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Bernard Cerquiligni – linguiste du mois de novembre 2022

B C Qui mieux que notre jovial interviewé du mois pourrait incarner la promotion de la langue française ? Linguiste distingué, Docteur ès lettres, ancien directeur du Centre d’études françaises et francophones à l’Université d’État de Louisiane à Bâton-Rouge et recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie, Bernard Cerquiglini est depuis deux ans vice-président de la Fondation des Alliances françaises. Il anime aussi l’émission Merci professeur ! sur TV5 MONDE et a récemment publié avec l’académicien Erik Orsenna Les Mots immigrés, une histoire du français racontée sous forme de conte.

Merci Professeur

MERCI

 

Mots immigres

MATAILLETCet entretien a été réalisé à l’initiative de Jonathan Goldberg et a été mené par Dominique Mataillet, l’auteur d'On n’a pas fini d’en parler. Dictionnaire savoureux des subtilités, ambiguïtés et incongruités de la langue française, qui vient de paraître aux éditions Favre, à Lausanne. Votre blogeur fidèle est parvenu à un accord (non commercial) avec la direction de FRANCE-AMÉRIQUE selon lequel l’interview sera publiée d'abord dans le magazine et par la suite sur ce blog.

 

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MATAILLETPour la première fois, le sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) se tient au Maghreb: à Djerba, en Tunisie, les 19 et 20 novembre. Que vous inspire cette rencontre ?

Bernard_CerquigliniD’abord, un grand optimisme. J’ai assisté à cinq sommets avec, à chaque fois, la même émotion en voyant une cinquantaine de chefs d’État débattre pendant un jour et demi des problèmes de notre époque en français. C’est un miracle ! Une seule organisation internationale est fondée sur une langue et c’est le français. (Le Commonwealth n’est pas fondé sur la langue anglaise, mais sur la couronne : il est à la monarchie britannique ce que l’OIF est à la langue française.) Malheureusement, ni le président tunisien Kaïs Saïed ni son gouvernement ne semblent très favorables à ce sommet. Des pays du Nord qui défendent les droits de l’homme et la démocratie, en particulier le Canada, refusent d’aller en Tunisie. Donc je crains que ce sommet ne soit pas à la hauteur de nos espérances pour la francophonie au Maghreb.

Dominique snipped
L’Algérie a décidé d’introduire l’enseignement de l’anglais à l’école primaire. S’agit-il d’une mesure dirigée contre la France ?

Bernard_CerquigliniL’Algérie et la France, c’est un vieux couple. Une liaison faite de ressentiments, de rancune, de passion et d’amour. Une liaison qui connaît des hauts et des bas. On a connu à la fin août un haut avec la visite d’Emmanuel Macron. Au-delà des problèmes politiques, l’Algérie est francophone: dans les rues d’Alger aujourd’hui, on parle plus français qu’à l’époque de la colonisation ! Le sommet dont nous parlons, c’est la francophonie diplomatique. Mais il y a aussi une francophonie associative concrète. Pendant huit ans, j’ai dirigé l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), la plus grande association d’universités au monde, et, ici encore, la seule fondée sur une langue. Elle ne fait pas de politique, mais de la coopération scientifique et de l’aide au développement. Or, l’Algérie est membre de l’AUF, avec 55 établissements participants. C’est ça, la francophonie !

Dominique snipped
Pour revenir au sommet de Djerba, quelle est l’utilité de ce type de grand-messe ?

Bernard_CerquigliniL’utilité est d’abord symbolique. Mais, au-delà du symbole, il y a la politique concrète que mène l’OIF : elle soutient  l’enseignement  primaire, des festivals de cinéma, des bibliothèques, etc. La chaîne TV5MONDE, un des quatre opérateurs de la Francophonie, est regardée par 440 millions de foyers. Et puis, il y a l’aspect diplomatique. Certes, on n’a jamais arrêté – ou même prévenu – une guerre en Afrique, mais une cinquantaine de chefs d’État qui se réunissent tous les deux ans pour parler du monde en français, croyez-moi, ce n’est pas rien.

Dominique snipped
Selon Simon Kuper, journaliste du Financial Times établi à Paris, le français est appelé à disparaître comme outil de communication internationale au profit de l’anglais. Qu’en pensez-vous ?

Bernard_CerquigliniJe note que c’est un Anglais, et pas un Ouzbek, par exemple, qui écrit cela ! À ce sujet : un éditeur qui prépare une histoire mondiale des préjugés m’a demandé un article. J’ai retenu comme préjugé : « La langue française est fichue. » Quelque part dans l’article, je raconte que l’on est persuadé depuis le XVIIIe siècle que la langue française est finie. Cela a commencé avec Voltaire qui considérait qu’elle avait atteint son sommet avec La Fontaine, Racine et Quinault et qu’elle ne pouvait que décliner. On pourrait s’amuser à faire la liste des ouvrages qui, depuis, annoncent la mort du français.   Comme   celui   d’André Thérive, Le français, langue morte ?, paru en 1923. Comme historien de la langue, je ne m’affole pas trop. Mais comme ancien fonctionnaire préoccupé de politique linguistique, je sais qu’il ne faut pas laisser les choses telles qu’elles sont. Nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours. Il y a un commerce des langues, une lutte des langues. Il est certain que dans le domaine international, le français a beaucoup reculé. Les délégués généraux à la langue française, et j’ai été l’un d’eux, produisent tous les ans des chiffres sur la place du français à la Commission européenne. Et ces chiffres sont désolants.

Dominique snipped
Si l’on se fie aux projections de l’OIF, l’Afrique subsaharienne hébergera près de 600 millions de francophones en 2050, soit 85 % de tous les locuteurs de la langue française. Quel crédit apporter à ces prévisions?

Bernard_CerquigliniÀ l’instant, nous parlions de l’emploi du français comme langue internationale. Nous passons maintenant au français langue maternelle, au français des locuteurs. Il est évident que les démographes insistent sur l’expansion naturelle, par la natalité, de la francophonie africaine. Mais je ne crois pas que les femmes africaines vont sauver la langue française. C’est l’école africaine qui va la sauver. Qu’il y ait des enfants qui naissent et parlent français, c’est une très bonne chose. Si ces enfants n’apprennent pas à lire et à écrire, ne font pas d’études primaires et secondaires, d’études supérieures – c’est l’ancien recteur de l’AUF qui parle –, à quoi bon ? Dans les années qui viennent, il faudra recruter un million d’instituteurs et d’institutrices en Afrique et bâtir des milliers d’écoles. Si les gouvernements et l’OIF ne relèvent pas le défi de l’éducation, à quoi bon la natalité ?

Dominique snipped
Certains disent aussi : à quoi bon apprendre le français si cela n’aide pas à trouver du travail et à gagner sa vie ? C’est pour cela que la francophonie économique a pris une dimension aussi importante…

Bernard_CerquigliniC’est en effet un des grands thèmes de l’OIF.  Je l’ai vu se développer ces vingt dernières années. Comme l’a dit Jacques Attali, la francophonie, c’est un marché. L’Afrique se développe, il y a une classe moyenne de plus en plus nombreuse. Et il faut rappeler que l’on vend bien dans la langue de l’acheteur. Donc, la natalité, l’éducation, le marché et le commerce : il faut que tout cela aille de pair. Et seulement alors, le français gardera son rang dans le monde.

Dominique snipped
Comment voyez-vous l’avenir du français aux États-Unis, où plus de 1,2 million de personnes s’expriment quotidiennement dans notre idiome ?

Bernard_CerquigliniIl ne faut pas se cacher qu’aux États-Unis, à part en Californie où il y a des locuteurs natifs et monolingues de l’espagnol, tout le monde parle l’anglais. Dans ce pays, l’espagnol est vécu comme une langue d’immigrés et le français comme une langue chic. Cela fait chic de parler français, de voyager en France. Nous devons jouer cette carte, et nous la jouons. Par ailleurs, et j’ai eu la chance d’y vivre trois ans et demi, on compte environ 80 000 locuteurs du français en Louisiane. Grâce, notamment,  à  l’action  du  Conseil pour le développement du français en Louisiane, une agence d’État qui fait venir des enseignants français, belges, canadiens, algériens, etc. Ce n’est donc pas pour rien qu’en 2018, la Louisiane a été admise à l’OIF comme membre observateur. Il y a donc une réalité francophone aux États-Unis. Elle est diverse et les services diplomatiques français aussi bien que québécois font ce qu’il faut pour l’entretenir.

