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Isteza, tout un défi !

En Ouzbékie, au cœur de l'Asie centrale, des gens s'emploient à rapprocher les cultures. Il s'agit pour eux de ranimer la légendaire Route de la Soie qui fut longtemps un fil conducteur économique et culturel. Leur démarche rejoint donc celle du Mot juste, et celui-ci leur ouvre volontiers ses colonnes.

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L'itinéraire de la Route de la soie s'affiche sur un mur de la ville de Khiva. (Photo L. Fournier).

Isteza [1] est un foyer de culture, installé dans une ancienne médersa (école coranique) de la vieille ville de Boukhara. Il fonctionne sous l'égide des Caravansérails sur la Route de la soie [2], une association qui entend revitaliser la Route de la soie en mettant en place un réseau de coopération technique, économique et culturelle axé sur le patrimoine. Et cela, grâce à l'établissement de liens culturels et amicaux entre l'Europe et les pays jadis traversés par l'ancien itinéraire des caravanes. Pour ce faire, l'association réunit des architectes, des enseignants, des ethnologues, des urbanistes, des musiciens et des linguistes.

Sa première réalisation a été la restauration d'une médersa (la plus petite d'Asie centrale, avec 20 cellules). Le bâtiment, laissé à l'abandon depuis 1925, a été remis en état grâce à deux architectes et fondateurs de l'association, MM. Philippe Barbier (à Paris où il coordonne les activités de l'association) et Zoircho Klitchev (à Boukhara), avec le concours d'artisans locaux. Dans un deuxième temps (2000- ), ce tandem de talent entreprend la restauration de quatre autres caravansérails.

 

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Kakhramon chante en ouzbek et en tadjik. En costume folklorique, Malika danse pour les visiteurs. (Photos G. & D. Loubet).

Depuis 1998, le centre culturel Isteza est devenu un espace de conseil, d'assistance et d'enseignement qui joue aussi le rôle d'initiateur de projets culturels. Il se veut « un lieu où la langue n'est plus une barrière mais une porte ouverte ».

Sous la houlette de deux coordonnatrices ouzbèkes (Mesdames I. Mavlanova et R. Gulyamova), le Centre Isteza :

– dispense des cours de français de différents niveaux reconnus par l'Alliance française, des cours spécialisés et des cours de perfectionnement;

– met à la disposition de ses adhérents une bibliothèque, une vidéothèque, une télévision satellitaire et des ordinateurs branchés sur Internet;

– organise des expositions de photographies et autres, des concerts, la fête de la musique (depuis cinq ans) et des cours de cuisine française.

– enfin, il accueille des étudiants et des chercheurs étrangers dans les chambres du premier étage et leur fournit divers services de traduction et d'interprétation.

Jean touristsun groupe de touristes français devant le centre culturel

Isteza veut être un espace de création et d'innovation au service de la population. Son action se fonde sur l'échange culturel, et l'apprentissage du français s'y accomplit souvent sous la forme d'activités artistiques (chant, danse, théâtre) qui attirent beaucoup les jeunes élèves.

D'ailleurs, Boukhara baigne dans le plurilinguisme puisque trois langues s'y côtoient : l'ouzbek, le tadjik et le russe. L'essor du tourisme et le nombre grandissant de francophones qui visitent les villes d'art de Samarcande, Boukhara et Khiva, incitent des jeunes à apprendre le français pour se préparer aux professions d'interprète, de guide ou de réceptionniste. La plupart des élèves d'Isteza travaillent déjà dans le secteur touristique et cherchent à se perfectionner. Mais, l'enseignement n'est qu'un aspect de l'action culturelle menée par le Centre. Celle-ci vise avant tout à jeter des passerelles entre les cultures. La musique et la danse folkloriques y occupent une large place. Les visiteurs sont toujours les bienvenus et chaleureusement accueillis, Qu'on se le dise !

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 Boukhara, (Photo L. Fournier)

[1] Mot d'origine persane désignant une chose qu'on ne peut accomplir qu'au prix de très grands efforts : un défi, un tour de force. En russe, истязание (istyazanie) a sensiblement le même sens.

Centre culturel Isteza, filiale de l'association Caravansérails sur la Route de la soie, rue Khodja Porso, 200118 Boukhara (Ouzbékistan). Tél. : +998 65 224 20 99. Adresse courriel : uzb_isteza@yahoo.fr

[2] Selon Wikipedia, un caravansérail (en persan: كاروانسرا kārvānsarā) encore appelé kan ou funduq (foundouk), est, en Orient et au Maghreb, un lieu où les caravanes de marchands font étape.

Association Caravansérails sur la Route de la soie, 3, passage de la bonne graine 75011 Paris (France).
Tél. : +33 626 95 50 51
Courriel : caravanserails@caravanserails.org
Site ; www.caravanserails.org

Jean Leclercq

bonnes fêtes


À tous nos lecteurs et toutes nos lectrices 
nous souhaitons

bonnes fêtes de fin d'année

Jean LECLERCQ             Jonathan GOLDBERG

Divonne-les-Bains                            Los Angeles

 

Happy

 

  

 

Isabelle BARTH –
linguiste du mois de décembre 2013


Tout au long de l'année écoulée, cette rubrique a permis de vous présenter chaque mois des gens aux talents si divers qu'il nous a paru logique de l'intituler désormais « Linguiste du mois ». D'ailleurs, l'évolution du marché est telle qu'elle oblige de plus en plus de traductrices et de traducteurs à élargir la gamme de leurs activités (préparation de copie, rédaction, formation, etc.). De nos jours, quiconque veut vivre de sa connaissance de langues étrangères doit avoir plusieurs cordes à son arc. Notre invitée de décembre, Isabelle Barth O'Neill, est un bon exemple de cette polyvalence, aujourd'hui indispensable.

 

Isabelle Barth

            Isabelle BARTH

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LMJ : Vous portez un nom lorrain, accolé à un patronyme typiquement irlandais. Vous habitez près de Cork, dans le sud de l'Île Verte. Comment est-ce possible ?

Isabelle : Je suis née en France, dans une petite localité où il pleut tellement qu'on l'appelle « Le pot de chambre de la Lorraine ». À Vézelise pour être exacte. La vie m'a donné la possibilité de voyager et de rencontrer mon mari qui est irlandais avec un nom typiquement de son pays - O'Neill [1].

  Patrimoine de Lor Blog 2

LMJ :
Vous avez fait des études supérieures très poussées. Quel a été votre cursus universitaire ? A-t-il toujours été axé sur les langues vivantes ?

Isabelle : Je ne sais pas si elles ont été très poussées, mais elles m'ont passionnée, c'est certain. Après un détour par une école de secrétariat de direction, je me suis lancée dans des études d'anglais littéraire à l'université Charles de Gaulle de Lille.

Lille

De fil en aiguille, je suis passée de la licence, à la maîtrise pour aller jusqu'au doctorat d'université, en passant par le DEA. J'ai également commencé des études de langue néerlandaise, toujours dans la même université, tout en suivant des cours d'allemand au Goethe Institut. Oui, toujours les langues vivantes, elles sont absolument passionnantes et d'une grande richesse, car ce ne sont pas seulement des mots mais toute une culture qu'elles transportent.

 

LMJ : Pour votre maîtrise d'anglais, vous traduisez une pièce du dramaturge britannique David Edgar. Puis, pour votre DEA, vous choisissez un sujet peu banal : la narratologie, en vous attachant à une trilogie du romancier canadien Robertson Davies. Et enfin, pour votre doctorat, vous vous tournez vers la langue canadienne anglaise et la façon dont les Canadiens anglophones racontent leur histoire. Expliquez-nous ces choix.

