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Marc Pomerleau – linguiste du mois de mai 2019

Marc Pomerliau

Isabelle Pouliot
Marc Pomerleau
L'interviewé

Isabelle Pouliot
L'intervieweuse

Marc Pomerleau, Ph. D., notre invité ce mois, est traducteur agréé, chargé de cours au Département de littératures et de langues du monde et au Département de linguistique et de traduction de l’Université de Montréal, ainsi qu’au Département des langues modernes et de traduction de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), au Québec.

Ses travaux de recherche sont axés sur les questions langagières touchant la Péninsule ibérique et l’Amérique latine, notamment les langues minoritaires et les liens entre traduction, histoire et politique. Ses langues de travail sont le français, l’anglais, l’espagnol, le portugais et le catalan. On peut consulter son site web à l’adresse : http://mpom.ca/.

 

Notre fidèle contributrice, Isabelle Pouliot, elle aussi Montréalaise et  traductrice agréée de l'anglais vers le français, membre de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ) et également de la Northern California Translators Association (NCTA), a bien voulu s'entretenir avec Marc.

Marc Pomerleau a accepté de répondre à nos questions par courriel, entre deux participations à un symposium (« La traduction comme acte politique », Università di Perugia, mai 2019), et au 32econgrès de l’Association canadienne de traductologie qui se déroule du 2 au 4 juin à Vancouver, Colombie-Britannique.

Isabelle : Pouvez-vous nous dire quel a été votre parcours pour devenir traducteur?

Vous avez travaillé comme traducteur en pratique privée plusieurs années avant d’entamer des études supérieures en traduction qui ont mené à une thèse doctorale intitulée La traduction comme instrument paradiplomatique : langues, publics cibles et discours indépendantiste en Catalogne.  1) Qu’est-ce qui a provoqué ce changement de parcours?  2) Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la « La traduction comme instrument paradiplomatique »? Comment en êtes-vous venu à cerner un tel sujet?

Marc : J’ai commencé à travailler en pratique privée très tôt dans ma carrière. Étant donné que ce travail est relativement solitaire, même si on est en contact (surtout virtuel) au quotidien avec des collègues et des clients, je continuais à suivre des cours à l’université. Même si cela me permettait d’acquérir de nouvelles connaissances et compétences, je le faisais surtout pour sortir de chez moi et rencontrer des gens.

Après quelques années à suivre des cours que je qualifierais « de base » dans des domaines connexes à la traduction (sociolinguistique, histoire du français, langues étrangères, etc.), j’ai eu envie de pousser plus loin la réflexion et de me lancer dans un programme de maîtrise en recherche en traduction. J’ai donc décidé de travailler sur un sujet qui rejoignait mes intérêts et ma formation antérieure, soit les études latino-américaines, plus précisément l’histoire de l’Amérique latine, mais cette fois d’un point de vue traductologique. J’ai donc réalisé une recherche sur l’histoire de la traduction du Popol Vuh, un important document maya que j’avais eu l’occasion de lire plusieurs années auparavant. J’ai eu la chance de travailler avec le professeur Georges L. Bastin à l’Université de Montréal, l’un des plus grands experts de l’histoire de la traduction en Amérique latine, et d’intégrer son groupe de recherche Histal (www.histal.net).

Ce projet m’a donné la piqûre pour la recherche et la diffusion des connaissances. Je n’ai toutefois pas entamé le doctorat immédiatement après avoir obtenu mon diplôme de maîtrise en 2011. J’ai préféré prendre une pause de près de deux ans afin de m’accorder le temps de bien réfléchir à un sujet qui me passionnerait suffisamment pour y consacrer plusieurs années de ma vie.

À la même époque, je suivais des cours de catalan, une langue qui m’intriguait depuis un premier séjour en Catalogne en 1995, séjour suivi de plusieurs autres au fil des ans. En suivant à distance la situation politique en Catalogne, j’ai commencé à observer la publication de nombreux documents sur la question, dont bon nombre en traduction. J’ai donc commencé à recueillir ces documents, au point de constituer un corpus suffisamment imposant pour transformer cette simple observation en véritable recherche scientifique.