Dominique snipped
Au Canada, le français recule tout doucement, non en nombre de locuteurs, certes, mais en pourcentage…

Bernard_CerquigliniIl y a trente ans ou trente-cinq ans, on aurait pu dire : le français est fichu au Québec. La première fois que je suis allé à Montréal, on me parlait anglais. Même si les chiffres sont un peu inquiétants en ce moment [selon le dernier recensement, le français continue de reculer au Canada], les Québécois ont sauvé leur langue et ils continuent à la sauver. Entrée en vigueur en juin dernier, l’excellente « loi 96 » fait du français la seule et unique langue du Québec [voir France-Amérique, mars 2022]. Sauf chez les anglophones, elle fait l’unanimité.

Dominique snipped
Cette nouvelle loi, qui impose aussi l’utilisation du français dans les petites entreprises, entre autres obligations, fait grincer des dents. Au Québec, pour le coup, ce sont maintenant les anglophones qui se sentent victimisés…

Bernard_CerquigliniChacun son tour !

 

 

Dominique snipped

Le français ne doit quand même pas devenir une langue d’oppression…

Bernard_CerquigliniNon, ce n’est pas dans nos valeurs. Il reste que, en matière de politique linguistique, la France doit beaucoup aux Québécois. Pendant des siècles, notre politique linguistique était strictement patrimoniale. Nous défendions la langue. C’est le rôle de l’Académie française et elle le remplit très bien : un dictionnaire de bon usage, des symboles comme la Coupole, etc. Mais cela ne suffit pas. Ce que les Québécois nous ont montré depuis la Révolution tranquille et la Charte de la langue française de 1977, dite « loi 101 », c’est que la langue est aussi une pratique sociale, une dimension de la citoyenneté. On vit, on est éduqué et on travaille en français.

Dominique snipped
Face au rouleau compresseur anglais, nous devrions donc légiférer en France? 

Bernard_CerquigliniLes lois doivent être rafraîchies régulièrement. La loi Toubon [qui désigne la langue française comme langue de l’enseignement, du travail, des échanges et des services publics], que je connais bien pour l’avoir préparée, date de 1994 et il serait temps de la revoir. Il y a des domaines comme Internet, la publicité et les noms de marques qui méritent d’être mieux réglementés.

 

Dominique snipped
La domination de l’anglais passe aussi par les anglicismes. Lesquels vous sont-ils les plus déplaisants ?


Bernard_CerquigliniComme historien de la langue, je sais que les anglicismes viennent,
passent et meurent. Si vous ouvrez Parlez-vous franglais ? de René Étiemble, paru en 1964, aucun des anglicismes dénoncés par l’auteur milk barshake hand, drink  on the rocks… – ne s’est maintenu. Il faut donc raison garder. Quand un anglicisme s’installe, c’est qu’on a besoin de lui, comme weekend, qui n’est pas la même chose que « fin de semaine». Le savant sait que les langues échangent et je n’oublie pas que 45 % du vocabulaire anglais vient du français.  Cependant, en  tant  que haut fonctionnaire spécialisé dans le domaine de la politique, deux choses m’inquiètent.  D’une  part,  l’anglicisme de luxe. Il existe de beaux mots en français qui ont une histoire, un sens et on les remplace par des mots anglais obscurs. Prenez compliance. Ce mot n’existe pas en français. Nous avons à notre disposition « conformité » ou « légalité ». Si vous me parlez de « conformité avec la loi » ou de « cohérence », je sais ce que c’est. La « compliance», je ne connais pas. Mais il y a plus grave. On s’inquiète du trop grand nombre d’anglicismes sans voir que le vrai problème, c’est l’abandon. Les Québécois distinguent le corps de la langue et le statut. Le corps de la langue peut être plus ou moins infiltré de mots étrangers. On peut s’en accommoder. Mais il en va autrement pour le statut. Je crains que dans certains domaines, le français perde son statut. Regardez le Centre national de la recherche scientifique, qui privilégie les publications en anglais. Renault fait des réunions de direction à Paris en anglais. Et ça, c’est très grave.

Dominique snipped
Une note d’optimisme. Selon Le Monde, le français fait preuve d’une étonnante souplesse et d’une grande inventivité si l’on regarde les mots entrés dans les dictionnaires Larousse et Robert 2023. Ce n’est pas ce que l’on entend d’ordinaire…

Chronique-langue-francaise-en-resilience-cerquigliniJ’ai écrit un livre sur le français de la pandémie de Covid-19, Chroniques d’une langue française en résilience. Ce qui m’a fasciné, c’est la créativité de la langue. Pendant la pandémie, on a parlé français ! D’une part, en ressuscitant des vieux mots. Écouvillon, vous ne l’utilisiez pas tous les jours ! Pas plus que quarantaine ! Par ailleurs, on a créé des mots : septaine, quatorzaine… Comment expliquer cette inventivité ? Par une prise de conscience collective au premier chef. Ce qui nous unit, c’est la langue. Et donc, face à la pandémie où on doit se serrer les coudes, il faut parler français. L’italien, une langue qui m’est très chère, dit lockdown pour «confinement ». Jamais ce mot n’a été utilisé en France, où, sur confinement, on a fait « déconfinement», « reconfine- ment » et « se redéconfiner ». Toute une famille lexicale a été créée en quelques semaines. Ainsi donc, la langue française, si elle le veut, peut résister et montrer son dynamisme.

Pourquoi n’êtes-vous pas à l’Académie française ? On y aurait bien besoin de vos compétences !

Bernard_CerquigliniJe pourrais vous répondre en plaisantant : quand on est membre de l’Oulipo [Ouvroir de littérature potentielle, un groupe d’écriture inventive fondé en 1960] et de l’Académie royale de Belgique, on est heureux. Plusieurs académiciens et la secrétaire perpétuelle, Hélène Carrère d’Encausse, m’ont approché, je ne le cache pas, et ma réponse a été claire. Nous ne faisons pas le même métier. L’Académie, et elle le fait bien, définit la norme. Quand on a une hésitation, quand on s’interroge sur un mot nouveau, elle tranche. Mon rôle n’est pas de dire la norme, c’est de l’étudier.

[1]

 

Des mots contre les maux :
comment la langue française affronte la pandémie –
Bernard Cerquiglini (23 min.)

 

Lectures supplémentaires :

Erik Orsenna à propos des «Mots immigrés»: « Pas le grand remplacement: le grand enrichissement »
LE SOIR 24/3/2022

Vers un vaccin contre la Covid-19
René Meertens, 14/11/2020

UPCT – Linguistics: The new French words of 2020, Covid Edition

 

Les mots anglais du mois – bowdlerization, extemporization & slowbalization

Francoise le Fleur (cropped)Nous sommes heureux de retrouver notre contributrice, Françoise Le Meur, parisienne et ancienne responsable financière reconvertie il y a trois ans dans la traduction.

Françoise est diplômée de Sciences Po Paris, Section Economie et Finances et également titulaire du CELTA de Cambridge University (Certificate in Teaching English to Speakers of other Languages.) 

Ses hobbies sont, entre autres, la lecture (littérature surtout), les voyages dans le monde entier et les langues… Originaire de Cornouaille, elle réapprend depuis trois ans la langue de ses parents afin de renouer avec ses racines celtiques.

Bowdlerization :

Le terme bowdlerization dérive du patronyme Thomas Bowdler (1754-1825), médecin anglais qui Bowdler profile publia une version expurgée des œuvres de William Shakespeare qu’il jugeait mieux convenir aux femmes et aux enfants. Ces versions expurgées firent l’objet de critiques et de moqueries qui engendrèrent le verbe to bowdlerise/bowdlerize et le substantif bowdlerisation / bowdlerization. (orthographe britannque / orthographe américaine).

