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Andrei Popescu-Belis – linguiste du mois de novembre 2017

Un nouvel outil pour aider les ordinateurs à traduire

Lorsque la traduction automatique [1] commença à pointer le bout du nez, au début des années 1990, d'aucuns ont prétendu (peut-être pour Computational linguistics se rassurer) qu'automatisme ou pas, il faudrait toujours des êtres humains pour relire le travail et corriger les bévues tenant au contexte. Le traducteur se transformerait donc tout simplement en réviseur. Mais, les progrès de l'intelligence artificielle sont tels qu'on peut entrevoir la possibilité pour la machine de se corriger elle-même.

Le 18 avril dernier La Tribune de Genève a publié un intéressant article de Mme Caroline Zuercher intitulé : « Un nouvel outil pour aider les ordinateurs à traduire ». Vu l'intérêt de ce thème pour bon nombre de nos lecteurs, nous avons acheté à notre confrère, La Tribune de Genève, le droit de reproduire cet article.

Étant donné le rôle central joué par M. Andreï Popescu-Belis dans le domaine de la « linguistique computationnelle », nous l'avons élu linguiste du mois.

——-

Popescu-belis-« Entre les langues, ça ne colle jamais!» Le diagnostic est celui d'Andrei Popescu-Belis, chercheur senior à l'Institut de recherche Idiap de Martigny (Suisse).[2] À la tête d'un consortium, cet informaticien a développé de nouvelles techniques pour améliorer les outils de traduction automatique. Il a présenté les résultats de ses travaux lors d'une conférence qui s'est tenue à Valence (Espagne) au début du mois d'avril 2017.

Chacun a son anecdote et nous avons tous déjà lu un mode d'emploi surréaliste passé entre les mains d'un traducteur maladroit. Le problème, détaille Andrei Popescu-Belis, c'est que tous les mots, ou presque, ont plusieurs sens, donc plusieurs traductions. Les pronoms ne sont pas identiques dans toutes les langues… Les Espagnols et les Italiens se permettent même d'en supprimer! Pour compliquer le tout, la concordance des temps varie également. Et ne parlons pas du chinois ou du japonais…

100 milliards de mots

L'enjeu est de taille puisqu'un outil comme Google Translate traite chaque jour quelque 100 milliards de mots. Depuis les années nonante, des progrès ont été effectués en recourant aux statistiques: l'ordinateur apprend la probabilité qu'un mot signifie une chose plutôt qu'une autre, en fonction des mots voisins. La proposition d'Andrei Popescu-Belis a été de ne plus effectuer ce calcul phrase par phrase mais de croiser des informations contenues ailleurs dans le texte. Ainsi, si le terme anglais «rock» est employé, il faut regarder si l'on parle de musique (rock'n roll) ou de géologie (la roche).

Un autre exemple? Les pronoms font en général référence à ce qui est apparu plus tôt dans le texte. Or, le «it» anglais (destiné aux objets et aux animaux) n'existe pas en français: on utilisera «il» ou «elle». Si vous demandez à un ordinateur de traduire «Ma tante a acheté une excellente voiture. Elle n'est pas très jolie», la version anglaise risque fort de remettre en cause la beauté de votre parente. Pour une bonne raison: le système a appris que «joli» est généralement utilisé pour des personnes, contrairement à «rouillé» ou «en panne». Là encore, un coup d'œil dans le rétroviseur pourrait éviter un impair.

Algorithmes publics

L'idée, donc, est de pousser le programme à «comprendre le sens global pour améliorer les choix locaux». Cette question est désormais étudiée dans le monde entier. A Martigny, Genève et Zurich, une vingtaine de personnes ont participé au projet d'Andrei Popescu-Belis, financé par le Fonds national suisse de la recherche. Des linguistes de l'Université de Genève ont notamment cherché à savoir où regarder pour donner la bonne réponse. «Dans les grandes lignes, nous indiquons au système le nombre de phrases précédentes qu'il doit analyser et comment il doit les analyser, puis nous procédons à des tests en conditions réelles», résume l'informaticien.

Avec l'anglais et l'espagnol, ces travaux permettent de supprimer un tiers des erreurs liées aux pronoms et 80% des problèmes de verbes. «Notre outil prend du temps pour effectuer les calculs, précise le chercheur. Il ne permet pas de traiter des milliers de phrases à la minute.» L'utilisation par tout un chacun n'est donc pas encore possible, mais ces algorithmes sont publics. D'autres pourront «les emballer et les rendre plus efficaces». Trois collaborateurs du consortium ont d'ailleurs été débauchés par Google Zurich.

«L'esprit est plein d'ardeur, mais la chair est faible»

Reste à savoir si, un jour, notre ordinateur pourra livrer un résultat parfait. «Nous en sommes très loin, mais ces systèmes permettent déjà de comprendre dans les grandes lignes un article rédigé dans une langue inconnue.» Autre limite: si certaines langues ont été bien étudiées, la plupart restent les parents pauvres de la traduction automatique.

