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Victor Hugo, travailleur de la mer…

Ingrid ChavezL'article qui suit, largement inspiré d'un texte paru en anglais sur le site www.VisitGuernsey.com, a été redigé par notre nouvelle contributrice, Ingrid Chavez. Française, née au Mexique, elle a grandi à Paris et dans les Alpes. Comme Victor Hugo au dix-neuvième siècle, Ingrid vit aujourd’hui au bailliage [1] de Guernesey, une dépendance de la Couronne britannique dans la Manche. Elle ne manque pas une occasion de faire découvrir la maison du Maître, Hauteville House à ses proches qui lui rendent visite !

Après avoir obtenu une licence en droit de l‘Université de Grenoble, elle prit la décision d’aller enseigner dans une école internationale en Inde. Cette expérience, renforçant sa passion des langues et son amour des voyages, l’incita à entreprendre un master de FLE (Français Langue Etrangère).

Ingrid devint professeure qualifiée de FLE en 2007 et obtint un Master en linguistique en 2008. Elle partit ensuite à l’étranger pour plusieurs années, enseignant à l’Alliance française de Shanghai puis de Guayaquil, en Equateur.

En 2010 elle déménagea à Guernesey où elle rencontra son mari James. Elle fonda l’entreprise The Chateau Bee Selection en 2013, une agence de châteaux français que les anglophones peuvent privatiser à l’occasion d’évènements privés.

Toujours passionnée par les langues, les voyages et plus particulièrement la culture orientale, elle continue à enseigner, et consacre son temps libre à l’apprentissage du chinois. Elle met régulièrement à jour son blog sur les expressions idiomatiques et la culture française:  http://french-in-guernsey.blogspot.fr

 

À Guernesey, les amoureux de littérature auront la chance de pouvoir marcher sur les traces d'un des plus célèbres écrivains du 19e siècle : Victor Hugo.

Vh portrait

    Guernsey map

 

L'écrivain et poète français passa en effet 15 années en exil à Guernesey et c'est sur cette île que nombre de ses chefs d'œuvre verront le jour, notamment les Misérables et les Travailleurs de la Mer. [2]

Arrivé sur l'île en 1855, Hugo tomba sous le charme de Guernesey, et décida d'y acquérir une fascinante maison, Hauteville House, la seule demeure qu'il n'ait jamais possédée.

VH HV Hauteville Houseavec l'aimable autorisation de Visit Guernsey (VisitGuernsey.com)


Hauteville House offre aujourd'hui la possibilité à tous de découvrir la vie d'Hugo à Guernesey, ainsi que d'en apprendre plus sur ses engagements politiques, et sa vision philosophique et spirituelle du monde.

Son cabinet d'écriture, le « salon Cristal », se situe au sommet de la maison. Baignée de lumière et relativement sobre, cette salle offre une vue panoramique sur la capitale St Peter Port, sur la mer ainsi que sur sa terre natale, la France.

Le Salon Cristal
avec l'aimable autorisation de Visit Guernsey (VisitGuernsey.com)

Outre sa maison, vous pourrez aussi retracer les pas de Victor Hugo en vous promenant sur l'île…

Faites par exemple un plongeon dans les eaux claires de la Baie de Havelet où il aimait nager, promenez-vous sur son sentier préféré au large de la baie de Fermain ou encore partez à la découverte d'une des baies les plus jolies de Guernesey: Moulin Huet. Aventurez-vous jusqu'au promontoire de Pleinmont d'où vous découvrirez une vue époustouflante sur le phare de Hanois, puis continuez le long de la côte ouest jusqu'à Port Soif, une partie du littoral que l'écrivain aimait tout particulièrement et qui fut pour lui une source d'inspiration.

VH HV Moulin Huet
avec l'aimable autorisation de Visit Guernsey (VisitGuernsey.com)

LANGUES PARLÉES

Les habitants de Guernesey parlent l’anglais. Il existe aussi un dialecte ou “patois” hérité du français normand, le Guernésiais ou Dgèrnésiais.

Le patois de Guernsey est principalement une langue de tradition orale, souvent utilisée dans des poèmes ou chansons sur Guernesey.

Bien qu’en déclin aujourd’hui, de nombreux efforts sont faits pour préserver cet aspect du patrimoine culturel et historique de Guernesey.


LA VIE PERSONNELLE DE VICTOR HUGO


On se souvient de l'œuvre littéraire d'Hugo, mais sa vie personnelle, souvent moins connue, est tout aussi fascinante.

Hugo épousera son amie d'enfance Adèle Foucher et ensemble ils auront 5 enfants. Victor Hugo aura cependant de nombreuses maîtresses durant sa vie, dont la plus notable est l'actrice française Juliette Drouet.

VH HV family
  avec l'aimable autorisation de Visit Guernsey (VisitGuernsey.com)(VisitGuernsey.com)


Vh mon amourJuliette deviendra la secrétaire et compagne de voyage d'Hugo – une relation qui durera 50 ans – et sacrifiera sa carrière pour suivre jusqu'à Guernesey celui qu'elle considère comme l'amour de sa vie, comme en attestent les milliers de lettres qui ont été écrites entre les deux amants. [3] [4]

 

Il est souvent dit qu'ils se rencontraient au sommet de la tour « Victoria Tower ». Construite en l'honneur de la visite de la Reine Victoria et du Prince Albert, la tour offre une vue imprenable sur St Peter Port. Si vous regardez attentivement, vous remarquerez peut-être leurs initiales – VH et JD – qui ont été gravées sur les murs intérieurs de la tour de granite.