Isabelle : J'ai toujours été passionnée par le théâtre, et je me souviens Ortf1 très bien des soirées « Au théâtre ce soir » au temps de l'ORTF, quand nous étions enfants. En choisissant de travailler sur une pièce de théâtre pour ma maîtrise d'anglais, je pouvais ainsi relier trois grandes passions : la langue anglaise, le théâtre et la traduction que je découvrais par mes études. Pour le DEA, je voulais changer de cap, très peu d'études ont été faites sur la langue anglaise utilisée au Canada. C'était un autre défi pour moi. Quant à la narratologie, j'ai toujours été intéressée par l'écriture. Il était assez intéressant de voir comment un auteur peut raconter une histoire et la décomposer. J'ai ainsi beaucoup appris sur la manière de lire pour comprendre. La narratologie m'a beaucoup aidé par la suite dans mon travail. Puis, je me suis tournée vers le théâtre canadien écrit en langue anglaise. C'était pour moi une suite logique après la maîtrise où je m'étais penchée sur la langue théâtrale, et le DEA où je m'étais intéressée à la manière dont on peut se raconter. L'analyse de l'histoire du Canada et de sa culture par le biais de ses auteurs dramatiques était pour moi une suite logique.

 

LMJ : Vous destiniez-vous initialement à la traduction ou y êtes venue fortuitement ? Il semble que les instances dirigeantes du scoutisme international – notamment les conférences annuelles du CICS – aient joué un grand rôle dans l'orientation de votre carrière et même de votre vie. Racontez-nous.

Isabelle : Non, je ne me destinais pas à la traduction. Elle s'est quelque peu imposée à moi. Traduire une pièce de théâtre contemporain pour ma maîtrise fut le premier déclic. Pas facile, mais absolument passionnant. En 1990, alors que j'étais lectrice à Trinity College, Dublin (Irlande), la Scoutproposition de traduire pour le Mouvement Scout à un niveau international s'est présentée à moi. Une occasion à ne pas manquer. J'ai donc commencé à traduire pour la CICS-EM (Conférence Internationale Catholique du Scoutisme – région Europe-Méditerranée) en juin de cette même année. Cela s'est étendu à la CICS-Monde avec des actions ponctuelles pour l'OMMS (Organisation Mondiale du Mouvement Scout) et l'UPMS (Union Parlementaire du Mouvement Scout). Une expérience extraordinaire qui m'a permis de voir du pays et de rencontrer nombre de personnes et même des personnalités comme le Pape Jean-Paul II.

Pope

De fil en aiguille, j'ai continué à traduire pour divers groupes et organisations. J'ai travaillé pour Traducteurs sans Frontière, la Fondation Rosetta, entre autres, et donc beaucoup traduit dans le domaine des ONG et du médical.

Traducteurs


LMJ
: Certes, le niveau de culture générale est une assurance de qualité, mais traduire conduit parfois à traiter de sujets très prosaïques, voire incongrus. Cet énorme bagage intellectuel que vous avez acquis ne vous embarrasse-t-il pas ?

Isabelle : Oui, j'ai parfois traduit des documents inattendus. Je pense par exemple aux documents de la Journée Mondiale des Toilettes célébrée en novembre. Je pense que mon bagage intellectuel me permet de mieux saisir le ou les sens du texte original quand je traduis afin de mieux le rendre dans l'autre langue. C'est vrai que ce bagage fait parfois peur aux gens autour de moi, mais il m'a permis d'entrer dans des sphères absolument passionnantes et de pouvoir partager ce que j'ai avec d'autres.

 

LMJ : Quelles sont vos langues de travail ? Dans quels domaines vous spécialisez-vous et à qui offrez-vous vos services ?

Je suis française de naissance et j'ai fait mes études en français. Il est donc pour moi logique et naturel de traduire vers le français. J'ai passé plus de 20 ans dans des pays de langue anglaise, je maîtrise donc la langue anglaise comme ma langue maternelle. Je traduis de l'anglais vers le français et du français vers l'anglais. J'ai aussi étudié le néerlandais et traduit du néerlandais vers le français et l'anglais. Je parle également d'autres langues comme l'allemand et l'afrikaans pour lequel j'ai créé un site d'apprentissage (http://mynaamisalbie-afrikaans.jimdo.com). À qui j'offre mes services ? Je traduis beaucoup pour des ONG comme Médecins Medecinsdu Monde, Médecins sans Frontières, Action contre la Faim,… la liste est longue. Avec le temps, mes traductions sont devenues plus spécialisées dans le domaine médical. Je vous donne le lien vers mon site pour que vous puissiez le consulter :

http://studio-langues.jimdo.com

 

LMJ : Vous enseignez et vous vous disposez à ouvrir prochainement une école FLAM (Français Langue Maternelle.) De quoi s'agit-il ?

Isabelle : Oui, j'enseigne les langues que je maîtrise, ce qui est une autre activité que j'apprécie beaucoup. Il y a quelques années, j'ai repris des études de didactique des langues et me suis spécialisée en politique linguistique, diffusion des langues et éducation plurilingue. J'ai décidé de me lancer dans l'ouverture d'une école FLAM dans la ville où je réside actuellement. Le FLAM s'adresse aux enfants francophones qui ne peuvent suivre les cours d'une école française alors qu'ils habitent à l'étranger. Cela leur permet d'avoir le même niveau de langue française écrit et oral que celui qu'ils auraient s'ils étaient scolarisés en France, et de pouvoir réintégrer le système français sans problème.

 

LMJ : Mère de famille, vous avez connu les problèmes de l'éducation bilingue des enfants. Riche de cette expérience, vous avez lancé le Multilingual Café pour aider les familles à gérer ce qui, à votre avis, doit être un jeu plutôt qu'une obligation. Parlez-nous de cette initiative.

Isabelle : Exactement. L'éducation bilingue est un défi qu'il faut relever tous les jours sans jamais baisser les bras et sans que ce soit une contrainte pour les enfants et la famille. En reprenant les études dont j'ai Logo Multilingual Cafeparlé plus haut, j'ai décidé de créer l'association Multilingual Café (http://cafemultilingue.blogspot.ie et http://langues-sans-frontieres.jimdo.com ) afin d'aider les familles à éduquer leurs enfants de manière plurilingue et pluriculturelle, l'un n'allant pas sans l'autre. Avec Multilingual Café (qui va devenir Multilingual Education Café), j'offre des conseils aux familles et aux professionnels de l'enfance. Je propose également des conférences, séminaires, ateliers, groupes de parole, etc. afin d'aider et de soutenir les parents dans leur choix d'éduquer leurs enfants de manière bilingue.

 

LMJ :Souvent, la traductrice ou le traducteur n'entend parler de son travail que s'il y a un problème. Vous arrive-t-il de trouver ce métier gratifiant ?

Isabelle : C'est tellement vrai. En tant que traducteurs, nous travaillons dans l'ombre et sommes rarement remerciés pour le travail que nous fournissons. Il est vrai que l'on vient souvent nous critiquer pour un mot ou une phrase. Et pourtant, je trouve ce métier gratifiant, surtout quand vous traduisez pour des ONG qui vous disent ensuite que, grâce à vos traductions ils ont pu aider autant de personnes ou autant d'enfants, que grâce à vos traductions, elles ont pu récolter de l'argent pour construire des maisons dans des zones dévastées. Je pense par exemple aux traductions que j'ai pu faire pour Zafen ou Green School Haiti ou encore Enfants du Mékong ou Medical Film Aid… la liste en serait longue. De savoir que votre travail de traductrice aide tant de gens à travers le monde, oui, je trouve cela gratifiant !