Andrei Popescu-Belis conclut que, dans ce domaine, les chercheurs se sont en général montrés trop optimistes. Durant la guerre froide, les Américains essayaient déjà de décrypter les messages russes. L'histoire raconte qu'ils auraient testé leur système avec la phrase biblique «The spirit is willing but the flesh is weak» («L'esprit est plein d'ardeur, mais la chair est faible»). Un aller-retour vers le russe et le résultat aurait donné: «La vodka est forte, mais la viande est pourrie.» Depuis, de grands progrès ont été réalisés. La Bible, toutefois, reste hors de portée.

Un outil pour faire des recommandations

Le domaine d'activité d'Andrei Popescu-Belis s'appelle «linguistique computationnelle». Hormis la traduction automatique, son équipe aide des sites Internet à proposer des recommandations. Elle a par exemple développé pour TED (un site regroupant de courtes conférences réalisées par des personnalités marquantes) un mécanisme permettant de conseiller aux usagers de nouvelles vidéos.

La subtilité: les suggestions ne sont pas uniquement liées au fait que vous vous êtes déjà intéressé à un thème. Elles prennent en compte les commentaires que vous avez déposés, le logiciel étant capable de déterminer si leur tonalité est positive ou négative. «Quand vous écrivez «nul» ou «exceptionnel», cela ne pose pas de problème, mais si vous employez le terme «pas mal», l'ordinateur doit comprendre que ces mots doivent être traités ensemble», décrit le chercheur. L'analyse permet aussi de savoir sur quels aspects vous êtes positif ou négatif. «Nous avons employé cette méthode pour un site de livres audio. Nous pouvons ainsi préciser si vous avez apprécié l'histoire ou son lecteur.»

Pour Andrei Popescu-Belis, l'inconvénient de tels outils est qu'ils enferment les gens dans des cases et n'élargissent pas leur horizon – que ce soit dans les loisirs ou sur les opinions. Et le risque de manipuler le public? «Nous n'avons jamais développé de projet commercial mais c'est vrai, cela permettrait une publicité ciblée. De toute façon, il faut savoir que ce que nous faisons sur le net n'est jamais privé, mais se reflète en partie dans les recommandations que nous recevons.»

—————-

[1]

 Triangle de vauquois

Triangle de Vauquois, modèle pour les fondements de la traduction automatique

 

[2] L'Institut de Recherche Idiap (anciennement Institut d'intelligence artificielle perceptive), situé à  Martigny, (Valais Suisse), est une fondation de recherche autonome, indépendante et à but non lucratif spécialisée dans la gestion d'informations multimédia et dans les interactions homme-machine multimodales. L'institut a été fondé en 1991 par la municipalité de Martigny,  l'État du Valais, l'Ecole polytechnique federale de Lausanne, l'Université de Genève et Swisscom.  L'institut de Recherche Idiap est agréé par les gouvernements du Valais et de la Confédération Suisse et est associé à l'EPFL par un plan de développement commun (LIDIAP est le laboratoire de l'EPFL de l'Idiap). Il est reconnu internationalement pour ses travaux en reconnaissance de la parole, apprentissage artificiel, vision par ordinateur et interface homme-machine. 

Alors qu'il n'employait qu'une trentaine de personnes en 2001, l'Idiap a en 2016 une centaine d'employés, dont 80 chercheurs.

Idiap

 

 

La Madeleine, battue des vents…

Madeleine 1

    Au départ de Montréal, les conseils n'avaient pas manqué : « Couvrez-vous bien, l'endroit est fort éventé ». Eh bien, nous verrons sur place ! Pour l'heure, laissons-nous descendre le majestueux fleuve Saint-Laurent à bord du Vacancier, le navire de croisière de la CTMA qui est la solution la plus commode pour se rendre aux Îles de la Madeleine. Et nous allons prendre notre temps puisque, dès l'entrée du Golfe, la vitesse est réduite de moitié et nous ne filons plus que neuf nœuds. Cela, pour éviter de heurter les baleines et ménager leurs oreilles. Reconnaissants, les aimables cétacés viennent batifoler non loin du bord. Le surlendemain, c'est l'arrivée aux Îles. La destination a quelque chose de mythique. En effet, cet archipel, comté insulaire de la province de Québec, se compose de sept grandes îles (dont six sont reliées entre elles par des bancs de sable et par trois ponts) et de quelques îlots inhabités, éparpillés au cœur du golfe du Saint-Laurent, à 105 km de l'Île-du-Prince-Édouard et à 95 km de l'île du Cap-Breton. En plein océan, bravant les tempêtes, quelque 14.000 Madeliniennes et Madelinots (à 95% francophones) s'accrochent à ce petit territoire de 205 km2 dont la vocation touristique s'affirme chaque jour davantage. Environ 65.000 touristes l'ont visité cette année et ce succès est pleinement justifié car, nous allons le voir, les Îles valent le détour !