En juillet 1852, Hugo écrit à son épouse à propos de l'exil : « Il faut y travailler ou périr d'ennui et de néant  ». Cependant, loin de sombrer dans l'ennui ou la vacuité, Victor Hugo fera montre de la plus grande créativité durant ces années d'expatriation, y rédigeant la plupart des écrits qui l'ont rendu célèbre, en particulier 'Les Contemplations' (1856), 'Les Misérables' (1862), 'La Légende des siècles' (1877), 'William Shakespeare' (1864), 'Les Chansons des rues et des bois' (1865), 'Les Travailleurs de la mer' (1866), 'L'Homme qui rit' (1869), et 'Quatre-Vingt-Treize' (1874). 

VH HV statue

avec l'aimable autorisation de Visit Guernsey (VisitGuernsey.com)


HAUTEVILLE HOUSE

La Ville de Paris, a conservé en l'état les deux maisons où Victor Hugo a vécu le plus longtemps: l'Hôtel de Rohan-Guéménée sur la Place des Vosges à Paris, dont il fut le locataire d'un appartement de 280 mètres carrés au 2e étage pendant 16 ans (de 1832 to 1848) et Hauteville House sur l'île de Guernesey, où il a vécu en exil durant 15 années (de 1856 à 1870).

 
Hotel de Rohan-Guemen     VH The-Rear-of-Hauteville-House
 l'Hôtel de Rohan-Guéménée                   Hautville House, à l'arrière

 

En 1851 le poète, banni en raison de ses vues antibonapartistes, quitte la France pour un exil qui durera 19 ans. Après de vaines tentatives pour s'établir à Bruxelles et Jersey, Hugo débarque à Guernesey en 1855.

Le 16 mai 1856, grâce au produit de la vente de son recueil de poèmes Les Contemplations, Victor Hugo achète Hauteville House, une large maison blanche avec un jardin surplombant la mer.

Il mit son imagination sans limites au service de sa maison, passant des mois à superviser la rénovation du bâtiment suivant un modèle médiéval, qui donne aujourd'hui à l'édifice son mystère et son originalité.

Enthousiaste collectionneur d'objets d'occasion et grand amateur de brocantes, il y ramena une profusion de coffres, crédences, tapis, miroirs, vaisselle, figurines et autres objets hétéroclites.

Il apposera un peu partout ses initiales et fera de sa maison un prolongement de lui-même, un témoignage de son abondante créativité et de ses engagements. Ainsi que le soulignait Charles Hugo: « la maison est un autographe à 3 étages, un poème en plusieurs chambres ».

Hugo vécut à Hauteville jusqu'en 1870, date à laquelle il retourna en France suite à la chute du Second Empire. Il reviendra à Hauteville pour un an en 1872, pour une semaine en 1875 et finalement pour 4 mois en 1878.

En mars 1927, l'année du centenaire du mouvement Romantique, les descendants de l'écrivain, Jeanne, Jean, Marguerite et François firent don de la maison à la Ville de Paris.

 

HV plaque   

 Hauteville House a un superbe jardin qui peut aussi se visiter.


LE GUERNESEY DE VICTOR HUGO VH Travailleurs

Victor Hugo fut d'emblée captivé par Guernesey: il fut frappé par l'âpreté de ses falaises et la douceur du paysage à l'intérieur des terres.  Appréciant à la fois  « le souffle de l'océan » et le « souffle des fleurs », il exprimera sa reconnaissance envers l'île et ses habitants dans sa dédicace des « Travailleurs de la Mer » : « Je dédie ce livre au rocher d'hospitalité, à ce coin de vieille terre normande où vit le noble petit peuple de la mer, à l'île de Guernesey, sévère et douce…»

VH Channel IslandsHugo décrit les îles Anglo-Normandes [5] comme des « fragments de France tombés dans la mer et ramassés par l'Angleterre ». C'est ce mélange de cultures française et britannique qui rend Guernesey si exceptionnel. Le patrimoine de Guernesey, ses paysages et ses habitants marquèrent pour toujours l'écrivain, et les visiteurs qui suivent aujourd'hui ses traces se sentiront sans nul doute aussi inspirés qu'il le fut il y a 150 ans.

 

 Notes du blog :

[1]  Territoire dont l'administration est confiée à un bailli. En anglais : bailiwick. (employé aussi en sens figuratif : "You know nothing of this subject; that's my bailiwick") . D'ou le mot bailiff – huissier de justice

 [2] En revanche, l'écrivain britannique Charles Dickens a écrit son livre "Nicholas Nickelby" à Calais.

[3] « Victor Hugo, mon amour » : 50 ans de correspondace amoureuse sur scène

Avant d'être la maîtresse de Victor Hugo, Juliette Drouet avait été celle du sculpteur genevois James Pradier dont elle était aussi le modèle. C'est ainsi qu'elle figure, dans le plus simple appareil, sur l'une des quatre faces du socle du buste d'Auguste-Pyrame de Candolle, dans le parc des Bastions, à Genève. Elle est l'une des quatre danseuses entourées d'angelots qui virevoltent autour du célèbre botaniste avec qui elle n'a visiblement rien à voir. En revanche, sa plastique impeccable permet de mieux comprendre la séduction qu'elle exerça durablement sur Victor !   

