est un plaisir immense pour moi que de pouvoir, aujourd’hui, interviewer Sir Thomas Bodley, lui qui a donné son nom à la bibliothèque bodléienne d’Oxford, mondialement connue. Sir Thomas a personnellement dirigé, et financé, la rénovation de la bibliothèque: pendant la Réforme en Angleterre, le bâtiment original avait été abandonné et la collection de livres détruite. C’est une contribution exceptionnelle que la vôtre, Sir Thomas, et le monde entier vous en sera éternellement reconnaissant.

Bodley (small)Vous êtes trop aimable.

 

Bodleian-Library

Bod History Faculty
The Bodleian Library's Radcliffe Camera 

Frank Egerton profile

Au préalable, j’avais emmené Sir Thomas faire une visite de la bibliothèque dans son état actuel. Sir Thomas, quelles sont vos premières impressions ?

Bodley (small)On la reconnaît encore, et j’ai toujours plaisir à voir l’annexe ajoutée à l’aile occidentale. On l’a construite après ma mort. Cela donne de l’équilibre à l’ensemble, et on gagne ainsi beaucoup d’espace supplémentaire. Je suis intrigué par ces vitraux brillants que les lecteurs regardent sur les tables. J’aimerais en savoir plus, comme pour ces livres électroniques dont vous avez parlé. Et, bien sûr, il n’y a pas d’épées.

Frank Egerton profileNon, je pense qu’on les a interdites il y a un certain temps. On n’a pas le droit au café, non plus, dans cette partie du bâtiment. Et il est strictement interdit de fumer, où que ce soit. Mais peut-être que…

Bodley (small)J’aime me tenir au courant des nouveautés. J’ignore certes ce que sont les livres électroniques, mais le café… on commençait déjà à en boire cinquante ans après ma mort ! Quant à fumer… je me souviens de Sir Walter Raleigh qui cherchait à persuader Sa Majesté la reine Elisabeth d’essayer. Des nuages de fumée, tout le monde qui toussait…. Je pense qu’elle a fini par en voir le côté comique.

Bod sir-walter-raleigh
Bod Queen-Elizabeth-I
Sir Walter Raleigh                                                                                                                      La reine Élizabeth I

 

Frank Egerton profileBon, Sir Thomas, comme vous le savez, ici nous nous intéressons particulièrement aux langues et à la culture européenne, ainsi qu’aux livres et aux bibliothèques…

Thomas-bodleyLe tout, interconnecté.

 

Frank Egerton profileAbsolument ! Vous avez connu l’Europe très tôt, Sir Thomas, non?

Bodley (small)Oui. Je suis né le 2 mars, et mon premier voyage en Europe date de 1555. Papa, marchand à Exeter, était un protestant convaincu et avait contribué financièrement à l’écrasement d’une rébellion catholique dans le sud-ouest du pays. À l’avènement de la reine Marie Tudor, notre famille a fui, d’abord à Francfort, puis à Genève, où papa s’est établi dans l’imprimerie – ce qui a dû jouer un rôle dans la passion que j’ai pour les caractères imprimés ! À l’époque, l’Europe – là où nous nous trouvions, en tout cas – semblait constituer le cœur même du protestantisme. À Francfort, nous étions avec John Knox ; à Genève, j’ai étudié la théologie aux pieds de rien moins que Calvin, ce travailleur infatigable, qui nous a tous inspirés. J’ai aussi appris l’hébreu et le grec. Sans oublier que nous étions entourés de gens qui parlaient des langues différentes. À la mort de la reine Marie, nous sommes rentrés, mais mes souvenirs d’enfance dans le sud-ouest de l’Angleterre me semblaient déjà bien lointains.

Bod Mary Tudor Bof John Knox
Mary Tudor                 John Knox

Frank Egerton profileVous avez dû garder de formidables souvenirs d’Europe, en revanche.

Bodley (small)Oui, bien sûr, mais quelle frustration c’était de savoir la culture européenne si proche, accessible, mais interdite du fait de la discipline scolaire. Je me suis juré d’y retourner.

Frank Egerton profileMais parlez-nous d’abord d’Oxford, cette ville qui est devenue synonyme du nom de Sir Thomas Bodley.

