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Shaul Ladany, linguiste du mois de décembre 2014


 


Ladany portrait 1Ce mois-ci, notre interlocuteur, Shaul Ladany, 78 ans, mérite le titre de linguiste puisqu'il connaît huit ou neuf langues (utilisant trois alphabets – le cyrillique, le latin et l'hébreu). Mais, nos lecteurs pourront trouver autant d'intérêt – sinon plus encore – dans le récit de sa vie, toute faite d'aventures et de prouesses (scolaires, universitaires et sportives). C'est la raison pour laquelle nous nous autorisons à laisser de côté les préoccupations linguistiques pour narrer le parcours hors du commun d'un être d'exception.

Votre bloggeur intrépide, Jonathan G. s'est rendu à Beer-Sheva [1] Ladany ben-gurion-university
dans le sud d'Israël pour rencontrer le professeur Shaul Ladany. L'entretien a eu lieu à l'Université Ben Gurion dont Shaul Ladany est professeur honoraire de gestion et de génie industriels. Il s'est tenu en hébreu, a été transcrit en anglais puis traduit en français par votre autre fidèle rédacteur, Jean L.

(version anglaise)

 

Ladany hands upLMJ: Lorsque les nazis ont occupé la Hongrie en 1942, vos grands-parents maternels ont échappé au massacre de la population juive par la gendarmerie hongroise dans leur ville natale de Novi Sad (aujourd'hui en Serbie), mais ils ont été envoyés au camp de concentration d'Auschwitz en 1944, et périrent dans les chambres à gaz. En 1941, à l'âge de cinq ans, vous aviez vous-même fait connaissance avec la machine de guerre allemande lorsque, avec vos parents, vous êtes parvenu à échapper à un bombardement de la Luftwaffe en vous réfugiant dans la buanderie du sous-sol de votre immeuble, à Belgrade. Quelles langues avez-vous apprises pendant votre enfance en Europe ?


S.L. :
Ma langue maternelle est le serbo-croate. Par la suite, j'ai appris à écrire la variante serbe en cyrillique et la croate en lettres latines. J'ai appris le russe à l'école. J'ai appris l'allemand avec ma nounou et je parlais hongrois avec mes parents. Plus tard, j'ai été en contact avec des locuteurs yiddish et, sachant l'allemand, l'acquisition de l'yiddish n'a pas présenté de difficultés.

LMJ: Lorsque les nazis envahirent la Yougoslavie, vos parents se sont Ladany bergen-belsen
enfuis en Hongrie et vous ont mis en sécurité dans un monastère hongrois. Mais, peu après votre huitième anniversaire, vous avez tous été conduits
au camp de concentration de Bergen-Belsen dont peu de gens sont revenus. Vous avez même pénétré dans la chambre à gaz, mais vous en avez réchappé in extremis. En effet, vous avez eu la grande chance de faire partie des 1.684 juifs libérés dans le cadre de l'accord controversé "du sang contre des biens" conclu entre Rudolf Kastner [2] et
Laqdany kasztner
Adolf Eichmann [3]. On
estime que 100.000 Juifs sont morts à Bergen-Belsen et, parmi eux, la jeune Ann Frank. Une fois arrivé en Suisse avec vos parents, ceux-ci ont décidé de rentrer en Yougoslavie pour recouvrer leurs biens. En 1948, Ladany Eichmann,_Adolf  
le maréchal Tito a autorisé votre famille à partir pour Israël à condition d'abandonner tous leurs biens à l'État. Comment êtes-vous arrivés en Israël ? Quelles ont été vos premières impressions de ce pays qui n'était indépendant que depuis quelques mois ?

S.L. : J'avais presque treize ans. Nous avons quitté la Yougoslavie à bord d'un cargo qui transportait 3.000 immigrants et le voyage a duré deux semaines au lieu de deux jours. Nous avons même failli faire demi-tour. Nous sommes arrivés en Israël le lendemain de la déclaration d'indépendance, en mai 1948. Le pays se remettait à peine de l'attaque lancée par les armées des pays arabes limitrophes. Par suite de l'arrivée Ladany immigrantsmassive d'immigrants, le logement était difficile et l'appartement qu'on nous attribua n'avait ni eau, ni électricité. C'était tout différent de la résidence de luxe où ma famille avait vécu à Belgrade, avant la guerre. Pendant les premiers temps, j'avais pour mission d'arpenter la ville avec deux seaux, en quête de points d'eau où je puisse les remplir et les ramener à la maison. Mais, je retournai aussi à l'école et j'appris l'hébreu qui devint ma nouvelle langue maternelle, de même que l'anglais et le français. Côté activité professionnelle, mes parents durent repartir à zéro.


LMJ:
Après l'école secondaire, vous avez étudié dans deux établissements d'enseignement supérieur de pointe, y obtenant un diplôme de génie mécanique et un autre de gestion des entreprises. Vous avez ensuite poursuivi vos études de doctorat, toujours en gestion des entreprises à Ladany columbia-university-logo1Columbia University (New York). Vous avez été invité à faire des conférences dans des universités du monde entier. Vous avez de nombreuses inventions à votre actif dont huit sont brevetées. Vous avez écrit des douzaines de livres scientifiques, et notamment l'English-Hebrew Dictionary of Statistical Terminology qu'a publié l'Institut israélien de la Productivité, ainsi que beaucoup d'autres articles scientifiques. Quand le sport a-t-il commencé à prendre une grande place dans votre vie ?


Ladany 4S.L.
: J'avais été marathonien amateur mais, pendant mes années à Columbia, je me suis mis à la marche sportive [4] et j'ai commencé à m'entraîner pour les Jeux olympiques de 1968. Après avoir obtenu mon doctorat, je me suis entraîné sérieusement pendant six mois. J'ai représenté Israël aux Jeux de 1968 et de 1972.

LMJ: Les Jeux de 1972 devaient être des Heiteren Spiele, des "Jeux divertissants". Mais, comme nous le savons, ils tournèrent au drame lorsque des terroristes appartenant au mouvement Septembre Noir forcèrent l'entrée du Village olympique, pénétrèrent dans les appartements de certains membres de l'équipe israélienne, en tuèrent deux immédiatement, et prirent les neuf autres en otages. Le gouvernement allemand accepta de leur fournir un hélicoptère afin de leur permettre de les conduire au Caire avec leurs otages, mais les terroristes fusillèrent certains des athlètes et firent sauter l'hélicoptère. En tout, 11 membres de notre équipe furent tués. Comment avez-vous réchappé à l'attaque ?  

 

Ladany 1972 victims

 

 

 

S.L: Notre équipe était logée au Village Ladany Sun headline olympique, dans un immeuble d'appartements mitoyens. Cinq de mes camarades et moi occupions un appartement situé entre les deux qui ont été attaqués. J'ai entendu des cris provenant de l'un des appartements voisins et j'ai couru prévenir le chef d'équipe. Le reste appartient à l'histoire. Les Jeux furent interrompus pendant 24 heures. Les membres survivants de la délégation israélienne reçurent l'ordre de rentrer au pays. Personnellement, je n'étais pas d'accord.[5].

LMJ : Vous nous avez dit qu'à cinq ans vous aviez survécu au bombardement de votre maison, à huit ans au camp de la mort, et plus tard, à l'attaque terroriste des Jeux de Munich – sans parler d'un atterrissage d'urgence par suite d'une panne de l'un des moteurs d'un avion qui vous emmenait au Danemark. Quelle fut la circonstance la plus terrifiante que vous ayez connue dans votre vie ?