Bowdeler ShakespeareDans l’œuvre de William Shakespeare, par exemple, il a pu changer la noyade d'Ophélie de suicide en accident. Il est intéressant de noter que Bowdler lui-même a créé ses versions Family Shakespeare, pour présenter les œuvres du grand dramaturge à des publics qui n'auraient pu les voir autrement.

Le substantif bowdlerization est donc l’action consistant à supprimer des passages ou des termes considérés comme indécents dans une œuvre littéraire et peut donc être parfaitement traduit par expurgation ou censure, termes plus couramment utilisés de nos jours.

En France, on peut rapprocher cet usage de l’expression ad usum Delphini  (à l’usage du Dauphin), désignant les éditions des classiques latins, entreprises sous la direction de Bossuet et de Huet, pour le Dauphin, fils de Louis XIV,  et dont on avait retranché les passages jugés trop crus. [1]

Ad usum delphini


En anglais, le terme bowdlerisation sert de nos jours à désigner une censure prude de la littérature, d’un film ou d’une émission de télévision (par exemple, a bowdlerised movie).

Dans un film, la bowdlerization aboutira, par exemple, à adapter la tenue vestimentaire habituelle d'un personnage pour la rendre beaucoup moins révélatrice de son corps dénudé ou partiellement vêtu. On va jusqu’à utiliser le « bikini numérique », c'est-à-dire effectuer un montage numérique pour vêtir un personnage apparu en tenue d'Êve ou d'Adam. .

L'élimination d'expressions vulgaires ou à connotation sexuelle, d’images offensantes (généralement des croix gammées ou tout ce qui rappelle le régime nazi), l’interdiction d’usage de cigarettes ou de drogues diverses, par crainte de mimétisme chez les spectateurs les plus impressionnables.

La traduction ou l’adaptation culturelle contiennent souvent des éléments de bowdlerisation, la propension à une certaine tolérance dépendant des différentes cultures.

Dans certains cas, on peut même parler de disneyfication,  qui va généralement plus loin, non seulement en supprimant du contenu, mais aussi en ajoutant du contenu à l'intention des enfants.

[1] Quelques exemples en littérature française :

« L'expurgation est faite avec un soin extrême pour ôter tout ce qui est laid et garder tout ce qui est beau » (Sand, Corresp., 1847, p. 376):

« … vous feriez imprimer à Bruxelles (…) l'édition expurgée. Quant à l'expurgation, je vous enverrais, sur l'épreuve, mes indications à l'encre rouge… » (Hugo, Corresp., 1853, p. 148).

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Extemporization

C'est le substantif qui correspond au verbe to extemporize.

Ce verbe a été inventé en ajoutant le suffixe -ize au latin ex tempore qui signifie instantanément.

Il recouvre deux acceptions :

A. L’action d’exécuter, de parler ou de composer (un acte, un discours, un morceau de musique, etc.) sans préparation, c'est-à-dire d'improviser ou d'ad lib, en anglais. [2] 

Par exemple : un bon animateur de débat doit être capable d'improviser lorsque les choses ne se déroulent pas comme prévu. Il agit de façon impromptue, il improvise, c'est de l'improvisation (i.e. extemporization).

Une distinction s'impose au sujet de l’improvisation musicale en tant qu’activité créatrice, de composition musicale spontanée (création de nouvelles mélodies, rythmes et harmonies).

Un musicien classique à qui l'on demande, à brûle-pourpoint, d'interpréter un morceau se produira de façon impromptue (extemporaneously), mais sans pour autant improviser (puisqu'il reproduit un morceau et ne le compose pas). Un musicien de jazz à qui l'on demande, de façon impromptue, de jouer un morceau peut souvent improviser (créer) la musique elle-même.

B. le fait d’utiliser (une solution temporaire) pour un besoin immédiat. Les dessins suivants sont très explicites !

LeMeur haloes LedMeur - torch

[2] Ad lib est une abbreviation du terme latin  « ad libitum », qui a un autre sens de to extemporize, à savoir « jusqu'à ce que (je) sois pleinement satisfait », « à satiété ». (Wikipedia). Voir aussi d'autres significations : https://www.linternaute.fr/dictionnaire/fr/definition/ad-libitum/

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Slowbalisation

Ce néologisme est utilisé depuis 2015 par Adjiedj Bakas, un observateur néerlandais des tendances, auteur et conférencier de renommée mondiale.

Il est formé des termes slow et globalisation pour désigner le ralentissement de la mondialisation.

Le terme mondialisation, utilisé depuis les années 30, décrit le développement d'une économie mondiale de plus en plus intégrée, marquée notamment par le libre-échange, la libre- circulation des capitaux, biens et services, et l'exploitation d’une main-d’œuvre étrangère moins onéreuse.

L'âge d'or de la mondialisation, entre 1990 et 2010, n'est plus et les tensions commerciales d'aujourd'hui entre les États-Unis et la Chine viennent s'ajouter à une évolution en cours depuis la crise financière de 2008-2009, les investissements transfrontaliers, le commerce, les prêts bancaires et les chaînes d'approvisionnement ayant diminué par rapport au PIB mondial. Les investissements chinois en Europe et en Amérique auraient notamment baissé de 73% en 2018.


Slowbalisation (Economist)
Selon l’article de l’Economist, les grands problèmes comme le changement climatique, les migrations et l'évasion fiscale seront encore plus difficiles à résoudre sans une coopération mondiale. Loin de contenir la Chine, le ralentissement de la mondialisation l’aidera à asseoir son hégémonie régionale encore plus rapidement ! [3] 

 

 

[3] Voir aussi: Alors, mondialisation ou démondialisation? 

Françoise Le Meur

La désuétude des mots

La Fronde des Mots, un livre court, charmant et humoristique écrit par Michael Mould (notre linguiste du mois de septembre 2022), porte sur des mots français qui ne sont plus utilisés ou sont employés de manière impropre. Le charme de ce livre résulte en partie du fait que l’auteur personnifie ces mots, de sorte que chacun d’entre eux prend vie sur les pages du livre et acquiert une identité propre  [1]. Nous citons un passage du livre qui exprime la pitié que le malheureux mot feuillir éprouve pour lui-même parce qu’il a été relégué parmi les vieilleries et les termes désuets.

« J’ai l’impression d’être déjà mort, dit Feuillir qui, ayant entendu la conversation, s’était rapproché de nous. Je me sens d’autant plus maltraité que Fleurir continue son petit bonhomme de chemin comme si de rien n’était. Diantre ! Les fleurs fleurissent et les arbres feuillissent, non ? »

Examinons le mot « diantre », tombé lui-même en désuétude.

D’après les sources fournies par Wikipedia [2], [3] et [4], voici l’origine de ce mot :

« Diantre » est une interjection familière et désuète, qui peut être interprétée comme un signe d’étonnement ou d’admiration. C'est une altération par euphémisme de « diable » apparue au XVIe siècle et qui permettait ainsi d'éviter de prononcer le mot « diable ».

Une traduction possible de « diantre » est dickens (dans l’expression what the dickens?), qui est aussi un euphémisme utilisé pour éviter un mot blasphématoire.

La plupart des locuteurs natifs de l’anglais supposeraient probablement, si on les interrogeait, que l’origine du mot dickens est le nom de l’auteur britannique Charles Dickens, [5] mais ils seraient dans l’erreur. Le site Web Londonist explique pourquoi :

« What the Dickens !? » est encore utilisé comme exclamation exprimant une légère surprise. (On peut aussi mentionner “What the heck?”, “What the deuce?”, “What the blazes?” et “What the devil?”.) Mais quelle en est l’origine et qui a forgé cette expression ?

Prenez The Merry Wives of Windsor, pièce écrite par Shakespeare dans les années 1590. Mistress Page s’exclame: “I cannot tell what the dickens his name is…”.

En d’autres termes, cette expression était utilisée plus de 200 ans avant la naissance de Charles Dickens. Elle semble aussi antérieure à l’époque de Shakespeare.

De même, l’utilisation de mots anglais tels que devil et hell était autrefois considérée comme blasphématoire. Il était un temps où « what the hell », autre équivalent de « what the dickens », n’aurait peut-être pas été utilisé en bonne compagnie en raison de scrupules religieux. « Bloody hell » est une autre variante ; les deux expressions auraient été jugées inacceptables, mais aujourd’hui on l’entend à plusieurs reprises dans le film Harry Potter and the Philosopher's Stone (Harry Potter à l'école des sorciers, 2001, classé « PG », soit enfants admis sous réserve de l’appréciation des parents).