 

LMJ : Pour finir, une question un peu traditionnelle : Quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui veulent s'orienter vers les carrières linguistiques ?

Isabelle : Que conseiller aux jeunes qui font des études de langues ? C'est une bonne question. Surtout, ne jamais se décourager. Il faut continuer, et continuer encore. La traduction est pleine de pièges qu'il faut apprendre à contourner. Il ne faut surtout jamais baisser les bras et ici j'ai envie de citer le vers fameux d'Alfred Tennyson dont il a été question dans un précédent article : « chercher, trouver et ne rien céder ».[2] Et puis, il faut aussi se remettre en question et continuer à apprendre. Une langue est vivante, il se crée de nouveaux mots, de nouvelles expressions. Il faut avancer !

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[1] L'auteur irlandais, Eugene O'Neill, remporta le prix Nobel de littérature en 1936

[2]   "to strive, to seek, to find, and not to yield."

  

 

 

Critique de « The Liar », de David Ives

Druon portraitNous souhaitons la bienvenue à notre collaboratrice fidèle, Dr. Michèle Druon, professeur émérite à la California State University, Fullerton, où elle a enseigné la langue, la culture et la littérature  françaises.  Mme Druon a fait ses études universitaires d'anglais (spécialisation : Littérature & Culture Américaine, Licence) à l'Université d'Amiens,  et en Lettres modernes, (Licence, mention très bien), à l'Université d'Aix-en-Provence. Elle a obtenu son Doctorat en Littérature française à l'University of California at Los Angeles (spécialisations: le Nouveau roman; Théorie et critique littéraire contemporaine; philosophies post-modernes).

Elle a publié des articles en français et en anglais dans de nombreuses revues littéraires universitaires et philosophiques (French Review, Stanford French Review, L'Esprit Créateur, Problems in Contemporary Philosophy), ainsi que dans des livres publiés aux États-Unis, en France et au Japon.

Michèle est actuellement chargée de la liaison avec les Écoles de l'Alliance Française à Pasadena, ainsi que du Groupe Cinéma (sorties et discussions mensuelles sur films français). Bien qu'officiellement
à la retraite, elle est invitée à enseigner occasionnellement à la California State University.

Nous la remercions infiniment d'avoir accepté d'assister à la pièce de théâtre, The Liar, de la part du Mot Juste et d'avoir bien voulu en rendre compte à nos lecteurs et lectrices.

   

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Druon 2


J'ai vu récemment la pièce The Liar, du dramaturge américain David Ives,  au théâtre Anteus (1) à North Hollywood: un pur régal! La pièce est une transposition (plutôt qu'une traduction (2)) en anglais d'une comédie peu connue de Pierre Corneille datant de 1643, et qui nous conte les frasques d'un jeune don juan affabulateur décidé à conquérir Paris et les belles qu'il y rencontre. Sur cette légère comédie de mœurs, Ives a brodé une version modernisée et « décalée » fusant d'humour, d'ingéniosité et d'irrévérence : le texte anglais – rimé en pentamètres (3) – respecte pour l'essentiel l'intrigue et les personnages de la comédie originelle, mais injecte ici et là dans les dialogues des apartés ou des remarques au « second degré » , et une cascade de jeux de mots, de double-entendre, et d'anachronismes cocasses qui détournent ou dédoublent le sens du texte cornélien de manière tout à fait réjouissante. On s'aperçoit vite à cet égard que la transposition de Ives est beaucoup plus qu'une simple parodie: en ajoutant de nouvelles facettes au thème central de la pièce – le mensonge – elle lui donne aussi des significations et une richesse inattendues.

Druon Corneille                        Druon - David Ives

  Pierre Corneille                      David Ives


L'ensemble est parfaitement exécuté par les merveilleux comédiens de la troupe Tangerines (4), qui en déroulent les pentamètres avec une cadence, une aisance et un naturel vraiment remarquables. Tous semblent d'ailleurs animés par un entrain, un dynamisme et un enthousiasme communicatifs, auxquels il est simplement impossible de résister. La mise en scène de

Druon Stangl

Casey Stangl

Casey Stangl (5) mène la pièce à un rythme vif et allègre – et prolonge sur différents modes le métissage classique/moderne créé par le texte d'Ives. Ainsi les costumes – un croisement de goth et de pompadour (pour les filles : bas résilles et bottines sous jupons noirs bouffants relevés) – transgressent gaiement la chronologie, tout en ajoutant (ou révélant ?) une dimension coquine et sexuelle au texte originel de Corneille.

 Le héros menteur de la pièce, Dorante, est ici interprété par le jeune Nicholas d'Agosto avec beaucoup de Nicholas d'Agostofraîcheur et de charme, et une fougue qui n'est pas sans rappeler celle de Gérard Philippe autrefois (6). Le personnage s'inspire originellement chez Corneilled'un roman d'aventures espagnol de Juan Ruiz de Alarcón y Mendoza (7), et aussi, semble-t-il, de quelques souvenirs de sa propre jeunesse. Comme Corneille dans sa jeunesse en effet, Dorante arrive un jour à Paris après avoir abandonné des études de droit en province. On le trouve au début de la pièce en compagnie de son valet Cliton (ici joue avec beaucoup de finesse et d'humour par Rod Stagl) en train de raconter monts et merveilles à une jeune fille qu'il vient de rencontrer aux Tuileries. Mais une méprise sur le prénom de la belle (Clarice mais qu'il croit s'appeler Lucrèce) va très vite l'entraîner dans un imbroglio de quiproquos : quand son père le presse d'épouser une Clarice qu'il croit ne pas connaître, il invente une série de mensonges, commençant par prétendre qu'il s'est déjà marié en province pour une question d'honneur. Tout se complique encore quand Clarice, pour pouvoir observer Dorante, demande à son amie Lucrèce de donner un rendez-vous à Dorante en lui faisant croire qu'elle s'appelle Clarice….

La pièce bascule alors dans untourbillonde confusions d'identité, de tromperies et de masques, de renversements de sens et de situations de plus en plus improbables qui se résolvent néanmoins in extremis (et de manière tout aussi improbable) par un rétablissement des situations et des identités. Tout rentre alors dans l'ordre, selon les règles consacrées de la comédie classique, et se solde par un double mariage entre les parties concernées.

On rit beaucoup à cette avalanche de mensonges, que la version de Ives fait glisser dans une sorte d'absurdité, une folie gaie et légère ou les personnages semblent tourner comme dans un ballet mécanique. Cette impression est renforcée par une autre particularité de la pièce : les personnages sont organisés par paires contrastées, si bien que chacun donne l'impression d'avoir un double inversé. Ainsi pour les deux conquêtes de Dorante: l'aventureuse Clarice (ici interprétée avec beaucoup d'assurance et de « sex appeal» par Kate Maher ) s'oppose à la

Druon Mayer

      Kate Maher

sage Lucrèce (à qui Joanna Strapp, derrière ses lunettes, donne aussi des airs d'intellectuelle); symétriquement leurs deux suivantes : Sabine et Isabelle (devenues jumelles dans l'adaptation de Ives) contrastent dans leur rôle respectif de harpie dominatrice et de vamp langoureuse (dans le rôle de ces deux personnages, Gigi Birmingham étonne par un pouvoir de métamorphose instantanée qui témoigne à l'évidence d'un talent d'actrice exceptionnel (8); de même, faisant pendant à Dorante mais en opposition avec lui, son meilleur ami Alcippe incarne le co-soupirant sincère de la belle Alcide, tandis que le valet Cliton, à l'inverse exact de son maître, souffre d'une incapacité congénitale à mentir .

