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Astroturfing – le mot anglais du mois

Astroturfing
Avant d’expliquer ce mot, il faut rappeler, qu'en anglais, « grassroots » s’emploie littéralement (et comme substantif) pour désigner, en géologie, des couches superficielles ou, en botanique, des racines d’herbe (dans ce cas, en deux mots : « grass roots »). 

En revanche, « grassroots » employé figurativement (et comme adjectif) veut dire « populaire » ou « de base », par exemple dans l’expression « grassroots campaign » (campagne s'adressant à des gens ordinaires). Dans le sens tant littéral que figuré, il s’agit de quelque chose qui sort de  terre, comme le gazon naturel, qui se situe « au ras des pâquerettes », par opposition à quelque chose d'artificiel ou d'imposé d’en-haut.

Grassroots 1


Grassroots fundraiser

Grassroots 3

Le mot « turf » renvoie lui aussi au gazon et à la pelouse. (Dans un contexte particulier, il peut vouloir dire course hippique.)

Astroturf ® est la marque commerciale d’une société qui vend de l’herbe artificielle utilisée dans les stades.  Les mots « grass roots » (ou « grassroots ») « turf » et  « astroturf » ® ne sont pas des néologismes.

  Astroturf  

En revanche, le mot « astroturfing » a été forgé il y a quelques années seulement pour désigner l’acte de mener une campagne, surtout politique ou commerciale, qui donne l’impression d'être populaire et spontanée, mais qui, en réalité, est aussi artificielle que l’astroturf. Donc l’astroturfing est employé  par une entité organisée qui cherche à promouvoir une idée, un produit, une campagne ou un candidat.  Il s’agit d’orchestrer les choses d’une manière qui semble provenir de différentes sources et bénéficier d'un large soutien, tout en employant des méthodes de désinformation. Cela s'opère grâce à des lettres écrites aux journaux, des articles orientés publiés dans des blogs, ou des opinions, dites impartiales, exprimées par d’autres canaux d'information.

Le recours à l’astroturfing se répand rapidement comme nouvel outil de la guerre menée sur la Toile. Pour citer le journal américain, The Boston Globe :

Une nouvelle menace plane désormais sur la Toile. Jusqu'ici, l'histoire des « cyberguerres » a été celle de l'escalade des logiciels. Des criminels de l'ombre (ou des adolescents qui s'ennuyaient) concevaient des codes – toujours plus pointus -  permettant d'infester les logiciels, d'inonder de spams ou de subtiliser des numéros de cartes de crédit… Mais, la matière première d'une toute nouvelle forme d'agression n'est pas le logiciel, mais le public. De gros bataillons de mercenaires sont recrutés pour aider à déformer le paysage socio-médiatique – en vantant les mérites de tel ou tel produit, en diffusant des spams convaincants, en ouvrant des comptes sur des réseaux sociaux ou en effectuant d'autres tâches.  Cela donne à ceux qui les emploient de nouveaux moyens de faire à peu près n'importe quoi, de l'usage de techniques commerciales contestables au vol pur et simple.

Voir aussi:

Detecting and Tracking the Spread of Astroturf Memes in Microblog Streams
School of Informatics and Computing, Indiana University, Bloomington, IN, USA

D’autres expressions qui comprennent le mot « turf » :

Turf war

Turf warCe terme est défini par la base de données « Wordnet » comme « une âpre lutte pour un territoire, un pouvoir, une domination ou des droits ». Par exemple: «  a turf war erupted between street gangs».  Ces querelles de territoire opposent des bandes, des mafias, des seigneurs de la guerre, des militants de partis politiques, des groupes religieux, etc. qui se disputent tel ou tel secteur ou point particulier de vente de drogue, ou de collecte illégale de fonds ou de dons, ou encore de prosélytisme politique ou religieux. 

Surf and turf

Type de cuisine qui associe viande et fruits de mer (en particulier le homard et le steak), ou les restaurants qui proposent cette cuisine.

  Surf and turf

Not exactly my turf 

Ce n'est pas mon rayon (/ma spécialité)

It comes with the turf

 Ce sont les risques du métier

to be turfed out (familier)

être viré, jeté

home turf

terre natale; (sport) domicile

 J.G. 

Anthony Bulger – linguiste du mois de septembre 2020

Notre linguiste du mois, Anthony Bulger, né en Angleterre mais résidant en France depuis 40 ans, est auteur, journaliste et enseignant. Il Bulger croppeda aussi travaillé comme directeur pédagogique en Californie. Nous faisons le point sur son parcours, ainsi que ses perspectives pour l’avenir de l’enseignement et la traduction, fondées sur une carrière fructueuse et variée dans ces différents champs linguistiques.