De nombreux euphémismes utilisés pour éviter des mots grossiers — par exemple « diantre » en français et « what the dickens » en anglais — ont progressivement cessé d’être utilisés couramment, du moins en anglais, tandis que des mots autrefois jugés grossiers et dégoûtants ont été inclus dans des dictionnaires respectables. On les entend aussi dans des films, alors qu’ils auraient été censurés il y a une ou deux décennies. Signalons en particulier le mot fuck (ou fucking), bien que les âmes délicates continuent d’utiliser les euphémismes effing, freaking ou fricking (ou en anglais britannique frigging). Par exemple, He is a fricking bastard.

Voici ce qu’on peut lire sur le site web World Wide Words :

« Fuck, le mot argotique vulgaire le plus utilisé en anglais, encore capable de choquer même en ces temps tolérants en matière de langage, a toujours fasciné les “étymologistes omniscients”, en particulier ceux qui voient des acronymes partout.»

Le texte humoristique qui fait la promotion du livre “The F-Word (2e édition, 1999) sur Amazon est conçu comme suit :  « Généralement considéré comme vulgaire. Classé X. Biiiip. Inconvenant. Ne convient pas aux oreilles chastes. Les enfants sages s’abstiennent d’utiliser ce mot. Obscène.  Immoral.  Impudique.  Indécent. »

Ce texte poursuit sur un ton plus sérieux :

« Existe-t-il un mot qui ait suscité autant de créativité et frappe l’imagination d’autant de personnes? The F-Word contient d’innombrables exemples authentiques et non censurés de ce mot dans tous ses sens aussi variés que crus, à partir de sa première occurrence au XVe siècle…

Cette deuxième édition contient un  grand nombre de nouvelles définitions et les exemples inclus proviennent de milliers de sources, en particulier Robert Burns, Norman Mailer, E.E. Cummings, Ernest Hemingway, Liz Phair, Jack Kerouac, Anne Sexton, Playboy et Internet.

Vous apprendrez tout ce que vous avez toujours voulu savoir (ou pas) sur le mot le plus vulgaire de la langue anglaise — tout en étant peut-être le plus créatif. »

Il existe plusieurs théories sur l’origine du mot Fuck. En voici une :

Le mot fut forgé au XVe siècle quand un couple marié devait demander au roi la permission de procréer. Il serait donc l’abréviation de Fornication Under Consent of the King [fornication avec le consentement du roi] (ou parfois Fornication Upon Command of the King [fornication sur ordre du roi]).

Mais le site World Wide Words rejette cette explication étymologique et nous rappelle que le mot tire son origine du moyen néerlandais (fokken), du norvégien (fukka) et du suédois (focka).

Aujourd’hui, au XXIe siècle, ce mot a perdu en partie sa grossièreté et sa capacité de choquer et même des dames de la noblesse pourraient ne pas s’évanouir si elles voyaient ou entendaient le mot fucking, et il en va de même pour “What the fuck!”. Cependant, ex abundanti cautela, ou pour ceux qui ne peuvent adopter ce mot ou d’autres mots orduriers autrefois considérés comme indicibles, nous recommandons l’acronyme WTF (suivi d’un point d’interrogation ou d’exclamation) pour atténuer l’effet. WTF est aussi couramment utilisé dans les textos.

Étonnamment, le mot fuck, utilisé pour la première fois en 1630 environ, comme l’indique le graphique (NGram Viewer de Google) présenté ci-après, a atteint le sommet de sa popularité (0,0009%) vers 1650, et est ensuite descendu de façon irrégulière jusqu’en 1825 ; ensuite, il a cessé d’être utilisé pendant plus de 125 ans. En 1950, il a fait sa réapparition et a atteint maintenant un nouveau sommet (environ 0,00055%).

NGram

L’une des raisons de la plus grande fréquence de l’utilisation de mots autrefois considérés comme verboten est le fait que les dictionnaires ont évolué : ils sont devenus plus descriptifs que prescriptifs. En fait, le dictionnaire Merriam-Webster a indiqué ce qui suit :

« Le présent dictionnaire est descriptif en ce sens qu’il a pour objet de décrire la façon dont les mots sont utilisés par ceux qui parlent et écrivent l’anglais. D’une manière générale, selon l’approche descriptive en matière de lexicographie, il ne s’agit pas de prescrire la façon dont les mots doivent être utilisés ni d’énoncer des règles concernant l’anglais « correct », contrairement à ce qui se pratique selon l’approche prescriptive. »

Maintenant que « diantre » est devenu vieillot, les Français sont-ils devenus plus audacieux, moins restrictifs, ou les gros mots français se limitent-ils à merde, zut et putain.

Initials JJG Jonathan Goldberg RM (Meertens) René Meertens

———————–

1. Depuis les oubliés (Inactuel, S’abeausir, et Feuillir) en passant par les abusés (Conséquent, Achalandé, Pute et Serein) et les anti-anglicismes, (Défi, Succès en librairie et bien d'autres) on débouche sur les grands incompris (Inflation, Dette et Monnaie) pour finir avec les travestis linguistiques que sont Démocratie, Information, Journalisme, Révolution et Liberté. La parole est donnée à certains mots tels  « corruption », qui se plaignent de leur mauvaise utilisation dans le domaine politique et expriment alors des idées très hostiles à ceux qui nous dirigent.

2. 1718 Le Roux: Dictionnaire Comique Satirique Critique Burlesque Proverbal

3. https://www.cnrtl.fr/definition/diantre,

4. Louis-Nicolas Bescherelle (aîné),Dictionnaire national ou grand dictionnaire classique de la langue française, Simon, 1845

5. Charles Dickens a forgé huit expressions anglaises :

abuzz (dans A Tale of Two Cities); butterfingers (dans The Pickwick Papers); the creeps (dans David Copperfield)
David-may-care, flummoxed & sawbones (tous dans The Pickwick Papers); on the rampage (Great Expectations); sassigassity (A Christmas Tree). Source: https://proofed.com/

Bernard_CerquigliniANNONCE : Notre linguiste du mois prochain sera Bernard Cerquiglini. Un entretien avec lui vient de paraître dans le numéro de novembre de la revue bilingue FRANCE-AMÉRIQUE. La rédaction a aimablement ajouté les mots suivants: « Cet entretien a été réalisé à l’initiative de Jonathan Goldberg, animateur du blog Le mot juste en anglais, qui se présente comme un pont entre le monde francophone et la culture anglo-américaine ».  L’entretien sera reproduit prochainement dans ce blog.

Alain Borer répond aux malheurs de Simon Kuper

Simon KuperSimon Kuper, journaliste et auteur britannique, a redigé une serie d'articles publiée récemment par le Financial Times et reprise, en anglais et en français, dans Le Monde. L’un de ces papiers, « L'anglais, le français: deux langues, mon cauchemar»,  a suscité de vives réactions de la part d’un certain nombre de défenseurs de la langue française…

Alain BorerInutile de présenter notre invité à nos lecteurs et lectrices : Alain Borer (Luxeuil, 1949), poète, écrivain-voyageur, romancier, dramaturge, critique d'art, critique d'art. Le professeur Borer est spécialiste d’Arthur Rimbaud (Rimbaud en Abyssinie, Seuil, 1984, Rimbaud in Abyssinia, William Morrow, New York, 1991). Comme Professeur invité à USC (University of Southern California, Los Angeles), président national du Printemps des poètes, il s’est engagé dans la défense de la langue française autant que dans son illustration avec De quel amour blessée, réflexions sur la langue française (Gallimard, 2014, prix Mauriac, grand prix Deluen de l’Académie française 2015) ; il a reçu le prix Édouard Glissant pour l’ensemble de son œuvre. [wwwalainborer.fr]

A. BulgerÀ la demande d’Anthony Bulger, notre linguiste du mois de septembre 2020,  le professeur Borer a aimablement consenti de rédiger dans nos colonnes une réplique aux propos de Simon Kuper, notamment sa description du français comme une « langue de deuxième zone », et son argument que le rayonnement de la France et des Français à l’échelle mondiale passe nécessairement par l’anglais.