Bodley (small)Sitôt revenus, je me suis inscrit à l’université, à Magdalen College. Nous foulions la terre anglaise en septembre 1559, et avant la fin de l’année, j’étais déjà étudiant. Mes études à l’Académie de Genève m’ont bien servi. J’ai obtenu de bons résultats, et en 1564, je suis devenu fellow à Merton College. Un an plus tard, ils me recrutaient en tant qu’enseignant de grec, leur tout premier. Pendant un temps, j’ai cru que ma carrière se terminerait à Oxford, là où elle avait commencé. Pourtant, je ressentais une impatience au fond de moi, peut-être parce que, déraciné très jeune, j’ai eu un aperçu de l’immensité du monde. Je cherchais, je cherchais… j’en voulais toujours plus. J’ai essayé beaucoup de choses différentes. Les langues, toujours au cœur de tout chez moi – qu’on ne s’y trompe pas, il s’agit du grec et en particulier de l’hébreu, que nous avons promu, un autre fellow et moi, de toutes nos forces, donnant aux autres accès au savoir renfermé dans des textes écrits en hébreu. Mais une quantité d’autres positions s’ajoutaient à ma vie universitaire: administrateur financier du college, administrateur des jardins, orateur public adjoint… que d’opportunités !

Frank Egerton profileEt quelles amitiés…

Bodley (small)Oui, absolument, en particulier celle de Sir Henry Savile, que j’ai connu à Oxford. Un homme cultivé et loyal, qui devait tellement m’en apprendre lorsque, à la fin du siècle, je me suis lancé dans le projet de la bibliothèque.


Frank Egerton profileMais avant cela, les voyages et la diplomatie…

Bodley (small)Ah, oui, les voyages. Jamais je n’ai oublié le vœu que je m’étais fait à mon retour en 1559. Voici ce que j’ai écrit dans mon autobiographie : « Je souhaitais de plus en plus voyager au-delà des mers, afin d’arriver à la connaissance de certaines langues modernes en particulier, et d’accroître mon expérience de l’administration des affaires. » J’ai voyagé en France, puis en Allemagne et en Italie, apprenant le français, l’italien et l’espagnol. J’ai passé plus de quatre ans dans ces pays. Les langues me fascinaient, tout comme les nouvelles compétences que je pouvais exploiter au service de notre nation. Sous le patronage de Robert Dudley, Comte de Leicester, et de Sir Francis Walsingham, je suis devenu huissier de la chambre de la reine et membre du parlement, bien que cette fonction soit, hélas, celle que j’ai le moins bien exécutée. De 1585 à 1598, l’année où j’ai fini par abandonner la partie, je consacrais ma vie à la diplomatie et à la négociation secrète –

Bod Dudley 1 a Bod Washingham 1
Robert Dudley, Comte de Leicester     Sir Francis Walsingham


Frank Egerton profileL’espionnage?


Bodley (small)On ne le considérait pas ainsi… Pas comme votre James Bond…

Frank Egerton profileJames Bond?

Bodley (small)Je vous ai bien dit que j’aimais me tenir au courant des nouveautés, même s’il y en a beaucoup…

Frank Egerton profilePas tout à fait James Bond, alors.

Bodley (small)Même si, comme j’aime à le penser, j’ai eu une influence sur les événements internationaux, au moins au début. Lorsqu’on m’a envoyé, seul, transmettre des lettres de la reine à Henri III, le roi de France, qui venait d’être contraint de fuir Paris, on m’a obligé de garder « le secret le plus absolu. » Je me permets de le dire (et je l’ai mentionné dans mon autobiographie) : le résultat s’est avéré bénéfique, non seulement pour le roi Henri, mais aussi pour « tous les protestants de France » Si seulement cela a avait continué ainsi ! Il y a eu la rencontre avec Ann, bien sûr, et notre mariage – voilà les événements les plus importants de cette époque, mais ensuite, pendant 9 ans, j’ai vécu à La Haye, sans toujours avoir Ann à mes côtés, cherchant inlassablement à persuader les Provinces-Unies qu’il leur fallait aider la reine dans sa guerre contre l’Espagne, et d’autre part, que ce privilège devait les inciter à lui octroyer de grosses sommes d’argent. Aucune partie ne cédait. Je me trouvais entre Charybde et Scylla. Ah, le management intermédiaire, il ne faut pas m’en parler !

Frank Egerton profileOh, je vois bien, oui !