—————–

Pourriez-vous nous parler de votre famille, y compris de votre enfance et de votre premier contact avec la langue française ?


Anthony-Bulger 2Fils d’un officier de la Royal Navy, j’ai changé de port d’attache au moins dix fois pendant mes 15 premières années. À chaque occasion, pour « fondre dans la masse », je me suis efforcé à adopter l’accent et le parler locaux. Par conséquent, mes premiers mots – d’après mes parents – furent I wanna perkin (« I want a biscuit »), dans le dialecte écossais de la région de Glasgow, où j’ai passé les trois premières années de ma vie. Arrivé à l’âge canonique de douze ans, après de nombreux déménagements, je savais commander à manger et à boire en utilisant au moins six accents différents. Lorsque j’ai commencé à apprendre le français au collège, c’était comme si j’assimilais un nouveau dialecte – du moins, pendant les trois premiers mois ! Grâce à mes professeurs, j’ai découvert le plaisir de communiquer dans une autre langue que la mienne. Après le lycée, plutôt que d’aller à la fac, je voulais me servir de mes connaissances linguistiques : j’ai donc fait une école de journalisme dans le but de devenir tout de suite le correspondant international d’un grand journal, sans penser pour un instant qu’il faille d’abord faire ses armes sur le terrain domestique… Ah ! La jeunesse ! Du coup, je suis parti à Paris pour parfaire mon français, découvrir d’autres horizons et écrire un roman profond et novateur. Mais, comme souvent, la vie prend un autre tournant : je suis devenu professeur de langues (anglais, français), et c’est dans ce cadre qu’un éditeur parisien, Assimil [1], m’a demandé de mettre à jour sa méthode d’apprentissage, L’Anglais sans peine. Ce que je ne savais pas, c’est que ce livre était célèbre – sans doute la première méthode autodidacte en France destinée au grand public –, dont la première phrase, My tailor is rich, appartenait depuis des décennies à la culture populaire française. Ainsi a commencé une collaboration continue avec cette maison d’édition, pour laquelle j’ai écrit une douzaine de livres d’apprentissage de l’anglais et du français. [2] En parallèle, j’ai poursuivi une carrière de traducteur et d’enseignant universitaire. Aujourd’hui à la retraite, je continue à écrire et suis revenu à ma formation initiale de journaliste, en rédigeant deux chroniques mensuelles pour le magazine France-Amérique. [3] Quant à mon fameux roman profond et novateur, il est toujours en attente…

  FRANCE-AMERIQUE LOGO  


Combien de langues parlez-vous ?


Anthony-Bulger 2
Je commence enfin à maîtriser à fond l’anglais, ma langue maternelle ! Professionnellement, je traduis de français en anglais. À l’école, outre le français, j’ai appris le latin et le russe. De par mes voyages, j’ai des connaissances en plusieurs autres langues, comme l’italien ou le grec – mais dans ces cas, je parle suffisamment pour me mettre dans le pétrin mais pas assez pour m’en sortir.

 

En France tout le monde s’auto-flagelle et dénonce la piètre qualité de l’enseignement en anglais et le faible niveau des jeunes dans cette langue. Ne trouvez-vous pas que c’est un peu exagéré et que le niveau a plutôt progressé ces vingt dernières années ?

Anthony-Bulger 2Je suis entièrement d’accord. Le mythe que « Nous, les Français, on est nuls en langues» est bien enraciné dans la culture populaire. Mais c’est bien cela : un mythe. Certes, on peut toujours améliorer l’enseignement des langues – le rendre moins scolaire, par exemple – mais les progrès réalisés depuis une vingtaine d’années sont énormes. D’une part, la pédagogie s’est
enrichie d’outils TICE (technologies de l’information et de la communication) ou de ce que l’on appelle (assez pompeusement)
des « modalités et espaces nouveaux » pour l’enseignement, qui facilitent l’apprentissage. D’autre part – et plus important – les jeunes générations aujourd’hui sont plus mobiles et, grâce à les innovations technologiques, plus ouvertes aux mondes extérieurs et donc aux langues et cultures étrangères.

Cela dit, ce mythe de « nullité linguistique » perdure pour des raisons plutôt culturelles. En milieu scolaire, les langues étrangères sont souvent enseignées comme n’importe quelle autre matière, un ensemble de connaissances théoriques à acquérir dans un contexte qui encourage peu l’initiative personnelle et tend à fustiger l’erreur. Du coup, le processus de tâtonnement et d’erreur « bénigne » qui est essentiel à l’apprentissage des langues est considéré comme fondamentalement défectueux. Il faut rendre l’enseignement et l’apprentissage des langues plus naturels – tout comme l’apprentissage de sa propre langue.