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Rory-CurtisÀ la lecture de ses articles plage pour l’été, on craint qu’il ne soit arrivé à Simon Kuper le malheur de Rory Curtis — le pire malheur qui, semble-t-il, puisse frapper un sujet de feue Sa gracieuse majesté, et tel que le rapportait une dépêche Reuters du 23 décembre 2014 : il s’agit de ce jeune Anglais qui, victime d’un accident de la route, émergeant d’un long coma, s’était surpris dès son réveil à parler français, langue qu’il avait à peine apprise à l’école : « J’étais là, assis sur mon lit, se souvient-il, accablé, discutant de mon état de santé dans un français absolument parfait ! ».

Comme Simon Kuper, et plutôt que de se consoler avec le proverbe « à quelque chose malheur est bon », ou de se réjouir de parler soudain sans effort une langue difficile, le jeune convalescent a vu là un comble à ses malheurs. Et d’ajouter, aggravant son infortune : « J’agissais comme un Français, de façon tout à fait arrogante et sophistiquée. Ce n’est pas moi du tout ! » ! Simon Kuper à son tour se roule dans ces stéréotypes comme un âne dans la luzerne : ce poncif de l’ « arrogance », largement persistant dans les sociétés anglophones, date de l’époque où le général de Gaulle, tenant tête à « l’Amérique indispensable », écrira-t-il dans ses Mémoires d’espoir, ne « souhaitait pas qu’elle s’érige en juge et en gendarme universel ».

Mais pour Simon Kupper la déveine, le manque de bol est pire encore : en disant de la langue française qu’elle devient « inutile », en exhortant les francophones à passer sérieusement à l’anglais, etc.,  c’est lui qui multiplie tous les signes de la plus parfaite arrogance, flagrante de sa part comme de celle des anglophones qui se croient dorénavant dispensés d’étudier d’autres langues, puisque la planète semble adopter la leur, et regrettent même le temps qu’ils ont perdu à en apprendre une autre, puisque elles sont désormais inutiles étant, au fond, dans cette logique imparable, inférieures : le journaliste ainsi se laisser aller à donner la leçon aux francophones, pour les tirer de leur arriération (le thème de la « province », qui sous-entend l’infériorité), dévoilant sans vergogne un hégémonisme qui remonte au Manifest de 1850 : il ne s’agit là que d’une des innombrables formes de la domination de la langue du maître (qui a ses collaborateurs), dont la tendance générale conduit à la Louisianisation totale. On s’étonne que Le Monde se montre si complaisant envers de tels militants, et qu’un journaliste du Financial Times soutienne des positions dignes de Pif gadget.

Ne relevons par charité que trois manquements à l’exigence : l’ignorance, la naturalité et l’instrumentalisme. Une ignorance digne de Bush, 43° président des États-Unis, déclarant : « The problem, with the French, is that they don’t have a word to say entrepreneur » : M. Kuper étant de ceux qui, ne sachant pas d’où ils viennent eux-mêmes, (63% du lexique anglais est d’origine française, soit 30.000 mots) contreviennent aux échanges fructueux entre les cultures.

La naturalité, c’est-à-dire la représentation d’une langue comme « naturelle », cette conception que Roland Barthes tenait pour « la vision bourgeoise par excellence » se répand dans tous les domaines ; ce fut l’erreur des anciens Grecs [1], pour qui leur langue, confondue avec la raison et l’intelligence, constituait la langue normale : l’anglaméricain s’impose naturellement et même rétroactivement — puisque les anciens Romains le parlaient déjà, comme on le voit avec Charlton Heston dans Ben Hur, et même dès la haute antiquité égyptienne, comme l’atteste Elizabeth Taylor dans Cléopâtre.

Une erreur intellectuellement fatale, enfin, massivement répandue chez les politiques et financiers, tient à la conception instrumentaliste des langues. Si la langue était un outil, on la trouverait au BHV. Or toute langue détermine une certaine façon de penser, une vision du monde originale qui s’articule à des pratiques particulières. Les Chinois distinguent les mots ‘pleins’ et les mots ‘vides’ ; les mots pleins renvoient aux choses concrètes, les mots vides aux abstractions : dès que l’on est dans les mots vides, autrement dit abstraits, les mots n’ont plus la même dénotation, la même connotation, la même extension. C’est en cela que la philosophie consiste à apprendre toutes les langues pour comprendre le monde, et la sottise une seule.

En ne respectant pas la langue française qu’il prétend parler, le folliculaire, comme on appelait naguère un journaliste peu scrupuleux, fait penser à ce pianiste que Mozart ennuie. Il passe à côté de la Beauté (Amboise, fontaine, miroir, saumon…), car l’esthétique domine la grammaire en langue française ; il manque à la précision (la nuance, ce mot français intraduisible), à la « clarté » célèbre qui permet tout particulièrement la mise au point de sa pensée, et  qui tient dans le vidimus, c’est-à-dire à la précision par la grammaire et à la vérification de l’oral par l’écrit que permet constamment la langue française — trois manquements à la réflexion attestés dans les feuilletons estivaux de M. Kuper.

Aujourd’hui, le jeuner Rory est complètement remis de son accident mais il continue, hélàs !, comme Simon Kuper, à parler français. On ne lui souhaite pas un autre choc, qui pourrait l’en délivrer.

Alain Borer

[1] Barbara Cassin, Plus d’une langue, Bayard, 2019.

Lecture supplémentaire :

Pouvoir Discret ou Soft Power ?

Au XIXe siècle, mon grand-père préfigurait-il Jeff Bezos ?

(le propriétaire d'Amazon)

Lorsque mon grand-père maternel s'est enfuit de Russie, a la fin du XIXe siècle, pour s'établir au Pays de Galles, il ne savait ni le gallois, ni Donkey l'anglais. À force de détermination (et probablement à grand renfort de gestes), il gagna sa vie en parcourant la campagne galloise avec une carriole attelée à cheval ou à un âne, faisant du porte à porte pour vendre des articles ménagers de base. À chaque traversée du Pays de Galles de long en large, il en apprenait un peu plus des préférences de ses clients, et ce cumul d'expérience lui permettait de repasser la fois suivante avec l'assortiment d'articles qu'il avait le plus de chances de vendre.

Jeff Bezos, le fondateur d'Amazon, qui, avec le petit capital emprunté à ses parents, commença à vendre des livres stockés dans son garage, vaudrait maintenant 126 milliards de dollars, selon certaines sources. L'empire commercial d'Amazon, qui se décline en Amazon.com, Amazon.co.uk, Amazon.de, Amazon.ca, Amazon.co.jp et bien d'autres sociétés actives dans les domaines les plus divers, a élargi la gamme de ses ventes à toutes sortes d'articles imaginables, y compris de l'alimentation et de l'électro-ménager, livrés le jour de la commande dans certains cas.

Jeff Bezos et sa maison qui servit comme entrepôt de livres au début d'Amazon

Bezos est devenu le plus grand détaillant de l'histoire. Et pourtant, il pratique desormais une nouvelle technique de vente qui, dans son concept, n'est pas très éloignée de celle qu'utilisait mon grand-père il y a plus de 100 ans. Il prévoit de remplir ses camions avec des articles sélectionnés grâce à des algorithmes de "lots d'expédition par anticipation" conçus pour déterminer ce que les clients des différents secteurs sont susceptibles de commander. Les camions, ainsi chargés de ces différents articles vendus en ligne (et pas uniquement de l'épicerie), parcourent ensuite divers secteurs de la ville et livrent à la demande, en quelques minutes.

Amazon-truckLes camions d'Amazon ont sous le capot plus de chevaux-vapeur que les chevaux et les ânes de mon grand-père, et ses vendeurs, à la différence de mon grand-père, parlent la langue du cru. Leurs délais de livraison sont sans aucun doute plus courts que les siens. Ils vendent probablement plus en un jour à Los Angeles que mon grand-père n'a vendu pendant toute sa vie au Pays de Galles. Mais, fondamentalement, le modèle économique ne diffère guère, en réalité, de celui de mon grand-père. Plus les choses changent et plus elles se ressemblent…

Initials JJGJonathan G.    