[4] Voir aussi notre article récent :Vingt-cinq ans après la mort de Marlène Dietrich, une de ses lettres d'amour est vendue aux enchères publiques

[5] Dépendances insulaires du duché de Normandie, oubliées lors des actes de rétrocession du duché au royaume de France, l'archipel des Îles anglo-normandes (Channel Islands, en anglais) est constitué de quelques grandes îles comme Jersey, Guernesey, Sercq et Aurigny ainsi que d'îlots inhabités comme les Minquiers (dont la France, en plein XXe siècle, a encore contesté la propriété au Royaume-Uni devant la Cour internationale dee Justice ). Le contentieux franco-britannique au sujet des Minquiers constitue l'argument dramatique du roman de Nancy Mitford,  Don’t Tell Alfred. C'est le motif de chamailleries occasionnelles entre ces deux « vieilles dames » que sont la France et la Grande-Bretagne. S'étendant sur 194 km2 et comptant 250.000 habitants, les îles tirent leur prospérité d'un statut juridique très particulier. Ne faisant partie ni du Royaume-Uni, ni de la Communauté européenne, elles relèvent directement de la Couronne, en tant que possession du duc de Normandie, titre que porte toujours le souverain britannique. Du coup, elles échappent aux réglementations bancaires et fiscales contraignantes des pays environnants et constituent un paradis fiscal fort prisé des établissements financiers. Autre particularité, elles ont été le seul territoire britannique occupé par les forces armées allemandes de juin 1940 à mai 1945. Les occupants, selon leur habitude, se sont alors empressés de placarder partout des écriteaux en lettres gothiques afin de mieux germaniser les lieux. C'est ainsi qu'ils placèrent sur l'hôtel de ville de Jersey un grand Rathaus que les naturels traduisirent immédiatement par Rathouse !


Jean L.


POUR EN SAVOIR PLUS

La Manche, défi de toujours

  • Le bloggeur de voyage Gareth Huw Davies a visité Guernesey pour en apprendre plus sur le séjour de Victor Hugo sur l'île. Pour lire son blog, cliquez sur ce lien :

    http://www.garethhuwdavies.com/travel/travel-features/les-miserables-is-guernseys-reason-to-be-cheerful/

  • La Maison Hauteville et Guernesey ont également fait l'objet d'un article de voyage dans The Telegraph Online.

    http://www.telegraph.co.uk/travel/destinations/europe/france/articles/Les-Miserables-Victor-Hugos-France/

  • Les promenades guidées « Victor Hugo »: vous trouverez sur l'île plusieurs guides pédestres accrédités proposant des promenades sur le thème de Victor Hugo. Pour plus d'informations, contactez l'Office de Tourisme de Guernesey à : enquiries@visitguernsey.com
  • The Soul of the Sea –un livre écrit par Magnus Buchanan, illustré par Charlie Buchanan, vivant tous deux à Guernesey. Ce livre rend hommage au livre de Victor Hugo, les Travailleurs de la Mer, sous la forme d'une ballade poétique de 250 strophes.

    https://charliebuchanan.com/books/

  • VH decorateurHauteville House, Victor Hugo décorateur – Marie and Jean Baptiste Hugo. Paris Musées (20 avril 2016)

    Présentation, par les descendants du poète, de la maison de V. Hugo, avec les peintures de Marie Hugo et les photos de Jean Baptiste Hugo.

 

 

 

Geert Sivellis – linguiste du mois de mai 2017

De passage à Amsterdam (Pays-Bas), la ville aux 881.000 vélos, Jonathan G. s’est entretenu avec Geert Sivellis, à la suite d’une promenade guidée.

 

  Geert Sillevis

  Geert Sivellis

Traduction: Jean Leclercq  (ORIGINAL ENGLISH TEXT)


LMJ : Vous avez un nom à consonance néerlandaise et vous habitez Amsterdam. Mais vous êtes né, vous avez grandi, au Portugal. Comment cela s'explique-t-il ? 

Geert SillevisGeert Sivellis : Mes parents sont tous deux néerlandais, mais ils se sont rencontrés au Portugal et y ont commercé pendant de nombreuses années. Jusqu'à 19 ans, j'ai vécu près de Lisbonne.

 

LMJ : La première chose qui a frappé nos oreilles, c'est que vous parlez anglais très distinctement, avec un pur accent américain, que votre anglais est très idiomatique et votre débit rapide. Personne n'imaginerait que vous soyez né et ayez grandi ailleurs qu'aux États-Unis. Pourtant, vous êtes né au Portugal, de parents néerlandais, et c'est plus tard que vous vous êtes installé aux Pays-Bas. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet ?

Geert SillevisG.S. : J'ai grandi au Portugal, dans un milieu très international. Il y avait au moins cinq écoles internationales anglophones dans la région. L'anglais était la langue courante. Pendant quelque temps, mes parents ont tenté d'enseigner le néerlandais à leur progéniture, mais cela s'est avéré trop déroutant pour de jeunes cervelles qui apprenaient en même temps l'anglais et le portugais. Comme le néerlandais nous semblait la langue la moins utile à ce stade, nous l'avons abandonné. Toutefois, mes parents le conservèrent comme leur langue secrète. Ils se parlaient en néerlandais lorsqu'ils avaient quelque chose à se dire que les enfants ne devaient pas savoir. Je n'ai commencé à apprendre le néerlandais qu'après m'être installé aux Pays-Bas pour aller à l'université (où tous mes cours étaient également en anglais). Beaucoup de gens trouvent amusant et déroutant qu'un jeune Néerlandais soit né au Portugal mais parle anglais. Pourtant, cela n'était pas rare là où j'ai grandi.  Nous regardions tous un tas  d'émissions de télévision et de films américains qui nous fournissaient les expressions idiomatiques. Quant à la vitesse d'élocution, je suppose qu'étant le cadet d'une fratrie de quatre, c'était le seul moyen de pouvoir placer un mot !    

LMJ : Quel conseil donneriez-vous à quiconque désire acquérir la plus grande maîtrise possible de l'anglais ou de toute langue autre que celle qui est parlée localement ?

Geert SillevisG.S. : Ce que beaucoup de gens observent quand ils se rendent au Portugal, c'est le haut niveau de l'anglais qui y est parlé, surtout par rapport à l'Espagne voisine. La principale raison en est qu'au Portugal on ne double pas les films et les émissions de télévision en anglais, contrairement à ce qui se fait en Espagne. Du coup, les Portugais sont bien plus en contact avec la langue anglaise. Donc, mon conseil serait : regardez la télévision. 