Bodley (small)Ecoutez donc ceci, écrit par un des secrétaires de la reine en 1594 : « C’est à bon droit que, depuis de nombreuses années, Sa Majesté attend, de la part des Provinces et en signe de leur gratitude, une offre correspondant à une portion annuelle des vastes sommes dépensées par Sa Majesté… » Elle exigeait un retour sur investissement ; quant à eux, ils pensaient qu’elle leur avait simplement rendu service. La situation était impossible. Et puis cette intrigue à la cour… Je n’en pouvais plus.

Taylor Institution Library Oxford Bod Old Schools Quadrangle Library
Taylor Institution Library (Bodleian)
Photo Bodleian Libraries, University of Oxford
Main Bodleian Library 

 

Frank Egerton profileVous le dites vous-même: “J’en concluais … qu’il me faudrait m’établir à la Bibliothèque d’Oxford, intimement persuadé que… je ne pouvais trouver meilleure occupation que de mettre ce lieu (qui, à l’époque, était entièrement ruiné et dévasté) au service, public, des étudiants. »

Bodley (small)J’avais eu la chance de sauver ma tête ! Je me mis donc à un projet qui me trottait en tête depuis quelques années déjà. A l’époque où j’avais été étudiant, puis jeune universitaire à Oxford, il n’y avait pas de bibliothèque universitaire : les manuscrits légués par Humfrey, le Duc de Gloucester, avaient tous été saisis au nom d’une loi promulguée par le roi Edouard VI, puis disséminés aux quatre vents. Vous vous rendez compte ? Un grand nombre d’ouvrages ont été utilisés, paraît-il, par des relieurs pour servir de couverture à des publications moins « superstitieuses ». Des textes classiques, d’une valeur insigne… Comme j’avais fait un mariage très fortuné (Ann était veuve, son premier mari avait gagné des millions, au cours actuel, au commerce des pilchards) –

Bod humphrey- Bod Edouard
Humfrey, le Duc de Gloucester  Le roi Edouard VI


Frank Egerton profileDes pilchards?

Bodley (small)C’est comme des sardines, mais c’est meilleur. Nous n’avions pas d’enfants, alors il semblait juste d’employer l’argent pour le bien des générations d’étudiants à venir. Grâce aux conseils inestimables de Sir Henri, j’ai fait réaménager l’ancien bâtiment et j’ai persuadé les personnes que je connaissais de léguer des livres ; j’en ai acheté d’autres par le biais de libraires qui allaient les chercher à Paris, à Francfort, et même en Italie. Sir Francis Bacon a dit de cette bibliothèque qu’elle était « une Arche pour préserver le savoir du déluge ». Nous avons principalement rassemblé des ouvrages européens, mais aussi des livres en arabe et en persan, et un ou deux en chinois, même si personne à l’époque ne pouvait les lire.

Bod latin sign Bof Divinity School interior
Entrance to Bodleian  Library  Divinity School

 

Frank Egerton profileOn considérait alors les livres chinois comme des curiosités sans grande valeur, n’est-ce pas?

Bodley (small)Moi pas : quelqu’un s’était donné la peine d’écrire tous ces caractères, quelqu’un d’autre l’avait payé pour le faire. Comment savoir quelle sagesse ils recelaient ? Ce que je savais, en revanche, c’était qu’un jour, un savant viendrait à Oxford nous révéler leurs secrets. Rapidement, des érudits venus de l’étranger nous rendaient visite : vingt-deux au cours des deux premières années. En 1610, j’ai conclu un accord avec la Stationers Company, qui avait le monopole de toutes les publications, stipulant qu’ils nous fourniraient un exemplaire gratuit de tous les ouvrages qu’ils enregistraient.

Frank Egerton profileUn accord qui tient toujours, bien qu’on donne maintenant de nombreux exemplaires sous forme de livre électronique.


Bodley (small)Encore ces livres électroniques ! Enfin, comme toute bibliothèque, nous nous sommes rapidement retrouvés à court d’espace, il a donc fallu que je finance une annexe. Un des grands moments de la bibliothèque a été la visite du roi Jacques – l’année d’avant, on m’avait anobli pour services rendus. Cependant, vers la fin du projet et avant de pouvoir construire l’annexe suivante, beaucoup plus grande, j’ai compris que mon heure approchait et j’ai rendu l’âme le 29 janvier 1613. Et là, me voici.