Note linguistique
:

L'anglais a le substantif colporteur et, le français, les substantifs colporteur et colportage ainsi que le verbe colporter. Le tableau ci-dessous schématise la situation :

  Door

français

English

verbe/verb

colporter

To hawk, to peddle, to sell from door to door

substantif/noun

colporteur : marchand ambulant qui vend ses marchandises de porte en porte (Le Petit Robert, p.458), [1]

colporteur
[2]

Selon le World Wide Words, on a d'abord cru que le mot anglais venait du français – composé de col, le cou, + porter, transporter – désignant quelqu'un qui porte ses imprimés dans une sacoche passée autour du cou. On pense maintenant qu'il s'agit d'une déformation de comporter, du latin comportare, transporter.

Le Merriam-Webster recense le mot anglais colporteur et le définit comme "un vendeur ambulant de livres religieux". Jusqu'en 1931, les Door 2 Témoins de Jéhovah ont employé le terme colporter pour désigner leurs évangélistes à plein temps. De leur côté, les Adventistes du septième jour ont continué à appeler colporters leurs évangélistes jusqu'en 1980, et l'Église d'Écosse a eu une Société écossaise de colportage jusqu'au 20ème siècle. En allemand, Kolportage désigne le commerce ambulant des livres, mais aussi quelque chose de bon marché; un Kolportageroman est un roman-feuilleton sans grand intérêt. Le verbe kolportieren signifie répandre des rumeurs ou de fausses informations. Le mot colportage est encore couramment utilisé en néerlandais mais, s'il existe toujours en anglais, il n'est plus usité.

Porter_coleLinguistique mise à part, notons que les époux Kate Cole et Sam Porter ne se doutaient pas qu'en appelant leur fils Cole Porter, ils le dotaient d'un patronyme qui se prononcerait fort bien en France où le compositeur et parolier américain passa de nombreuses années !

[1] Démarcheur : personne chargée de faire des démarches (Le Petit Robert, p.652). Démarchage : activité commerciale qui consiste à solliciter la clientèle à son domicile (même page).
Voir aussi : https://fr.wikipedia.org/wiki/Démarchage

[2] Aussi : door-to-door salesperson

Leçons d’humilité

Michael MouldBienvenue à notre tout dernier contributeur, Michael Mould.

Le texte ci-dessous est une version abrégée d'un article qui a remporté le Prix dans la section d'humour du Concours international littéraire de REGARDS, Association artistique et littéraire, situee à Nevers. http://2000regards.over-blog.org).

Michael a fait ses études (histoire et psychopédagogie) en Angleterre, son pays d’origine.  Il est titulaire d’un “honours degree” de l’Université de Londres.

Arrivé en France en 1970, il n’est jamais plus reparti. Il a commencé sa carrière d’enseignant à la prestigieuse école préparatoire aux grandes écoles de Sainte-Geneviève à Versailles. Il est titulaire d’une maîtrise d’anglais de la Sorbonne Paris IV. Pendant 25 ans il fut responsable du Département Langues et Traductions à la Direction Générale de France Télécom à Paris.  

Ses lettres et ses articles ont été publiés en Angleterre dans The Financial Times et dans The Linguist (le magazine de l’Institut britannique des linguistes) et en France dans Le Monde, Télérama, Marianne and dans la presse locale, La Provence.

Routledge 1The Routledge Dictionary of Cultural References in Modern French, (Routledge, Londres et New York), constitue un pont culturel entre les francophiles et les anglophiles. Ce livre vient de sortir en sa deuxième édition. Michael a également publié plusieurs ouvrages chez l’éditeur Belin, Paris :  l’Anglais à Haute Fréquence, Corporate English et l’Anglais des Ressources Humaines

Michael vit avec son épouse Danielle, dans un petit port de pêche en Provence (Bouches-du-Rhône).
Voici son site internet : https://www.language-lighthouse.com/

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J’étais venu en France en 1970 pour apprendre le français, langue dont je ne parlais pas un mot à l’époque. Je comptais rester un an. Trente-six ans plus tard, je suis toujours là ; la langue française ne s’apprend pas en si peu de temps ! Je ne suis jamais reparti malgré les expériences parfois éprouvantes qui furent les miennes à chaque extrémité du spectre de mon apprentissage ; quand j’étais élève à l’Alliance Française au début, et à la fin, quand j’étais étudiant à la Sorbonne.

Le pauvre Anglais que je suis, était mal préparé à voir d’emblée la différence entre les pommes de terre que l’on fait cuire à poil, au poil où à la poêle ! Compte tenu de la similitude sémantique des verbes « allumer » et « éclairer » à l’infinitif, devrais-je qualifier ma sœur de « éclaireuse » (ce qu’elle fut), ou de « allumeuse » (ce qu’elle ne fut point !) Fille, fillette, malle, mallette, pour quelle raison le mot « salopette » ne serait-il pas le diminutif de salope ! Des questions que le Français ne se pose jamais ; des questions qui empoisonnent la vie de l’étudiant étranger qui tente l’ascension de cet Everest linguistique qu’est la langue française.

Maintes fois on m’a parlé de la logique de la langue française. Un soir, pendant ma première semaine en France, alors que je révisais mes leçons de français, deux collègues sont venus dans ma chambre à Ste Geneviève pour m’inviter à prendre un pot. Devant mon refus, ils insistèrent ; « allez, viens » ! Connaissez-vous une langue où, en n’utilisant que deux mots, on arrive, en même temps, à tutoyer et à vouvoyer une personne tout en lui demandant de faire deux choses diamétralement opposées ? Logique, en effet !

En 1970, j’étais en France depuis peu et mon bagage linguistique ne pesait pas lourd. Je passais quelques jours de vacances avec une correspondante dont les parents possédaient une maison dans la Nièvre. L’un des premiers mots français que j’avais appris, comme tout Anglais, était le mot « baguette ». Mais quelques jours avant mon arrivée à Château de la Tour j’avais appris, dans un laps de temps dangereusement court, deux autres éléments de vocabulaire. Je connaissais « baguette » et voilà que « brochette » et « brochet » s’invitaient dans mon cercle lexical. Le coup de grâce me fut donné par la mère de mon amie lorsqu’elle me demanda, par un dimanche matin ensoleillé, d’aller « en ville » acheter deux baguettes et une brioche. Baguette, brochette, brochet et maintenant brioche ! Je lui fis répéter « deux baguettes et une brioche ». « Deux baguettes et une brioche ». En gagnant le village j’avais perdu et ma brioche et même ma brochette qui à mon insu s’est métamorphosée en brochet. « Deux baguettes et un brochet, deux baguettes et un brochet ». Me voilà à la boulangerie ; J’annonce la couleur ; « deux baguettes et un brochet ». Le vendeur me donne les deux baguettes ; je réclame mon brochet. Il jeta un regard derrière lui par l’épaule gauche, puis par l’épaule droite, avec méfiance comme s’il craignait d’en trouver. Puis la réponse claqua « il n’y en a plus ». Je quittai le magasin et le vendeur me souhaita, à la nivernaise, « bon soir », juste au moment où l’église sonnait neuf heures du matin ! Allez comprendre.

Mon ultime leçon d’humilité me fut donnée à la Sorbonne. La révolution puritaine, la moralité victorienne et les écoles unisexes, ont conduit beaucoup de mes compatriotes dans l’impasse ridicule de la pudibonderie. Ainsi, mes études littéraires en Angleterre avaient été singulièrement amputées de la dimension sexuelle. J’étais mal préparé à faire mes études littéraires à la Sorbonne dans le sillage des évènements de 1968.

Sorbonne IVJe m’étais inscrit à la Sorbonne Paris IV en troisième année et je n’ai pas pu m’empêcher de sourire en voyant l’un des titres qui figurait au programme de la littérature anglaise ; Tess d’Urbervilles de Thomas Hardy. Je connaissais bien son œuvre poétique et romanesque et surtout son chef d’œuvre « Tess d’Urbervilles » qui fit parti du programme du bac anglais que je passais en 1966 après l’avoir décortiqué deux ans durant. Je me suis dit en moi-même, non sans une certaine suffisance ; « un professeur français, que peut-il m’apprendre sur Tess, un livre que je connais comme ma poche ». Le maître de conférences en question devait me faire comprendre que ma poche présentait des recoins que j’étais encore très loin de connaître.

