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Expressions anglaises de la semaine : slut, stud ; hooker, hookah

Slut et stud :

Le mot « slut » (à la fois adjectif et substantif) possède deux significations : la première, plus fréquente en Grande-Bretagne qu'aux États-Unis, correspond à une femme négligée ou désordonnée (« souillon »), la seconde à une femme aux mœurs légères, voire une prostituée (« salope »). Citons comme synonymes bimbo (argotique), hussy, minx, floozy, trollop, wench et whore. Les femmes sont parfois accusées de s'habiller comme des « salopes », dans les sociétés machistes ou sexistes notamment.

Le mot « stud », quant à lui, n'est utilisé qu'en référence au sexe masculin (« étalon »).

L'une des définitions de « stud » est celle d'un jeune homme, particulièrement viril et doué d’un grand pouvoir de séduction. Ce concept dérive de la signification plus classique de « stud », à savoir un cheval ou tout autre animal destiné à la reproduction.

 

 Etaloncheval  Etalonhumain
deux étalons

 

Comme nous l'avons vu ci-dessus,   « slut » a une connotation négative, alors que « stud » est souvent utilisé pour décrire le pouvoir de séduction d'un homme.

Lors d'une conférence au Canada, un policier de Toronto ayant recommandé aux femmes de ne pas s'habiller comme des « sluts » pour éviter d'être violées, a suscité des manifestations baptisées « SlutWalks », d'abord à Toronto puis dans de nombreuses villes à travers le monde, de Delhi à Mexico et Seattle.

 

Slut  Slutwalk

NoExcuse  Ilovesluts

 

L'un des objectifs du mouvement est de changer la connotation du mot « slut » pour le ramener à l'équivalent féminin de «  stud ». Il s'agit d'un phénomène sociologique et linguistique intéressant : c'est l'un des rares cas dans l'histoire où changer la signification d'un mot est devenu l'une des revendications d'un mouvement de droits civiques.

 

Hooker et hookah

Ces deux mots sont sans conteste écrits différemment, mais puisque les mots anglais se terminant par la lettre « r » sont prononcés avec un «  r » muet dans certains pays anglo-saxons, «  hooker » et «  hookah » peuvent être parfois identiques sur le plan phonétique.

«  Hooker » est un synonyme de «  whore » (putain), s'appuyant sur la métaphore d'une prostituée qui met le grappin sur ses clients. « Hookah » désigne une pipe à eau, (également dénommée  «  narguilé » ou « shisha ») couramment utilisée au Moyen-Orient. C'est un instrument à un ou plusieurs tubes (souvent en verre) pour  fumer dans lequel la fumée est refroidie par l'eau.

 

Shisha  Shishachameau
Pipe à eau (« narguilé » ou « shisha »)

 

Le présent article est la traduction française, établie par Anne GILLMÉ (https://www.columbusproject.net), d’un article rédigé en anglais par Jonathan Goldberg. 

Sources

 Slut – the other 4-letter S-word
Jeffrey Nunberg, linguist

US ‘Slut Walk’ comes to Texas, TheBlaze.com, April 26, 2011

SlutWalks and the future of feminism, The Washington Post, June 3, 2011

Let’s go for a Slutwalk, Madame Figaro, June 11, 2011

Hundreds March Against Sexual Assault in ‘Slutwalk, National Public Radio, June 20, 2011

Slut Walk Comes to India, next one in Delhi, The Economist, June 20, 2011

Ladies, We have a problem, New York Times, July 20, 2011

Femen, les activites aux seins nus
LeMonde.fr 22.02.2012

 

Hookah – Wikipedia (English)

Narguilé, Wikipédia (français)

 

TRADUCTION – ACTUALITÉS

 

Global-languages

 

Annonces du Conseil Européen des Associations de Traducteurs Littéraires

  CEATL

 

France : après le rapport Assouline, ouverture de discussions entre les traducteurs et les éditeurs, 01/09/2011

Congrès PETRA sur la condition de la traduction littéraire et des traducteurs en Europe (1-3 décembre, Bruxelles), 14/10/2011.

Les traducteurs et la traduction, le Rapport de Pierre Assouline (vidéo)

Formation en traduction pour les anglophones de langue maternelle, 03/09/2011

2,2 millions d’euros pour traduire en anglais des revues françaises de sciences humaines, 28/10/2011

 

La presse anglaise

 

From the Bible to the latest Swedish thriller: 2011 is the year of the translator, The Guardian /The Observer, November 26, 2011

 

 

Annonce du Syndicat national des traducteurs professionnels

  SFT

 

Journée mondiale de la traduction 2011 (le 30 septembre 2011)

« Un pont entre les cultures professionnelles », le 9 décembre à la Maison des Associations de Solidarité,  Paris 13 e

 

 

Livres récemment publiés

 

  IsThataFishinYourEar

Is That a Fish in Your Ear?

David Bellos

Edition Faber & Faber

October, 2011

 

Book review: 'Is That a Fish in Your Ear?', Los Angeles Times, October 16, 2011

Avec tant de langues parlées de par le monde, comment communiquons-nous les uns aux autres? Par l’intermédiaire des traducteurs, bien entendu. Dans son livre, David Bellos explore les détours historiques et le futur de la traduction, démystifiant quelques unes des idées répandues en chemin.

 

 

TheSecondTranslator
 

The Second Translator

Hazel Warlaumont

 Xlibris, Corp.

August, 2011

 

 

  The Interpreter (book)

The Interpreter

Shah Wali Fazli

Create Space

September, 2011

 

 

 

LaPratiquedelaTraduction
 La Pratique de la Traduction d’Anglais en Français

René Meertens

Éditions Chiron

Octobre 2011

 

Un cours de traduction destine en principe pour des débutants, mais dont même des traducteurs expérimentés pourront tirer profit, d’après l’auteur.