Dans cette mécanique de contrastes et de dédoublements où la personne dont on est amoureux peut se confondre avec son opposé – où l'identité de l'objet aimé, en d'autres mots, est réversible – le sentiment amoureux semble évidemment bien futile et bien arbitraire. La fin de la pièce confirme cette implication:une fois les véritables identités rétablies, Dorante et Clarice abandonnent instantanément l'amoureux précédent pour jurer au nouvel objet de désir le même amour éternel. Dans la pièce de Corneille, cette fin est conventionnelle, et ne prête guère à conséquence. Mais dans la pièce de Ives, la mise en scène « sexy » et les sous-entendus érotiques donnent aux interactions des personnages une dimension plus nettement sexuelle, qui en déplacent légèrement la signification : c'est la folie et l'arbitraire du désir qui semblent alors foudroyer chacun au hasard, et passer de l'un à l'autre sans rime ni raison– ou au hasard de la rime, avec une inconstance qui donne une nuance un peu désabusée à la pièce.

Cette nuance s'approfondit quand on constate l'ubiquité du mensonge dans la pièce : instrument principal de la séduction amoureuse, il est aussi l'image d'une société où chacun ment, trompe et se trompe, ou rien n'est ce qu'on croit être, où tout est apparence instable et duplicité. Chez Corneille, la critique du mensonge reste limitée aux beaux discours et a l'hypocrisie (9) d'un certain milieu parisien, mais Ives en élargit la signification a toute la société, et par une métaphore fréquente dans l'esthétique baroque, la compare à un théâtre:

« Dorante

D'accord. Voilà ou il faut commencer:

Le monde entier est un mensonge, et tous les hommes et les femmes

Ne sont que des menteurs, car chacun doit jouer

Cliton

Un rôle ?

Dorante

Un rôle. Ce monde est une toile, Cliton, une fiction,

Une tapisserie épaisse et richement tissée

Au-dessus d'un mystérieux abîme cosmique (…)

Car chaque homme a peur viscéralement

Que la vie soit une fraude, un faux, une fiole vide (…)

C'est là que le menteur entre en jeu. Parce qu'il sait

La vérité, accepte le vide, parce qu'il nous

Révèle la comédie absurde dans laquelle nous sommes tous masqués. »

(10)

«All the world's a stage», disait Shakespeare : sur un mode ironique (« no Shakespeare, please »), l'adaptation de Ives fait écho à ce constat, et par toute une série de procédés (apartés, allusions, méta-commentaires sur la pièce), elle le redouble en mettant en scène sa propre théâtralité. L'opération aboutit dans la dernière scène quand Dorante s'auto-désigne devant les spectateurs comme « acteur » – et signe ainsi l'équivalence implicite entre cette figure et celle du menteur qu'il représente aussi dans la pièce.

Dans le contexte hollywoodien qui est le nôtre, cette double figure de l'Acteur prend bien sûr une résonance particulière, et en élargissant un peu la perspective, elle semble aussi emblématique d'une société vidée de toute authenticité, livrée à l'empire des media et des apparences, et où la vraie identité des êtres se perd comme dans un palais des glaces où les images se dédoublent à l'infini.

Mais cette nuance de désillusion «postmoderne » est de bout en bout contrebalancée dans la pièce par une tonalité gaie et ludique qui semble s'expliquer par un autre aspect –cette fois positif – du mensonge. Car il ne faut pas oublier que les mensonges que Dorante invente sont toujours séduisants – à la fois par leur ingéniosité, par l'intelligence et la rapidité d'esprit dont ils témoignent – mais aussi par la poésie des mots qu'il utilise dans ses envols imaginaires. Cette autre dimension du mensonge se précise dans le deuxième acte, quand Doranten'apparaît plus seulement comme un don juan en herbe un peu mythomane, mais aussi comme un poète, qui réfléchit sur la capacité du mensonge à embellir la vie, comme celle de la fiction littéraire ou de l'art en général :

« Il transforme en poésie notre prose quotidienne

Assemble comme une pie un peu de ceci

Un peu de cela, une fille, une rose, un baiser,

Il emploie sa magie, son sombre talent

Pour nous émerveiller (…)

Car un monde où les prêtres et les princes mentent

Le menteur se fond comme un papillon

Et lui-même, en accord avec la fiction cosmique

Nous convainc, nous pauvres bouffons incrédules, par simple persuasion»

(11)

L'adaptation de Ives souligne ici une dimension qui n'était que suggérée dans la comédie originelle de Corneille, mais qui prolonge une conception de l'art classique: l'art représente la vie mais en la transformant, c'est-à-dire aussi en la déformant et donc en trahissant sa réalité. Mais cette « déformation» produit aussi un enchantement qui nous rappelle que si la vie est un théâtre, le théâtre – comme d'autres formes d'art – nous offre aussi une seconde vie: certes, cette seconde vie, cette vie fictive ou virtuelle est un mensonge, comme nous le rappelle brillamment, après Corneille, The Liar de David Ives ; mais elle nous offre aussi un second regard sur notre propre vie, sur les jeux et les rôles que nous y jouons en amour et en société, tout en suscitant un plaisir – c'est là l'art de la comédie – qui est un véritable délice de l'esprit..

NOTES :

1) La Compagnie Anteus, à North Hollywood, est réputée pour ses productions très soignées de pièces du répertoire classique. La pièce The Liar de David Ives, mise en scène de Casey Stangl, a été présentée à Los Angeles du 10 octobre au 1er décembre 2013. Auparavant, elle a été présentée par la Shakespeare Theatre Company à Washington, D.C., au printemps 2010, et au Writers' Theatre à Glencoe (Illinois) de mai à juillet 2013.

2) David Ives utilise le terme "translaptation" pour décrire son adaptation du texte de Corneille :

"My version is what I call a 'translaptation,' a translation with a heavy dose of adaptation. I contend one must think as a playwright, not as a translator. One must ask: what was on Corneille's chest and how can I use what's on mine to create something with dramatic and comedic integrity? In other words, you have to write the play Corneille would have written today, in English. In the end, I did." (Intro, Plays in Print, Smith & Kraus Publishers, Inc., 2010, p VII.)

3) A partir des alexandrins de 12 pieds qui composent la comédie originelle de Corneille.

4) C'est la troupe des Tangerines qui jouait The Liar le jour où j'ai vu la pièce – celle-ci est en effet présentée en alternance avec la troupe des Cherries. Unique parmi les theatres de 99 places à LA, la compagnie Anteus a en effet pour tradition de faire jouer chaque rôle par deux acteurs ("partner casting,"), qui le travaillent ensemble pendant toutes les répétitions. Ainsi pour The Liar, les acteurs des Tangerines et ceux des Cherries  ont respectivement assumé les rôles suivants: Nicholas D'Agosto et Graham Hamilton dans le rôle de Dorante; Rob Nagle et Brian Slaten dans celui de Cliton; Kate Maher et Julie Willcox pour Clarice ; Joanna Strapp et Ann Noble pour Lucrèce ; Bo Foxworth et Joe Delafield pour Alcippe ; Robert Pine et Peter Van Norden pour le père ; Gigi Bermingham et Karen Malina White pour Isabelle and Sabine (chacune jouant les deux rôles).

5) C'est la deuxième fois que Casey Stangl collabore aux adaptations du Théâtre Anteus (en 2011 elle y avait dirigé Peace in Our Time, une pièce de Noel Coward). Stangl est aussi une habituée des pièces du répertoire classique français, car elle a précédemment mis en scène The Illusion, une adaptation de L'Illusion Comique", de Corneille, par Tony Kushner, au théâtre A Noise Within en 2012, et d'autres adaptations de David Ives, telles The School for Lies (du Misanthrope, de Molière) ; The Heir Apparent ( Le Légataire Universel, de Jean-François Regnard), et A Flea in Her Ear (La Puce à l'Oreille, de Feydeau  ).