Frank Egerton profileVous voici en effet ! Et à Oxford, votre bibliothèque est toujours bien présente, ce dont le monde entier vous sait gré. Sir Thomas Bodley : figure mythique des bibliothèques !

Bodley (small)Merci de m’avoir invité ! C’était un plaisir. Mais maintenant, lorsque nous serons dans la Green Room, il faut absolument que vous m’en disiez plus au sujet de ces livres électroniques…

 

Bodleian 14 Bodleian 16
Codrington Library, All Souls College     St. Edmund Hall Library


[*] Coïncidence patronymique partielle, il existe, à Genève, une fondation Martin Bodmer, du nom d'un grand bibliophile qui, dès le plus jeune âge, s'employa à collectionner les ouvrages rares (papyri, incunables, manuscrits, éditions originales, etc.). En 1951, ce fonds inestimable fut constitué en Bibliotheca Bodmeriana, puis en bibliothèque-musée de la Fondation Martin Bodmer, magnifiquement installée à Cologny (Suisse) dans les locaux conçus par le grand architecte tessinois Mario Botta.

Bibliographie :

Bodley, T., & Lane, J. (1894). The life of Sir Thomas Bodley, written by himself. [La Vie de Sir Thomas Bodley, écrite par lui-même] Retrieved from https://archive.org/details/TheLifeOfSirThomasBodleyWrittenByHimself/page/n5.

Centre for Editing Lives and Letters, in partnership with the Bodleian Library. (n.d.). The diplomatic correspondence of Thomas Bodley, 1585-1597 [La correspondence diplomatique de Thomas Bodley, 1585-1597]: DCB/001/HTML/0462/008. Retrieved from http://www.livesandletters.ac.uk/cell/Bodley/transcript.php?fname=xml//1594//DCB_0462.xml.

Bodleian Libraries. (2015). Marks of Genius: Novum organum (new instrument) [Signes de génies: nouvel instrument]. Retrieved from https://genius.bodleian.ox.ac.uk/exhibits/browse/novum-organum-new-instrument.

Clennell, W. (2013, May 30). Bodley, Sir Thomas (1545–1613), scholar, diplomat, and founder of the Bodleian Library, [Bodley, Sir Thomas (1545-1613), érudit, diplomate, et fondateur de la bibliothèque bodléienne] Oxford. Oxford Dictionary of National Biography. Retrieved from https://www.oxforddnb.com/view/10.1093/ref:odnb/9780198614128.001.0001/odnb-9780198614128-e-2759.

Wright, S. (2008, January 03). Bodley, Laurence (1547/8–1615), Church of England clergyman [Bodley, Laurence (1547/8 – 1615), ecclésiastique de l’Église anglicane]. Oxford Dictionary of National Biography. Retrieved from https://www.oxforddnb.com/view/10.1093/ref:odnb/9780198614128.001.0001/odnb-9780198614128-e-2758.

Tyack, Geoffrey. Bodleian Library : Souvenir Guide [La bibliothèque bodléienne: visite guidée]. Revised ed. Oxford, 2014. Print.

 

Lectures supplémentaires :

A History of the Bodleian Libraries

Bibliothèques et bibliothécaires dans le miroir des articles du monde – Bulletin des Bibliothèques de France

 

 

C’est bonnet blanc et blanc bonnet !

Pascale Pardieu-BakerNous sommes heureux de retrouver notre contributrice fidèle, Pascale Tardieu-Baker, traductrice et interprète indépendante qui travaille à Paris de l’anglais vers le français (et vice-versa à l’oral). La traduction aide à étancher sa curiosité naturelle et sert d’alibi à sa boulimie de films, livres et magazines.

Pascale a bien voulu rédiger l'article ci-dessous à notre intention.

 

Tweedledum (Economist)

Dernièrement, la revue britannique The Economist a fait sa couverture d'une caricature de Twitterdum (Donald Trump) et Twaddledee (Boris Johnson). Ces pseudonymes sont un jeu de mots sur, respectivement, Tweedledum et Tweedledee dont le sens et l'étymologie sont exposés ci-après. Twitterdum se compose de Twitter, allusion à la méthode que Trump utilise pour communiquer ses orientations, et dum, mot qui se prononce comme dumb dont le b final est muet [1] . Les deux composants de Twitterdum sont aisément attribués à Trump. Quant à Twaddle, cela signifie bêtises, âneries, alors que dee n'a pas de signification particulière. Johnson est souvent accusé de parler Twaddle, c'est-à-dire de débiter des âneries (ou pire encore), qui sont souvent déguisées dans un langage grandiloquent. [2]

Autrement dit, The Economist a transposé et actualisé le traditionnel duo de patronymes popularisé par l’écrivain anglais-irlandais, Lewis Carroll (1832-1898), ainsi qu'on le verra plus loin, pour le restituer dans le contexte de l'actualité  politique insensée et déjantée que connaissent simultanément les États-Unis et le Royaume-Uni, du fait des bouffonneries de leurs dirigeants flamboyants et blondinets.