Que trouve-t-on dans cet ouvrage ?
• 35 leçons progressives, toutes bâties sur le même modèle, mais dont la difficulté va crescendo.
• Chaque leçon propose différentes rubriques récurrentes : Français (« Voix passive, Expressions lourdes »…), Anglais (« Articles », « Past perfect »…), Traduction, Exercices et leurs Corrigés, d’autres rubriques aléatoires comme celle du Vocabulaire, de la Culture générale…

L’auteur a aussi écrit « Guide anglais français de la traduction », aussi publié par la maison Chiron.

 

 

 

L’Invention de Hugo Cabret, Brian Selznick (I)

L'auteur américain, Brian Selznick,
expose son œuvre pour nos lecteurs 

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Image003 L’auteur et illustrateur américain, Brian Selznick, a accepté de contribuer a cet article concernant son livre, « The Invention of Hugo Cabret ».

Inspiré par le réalisateur français, George Méliès, « The Invention of Hugo Cabret » a été publié par Scholastic, la plus grande figure mondiale de l'édition jeunesse, et a remporté un vif succès au niveau international.

 Il a obtenu le Prix Caldecott 2008 remis chaque année aux États-Unis par l’Association for Library Service to Children.

 

Image004 Par ailleurs, Danièle Laruelle, traductrice de la version française, L’Invention de Hugo Cabret (Éditions Bayard Jeunesse, 2008), a eu la gentillesse de traduire en français les paroles de l’auteur, et d’y ajouter quelques réflexions sur son propre rôle dans la traduction de l’œuvre.

Image005Les contributions faites par ces deux linguistes distingués ont été recueillies par le Dr Trista Selous, traductrice anglaise agréée par l'UNESCO et membre de l'association des traducteurs du Royaume-Uni, une spécialiste du domaine cinématographique.

Brian Selznick :

Je ne sais plus quand j’ai vu Le Voyage dans la lune de George Méliès pour la première fois ; j’étais jeune, et je me souviens y avoir pris un immense plaisir. Plaisir des décors, des costumes, des objets scéniques qui, tous, étaient à l’évidence faits main – tout portait la marque de l’artiste. Plaisir de voir que tous les protagonistes avaient l’air de bien s’amuser, surtout Méliès qui jouait le premier rôle. Ensuite, pendant longtemps, j’ai eu envie de raconter une histoire dans laquelle un garçon rencontrerait Méliès, l’idée me semblait bonne, mais je n’avais pas d’intrigue, pas de personnage central.

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George Méliès                    Le Voyage dans la lune

Les années ont passé, j’ai fait beaucoup d’autres livres pour enfants, et cette idée de Méliès et du garçon me trottait toujours dans la tête. En 2004, j’ai illustré un livre sur Walt Whitman, sans doute l’un des travaux les plus difficiles que j’aie entrepris. J’ai alors décidé de changer de cap, de réorienter ma carrière sans avoir une idée précise d’où j’allais. Je voulais continuer dans le livre jeunesse, mais uniquement en fiction. Le problème, c’est qu’on ne me proposait que du document, si bien que j’ai cessé de travailler pendant environ six mois. Faute de mieux à faire, j’ai beaucoup lu, et réfléchi à l’avenir. Un jour je suis tombé sur une histoire des automates, Edison’s Eve de Gaby Wood (en traduction française, Le Rêve de l’homme-machine) ; à ma grande surprise, l’ouvrage consacrait un chapitre à Méliès.

Il se trouve que Méliès avait une collection d’automates (de personnages mécaniques à remontoir) et, lorsqu’il a été ruiné, il l’a donnée à un musée. Mais le musée n’en a pas pris soin, les automates ont été détruits ou jeté au rebut. En lisant cela, j’ai imaginé un garçon grimpant sur un tas d’ordures et découvrant l’une des machines brisées. J’ignorais qui était ce garçon, ce qu’il ferait quand il aurait découvert la machine, mais je savais que je tenais le début d’une histoire. Et j’ai ensuite passé deux ans et demi à travailler sur ce qui deviendrait L’Invention de Hugo Cabret.

Au départ, je ne connaissais rien au cinéma français. J’ai commencé par regarder autant de films de Méliès que je pouvais, et puis mon ami m’a parlé de son film préféré, L’Atalante de Jean Vigo, réalisé en 1934. Quand nous l’avons regardé, j’ai été fasciné par sa beauté, par la manière étrange dont l’histoire y est racontée. J’ai découvert plus tard que Jean Vigo avait tourné un autre film, Zéro de conduite, qui met en scène une révolte dans un pensionnat de garçons et qui a influencé François Truffaut pour Les Quatre-cents coups, dont le jeune héros fait une fugue et passe quelques nuits seul dans Paris. Ces films ont à leur tour influencé mon livre, ainsi que d’autres, comme ceux de René Clair, Sous les toits de Paris et Le Million. Tournées au début des années 1930, ces œuvres de Clair m’ont particulièrement intéressé, car le son était apparu depuis quelques années au cinéma, et beaucoup de gens pensaient qu’il tuerait les films. On prétendait qu’il deviendrait trop facile de raconter des histoires, que le son gâcherait tout puisque le cinéma était un moyen d’expression visuel. Clair et d’autres réalisateurs n’en ont pas moins expérimenté cette nouveauté, utilisant le son de manière originale afin d’enrichir la narration, et ces expérimentations ont influencé mes réflexions concernant Hugo. Peut-être pourrais-je utiliser les images dans un livre comme ces cinéastes utilisaient le son dans leurs films ? J’ai également réfléchi aux procédés narratifs visuels du cinéma, à ce que peut faire la caméra, à ce qui se passe au montage, et j’ai tenté de transposer certaines de ces idées dans mon roman.