S.L. : Un souvenir me revient à l'esprit. Pendant la guerre du Kippour de 1973, je commandais une batterie d'artillerie. Les obus tombaient dans tous les azimuts et, après que mes soldats se soient mis à l'abri dans leur casemate, je courus me mettre moi-même à couvert tellement vite que je crois bien avoir pulvérisé le record mondial des 100 mètres ! Au cours de la récente Opération Bordure protectrice, j'ai dû me réfugier avec des collègues et des étudiants dans l'abri de l'Université alors que les roquettes de Gaza pleuvaient sur Beer-Sheva. Lors d'une précédente attaque de ce genre, je me rendais en voiture de mon domicile à l'Université, à l'entrée de Beer-Sheva, et je dus me coller contre un mur.

Ladany medalsLMJ : Vous avez gagné plus de 700 récompenses sportives, y compris un titre de champion du monde des 100 km aux Jeux de Lugano, en 1972. Vous avez conservé votre record mondiale des 50 miles à la marche pendant 30 ans. Quelle a été pour vous la plus dure épreuve de marche sportive ?


Ladany tubizeS.L.
: La plus éprouvante n'était pas une compétition. Ce fut la marche de 300 km de Paris à Tubize [6], près de Bruxelles. Le peu de temps laissé pour dormir rend cette épreuve plus fatigante que n'importe quel 100 km de compétition. J'y ai pris part dix fois dans ma vie et n'ai cessé d'y participer qu'à 74 ans.

LMJ : Combien marchez-vous actuellement ?

S.L. : Je fais au moins 15 km par jour. Cette fin de semaine, je vais participer à randonnée de 22 km en terrain rocheux très difficile. J'ai aussi pris part à des demi-marathons.

LMJ : Estimez-vous que la marche stimule votre cerveau ?

Ladany 2S.L. : Absolument. L'activité physique fait affluer plus de sang et donc plus d'oxygène vers le cerveau. Mes meilleures idées me viennent en marchant. Jean-Jacques Rousseau le disait déjà. C'est ainsi que j'ai conçu certains modèles mathématiques.

LMJ : Devez-vous certaines de vos coupes et plaques à d'autres sports que la marche sportive ?


Ladany TiberiusS.L.
: Oui, chaque année est organisée une traversée à la nage du Lac de Tibériade. [7] J'y ai toujours participé depuis 54 ans (avec des chaussures pour franchir les fonds rocheux au début et à la fin de l'épreuve). Une fois sorti de l'eau, je reviens à pied jusqu'à ma voiture, garée près du départ.

LMJ : En conclusion de cet entretien, une question d'ordre linguistique : si vous considérez le serbo-croate comme une seule langue, et si vous y ajoutez le russe, le hongrois, l'allemand, l'yiddish, l'anglais, le français et l'hébreu, cela fait huit langues. Quelle neuvième langue avez-vous apprise ?

S.L. : En doctorat, à Columbia, j'ai choisi de suivre un cours intitulé : "la langue des mathématiques". Si vous admettez que les maths sont une langue, alors j'ai acquis une honorable maîtrise de neuf langues.

LMJ : Galilée, le grand physicien, philosophe et astronome italien, a dit : « La Matematica  è l'alfabeto in cui Dio ha scritto l' Universo » (Les mathématiques sont la langue dans laquelle Dieu a écrit l'univers.)  Aussi peut-on, à bon droit, vous créditer de la maîtrise de neuf langues. Nous espérons que vous continuerez longtemps à connaître des expériences exaltantes, mais peut-être un peu moins dangereuses. Pour user d'une formule biblique: Puissiez-vous vivre 120 ans.

 

Ladany the language of mathematics

——————————-

 

Ladany Tel[1] Beer-Sheva, Be'er Sheva ou Bersabée ou Beersheba (en hébreu : בְּאֶר שֶׁבַע, puits du serment ou puits des sept ; arabe : بِئْرْ اَلْسَبْعْ Biʼr as-Sabʻ). Dans la plupart des traductions françaises de la Bible hébraïque, le nom de la ville est rendu par Bersabée. D'après les vestiges mis au jour à Tel Beer Sheva, un site archéologique situé à quelques kilomètres au nord-est de la ville moderne, il est avéré que l'endroit a été occupé par l'Homme depuis le IVe millénaire avant  J.-C. La cité a été plusieurs fois détruite et reconstruite au cours des siècles. (Cf. Wikipedia)

[2] Rudolf (Rezső) Kastner (Kasztner), ou Yisrael Kastner, (1906-1957)
est un avocat, journaliste et dirigeant du Comité d'Aide et de Secours, pendant l'occupation de la Hongrie par les nazis, au cours de la Seconde Ladany trainGuerre mondiale. En outre, il fut chargé de négocier avec les dirigeants SS l'autorisation donnée à 1.684 Juifs de quitter la Hongrie pour la Suisse, en échange d'argent, d'or et de diamants, dans ce que l'on appellera plus tard le "train de Kastner". Kastner connaissait huit langues, dont l'amharique.


[3]
Otto Adolf Eichmann  (1906 – 1962) était un Obersturmbannführer (lieutenant-colonel) SS et l'un des grands organisateurs de l'Holocauste. L'Obergruppenführer Reinhard Heydrich l'avait chargé de faciliter et de gérer la logistique de la déportation de masse des Juifs vers des ghettos et des camps d'extermination dans des pays d'Europe orientale pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1960, il fut capturé en Argentine par le Mossad, le service de renseignement d'Israël. Kastner et Eichmann moururent tous deux en Israël, à quatre ans d'intervalle. Kastner fut assassiné et Eichmann exécuté (premier et dernier condamné à mort par la justice israélienne).

[4] La marche sportive obéit au principe fondamental suivant : le pied qui avance doit être en contact avec le sol avant que l'autre pied ait quitté le sol. Si un concurrent donne l'impression de courir, il peut être disqualifié.

Ladany Spitz[5] Avant l'attaque terroriste, le nageur juif américain Mark Spitz avait gagné sept médailles d'or. Après la prise d'otages, il est rentré aux États-Unis par le premier avion à destination de ce pays.

[6] Tubize (Tubeke, en flamand) est une commune du Brabant, dans l'arrondissement de Nivelles (Belgique).


[7] Le Kineret ou Lac de Tibériade (encore appelé Lac de Génésareth ou Mer de Galilée), long de 20 km et large de 10, est à plus de 200m au-dessous du niveau de la mer. Le toponyme Tibériade tire son origine de l'empereur romain Tibère qui régna jadis sur la province romaine de Judée. C'est le lieu où, selon l'évangile de Matthieu (Chap. 14 – 22 à 33), Jésus aurait marché sur les flots.  

 

Lecture supplémentaire : 

 

Ladany book 1King of the Road: From Bergen-Belsen to the Olympic Games :
the Autobiography of an Israeli Scientist and a World-record-holding Race Walker

By Shaul Ladany
Geffen Publishing, 2008

 

 

Ladany book 2L'affaire Kasztner, témoignage d'un survivant :
Le Juif qui négocia avec Eichmann
 

Broché – 19 avril 2013

 

Ladislaus Lob

Editeur : André Versaille

 

 

Noël il y a 100 ans

 Christmas in the Trenches

 

  WW1 image

 

 

 [7 minutes]

Christmas in the Trenches by John McCutcheon

My name is Francis Tolliver. I come from Liverpool.
Two years ago the war was waiting for me after school.
To Belgium and to Flanders, to Germany to here,
I fought for King and country I love dear.
It was Christmas in the trenches where the frost so bitter hung.
The frozen field of France were still, no Christmas song was sung.
Our families back in England were toasting us that day,
their brave and glorious lads, so far away.