LMJ : À 19 ans, vous vous intallez à Utrecht . Quelles études y poursuivez-vous ?

Geert SillevisG.S. : J'ai suivi les cours du Collège universitaire d'Utrecht. C'était le premier collège universitaire de culture générale de type américain aux Pays-Bas. Il y a maintenant des collèges de ce genre dans de nombreuses villes du pays. Mes études s'ordonnaient autour de l'histoire, de la littérature et des arts d'interprétation, plus quelques bricoles. Les lettres étaient ma matière principale. 

LMJ : Pouvez-vous classer les langues que vous connaissez, par ordre de maîtrise écrite et parlée que vous en possédez ?

Geert SillevisG.S. : L'anglais d'abord, comme langue natale, écrite et parlée. Ensuite, je maîtrise le portugais parlé, mais je peine à l'écrire. Ce n'est pas ma langue natale. Mon néerlandais est en progression constante – j'estime en posséder maintenant une maîtrise relative. Là aussi,  j'ai du mal à l'écrire (la langue écrite diffère sensiblement de la langue  parlée). Je maîtrise presque l'espagnol, ou plutôt le portuñol que la plupart des Portugais connaisent. Je n'ai guère l'occasion d'écrire en espagnol. Enfin, j'ai une certaine connaissance du français, suffisante tout au moins pour me débrouiller en pays francophone. À Amsterdam, on peut vivre longtemps sans jamais avoir besoin de parler néerlandais. Les gens d'ici aspirent à parler anglais.  

 

LMJ : Vous êtes guide pour une grande agence de tourisme amsteldamoise [1] . Mais vous êtes à votre compte. Voyez-vous cela comme une carrière ou comme une étape vers autre chose ? 


Geert SillevisG.S. : Je viens d'avoir 30 ans, si bien que cette question est de celles qui, la nuit, me taraudent l'esprit.  Franchement, j'adore mon travail, j'aime rencontrer des gens venant de partout et leur raconter des histoires. Propriétaire de mon entreprise (les merveilleux Get Lost Tours), j'ai la liberté de cultiver d'autres intérêts tels que l'écriture, les voyages, la scène, et d'autres tocades de créativité. J'ai écrit et dirigé quelques films. J'espère continuer en utilisant mon travail pour financer mes violons d'Ingres. J'aime
également utiliser mon expérience de guide pour des créations. C'est ainsi qu'avec un associé, j'ai monté Zeyto Games. Nous concevons des jeux du genre puzzle/chasse au trésor en ligne dont le thème est une exploration des villes d'Amsterdam et de Lisbonne. On résout un puzzle et, par la même occasion, on découvre l'histoire des villes. En somme, on fait d'une pierre, deux coups !        

Get Lost ToursZeyto

 

LMJ : Comme guide, vous citez de nombreux événements historiques relatifs à  Amsterdam et aux Pays-Bas en général. Quel niveau de connaissance possédez-vous de l'histoire de ce pays ? Devez-vous lire pour parfaire votre savoir ?


Geert SillevisG.S. : J'adore les livres d'histoire des Pays-Bas, j'adore visiter des musées et, heureusement, j'ai des amis qui ont les mêmes goûts, si bien que nous échangeons souvent des anecdotes. Je dirais que j'ai une connaissance assez profonde de l'histoire des Pays-Bas, encore qu'elle soit résolument – excusez le néologisme -  amstello-centrique !

 

LMJ : Quelles autres activités professionnelles avez-vous exercées parallèlement  à vos fonctions de guide ?

Geert SillevisG.S. :  J'ai travaillé comme chroniqueur de voyages (ce qui n'est pas aussi drôle qu'il y paraît), j'ai hébergé une émission de radio pendant un an et il m'est arrivé de prêter ma voix comme doubleur. Il y a quatre ans, j'ai été engagé pour installer le bureau lisboète  d'une des agences de tourisme avec lesquelles je travaille et j'y ai consacré neuf mois. Comme je l'ai déjà dit, j'ai commencé à concevoir des jeux de piste urbains en ligne. De façon moins professionnelle (c'est-à-dire sans être rémunéré), j'écris des contes et je les joue. Actuellement, je travaille à un livre pour enfants et je compose, mais très très lentement, un spectacle musical.

 

LMJ : Comment comparez-vous Lisbonne et Amsterdam du point de vue de la qualité de vie ? Y-a-t-il une autre ville où vous aimeriez vivre ?

 

Lisbonne

 530.000 habitants

Amsterdam

 800.000 habitants

 

Geert SillevisG.S. : Lisbonne change tellement vite que mes impressions pourraient être très dépassées. La ville devient un point névralgique de la technologie – la vie n'y est pas chère, les gens y sont extrêmement cordiaux et la cuisine y est la meilleure d'Europe. Le climat est incroyable et c'est incroyablement beau. J'ai choisi de vivre à Amsterdam parce que c'est tellement international et que le niveau de vie y est très élevé. Cela veut dire qu'il y a un tas de gens créatifs qui ont le temps et les moyens de s'adonner à leurs passions. Cela me permet de trouver facilement des illustrateurs, des compositeurs et des stylistes pour travailler à mes petits projets. Le seul bémol est ici l'horreur du climat, mais je m'en accomode. Amsterdam est joyeuse et cordiale, incroyablement sûre et très petite. De cœur, je suis l'enfant d'une petite ville. Franchement, je suis toujours surpris que plus de gens ne veuillent pas vivre à Amsterdam. [2] C'est la ville la plus proche de la perfection que j'aie jamais vue. Ceci dit, si l'occasion se présentait, j'aimerais vivre à New York ou à San Francisco, deux villes où j'ai séjourné pendant quelque temps.