Le sujet de nos travaux dirigés ce jour-là : la rencontre de Tess et de l’homme qui devait la « déshonorer », la scène au cours de laquelle il force Tess à avaler des fraises. Calquant le contenu de ma présentation sur celle de mon prof d’anglais du bac, je fis ma présentation. Je parlais du brouillard qui tombait au moment de l’agression, brouillard qui masquait une scène que les Victoriens n’auraient pas accepté de voir en tant que telle ; à chacun donc d’imaginer le viol. « Pas mal » je me suis dit en moi-même en regagnant ma place. Le silence qui suivit me fit comprendre que le Maître de Conférences, Mademoiselle Ott, ne partageait pas du tout mon avis. Avec le détachement et la précision gestuelle d’un médecin légiste elle se mit à décortiquer la scène au scalpel de son analyse et à dégager tout le symbolisme dont je ne soupçonnai guère l’existence. Son analyse résonnait comme les douze coups de minuit de Big Ben ; cette expérience devait me donner le bourdon !

DONG : « Bien sûr, la plupart d’entre vous ont compris que la mise en bouche des fraises est une métaphore de la pénétration, de l’acte sexuel ». (Bien sûr mon œil me suis-je dit en moi-même !)

 DONG : « Il ne vous aurait pas échappé non plus (mais voyons !) que le fruit en question, la fraise, n’a pas été choisi au hasard ». (Pour moi une groseille à maquereau aurait pu bien faire l’affaire, mais nenni !)

DONG : « La similitude entre la forme de la fraise et la tête du pénis est saisissante ». (Mon dieu !)

 DONG : « Ainsi la fraise du séducteur est un symbole phallique puissant, mais j’annonce là une évidence ». (Mais où est ce qu’elle est allée chercher tout ça ?). Toujours abasourdi par cette révélation, je ne voyais pas venir le coup de minuit ;

DONG : « la fraise bien évidemment est un fruit rouge, son jus est la couleur du sang. Le jus qui coule sur les lèvres de Tess symbolise le sang de la consommation de l’acte sexuel, le sang résultant de la rupture de son hymen, symbole de sa virginité perdue ». (Doux jésus, elle le croit en plus ! !)

Aucune annale du bac en Angleterre n’a fait allusion à de telles choses ; mon prof ne m’en avait jamais parlé ; avait-il ne serait-ce que le plus petit soupçon de l’existence de telles explications, qui, à la réflexion, tenaient si bien la route ? Je me suis senti ridicule et légèrement trahi par mon prof d’anglais ; à l’époque du bac j’avais tout de même 18 ans ! J’étais vexé devant mon ignorance de cette dimension métaphorique d’un livre que je me targuais de connaître, et aussi par le fait qu’il a fallu que ce fût une Française qui me l’apprît, une mademoiselle de surcroît !

Pendant mon année de maîtrise, ce fut une autre femme, plus mûre encore celle-ci, qui allait me prendre en charge et s’occuper de mon « éducation ». La Doctoresse Luce Bonnerot fut ma directrice d’études. Elle me faisait penser à feu la reine mère d’Angleterre ; une ressemblance physique étonnante, une distinction et une douceur aristocratique, pas très grande, et un accent anglais parfait. Nous devions choisir le sujet de mon mémoire de maîtrise.  Notre choix fut arrêté ; « Undertones of War de Blunden et Memoires of an Infantry Officer de Sassoon, une étude comparative »

 Pendant le premier de nos « tutorials », cette petite dame aux allures de Queen Mum allait achever le travail de dépucelage intellectuel entamé une année auparavant par sa collègue. Peu de temps après le début de mon travail de recherche, je lui avais présenté les grandes lignes de mon projet. Sans me prévenir que le combat avait commencé, cette digne grand’mère m’envoya au tapis avec un coup au plexus qui me laissait sans souffle « Jeune homme, vous semblez avoir totalement occulté la dimension sexuelle de la guerre. Et pourtant, la similitude, voire l’identité des mots utilisés dans le domaine sexuel et dans le domaine martial, n’a pas pu vous échapper. (Mon dieu qu’est-ce qu’elle veut dire par-là ?) Devant mon regard qui devait afficher en lettres majuscules « abonné absent » elle poursuivit. « J’aimerais que ce rapport entre le langage du sexe et celui de la guerre soit convenablement mis en lumière » (et « convenable » avec ça !) « Rappelez-vous, jeune homme, dans la Saga des Forsythe, l’héroïne est décrite comme étant « assiégée » par l’homme qui souhaite la séduire ; le mot « assiégé n’est pas fortuit » (ça y est, c’est reparti pour un tour !) « Une ville, comme une femme est assiégée, elle résiste, elle s’affaiblit, elle capitule, elle cède, et comme une femme, elle est prise, on la pénètre, éventuellement, on la viole » ; avec ce coup droit au menton, alors que j’étais à peine relevé, je suis sonné ! Sans me laisser deux secondes pour que je reprenne mon souffle, Queen Mum revint à l’attaque. « Le viol de la ville de Nanjing, par exemple, doit être compris aussi bien au sens figuré qu’au sens propre » (ce n’est pas vrai !). « Les canons mêmes sont d’éminents symboles phalliques ; (doux Jésus !) « d’ailleurs, faisons abstraction de la forme du canon, jeune homme, sur le plan purement lexical, on « tire des salves » mais chez les jeunes ne parle-t-on pas de « tirer un coup ? » ; j’avais choisi ce moment-là pour tomber en catalepsie. Que cette auguste dame me fasse un cours sur l’argot sexuel des jeunes était aussi incongru que la Reine Mère descendant les escaliers de Montmartre sur un skateboard ! J’étais encore dans les cordes quand elle lâcha le coup final. « Mais dans votre approche de la métaphore sexuelle et la guerre, ne vous laissez pas emporter (je me suis dit en moi-même, venant d’elle, quel toupet !) « Un balai, un seau, une pomme…. tout est symbole phallique, utérin ou mammaire si l’on va par-là ». J’étais KO, mis au tapis par une mamie dont l’uppercut de l’analyse ne me laissait aucune chance. Je suis sorti du cours, sonné, déboussolé, déconfit, et encore une fois, un peu honteux. Ainsi, cette année-là, un voile fut levé, et à la réflexion, je m’estime privilégié d’avoir pu passer des moments passionnants avec un directeur d’études d’une si grande qualité. Pour ma maîtrise j’obtins la note « B ». Je crois sincèrement que sur le fond, ce fut un très bon travail, mais j’avoue que sur le plan de la métaphore sexuelle, ma « puissance de feu » devait laisser à désirer Mademoiselle Ott et Madame la Doctoresse Luce Bonnerot m'avaient ouvert les yeux sur des aspects insoupçonnés de mon propre patrimoine littéraire. A ma décharge, j’appris des années plus tard que l’analyse du symbolisme sexuel de la littérature anglaise était très en vogue à la Sorbonne pendant ces années-là. Toujours est-il, le regard que je pose dorénavant sur les asperges et les bananes, ne sera jamais plus tout à fait le même !


Lectures supplémentaires:

Souvenirs d'un kibboutz en France

Étapes dans l’apprentissage de la langue française

 

« La reine est morte, vive le roi »…[1]

…un aperçu linguistique de la vie de Elizabeth II, reine des pays ou territoires suivants: Royaume-Uni, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Jamaïque, Bahamas, Grenade, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Îles Salomon, Tuvalu, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Belize, Antigua-et-Barbuda et Saint-Kitts-et-Nevis.

HonniLa reine Élizabeth II, a régné sur le Royaume-Uni pendant 70 ans. Seul Louis XIV, le Roi Soleil, a occupé le trône plus longtemps, 72 ans (si l'on inclut la régence de sa mère).