Les livres illustrés pour les jeunes lecteurs utilisent souvent le changement de page pour créer du suspense ou un effet de surprise car, lorsqu’on tourne une page, c’est souvent comme ouvrir une porte ou soulever un rideau. On ne sait pas ce qu’il y a de l’autre côté. J’ai eu l’idée de réduire le texte au minimum et de le remplacer par des séquences en images qui raconteraient visuellement une partie de l’histoire – à la manière d’un film. J’ai simulé des sautes d’images, des panoramiques, des zooms et des gros plans. Je n’étais pas certain que le lecteur passerait facilement du texte à l’image et de l’image au texte, mais j’étais convaincu que l’expérience serait intéressante. Le plus souvent, dans les romans graphiques pour lecteurs plus âgés, les images ne RACONTENT pas l’histoire, elles se contentent de souligner des moments clés de l’intrigue. Dans Hugo, je voulais que les images prennent en charge une part importante de la narration. Je voulais qu’en refermant le livre, le lecteur ne sache plus exactement ce qu’il avait vu et ce qu’il avait lu. J’espérais que tout se fondrait en un récit unique dans son esprit.

Mais rien de tout cela n’aurait eu lieu sans l’inspiration initiale de Georges Méliès et des cinéastes novateurs qui l’ont suivi sur la voie qu’il avait tracée.

Film

L'adaptation cinématographique de Hugo par Martin Scorsese sortira sur les écrans pour la Thanksgiving 2011. 

Lectures supplémentaires : 

Brian Selznick – The Invention of Hugo Cabret book trailer

Lecture & Cie – Jeunesse

Children’s Books, New York Times, March 11, 2007

Reads Like a Book, Looks Like a Film, New York Times January 26, 2008

Cet article est le premier d’une série de trois articles. Vous pouvez lire les deuxième et troisième parties en cliquant sur les liens suivants :

La traductrice française, Danièle Laruelle, expose sa traduction de "The Invention of Hugo Cabret" pour les lecteurs du Mot Juste

La critique et traductrice britannique, Trista Selous, apporte son analyse sur le livre "L'invention de Hugo Cabret"

 

 

L’alphabet Morse

MorseL'Américain Samuel Morse (1791-1882) contribua à l'invention d'un système de télégraphie à un seul fil. On estime que deux autres personnages ont tout autant contribué à cette découverte: le physicien John Henry et l'inventeur Alfred Vail.

Peu de gens savent que Morse (comme son aîné Robert Fulton) fut d'abord un peintre. Il a laissé plus de trois cents toiles dont des portraits et des scènes historiques éminemment appréciés.

 

Portrait-de-John-Adams-par-MorsePortrait du Président John Adams, par Samuel Morse

 

 

En 1825, Morse obtint la commande d'un portrait de Gilbert Motier, marquis de Lafayette. Alors qu'il y travaillait à Washington, le peintre reçut de son père la nouvelle du décès de sa chère épouse, Lucy, qui avait succombé à une maladie de cœur. Morse partit donc immédiatement pour New Haven où il se rendit compte qu'averti plus tôt de l'état de sa femme, il aurait pu l'assister dans ses derniers moments. Dès lors, le problème de la communication à grande distance devint sa préoccupation essentielle. Il se fit connaître en inventant l'alphabet connu sous son nom (et reproduit ci-dessous) qui, au moyen de points et de traits, permet de transmettre des textes dans tous le pays.

 

Alphabet-MorseTableau de l'alphabet Morse

 

En 1832, revenant d'Europe à bord du Sully, Morse eut d'enrichissantes  conversations avec un Bostonais, le Dr Charles Jackson, qui l'entretint des travaux d'Ampère sur l'électromagnétisme. Avant même d'arriver à New York (la traversée durait alors six semaines), Morse avait conçu et dessiné son télégraphe électromagnétique. En 1840, il parvint à faire breveter ce qui allait devenir l'appareil le plus couramment utilisé dans le monde.

 

Par la suite, Morse devint Professeur d'histoire des arts et du dessin à l'Université de la Ville de New York (aujourd'hui Université de New York). Entretemps, il avait achevé le portrait du marquis de Lafayette:

 

Portrait-de-Lafayette-par-Morse

 

En plus d'élever sept enfants, Morse tâta de la politique pendant quelque temps. Il représenta les États-Unis d'Amérique à l'Exposition universelle de Paris en 1867 et, âgé de 80 ans, il envoya en 1871 un télégramme d'adieu au monde entier, au cours d'une cérémonie de dévoilement d'une statue érigée en son honneur au Central Park de New York. Il mourut un an plus tard.

 

Petit glossaire du Mot Juste sur les communications

 

English

français

Telegraph

le télégraphe

Telegram(me)

le télégramme

Wireless

sans fil

Baud

baud (unité de vitesse)

teletype

le télétype

Dots and dashes

points et traits

cablegram

le cablogramme

Radio telegraphy

la radiotélégraphie

 

Note: le terme télégraphie vient du grec tele τηλε qui signifie « loin », et graphein γραφειν qui signifie –« écrire ». 

Jonathan Goldberg & Jean Leclercq

 

Le film de la semaine : Toast

 

L’histoire d’un enfant plein d’ambition, devenu un chef britannique de renommée mondiale.

 

Toast-film

 Metteur en scène: S.J. Clarkson

Produit par Nicole Finnan

Alison Owen
Eugenio Pérez
Paul Trijbits
Faye Ward

Écrit par Lee Hall

Avec :

Helena Bonham Carter
Freddie Highmore
Ken Stott
Frasier Huckle
Sarah Middleton
Victoria Hamilton

Date de sortie au cinéma: 11 août 2011

Pays : Royaume-Uni

 

 

Bande annonce

 


 

 

 

Critiques

 

Toast, BBC

"Toast" : le goût des Britanniques, Le Monde, le 4 octobre 2011

 

Le livre

 

Toast-livre
Toast: The Story of a Boy's Hunger

 

Nigel-Slater
Nigel Slater aujourd’hui : chef, auteur, critique culinaire

 

L’art pour l’argent – et pas pour l’art

 

 Des œuvres d’art traitées comme de vulgaires détritus et des détritus transformés en œuvre d’art

 

  Art-Trash

 

Le 21 août, nous avons fêté ici même le centenaire du vol de La Joconde (lire l'article). Par la suite, j’ai ajouté un commentaire pour mentionner qu‘à la même date, mais 50 ans plus tard, une autre peinture célèbre, «El duque de Wellington » de Francisco de Goya, avait été volée à la National Gallery de Londres. J’avais d’ailleurs noté que dans les deux cas (en 1911 et en 1961), les voleurs avaient rendu à leurs propriétaires les œuvres dérobées.