—————————-

Notes – J.L.

 [1] Amsterdam vient du vieux néerlandais Amstelerdam : la digue sur l'Amstel, fleuve canalisé de 31 km de long qui arrose la ville. Les habitants d'Amsterdam sont les Amsteldamois, et Geert possède des connaissances amsteldamo-centriques ! Néologisme qui a peu de chances de s'inviter en traduction. Mais, qui sait ?      

 [2] Cette préférence pour New York marquée par notre invite, Geert Sevellis, peut avoir des racines historiques. On se souvient que la ville a été fondée par Peter Stuyvesant, un navigateur des Pays-Bas, et sa toponymie témoigne encore de ses origines bataves : Harlem, Hoboken, etc.

Maisons de style néerlandais, bâties au début du XXe sur William Street au bas de Manhattan, rappelant les origines néerlandaises de la ville. De la colonie du XVIIe , il ne reste que des vestiges archéologiques à la suite des deux grands incendies de New York de 1776 et de 1835.

 

 

 

Veni, vidi, vici : les dictionnaires visuels

 Meertens

Nous sommes heureux de retrouver notre contributeur fidèle, René Meertens, traducteur de  langue française, lexicographe  et animateur du blog Guide Meertens. [*]

Le mot « dictionnaire » évoque aussitôt un fort volume répertoriant des milliers de mots, eux-mêmes définis ou traduits par des myriades d'autres mots. Cette conception traditionnelle du dictionnaire privilégie l'hémisphère gauche de notre cerveau, réceptif à une présentation cartésienne de l'information.

Devons-nous pour autant laisser inactif notre hémisphère droit ?

VisuwordsC'est lui que Visuwords stimule en privilégiant la représentation visuelle. Ce dictionnaire unilingue anglais en ligne, gratuit et ne nécessitant aucune inscription, repose sur WordNet, base de données créée par des étudiants et des linguistes de l'université de Princeton. Il est sélectif, c'est-à-dire qu'il ne porte que sur un nombre limité de mots.

Il suffit de taper le terme qui vous intéresse dans le champ « visualize a word » et d'appuyer sur la touche « Entrée » pour que toute une arborescence centrée sur ce mot s'affiche à l'écran.

Les différentes couleurs correspondent aux parties du discours et au type d'association. La signification des couleurs est indiquée sur la partie gauche de l'écran. Survolez les synonymes à l'aide de la souris et vous obtenez des définitions, parfois complétées par des exemples.

Si ce logiciel est époustouflant, on peut lui reprocher de sursaturer l'esprit par une trop grande quantité d'informations.

N'est-il pas possible d'offrir un dictionnaire qui fasse une part égale aux hémisphères gauche et droit de notre cerveau ? Telle est l'ambition du Lexique topogrammatique anglais-français conçu par Pascal Virmoux-Jackson.

Pour chaque mot-clé anglais, ce dictionnaire bilingue sélectif présente a) une énumération d'idées à envisager, présentées sous forme textuelle (hémisphère gauche) ; b) un topogramme reprenant le tout visuellement avec des bulles de couleurs différentes (hémisphère droit). La photo suivante explicite ce concept.



Lexique topogrammatique anglais-français

La position, la forme et la couleur des bulles topogrammatiques n'ont pas de signification particulière en elles-mêmes, mais visent à présenter les informations de façon visuelle, en créant une synthèse qui parle à l'imagination et laisse une trace forte dans la mémoire. Comme le dit l'auteur, « nous mémorisons d'autant mieux que nous faisons intervenir des émotions et des stimuli visuels, auditifs, kinésiques, etc. »

La page présentée comme exemple se veut caractéristique mais est loin d'être la plus attrayante de l'ouvrage. Ainsi, le verbe to increase donne-t-il lieu à un traitement plus fouillé et sa représentation fait penser à une araignée à dix-neuf pattes. Certains mots ont un éventail de sens qui ne tiendrait pas en une page. C'est pourquoi l'auteur en a consacré plusieurs à des mots tels que pattern.

Les lecteurs du Mot juste en anglais qui souhaitent recevoir gratuitement le Lexique topogrammatique anglais-français peuvent envoyer à son auteur un courriel à l'adresse suivante : lexique.topogrammatique@aol.com.

Ils pourront ainsi juger de visu des avantages d'une présentation à la fois textuelle et visuelle.

 

[*] René a été  employé par l'ONU, l'Unesco, la Commission européenne et l'Organisation mondiale de la santé. Il est l'auteur, entre autres livres, du "Guide anglais-français de la traduction" et du "Dictionnaire anglais-français de la santé et du médical".  René a bien voulu rédiger l'article ci-dessus à notre intention. 

                                     

 

L’auteur Antoine Volodine et le traducteur J.T. Mahany remportent le prix Albertine

Une collection de vignettes surréalistes a remporté un prix et une bourse de 10 000 $ US récompensant la traduction d'une oeuvre française aux États-Unis.

BardoBardo or Not Bardo, d'Antoine Volodine, a remporté le tout premier prix Albertine, annoncé jeudi par les services culturels de l'ambassade de la France aux États-Unis. Antoine Volodine et le traducteur J.T. Mahany recevront le prix le mois prochain à la librairie Albertine de New York.

La librairie a été nommée en hommage à l'un des personnages principaux d'À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust.

Les lecteurs étaient invités à voter pour leur favori parmi la liste de 10 oeuvres sélectionnées par le personnel de la librairie.

Antoine Volodine est le pseudonyme d'un écrivain français qui a publié sous différents noms. Ses autres livres incluent Des anges mineurs et Terminus radieux.