Les traducteurs professionnels se posent beaucoup de questions, légitimes, avec l’arrivée des outils numériques du type DeepL, toujours plus perfectionnés. Comment voyez-vous l’évolution du métier de traducteur ?


Anthony-Bulger 2Vaste débat ! Indiscutablement, les outils technologiques ont fait beaucoup avancer la profession depuis 20 ans – et continueront à le faire.  Les logiciels sont de plus en plus perfectionnés et des outils de TAN (traduction automatique neuronale) nous aident énormément en termes de cohérence terminologique, de rapidité, etc. Personnellement, et contrairement à beaucoup de mes confrères, je pense que la TAN va devenir omniprésente  dans l’industrie de la traduction – car il s’agit bien d’une industrie – et que les traducteurs devront faire évoluer leur compétences techniques et linguistiques en parallèle. Autrement dit, ils doivent dès aujourd’hui se spécialiser dans un ou plusieurs domaines précis – juridique, médical, financier, etc. – et, en même temps, suivre constamment l’évolution des outils. [4]

  LInguistics logo  

Tous ces bouleversements menacent également les acteurs traditionnels de l’apprentissage des langues, comme Assimil…

Anthony-Bulger 2Oui et non.

Oui dans le sens où l’offre de cours et de méthodes virtuels monte en flèche et que certains de ces outils sont de bonne facture. De plus, l’interface en ligne permet une interactivité qui jusqu’à présent faisait défaut aux méthodes traditionnelles et qui, en outre, renforce le côté ludique de l’apprentissage – un élément-clé de l’assimilation et un composant essentiel de la méthode Assimil depuis toujours.
Non, parce que les concepteurs de méthodes – du moins, certains d’entre eux – suivent ces évolutions assidûment et les intègrent au fur et à mesure dans leurs offres.  Il est vrai que ces apports technologiques ont souvent un côté « gadget », dont le contenu pédagogique est mince. N’empêche, notre but est de toujours aider l’apprenant au mieux, de retenir son attention et le faire vivre la langue cible en la manière la plus complète possible. Partant, si ces technologies de rupture peuvent être utiles, il faut les intégrer dans nos cours et nos méthodes. Mais il faut surtout garder à l’esprit que c’est le contenu pédagogique, pas les gadgets, qui est primordial.

Venons-en à l’anglais. En dehors des facteurs économiques, qu’est-ce qui a fait de cette langue la lingua franca? Était-elle prédestinée, par sa simplicité et sa plasticité, à devenir une référence quasi universelle ?

Anthony-Bulger 2Prédestinée ? Je ne pense pas.  On ne peut pas faire abstraction des facteurs économiques et commerciaux car, en partie, c’est à cause d’eux que l’anglais s’est essaimé depuis le 18ème siècle. Certes, avec la colonisation de l’Amérique du Nord, l’Australie, etc. par la Grande-Bretagne, l’anglais a pris le large (tout comme le français, d’ailleurs – n’oublions pas Jacques Cartier, Champlain et compagnie), mais c’est surtout avec la montée en puissance économique, politique, voire « pop-culturelle » des États-Unis que l’anglais s’est ancré dans notre conscience collective. Et puis le rôle et l’influence des pays anglo-saxons pendant et après les deux guerres mondiales au 20ème siècle (le Traité de Versailles, la création de l’ONU, etc.) sont des facteurs non négligeables.

Cet essor fut facilité, bien sûr, par la grande souplesse de l’anglais et sa relative simplicité comparé à d’autres langues (peu de formes verbales, absence de genres, etc.)  – mais aussi parce que la langue s’adapte en permanence, en se simplifiant (la perte de tutoiement/vouvoiement, par exemple) et en assimilant sans complexe des mots, des néologismes voire des tournures grammaticales venus de partout. Attention : j’ai bien dit simplicité relative car, par certains aspects – par exemple, la prononciation ou les verbes à particule – l’anglais est loin d’être une langue simple !
GlobishEn somme, l’anglais universel – ce « globish », censé être parlé et compris par le monde entier – est un sabir plutôt qu’autre chose. Sans mentionner des variantes comme le Singlish (l’anglais de Singapour), l’Indlish (Inde), le Japlish (Japon) – ou du franglais ! L’anglais tel qu’on le parle dans l’Anglosphère (notre équivalent de la francophonie) est riche des apports culturels, historiques, géographiques et sociologiques qui l’ont façonné et fait évoluer depuis des siècles. C’est cette langue-là qu’il faut appréhender, pas le globish !   


Quels sont les nouveaux mots et expressions dignes d’intérêt en anglais britannique ?