   Madeleine 2

 

   À l'arrivée, le dépaysement est total. D'abord, et pour démentir les pessimistes, il fait un temps radieux et la brise est en congé. Des dômes rocheux (aussi appelés « buttes ») et des falaises rougeâtres alternent avec des dunes et de longs cordons littoraux qui forment près de 300 km de plages de sable blond. Le climat est foncièrement maritime, c'est-à-dire qu'en été comme en hiver, il tend à être plus doux que sur le continent. Les îles ont longtemps vécu presque exclusivement de la pêche (morue, homard, hareng, flétan et maquereau). À terre, les conserveries fournissaient de l'emploi. Mais, la pêche industrielle a tellement sollicité la ressource halieutique que l'on s'emploie actuellement à la reconstituer en réglementant très strictement les prélèvements. L'agriculture, naguère développée pour cause d'autosuffisance, a presque entièrement disparu vers 1965. Deux fermes laitières et un élevage bovin sont encore exploités dans l'Île de Havre-aux-Maisons et, dans l'Île d'Entrée, dont la moitié des sept km2 est réservée au pacage, on compte encore 60 vaches – autant que d'habitants. Enfin, une mine de sel constitue l'unique activité industrielle des Îles. Exporté, ce sel sert essentiellement à déglacer les routes d'Amérique du Nord. 

 

 

Le Vacancier, navire de croisière de la CTMA qui sert d'hôtel pendant les trois journées d'escale aux Îles.

(Photo Lucette Fournier)

Les Îles comptent six phares qui ont longtemps guidé la navigation dans le golfe du Saint-Laurent. Un seul demeure en activité, celui du Rocher aux Oiseaux. Les autres n'en gardent pas moins une précieuse valeur patrimoniale. (Photo Lucette Fournier)

  Mais, plus surprenante encore est l'histoire du peuplement. On sait que, bien avant l'arrivée des Européens, les Indiens Micmacs, qui avaient baptisé l'archipel Menagoesenog (les îles balayées par la vague), venaient en canot du continent pour y faire provision de viande de phoque et de morse. Le 25 juin 1534, Jacques Cartier aborde au Rocher aux Oiseaux (qu'il appelle l'Île aux Margaux) puis à l'île Brion. Surpris par l'abondance de sable, il dénomme l'archipel « les Araynes » (du latin arena). Mais, c'est finalement Samuel de Champlain qui inscrit sur la carte « La Magdeleine » à l'endroit où se trouve actuellement l'île du Havre Aubert. Certains prétendent que l'archipel doit en réalité son nom à François Doublet, originaire d'Honfleur et concessionnaire des îles, qui voulut ainsi honorer son épouse Madeleine Fontaine. Comme souvent en Amérique du Nord, les Français visitent les lieux, plantent une croix et une pancarte, font trois petits tours et puis s'en vont ! Les Îles passent ensuite de mains en mains sans qu'il n'y ait vraiment de colonisation.

Champlain   Cartier
              de Champlain                                       Cartier

Pendant longtemps, les Îles ont été un refuge. À plusieurs reprises, des gens contraints de fuir leurs terres sont venus s'y installer. Les premiers furent, entre 1761 et 1765, des Acadiens chassés de chez eux lors du Grand Dérangement. [1] Par le traité de Paris (1763), l'archipel devint anglais, comme le reste de la Nouvelle-France. D'abord rattaché à Terre-Neuve, il fut réintégré au Bas-Canada par l'Acte de Québec de 1774. Fuyant la Révolution, 250 Français (d'origine acadienne) arrivèrent de Miquelon en 1792, sous la houlette de leur curé, l'abbé Allain. Ce Coffinfut la première immigration importante. En 1798, un certain Isaac Coffin (sic) obtint de la Couronne britannique la concession des Îles. Il obligea les Madelinots à lui verser des loyers dont certains échurent même à sa descendance jusqu'en 1956 ! À ce socle francophone, s'ajouta un certain apport anglophone, essentiellement constitué d'Écossais et d'Irlandais arrivés à la suite d'échouages ou de naufrages. Actuellement, les anglophones sont regroupés dans deux îles : Grosse Île et l'Île d'Entrée. La règle du « chacun chez soi » semble de mise et, bien que l'on n'observe aucune animosité entre les deux communautés, l'impression est plutôt celle de « deux solitudes ». [2]