 

Antoine Volodine

J.T. Mahany

Familles bilingues: français dominant, anglais dominant

Olivier E
Nous sommes ravis de recontrer de nouv
eau Olivier Elzingre [*], qui a bien voulu discuter de son expérience dans deux familles bilingues: la première dans laquelle il a grandi, et la seconde dans laquelle il est parent.

 

 

français dominant, anglais:

J'ai grandi dans une famille bilingue en Suisse romande. Le français était notre première langue, l'anglais notre seconde. Mon père est né à Neuchâtel et ma mère à Londres.

Ma mère adorait raconter que lorsque mon grand frère n'avait que deux ou trois ans, il parlait l'anglais plus couramment que le français. Ce n'est que lorsqu'il a atteint l'âge scolaire que son français a non seulement surpassé son anglais, mais l'a supplanté. Dès lors, la vie sociale émergente de mon frère s'est entièrement déroulée en français. A l'âge de dix ans, on aurait pu tout au mieux l'accuser de "bilinguisme passif".

Lorsque je suis né, au grand désespoir de mon frère, notre petite tribu était déjà soumise à une pression francophone double: la communauté où nous habitions et l'inconfort de mon père vis-à-vis du codeswitching grandissant de nos conversations. Jusqu'à ce que mes deux petits frères aient, je ne sais comment, fait irruption dans notre famille, le français avait entièrement pris le pas sur l'anglais.

Certes, ma mère a continué à nous parler en anglais, mais ni moi ni mes frères ne faisions l'effort de nous adresser à elle dans sa langue maternelle.

Ce n'est que très récemment que j'ai mieux compris l'origine de la réticence de mon père envers l'anglais. J'y reviendrai plus tard.

Quelques exemples d'expressions que mes frères et moi utilisions peuvent illustrer le codeswitching que mon père n'appréciait pas: "Le chien barque", "Warum mushroom – because micose", "Si tu as froid aux mains, mets tes gänze", "des cadoulzes" et bien d'autres encore. Remarquez que nous avions l'habitude de "switcher" (encore un terme que mon père n'aimait pas) entre le français, l'anglais et l'allemand. On avait aussi l'habitude de traduire certaines expressions mot-à-mot, comme "tu me conduis en haut du mur" ou "par le temps que" et d'utiliser certaines expressions que l'on avait entendues à la télévision Suisse allemande pour dénoter quelque chose de comique: "Vielen Dank für die Blumen", qui étaient les premières paroles du générique d'introduction de Tom et Jerry.

Bien qu'il y ait eu une certaine opposition au fait que nous mélangions plusieurs langues, cette habitude a persisté dans une certaine mesure jusqu'à la fin de notre adolescence. Ce n'est pas mon père qui y a mis fin, mais nos entrées successives dans les études tertiaires, et plus tard, lorsque chacun d'entre nous a adopté une identité professionnelle.

Je me souviens donc particulièrement de certaines conversations à l'université de Lausanne. Ce n'était plus le codeswitching qui m'identifiait, mais mon accent d'origine villageoise d'un canton suisse à la réputation fermée d'esprit (ce n'est réellement pas le cas). Mon accent n'a jamais été naturellement fort, probablement parce que j'avais grandi dans une famille bilingue, mais je prenais plaisir à l'exagérer. J'avais acquis une forme de revendication d'identité rustre au travers de cet accent du village.

Je n'ai pas terminé mes études à Lausanne. En effet, j'ai quitté la Suisse en 1999 et joint Leeds University en 2000. Une nouvelle identité linguistique m'y attendait, mais je ne m'y attarderai pas.

anglais dominant, français:

Me projetant une dizaine d'années dans le futur, me voilà marié, vivant à Melbourne et père d'un enfant dans une famille bilingue. Bien que mon anglais ait aujourd'hui surpassé mon français dans bien de domaines, je parle français à mon fils, sans insister pour qu'il me réponde dans la même langue. J'imite ici bien sûr l'exposition à l'anglais dont j'ai profité étant enfant. Je sais qu'il ne développera pas un bilinguisme très impressionnant de cette façon. Par contre, je pense que mon approche l'aidera à s'intéresser au français et à choisir consciemment de l'acquérir ou non quand il aura l'âge de mieux saisir où sont ses propres intérêts.

En attendant, le français est présent dans notre famille. Ma femme ne le parle pas couramment, mais elle en a des notions relativement avancées. Ma belle-mère, qui vit chez moi, ne parle presque pas le français, mais elle prend des cours pour adultes.

Dans nos conversations quotidiennes, j'ai pu observer mon fils utiliser certains mots en français: bouteille, ouais, mange, table, chien et d'autres encore. Ces utilisations sont plus fréquentes lorsque nous avons passé une journée juste lui et moi (cela arrive une ou deux fois par mois).

Finalement, il est évident que personne dans notre entourage immédiat ne s'oppose à l'utilisation du français.

Statuts de langues et motivation d'apprentissage

Bien qu'il y ait des rapports entre ma vie familiale actuelle et mon enfance, il faut souligner une différence importante. Il ne s'agit plus de l'anglais qui doit être acquis par l'enfant, mais le français. La différence fondamentale vient du statut respectif de ces deux langues.

Lorsque je grandissais, l'anglais avait bien sûr déjà acquis un statut international qui incitait les apprenants à y voir une utilité pratique. Le français ne bénéficie pas de ce statut. La motivation qui mène un apprenant à progresser dans cette langue relève plus de raisons intrinsèques qu'instrumentales. Par cela, je veux dire qu'il y a plus de chance qu'une personne voie dans le français une langue dont la réputation est d'être romantique et belle, alors qu'un étranger à la langue anglaise y verrait plutôt un conduit social et professionnel, un accès à une identité internationale.