Tweedledum et Tweedledee [3] sont des personnages jumeaux, surtout connus des Image1 lecteurs francophones pour leur apparition dans les pages du roman de Lewis Carroll [4] « De l'autre côté du miroir » (1872), la suite des « Aventures d’Alice au pays des merveilles », ou bien dans le film de Tim Burton, « Alice au pays des merveilles » (2010) Ces deux noms sont à l’origine sortis d’un épigramme moqueur du poète John Byrom (1692 – 1763) [5] (ou y ont peut-être été ajoutés par Jonathan Swift ou Alexander Pope) avant d’être utilisés dans une comptine britannique. Quel que soit le contexte, il ne s’agit pas d’un sobriquet flatteur, puisqu’il évoque des personnages qui se querellent sans raison. Suivant les traductions ils portent différents noms, Tralalère et Tralala, ou bien Bonnet blanc et Blanc bonnet.

 

  T & t  

Ces traductions, en utilisant des paires de mots très proches, reprennent ce qui constitue la caractéristique principale des deux personnages qui sont toujours dépeints comme se ressemblant énormément et agissant de façon identique. Notre paire de bonnets, en particulier, est une expression moqueuse connue depuis le XVIIème siècle, et utilisée pour décrire deux choses ou personnages qui – bien
que présentés comme différents – sont en fait identiques. Un peu plus près de nous, en 1969, l’expression bonnet -blanc et blanc -bonnet est remise à l’honneur quand elle est utilisée par Jacques Duclos, homme politique communiste, à propos de Georges Pompidou et Alain Blancbonnet 1Poher, tous deux candidats à l’élection présidentielle, qu’il a décrit durant l’un de ses discours comme « des jumeaux ou des siamois ». Il serait à l’origine de l’utilisation de l’expression « bonnet blanc et blanc bonnet » sur les affiches électorales en référence aux deux rivaux.

Quant à Tralalère, il s’agit d’une version de tralala, onomatopée utilisée pour fredonner ou remplacer des paroles de chanson oubliées, et dont Tralali semble être une variante.

Pour en revenir à la couverture de The Economist, le mot reckoning mérite également une brève analyse linguistique. Normalement,  reckoning se traduirait en français par compte, calcul, estimation,  (voire liquidation dans le cas du calcul des droits à pension). Mais, en pareil cas, et dans le contexte des événements qui tombent sur les têtes de Trump et de Johnson, il évoque la pesée des âmes, le Jour de vérité de la Bible et du Coran, et renvoie au Jugement de Dieu des chrétiens et des musulmans, c'est-à-dire au moment où chacun est appelé, après sa mort, à rendre compte des actions qu'il a commises pendant sa vie. L’expression anglaise “time  of reckoning “ fait allusion au moment où l'on rend des comptes de ce que l'on a fait, où l'on paie ses dettes, où l'on exécute ses promesses et où l'on remplit ses obligations et – pour certains politiciens – au jour de leur destitution.

  T+T  

 

[1] La signification littérale du mot dumb est muet/te mais pendant des années le mot s’est employé également de façon péjorative pour signifier idiote ou stupide. Cet usage est aujourd’hui considéré comme politiquement incorrect ou, plus précisément, socialement inacceptable car blessant pour la communauté des muets. Pour l'étymologie du mot, voir https://www.etymonline.com/search?q=dumb

[2]  Alexander Boris de Pfeffel Johnson a la langue bien pendue
        Le mot juste en anglais, 24.07.2019

[3] Dans d'autres langues :

EspagnolPatachunta y Patachún

EspérantoFingrumad kaj Fingrumid

ItalienPincopanco e Pancopinco  / Dindino e Dindello

RusseТраляля и Труляля (Tralyalya i Troulyalya)

[4] Il convient de rappeler qu'il était Lewis Carroll qui celui, en 1882, a inventé le terme anglais “portmanteau word” (en français « mot-valise » ), choisissant paradoxalement le mot français « portmanteau « . Selon Etymonline.com le mot français est entré en anglais dans les années 1540 pour désigner une personne chargée de porter le manteau d’un prince, mais sa signification est devenue « grande valise » quelque 40 ans plus tard. Carroll l’a apposé avant le mot « word » pour créer ce nouveau terme.