    Les îliens furent longtemps très isolés. Encore au XXème siècle, le câble sous-marin qui les reliait au continent s'est rompu en 1910, obligeant à communiquer avec la Grande Terre au moyen d'un ponchon, un tonneau muni d'une voile et voguant comme une bouteille à la mer ! Cet isolement favorisa un certain particularisme langagier qui s'est quelque peu estompé avec l'irruption de la radio et, surtout, de la télévision. Malgré tout, l'oreille attentive relève encore quelques savoureuses particularités. Ainsi, le visiteur qui arrive aux Îles est un étrange (terme que n'aurait pas renié Montaigne). À propos de l'appât, de l'esche, les pêcheurs madelinots parlent de la boëtte (comme leurs collègues de l'île d'Oléron), et le varech s'appelle ici la boutarde (prononcer de l'arboutarde). La cuisine a ses spécialités : la bagosse, sorte de vin de fruits local, et le banax, tresse de pâte à pain jetée dans la friture que l'on mange au petit déjeuner avec du sirop d'érable ou de la mélasse. La liste n'est pas exhaustive, et il faudrait séjourner plus de trois jours pour la dresser.

   

Madeleine 4

Le port de Cap-aux-Meules, le principal havre des Îles où relâchent les grands navires.

(Photo Lucette Fournier)

 Bref, les Îles ne sont plus ces lieux perdus et éventés ne vivant que de la morue et du homard. Comme partout au Québec, une population jeune et dynamique a pris son destin en mains. Elle s'est résolument tournée vers de nouveaux débouchés, au premier rang desquels figure le tourisme qui a l'avantage d'employer beaucoup de monde. Avec leur magnifique décor et leur nature intacte, les Îles se prêtent particulièrement bien à l'écotourisme. Facilement parcourues à pied ou en vélo grâce aux 105 km de routes et aux innombrables chemins, elles attirent de plus en plus les randonneurs et les touristes en quête d'originalité et d'authenticité. Mais, on cherche aussi du côté des nouvelles énergies et l'abondance de vent pourrait devenir une richesse après avoir été une nuisance. Un jour nouveau se lève sur les Îles !

Jean Leclercq

[1] Cette expression désigne l'expulsion, dans des conditions affreusement brutales, des populations françaises de l'Acadie, cédée à la Grande-Bretagne par le traité d'Utrecht (1713). Une partie de ces Acadiens se réfugia alors aux Îles de la Madeleine, formant le premier contingent d'immigrants, tandis que d'autres rejoignirent la Nouvelle-Orléans ou se dispersèrent dans tout le continent. Ce sombre épisode de l'histoire du Canada a été immortalisé par l'écrivain américain Henry Wadsworth Longfellow dans Evangeline. A tale of Acadie, poème épique publié en 1847.

Deux solitudes[2] Hugh Mac Lennan. Deux solitudes. Traduit de l'anglais par Louise Gareau-Des-Bois. Paris, Éditions Spes (1963).

[3] La Coopérative des Transports maritimes et aériens (CTMA) possède deux traversiers dont l'un sert, à la belle saison, aux croisières partant de Montréal et, l'autre, fait la navette entre Souris (Île-du-Prince-Édouard) et Cap-aux-Meules (cinq heures de traversée).

Adresses : CTMA 435, chemin Avila-Arseneau, Cap-aux-Meules (Québec) G4T 1J3.
Téléphone : (+1) 418-986-3278.
Site : www.ctma.ca  Courriel : info@ctma.ca

Remerciements. L'auteur tient à remercier Monsieur Georges Gaudet, historien local et conférencier de la croisière, de l'aide qu'il lui a fournie pour la préparation du présent l'article.

GaudetMonsieur Gaudet ne se contente pas de raconter les Îles, il y a connu une vie aventureuse, exercé trente-six métiers et partagé avec son frère Donald la passion de l'aviation. Dans Deux frères, une passion, il narre l'odyssée aérienne que fut, pour les deux frères et leurs compagnes, à la fin de décembre 1978, le vol d'Alma (au bord du lac Saint-Jean) jusqu'à l'aérodrome de Havre aux Maisons, Un récit qui n'est pas sans rappeler ceux des pionniers de l'aviation qui ont tant fait rêver les deux frères tout au long de leur adolescence.

Georges Gaudet. Deux frères, une passion. ISBN 978-2-98077483-3-2 (105 p.)

 

L’étude des langues étrangères aux États Unis – compte rendu

America's LanguagesUn récent rapport de l'Académie américaine des Sciences et des Lettres fait état des statistiques suivantes :

  • Près de 30% des dirigeants d'entreprises signalent avoir raté des occasions par suite d'un manque de connaissances linguistiques du personnel d'exécution, et 40% avouent ne pas avoir réalisé leur potentiel international du fait d'obstacles linguistiques ;
  • On estime qu'actuellement 300 à 400 millions d'élèves chinois apprennent l'anglais, contre quelque 200.000 élèves américains qui apprennent le chinois.
  • À peu près 66% des Européens adultes disent avoir connaissance de plus d'une langue, par rapport à 20% des résidents aux États-Unis ;
  • Seules 15% des écoles élémentaires publiques du pays offrent un enseignement de langues autres que l'anglais, contre plus de 50% des écoles élémentaires privées ;
  • Pour l'année scolaire 2016-2017, au moins 44 États signalent un manque d'enseignants qualifiés K-12 ou bilingues, et plus d'États encore signalent un plus grand manque de professeurs de langues que dans les autres disciplines.