Ne pouvant patienter jusqu’en 2011, un troisième voleur (dénommé « Jonathan B. » et j’insiste sur le « B ») aidé de deux comparses, a dérobé l’an dernier pas moins de cinq peintures (Picasso, Braque, Modigliani, Matisse et Léger) au Musée d’Art Moderne de Paris.

 

  Modigliani

Peinture de Modigliani, une des 5 œuvres volées au Musée d’Art Moderne à Paris

 

 On vient  d’annoncer que le sort de ces peintures est beaucoup moins heureux que les deux précédents connus : toutes les peintures ont été jetées à la poubelle et ont vraisemblablement été traitées comme de vulgaires détritus. 

Le point commun intéressant dans ces trois cas est l’honnêteté dont ont fait montre  les trois voleurs : les deux premiers qui ont pris le soin en 1911 et en 1961 de restituer les peintures inestimables à leurs propriétaires respectifs et celui qui, en 2011, a avoué son méfait et dévoilé le sort des peintures aux enquêteurs.

Selon un article paru dans le Los Angeles Times  (lien), la police est toujours à la recherche des cinq peintures, d’où la question que l’on est en droit de se poser : est-il plus facile de rechercher cinq peintures dans les poubelles ou de chercher une seule aiguille dans une botte de foin ?

 

Jonathan G

 

P.S. Parfois, ce n’est pas l’art qui sert de déchet, comme décrit ci-dessus, mais les déchets qui servent d’art, comme les images suivantes le montrent. Voilà une belle forme de recyclage.

 

  TokyoTrash-1  TokyoTrash-1
 Tokyo Trash

  Image005
Pemteam flickr

 

Note linguistique 

En français, le verbe correspondant à l’action commise par un voleur se dit voler. En anglais, comme c’est souvent le cas, les choses ne sont pas aussi simples. Un voleur se dit a thief, mais voler = to steal. Voler peut aussi se traduire par « to rob », mais l’anglais distingue entre « to steal » et « to rob », et ce dernier  implique (sauf au sens figuré) l’emploi de la violence ou de la force. D’autre part, le verbe à particule « to break in » et le verbe « to burglarize » veulent dire cambrioler, bien que « to break in » mette plutôt l’accent sur la pénétration dans le bâtiment (généralement mais pas forcément avec l’intention de cambrioler) alors que « to burglarize » insiste sur le vol proprement dit.

En outre, il ne faut pas confondre le verbe anglais « to steal » avec le substantif « stealth ». Ce dernier, employé dans le sens de vol, est déjà archaïque. Le sens actuel de « stealth » est furtivité ou capacité de dissimulation.

Le présent article est la traduction française, établie par Anne GILLMÉ (http://www.columbusproject.net), d’un article rédigé en anglais par Jonathan Goldberg.

 

Le langage des toilettes

 

Avec la nouvelle Numi toilet à 6.300$, le luxe des cabinets d'aisance a franchi un nouveau palier. En effet, ce somptueux appareil est équipé de détecteurs qui agissent sur l'ouverture et la fermeture de l'abattant, de désodoriseurs intégrés, d'un siège chauffant et d'un chauffe-pieds. Le tout est commandé à distance.

Cela me rappelle qu'en matière de toilettes, les terminologies britannique et américaine  diffèrent assez sensiblement.

Restroom, le terme le plus couramment utilisé aux États-Unis, est un synonyme de lavatory. C'est un euphémisme qui évite de nommer le type d'acte d'hygiène corporelle qui s'y accomplit. À ma connaissance, il n'existe en anglais et en français aucun mot pour désigner cet endroit où l'on s'isole, en proie à un besoin pressant, qui fasse allusion à ce que l'on y fait essentiellement. [Peut-être urinal (en anglais) et urinoir ou pissotière (en français) s'en rapprochent-ils, mais sans désigner le local lui-même].

 

  Urinoir-1  Urinoir-2
Fred Gurner Photography                 New York Trekearth.com

 

Lavatory, dans le sens d'endroit où l'on se lave (et renvoyant aussi au lavabo lui-même), du latin lavatrina, via lavatus, le participe passé de lavāre, est un euphémisme également, comme l'est W.C., abréviation de water closet. Ces deux termes sont plus fréquents en Grande-Bretagne que l'américain restroom, bien que lavatory soit le mot le plus couramment utilisé dans la signalétique ou dans les annonces faites par le personnel de cabine, même à bord des avions américains.

Latrine est un autre mot anglais dérivé de lavatrina. Il a également été emprunté au français latrine. Il désigne un réceptacle ou un trou dans le sol, sans siège, utilisé notamment à l'armée. Le français possède aussi le terme, feuillées, inspiré du cadre généralement agreste de ce lieu d'aisance… Enfin, si la hantise de la contamination vénérienne a naguère favorisé les installations dites « à la turque », évitant tout contact avec le siège, l'engouement pour l'écologie incite maintenant à adopter des « toilettes sèches » où l'entraînement par l'eau est remplacé par de la sciure, ensuite compostée.

 

  Alaturque  Toilette-seche
Toilettes “à la turque” et toilettes « sèches », prisées des écologistes.
(Photo Michel Roy.)

 

Bathroom est un autre mot employé aux États-Unis dans le sens de restroom, lavatory ou W.C. Parmi les autres synonymes en anglais américain, moins fréquemment utilisés, citons lav, can, loo, et john (ce dernier d’après John Harrington, l’inventeur des toilettes à chasse d’eau). Powder room, est un autre de ces euphémismes, suggérant un lieu où les dames se retirent pour se poudrer le visage.