I was lyin' with my mess-mates on the cold and rocky ground
when across the lines of battle came a most peculiar sound.
Says I "Now listen up me boys", each soldier strained to hear
as one young German voice sang out so clear.
"He's singin' bloody well you know", my partner says to me.
Soon one by one each German voice joined in in harmony.
The cannons rested silent. The gas cloud rolled no more
as Christmas brought us respite from the war.
As soon as they were finished, and their reverent pause was spent.
'God rest ye merry, gentlemen', struck up some lads from Kent.
The next they sang was 'Stille Nacht". "Tis 'Silent Night'" says I
and in two toungues one song filled up that sky.
"There's someone commin' towards us now" the front-line sentry cried.
All sights were fixed on one lone figure trudging from their side.
His truce flag, like a Christmas star, shone on that plain so bright
as he bravely trudged, unarmed, into the night.
Then one by one on either side walked into no-mans-land
with neither gun nor bayonet, we met there hand to hand.
We shared some secret brandy and we wished each other well
and in a flare-lit football game we gave 'em hell.
We traded chocolates and cigarettes, photgraphs from home
these sons and fathers far away from families of their own.
Young Sanders played his squeeze box and they had a violin,
this curious and unlikely band of men.

Soon daylight stole upon us, and France was France once more.
With sad farewells we each began to settle back to war.
But the question haunted every heart who'd lived that wonderous night
"Whose family have I fixed within my sights?"
It was Christmas in the trenches and the frost so bitter hung.
The frozen fields of France were warmed as songs of peace were sung.
For the walls they'd kept between us to exact the work of war
had been crumbled and were gone for ever more.

My name is Francis Tolliver. In Liverpool I dwell.
Each Christmas come since World War One I've learned its lessons well.
For the ones who call the shots won't be among the dead and lame
and on each end of the rifle we're the same.

© 1984 John McCutcheon – All rights reserved

3:40 :

  

 

Peace is Possible [3:37 minutes]

 

 

Lecture supplémentaire :

 

Game-of-truce

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Honoring 100 Years after The WWI 1914 Christmas Truce
In Our Own Time Of War
Huffington Post, 24 December 2014

 

Kindle

 

PEACE ON EARTH:
The Christmas Truce of 1914

David Boyle
Kindle Single
Endeavour Press (November 30, 2014)

Merci de votre fidélité

Au nom du blog, nous vous souhaitons, chères lectrices et chers lecteurs, chères collaboratrices et chers collaborateurs qui avez fourni des textes dans le courant de 2014, où que vous soyez dans le monde, d'excellentes Fêtes de Fin d'Année.

Bonne annee

Jean LECLERCQ             Jonathan GOLDBERG

Divonne-les-Bains                            Los Angeles

      Francois

         photo François Leclercq

 

White Christmas

I'm dreaming of a white Christmas
Just like the ones I used to know

 

Where the treetops glisten 
and children listen
To hear sleigh bells in the snow


I'm dreaming of a white Christmas

With every Christmas card I write


I'm dreaming of a white Christmas

Just like the ones I used to know

May your days be merry and bright

And may all your Christmases be white

 

IRVING BERLIN

Noël blanc

Je rêve d'un Noël blanc
juste comme ceux que je connaissais

où les cimes scintimment et les enfants écoutent
pour entendre des cloches 
des traîneaux dans la neige

Je rêve d'un Noël blanc
avec chaque carte de Noël que j'écris

Je rêve d'un Noël blanc
juste comme ceux que je connaissais

Que tes jours soient joyeux et radieux
et que tous tes Noëls soient blancs

 

 Version 2014  - Taylor Swift : 

 

Version 1954 - Bing Crosby

  

The Christmas Song

Chestnuts roasting on an open fire
Jack Frost nipping at your nose
Yuletide carols being sung by a choir
And folks dressed up like Eskimos

Everybody knows a turkey and some mistletoe
Help to make the season bright.
Tiny tots with their eyes all aglow
Will find it hard to sleep tonight.

They know that Santa's on his way
He's loaded lots of toys and goodies 
on his sleigh
And every mother's child is gonna spy
To see if reindeer really know how to fly.


And so I'm offering this simple phrase

To kids from one to ninety two
Although it's been said many times,
Many ways, Merry Christmas to you

Songwriters
WELLS, ROBERT / TORME, MEL

La Chanson de Noël

Châtaignes à griller sur un feu ouvert 
Jack Frost mordiller à votre nez 
Chants de Noël étant chantés par une chorale 
Et des gens déguisés comme les Esquimaux 

Tout le monde connaît une dinde et certains gui
Contribuent à rendre la saison brillante , oui 
Tout-petits avec leurs yeux tout embrasé 
Aura du mal à dormir ce soir. 

Ils savent que Santa s sur son chemin 
Il a chargé de beaucoup de jouets
       et de friandises sur son traîneau 
Et l'enfant de chaque mère va espionner 
Pour voir si Rennes savent vraiment comment voler. 

Et donc, je vous offre cette phrase simple 
Pour les enfants d'un à quatre -vingt-douze 
Bien qu'il a été dit plusieurs fois , plusieurs façons 
Joyeux Noël , joyeux Noël, joyeux Noël à vous

Version 2013  - Justin Bieber & Arlana Grande

 

Version 1961 – Nat "King" Cole * Frank Sinatra

  

 

Wilfred Owen, poète anglais de la première Guerre mondiale

 

Gaudry centenary

 
 
Après « Guillaume Apollinaire, flaneur de deux rives» et notre interview William owen avec l'auteur de "Siegfried Sassoon: Soldier, Poet, Lover, Friend", nous poursuivons notre évocation poétique de la Grande Guerre avec Wilfred Owen, considéré comme le plus grand poète de guerre de langue anglaise. Cette fois, c'est notre collaboratrice Isabelle Barth O'Neill qui a bien voulu brosser ce portrait et nous l'en remercions vivement.

 

Isabelle BarthIsabelle, qui habite en Irlande, a été notre linguiste du mois de décembre 2013Après des études de langues à l'Université de Lille 3 qui l'ont menée de la licence au doctorat d'université, avec la combinaison anglais, allemand, néerlandais, Isabelle s'est lancée dans la traduction en travaillant pour de nombreuses ONG, souvent à vocation médicale ou humanitaire.

Parallèlement, elle s'est intéressée aux questions de bilinguisme, situation qu'elle vit au quotidien dans sa famille. Elle s'est activement impliquée dans le mouvement FLAM (Français Langue Maternelle) qui offre un soutien aux familles bilingues.

—————————

Considéré comme le plus grand poète de la Première Guerre Mondiale, Wilfred Owen mourra très jeune, quelques jours seulement avant la fin de la guerre. Tué dans la traversée du Canal de la Sambre, il repose en France, dans la petite commune d'Ors, près de Cambrai.

  Owen Ors Memorial

« Cette plaque commémore la traversée victorieuse de ce canal par l'armée britannique le 4 novembre 1918. Parmi ceux qui y laissèrent leur vie se trouvait le poète Wilfred Owen. »


Son enfance et sa jeunesse

Né le 18 mars 1893 à Oswestry, dans le Shropshire, Wilfred Owen est le fils aîné de Tom Owen, employé des chemins de fer, et de Susan Shaw, issue de la bourgeoisie locale. Cette dernière est une fervente chrétienne d'obédience évangélique. Elle est très soucieuse de respectabilité, mais son père leur a laissé des dettes. La famille consacre beaucoup de temps aux offices et à la lecture de la Bible, des lectures qui marqueront l'imagerie et le vocabulaire du futur poète.