En résumé, j’ai déterminé que ces traductions constituaient une campagne de sensibilisation visant à convaincre la communauté internationale, en particulier l’Europe, que les aspirations d’indépendance de la Catalogne sont légitimes. J’ai qualifié cette campagne de sensibilisation par la traduction de « paradiplomatique » parce qu’elle ne relève pas de relations entre des États, étant donné qu’elle est orchestrée par la société civile catalane. Ce qui m’a le plus fasciné, c’est le nombre de langues dans lesquelles les indépendantistes catalans traduisent leur message, soit une quarantaine, dont certaines auxquelles on ne s’attendrait pas comme le quéchua, le tamazight et l’ukrainien.

 

Isabelle : Vous enseignez à de futurs traducteurs. Que leur dites-vous sur les nouvelles réalités de la profession?

Marc : Il est difficile de dresser un portrait exhaustif de la réalité professionnelle en traduction parce qu’elle est extrêmement variée et qu’elle est en constant changement. Je leur parle donc des différentes réalités que j’ai vécues et de celles que je connais par mes collègues. Pour offrir aux étudiants d’autres points de vue, j’invite des professionnels ou des gens avec des expertises différentes des miennes à venir en classe parler de leur parcours et de leur travail. J’en apprends probablement autant que les étudiants lors de ces rencontres.

Par ailleurs, j’insiste beaucoup sur le caractère multitâche de notre profession : les traducteurs ne sont rarement que des traducteurs. Ils sont aussi – selon les cas – des réviseurs, des rédacteurs, des interprètes, des terminologues, des conseillers linguistiques, des enseignants, des gestionnaires de projet, etc. L’industrie langagière est extrêmement vaste et je crois que c’est pour ça que je ne m’en tanne pas. En tous cas, personnellement, j’aime toucher à tout. Ces dernières années je me consacre surtout à l’enseignement et à la recherche, mais j’ai aussi besoin de traduire, de faire un peu de révision, de faire de l’interprétation à l’occasion, etc.

Isabelle : Vous parlez du caractère multitâche de la profession : le clivage entre traduction dite spécialisée et généraliste tend-il ou non à disparaître?

Marc : Je ne crois pas. S’il est vrai que les traducteurs sont appelés à accomplir plusieurs types de tâches, il reste que les traducteurs spécialisés demeurent prisés sur le marché.

Par contre, il est surtout question ici des services de traductions internes (ou des pigistes de ces services), par exemple dans les banques pour la traduction financière, dans les cabinets d’avocats pour la traduction juridique, dans les entreprises pharmaceutiques et les centres de recherche pour la traduction médicale, dans les agences de publicité pour la traduction et l’adaptation publicitaire, etc.

Isabelle : Les universités sont-elles outillées pour préparer les futurs traducteurs au marché du travail?

Marc : Dans l’ensemble oui, mais cela varie énormément d’une université à l’autre. Ce que je trouve le plus positif, c’est que les divers départements de traduction sont toujours en train de réévaluer leurs programmes et de les mettre à jour. Au cours des dernières années, à titre d’exemple, on a vu apparaître dans les programmes de cours de localisation, de post-édition, de traduction de jeux vidéo, etc. Les cours offerts sont également nombreux et variés, et tous les domaines de spécialités sont représentés : médical, juridique, économique, littéraire, etc.

L’envers de la médaille, c’est que les universités fonctionnent de plus en plus comme des entreprises et que tout est calculé en nombre d’inscriptions. Résultat : les salles de classe sont bondées. Ce n’est pas tellement problématique dans un cours de théorie, mais dans un cours de traduction pratique il est impossible pour l’enseignant de donner du temps à tous les étudiants. Même chose dans un laboratoire informatique qui déborde.

M. Pomerleau

 

Isabelle : Vous parlez de classes bondées. Les professions langagières attirent quels types d’étudiants? Des jeunes, des gens plus âgés qui changent de carrière? Qui voyez-vous dans vos salles de classe?

Marc : Il y a deux types d’étudiants. Au premier cycle (baccalauréat ou majeure), il s’agit d’étudiants relativement jeunes (18 à 25 ans) qui s’intéressent aux langues en général et à la langue française en particulier, notamment à l’orthographe, à la grammaire, mais aussi à la rédaction. Parmi ceux-ci, il y a aussi ceux et celles qui ont fait des études littéraires ou en langues étrangères et qui souhaitent s’orienter vers une application davantage pratique de leurs intérêts, c’est-à-dire vers un domaine où il y a de bonnes possibilités d’emploi.