 

Le commun dénominateur de tous ces vocables prosaïques est qu'ils ne suggèrent que les gestes d'hygiène accomplis après que les toilettes aient été utilisées pour ce à quoi elles sont destinées. Le mot anglais toilet est dérivé du français toilette. Initialement, le mot français désignait « une pièce de toile sur laquelle on disposait les objets de beauté », ressemblant vaguement à ce que l'on connaît actuellement, en anglais (britannique), sous le nom de toilet ou toilet-bag, c'est-à-dire ces trousses de voyage imperméables contenant les objets de toilette (savon, dentifrice, etc.). Par la suite, le mot français cabinet de toilette en est venu à désigner la pièce où l'on se lave, d'où son sens contemporain de W.C. ou de restroom.

 

L'anglais britannique a adopté le mot toilet pour signifier s'habiller et se préparer: « he made his morning toilet and went to breakfast." 

Voici un extrait de La Boucle de cheveux enlevée (The Rape of the Lock), du poète anglais Alexander Pope:

“And now, unveil'd, the toilet stands display'd

Each silver vase in mystic order laid."

 Lancée en France, la Sanisette est un nom de marque qui désigne une toilette publique chimique et autonome. On en voit un peu partout dans les grandes villes du monde et notamment à Paris. Au Royaume-Uni, on l'appelle parfois Superloo.

 

Si le mot bidet figure dans certains dictionnaires anglais, la chose elle-même est rare dans les foyers du monde anglophone. Selon l'Online Etymology Dictionary, le terme désigne, dans son premier sens, un petit cheval de selle.

Hormis le français et l'anglais, nous pouvons observer que l'espagnol fait montre de la même modestie dans l'expression cuarto de baño (littéralement, salle de bain). Dans certains pays hispanophones, on a adopté le terme anglais W.C., prononcé différemment. Mais, l'espagnol possède trois autres mots pour désigner les toilettes publiques. L'un d'eux est servicios, un euphémisme évident. Un autre est aseos qui, sans s, a différents sens, parmi lesquels celui de propreté. Le troisième est lavabo, dérivé du verbe lavar qui, nous l'avons vu, veut dire laver.

 

Humour de toilettes

 

Les épargnants qui viennent en ces lieux déposer leurs économies sont priés de ne pas laisser la petite monnaie sur le comptoir.

 

Do not stick cigarette stubs in the toilets, they get soggy and they are hard to light! 

 

  Humour-toilettes-1  Humour-toilettes-2

  Humour-toilettes-3  Humour-toilettes-4

   Humour-toilettes-5

 

 

Cet article a bénéficié de la traduction et des précieux conseils de Jean Leclercq

Mise a jour, novembre 2012 :

TOILETTES NATURE

Des chercheurs de
l’Institut de technologie de Californie ont mis au point une toilette qui ne nécessite
ni eau, ni électricité, ni système d’égout ou de traitement des déchets.
 Elle fonctionne à l’énergie solaire et
transforme les excréments et l’urine en hydrogène.

Ces chercheurs
ont remporte le premier prix a un concours International organise par le
philanthrope Bill Gates, cofondateur de Microsoft, qui investi  près de huit millions de dollar pour trouver
une solution de rechange a la toilette à chasse d’eau, trop couteuse pour les pays
pauvres. En ce moment, les deux tiers de la population mondiale se soulagent
toujours dans la nature, ce qui menace la santé publique.

Les recherches
sur cette toilette solaire se poursuivent. La fondation Bill et Melinda Gates
souhaite l’implanter d’ici trois ans en Afrique et en Asie. A.P.

Information obligeamment transmise par Michel Roy (Québec, Canada).


 

SEXUS POLITICUS

 (où il est question de « promotion canapé »)

  Danielle-Bertrand

 Une analyse de la plume de Danielle Bertrand,
Gagnières (Gard)

 Cette analyse fait suite à l'article que nous avons publié en julllet dernier, et que vous pouvez relire en cliquant sur ce lien

 

Pour écrire SEXUS POLITICUS, Christophe Deloire et Christophe Dubois ont interviewé quelque deux cents personnes. L'ouvrage a été plus ou moins bien accueilli par les « grands personnages » dont il révèle les frasques. Si Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac se sont montrés beaux joueurs, Nicolas Sarkozy a parlé de « casser la gueule » aux auteurs.

J’avoue avoir porté un intérêt assez limité aux détails des « histoires de fesses » de ceux qui nous gouvernent, assez prompts à échanger leurs conquêtes sans se soucier des clivages entre la droite et la gauche. Je renvoie ceux qui en seraient friands à la lecture de l’ouvrage.

Le palais de l’Élysée a un long passé érotique, du comte d’Évreux à l’actuel locataire, en passant par Murat, Napoléon Bonaparte, Louis-Napoléon et Félix Faure, au point que le général de Gaulle (un de nos rares chefs d’État « vertueux » ou assez malin pour cacher ses turpitudes, sinon à Tante Yvonne, du moins aux journalistes), hésita à s’y installer.

Je me suis plus intéressée aux questions de fond, même si celle qui suit tient de l’histoire de l’œuf et de la poule …

Faut-il une forte dose de testostérone pour arriver au pouvoir suprême? ou le pouvoir est-il l’aphrodisiaque absolu, comme l’affirmait Kissinger ? Notre médecin qui fut ministre, Philippe Douste-Blazy, considère que le pouvoir génère du stress et que le stress est un aphrodisiaque qui pousse à rechercher les contacts physiques et la tendresse… Nos hommes politiques seraient-ils en quête d’amour ? Mais pourquoi le rechercher avec autant d’acharnement en dehors des liens du mariage ?

Je me suis amusée des distinctions que les auteurs ont établies entre trois de nos Présidents.

  • Valéry Giscard d’Estaing serait un nigaud romantique qui se fit souvent berner par ses conquêtes.
  • François Mitterrand serait un voluptueux, un personnage autoritaire se comportant comme un coq dans un poulailler.
  • Quant à Jacques Chirac, ce serait un affamé, sujet à des fringales, se jetant sur les femmes comme sur la tête de veau !

Autre question: faut-il être un chaud-lapin pour réussir en politique? L’échec de Lionel Jospin à la magistrature suprême s’expliquerait-il par sa rigueur, dans ce domaine comme dans d’autres ?