Anthony-Bulger 2L’anglais britannique imite de plus en plus son « cousin » américain, donc des termes comme mansplaining, deepfake ou encore hellacious traversent l’Atlantique à la vitesse grand V. Cependant, les Britanniques ne sont pas totalement américo-dépendants, car ils peuvent puiser dans un réservoir de langues parlées par les enfants et petits-enfants issus de l’immigration. Par exemple bonnga (du tagalog), signifie « cher », « extravagant » (I want a bongga gift for my birthday) ou encore chuddies (hindi), qui veut dire sous-vêtements. Il ne faut pas négliger les contributions des autres pays du Royaume-Uni, notamment l’Écosse, qui nous donne a sitooterie (un endroit où on peut s’asseoir dehors – to sit out – pour bavarder) et a bidie-in (un.e concubin.e, du vieux verbe to bide, rester un moment), ou encore l’Irlande du nord, avec scundered (fâché) et Bout ye? (Comment tu vas ?). Les expressions idiomatiques spécifiques – That’s pants (C’est nul), It’s gone pear-shaped (Les choses ont commencé à mal tourner) ou He’s a wind-up merchant (C’est un charrieur) –, sont, elles aussi, très évocatrices. Mais ce qui m’intéresse davantage en ce moment est le vocabulaire policé qu’adopte les médias pour éviter de froisser les sensibilités de différents groupes – et qui est souvent contesté par les membres de ces mêmes groupes. Je pense notamment à BAME (Black, Asian, Minority Ethnic), une étiquette rejetée par de nombreuses personnalités (artistes, politiques, hauts fonctionnaires) noirs ou asiatiques. Cette tendance à vouloir lisser le langage pour classifier et étiqueter donne à réfléchir sérieusement.

Est-ce que les personnalités politiques britanniques massacrent la langue anglaise comme la classe politique française massacre le français ?

Anthony-Bulger 2En tant que gentleman, je ne jetterai l’opprobre sur personne, car, en France, on ne sait pas qu'est-ce qu'il s'agit là-dedans… [5]

Pour la langue anglaise, le problème est un peu différent. Beaucoup d’hommes et de femmes politiques anglais (plutôt que britanniques) pensent que, pour être pris au sérieux, on doit employer un registre de langue élevé, caractérisé par des mots d’origine latine ou grecque ou encore par le jargon. Donc le discours politique est souvent truffé de phrases opaques, dénuées de sens précis. Par exemple, « We want to own the strategic roadmap in order to deliver actionable insight for interfacing with communities» (comprenez « Nous essayerons de parler au peuple »). Mon écrivain politique préféré, George Orwell, disait « Political language is designed to make lies sound truthful and murder respectable, and to give an appearance of solidity to pure wind(Le langage politique est conçu pour rendre le mensonge vraisemblable, le meurtre respectable et pour donner une apparence de solidité au vent).
Heureusement, il existe une association, le Plain English Campaign, http://www.plainenglish.co.uk/ qui mène une campagne  – parfois désopilante – de vigilance active contre le charabia, en décernant ses prix Golden Bull aux pires excès langagiers, par exemple un magasin qui cherche à recruter un ambient replenishment assistant plutôt qu’un shelf stocker (gondolier). Si seulement on pouvait créer une branche française ! 866

 ———————

[1] Cet entretien reprend en partie un entretien paru sur le blog des Éditions Assimil.

[2] Explorations (Pergamon Press, Oxford, 1979), Investigations (Collins, London 1982), Le Nouvel anglais sans peine (Assimil, Paris, 1978), Perfectionnement anglais (Assimil, Paris, 1988), New French With Ease (Assimil, Paris, 1990) ; Using French (Assimil, Paris, 1995) ; L'Anglais (Assimil, Paris, 2002) ; Plus anglais que ça… Assimil, Paris, 2004) ; Perfectionnement anglais (Assimil, Paris, 2009) ; L'argot britannique (Assimil, Paris, 2011) ; Guide de conversation (Assimil, Paris, 2012) ; Les Expressions anglaises (Assimil, Paris, 2013) ; Objectif Langues : Apprendre l’anglais (Assimil, 2017) ; Objectif Langues : Learn French (Assimil, 2018) ; QCM : 300 tests d’anglais (Assimil, 2019) ; 300 Multiple Choice Questions (Assimil, à paraître en 2021)

Bulgar - expressions anglaises ASIMIL Bulger perfectionnement-anglais


[3]
Voir notre interview avec Guénola Pellen, Directrice de la revue FRANCE-AMÉRIQUE

[4] Voir notre interview avec Andrei Popescu-Belis, linguiste computationnel.

[5] Qu'est-ce qu'il s'agit là-dedansQu'est-ce qu'il s'agit là-dedans – citation verbatim d’un ancien président français – est le titre d’un livre drôlissime, par l’auteure et scénariste Anne Queinnec, qui recense et analyse les fautes de français « commises » par nos politiques.