Invoquant le recul de l'étude des langues dans l'ensemble du pays, le rapport, America's Languages: Investing in Language Education in the 21st Century, appelle à l'adoption d'une stratégie nationale visant à accorder un rang de priorité plus élevé aux langues étrangères dans le système d'éducation américain.

 

Jean Leclercq

 

INVITATION

Scribe UK invites you to celebrate
the publication of the English language edition of

Revolution

BY EMMANUEL MACRON

Macron English cover

Join the book's translators, Jonathan Goldberg and Juliette Scott, in conversation with Sarah Griffin-Mason, Chair of the Institute of Translation and Interpreting.

6.30-8.30 p.m. on Thursday, 16th November

John Sandoe Books
10 Blacklands Terrace, Chelsea, London SW3 2SR

Cheese and wine will be provided.

POST SCRIPTUM: NOW FULLY BOOKED

 

 

Excerpt from Translator's Note:

 

Jonathan 2017"Translation is a journey over a sea from one shore to the other…. I cross the frontier of language with my booty of words, ideas, images, and metaphors." (Amara Lakhous)

Translating words is very different from casually reading them. The dictionary definition of any given word is often insufficient to convey its exact nuance in the context. The translator has to excavate the meaning and bring order to impressions, guesswork and approximations and at the same time faithfully evoke the author's voice – his tone and style.

All translators work within two parameters: staying close to the source text, without being too literal, and going further afield without taking impermissible liberties. The clash between "literal translation" and "free translation" goes back many centuries – to Jerome, the patron saint of translators, or arguably earlier. In translating this book I often found myself groping for that fine line – the golden mean. Whenever I saw the light of day it felt like a small victory on the path toward clarity and readability.

——-

To better understand those segments of the source text that I found cryptic or ambiguous, I turned to my Jean Leclercq
friend and guru in all matters of French language, history and culture — Jean Leclercq. His intellectual prowess, energy and willingness to assist were an indispensable element of the collaborative enterprise.

Jonathan Goldberg

Los Angeles

 

President Macron speaks in favour of translators

At the Frankfurt Book Fair that ended on 14 October, the French president Emmanuel Macron paid homage to the translator's profession, and announced the creation of a "real" prize in France for translation into French. 

 

Des aviateurs français ont-ils traversé l’Atlantique avant Charles Lindbergh ?

Saint-etienne x C'est tout au moins la thèse que semble accréditer la mairie de Paris puisqu'elle vient de modifier la plaque de la rue Nungesser et Coli, dans le XVIe arrondissement. La nouvelle plaque ajoute que les deux aviateurs français ont traversé l'Atlantique les 8 et 9 mai 1927, et se sont perdus au large de Saint-Pierre et Miquelon. Une dizaine de jours plus tard, Charles Lindbergh traversait l'Atlantique dans l'autre sens et en solitaire. Que doit-on penser de cette prétention ?

 

  Saint-pierre 4 (stamp)    Saint Pierre 2


1927, l'année de l'Atlantique

Au cours du premier conflit mondial, l'aviation a considérablement progressé. Une fois la paix revenue, les aviateurs, disposant d'appareils beaucoup plus puissants, se lancent dans des raids à grandes distances. Ils privilégient l'Asie où ils survolent des territoires présentant des possibilités d'atterrissage forcé. L'Atlantique leur paraît plus redoutable et difficilement franchissable. C'est alors qu'un grand hôtelier new yorkais et mécène de l'aviation, Raymond Orteig (1870-1939), offre un prix de 25.000$ au premier pilote qui reliera sans escale New York Saint-pierre xxet Paris. Le 21 septembre 1926, René Fonck, l'as des as de 14-18, tente l'aventure avec trois équipiers et à bord d'un bimoteur Sikorsky 35 qui s'écrase au décollage. Un tandem français décide alors de relever le défi. Il se compose de deux « trompe-la-mort » : Charles Nungesser et François Coli. Le premier est un grand as de l'aviation de chasse française, totalisant 45 victoires et 17 blessures. Son co-équiper, le capitaine François Coli, a perdu l'œil droit dans un accident d'avion et porte toujours un monocle noir. Après la guerre, Nungesser se rend aux États-Unis où il effectue un grand circuit à bord d'un Henriot HD1, avec lequel il exécute des simulations de combat aérien qui remportent un très grand succès. C'est peut-être à cette époque que germe en lui le projet d'un vol transatlantique.