Matignon emboite joyeusement le pas à l’Élysée et nos premiers ministres n’hésitent pas à utiliser leur pouvoir pour séduire. L’épidémie se répand d’ailleurs dans toute la classe politique, même aux niveaux les plus modestes.

Mais, me direz vous, et les femmes dans tout cela ? Il semble que ceux qui détiennent ne serait-ce qu’une infime parcelle de pouvoir les attirent, aussi dénués de charme naturel puissent-ils être, et même s’ils les méprisent et les malmènent.

Elles tirent souvent avantage de leurs « relations » : postes pour lesquels leur compétence ne les désignait guère (on parle alors de « promotion canapé » ou « promotion culotte »), avantages fiscaux, appartements de fonction, etc.

Et les épouses de nos héros ? Elles savent, elles acceptent, mais veillent au grain, trouvent une compensation en collaborant avec leur époux pour profiter des retombées qu’entraîne le rôle de ce dernier, attendent parfois leur heure pour prendre leur revanche, quand leur époux est affaibli par l’âge ou la maladie (devinez !) ou donnent un sens à leur vie en ayant leur propre activité politique (l’exemple de Danielle Mitterrand correspond assez bien à ce cas de figure).

J’aborde maintenant un thème traité par les auteurs, qui me semble plus sordide. Celui de l’utilisation des « histoires » par les Renseignements généraux qui disposent d’une caisse noire pour rétribuer des « indics » (tenancières de bordels comme Madame Claude, ou prostituées) et même pour payer des prostituées pour « tenter » ceux que l’on veut atteindre. Il peut s’agir de rivaux politiques qu’on veut éliminer ou de diplomates étrangers sur lesquels on veut faire pression.

Cela peut aller jusqu’à la véritable manipulation, en utilisant les médias ou maintenant les réseaux sociaux pour « monter » des scénarios sans rapport avec la réalité. Les objectifs sont les mêmes que ceux cités plus haut, mais il peut s’agir aussi de se faire un peu d’argent.

J’ai retenu quelques exemples : Lionel Jospin accusé de relations coupables avec tantôt Isabelle Huppert, tantôt Nathalie Baye (ce serait un coup des fabiusiens car, au sein d’un même parti, tous les coups bas sont permis !), Édouard Balladur accusé d ‘avoir séduit son chef de cabinet, Daniel Vaillant accusé de « tabasser » son épouse , ou Jacques Chirac auquel on attribua un fils sumo, engendré au cours d’un de ses nombreux voyages au Japon, et joliment baptisé Mazarin !

 

Le lecteur sera-t-il légèrement écœuré de toutes ces turpitudes? Les Français semblent ne pas l’être. Peut-être même en sont-ils fiers, comme si ces preuves évidentes de virilité garantissaient un exercice du pouvoir sans faiblesse !

Certains sondages laissaient même penser que malgré ses exploits présumés au Sofitel, DSK, s’il s’était présenté aux primaires socialistes, aurait recueilli un nombre non négligeable de voix. Mais, les instances socialistes ont jugé que toutes les casseroles qu’il traînait faisaient oublier ses compétences.

Je me permets de conclure par un avis personnel. Ces messieurs (car il s’agit surtout d’eux, les femmes politiques étant plus discrètes, sinon plus vertueuses, et surtout moins présentes dans les hautes sphères du pouvoir) peuvent faire de leur corps toutes les folies qu’ils veulent tant que cela n’a pas d’incidence sur l’exercice de leurs fonctions.

Je n’ai pas besoin d’hommes politiques irréprochables dans leur vie privée s’ils sont compétents et prennent de bonnes décisions dans l’intérêt général, mais qu’ils ne mélangent pas les genres et ne s’attendent pas à ce que j’admire leurs exploits.

 

Danielle Bertrand

 

Note historico-linguistique

En anglais, cuckold, est un terme désobligeant pour désigner le mari d'une épouse infidèle. Le mot, dont l'usage est attesté depuis le XIIIe siècle, dérive de cuckoo [coucou, volatile « dont la femelle pond ses œufs dans des nids étrangers », pour reprendre la définition du Petit Robert] auquel on a ajouté le suffixe péjoratif -old. La première utilisation date de 1250, sous la plume de Jesse Conklin. Le féminin de cuckhold, cuckquean (cocue), fait son apparition dans la littérature anglaise en 1562, par adjonction d'un suffixe féminin au substantif cuck. Quant à to cuckold, le français offre deux solutions: tromper et cocufier; Edmond Rostand y a ajouté ridicoculiser qui n'a pas fait souche !

Dans la terminologie contemporaine, le terme cuckold en est venu à désigner également le voyeur ou l'échangiste qui tire plaisir de l'observation de sa partenaire au cours d'ébats auxquels il consent le plus souvent.

À l'acte II, scène 7, de Cyrano de Bergerac, lorsque les cadets sont présentés au comte de Guiche, Edmond Rostand joue fort joliment avec l'étymologie du mot cocu :

 

Que le vieil époux se renfrogne:

Sonnez, clairons! Chantez, coucous!

Voici les cadets de Gascogne

Qui font cocus tous les jaloux.

 

Par un beau parallélisme, les cuckolds anglais “are wearing horns” et les cocus français « portent des cornes » (d'où l'adjectif et le substantif cornard, que l'on retrouve en italien: cornuto, et en espagnol: cornudo), allusion au fait que le mari trompé est souvent le dernier à apprendre l'infidélité de sa femme. Autrement dit, il porte des cornes qu'il est le seul à ne pas voir !

L'attribut cornu est ancien. Bien avant que Georges Brassens ne chante Cornes d'auroch, Molière, dans L'école des femmes, avait mis en scène un personnage qui se moque des cocus et le devient à la fin de la pièce. On raconte aussi que, rentrant au pays, le marquis de Montespan (qui avait fort mal accepté la liaison de son épouse avec le Roi-Soleil) fit ouvrir toutes grandes les portes de son château, en disant à ses gens qu'avec les cornes qu'il avait désormais au front, cette précaution s'imposait !