Ensuite, il y a les étudiants de deuxième cycle (DESS, maîtrise) qui sont plus âgés (de 25 à 50, voire 60 ans). Parmi ceux-ci, plusieurs ont déjà de l’expérience en traduction, en révision ou en rédaction, mais n’ont pas de diplôme dans ce domaine. Ils veulent donc en obtenir pour améliorer leurs possibilités d’avancement professionnel, se perfectionner ou pour faire une demande d’agrément à l’OTTIAQ. Les étudiants les plus âgés de ce groupe ont souvent une formation dans un autre domaine (médical, économique, juridique, journalistique), et souhaitent faire un changement de carrière tout en mettant à contribution leurs connaissances dans un domaine de spécialité en traduction.

L’un des points que la plupart des étudiants ont en commun, peu importe l’âge et les expériences ou études préalables, c’est l’envie d’être leur propre patron. Ils sont très au courant des possibilités qu’offre la traduction en ce sens et de la liberté que cela peut donner. Ils ont envie de flexibilité, de pouvoir bouger, de choisir le type de contrats, etc.

 

Isabelle : Les étudiants craignent-ils le phénomène de l’intelligence artificielle ou sont-ils disposés à travailler avec celle-ci?

Marc : Les étudiants d’aujourd’hui ont grandi avec l’informatique et l’intelligence artificielle et cela fait partie de leur vie. Je dirais que dans l’ensemble ils aiment utiliser les outils informatiques et les maîtrisent de plus en plus, mais qu’il y a quand même une petite inquiétude quant à la direction que prendra la traduction dans un avenir rapproché. Ils n’ont pas envie de devenir de simples réviseurs ou post-éditeurs de traductions faites par des machines. Cela étant dit, ils ne voient absolument pas les machines comme des adversaires. Ils savent aussi que les machines existaient il y a 50 ans et qu’elles seront encore là dans 50 ans et qu’à toutes les époques on a cru que les traducteurs seraient remplacés. Ce qu’on voit, c’est plutôt une profession en constante redéfinition. En fin de compte, c’est toujours dynamique et jamais ennuyeux.

 

Isabelle : En terminant, avez-vous des conseils ou suggestions pour des traducteurs et autres langagiers moins expérimentés? Qu’auriez-vous voulu savoir à vos débuts dans la profession?

Marc : La première chose que je dis à mes étudiants, c’est d’être visible, du moins à ceux et celles qui veulent travailler à leur compte. C’est un domaine qui fonctionne beaucoup de bouche à oreille : il faut que les gens sachent qu’ils sont traducteurs, que ce soit la famille éloignée, les amis, les voisins, les collègues dans d’autres domaines, etc. Presque tout le monde a besoin d’un traducteur un jour ou l’autre. À ce moment-là, ils penseront à vous.

Même si beaucoup de jeunes rêvent d’être leur propre patron, je leur recommande d’aller travailler en cabinet ou en entreprise. On y travaille sur toutes sortes de textes et on apprend énormément des collègues.

Ce que j’aurais voulu savoir, c’est qu’on peut dicter, du moins en partie, nos conditions. On n’est pas obligé de dire oui à n’importe quel client et à n’importe quel tarif. Il faut se faire respecter en tant que professionnel et avoir confiance en notre capacité à avoir parfois le gros bout du bâton.

Le langage des couleurs – un aperçu politique et historique

Audrey PoulignyL'article qui suit a été rédigé par notre contributrice, Audrey Pouligny. Audrey est admise au Barreau de Paris et traduit de l’anglais vers le français en mettant au service de ses clients sa connaissance approfondie des systèmes juridiques en vigueur en France et aux États-Unis. Son site internet est : Quidlingualegal.com. Quand elle ne traduit pas, elle organise des groupes de discussion en anglais et en espagnol, à Angers, en France, dans les Pays de la Loire où elle réside.

 

 Le jaune – Pourquoi ?

« C’est jaune, c’est moche, ça ne va avec rien, mais ça peut vous sauver la vie. »

Ça vous rappelle quelque-chose ? Il s’agit du slogan entendu par tous les français, en 2008, porté par la prévention routière française, arborant fièrement le portrait et la voix de la maintenant défunte rock star de la mode, Karl Lagarfeld, la seule personnalité capable de faire de la couleur avec du noir et du blanc.