L'Oiseau blanc [1] 

Sainte-pierre 55

Rentré en France, Nungesser parvient à persuader le constructeur Pierre Levasseur d'adapter aux besoins de son projet le triplace PL-4 qu'il construit pour la marine nationale. L'Oiseau blanc (alias PL-8) présente les caractéristiques suivantes :

Moteur : Lorraine Dietrich, 12 cylindres en W, de 450 CV

Surface alaire : 61 m2

Envergure : 14,63 m

Longueur : 9,75 m

Hauteur : 3,96 m

Poids au décollage : 4.963 kg

Vitesse maximale : 193 km/h

Autonomie : 42 heures (grâce à un réservoir de 4.025 litres)

 

En prévision d'un amerrissage, le fuselage a été renforcé. En outre, on a prévu des caissons étanches et un train d'atterrissage larguable. La mission a été très minutieusement préparée. L'avion est tout blanc et porte les macabres insignes de guerre de Nungesser : un cœur noir, avec un crâne et des tibias croisés, surmontés d'un cercueil et de deux cierges allumés. Sinistre présage !

La tentative  

Le 8 mai 1927, à 5h21, l'appareil est sorti du hangar et, un peu plus tard, après une première tentative infructueuse, Nungesser parvient à arracher in extremis le biplan de la piste de l'aérodrome du Bourget. S'élevant lentement, il prend la direction de l'ouest et largue son train qui, récupéré, est aujourd'hui exposé au Musée de l'Air. Il quitte le ciel français à la hauteur d'Étretat, on l'aperçoit au-dessus de l'Irlande, puis plus rien… Le 9 mai, un journal du soir annonce : « L'Atlantique est traversé. Ils sont arrivés à 16h50. NUNGESSER ET COLI ont amerri en rade de New York ».

Sainte etienne headline

Il n'en est malheureusement rien. Ce n'est qu'une fausse nouvelle que le ministre chargé de l'Aéronautique qualifiera d'illusion collective ! Que sont-ils alors devenus ?

Les conjectures

Deux choses sont avérées : au-delà du sud de l'Irlande, plus personne ne les a vus et, le 9 mai 1927, dans la région où ils sont censés se trouver, la Saint-pierre (Lindbergh)météo est exécrable. S'ils ont atteint Terre-Neuve, ils ont dû y affronter une terrible tempête de neige. Sont-ils tombés dans les eaux du Golfe ou dans les toundras de Terre-Neuve, voire du Labrador ? On ne le saura sans doute jamais. Dans son autobiographie, Charles Lindbergh écrit que les deux hommes ont tout simplement disparu, « comme des fantômes de minuit ». Les recherches entreprises à l'époque par les autorités américaines, canadiennes et françaises n'ont donné aucun résultat. Pourtant, depuis 2009, une équipe de chercheurs français, emmenée par M. Bernard Decré, a effectué des recherches autour de Saint-Pierre et Miquelon, après avoir découvert un télégramme de la Garde côtière des États-Unis en date du 18 août 1927, signalant la présence de deux ailes de biplan liées ensemble flottant au large de Norfolk (Virginie).[2]

 

En 2013, The New York Times a rendu compte de recherches menées par Decré pour retrouver les ailes qu'il croit appartenir à l'Oiseau blanc, mais aussi de la poursuite de la recherche d'autres débris de l'appareil au large de Saint-Pierre et Miquelon. À l'époque de la mystérieuse disparition, des pêcheurs saint-pierrais auraient dit avoir entendu un avion passer à basse altitude, certains faisant même état d'appels à l'aide. On en a déduit que l'Oisean blanc avait peut-être été abattu par un navire de la Garde côtière des États-Unis qui pourchassait les contrebandiers. Il faut se souvenir qu'à l'époque de la Prohibition, le petit archipel français était le centre d'un vaste trafic d'alcool en direction des États-Unis.[3] Poursuivis par les douaniers, les contrebandiers jetaient souvent leur chargement à la mer et les caisses de spiritueux s'échouaient sur les grèves canadiennes, pour la plus grande joie des riverains qui avaient baptisé cette mâne, le miquelon. Bref, la chasse aux contrebandiers faisait rage et l'hypothèse d'une méprise n'est pas invraisemblable. D'aucuns pensent même que l'Oiseau blanc aurait pu être abattu par des contrebandiers rendus plus nerveux par la présence d'Al Capone à Saint-Pierre.[4]   

 

Il n'en demeure pas moins que, jusqu'à présent, aucun élément matériel, aucun débris, aucun reste de l'Oiseau blanc ou de son équipage n'a été retrouvé qui puisse prouver qu'ils aient atteint le continent américain. Dans ces conditions, Charles Lindbergh demeure le premier aviateur à avoir traversé l'Atlantique et même relié New York à Paris, qui plus est, en solitaire. Lors du dévoilement de la plaque, Mme Catherine Vieu-Charier, adjointe de la maire de Paris, Mme Anne Hidalgo, a voulu préciser le sens de sa démarche : "Ce que nous faisons aujourd'hui n'est pas une réinterprétation de l'Histoire. Ce n'est pas non plus, et je le dis haut et fort, une contestation de l'exploit de Charles Lindbergh". Rappelons que le vainqueur du Prix Orteig a très galamment rendu visite à la mère de Charles Nungesser qui, à l'époque, espérait encore revoir son fils.