Personnage malheureux, le cocu (un peu comme le sourd) déclenche l'hilarité alors qu'il devrait plutôt inspirer la pitié. Sujet d'innombrables comédies (dont Le Cocu magnifique, de Fernand Crommelynck), le cocu appartient pourtant à une espèce menacée. À terme, la vogue des « amours plurielles » risque de le faire disparaître. Gageons cependant que cette disparition prendra encore du temps puisque, selon les spécialistes, 2% seulement des Français se déclarent « polyamoureux » !

 

  Cocu_imagedepinalVers 1815. Image d'Épinal raillant le cocuage, sur laquelle cocus et cocues portent des cornes !

 

EgliseMadeleine« Tu ne commettras point d’adultère », un des reliefs de bronze de l'église de la Madeleine, à Paris.

L'innocence du mari trompé, un thème éternel

Cocu_Match1939– C'est sûrement une erreur, jeune homme. 
Il n'y a personne de ce nom ici, sauf ma femme.
Extrait de l'hebdomadaire Match, 31 août 1939, p.43.

 

Jean Leclercq

 

Traduire Stephen Clarke, commentaire de Thierry Cruvellier

 

Thierry Cruvellier  
Thierry Cruvellier is the author of Court of Remorse-Inside the International Criminal Tribunal for Rwanda (Wisconsin University Press, 2010 – French version: Le tribunal des vaincus – Un Nuremberg pour le Rwanda, Calmann-Lévy, 2006). His new book, Le maître des aveux (The Master of Confessions) is about the trial of a former Khmer Rouge commander and was published by Gallimard on September 21, 2011.

Thierry kindly agreed to contribute the following passage to www.Le-mot-juste-en-anglais.com  

Je me trouve au milieu de la traduction du dernier outrage de Stephen Clarke, 1000 Years of Annoying the French, et comme si l’auteur ne me causait déjà pas assez de soucis ainsi qu’à mon peuple, voici que sa popularité m’oblige à répondre favorablement à la demande de Jonathan Goldberg de parler, encore et toujours, des écrits de Mr Clarke.

Au préalable, je dois avouer être très jaloux de lui. Tandis qu’il vend des millions de livres en raillant mes compatriotes, je m’applique à en écrire de bien meilleurs, sans aucune récompense comparable (financière s’entend). J’ai néanmoins trouvé une source de consolation face à cet ingrat état des choses : je trouve réjouissant de traduire les siens quand je pense à l’Anglo-Saxonne qui, sous des millions de cadavres, doit retranscrire les miens. (Je soupçonne d’ailleurs Stephen Clarke de vouloir empiéter sur mes plates-bandes dans son dernier livre, étant donné le nombre de génocides et crimes de masse dont il nous fait le récit. Me jalouserait-il secrètement, lui aussi ?)

Voici donc, pour le bénéfice exclusif des lecteurs de ce blog, quelques récentes aventures de traduction que j’ai pu vivre grâce à ce dangereux auteur anglais.

L’un des plaisirs que l’on peut rencontrer en traduisant un livre dont le ton est celui de l’humour réside dans les moments où, au détour d’une phrase, surgit une drôlerie qui n’apparaissait que partiellement, voire pas du tout, dans la version anglaise.

Par exemple, ceci :

« Wine stocks were clearly not being listed by the Domesday surveyors, who seem to have been accepting liquid bribes to leave them out of the listings. »

En traduisant de la manière suivante, le jeu de mots sur le produit en cause – le vin – peut s’en trouver multiplié :

« Les réserves de vin furent clairement omises par les enquêteurs du Jugement Dernier, qui semblent avoir accepté des pots-de-vin en liquide contre un retrait de la liste. »

Autre exemple :

« On the evening of 7 February 1587, the 44-year-old Mary was visited at Fotheringhay and told by the Earls of Kent and Shrewsbury that she was to be executed next morning…. Mary replied with piercing French logic : … »

Rappelons que Mary, reine des Ecossais, aura la tête tranchée à coups de hache. Cela nous permet d’écrire :

« Le soir du 7 février 1587, à l’âge de 44 ans, Marie reçut la visite des comtes de Kent et Shrewsbury qui lui annoncèrent qu’elle devait être exécutée le lendemain matin. (…) Marie répliqua avec la logique tranchante des Français : (…) »

Ou encore cette phrase, dont la traduction peut aboutir à une étrange formulation :

« (…) he was therefore mightily upset about Becket’s murder. »

En français :

« Le meurtre de Becket l’avait donc profondément blessé. »

Si nous traduisions un livre au ton plus grave, il serait délicat de laisser cette phrase ainsi, au risque de la rendre indûment triviale. Le plaisir ici, est justement la possibilité de laisser cette traduction paradoxale en songeant honnêtement que, en français, l’auteur l’aurait reprise.

Autre exemple, où un mot français permet soudain de se réapproprier le mot d’esprit :

« (…) the King was trying to explain that although Mathilde was his only legitimate heir to the throne of England, she could not inherit the titles because she was an heiress, and at that time the essential qualification to become an English ruler was to possess a penis. »

Traduction pendante :

«  (…) le Roi essayait d’expliquer que, bien que Mathilde fut la seule héritière légitime au trône d’Angleterre, le titre ne pouvait lui échoir car elle était une héritière et que, à l’époque, l’attribut essentiel pour devenir un souverain anglais était, précisément, d’en avoir. »

Ou encore :

« French summer fruits were clearly too exotic for the meat-and-turnip Englishmen, and they started to die, suffering what one contemporary picturesquely called ‘a bloody flux’, probably dysentery. »

Proposition transitoire :

« En France, les fruits d’été étaient manifestement trop exotiques pour des Anglais mangeurs de viande et de navets. Ils succombèrent à ce qu’un contemporain appela joliment « une emmerdante évacuation », probablement la dysenterie. »

La difficulté, bien sûr, est souvent de chercher jusqu’où ne pas aller trop loin. Steve possède un humour propre. Il s’autorise la gaudriole ou le calembour un peu appuyé mais avec une stricte parcimonie.