Wilfred suivra les cours de l'École Technique à Mahim. Il y découvre un goût prononcé pour l'étude, et principalement les langues et la littérature anglaise. Il s'enthousiasme pour la poésie et pour John Keats en particulier. Il terminera ses études à l'École Technique de Shrewsbury. Il pourrait devenir instituteur, mais une « expérience le persuade que la vie est ailleurs ».

À 18 ans, les finances familiales ne lui permettent pas d'entrer à l'université. Il lui faut passer un examen d'entrée et obtenir une bourse. Ce n'est donc pas facile… Il part pour Dunsden, près de Reading, pour préparer l'examen d'entrée à l'université auprès du Révérend Herbert Wigan. Ce dernier, qui est chargé de le préparer, oublie vite sa promesse et Wilfred est surchargé de tâches auprès des ouailles de la paroisse et des familles pauvres de la ville. Face à l'illettrisme, la maladie, la misère et l'indifférence des bien-pensants et des nantis, il questionne sa foi. Cette expérience détruira bon nombre de ses convictions religieuses. Il quitte la paroisse en février 1913, après avoir écrit à sa mère : « Le meurtre devait arriver, et j'ai tué mes fausses croyances. ».

Bordeaux

La situation familiale est tendue. Il a réussi son examen d'entrée à l'université, mais n'a pas obtenu de bourse. Il lui faut donc faire autre chose.

À la mi-septembre 1913, il s'embarque pour Bordeaux où il sera d'abord professeur d'anglais à l'école Berlitz, puis précepteur de la fille de M. et Mme Léger, un poste qu'il prendra le 31 juillet 1914, à Bagnères-de-Bigorre. Même si des rumeurs de guerre submergent l'Europe, les sujets expatriés de sa Majesté ne sont pas encore appelés à servir.

Owen tailhade_laurentIl rencontre Laurent Tailhade (1854-1919) qui a connu Verlaine. « D'emblée l'admiration est réciproque. La fougue du jeune Anglais séduit le vieil esthète. Le statut de l'aîné, poète établi et reconnu, impressionne Wilfred. ». Owen découvre le symbolisme ainsi que la puissance de certaines techniques de versification, comme l'assonance, l'allitération, la rime interne qu'il pratiquera plus tard dans ses propres poèmes.

En octobre 1914, Mme Léger part au Canada, Wilfred doit trouver un nouvel appartement et s'installe à Bordeaux. Il visite l'hôpital de la ville où sont soignés des blessés du front. Même si le poète de la compassion n'est pas encore né, il pense déjà à la défense de la civilisation. En décembre 1914, il décroche un poste de précepteur au service de la famille de la Touche. C'est un poste qu'il gardera pendant une année.

 

Retour en Angleterre

En mai 1915, il retourne pour la première fois en Angleterre. Il est en mission pour un parfumeur bordelais. Il retournera ensuite en France. En Owen artists riflesseptembre 1915, sa décision est prise. Il retraverse la Manche et, le 21 octobre 1915, il s'engage comme cadet aspirant-officier au 28e London Regiment mieux connu sous le nom d'Artists' Rifles (Fusiliers des Artistes), une unité d'instruction pour officiers. Son séjour à l'étranger lui avait en fait ouvert les portes de cette prestigieuse unité. Il a alors 22 ans.

 

Le 4 juin 1916, le sous-lieutenant Wilfred Owen est affecté au Manchester Regiment. Le 29 décembre de la même année, il embarque à Folkestone. Le 6 janvier 1917, il rejoint son unité sur la Somme. Entre juillet et novembre 1916, la région dans laquelle il se trouve est fortement touchée par les batailles, le 2e bataillon du Manchester Regiment comble les vides pour remplacer les soldats mis hors de combat. Wilfred Owen reçoit le commandement de la 3e compagnie. Il va alors connaître l'horreur de la guerre de tranchées qui sera aggravée par un hiver exceptionnellement rigoureux.

Le 12 janvier 1917, une sentinelle est mortellement touchée par un éclat d'obus. Très sensible aux douleurs de ses hommes, il en tirera plus tard ces lignes dans The Sentry (La sentinelle) :

«  Through the dense din, I say, we heard him shout
    'I see your lights!' – But ours had long gone out »

(À travers le tumulte, parole, nous l'entendîmes crier
'Je vois vos lampes !' – Mais depuis longtemps les nôtres s'étaient éteintes.)

 

Le froid presque sibérien de l'hiver dans lequel il doit rester couché avec le peloton sera un point de départ du poème Exposure (Froid, première ligne) :

 

« Our brains ache, in the merciless iced east winds that knive us…
Wearied we keep awake because the night is silent… »

(La tête nous fait mal, dans les vents d'est glacés qui sans pitié nous fouaillent…
Fatigués nous veillons, car la nuit est silencieuse…)

 

Dans la nuit du 15 mars, il fait une chute terrible de plusieurs mètres. Commotionné, il est évacué. Dès qu'il est rétabli, il retourne au front et Owen-Craiglockhart_participe à plusieurs attaques. Le 14 avril, il est soufflé par une explosion. En état de choc post-traumatique, on diagnostique une neurasthénie en mai 1917. On le déclare inapte au service armé et il est envoyé à l'hôpital militaire de Craiglockhart, en Écosse, où il arrive le 26 juin de la même année. Ce séjour changera sa vie de poète tout autant que l'expérience du combat l'a perturbé.

 

Convalescence et rencontre avec Sassoon

Le docteur Brock qui s'occupe de lui pense que l'exercice et le travail seront le meilleur des traitements. Il incite donc Wilfred Owen à écrire et ravive son goût pour la marche et la botanique. Puis, il se voit confier l'édition de la revue de l'hôpital : The Hydra (L'hydre).

 

Owen meets sassoonÀ la mi-août, Siegfried Sassoon arrive à Craiglockhart. Il exercera une grande influence sur Wilfred Owen qui fera tout pour le rencontrer. Sassoon l'aidera à trouver sa voie en lui donnant des conseils sur la forme des vers et le choix des titres de ses poèmes ; il l'incite également à narrer sa propre expérience de la guerre. C'est alors le déclic. Wilfred Owen connaît une période de grande activité créatrice et sa santé nerveuse s'améliore, comme l'avait pensé le docteur Brock. Il écrit une série de poèmes majeurs comme Strange Meeting [1] et Exposure. Il compose aussi Anthem for doomed Youth [2] et Dulce et Decorum Est. Fin octobre, il est déclaré guéri et peut quitter Craiglockhart. Il passe quelques jours à Londres et rencontre Herbert George Wells, Arnold Bennett et Osbert Sitwell.

En mars 1918, le sous-lieutenant Wilfred Owen est muté au dépôt de Ripon. Sa carrière poétique  va débuter. Osbert et Edith Sitwell lui demandent quelques poèmes pour leur anthologie annuelle de 1918, The Wheels. Le 10 août 1918, la commission médicale le déclare apte au service armé et le 31 du même mois, il regagne la France pour rejoindre son unité.

Derniers jours de guerre

Après un bref séjour à Étaples, il rejoint les Manchesters à Corbie, près d'Amiens. Le 1er octobre 1918, il prend d'assaut un nid de mitrailleuses à l'est de Joncourt. L'attaque est un succès. Le jour même, il est proposé pour la Military Cross. Le 3 octobre, le bataillon est relevé et va s'installer au sud du Cateau, à l'est du petit village d'Ors. Wilfred Owen est cantonné dans la maison forestière. Le 31 octobre 1918, il écrit à sa mère : « Il n'y a aucun danger ici. S'il y en avait, il sera passé depuis longtemps quand vous lirez ces lignes. ». Il commence sa lettre ainsi : « Très chère Mère, l'endroit où je t'écris à présent, je l'appellerai 'la cave enfumée de la maison forestière…' ».