Sainte-etinne vieu-charier

 

La mystérieuse disparition de Nungesser et Coli ne devait pas être la seule tragédie inexpliquée de cette première moitié du XXe siècle. Roald Amundsen, le grand explorateur et vainqueur du pôle Sud (en 1911) se perdra le 18 juin 1928, en tentant de rejoindre le Spitzberg à bord d'un hydravion Latham (dont on retrouvera des débris quelques semaines plus tard). L'aviatrice américaine Amelia Earhardt, première femme à avoir traversé l'Atlantique en 1928, disparaît dans le Pacifique le 2 juillet 1937, alors qu'elle tentait de rejoindre l'île Howland en compagnie de son mécanicien Fred Noonan. Toutes les recherches s'avérèrent vaines. Mais, en 1966, un chercheur américain, Saint-pierre 8Fred Goerner – animé d'un désir d'élucidation voisin de celui de M. Bernard Decré – montre qu'Amelia Earhardt et son mécanicien se seraient écrasés sur l'atoll de Mill et auraient été faits prisonniers par les Japonais. Ils seraient morts quelques mois plus tard, à Saipan. Résoudra-t-on un jour l'énigme de la disparition de l'Oiseau blanc ? La gourmette de Consuelo de Saint-Exupéry, retrouvée le 7 septembre 1998, dans le chalut d'un pêcheur, au large de Marseille, semble autoriser tous les espoirs.

 

[1] Nungesser a choisi ce nom en souvenir d'un chef indien du Wyoming, rencontré en 1925. Après la guerre, le grand as de la chasse française avait épousé une riche héritière américaine, Consuelo Atmaker, qui portait donc le même prénom que la future épouse d'un autre aviateur, Antoine de Saint-Exupéry.  

[2] Le télégramme serait ainsi libellé : It is suggested to Headquarters that this may be the wreck of the Nungesser and Coli  Aircraft.    

[3] Lorsque les autorités françaises mirent fin à ce trafic, un armateur eut l'audace de prétendre à une indemnité. Le Conseil d'État rejeta son recours (CE, 14 janvier 1938. Compagnie générale de grande pêche).

[4] Thierry Vigouroux. Nungesser et Coli ont-ils été victimes d'Al Capone ? Le Point, 15 août 2011.

Jean Leclercq


Pour rédiger le présent article, l'auteur a largement puisé dans
France-Amérique du 19 octobre 2017 ainsi que dans sa documentation personnelle. .

Lectures supplémentaires:

John Gillespie Magee, Jr. 1922 – 1941,  Antoine de Saint-Exupéry 1900 –  1944

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 [55 minutes]

 

Emmanuel Macron écrit un poème à une ado anglaise fan de la Tour Eiffel

Sophie, Anglaise de 13 ans, est tombée sous le charme de la Tour Eiffel lors d'un voyage à Paris. Elle l'a fait savoir dans un poème envoyé à l'Élysée alors occupé par François Hollande. Mais c'est son successeur, Emmanuel Macron qui s'est chargé de répondre à Sophie. Le président de la République s'est fendu d'un poème rendu public hier à l'occasion de l'anniversaire de l'adolescente anglaise.

A special birthday present for Sophie, 13
today: President@EmmanuelMacron's reply to her poem on the #EiffelTower.
Bon anniversaire Sophie!

5:00 AM – Nov 1, 2017

 

LE POÈME DE SOPHIE                     LA RÉPONSE DU PRESIDENT
                                                         DE LA RÉPUBLIQUE

Centre of Attention
She has four beautiful legs,
Which help her stand proud,
She looks over everyone,


With her heads in the clouds,
She is elegant and tall,
Wears a pretty, lacy skirt,
Whilst staring at her in awe,


Your eyes will not avert,
Her spine is amazingly straight,
Whilst her head touches the sky,
People look up and take pictures of her,


As they are passing on by,
You need to tilt your head up,
To be able to see all of her,
But when you do,


She is as pretty as a picture,
She is the centre of attention,
Noticed by everyone,
She is the Eiffel Tower,

She is second to none.