Voici un exemple, où la proposition de traduction pourrait éventuellement être jugée trop lourde par rapport au ton de Steve :

« Robert, whose nickname was « Curthose » (« Short trousers »), because of his stumpy legs,was as hotheaded as Flambard, and had spent much of his adult life warring against his father William the Conqueror. »

En français (suggestion) :

« Robert, surnommé « Curthose » (« Pantacourt ») à cause de ses jambes courtaudes, était aussi flambé que Flambard et avait passé la plus grande partie de sa vie d’adulte à guerroyer contre son père, Guillaume le Conquérant. »

Autre exemple délicat. La situation est la suivante : le roi Edouard II a subi un terrible supplice où un morceau de métal en feu lui a été glissé dans le derrière par le biais d’un tube précédemment inséré dans son rectum. L’auteur conclut :

« All in all, Edward II’s horrific death could be seen as a symbol of England getting its recent past shoved up its rear end. »

La tentation peut être grande mais peut-on oser la version suivante ?

« En définitive, la mort épouvantable d’Edouard II peut être vue comme le symbole d’une Angleterre en train de se faire mettre. »

Il y a  aussi les moments d’impasse, dont il faudra bien trouver l’issue. J’invite donc les lecteurs de ce blog à déployer leur génie sur les deux premières phrases de l’extrait suivant :

« By the age of fifteen, Mary was every inch the ravishing French princess. And there were a lot of inches. She was very nearly six feet tall, with the slender neck that she had inherited from her mother, and fashionably pale skin despite her love of outdoor pursuits like hunting. »

Et les moments rares où je peux, sans déroger à la déontologie, venger discrètement mes congénères de tous ces affronts anglais et prolonger, au sein même de la version française de l’excellent livre de mon ennemi éternel, mais à ses dépens cette fois-ci, une guerre que nous avons fait le serment de ne jamais éteindre (sinon, à quoi donc s’occuperait Mr Clarke ?). Voici. Le contexte est la terrible déportation des Acadiens. L’auteur écrit :

« A few dozen were taken to the Falklands, but were quickly shipped out again when France gave the islands to Spain. »

Devinez-vous le plaisir qu’il y a à traduire Falklands par Malouines ?

Enfin, il n’y a pas que de l’humour chez un écrivain humoriste et il faut parfois se confronter à la belle souplesse de la langue anglaise. Comme ici, toujours à propos de Mary, reine trop française des Ecossais :

« In desperation, Mary also wrote (in French) to Queen Elizabeth of England, pleading for assistance. But on the very day she penned her cry for help, cousin Liz was admiring some of Mary’s jewels that had been sold to her by Moray. »

« She penned her cry. » Beau et émouvant, non ?

(Proposition de traduction : « En désespoir de cause, Marie écrivit aussi (en français) à la reine Elizabeth d’Angleterre. Mais le jour même où, pour solliciter son aide, elle plongea sa plume dans ses larmes, la cousine Liz était en train d’admirer certains des bijoux de Marie que Moray lui avait vendus. »)

 

Thierry Cruvellier

14 Juillet 2011 (date parfaitement involontaire)

Chanson de la semaine – Sous le ciel de Paris

 

Under Paris Skies

 

Clips Vidéos

 

  AndyWilliams  EdithPiaf
Andy Williams                        Edith Piaf

 

 

YvesMontand  ParisMusette
Yves Montand                     101 Strings,Melachrino Strings &
© Riton  Mantovani             The Paris Musette Orchestras

 

 

Paroles

 

français

anglais

Sous le ciel de Paris
S’envole une chanson hum hum
Elle est née d’aujourd’hui
Dans le cœur d’un garçon
Sous le ciel de Paris
Marchent des amoureux hum hum
Leur bonheur se construit
Sur un air fait pour eux
Sous le pont de Bercy
Un philosophe assis
Deux musiciens
Quelques badauds
Puis les gens par milliers
Sous le ciel de Paris
Jusqu’au soir vont chanter hum hum
L’hymne d’un peuple épris
De sa vieille cité
Près de Notre Dame
Parfois couve un drame
Oui mais a Paname
Tout peut s’arranger
Quelques rayons
Du ciel d’été
L’accordéon d’un marinier
L’espoir fleurit
Au ciel de Paris
Sous le ciel de Paris
Coule un fleuve joyeux hum hum
Il endort dans la nuit
Les clochards et les gueux
Sous le ciel de Paris
Les oiseaux du Bon Dieu hum hum
Viennent du monde entier
Pour bavarder entre eux
Et le ciel de Paris
A son secret pour lui
Depuis vingt siècles
Il est épris
De notre île Saint Louis
Quand elle lui sourit
Il met son habit bleu hum hum
Quand il pleut sur Paris
C’est qu’il est malheureux
Quand il est trop jaloux
De ses millions d’amants hum hum
Il fait gronder sur nous
Son tonnerre éclatant
Mais le ciel de Paris
N’est pas longtemps cruel hum hum
Pour se faire pardonner
Il offre un arc en ciel

Stranger beware,

 there’s love in the air under Paris skies
Try to be smart and don’t let your heart

 catch on fire
Love becomes king the moment it’s Spring

under Paris skies
Lonely hearts meet somewhere on the street of desire.

Parisian love can bloom high in a skylight room
Or in a gay café where hundreds of people can see.

I wasn’t smart and I lost my heart

under Paris skies
Don’t ever be a heartbroken stranger like me.

Oh, I fell in love
Yes, I was a fool
For Paris can be so beautifully cruel.
Paris is just a gay coquette

who wants to love and then forget
Stranger beware, there’s love in the air.

Just look and see what happened to me

under Paris skies
Watch what you do,

the same thing can happen to you.

Ooh, I fell in love
Mmm, I was a fool
Yes, Paris can be so beautifully cruel
Paris can be a gay coquette

who wants to love and then forget
Stranger beware, there’s love in the air

<scat>

I wasn’t smart and I lost my heart

under Paris skies
Watch what you do,

 the same thing can happen to you
Watch what you do,

 the same thing can happen to you
Watch what you do,

the same thing can happen to you