À la une : des traducteurs biélorusses arrêtés


Annonce :

« Le Conseil Européen des Traducteurs Littéraires (CEATL) s’associe au PEN International pour condamner fermement les arrestations illégales et totalement injustifiées des traducteurs biélorusses Hanna Komar, Uladzimir Liankievic et Siarzh Miadzvedzeu.

CEATL logo Belarus translators


Komar, Liankievic et Miadzvedzeu ont été arrêtés et sont en détention administrative pour avoir participé à des manifestations pacifiques à Minsk. S’engager pacifiquement dans le type de manifestations de masse que nous voyons se dérouler en Biélorussie en ce moment est bien sûr un droit de l’homme et, accessoirement, tout à fait légal selon la constitution actuelle du pays. Et pourtant, Komar, Miadzvedzeu et Liankievic sont en prison. On sait pourquoi : ils sont en prison parce que le régime du président Alexandre Loukachenko réprime les voix de la société civile indépendante en Biélorussie. Il réprime les voix des traducteurs, des écrivains et des journalistes.

Ce harcèlement ciblé de nos collègues traducteurs s’inscrit dans le cadre d’un assaut complet et dramatique contre la liberté d’expression et la société civile en Europe. Le CEATL se joint à la condamnation internationale des arrestations et de la répression, et demande instamment à ses organisations nationales membres dans toute l’Europe de faire leur possible pour attirer l’attention du public sur les violations flagrantes des droits de l’homme en Biélorussie.

Voir davantage de contexte ici. »

Curiosites litteraires (3)

Oscar wilde Ada Leverson, l'amie d'Oscar Wilde  : « Oscar est aussi bien connu que la Banque d'Angleterre, mais un tantinet moins solvable. »

Quand l'auteur et dramaturge britannique George Bernard Shaw (qui a remporté le prix Nobel de littérature en 1925) envoie à Winston Churchill (qui a remporté le prix Nobel de littérature en 1953) des billets pour la première de sa pièce de théâtre Pygmalion, le dramaturge écrit : « Venez avec un ami. Si vous en avez encore. » Churchill répondit « Impossible d'assister à la première, mais je serai là pour la seconde représentation – s'il y en a une. »

GB Shaw Winston-Churchill

George Bernard Shaw

(1865-1950)

Sir Winston Leonard Spencer Churchill

(1874-1965)

Souper au Majestic, Paris

Majestic HotelLe 18 mai 1922, un souper fin a lieu au Majestic, le palace moderniste de l'avenue Kléber, Paris, pour fêter la première du ballet Le Renard d'Igor Stravinski interprété par les Ballets russes de Diaghilev avec une chorégraphie de Nijinska, la sœur de Nijinski. La soirée est donnée par un couple d'Anglais, Violet et Sydney Schiff, grands amateurs d'art, de musique et de littérature, et organisée par le célèbre impresario des Ballets russes Diaghilev, lui-même invité d'honneur. Une quarantaine de personnes sont invitées: des femmes du monde (la princesse Edmond de Polignac qui avait commandité le ballet à Stravinski), le demi-monde des émigrés russes – danseurs, musiciens, peintres, Stravinski bien sûr et Pablo Picasso, très investi dans la création des décors des ballets russes, bref le tout-Paris. Cette soirée si soigneusement élaborée reste pourtant très tendue. Amis et ennemis se toisent. Picasso s'ennuie. Diaghilev et Stravinski, bien que collaborateurs artistiques, entretiennent un rapport antagoniste depuis des années. L'imprésario est aussi enragé de la présence de Nijinska car elle lui rappelle Nijinski son ancien amant qui l'a laissé tomber pour se marier. Alors qu'on sert le café, James Joyce arrive l'air minable en titubant. Les Schiff ont sans doute du mal à cacher leur angoisse : l'ami intime, Marcel Proust, qu'ils ont personnellement invité viendra-t-il ? Celui-ci arrivera finalement vers deux heures trente du matin,  élégamment vêtu ; malgré sa maladie, il ne peut laisser passer une telle occasion de se mêler au tout-Paris. La soirée est en effet l'apogée mondaine de la dernière année de sa vie.
En pleine nuit, chacun va y échanger conversations spirituelles ou mots acerbes en anglais, français ou russe. Stravinski, Picasso, Joyce et Proust peuvent-elles trouver un terrain d'entente ? Ainsi, la rencontre tant attendue de Proust et Joyce sera un fiasco : ils n'ont aucune appréciation pour leurs œuvres respectives. La prochaine rencontre de deux écrivains a été aux funérailles de Proust, auxquelles Joyce a assisté.
 
Stravinsky Pablo picasso James Joyce
Stravinsky Picasso Joyce

Professeure Nicole Dufresne, recension du livre "Proust at the Majestic".