6) L'acteur Gérard Philippe (1922-1959) fut en effet célébré pour son interprétation incomparable de Rodrigue, dans la tragi-comédie Le Cid (1637) de Pierre Corneille.

7) La comédie Le Menteur, de Pierre Corneille fut représentée pour la première fois au théâtre du Marais à Paris en en 1642 et publiée en 1644. Elle était basée sur un roman d'aventures espagnol La Verdad Sospechosa (1634) de Juan Ruíz de Alarcón. Corneille est plus connu pour ses grandes tragédies (Andromaque, Cinna, Polyeucte..) que pour ses comédies, qui comme l'Illusion Comique (1636) restent souvent marquées par l'esthétique baroque. Mais en écrivant Le Menteur, Corneille s'éloignait de la farce légère à l'italienne (style « commedia de l'Arte ») qui dominait a l'époque pour produire une des premières comédies de mœurs de son siècle. La pièce visait surtout en effet l'hypocrisie et la futilité d'une certaine noblesse et bourgeoisie parisienne. Par ailleurs, la pièce est aussi centrée sur le défaut de caractère de son personnage principal (le menteur) et prélude à cet égard aux grandes comédies de caractère que Molière produira un peu plus tard dans le siècle, comme L'Avare, Le Malade Imaginaire, Le Misanthrope, etc

8) Gigi Birmingham a récemment reçu le « Ovation Award » pour son portrait Maria Callas à l'International Theatre Center à Long Beach.

9) Le texte de Corneille fait quelques références aux apparences et aux beaux discours superficiels qui dominent les milieux parisiens :

« Paris est un grand lieu plein de marchands mêlés ;
L'effet n'y répond pas toujours à l'apparence :
On s'y laisse duper autant qu'en lieu de France » (Acte I, scène 1)

Qu'un si riche discours nous rend considérables !

Qu'on amollit par-là de cœurs inexorables !

Qu'un homme à paragraphe est un joli galant ! (ligne 330-333)

Le Menteur, de Pierre Corneille

10) Ma traduction du texte de David Ives ci-dessous :

All right. Here's where you start:

All the world's a lie, and all the men and women

Merely liars, for each of them must play…

CLITON

A part?

DORANTE

A role. This world's a scrim, Cliton, a fiction,

A richly tapestried, inch-thick depiction

Stretched over some mysterious cosmic hole.

(….)

For each man fears in his biology

That life's a fraud, a fake, an empty vial.

Why else do people primp and pose? Denial.

That's where the liar comes in. Because he knows

The truth, accepts the void, because he shows

Us the absurd commedia we're all masked for.

(Acte 2, scène 1 , pp 79-80)

11) Ma traduction du texte de David Ives ci-dessous :

DORANTE

He turns to poetry our daily prose,

Assembles like a magpie some of this

And some of this, a girl, a rose, a kiss,

Expends his magic, his dark artistry,

To dazzle us, reweave the tapestry

[With brilliant colors from his endless spools.

He does what Nature does with Nature's tools,]

For in a world where priests and princes lie

The liar blends in like a butterfly

As he, in balance with the cosmic fiction,

Persuades us doubting fools through mere conviction.)

( Acte 2, scène 1 , pp 79-80)

Michèle Druon

Lecture supplémentaire :

A Tangled Web of Tall Tales, Told in Verse
The New York Times, July 13, 2012

 

Jenny à l’envers…

Jenny finalLe 14 mai 1918, lorsqu'un timbre de 24 cents fut émis pour marquer l'ouverture du premier service postal aérien, les collectionneurs savaient qu'on avait fait vite et que le timbre serait en bichromie, ce qui voulait aussi dire que des défauts rares et précieux pouvaient avoir été commis en cours de route. Pourtant, un washingtonien du nom de William T. Robey, n'en crut pas ses yeux lorsqu'il découvrit une planche de 100 timbres représentant le biplan Curtiss JN-4H, alias "Jenny", à l'envers !

Jernny 3 

Jenny 1   Jenny 2
le biplan Curtiss JN-4H

(Photos provenant du site www.airliners.net obligeamment choisies par notre conseiller aéronautique, Hubert Nortier)


Vingt ans plus tard, Robey devait dire : « Le commis plongea sous le comptoir et en ressortit une planche complète. Mon cœur s'arrêta de battre ». Très vite, il se rendit compte qu'il avait acheté la seule planche de timbres défectueux mise en vente.

Le lendemain, la liaison postale aérienne débuta entre Washington, Philadelphie et New York, grâce à des pionniers de l'aviation comme Reuben H. Fleet. Au fil des ans, la planche de « Jenny à l'envers » fut divisée et vendue, produisant certaines des pièces de collection les plus recherchées du monde. Le défaut d'impression avait fait du « Jenny à l'envers" l'un des timbres les plus rares et les plus précieux de l'histoire de la philatélie. Aujourd'hui, le Musée national de la Poste de Washington s'enorgueillit d'en posséder deux exemplaires. En 2013, avec l'ouverture de la Galerie philatélique William H. Gross – qui coïncide avec le 20ème anniversaire du Musée – les visiteurs pourront également voir un bloc de quatre « Jenny à l'envers » (prêté au Musée), l'un des quelques blocs qui existent dans le monde. Il est exposé parmi d'autres innombrables exemples de la façon dont un timbre peut bouleverser un événement historique.

Gross stamp galleryla Galerie philatélique William H. Gross
Washington, D.C.
(plus de 1.100 m2d’expositions)

Le Service postal des États-Unis vient de commémorer cet événement, 95 ans plus tard, en émettant un timbre de 2$ reprenant le motif du « Jenny à l'envers », en émission restreinte.

Jenny 24$

Des années 1800 au début du XXe siècle, la collection de plis, d'enveloppes, d'empreintes postales et de timbres-poste (à partir de 1843) se nommait la «timbrologie ». « Philatélie » est attribuée à Georges Herpin dans la revue Le Collectionneur de timbres-poste du 15 novembre 1864. Il a été créé à partir des mots grecs philos (ami) et ateleia (l'exemption de taxe). En Grèce, c'est le mot telos (taxe) qui est utilisé, notamment dans le titre de la revue Philotélia.. Le mot « timbromanie » est jugé péjoratif par le même Herpin. Le mot « philatélie » a été préféré à celui de « timbrologie » en raison de sa meilleure adaptation, du fait de ses racines grecques, à un emploi international. « Timbrologie" subsiste cependant encore dans le titre de la plus ancienne des revues philatéliques françaises encore publiée L'Écho de la timbrologie, créée en 1887.

Echo

Avec l'adoption du timbre-poste, la réception des lettres est devenue gratuite, alors qu'auparavant la remise d'un pli entraînait des frais pour le destinataire.

L'aérophilatélie est la partie de l'histoire de la poste qui concerne la poste aérienne. Depuis l'origine, les philatélistes ont suivi l'évolution du transport du courrier dans les airs et des spécialistes ont abondamment étudié et documenté tous les aspects de la poste aérienne.

Cette année, la Fête du Timbre, célébrée dans toute la France les 12 et 13 octobre derniers, a été dédiée à l'histoire des montgolfières et ballons de 1783 à nos jours. À cette occasion, La Poste a émis une série de dix timbres sur « L'envol des montgolfières et ballons », articulée autour de trois thèmes : l'envol des montgolfières, les ballons utilitaires et le renouveau des montgolfières.