 

En voyage à Paris, la petite Sophie
Croisa une géante illuminant la nuit. 
"Comment t'appelles-tu, monstre surnaturel ?" 
"Mes nombreux visiteurs m'appellent Tour Eiffel"


"N'es-tu pas parfois lasse, avec tes mille atours

Que l'on ne voie en toi, qu'une banale tour ?
Toi le dragon, la fée, qui veille sur Paris,
Toi, immense flambeau planté dans le ciel gris !


Quel plaisir tu me fais ! Ils sont devenus rares

Ceux qui comme Cocteau, Aragon ou Cendrars,
Trénet, Apollinaire, avaient su célébrer
Mon âme parisienne aux charmes singuliers.


Puisque tu sais si bien percer les apparences,

Tu pourrais, si tu veux, à ton retour de France
Prendre à ton tour la plume et conter en anglais
Ce qui chez moi te plaît !"


"Tu peux compter sur moi ! Il y a tant à dire !

Je t'écrirai vingt vers… mais qui voudra les lire ?"
"Oh, moi j'en connais un qui lira ton cantique."

"C'est ?"
"Le président de la France."

Lost in translation ?

Était-ce ou non un original anglais ?  

Toute la journée, les médias français ont unanimement rapporté que le Président Macron avait écrit à Sophie un poème en anglais.

Mais, il n'en était rien. Le poème a été écrit en français et traduit en anglais par les soins de l'ambassade de France à Londres.

Des soupçons étaient nés d'une version française bien plus structurée et d'une meilleure facture littéraire que la version anglaise. 
En effet, la version française, rimée et cadencée, laisse l'impression d'un véritable bijou poétique. 

La version anglaise – tout en étant agréable à sa façon – sent la traduction. Elle est plus empruntée et d'une imagerie moins parlante qu'en français.

D'ailleurs, comment le président aurait-il pu écrire un poème en anglais et puis faire en sorte de l'améliorer en traduction française ? Et, c'est pourtant ce que nous nous tous sommes laissé dire.

Aujourd’hui, en fin d'après-midi, l'ambassade de France à Londres a confirmé à la BBC que c'était effectivement elle qui avait traduit en anglais le poème du président français.

Moralité : The cat is out of the bag ! On a éventé la mèche ! 

D'après Hugh Schofield, BBC News, Paris.

Ceux-là avaient flairé le Brexit

Yes PM 2Yes, Minister et Yes Prime Minister étaient deux séries télévisées satiriques britanniques, diffusées par la BBC entre 1978 et 1984, et 1986 et 1988, respectivement. Leur objet était de montrer les machinations des politiciens -  dans la première série, quand le personnage de l’Honorable James Hacker est élu ministre au gouvernement britannique et, dans la seconde, quand il est élu Premier Ministre. Au fil des séries, chaque fois que Hacker aborde un sujet qui relève de sa responsabilité, il commence par affirmer naïvement sa volonté de servir le public. Mais, très vite, Sir Humphrey Appleby,  son « secrétaire permanent » (titre d'un haut responsable dans la fonction publique britannique) [1], le persuade d’adopter une politique contraire. 

Le thème central de deux séries est le cynisme du monde politique, et leur succès s’explique non seulement par le scenario plein d’esprit, mais aussi par le jeu tout à fait remarquable de deux comédiens, Nigel Hawthorne (secrétaire permanent) et Paul Eddington (Premier Ministre). 

Yes Hacker & Appleby
 
Le « Premier Ministre »  et son « secretaire permament »
devant 10 Downing Street, résidence des premiers ministres de la Bretagne
 
Dans le très court vidéo clip qui suit, le secrétaire permanent explique au Premier Ministre que le rôle de la Grande-Bretagne est de tout faire pour mettre le plus grand désordre au sein de l’Union européenne (à l’époque, le Marché commun) et de susciter la plus grande rivalité possible parmi ses États Membres. Tout cela, dans l'intérêt bien compris de la Grande-Bretagne.
 
YES PM 3
 
Dans cet humour amer, certains voudront voir la véritable politique européenne menée par le Royaume-Uni depuis de nombreuses années, mais aussi les prémices de ce qui allait s'appeler le BREXIT. 
 


 
[1] En lui donnant du "Oui, Monsieur le Ministre" et "Oui, Monsieur le Premier Ministre", on a l'impression que le secrétaire permanent de Hacker est un béni oui-oui, alors que son principal rôle est de manipuler le Ministre (et plus tard le Premier Ministre).  
 
Jonathan G.
 

Glossaire du vidéo clip :

The Foreign Office

Le bureau des Affaires étrangères

The Civil Service

La fonction publique

The Common Market (EEC)

Le marché commun (CEE)

Divide and rule

Diviser pour régner

To make a pig’s breakfast

Mettre le désordre, semer la pagaille

It’s just like old times

C’est comme au bon vieux temps

To stir up arguments

Attiser des disputes

Appalling cynicism

Cynisme épouvantable