En 2008, le gouvernement français a imposé une obligation à tous les conducteurs : le port d’un  gilet de « haute visibilité » en cas d’arrêt d’urgence sur la route, sous peine d’une amende forfaitaire de 135 euros. Le reste du temps, ce gilet, jaune dans l’immense majorité des cas, doit être à portée de main dans tous les véhicules.

Dix ans plus tard, voilà ce qu’il reste pour beaucoup : le goût d’une obligation imposée, à la française, vécue comme une infantilisation, une guerre contre les automobilistes pour protéger cyclistes et piétons face à la barbarie routière. L’enfant en mode rebelle était prêt à surgir.

Dans le domaine politique, les couleurs ont toujours été largement utilisées afin de façonner des identités en créant une sorte d’unité émotionnelle.

Cela ne surprendra personne, le rouge, porté par les drapeaux de la révolution française, a joué un rôle symbolique fort, un symbole de radicalité. Les brassards de couleurs, historiquement, ont également été mis à disposition par les partis politiques à leurs sympathisants. Quant au jaune lui-même, si son utilisation en matière politique est plus difficile à retracer, il a notamment été utilisé en Australie par les mouvements sociaux des autochtones, afin de renvoyer à la symbolique du jaune soleil créateur de vie.

L’unité émotionnelle créée avec les couleurs permet de délivrer un message de solidarité et de contestation.

Les couleurs permettent de créer des structures en suspens [1] - des structures qui se poursuivent pendant une période de ralentissement du mouvement social et qui préservent dans la mémoire collective le souvenir de la lutte ainsi que de l'identité et des significations qui y sont associées. On peut encore y voir ce que Hannah Arendt appelait un « évènement », un moment imprévisible qui produit de la discontinuité.

Cette discontinuité dans l’unité émotionnelle peut être illustrée par les premiers mouvements de libération de la femme. En 1907, la National Union of Women's Suffrage Societies (NUWSS) a adopté le rouge et le blanc dans le cadre de sa grande manifestation. L’année suivante, la Women’s Social and Political Union (WSPU), plus militante, a décidé d’arborer ses propres couleurs afin de se distinguer de la NUWSS. Le blanc pour la pureté, le violet pour la dignité et le respect de soi, et le vert pour l’espoir d’un nouvel élan. Il s’en est suivi un succès commercial énorme, avec commercialisation de brassards, d’écharpes et de broches à tour de bras.

Bien des années plus tard, en 2005, des femmes membres de mouvements féministes interrogées sur leur engagement social, rapportent l’écho émotionnel joué par les couleurs. Les propos ainsi recueillis convergent vers les mêmes idées : le sentiment d’appartenance, le partage d’un même combat, un sentiment de renfort et d’encouragement. Ces sentiments se prolongent en se rattachant à l’histoire, où un sens historique aux identités et valeurs défendues trouvent encore davantage de sens. La lutte pour l'égalité procure aux membres des mouvements sociaux un sentiment de solidarité et de gratitude.

Mais ce message de lutte pour l’égalité peut se tinter de ce que les psychologues appellent le phénomène de désindividuation. [2]

Porter une même tenue augmente l’estime de soi des individus et leur agressivité, en diminuant leur sentiment de responsabilité personnelle. Le phénomène de désindividuation, c’est cela. On gomme les originalités de chacun et on insiste sur leurs ressemblances, l’anonymat et l’interchangeabilité des individus.

Les personnes se joignent à un mouvement social parce que cela rehausse le sentiment de leur propre valeur, souvent mis à mal par le sentiment d’injustice qu’elle dénoncent.

Personne ne l’avait vu venir, mais ce gilet jaune maintenant à disposition dans tous les véhicules, est devenu un uniforme. On a dit aux français que ce gilet pouvait sauver des vies, est arrivée l’heure de la « haute visibilité » pour vérifier si c’est effectivement le cas. Or, dans toutes les sociétés, l’usage des uniformes est strictement encadré car il confère un statut et un pouvoir d’action augmenté par la communauté qui l’arbore.

Comme le souligne le politologue Loïc Blondiaux [3], l’appropriation ainsi non contrôlée de cet uniforme marque le retour sur la scène politique des classes populaires, qui réinvestissent le débat public, avec leurs codes, leur langage, en imposant leurs propres symboles et leur propre vocabulaire.

C’est ainsi que la scène sociale se fait le témoin d’une guerre de couleurs et, a fortiori, d’uniformes.