 La maison forestière :

Owen ForestryHouse_thumbL'heure H de la traversée du canal de la Sambre est fixée au 4 novembre 1918, à 5h45 du matin. L'artillerie tonne. Les 2nd Manchesters se lancent à l'assaut de la position allemande qui se trouve sur l'autre rive. Il faut construire des passerelles flottantes, mais l'opération tourne court. À 8h30, la bataille est terminée. Les rescapés repassent le canal. Mais le sous-lieutenant Owen est déjà mort, tué en franchissant le canal. Il avait vingt-cinq ans, quatre de ses poèmes ont été publiés, une bonne centaine sont encore inédits.

Le 5 novembre 1918, la London Gazette annonce la promotion de Wilfred Edward Salter Owen au grade de lieutenant. Le 8 novembre, le lieutenant Owen reçoit la Croix militaire pour sa conduite exemplaire sur la ligne Beaurevoir-Fonsomme.

La guerre prend fin trois jours plus tard.

Le 11 novembre, alors que les cloches sonnent en l'honneur de l'armistice, le télégramme fatidique que nul ne souhaitait arrive chez les Owen, à Shrewsbury.

  Owen tombstone 

Après sa mort

En dehors de sa famille et du cercle restreint de ses amis littéraires, sa disparition passe inaperçue. Sa mère fera graver sur sa tombe :

 

« Shall life renew these bodies ? Of a truth
All death will he annulf, all tears assuage »

(La vie renaître-t-elle dans ces corps ? En vérité
Elle frappera toute mort de nullité, toute larme d'inutilité)

Owen wheelsEn 1919, la renommée littéraire commence à poindre, grâce à l'anthologie qu'Osbert et Edith Sitwell lui dédient. Sept de ses poèmes y figurent. L'année suivante, Siegfried Sassoon publie le premier recueil complet de ses poésies, qu'il préface lui-même. La première percée n'aura cependant lieu qu'en 1931, quand Edmund Blunden publie son étude de la version des œuvres accompagnée d'une étude pénétrante.

En 1962, Benjamin Britten utilise neuf de ses poèmes pour son War Requiem, lui rendant ainsi un vibrant hommage. En 1967, Harold Owen, son frère, autorise enfin John Bell a publié sa correspondance, mais non sans avoir procédé à de nombreuses coupures. [1]

 

Poète de la douleur de deuil, de la détresse et de la désespérance

Publiées à titre posthume, ses œuvres parlent de ses visions de la Grande Guerre. Il fait partie du groupe de la War Poetry, un mouvement littéraire anglo-saxon qui s'inscrit dans cette époque de guerre, de catastrophes humaines, d'élans pacifistes suite aux déferlements de haines et d'atrocités. Considéré comme un « témoin » de la guerre, on retrouve dans ses poèmes et sa correspondance « l'absurdité barbare » de cette guerre. Ses textes touchent les cœurs, non pas par des lamentations, mais par un réalisme lyrique. Il est un témoin car il a été un observateur bouleversé par la souffrance engendrée par la guerre. Le soldat brisé et épuisé, rompu et courbatu, est au cœur de sa poésie. Il fait corps avec « ceux qui meurent comme du bétail » (dans « Hymne à la jeunesse condamnée  ») dont voici quelque lignes :

 

Anthem for doomed Youth

What passing bells for those who die as cattle?
Only the monstrous anger of the guns,
Only the stuttering rifles' rapid rattle
Can patter out their hasty orisons,
No mockeries for them from prayers and bells,
Nor any voice of mourning save the choirs, –
The shrill, demented choirs of wailing shells;
And bugles calling for them from sad shires.

 

What candles may be held to speed them all?
Not in the hands of boys, but in their eyes
Shall shine the holy glimmers of good-byes,
The pallor of girls' brows shall be their pall;
Their flowers the tenderness of silent minds,

And each slow dusk a drawing-down of blinds.

Hymne à la Jeunesse condamnée

Quel glas sonne pour ceux qui meurent comme du bétail ?
Seule, la colère monstrueuse des canons,
Seul, le crépitement rapide des fusils hoquetant
Peuvent ponctuer leurs oraisons hâtives,
Pour eux, pas de prières ni de cloches dérisoires,
Nulle voix endeuillée hormis les chœurs, —
Les chœurs suraigus et démentiels des obus gémissants ;
Et les clairons appelant pour eux depuis de tristes comtés.

 

Quelles chandelles seront tenues pour leur souhaiter bon vent ?
Non dans la main des garçons, mais dans leurs yeux,
Brilleront les lueurs sacrées des adieux,
La pâleur du front des filles sera leur linceul,
Leurs fleurs, la tendresse d'esprits silencieux,
Et chaque long crépuscule, un rideau qui se clôt.

 

Pour Wilfred Owen, la guerre s'acharne à déshumaniser le combattant. Dans son poème « Mutilés et Malades mentaux », il dénonce le délabrement de l'être humain dans la guerre. On y retrouve un peu les héros des tragédies grecques, des héros au sort tragique. Il semble que, pour lui, l'amour de Dieu et l'amour des hommes ont abandonné le combattant qui se prépare à mourir par amour de ses compagnons. Le soldat est donc prêt à se dévouer pour que la Vie renaisse. Wilfred Owen est à la fois un poète réaliste et visionnaire.

À mesure que le temps passe, l'œuvre de Wilfred Owen perd peu à peu son envahissant statut de témoignage d'époque pour acquérir celle d'un art poétique transcendant l'anecdote pour faire entendre un chant fort, sombre, lumineux lucide et déchirant à la fois. C'est de l'homme qu'il est question, un homme meurtri, humilié, dépassé, nié jusque dans son humanité même.

Dulce Et Decorum Est, autre poème important, fut écrit pendant son séjour à Craiglockhart. Owen s'adressé à sa mère et lui relate l'histoire d'un groupe de soldats « ivres de fatigue » et contraints de se frayer un chemin « dans la gadoue » pour s'abriter des obus qui pleuvent sur eux.

Il commence ainsi :

Bent double, like old beggars under sacks,

Knock-kneed, coughing like hags, we cursed through sludge,

Till on the haunting flares we turned our backs

And towards our distant rest began to trudge.

Men marched asleep. Many had lost their boots

But limped on, blood-shod. All went lame; all blind;
Drunk with fatigue; deaf even to the hoots
Of tired, outstripped Five-Nines that dropped behind.

 

Pliés en deux, tels de vieux mendiants sous leur sac,

Harpies cagneuses et crachotantes, à coups de jurons

Nous pataugions dans la gadoue, hors des obsédants éclairs,

Et pesamment clopinions vers notre lointain repos.

On marche en dormant. Beaucoup ont perdu leurs bottes

Et s'en vont, boiteux chaussés de sang, estropiés, aveugles ;

Ivres de fatigue, sourds même aux hululements estompés

Des Cinq-Neuf distancés qui s'abattent vers l'arrière

 

Le réalisme du poète conduit le lecteur pas à pas vers la conclusion à la fois grave et revendicatrice : est-il légitime de poursuivre le mensonge de la gloire et de la beauté de la guerre ?