Bien sûr je simplifie ces visions sociolinguistiques, mais elles ne sont pas fausses non plus. D'autre part, je peux observer que mon fils est curieux de la langue française et qu'il me demande certaines traductions. Bien sûr, je l'encourage, mais comme la seule exposition au français qu'il a est par mon biais (ma femme est australienne), insister qu'il me parle en français pourrait le fermer à la possibilité de s'y intéresser plus sérieusement à l'avenir.

Comme vous avez pu le lire dans l'entretien de Jean-Marc Dewaele, le multilinguisme peut s'intégrer plus fortement dans une famille. De temps en temps, je regrette de ne pas avoir insisté pour que mon fils me parle en français. Dans ces moments-là, je me rappelle que ma propre identité linguistique n'est plus uniquement francophone, et ne l'a peut-être jamais été. Je peux seulement espérer que mon fils aura suffisamment de curiosité pour faire le choix d'apprendre cette langue qu'il comprend déjà bien.

En fin de compte, ce n'est pas tant la langue dans laquelle nous communiquons qui est importante, dans la mesure où nous communiquons. Si mon fils accepte sans problème que je lui parle en français, c'est que cette langue n'offense pas son identité linguistique. Je me permets donc de rester optimiste quant au futur bilingue de mon fils.


[*]  Olivier est Suisse d'origine et prof. de français au lycée en Australie depuis 11 ans. Voulant en savoir plus sur l'apprentissage des langues au niveau théorique, Olivier a fait une maîtrise en linguistique appliquée, suivie d'un doctorat qu'il a commencé en 2015. Sa recherche se concentre sur les lycéens et leur motivation dans l'apprentissage du français.

 

MultilateralNous avons invite le Professeur Jean-Marc Dewaele de commenter l'article ci-dessus. Jean-Marc a été notre "Linguiste du mois de septembre 2016" et il est le co-auteur, entre beaucoup d'ouvres sur de themes linguistiques,  de "Raising Multilingual Children", paru en mars 2017 chez Multilingual Matters, et disponible en France sur Kindle . Voici son commentaire :

 


Je suis tout à fait d'accord avec les conclusions d'Olivier.  Plutôt que de se plaindre de ce qui aurait pu être en matière de bilinguisme familial, il vaut mieux se réjouir de ce qui a été atteint – même s'il s'agit d'un bilinguisme moins actif.  Il faut être confiant et maintenir ce qu'on peut – de façon naturelle.  Le fait que sa mère et belle mère aient une attitude positive envers le français est important.  Même en position minoritaire, le français conserve une présence à la table familiale. Chaque multilingue développe une identité linguistico-culturelle unique, qui évolue avec le temps, comme l'histoire d'Olivier le démontre très bien.  Il est possible que son fils décide, un jour, de développer ce capital linguistique, il est tout aussi possible qu'il décide que ses priorités sont ailleurs.  Comme parent on peut encourager son enfant, mais en fin de compte ce sera son choix.  Je ne cesse de m'émerveiller des mille et une formes
d'hybridité linguistique et culturelle. Vive le multilinguisme!

Jean-Marc Dewaele

Un aperçu humoristique sur l’élection présidentielle française

dans la presse américaine

 

FRENCH ANNOYINGLY RETAIN RIGHT TO CLAIM INTELLECTUAL SUPERIORITY OVER AMERICANS

New Yorker, May 7, 2017

Vingt-cinq ans après la mort de Marlène Dietrich, une de ses lettres d’amour est vendue aux enchères publiques

L'article qui suit a été rédigé par notre fidèle contributrice, Cynthia Hazelton [*]. La version française a été réalisée par notre infatigable traducteur, Jean Leclercq.

 

 

H & DErnest Hemingway et Marlène Dietrich étaient deux icônes des sociétés française et américaine du XXe siècle. Celle-ci est morte le 6 mai 1992. On sait beaucoup de choses de leurs vies professionnelles. Mais, jusqu'à ces derniers temps, ils partageaient un secret quant à leurs vies intimes. Comment ces deux êtres, nés dans des continents différents, célèbres dans des domaines divergents, en sont-ils venus à exercer une telle influence des deux côtés de l'Atlantique ? Et quel est donc leur secret ?

Revenons un peu en arrière :

Dietrich 1Marlène Dietrich est née à Berlin en 1901. Manifestant un intérêt précoce pour la musique et le théâtre, elle commence par être choriste et tient de petits rôles dans des films. Elle perce à l'écran dans un film de 1930, L'Ange bleu, où elle incarne une séduisante chanteuse de cabaret qui cause la chute d'un enseignant respecté.

Une fois lancée, Dietrich gagne Hollywood où elle tourne dans six films. Dès lors le personnage de la «femme fatale mystérieuse» lui colle à la peau. Bien qu'elle soit l'actrice la mieux payée d'Hollywood, sa popularité décline en Amérique.

Marlène Dietrich s'installe à Londres, espérant relancer sa carrière en Europe. Le parti nazi la pressent pour tourner des films de propagande allemands. Elle décline de juteux contrats, refuse de travailler pour le parti nazi et renonce à la citoyenneté allemande. En 1937, elle sollicite la citoyenneté américaine qu'elle obtiendra deux ans plus tard.

Marlene troupsPendant la Deuxième Guere mondiale, elle se produit dans des spectacles de l'USO dans toute l'Europe, prestations pour lesquelles elle reçoit la Médaille de la Liberté en 1947. La France lui décerne la Légion d'honneur pour son action pendant la guerre.