French stamp 1


Si, le 4 juin 1783, les frères Joseph et Étienne de Montgolfier font s'élever dans le ciel d'Annonay le premier aérostat à air chaud, les applications utilitaires de cette invention ne s'imposent que progressivement. Le premier transport de courrier par voie aérienne (et donc la naissance de la poste aérienne) eut lieu pendant le siège de Paris, au cours de l'hiver 1870-1871. Défiant l'encerclement par les troupes prussiennes, 66 ballons vont transporter à l'extérieur de la capitale : 164 personnes (dont Léon Gambetta qui rejoint le gouvernement provisoire à Bordeaux), 381 pigeons voyageurs et quelque trois millions de lettres rédigées sur du papier pelure pour ne pas excéder quatre grammes ! 

L'aérophilatélie est la partie de l'histoire postale qui s'attache à la poste aérienne. Depuis l'origine, les philatélistes ont suivi l'évolution du transport du courrier dans les airs et des spécialistes ont abondamment étudié et documenté tous les aspects de la poste aérienne.

French stamp 2


La Fédération internationale de philatélie (FIP) regroupe les fédérations nationales d'associations de collectionneurs de timbres.

Parmi ses compétences, elle détermine les règlements des compétitions d'expositions philatéliques et des collections associés (traditionnelle, aérophilatéliemaximaphilie,
philatélie fiscale, par exemple).

Le petit glossaire du LMJ :

air mail

poste aérienne

cancellation

oblitération

first day cover

enveloppe premier jour

flimsy paper

papier pelure

forgery

contrefaçon

hot-air balloon

montgolfière

post, mail

courrier

postmark

cachet de la poste

sheet

planche, feuille

stamp

timbre

stamp collecting

la collection de timbres

watermark

filigrane

 
Lecture supplémentaire :

The 11 Most Controversial Stamps in U.S. History

Toute l'actualité du timbre-poste
PHIL'INFO, Octobre 2013

To Delight Stamp Collectors, Postal Service Turns a Famous Mistake Upside Down
New York Times, October 6, 2013

The Inverted Jenny : Money, Mystery, Mania
A True Story of Crime, Romance, Corruption and Greed
George Amick
Publisher: Scott Pub Inc Co (May 1987)

 

Inverted

 

 Jean Leclercq

 

Le mot valise anglais du mois – phubbing


Selon Oxford Dictionaries (USA), le verbe to snub et le substantif snub se définissent comme suit :

verb (snubssnubbingsnubbed)

[with object]

1 rebuff, ignore, or spurn disdainfully:
He snubbed faculty members and students alike;
He snubbed her request to wind up the debate

2……

noun

an act of showing disdain or a lack of cordiality by rebuffing or ignoring someone or something: He couldn't help thinking that the whole thing was meant to be taken as a snub

Le mot n'a rien à voir avec le substantif « snob », que le même dictionnaire définit comme suit :  « a person with an exaggerated respect for high social position or wealth who seeks to associate with social superiors and dislikes people or activities regarded as lower-class. »

Notre terme cette fois-ci, phubbing, a été inventé par un groupe d'universitaires australiens pour décrire le comportement antisocial consistant à se servir de son portable sans égard aucun pour les personnes se trouvant en notre compagnie. Il s'agit du néologisme phubbing – contraction des mots anglais phone (téléphone) et snubbing (repousser, rabrouer). Celui qui se comporte de la sorte est appelé un phubber .

Le clip vidéo suivant explique le processus qui a donné naissance au mot.


D'après cette vidéo (en fait une pub cachée de promotion d'un dictionnaire), le mot s'est rapidement répandu dans le monde entier.

On peut lire la définition suivante du phubbing sur www.stopphubbing.com:

« The act of snubbing someone in a social setting by looking at your phone instead of paying attention. »

Voici le message sur le site :

« Le phubbing sévit dans le monde. Imaginez les couples du futur assis en silence. L'art de la conversation ou la communication face-à-face complètement éradiqué. Il faut y réagir et c'est maintenant qu'il faut s'y mettre. Donc, si vous partagez notre avis, à savoir que le phubbing échappe au contrôle, passez le mot. Utilisez ce site pour stopper les phubbers pour de bon. »

D'après un sondage de l'agence de publicité McCann, 37% des jeunes sont d'avis qu'il est plus important de répondre à un texto, quitte à interrompre une conversation en cours.

Un autre sondage fait en Grande-Bretagne par YouGov pour le Sunday Times révèle l'étendue de cette dépendance addictive aux portables. Il a été démontré que 44% des utilisateurs consultent leurs portables en moyenne pendant plus d'une demi-heure dans la journée, dont 8% reconnaissent le faire pendant 3 heures par jour, et 3% pendant cinq heures ou plus par jour.

Un tiers des personnes sondées ont reconnu être des phubbers ; 27% d'entre eux répondent à un appel téléphonique pendant une conversation en face à face, 30% en étant au restaurant et 19% lorsqu'ils sont servis dans un magasin. D'après le même sondage, 54% consultent Facebook, Twitter ou d'autres réseaux sociaux tous les jours, 16% le consultent plus de 10 fois par jour, et 63% portent leur téléphone sur eux "presque tout le temps, ou tout le temps".

On ne peut s'empêcher de penser que ces chiffres ont été abaissés, et qu'une partie des personnes interrogées n'était pas prête à avouer ses habitudes à cet égard.

La résistance au phubbing a pris d'autres formes. Ainsi à Sao Paulo, Brésil, les propriétaires du bar Salve Jorge ont conçu une chope de bière, dotée d'une fente à sa base, qui ne se redresse qu'une fois le téléphone portable déposé sur la table.

Autre tendance à la hausse en Grande-Bretagne et en Amérique, pour éviter le phubbing, est le phone stacking  – Les convives déposent leurs téléphones au milieu de la table, et si l'un d'eux s'avise de vérifier ses appels pendant le repas, c'est lui qui paie l'addition entière.

Voici le propos que l'on prête à Albert Einstein:

En fait, rien ne prouve qu'il l'ait dit. Mais, si l'on en juge par les photos ci-dessous, il aurait pu le dire. Si Einstein n'a pas prononcé la phrase qu'on lui attribue, c'est qu'il n'était peut-être pas aussi intelligent qu'on l'a cru.

Et voilà comment les phubbers passent leur temps…

Retrouver ses amis autour d'un café…


Une journée à la plage…


Encourager son équipe…


 
Dîner au restaurant avec des amis…

 

Sortir avec une femme…


Converser……

 


Visiter un musée…


Découvrir une ville…

 

S'embrasser

 

 

Se marier


Une signalétique pour mettre en garde contre les potentiels phubbers :

A la une : Selon NBC News, la police de San Francisco a établi qu'un bandit armé monté dans le train n'a été remarqué par les autres passagers, absorbés par leurs mobiles, que lorsque ledit bandit a tué un des voyageurs.

Lecture supplémentaire :

Ne soyez pas snob avec votre téléphone!
Rfi 2.9.2013

Halte au « phubbing » : vous pouvez lâcher votre téléphone ?
Le Nouvel Observateur, 24/08/2013

Jonathan G     

Traduction : Magdalena Chruscielmagdalena.chrusciel@gmail.com

Nelson Mandela – les longues années d’emprisonnement à Robben Island


"Not of an age, but for all time"

(Ben Jonson sur William Shakespeare)

Dans un précédent article, j'ai raconté mon séjour dans la lointaine île de Sainte-Hélène, au milieu de l'Atlantique, où Napoléon a été exilé, il y a près de 200 ans. 