 

Isabelle BARTH

Fondatrice et directrice de Studio Langues :
Fondatrice et directrice de Multilingual Education Café / Expat-Lang  
Fondatrice et directrice de l'école L'atelier de français – FLAM 
Coach en éducation bi- / pluri-lingue chez Multilingual Parenting 
Ambassadrice pour "Language Diversity"  (agence européenne
Membre de ProZ : http://www.proz.com/profile/1329458  
Membre de Translators Café : http://www.translatorscafe.com/cafe/member137667.htm 
Membre des Traducteurs de Translators without Borders, the Rosetta Foundation et BabelFamily

Site : http://mynaamisalbie-afrikaans.jimdo.com/ 

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[1] traduction française par Xavier Hanotte

[2] Anthem for Doomed Youth: (2:34 m)

  

 What passing-bells for these who die as cattle?
   Only the monstrous anger of the guns.
   Only the stuttering rifles' rapid rattle
Can patter out their hasty orisons.
No mockeries for them; no prayers nor bells,
Nor any voice of mourning save the choirs,—
The shrill, demented choirs of wailing shells;
And bugles calling for them from sad shires.

What candles may be held to speed them all?
   Not in the hands of boys, but in their eyes
Shall shine the holy glimmers of goodbyes.
   The pallor of girls' brows shall be their pall;
Their flowers the tenderness of patient minds,
And each slow dusk a drawing-down of blinds.

 

[3] Delphi Complete Poems and Letters of Wilfred Owen (Illustrated) Kindle Edition $0.99

 

Lecture suppleméntaire:

Wilfred Owen Association 

Article de La Voix du Nord en date du 5 avril 2014, en hommage à Wilfred Owen, pour les Commémorations de la Grande Guerre :

La maison forestière d'Ors qui a accueilli Wilfred Owen en 1918 

http://www.tourisme-cambresis.fr/maison-forestiere-ors.html

Promenade sur les pas de Wilfred Owen :

The War to end all Wars
BBC News, 10.11.1998

Jour du Souvenir – 11 h, le 11e jour du 11e mois
Le Mot juste en anglais, 10.11.2012

GRAVES, Robert Ranke, Goodbye to All that  [Adieu à tout cela], 1929.

WALTER George, The Penguin Book of First World War Poetry (paperback)
Penguin Classics, May 2007

 

À la une : Un First folio dormait à la Bibliothèque d’agglomération de Saint-Omer !

REmy 0De nos jours, ne fait-on de découvertes qu'au fond des mers ? Il semble bien que non puisque un exemplaire de la première édition des œuvres complètes de William
Shakespeare (un
First Folio)
datant de 1623, vient d'être découvert à la Remy 1Bibliothèque d'agglomération de Saint-Omer, modeste chef-lieu d'arrondissement du Pas-de-Calais, dans le nord de la France. Votre fidèle rédacteur, Jean
L., a pu interroger M. Rémy Cordonnier, responsable du pôle des fonds anciens et d'État de cette bibliothèque, et « découvreur » de ce véritable trésor.


LMJ
:
Monsieur Cordonnier, comment devient-on « découvreur » de livres rares ? Quel a été votre cursus universitaire ?

Rémy C.  D'abord, je ne suis pas un spécialiste de la littérature anglaise. J'ai fait des études littéraires générales, couronnées par un doctorat en histoire de l'art médiéval de l'Université Lille 3 (Sciences humaines). À partir des études de maîtrise, j'ai commencé à me familiariser avec les manuscrits et les livres anciens. Responsable des fonds patrimoniaux à la Bibliothèque de Saint-Omer, je préparais, en septembre dernier, une exposition sur les liens historiques entre notre région et l'Angleterre. Parmi les livres anglais anciens que nous possédons, je suis tombé sur cet ouvrage que l'on connaissait, mais que l'on avait jusqu'ici cru, à tort, du XVIIIe siècle. Est-ce l'état de la reliure, la typographie ou certains aspects formels, j'ai jugé l'ouvrage plus ancien.

LMJ : Comment se fait-il qu'il n'ait pas été daté plus tôt ?

Rémy C.D'abord, mes prédécesseurs ont des excuses : les 12 premières pages manquent dont le frontispice et le portrait de Shakespeare. Or, c'est justement ce qui aurait permis d'identifier l'un des quelque 800 exemplaires de la première édition de 36 pièces du grand auteur anglais. Ensuite, les responsables de fonds anciens ont tous leur domaine de spécialisation et peut-être ne s'étaient-ils jamais arrêtés à cet ouvrage particulier.

LMJ : Et comment a-t-il pu se trouver dans votre fonds de livres anciens ?

Rémy C. Pour ce qui est de la provenance, il ne faut pas oublier que l'abbaye de Saint-Bertin, toute proche, a été fondée au VIIe siècle et qu'elle fut la quatrième plus importante de la chrétienté. Depuis le haut Moyen-Âge, les auteurs de langue anglaise Remy 5y ont figuré en bonne place. En outre, au XVIIe siècle, le Collège des Jésuites de Saint-Omer a été la base arrière du catholicisme anglais. Il a accueilli de nombreux jeunes catholiques anglais et irlandais qui fuyaient les persécutions anglicanes. Vous serez peut-être ravis d'apprendre que trois Pères fondateurs de la Nation américaine, Daniel et John Carroll, ainsi que leur cousin, Charles Carroll of Carrollton, y ont étudié. John fondera plus tard l'université catholique de Georgetown. Charles Carroll of Carrollton sera le seul signataire catholique de la Déclaration d'indépendance et tous trois présideront à la naissance des États-Unis d'Amérique. À la Révolution, les fonds de ces maisons religieuses ont été confisqués et confiés à un établissement public. Il y a tout lieu de penser que cet exemplaire, marqué Neville, appartenait à un élève du Collège des Jésuites.

LMJ : Comment pouvez-vous être sûr de l'authenticité de l'exemplaire de la première édition ?

Remy 3Rémy C. Là aussi, j'ai eu de la chance. Le grand spécialiste mondial des First folio, le professeur Éric Rasmussen, qui enseigne la littérature à l'Université du Nevada (à Reno) se trouvait justement à Londres. Informé de ma découverte, il a pris l'Eurostar et, en quelques minutes, a formellement identifié l'ouvrage audomarois. [1] Il pense même que le pseudonyme de Neville est celui d'Edward Scarisbrick, élève au Collège en 1650. [2] D'ailleurs, notre fonds d'ouvrages anciens est très riche. Il compte 800 manuscrits et 230 incunables ainsi qu'une bible de Gutenberg.

LMJ : Maintenant, qu'allez-vous en faire ?

Rémy C. : Jusqu'ici, on ne connaissait que 232 exemplaires du First folio intitulés Mr William Shakespeare's Comedies, Histories & Tragedies. Published according to the True Originall Copies. Il y en a désormais 233. De plus, malgré la trentaine de pages manquantes, il est à 94% complet, ce qui est remarquable. Avec l'une des 49 bibles de Gutenberg, il constitue désormais l'un des deux joyaux de notre bibliothèque. Il constituera le clou de l'exposition de livres anglais rares que nous organiserons prochainement. Bien qu'un First folio ait atteint le prix astronomique de 5,6 millions de dollars lors d'une vente organisée par Christie à Londres en 2001, une chose est sûre : nous sommes les seuls avec la Bibliothèque Nationale à en posséder un en France et nous entendons le garder. N'est-ce pas d'ailleurs la plus belle contribution que nous puissions apporter aux célébrations du quatrième centenaire de la naissance du grand William Shakespeare en 2016 ?

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[1] adjectif et substantif se rapportant à Saint-Omer.