En riposte aux gilets jaunes, nous avons vu les foulards rouges faire irruption en dénonçant les actions des gilets jaunes et l’inaction des pouvoirs publics.

Cette fois, le foulard rouge, un uniforme en hommage au symbole des fêtes de Bayonne, rappelle le soutien à la république. Derrière ce symbole, des personnes se ralliant afin d’exprimer leur souhait de circuler et travailler librement, et de voir l’ordre public et les libertés individuelles rétablis.

En conclusion, la mémoire publique gardera à l’esprit que les stratégies visuelles des partis politiques et des mouvements sociaux sont riches en informations sur la façon dont ces derniers essaient de communiquer avec leurs sympathisants.

 

Ces stratégies créent des langages symboliques qui portent sur l'identification émotionnelle ainsi que sur les besoins organisationnels, par le biais de marques distinctives [4], pour employer un langage marketing moderne, visant à fidéliser l’attrait vis-à-vis des marques ainsi créées.

 

[1] Marian Sawer, de l’Université nationale australienne, dans son article intitulé « Wearing your Politics on your Sleeve: The Role of Political Colours in Social Movements », publié en mai 2007 dans la revue « Social Movement Studies ».

[2] Sébastien Bohler, Docteur en neurobiologie, rédacteur en chef de Cerveau & Psycho, nº107 – février 2019.

[3] Loïc Blondiaux dans l’hebdomadaire le 1 nº232 du 16 janvier 2019.

[4] Marian Sawer, de l’Université nationale australienne, dans son article intitulé « Wearing your Politics on your Sleeve: The Role of Political Colours in Social Movements », publié en mai 2007 dans la revue « Social Movement Studies ».

Lecture supplémentaire :

Des expressions anglaises colorées :
white shoe firms, white hat bias, blue stockings, pink collar worker, great collar

 

Armageddon vs. Apocalypse

Dans le passé nous avons abordé la fermeture de l'un des axes principaux du réseau autoroutier de Los Angeles, un axe que les habitants de la ville avaient surnommé “Carmageddon” (car + Armageddon) de peur que sa fermeture ne paralyse totalement la circulation. Nous sommes plus tard tombés sur un autre néologisme adopté par le « New Yorker »  pour désigner les embouteillages escomptés: « Carpocalyspe »(car+apocalypse)

Examinons les termes à l'origine des deux jeux de mots: Armageddon et Apocalypse (qui s'écrivent de la même manière en anglais et en français).

Armageddon (de l'hébreu: signifiant « colline de Megiddo », un petit mont en Galilée dans la région nord de l’État d’Israël), terme biblique mentionné dans le Nouveau Testament, est un lieu symbolique du combat final entre le Bien et le Mal. En 609 avant J.C. le roi Josias du royaume du sud, royaume de Juda, est défait et tué sur la colline fortifiée de Megiddo (Har Megiddo) par le pharaon Nékao II… Cette défaite, alors que le Dieu des défenseurs de Megiddo était censé les protéger, est ressentie comme une catastrophe traumatisante, c'est en son souvenir que le terme Armageddon est ensuite employé pour qualifier une destruction catastrophique.

L’Apocalypse est le dernier livre de la Bible. Une tradition, discutée depuis le IIe siècle, attribue sa composition à saint Jean l'Évangéliste.

Image001Vitrail représentant l'Apocalypse dans la Cathédrale Saint-Étienne de Bourges

 

Étymologiquement, le mot « apocalypse » est la transcription d’un terme grec (ἀποκάλυψις / apokalupsis) signifiant mise à nu, enlèvement du voile ou révélation. Le livre commence en effet par les mots « Révélation de Jésus-Christ » (Apocalypse 1,1). C'est en ce sens que le texte présentera la personne de Jésus-Christ à son retour sur terre et les événements l'entourant.

Le livre décrit une vision allégorique qui prophétise sur ce qui doit arriver à la fin des Temps : « Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, et ce qui doit arriver ensuite » (Apocalypse chapitre 1, verset 19).

(Source Wikipédia)

Ces deux  termes désignent donc tous deux la fin du monde.

Les automobilistes de Los Angeles ont toutefois survécu au “Carmageddon” et à la “Carpocalypse”, et la circulation est de retour à la normale.

 

Image002 
Un diner improvisé sur l’autoroute 405 désertée

 

 Laura Vallet (Paris) and Jonathan Goldberg (Los Angeles)

« Déposer une proposition » – Le dictionnaire Babylon a-t-il raison ou tort ?