Mandela jailEn rédigeant cet article, je me suis souvenu de ma visite, bien des années plus tard, dans une autre île (située dans le même océan) et qui est associée à une autre grande figure historique. Cet îlot, Robben Island, est situé à sept kilomètres au sud de la ville côtière du Cap (Afrique du Sud) et le personnage s'appelle Nelson Mandela, qui vient de disparaître. Le monde entier l'a reconnu pour avoir combattu la suprématie absolue des Blancs en Afrique du Sud, et être devenu le premier président noir de l'Afrique du sud, apres être emprisonné à Robben Island pendant 18 ans (et 9 ans ailleurs).  

Capture d’écran 2011-07-08 à 20.32.45

 

Le poème Invictus avait à tel point inspiré Mandela qu’il l’aida à surmonter ses longues années de captivité à Robben Island.

Le titre latin signifie « invaincu, dont on ne triomphe pas, invincible » et se fonde sur la propre expérience de l'auteur puisque ce poème fut écrit en 1875 sur son lit d'hôpital, suite à une amputation du pied. À l’origine, ce poème ne possédait pas de titre, mais celui-ci fut ajouté plus tard par le critique littéraire anglais, Sir Arthur Quiller-Couch.

William Henley disait lui-même que ce poème était une démonstration de la résistance à la douleur dont il avait fait preuve à la suite de son amputation.

 

Anglais]

 Traduction libre

Out of the night that covers me,
    Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
    For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
    I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
    My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
    Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
    Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
    How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
    I am the captain of my soul.

Depuis l'obscurité qui m'envahit,
 Noire comme le royaume de l'enfer,
 Je remercie les dieux quels qu'ils soient
 Pour mon âme indomptable.

 Dans l'étreinte féroce des circonstances,
 Je n'ai ni bronché ni pleuré
 Sous les coups de l'adversité.
 Mon esprit est ensanglanté mais inflexible.

 Au-delà de ce monde de colère et de larmes,
 Ne se profile que l'horreur de la nuit.
 Et pourtant face à la grande menace
 Je me trouve et je reste sans peur.

 

Peu importe combien le voyage sera dur,
 Et combien la liste des châtiments sera lourde,
 Je suis le maître de mon destin,
 Je suis le capitaine de mon âme.

 

 

  

Ces deux dernières lignes retentissantes ont fortement imprégné le langage littéraire anglais.

Voici des bons mots de Mandela lui-meme:
 
Mandela bons mots

En 2000, je suis retourné faire un tour en Afrique du Sud et j'ai pris le bac du Cap à Robben Island. Une visite guidée m'a permis de voir la cellule où Mandela a passé sa longue captivité, avant d'être libéré en 1990 et de gagner, en 1993, le Prix Nobel de la Paix [1]. Mandela est devenu Président de l'Afrique du Sud en 1994. 

MANela cellLa cellule de Mandela a Robben Island 1963-1981

Mandela lui-même a retourné à Robben Island pour accompagner des visiteurs distingués, dont les Présidents Clinton et Obama.

Mandela and clinton    Mandela obama

Pendant mon séjour, j'ai acheté un tapis de souris (dont je me sers en écrivant cet article) sur lequel figure une citation d'Ahmed Kathrada, un autre prisonnier de Robben Island qui devait devenir plus tard député de l'ANC au Parlement. La voici: 

 

Capture d’écran 2011-07-08 à 20.36.32 « Sans pour autant oublier la brutalité de l'apartheid, nous ne voulons pas que Robben Island devienne un monument à nos épreuves et à nos souffrances. Nous souhaiterions qu'elle soit un triomphe de l'esprit humain sur les forces du mal; un triomphe de la sagesse et de la largeur d'esprit sur la petitesse et la mesquinerie; un triomphe du courage et de la détermination sur la fragilité humaine et la faiblesse. » 

 

Si Mandela continue d'inspirer et d'être un symbole du remplacement du régime d'apartheid par celui de la « Nation Arc-en-ciel », de nombreux observateurs ont jugé son héritage décevant. Aujourd'hui, l'Afrique du Sud est ravagée par la violence, le SIDA et la corruption.   

Capture d’écran 2011-07-08 à 20.41.28
En outre, le gouvernement sud-africain est resté en étroites relations avec les régimes répressifs de Mugabe, au Zimbabwe, de Castro, à Cuba, et de Kadhafi (renversé en 2011), en Libye. 

 

Dinuzulu kaCetshwayo
(1868 –1913)
exilé à Sainte-Hélène 

Mandela dans sa cellule, 
à Robben Island

En conclusion, je souhaite relever une analogie historique entre Robben Island et Sainte-Hélène: 70 ans avant que le régime des Blancs d'Afrique du Sud emprisonne ses opposants noirs à Robben Island, le régime colonial britannique qui gouvernait la province du Natal (désormais le KwaZulu-Natal) déporta à Sainte-Hélène un autre rebelle noir, Dinuzulu kaCetshwayo, Roi des zoulous.  
Pour terminer sur une note linguistique, on peut opposer la démarche intellectuelle de Mandela à Robben Island à celle de Napoléon à Sainte-Hélène. Bonaparte fit de gros efforts pour apprendre l'anglais, la langue de son ennemi, mais avec apparemment peu de succès. Mandela, quant à lui, maîtrisait parfaitement l'anglais et l'afrikaans (les deux langues officielles de l'Afrique du Sud de l'apartheid, et donc les langues de ses oppresseurs). Pendant sa détention à Robben Island, Mandela étudia le droit par correspondance à l'Université d'Afrique du Sud (UNISA), un établissement de téléenseignement d'avant l'ère électronique. Ses épreuves et examens étaient expédiés sur la terre ferme par le bac puis jusqu'à l'université par le service postal, et les diplômes revenaient par l'itinéraire inverse. Il obtint un diplôme de droit de l'UNISA et, par la suite, un doctorat honoraire.  

Capture d’écran 2011-07-08 à 20.42.35

Pauvre Napoléon – Les Anglais ne lui offrirent pas les mêmes possibilités de s'instruire. 

——————

[1] Dans ma jeunesse, le chef de file de la lutte contre l'apartheid n'était pas Mandela, mais le Chef Albert Luthuli. À cette époque, j'ai assisté à une conférence donnée à Durban* par Luthuli qui dirigeait alors le « Congrès du Peuple », le précurseur de l'ANC.

Le Congrès avait adopté la « Charte de la Liberté » que Luthuli voulut bien me dédicacer à l'issue de sa conférence. La Charte déclare:

 

« Nous, peuple d'Afrique du Sud, faisons savoir à tout le pays et au monde: que l'Afrique du Sud appartient à tous ceux qui y vivent, noirs et blancs, et qu'à moins d'être fondé sur la volonté du peuple, aucun gouvernement ne peut légitimement prétendre la régir… » 

 

Capture d’écran 2011-07-08 à 20.36.29 
Mon exemplaire de la Charte de la liberté,
signé par le Chef Albert Luthuli

 

Luthuli devait recevoir le Prix Nobel de la Paix en 1960, tout comme Mandela, 33 ans plus tard.

 

 Jonathan G.    Traduction : Jean L.

Sources:

Robben Island: Nelson Mandela's Prison Home
TIME, December 5, 2013

Nelson Mandela et sa vie de combattant de la liberté 

Nelson Mandela, une ligne morale
Le Monde, 06.12.2013

NELSON MANDELA CENTRE OF MEMORY

Robben Island – Wikipedia (en anglais) 

Robben Island – Wikipedia (en francais) 

Liste des prix et distinctions conférés à Nelson Mandela – Wikipedia

Capture d’écran 2011-07-08 à 20.44.44

* Durban est un port de l'Océan Indien où je suis né et qui est devenu une ville lorsque des colons britanniques s'y installèrent en 1824; ils lui donnèrent par la suite ce nom en souvenir de Sir Benjamin d'Urban, un patronyme anglais d'origine française (Urban ou Urbain, en Languedoc).