[2] www.lepoint.fr/tags/new-yorktimes

François Decoster (Maire de Saint-Omer), Bruno Humetz et Rémy Cordonnier examinent l'ouvrage. Photo: CASO

 

 
Lecture supplementaire :

Shakespeare theftsThe Shakespeare Thefts: In Search of the First Folios
  (KIndle Edition)
  Eric Rasmussen
  Palgrave Macmillan Trade; reprint edition 2011

 

 

C. K. Scott Moncrieff: Soldier, Spy and Translator – analyse de livre

Jean Findlay. Chasing Lost Time. The Life of C. K. Scott Moncrieff: Soldier, Spy and Translator. Chatto & Windus, London, 2014, 9780701181079

Mitchell - portrait

Analyse de notre contributeur, Mike Mitchell, prolifique traducteur (et auteur du livre Kyselak Was Here, sous le pseudonyme Michael Robin). Mike habite avec sa femme dans un hameau proche du village de Tighnabruaich, dans le comté d'Argyll, une région de l'ouest de l'Écosse. Traduction : Jean L.

Mitchell c.k. moncrieffCharles Kenneth Scott Moncrieff (1889-1930) est connu comme "le traducteur de Proust" et le prix britannique de traduction à partir du français s'appelle, à juste titre, le Prix Scott Moncrieff. Cette nouvelle biographie, Chasing Lost Time, due à son arrière petite-nièce, Jean Findlay, fait apparaître l'émergence progressive du traducteur en remontant à sa petite enfance, mais brosse aussi un chaleureux portrait de l'homme dans sa totalité: le soldat qui continue de croire à la noblesse de la guerre malgré le spectacle et la souffrance des effets d'un séjour prolongé dans les tranchées, l'homosexuel actif, à une époque où les "actes contraires aux bonnes mœurs" étaient poursuivis pénalement, le fervent converti au catholicisme, l'homme qui était au cœur de la vie littéraire du Londres des années 1920 et l'espion envoyé dans l'Italie de Mussolini.


Scott Moncrieff est né en Écosse et a conservé son "écossité" malgré des études dans une école anglaise (Winchester College); Osbert Sitwell qualifie le pamphlet qu'il a écrit sur lui, son frère et sa sœur de "braiment d'âne écossais" [1]. Il fit sienne l'éthique des institutions privées anglaises et notamment l'esprit de loyauté – vis-à-vis de ses condisciples, de son école et de son pays – et cela, joint à l'étude des auteurs classiques et de leur glorification du héros victorieux, aboutit à faire de lui un officier de réserve enthousiaste à la déclaration de guerre. Comme l'observe Jean Findlay, "la guerre était l'ultime jeu d'équipe." Le feu lui semblait même être une expérience "stimulante", mais des témoignages de ceux qui servirent sous ses ordres le décrivent comme un excellent meneur d'hommes qui se préoccupait avant tout de ceux dont il avait la charge. Revenu en Grande-Bretagne, souffrant de fièvre des tranchées, de pied des tranchées ou, plus tard, d'une grave blessure à la jambe, il n'avait de cesse de retourner au front avec ses hommes. Poète de guerre publié, il resta persuadé que c'était une guerre honorable et il stigmatisa ceux qui, par la suite, en Mitchell owensoulignaient l'horreur et la stérilité. En janvier 1918, il rencontra Wilfred Owen et s'éprit de lui. Il eut conscience du génie d'Qwen, mais aussi de ses propres limites dans ce domaine. Il écrivit: " Je n'écris pas de bonne poésie et, heureusement, je le sais." Ce fut un excellent versificateur (et un auteur quasi-obsessionnel de limericks [2] obscènes), mais il lui manquait l'étincelle de génie. Après la guerre, il s'impliqua très fortement dans la Mitchell coward vie littéraire londonienne. Il connut tous les grands noms, de Noel Coward à D.H. Lawrence, publia des poèmes et des nouvelles, mais la traduction et la critique occupèrent l'essentiel de son temps.

C'est à Winchester qu'il prit conscience de l'attirance qu'il inspirait aux autres garçons et de celle qu'il éprouvait pour eux, et il écrivit des poèmes qui exprimaient de tels sentiments. Certains d'entre eux parurent dans le journal de l'école, soigneusement expurgés des objets de ce désir. En fait, il semble qu'il n'ait probablement pas pu entrer à Oxford à cause d'un avis défavorable du directeur de son école qui lui en voulait d'avoir publié dans un magazine également diffusé aux parents, une anecdote au sujet d'un directeur qui, tout en remâchant un incident homosexuel qu'il avait lui-même vécu à l'école, punissait un élève pour le même motif. À seize ans, il se lia à Robert Ross, l'ami d'Oscar Wilde qui, à Londres, était Mithchell the importanceau cœur d'une coterie littéraire homosexuelle. Est-ce une heureuse coïncidence si, dans De l'importance d'être constant, Algernon s'appelle justement Moncrieff ? C'est alors que Charles commence à mener une double vie, en dissimulant son homosexualité à sa famille qui continue d'inviter des jeunes filles à marier à des bals et des fêtes donnés en son honneur. Cela joue un rôle important dans sa conversion au catholicisme. Il détestait le côté "flammes de l'enfer" de la prédication presbytérienne et sa doctrine impitoyable de la mort sanction du péché. La pratique catholique de la confession et de l'absolution le libérait du sentiment permanent de damnation que lui laissait la religion protestante.


Jean Findlay note très bien les facteurs qui ont contribué à faire de Scott Moncrieff le traducteur qu'il devint. Le premier est la facilité avec laquelle il maniait le langue anglaise et qui remonte à son enfance passée dans un foyer où l'on lisait et commentait de la bonne littérature dès le plus jeune âge, notamment avec sa mère qui était elle-même écrivaine. Son père était juge, mais écrivait aussi des histoires pour des revues féminines. Une anecdote, survenue à l'âge de cinq ans, est déjà révélatrice de l'aptitude qu'il aura plus tard d'entrer dans la peau d'un auteur. Ce jour-là, on l'avait autorisé à aller se coucher plus tard pour assister à une soirée avec les grands. Le lendemain, il avait raconté une blague en imitant parfaitement la manière dont elle avait été dite et les expressions sur les visages de l'assistance. Lorsque sa mère commenta l'événement, il déclara : " Oui, tout cela me revient à l'esprit comme du sucre." En ce temps-là, la Mitchell Paul-Claudeltraduction des auteurs classiques était au centre des études et, à l'examen d'entrée à Winchester, il se classa en tête de tous les candidats pour ses traductions du latin et du grec, ayant – à treize ans – traduit Ovide "en le comprenant presque comme un adulte". Dans un poème sur sa blessure, il cite Paul Claudel (caractéristiquement, en traduction libre) et conclut :

"Ah, de qui alors était cet esprit qui priait

à travers le mien ? Qui dictait fortement, nettement,

jusqu'à me faire chanter ces mots français dans ma langue anglaise ?"

Comme l'écrit Jean Findlay: "Chanter est le verbe qui convient, comme ses futures traductions allaient le montrer."


Mitchell BarbusseAprès sa blessure et sa convalescence, il fut affecté au Ministère de la Guerre et, pendant qu'il était à Londres, il écrivit beaucoup, rédigeant de nombreuses critiques et publiant des nouvelles et des poèmes de son cru. Parmi les critiques, figure celle de la traduction du roman d'Henri Barbusse Le Feu qu'il jugea peu satisfaisante, ce qui stimula peut-être chez lui un intérêt pour la traduction. En mai 1918, il tomba sur un exemplaire de la La Chanson de Roland, qui allait Moncrief - la chanson de rolanddevenir sa première traduction publiée. L'œuvre lui plut, car elle présentait la guerre comme un noble idéal d'honneur et de chevalerie, ce qu'il trouva aussi dans sa traduction suivante, Beowulf. Il commença par traduire une partie de l'introduction en employant l'assonance et en discuta avec Owen, en permission à Londres, et qui expérimentait l'usage de l'assonance plutôt que de la rime dans sa poésie. La traduction parut en 1919 et fut chaleureusement saluée par la critique. Elle contenait une Mitchill chestertonintroduction de G K Chesterton qui admirait la capacité de Scott Moncrieff d'entrer dans le texte et de permettre à son auteur de s'exprimer par sa voix, concluant : "L'une des aventures et des prouesses les plus remarquables et les plus valables des lettres modernes."