[5] John Byrom inventa une méthode révolutionnaire de sténographie.

 

Lecture supplementaire :

The Curious Origins of Tweedledum and Tweedledee

Alice au pays des traductions
Le mot juste en anglais – 29.10.2015

La reine Élizabeth II fait son Brexit pour s’installer au Canada

A la suite de l'article intitulé « Alexander Boris de Pfeffel Johnson a la langue bien pendue »,  que nous avons publié le 24 juillet, voici encore un article sur l'élection de Boris  Johnson comme Premier Ministre de Grande Bretagne, et voici encore une belle traduction par notre linguiste du mois de septembre 2017, Valérie François, a partir d'une annonce imaginaire de l'humoriste américain, Andy Borowitz, dans sa rubrique sur le New Yorker.

 

Johnson helmet

Boris Johnson

Elizabeth scowl 3

  Élizabeth II

     
  Valerie cartoon Borowitz-andy
  Valérie François Andy Borowitz

 

LONDRES (Rapport Borowitz) – La Reine Elizabeth II déménage « immédiatement » au Canada et devrait y résider à plein temps d’ici la fin de la semaine, a confirmé mardi le Buckingham Palace.

La reine n’a donné aucune raison pour ce déménagement, mais le palais a indiqué qu’elle faisait ses valises depuis plusieurs semaines.

Signe que la décision de la reine est irrévocable, le palais a révélé que ses corgis bien-aimés avaient déjà été transportés par avion à Toronto.

Dans une brève déclaration d’adieux au peuple britannique, la reine a expliqué pourquoi elle avait choisi le Canada comme nouvelle patrie. « Nous parlons la même langue et notre portrait apparait sur leur monnaie », a-t-elle déclaré.

Elle a affirmé qu’elle n’avait « aucun regret » à abdiquer le trône en faveur de son fils, Charles. « À ce stade, il n’y a rien qu’il puisse faire qui rendra le Royaume-Uni encore plus chaotique qu’il ne l’est déjà », a-t-elle déclaré.

Mise a jour, 6 septembre 2019

The New Yorker, BORIS JOHNSON'S BREXIT CARNAGE

"The symbolism of the physical state of the Palace of Westminster, where Parliament meets, was almost too crude this week. Big Ben was sheathed in layers of scaffolding and black construction netting. Great sections of the old complex were barely visible under plastic sheets. Inside, corridors were cluttered with plywood and temporary construction barriers. It looked like the scene of a disaster, which it was."

 

Lecture suppleméntaire :

Shambles, mayhem, bedlam - en Grande-Bretagne et en France

Boris Johnson fait face au risque d’éclatement du Royaume-Uni
Le Monde, 30.8.2019

Alexander Boris de Pfeffel Johnson a la langue bien pendue

Langue pendue The Oxford English Dictionary:
gab (noun): "b. the gift of the gab: a talent for speaking, fluency of speech. (Sc. also gift of the GOB.)" In the U.S., the phrase most often heard is "the gift of gab." As a verb, gab means to chatter, prattle, talk.

glib (adjective). Of a speaker or writer, of the tongue, etc. 'Well-oiled', ready and fluent in utterance. Of language: Characterized by fluency and readiness. Chiefly in contemptuous use, implying lack of thought or of sincerity."

                                                           

Grandiloquence (2)

Valérie FrançoisLe texte ci-dessous a été traduit par notre fidèle contributrice, Valérie François, à partir d'un article de l'agence Reuters. 

Pour retrouver les contributions précédentes de Valérie cliquez sur son nom sous la section "Catégories" dans la colonne à droite du site.

 

LONDRES (Reuters) – JULY 23, 2019

Le Premier ministre désigné du Royaume-Uni s’est un jour vanté de pouvoir réciter par cœur les cent premières lignes de l’Iliade d’Homère en grec ancien. [Note du blog : En bas de cet article, Johnson chante la Marseillaise.]