Why would an American write a book on the rules for the gender of French nouns?

 

by

Shaul
 

Saul H. Rosenthal

Le Dr Saul Rosenthal est diplômé de l'Université Harvard avec mention très bien. Il a obtenu son diplôme de médecin de l'École de médecine d'Harvard et a accompli un internat au Boston City Hospital et une résidence au Massachusetts Mental Health Center, l'un et l'autre à Harvard. Il est ensuite devenu assistant, puis professeur associé, à l'École de médecine de l'Université du Texas, à San Antonio. Dans la mi-trentaine, il déclina une offre de présidence d'un département et ouvrit un cabinet. Il prit sa retraite avant 60 ans et se consacra à sa passion de la France et de la langue française.

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Shortly after I retired, some seventeen years ago, my wife and I began to spend several months a year in France. We avoided other expatriates and found friends among the French people all around us. We were in France to meet the French, after all, not other English-speaking people. My French, which was moderately poor when we started out, naturally began to improve. I stopped carrying a little French-English dictionary in my back pocket because as my French improved, I discovered that the words I didn't recognize no longer could be found in the little pocket dictionary.

However, as my French improved, I started wondering about the gender of French nouns, why an arm is masculine while a leg is feminine? Why my sofa is masculine but my chair is feminine? It made no sense to me that an eye is masculine, but an ear is feminine? And why should a person or victim always be feminine, even if the person or the victim I'm referring to happens to be a man? And how odd that a breast, the essence of femininity, is masculine, while the word masculinité itself is feminine!

While the illogic of French gender can be puzzling and frustrating to the new student of French, native French speakers (like yourselves) learn the language with their mother's milk. They know automatically whether a noun is masculine or feminine, but they have no idea why. They never even think of the questions I posed in the last paragraph.

Francophones accept the gender and take it for granted, but usually they are unaware that there are rules for masculinity and femininity that can be discovered by observation. In fact the possibility doesn't even occur to them.

When, for example, I have told French friends that all nouns ending in ET, like ballet and ticket, are masculine, they are not aware of it. They will run several more ET words through their heads to verify, and then nod and say something like, "You're right, that's very interesting. I never realized it!" It's not something they are normally conscious of.

Thus, the answer to the question "Why would an American write a book on the rules for the gender of French Nouns?" is clear. It would never occur to a French speaker to write a book like this. The gender of nouns is a puzzle for non-French speakers, but French speakers never even think about it.

The Rules for the Gender of French Nouns : Why your arm is masculine but your leg is feminine, and other mysteries of the French language (paperback & Kindle editions)

I actually began this study, not with the intention of writing a book, but rather to satisfy my own curiosity. The rules I discovered, and which you will find in my book The Rules for the Gender of French Nouns, are empirical rules, not theoretical ones. They were derived through my encounters with hundreds, if not thousands, of nouns from my everyday conversations and from ordinary reading.

Having had a scientific training, I went about discovering these rules in a pragmatic and practical way, and it will help you to understand the book if you know how I arrived at them:

My first step was to make lists of different noun endings that I encountered. Then, as I found each new noun, I wrote it alongside the appropriate noun ending in one of two columns, according to whether it was masculine or feminine.

It soon became clear that there were certain noun endings that always (or almost always) indicated that the noun was masculine. There were other noun endings that always (or almost always) indicated that the noun was feminine. I also found that there was a third, actually smaller, group of noun endings that did not follow either rule. Nouns with these endings could be either masculine or feminine.

I also found that it didn't matter if the nouns were in proper French or were in casual language (langage familier), or in slang. If they were in any kind of French, they followed these rules.

My goal, thus, was to make sense out of the big jumble of masculine and feminine words that the reader would encounter, and to present simple, easy-to-recognize, and easy-to-follow rules.

As I discussed a noun ending in the text, I included examples of nouns to illustrate it. I did this for two reasons. The first reason was so that the reader could see how common (or uncommon) the noun ending is, and the second reason is to make it easier to recognize the noun-ending pattern when the reader saw or heard it.

For instance, if I just stated that nouns with ET endings were masculine, the rule wouldn't be connected to anything tangible and would be easy to forget. However if I tied it to examples of nouns ending in ET (like ticket, billet, valet, crochet, mollet, brevet and ballet) the reader would have a visual image of it and would be much less likely to forget it.

Because these words have been collected randomly from everyday usage, I don't make any claim that I've collected all the nouns for any noun ending, or that the lists of exceptions are exhaustive.

Indeed, my goal was not to try to be exhaustive in terms of finding all the odd little exceptions, but rather to give the reader broad rules that are readily remembered, and that are therefore useful to him or her on a daily basis.

On the other hand, I have tried to be comprehensive. While other lists of rules of gender just give a few miscellaneous rules and leave the reader guessing for all the rest of the nouns in the language, I've tried to give useful rules for all, or almost all, of the nouns the reader will encounter.

After reading this book, if an anglophone sees words like croisement, or pays, or vin, or chocolat, he or she will know that they are masculine, and, in the same way, he or she will recognize immediately that ville, facture, maladie and essence are feminine words.

For each edition of The Rules for The Gender of French Nouns, as new examples and counter-examples have emerged, I have made small changes to perfect the rules, adding or modifying as the case may have been. The sole goal has been to make the rules as accurate and as easy to use as possible. The book is now in its fourth edition.

Writing the book was a labor of love for me. It was constantly exciting to encounter an interesting new noun to be used as an example or as an exception, and to figure out how the nouns could best be divided into coherent groups that would be easy to memorize. I suspect that I will never feel that the work is truly completed.

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Commentaire du blog :

 

À propos de genre…
L'ouvrage du DrRosenthal arrive à point nommé, au moment où la polémique fait rage à propos de la notion de genre. Ce problème du genre des noms est un casse-tête que connaissent tous ceux qui entreprennent l'étude d'une langue qui en comporte deux (comme le français ou l'espagnol), voire trois (comme l'allemand).  En effet, toutes les langues ne présentent pas l'avantage, comme le turc, d'ignorer complètement la notion de genre. Or, cette distinction entre le masculin et le féminin, n'est ni arbitraire, ni aléatoire. Elle obéit à des règles, mais celles-ci sont le plus souvent méconnues des locuteurs eux-mêmes. Lorsque j'étudiais l'allemand en cours du soir, je me suis vite aperçu que les noms en ung (comme Leitung, Richtung, Werbung) ou en eit (comme Freiheit, Gemütlichkeit ou Seligkeit) étaient toujours du genre féminin et je l'ai fait remarquer à l'enseignante allemande. Celle-ci a paru étonnée car, pour elle, le genre des noms était quelque chose d'instinctif. Il suffisait, disait-elle, de mémoriser l'article (der, die ou das) en même temps que le nom. De même, en espagnol, les noms se terminant par un o seront masculins et ceux se terminant pas un a féminins. Ainsi, le béret se dit la boina. La coiffure change de genre en traversant les Pyrénées. Tout cela montre l'intérêt que peut présenter le regard de celui qui, comme le Dr Rosenthal, observe de l'extérieur les bizarreries d'un idiome qui n'est pas sa langue maternelle.

Jean Leclercq

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Books by Shaul Rosenthal:

Speaking Better French: The Key Words and Expressions that You'll Need Every Day

French Key Words and
Expressions: The Combined Book

 

French Faux Amis: The Combined Book

Oddities and Curiosities of
the English Language

Conversation en anglais, les mots
et expressions-clés

All the French You Use
Without Knowing It