A Talk Consisting Solely of the Word "No": Joyce Meets Proust

Elisabeth Ladenson, James Joyce Quarterly
Vol. 31, No. 3, Joyce and Homosexuality (Spring, 1994), pp. 147-158

Nouveaux glossaires bilingues – le COVID-19 en dix-huit langues

La société Ericksen Translations Inc. dont le siège social est à New York, a publié des glossaires bilingues de COVID-19 dans 18 langues :

anglais- arabe, anglais-bengalî, anglais-chinois simplifié, anglais-chinois traditionnel, anglais-coréen, anglais-créole, anglais-espagnol, anglais-français, anglais-grec, anglais-hébreu, anglais-hindi, anglais-japonais, anglais-polonais, anglais-portugais, anglais-russe, anglais-urdu, anglais-yiddish, 

Voici le glossaire anglais-français

https://wp-clients.s3.amazonaws.com/eriksen/20200810151739/French_COVID-Glossary_Eriksen-Translations.pdf

Les autres glossaires sont accessibles ici : https://bit.ly/3hsFyDB

Lecture supplémentaire :

La pandémie : les blogues et la presse commentent les mots à la mode

…et en inventent d'autres

Coronaspeak – les blogues et la presse commentent les mots à la mode (suite)

Google Translate comme traducteur (italien >anglais)

IP (Isabelle) monogram

Isabelle PouliotL'analyse qui suit a été rédigée à notre intention par notre fidèle collaboratrice, Isabelle Pouliot. Isabelle est membre de la NCTA et ancienne résidente de la région de San Francisco. Elle est traductrice agréée de l'anglais vers le français de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ). http://traduction.desim.ca

(Nous avons publié une autre analyse comparative d'une traduction faite par Google Translate à partir de l'allemand.)

———————- 

Au printemps 2019, notre blogueur, Jonathan G., m’a fait parvenir une édition bilingue de l’ouvrage de Jhumpa Lahiri, In Other Words/ In altre parole. Jhumpa Lahiri est une autrice [1] américaine qui a décidé de réorienter sa carrière littéraire et d’écrire en italien, une langue qu’elle a apprise tardivement, à l’âge adulte. Son récit, In altre parole, traite de l’apprentissage des langues – Mme Lahiri a le bengali comme langue maternelle et l’anglais comme principale langue de communication (puisqu’elle est née aux États-Unis de parents originaires de l’Inde), puis l’italien comme principale langue d’écriture depuis quelques années  –, mais aussi de l’identité et du lien émotif, pas toujours explicable par la raison, qui nous pousse à apprendre une langue parce qu’on le veut bien, non parce que les circonstances l’exigent.

JL - In other words JL- portrait

On peut relire ici une recension du livre publiée sur le blogue Le mot juste en anglais en 2017. Elle a écrit le livre en italien et la traduction anglaise a été réalisée par Ann Goldstein [1] , qui a notamment colligé les œuvres complètes de Primo Levi en anglais, Complete Works of Primo Levi.

Nous avons voulu voir de quel bois Google Translate se chauffe dans la combinaison italien > anglais, un petit exercice de style.

Passage 1 :

Si considerava imperfetta, come la prima stesura di un libro. Voleva generare un’altra versione di se stessa, nello stesso modo in cui poteva trasformare un testo da une lingua a un’altra. A volte aveva l’impulso di rimuovere la sua presenza dalla terra, come se fosse un filo sull’orlo di un bel vestito, da tagliare via con un paio di forbici. Eppure non voleva suicidarsi. Amava troppo il mondo, la gente. Amava fare lunghe passeggiate nel tardo pomeriggio osservando ciò che la circondava. Amava il verde del mare, la luce del crepuscolo, i sassi sparsi sulla sabbia. Amava il sapore di une pera rossa in autunno, la luna piena e pesante d’inverno che brillava fra le nuvole. Amava il calore del suo letto, un buon libro da leggere senza interruzione. Per godere di questo, sarebe vissuta per sempre. Volendo capire meglio il motivo per cui si sentiva così, decise un giorno di eliminare i segni della sua esistenza. Tranne una piccola valigia, buttò o diede via tutto.