Depuis longtemps, Boris Johnson tisse de l’or en politique grâce à son langage grandiloquent en utilisant ce que certains linguistes et observateurs considèrent comme un langage pompeux, un vocabulaire ésotérique, une crudité occasionnelle et des épisodes de fanfaronnades maladroites.

Il confectionne ce qui semble être un discours spontané ponctué de références allant de l’antiquité classique à la culture britannique populaire, et courtise la controverse pour accroître sa popularité en utilisant parfois ce qui est maintenant considéré comme des anachronismes impériaux britanniques.

« Le langage utilisé par Johnson est souvent un mélange de métaphores ou de tournures de phrase inattendues, d’hyperboles et de nostalgie, le plus souvent avec une touche toute britannique », a déclaré Philip Seargeant, maître de conférences en linguistique appliquée à l’Open University.

Johnson Plato

Sa prestation est importante, également, a déclaré Seargeant « parce que cela agrémente le phrasé héroï-comique d’une dose de fanfaronnade maîtrisée, qui instille un sens du comique à toute chose. »

Le trop plein d’audace de la flamboyance verbale de Johnson est depuis longtemps l’une de ses marques de fabrique, depuis les clubs de débat de son prestigieux lycée privé Eton College, en passant par l’Université d’Oxford et jusqu’à ses débuts de journaliste correspondant à Bruxelles où il raillait le projet européen.

En tant que politicien, il a perfectionné son art oratoire de la séduction en tant que célébrité d’émissions de télévision et maire de Londres. Il a régulièrement éclipsé les dirigeants du Parti conservateur avec des discours prononcés lors de la conférence annuelle du Parti, lesquels ont ravi de nombreux membres citoyens.

Il est l’auteur d’ouvrages, notamment une biographie de son héros et chef de guerre britannique Winston Churchill. Il a reçu 22 917 livres (28 524,79 dollars) par mois pour sa chronique hebdomadaire dans le quotidien Telegraph.

Derrière les acrobaties verbales, cependant, les linguistes perçoivent une utilisation du langage beaucoup plus calculatrice.

« Sur la scène publique, il arbore à tout le moins les masques suivants : celui d’orateur entraînant, de causeur affable et d’amateur empoté », a déclaré Paul Chilton, professeur émérite de linguistique à l’Université de Lancaster.

« Il sait que pour séduire une audience il faut faire rire, ce qui dissimule le manque de mesures politiques, l’absence d’engagement, les demi-vérités, les mensonges et l’ignorance des faits." a déclaré Chilton.

Johnson, 55 ans, va devenir le prochain Premier ministre britannique après son élection à la tête du Parti conservateur, le mardi 23 juillet.

Il a déclaré que son expérience en tant que maire de Londres et plus tard en tant que ministre des Affaires étrangères démontrait qu’il avait une bonne maîtrise de la politique et que les accusations de mensonge étaient dues à des citations sorties de leur contexte.

Les analogies exagérées qu’il emploie peuvent provoquer de forts ressentiments. 

Il a lancé que l’accord raté de la Première ministre Theresa May dirigeait la Grande-Bretagne vers un « statut de colonie ». Lors de la campagne du référendum britannique sur le Brexit de 2016, il a averti qu’en tentant de créer un super-État européen, l’Union européenne suivait le chemin d’Adolf Hitler et de Napoléon.

Johnson a proposé un « Brexit complet » plutôt qu’un « Brexit en rouleau de papier toilette », en référence à l’aspect « doux, fragile et infiniment long » du produit.

Il a également suggéré un jour que le président des États-Unis, Barack Obama, qu’il qualifiait de « moitié kenyan », nourrissait une aversion ancestrale envers l’Empire britannique. En outre, il a écrit un limerick obscène au sujet du président turc Tayyip Erdogan.

En 2016, alors qu’il était ministre britannique des Affaires étrangères, Johnson a déclaré qu’il lui faudrait beaucoup trop de temps pour s’excuser du « riche thésaurus » de propos désobligeants qu’il a tenus au fil des ans au sujet des dirigeants du monde et qui ont été « mal interprétés ».

ATHÈNES ET ROME

Peu de politiciens modernes affichent autant leur admiration pour la Grèce antique que le prochain Premier ministre britannique. Alexander Boris de Pfeffel Johnson, de son vrai nom, est communément appelé simplement « Boris ».