Les traductions de l'expression anglaise « to table a motion » qui figurent dans le dictionnaire Babylon.com, à savoir « déposer une Babylon proposition, proposer une motion », sont-elles exactes ? Les Anglais répondraient à cette question par l'affirmative, alors que les Américains soutiendraient que ce dictionnaire se trompe, parce que la bonne traduction est « annuler ou retirer une proposition ». L'explication de cette différence transatlantique est qu'aux États Unis et en Angleterre, l'expression « to table a motion » a des significations opposées.« The Origin of the SpeciousOrigins of the Specious », livre sur les étymologies erronées dont le titre est un jeu de mots fondé sur « The Origin of the Species » (« L'origine des espèces » de Darwin) et qui a été écrit par deux Américains, fournit l'explication étymologique suivante: « Au XVIIIe siècle, l’expression « to lay on the table » pouvait signifier soit présenter, soit reporter. Au XIXe siècle, les Britanniques avaient gardé l’une de ces significations et les Yankees l’autre. En conséquence, le verbe « to table » avait deux sens différents de part et d’autre de l’Atlantique. Winston Churchill, dans le volume 3 de son livre The Second World War, [1] raconte :« Dans toutes les discussions entre Britanniques et Américains, le fait de disposer d’une langue commune était évidemment un énorme avantage… Un jour, l’état-major britannique établit un document qu’il voulait soumettre d’urgence et informa son homologue américain qu’il souhaitait "to table it." Pour les Américains, “to table a paper” signifiait mettre un document dans un tiroir et l’oublier. Il s’ensuivit une discussion longue et même acrimonieuse avant que les deux parties comprennent qu’elles voulaient en fait exactement la même chose. » Ce récit sur la confusion créée entre les alliés anglo-saxons de la Seconde Guerre mondiale par une expression qui avaient deux significations opposées rappelle une boutade faussement attribuée au même Churchill, mais qui est probablement due à l'auteur irlandais George Bernard Shaw (1942) :« L’Angleterre et l’Amérique sont deux pays divisés par une langue commune. »   Cependant, Oscar Wilde, un autre Irlandais, avait déjà exprimé une idée semblable en 1887 :« Aujourd’hui, nous avons vraiment tout en commun avec l’Amérique, sauf l’anglais bien sûr. »  

Shaw Churchill George-bernard-shaw
Wilde Churchill Shaw

Jonathan Goldberg, avec la précieuse collaboration de René Meertens.

[1] Deux grandes plumes britanniques au service de la liberté

Deux événements linguistiques à Paris au mois de mai

 

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Un premier événement tous publics, une première journée entièrement dédiée à l'anglais ! 

Le Samedi 18 mai 2019 à Paris :

Espace Saint-Martin
199bis Rue Saint-Martin, 75003 Paris, France

Première édition de la Fête de l’anglais :  
une journée entière pour promouvoir l'apprentissage et l'enseignement de l'anglais auprès de tous publics, au travail, à l'école, dans la vie quotidienne…

La Fête de l’anglais est créée et organisée par Cambridge Assessment Englishsous le patronage de l’Ambassade du Royaume-Uni, en partenariat avec le British Council, avec le soutien de l'Inspection générale des langues vivantes de l'Éducation nationale (conférence de Chantal Manès, co-auteure du rapport Taylor), et le partenariat de médias spécialisés. 

Autour d’un programme éclectique de conférences, d’ateliers thématiques et d’un espace d’exposition, parents, élèves, étudiants, professeurs et salariés - sont invités à venir découvrir de nouvelles idées pour apprendre et enseigner l’anglais. 

À l’approche d’évènements majeurs comme les JO de Paris 2024 (et le besoin de personnel doté d'un bon niveau d'anglais), la Fête de l’anglais est une initiative festive et utile pour tous les Français et les Parisiens déterminés à se perfectionner ou à progresser en anglais. Un événement pour toutes celles et ceux qui souhaitent mettre leurs compétences en anglais au diapason de ces perspectives d’avenir.