[ extrait d’une nouvelle intitulée Lo Scambio]

Traduction d’Ann Goldstein : Traduction de Google Translate:
She considered herself imperfect, like the first draft of a book. She wanted to produce another version of herself, in the same way that she could transform a text from one language into another. At times she had the impulse to remove her presence form the earth, as if it were a thread on the hem of a nice dress, to be cut off with a pair of scissors. And yet, she didn’t want to kill herself. She loved the world too much, and people. She loved taking long walks in the late afternoon, and observing her surroundings. She loved the green of the sea, the light of dusk, the rocks scattered on the sand.  She loved the taste of a red pear in autumn, the full, heavy winter moon that shone amid the clouds. She loved the warmth of her bed, a good book to read without being interrupted. To enjoy that, she would have lived forever. Wishing to better understand the reason she felt the way she did, she decided one day to eliminate the signs of her existence. Apart from a small suitcase, she threw or gave everything away. He considered himself imperfect, like the first draft of a book. She wanted to generate another version of herself, in the same way she could transform a text from one language to another. Sometimes she had the impulse to remove her presence from the earth, as if it were a thread on the hem of a beautiful dress, to be cut off with a pair of scissors. Yet he didn’t want to commit suicide. He loved the world too much, people. She loved taking long walks in the late afternoon while observing her surroundings. He loved the green of the sea, the twilight, the stones scattered on the sand. He loved the taste of a red pear in autumn, the full and heavy moon in winter that shone in the clouds. He loved the warmth of his bed, a good book to read without interruption. To enjoy this, she would have lived forever. Wanting to better understand why she felt this way, she decided one day to eliminate the signs of her existence. Except a small suitcase, he threw or gave everything away.

Comme on peut le constater, le sexe attribué par « défaut » à la narration est masculin. En italien, on omet généralement le pronom si le contexte est clair, comme au début du texte : Si considerava imperfetta: ici, la seule indication du féminin est le « a » final de imperfetta. Pour parler d’un personnage masculin, on écrirait Si considerava imperfetto. Lorsque GT ne peut déterminer si la narration est faite par un homme ou une femme, il « décide » d’utiliser le masculin.

La traduction est très fidèle, probablement parce que le style est simple, direct et composé de phrases courtes. Les principales différences sont stylistiques et le sens du message est respecté. Ce qui est intéressant, c’est de constater l’alternance du féminin et du masculin; on pourrait facilement croire qu’il s’agit de deux personnages. La traduction d’Ann Goldstein est plus idiomatique et resserrée, mais outre l’utilisation exclusive du féminin pour parler du personnage principal, on pourrait presque admettre un match nul entre la traductrice et la machine.

Passage 2 :

Non riuscivo a identificarmi con nessuna delle due. Una era sempre celata dietro l’altra, ma mai completamente, cosi come la luna piena può nascondersi quasi tutta la notte dietro una massa di nuvole per poi emergere di colpo, abbagliante. Nonostante parlassi soltanto il bengalese con i miei, c’era sempre l’inglese nell’aria, per la strada, sulle pagine dei miei libri. D’altro canto, ogni giorno, dopo aver parlato in inglese per parecchie ore in aula, tornavo a casa, un luogo dove l’inglese non c’era. Mi rendovo conto di dover parlare entrambe le lingue benissimo: l’una per compiacere i miei genitori, l’altra per sopravvivere all’America. Restavo sospesa, combattuta tra queste due lingue. L’andirivieni linguistico mi scompigliava; mi sembrava une contraddizione che non potevo risolvere.

Traduction d’Ann Goldstein : Traduction de Google Translate:
I couldn’t identify with either. One was always concealed behind the other, but never completely, just as the full moon can hide almost all night behind a mass of clouds and then suddenly emerge, dazzling. Even though I spoke only Bengali with my family, there was always English in the air, on the street, in the pages of books. On the other hands, after speaking English for hours in the classroom, I came home every day to a place where there was no English. I realized that I had to speak both languages extremely well: the one to please my parents, the other to survive in America. I remained suspended, torn between the two. The linguistic coming and going confused me; it seemed a contradiction that I could not resolve. I couldn't identify with either of them. One was always hidden behind the other, but never completely, just as the full moon can hide almost all night behind a mass of clouds and then emerge suddenly, dazzling. Although I only spoke Bengali with my parents, English was always in the air, on the street, on the pages of my books. On the other hand, every day, after having spoken in English for several hours in the classroom, I would return home, a place where there was no English. I realized that I have to speak both languages very well: one to please my parents, the other to survive America. I was suspended, fighting between these two languages. The linguistic coming and going upset me; it seemed to me a contradiction that I could not resolve.

 

Deux erreurs de ce passage sont des erreurs de concordance de temps, avec l’emploi du présent au lieu du passé :  

Mi rendovo conto di dover parlare entrambe le lingue benissimo: l’una per compiacere i miei genitori, l’altra per sopravvivere all’America.

GT : I realized that I have to speak both languages very well: one to please my parents, the other to survive America.

Ann Goldstein : I realized that I had to speak both languages extremely well: the one to please my parents, the other to survive in America.

GT : The linguistic coming and going upset me; it seemed to me a contradiction that I could not resolve.