Des années cinquante aux années soixante-dix, Dietrich chante dans des cabarets en Europe. Elle est connue pour ses nombreuses liaisons célèbres, son défi des normes sexuelles et son rôle d'icône de la mode. Elle marche à l'alcool et aux pilules.

Marlène Dietrich passe à Paris les onze dernière années de sa vie. Elle meurt en 1992, à 90 ans. Quelque 1.500 personnes assistent à ses funérailles en l'église de la Madeleine.

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Hemingway 1Ernest Hemingway naît dans une famille de la classe moyennne chicagolaise en 1899. Pendant toute sa vie, il a la passion de l'écriture, du sport et de l'aventure en plein air. Lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale, il s'engage comme ambulancier et, affecté sur le front italien, il est sérieusement blessé en 1918. Il retourne aux États-Unis pour se rétablir.

 Après la guerre, il se marie, travaille comme journaliste d'une petite ville et, par la suite, collabore au Toronto Star, le grand quotidien canadien. Lorsque le couple s'installe à Paris en 1921, Hemingway est correspondant à l'étranger du Star et fréquente un groupe d'écrivains américains expatriés qui s'y trouvent à l'époque. Cette expérience modifiera à jamais sa vie. En effet, c'est pendant ces années qu'il rencontre Gertrude Stein, Alice B.Toklas, Henry Miller, Sylvia Beach, John Dos Passos, Ezra Pound et F. Scott Fitzgerald. Ils encouragent le jeune auteur et guident ses débuts. Ses correspondances de la guerre civile espagnole ont été à la base de son plus grand roman, Pour qui sonne le glas (1940).

Hemingway before Shakespeare bookstoreHemingway, sa femme, Sylvia Beach et Adrienne Monnier
devant la librairie "Shakespeare & Company", Paris

 

Mais, si le succès littéraire lui sourit, sa vie privée vacille. Au cours des vingt ans qui suivent, Hemingway sombre dans l'alcoolisme et se remarie trois fois.

L'un des oeuvres d'Hemingway qui reçut l'accueil le plus élogieux, A Movable Feast (Paris est une fête) est un rappel des années passées à Paris comme  écrivain en lutte. Il fut publié en 1964, trois ans après sa mort. L'aventure amoureuse vécue entre Hemingway et Paris se résume dans cette phrase : «Si vous avez eu la chance d'avoir vécu à Paris dans votre jeunesse, où que vous alliez pour le restant de vos jours, cela vous accompagne, car Paris est une fête.»

 

  Hemingway quote 2          H quote 3

Une nouvelle édition de A Moveable Feast a été publiée par son petit-fils, Sean Hemingway, en 2009. De par les modifications et les corrections apportées à l'original, cette réédition a été très controversée.

Après l'attentat terroriste de Paris du 13 novembre 2015, A Moveable Feast/Paris est une fête est devenu un livre à succès en France. Des exemplaires du roman font été déposés sur les lieux de mémoire, symbolisant la résistance et la fierté françaises

Une Parisienne âgée a été interrogée par une chaîne de télévision française, alors qu'elle apportait des fleurs sur le lieu de l'attentat du Bataclan. Ses propos sont devenus viraux : «Il est très important de voir des exemplaires de Paris est une fête dans les lieux de mémoire, parce que c'est un symbole d'optimisme. C'est un symbole de ce que Paris devrait être. C'est un symbole de la culture-café, de la culture littéraire. C'est un symbole des artistes bavardant aux terrasses. C'est tout ce à quoi, de diverses façons, on s'est attaqué dans la soirée de vendredi dernier.»

Hemingway a publié dix romans, cinq ouvrages documentaires et dix recueils de nouvelles. On lui a décerné le Prix Pulitzer pour les œuvres de fiction en 1953 et le Prix Nobel de littérature en 1954. Hélas, il se suicida à 61 ans, non sans avoir laissé un héritage durable à la littérature américaine et un message d'amour à la ville de Paris.

Hem plaque

 

Quel est le rapport entre Hemingway et Dietrich?

Hemingway letter 2En avril 2007, The Guardian a rendu public des lettres et des télégrammes, inédits jusqu'ici, échangés entre Hemingway et Dietrich. Ces documents étaient divulgués par la bibliothèque Kennedy de Boston, à la demande de la fille de Marlène Dietrich qui avait voulu qu'ils soient gardés confidentiels pendant 15 ans après la mort de sa mère.

Les lecteurs y découvrent une relation amoureuse de 27 ans entre les deux personnages qui s'étaient rencontrés à bord d'un paquebot français en 1934, alors qu'ils avaient, lui, 35 ans et, elle, 33 ans. D'après leur correspondance, ce fut le coup de foudre. Hemingway appelait Marlène «mon petit chou» et elle l'appelait «Papa». Curieusement, alors que l'un et l'autre multipliaient les aventures, ils ne consommèrent jamais leur liaison. Hemingway expliquait que c'était faute de synchronie – ils n'étaient jamais libres en même temps.

Leurs lettres allaient du badinage amoureux aux propos profondément sérieux, partageant souvent leurs craintes et leurs insécurités. Leur correspondance s'est poursuivie pendant 27 ans jusqu'à ce qu'Ernest se suicide en 1961.

Une de leurs lettres d'amour, en date du 12 août 1950, sera vendue aux enchères à New York le 4 mai prochain.

 

 

  

 

Lectures supplémentaires :

Hemingway fut-il, comme l'isthme de Panama, un pont entre  ambos mundos? – Jean Leclercq

De quoi vivre à Paris – Marie Houzelle

Amours et tromperies chez les Hemingway – Naomi Wood

  SB & the Lost Generation

[*] Cynthia est titulaire d'un diplôme de droit et exerce la profession de traductrice juridique. Elle enseigne également la traduction juridique français/anglais à Kent State University (Ohio).