Scott Moncrieff a vraisemblablement appris le français surtout de manière informelle : jusqu'à trois ans, il a eu une nounou belge francophone "et il a appris rapidement, comme par jeu". Il se peut qu'il y ait eu des cours de français dans son école primaire privée et il y avait les vacances familiales en France – à l'âge de six ans, la famille séjourna à Langrune, près de Caen, alors même que Proust, comme d'habitude, passait des vacances non loin de là, à Cabourg. Pendant la guerre, il était dans les Flandres où il aura certainement été obligé de parler français. À Edimbourg, il a étudié l'anglais avec le professeur Saintsbury dont les travaux de littérature française sont bien connus. Il lui arrivait de s'excuser de l'imperfection de son français, comme dans une lettre à Proust, qu'il écrivit en anglais, et fut un jour mortifié de découvrir "une bourde absurde" qu'il avait commise en traduisant "chapeau melon" par "melon hat". Il aurait dû dire howler, mais les traducteurs savent comment ce genre de chose peut se produire quand on s'attache à d'autres aspects, notamment à la façon dont Scott Moncrieff s'employait à restituer ce qui lui semlait être le juste rythme des phrases complexes de Proust.

C'est ce qui ressort tout particulièrement dans le livre de Findlay lorsqu'elle révèle la technique dont se servait Moncrieff pour cerner ce qui lui semblait être le juste déroulement de la phrase, plutôt que de s'attacher à la concordance littérale des termes. Dans son introduction à l'édition de 1684 Mitxhell satyricondu Satyricon de Pétrone, Scott Moncrieff loue le traducteur, William Burnaby, qui, s'il "n'utilise pas toujours un anglais savant, use d'une excellente langue familière et fait preuve de bon sens dans son interprétation". Il écrit cela en 1923, après la sortie du premier volume de sa traduction de Proust, et c'est l'expression même de sa façon de faire. Je pense que par "familière" il veut dire "idiomatique". Du reste, en 1927, il institua un prix annuel de la traduction à Winchester College qui, symptomatiquement, s'intitulait : "Prix de la traduction idiomatique".

Au sujet de sa traduction de La Chanson de Roland, il écrit à des amis : "S'il vous plaît, lisez-la à haute voix" et il rappelle à ses lecteurs de l'église presbytérienne d'Écosse que tout le poème peut être chanté comme un psaume métrique. Lire à voix haute était aussi sa technique de traduction. Pour cela, deux de ses amies l'aidaient en lisant le français à haute voix de telle sorte qu'il saisisse le rythme de la prose à mesure qu'il la traduisait. Le rythme était également un des facteurs qui ont dicté le choix du titre et ce fut probablement ce qui le guida vers le Remembrance of things past de Shakespeare pour désigner l'ensemble de l'œuvre. Proust lui fit observer que l'on perdait ainsi l'ambiguïté voulue du temps perdu/gaspillé. Inspiré d'un vers de Baudelaire, À l'ombre des jeunes filles en fleurs est un autre titre dont il n'était pas possible de rendre l'ambiguïté voulue en français. Eût-elle été possible, l'ambiguïté de 'blossoming' et de 'starting their periods' aurait été inacceptable dans la Grande-Bretagne des années 1920. Après avoir envisagé des citations de différents auteurs allant de Marvell à Housman, Scott Moncrieff s'en tint finalement à Within a Budding Grove, titre d'un poème de William Allingham.

On ne sait pas précisément où et quand Scott Moncrieff eut connaissance de Proust mais, en 1919, au moment où sortait le deuxième tome d'À la Recherche du Temps perdu, il en proposa une traduction à Constable & Co (qui lui répondirent qu'ils ne voyaient pas l'utilité de publier une traduction de l'abbé Prévost), mais il doit lui avoir plu immédiatement à la fois pour sa présentation franche de l'homosexualité et son adhésion à la cause catholique. Le premier motif fut une source de difficultés avec Sodome et Gomorrhe, ouvrage que les éditeurs anglais hésitaient à publier alors que leurs confrères américains s'y intéressaient beaucoup. Scott Moncrieff évita le scandale que le titre n'aurait pas manqué de déclencher en Grande-Bretagne, en recourant à un autre emprunt à la Bible : The Cities of the Plain. Ses traductions de Proust firent un effet immédiat, tant sur les écrivains que sur les lecteurs, et on peut en trouver, par exemple, dans Finnegan's Wake (La Veillée de Finnegan) où James Joyce cite (en les Mitchill - lighthouseécorchant) deux titres : 'swansway' et 'pities of the plain'; To the Lighthouse (La Promenade au Phare), roman de Virginia Woolf, publié en 1927, est jonché d'expressions tirées des traductions de Proust.

Pour Scott Moncrieff, traduire Proust est, de toute évidence, une œuvre d'amour (comme le furent plus tard ses traductions de Pirandello) et il entreprit le premier tome avant d'avoir trouvé un éditeur. Il déploya de grands efforts pour faire une place à l'écrivain français dans le public anglophone, par exemple en étant l'instigateur et l'éditeur d'un ouvrage d'hommages en anglais faisant écho à la plaquette publiée en France à la mort de Proust, en 1922. Et il y réussit, comme il le fit par la suite avec ses traductions de Stendhal. Avec sa façon de déterminer un rythme et "d'entrer dans le texte", il parlait d'une voix à laquelle l'oreille anglaise était sensible. Cela a été attesté par les éloges qu'il reçut des critiques, tel John Middleton Murray qui écrit : "aucun lecteur anglais n'en tirera davantage en lisant Du Côté de chez Swann en français qu'en lisant Swann's Way en Mitchell swann's wayanglais. Joseph Conrad lui écrivit même : " J'ai été plus intéressé et fasciné par votre restitution de Proust que par sa création." Il y a eu d'autres traductions depuis, mais il est peu probable qu'aucune d'entre elles, aussi fidèles soient-elles, ne la supplante dans l'affection des lecteurs.

Les traducteurs aussi doivent beaucoup à Sccott Moncrieff. Plus qu'à quiconque, c'est grâce à lui que la traduction en est venue à être considérée comme une tâche littéraire créative et non pas seulement reproductive.

Mitchell FindlayTirant un excellent parti de l'abondante matière à sa disposition – y compris une valise de cuir bouilli qu'on lui avait offerte, bourrée de lettres, d'agendas, de carnets de notes oubliés – Jean Findlay a écrit une relation chaleureuse et vivante de la vie de son arrière grand-oncle qui sera du plus grand intérêt pour les traducteurs ainsi que pour les lecteurs qui s'intéressent à Proust et à la vie littéraire du Londres des années 1920.

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[1] Scott Moncrieff. The Strange and Striking Adventure of Four Authors in Search of a Character. 1926.

[2] Dans un petit "pavé" à la page 1504, l'excellent dictionnaire Robert & Collins Senior en donne la définition suivante : Un limerick est un poème humoristique ou burlesque en cinq vers dont les rimes se succèdent dans l'ordre aabba. Le sujet de ces épigrammes (qui commencent souvent par "There was a..") est généralement une personne décrite dans des termes crus ou sur un mode surréaliste.

Limerick est une ville de la République d'Irlande.