Ayant étudié les lettres classiques à l’université, Johnson maîtrise le latin et le grec ancien.

Dans un entretien récent avec talkRADIO, il a dévoilé, dans les mêmes minutes, son hobby qui consiste à fabriquer des maquettes de bus londoniens à partir de caisses en bois et qu’il était un admirateur de Périclès d’Athènes, célèbre homme d’État grec et orateur du Ve siècle avant notre ère.

« Son recours occasionnel aux langues classiques sert plusieurs objectifs, c’est une façon de revendiquer une certaine autorité », a déclaré Chilton, qui a également souligné le penchant de Johnson pour les techniques oratoires classiques.

Dans un discours prononcé la semaine dernière aux membres du parti au cours de sa campagne pour la présidence du parti, Johnson a brandi un hareng fumé sous vide et a tenté de ridiculiser la réglementation de l’Union européenne en soulignant l’absurdité d’imposer un tel emballage pour la congélation.

La législation de l’UE n’exige pas un tel emballage. Les partisans de Johnson ont déclaré qu’il utilisait le poisson comme une illustration.

« La ruse du hareng fumé à la campagne électorale du Parti conservateur est en réalité un stratagème antique de rhétorique politique. Caton l’Ancien aurait apporté une grappe de raisin carthaginois frais au Sénat romain pour faire valoir son point de vue politique », a déclaré Chilton.

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Boris Johnson chante la Marseillaise

 

Lyon ou Lyons ?

 

Voici la réponse du quotidien britanniques à une lettre adressée par un lecteur qui se plaignait de la graphie anglaise de la ville de Lyons :

 

TIMES_logo_main

"Lyon or Lyons?
Andy Crane wrote from Tunbridge Wells: “We have visited Lyon on several occasions and know it well. Why does The Times persist in Lyon referring to it as Lyons? Since the England Lionesses have been there you have been spelling it wrong throughout the paper.”

No, we’re not. With the odd exception — Leghorn/Livorno, for example — we use English spellings of foreign place names. We don’t say “Bruxelles” or “Roma”, and Lyons will do us for now.

Perhaps next time Mr Crane goes to France he could ask Le Monde to stop talking about “Londres”."

L'usage anglais consistant à ajouter un s final aux toponymes Lyon et Marseille n'a rien de si étrange. Au sein de l'espace  francophone, on observe de telles différences orthographiques. Ainsi, il existe une ville de Nyon, en Suisse, une autre en France et une Nyons dans la Drôme (France). Il existe un Saint-Cergue, en Suisse, et, à quelques kilomètres de là, un Saint-Cergues (en Haute-Savoie française). Peut-être cela tient-il à d'anciennes graphies qui ont subsisté ici ou ont disparu ailleurs. Toujours est-il que le Times a raison de s'en tenir à l'usage. Locus regit actum ! 

Jean Leclercq

Commentaires de deux lectrices et un lecteur :

Sarah Aich, Johannesburg, Afrique du Sud
Traductrice fran
çais/anglais/hébreu/hollandais

« Il s'agit donc bien du mot juste en anglais ! »

Elsa Wack, Genève, Suisse
Traductrice de l'anglais et de l'allemand vers le français

Il y a des modes avec les traductions de noms géographiques. Il y a eu l'époque Bei Jing avant le retour à Pékin, et chez moi en Suisse il existe une tendance à écrire Basel (orthographe de l'allemand) pour Bâle (qui ressemble plus au mot allemand prononcé). C'est peut-être pour faciliter la lecture des cartes géographiques, où en Suisse les noms des lieux sont écrits dans la langue locale, ce qui donne des cartes quadrilingues. J'ai aussi cru bon, un temps, de résister à Mumbai pour Bombay, mais là, on se heurte, paraît-il, à un problème politique ou colonial.

Note du blog : Voir notre article Les Toponymes – https://bit.ly/2xLNOu6
Welsh toponyme

 

 


John Woodsorth
, Ottawa, Canada
Russian-English Literary Translator

"This whole discussion reminds me of a similar situation here in Canada involving Saint John (New Brunswick) and St. John's (Newfoundland). Here it is not only the final letter & apostrophe that makes the difference, but also the abbreviation versus the full form of "Saint". See: https://bit.ly/2YMcZZb"

[Note du blog : Voir aussi "La guerre des apostrophes" 25/4/2013 https://bit.ly/2Sd2MCP]