Ann Goldstein : The linguistic coming and going confused me; it seemed a contradiction that I could not resolve

L’autre erreur est l’omission d’une préposition : GT : to survive America au lieu de to survive in America. L’omission confère un caractère plutôt dramatique à l’énoncé.

GT a effectué une très bonne traduction. Comme je n’utilise pas cet outil dans le cadre de mon travail, et que j’ignore l’étendue du corpus de GT pour cette combinaison de langues, j’avoue avoir été surprise de la fidélité de la traduction. Évidemment, GT fonctionne très bien pour des mots, des phrases courtes et des paragraphes dont la langue est simple, sans jeu de mots ou humour ou références culturelles. Comme nous le répétait sans cesse un de mes professeurs d’université, M. Raymond Malhamé, « on ne traduit pas des mots, mais des idées »… C’est ce qui explique que le contexte est crucial en traduction et que GT continue d’être imparfait, parce qu’il ne « réfléchit » pas encore. Le vieux rêve cybernétique d’une traduction automatique fidèle du langage naturel n’est pas encore une réalité. Tant mieux pour nous, langagières et langagiers!

[1] Le mot autrice est de plus en plus utilisé au Québec (peut-être parce qu’autrice est plus « audible » qu’auteure), mais auteure est le mot plus usité. Autrice prend du terrain depuis un an, et c’était aussi un clin d’œil à l’italien, parce que c’est le même mot en italien pour une femme (autore est masculin).

Isabelle Pouliot

Note du blogue :Le 7 novembre 2019 est sorti La vita bugiarda degli adulti, le dernier livre de l’écrivaine italienne Elena Ferrante. La version française, La Vie mensongère des adultes, traduite par Elsa Damien, Paris, Éditions Gallimard, coll. « Du monde entier », 416 p. a été publiée le 9 JL - ann goldstein 1.4juin 2020 et la version anglaise, The Lying Life of Adults, traduite par Ann Goldstein, est parue le 1er septembre 2020. Il semble que jamais un(e) traducteur/euse de langue anglaise n'a reçu tellement de publicité que celle-ci. Ann Goldstein est sous les projecteurs plus que jamais et il semble que le monde littéraire anglo-saxon fasse la queue pour s'entretenir avec Mme Goldstein.

NIMBY et d’autres acronymes en anglais concernant la territorialité

NimbyLe syndrome NIMBY (Not In My Backyard), en français « pas dans mon arrière-cour », désigne l’attitude d’une personne ou d’un groupe de personnes qui refusent l’implantation dans leur environnement proche d’une infrastructure. Par extension, ces personnes sont qualifiées de manière péjorative de « NIMBY ». Elles ne sont pas nécessairement hostiles à l’infrastructure en tant que telle mais n’acceptent pas que celle-ci puisse modifier leur environnement (désagréments d’ordre environnemental, social ou encore esthétique). Source : Connaissances des Energies [1] 

La même idée :

  • BIYBYTIM - Better In Your Backyard Than In Mine:
    mieux dans ton arrière-cour que dans la mienne
  • LULU - Locally unpopular land use:  
    utilisation du sol localement impopulaire
  • NIABY - Not in anybody's back yard:
    pas dans l'arrière-cour de quiconque
  • NIMFOS - Not in my field of sight:
    pas dans mon champ de vision
  • NIMS - Not In My Street:
    pas dans ma rue
  • NOPE - Not on Planet Earth:
    pas sur la planète Terre
  • PITBY - Put it in their backyard:
    Mettez ça dans leur arrière-cour
  • WHEW - We Have Enough Waste:
    Nous avons assez de déchets.

Comme renversement du NIMBY :

  • BIMBY - Build in my Backyard:
    Construisez-le dans mon jardin
  • WIMBY - Welcome in my Backyard:
    Bienvenue dans mon jardin
  • YIMBY - Yes In My Backyard:
    Oui, dans mon jardin

Pour les hommes politiques :

  • NIMD - Not in my district:
    pas dans mon district
  • NIMTOO - 
    Not in my term of office:
    pas pendant mon mandat
  • NIMEY - 
    Not in my election yard (ou year) :
    pas dans ma zone électorale (ou pas pendant l’année des élections)
  • NMP – Not My President
    pas mon president

NMP Not My president

D'autres :

  • BANANA - Build Absolutely Nothing Anywhere Near Anything:
    Ne construisez rien nulle part près de quoi que ce soit
  • CAVE - Citizens Against Virtually Everything :
    Citoyens contre pratiquement tout

 

CAVE

Jonathan G.

[1} Voir aussi :

JOBERT Arthur (1998), L'aménagement en politique, ou ce que le syndrome NIMBY nous dit de l'intérêt général 
Democracie & participation

TROM Danny (1999) De la réfutation de l'effet NIMBY considérée comme une pratique militante.
Persée