 

Le Programme (en accès gratuit sur simple inscription):

Les conférences :

  • Comment aider mon enfant au quotidien dans son apprentissage de l’anglais ? Trucs et astuces
  • L’anglais et l’accès aux études supérieures : Parcoursup, études à l’étranger
  • Les initiatives de l’Éducation nationale pour l’apprentissage de l’anglais
  • Le niveau d’anglais demandé en entreprise
  • Comment améliorer mon niveau d’anglais grâce au compte personnel de formation (CPF) ?
  • Apprendre l’anglais sur internet : panorama des ressources disponibles

Les ateliers pratiques

  • Ateliers d’anglais pour enfant et adultes
  • Comment préparer son CV en anglais ?
  • Comment devenir formateur d’anglais ?
  • Les certifications Cambridge English dans l’enseignement primaire et secondaire

Vous trouverez ci-joints l'affiche et le communiqué de presse.  Le programme complet est disponible sur le site dédié fetedelanglais-cambridge.org

 

 

Traducteurs

Du 21 au 25 mai 2019, "Les Traducteurs parlent aux lecteurs" 


à la Maison de la poésie, au Centre Wallonie-Bruxelles, au Goethe-Institut, à la BPI du Centre Pompidou, à la bibliothèque Oscar Wilde et dans huit librairies franciliennes partenaires de la 5e édition du Printemps de la traduction !

Une édition qui portera plus particulièrement sur un genre réputé intraduisible : la poésie.

De Marion Graf, qui s’interrogera sur la différence entre traduire prose et poésie ainsi que sur la pertinence même de cette question, à Jacques Bonnaffé, qui nous fera part de son émerveillement devant l’impossibilité des possibles,

une vingtaine de traducteurs présenteront leurs dernières parutions ou animeront des ateliers dans une dizaine de langues, afin que chacun puisse découvrir et s’essayer à cet étrange exercice où il s’agit, pour reprendre les mots d’Umberto Eco, de « dire presque la même chose ».

Pour défier l'impossible, nous vous proposerons de traduire les poètes Fernando Pessoa avecÉlodie Dupau [portugais], Amir Gilboa avec Emmanuel Moses [hébreu], E. E. Cummings avecJacques Demarcq [anglais E.-U.]

ou encore

"Drôles de Valentines - traduire la poésie médiévale de circonstance" avec Nathalie Koble [Moyen français], Langues mêlées pour traduire des sonnets multilingues avec Élodie Dupau & Paul Lequesne et un Atelier ambidextre sur les formes poétiques contemporaines françaises et hispano-américaines avec Julia Azaretto.

Découvrez le programme détaillé et à bientôt pour goûter ensemble le plaisir de traduire…

En ouverture & en clôture à la Maison de la poésie

Marion Graf, "Pour un Danube au cube. Traduire Zsuzsanna Gahse"

Encres fraîches de l'atelier anglais-français de la Fabrique des traducteurs en présence de Brigitte Giraud, Valérie Mréjen & Nina Yargekov

Entretien entre le poète hébraïque Dory Manor & Gilles Rozier

Miscellanées de Jacques Bonnaffé

***

Réservez en ligne à partir du 18 avril…
ATLAS – Association pour la promotion de la traduction littéraire
Hôtel de Massa, 38 rue du Faubourg Saint-Jacques, 75014 Paris
Collège international des traducteurs littéraires – Espace Van Gogh, 13200 Arles
+33 (0)4 90 52 05 50 / www.atlas-citl.org

 

Le CEATL lance sa revue en ligne : Contrepoint

 

Contrepoint est une revue en ligne qui s’adresse à toute personne intéressée par la traduction littéraire. Votre domaine d’activité est l’édition, la recherche, l’enseignement ? Vous êtes étudiant, journaliste ? Vous travaillez dans les institutions du livre ou, plus généralement, vous aimez suivre l’actualité de la littérature au-delà des frontières, du marché européen du livre, de ceux qui font l’une et l’autre ? Vous y trouverez certainement des informations qui vous parlent.

Nous y évoquons ce qui se passe au sein du CEATL, et regardons aussi vers l’extérieur. Nous présentons des articles sur les traducteurs et la traduction, et traitons plus largement du contexte culturel, artistique et économique de notre travail. Nous espérons que Contrepoint sera, comme son nom l’indique, un lieu où des voix indépendantes et parfois contrastées se retrouvent pour former un ensemble encore plus captivant, à l’image de la traduction littéraire elle-même.

Contrepoint est une publication gratuite – deux numéros par an.

Pour télécharger ce numéro, cliquez ici.

Pour s’abonner à Contrepoint, cliquez ici.