Pendant son long règne, Élizabeth a nommé 15 Premiers ministres, de Winston Churchill (né 1874) à Liz Truss (née 1974) [2], et a rencontré un très grand nombre de chefs d’État français (et autres), de Charles de Gaulle à Emmanuel Macron [3] au Royaume-Uni et dans le cadre de ses visites a 120 pays.


Élizabeth a aussi rencontré tous les présidents des États-Unis de son règne (sauf Lyndon Johnson), de Harry Truman (quand elle était toujours princesse) à Joe Biden [4], (ainsi que Herbert Hoover, longtemps après la fin des fonctions de ce dernier).

@ Queen & TRuman clipped

Q & Kennedy Q & Obama


Marquis-de-lafayette-Bien que personne, au cours de l’histoire récente, n’ait fréquenté tant de personnalités mondiales pendant si longtemps, un Français peut se targuer d’avoir rencontré neuf présidents des Etats-Unis (avant, pendant et après leur mandat). Il s’agit du Marquis de La Fayette (1757-1834), le « Héros des Deux Mondes ».   Lorsque Lafayette (connu sous ce nom aux États-Unis) quitta la France à l’âge de 19 ans pour rejoindre les forces de la Révolution américaine, il avait déjà rencontré le souverain britannique, le roi Georges III. Il va rencontrer les rois les rois Louis XVI, Louis XVII, Charles 10, Louis-Philippe et l’Empereur Napoléon.
Pendant ses deux séjours aux États Unis, il a diné avec les présidents George Washington, John Adams, Thomas Jefferson, James Madison, James Monroe, John Quincy Adams, Andrew Jackson, Martin Van Buren et William Henry Harrison.Queen Elizabeth 1

Lafayette a appris l’anglais apres son arrivée aux États-Unis, tandis que la reine Élizabeth II maîtrisait bien le français dans sa jeunesse. On dit qu’elle parlait français, allemand et irlandais. Élizabeth 1re , « la reine vierge » (1558-1603), aurait maîtrisé à l’oral ou à l’écrit l’anglais, le français, l’espagnol, l’italien, le latin, le grec, le flamand, le gallois, le cornique et l’écossais, et vers la fin de sa vie elle apprit l’irlandais. [5]

Paul BiyaLe président du Cameroun, Paul Biya, 89 ans, est devenu, lors du décès d’Elizabeth II, le chef d’État en exercice le plus âgé du monde. Cette distinction passe donc d’un pays anglophone à un autre.

L'anglais correct est le Queen's English (ou King's English quand c'est un roi qui règne sur le Royaume-Uni). Wikipedia donne comme synonymes de Queen's (ou King's) English, les expressions : received pronunciation, Oxford English et BBC English. Cependant, pour autant que je sache, l'expression « Queen's English » ne se réfère pas uniquement à la prononciation, mais plus généralement à l'usage de l'anglais dans tous ses aspects. À l'heure de la « mondialisation » de la langue anglaise, il semble que la prononciation des membres de la famille royale qui parlent comme s’ils avaient une pomme de terre dans la bouche s’écarte plus que jamais de l’anglais parlé par les sujets de Sa Majesté.

 

 

Dernière heure:

Ce samedi, le prince de Galles a été proclamé Charles III, roi de la Grande-Bretagne et Irlande du Nord. Le lendemain, le  joueur de tennis espagnol, Carlos Alcaraz a remporté le championnat des États-Unis, hommes simples, et a été couronné numéro un mondial. Il peut s’appeler désormais Carlos (Charles) Ier, Roi des Courts. Espérons qu’il n'y aura pas de rivalité entre les deux rois Carlos susceptible de renouveler la guerre anglo-espagnole de 1585-1604.

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[1] Quand j’étais écolier en Afrique du Sud, lors de la mort du roi Georges VI en 1952, tous les élèves se sont rassemblés et ont déclaré d’une seule voix : « Le roi est mort, vive la reine ». Ces derniers jours, les élèves du Commonwealth tout entier ont sans doute déclaré : “La reine est morte, vive le roi”.

[2] Winston Churchill (1951-1955), Anthony Eden [1955-1957], Harold Macmillan (1957-1963), Alec Douglas-Home (1963-1964), Harold Wilson (1964-1970, 1974-1076), Edward Heath (1970-1974), James Callaghan (1976-1979), Margaret Thatcher (1979-1990), John Major (1990-1997), Tony Blair (1997-2007), Gordon Brown (2007-2010), David Cameron (2010-2016), Theresa May (2016-2019), Boris Johnson (2019-2022), Liz Trust (2022-  ).

[3] Un jour, elle a dit à François Hollande, président de la France, que quand elle était enfant, elle voulait devenir actrice. Hollande a répondu que, d’une certaine façon, elle l’était devenue. « Oui, a-t-elle dit, mais j’interprète toujours le même rôle. »

 

 
  La Reine Elizabeth comme comedienne  

[4] Harry Truman (1945-1953), Dwight D. Eisenhower (1953-1961), John F. Kennedy (1961-1963), Richard Nixon (1969-1974), Gerald Ford (1974-1977), Jimmy Carter (1977-1981), Ronald Reagan (1981-1989), George H.W. Bush (2001-2009), Bill Clinton (1993-2001), George W. Bush (2001-2009), Barack Obama (2009-2017), Donald Trump (2017-2021), Joe Biden (2001-  ).

[5] Précédemment, lorsqu’elle rencontra Gráinne Mhaol, connue aussi sous le nom de Grace O’Malley, la ‘reine pirate’ irlandaise, elles se parlèrent en latin, car l’une ne parlait pas l’anglais et l’autre ne parlait pas l’irlandais.

Initials JJG Jonathan G
Traduction René Meertens, notre linguiste du mois de janvier 2019

Lectures supplémentaires:

Communiqué de la Reine d'Angleterre aux citoyens des États-Unis, à travers Le mot juste en anglais
9.06.2012

Elisabeth Ière d’Angleterre traduisait-elle Tacite pour son plaisir ? 
08.01.2020

Entretien avec Alan Hoffman, traducteur at président l'association des Amis américains de Lafayette.
27.09.2021

16 Words That Explain British Royal Family Traditions
14.09.2022

 

 

Les mots anglais du mois – assassination, murder


En anglais, généralement on réserve le terme « assassin » au meurtrier qui tue une personnalité célèbre pour un motif public. Ainsi, s’appelaient ceux qui tuèrent Jules César, Abraham Lincoln, François-Ferdinand, Martin Luther King et John Lennon, entre autres. ("Assassination: the premeditated act of killing someone suddenly or secretively, especially a prominent person. Dictionary.com) [1] Cela s'applique parfois mais pas forcement au terme character assassination (a slandering attack, especially one intended to damage the reputation of a public or political figure. Dictionary.com). [2]

  Assassnation -- JC  
  Assassination of Julius Caesar  

 

En français, il existe une autre définition :

Assassinat : meurtre commis avec préméditation. [2] Le mot dérive d'assassin, terme entré dans la langue française en 1560 par l'intermédiaire de l'italien assissino, lui-même emprunté à l'arabe assassin, pluriel d'assass : « fondement » mais aussi « gardien ».

Hasan clippedIl faut se souvenir qu'au XIe siècle, Hassan Sabbah fonda l'ordre des Assassins dont il installa le siège à Alamout en 1090. Cette secte, probablement la plus redoutable de l'Histoire, instaura en Orient une véritable terreur en tuant pour l'exemple : « Nous tuons un homme, nous en terrorisons mille ». La brutalité et la barbarie des scènes d'exécution incitèrent à penser que les disciples de Hassan étaient drogués et qu'ils agissaient sous l'effet du haschich. Marco Polo répandit l'idée en Occident et, même dans le monde musulman, on en vint parfois à les appeler haschichchiyoun, « fumeurs de haschich . Certains linguistes ont cru voir dans cette appellation l'origine du mot « assassin » dans plusieurs langues européennes. Toutefois, il semble que ce soit la première explication qui soit la bonne. Les termes assassins, assassiner et assassinat ont été inspirés par l'ordre des Assassins (Assassiyoun ou fondamentalistes) dont le credo et les méthodes d'action font souvent penser à ceux d'Al Qaïda.

Malouf, AminSamarcande. Paris, Poche Lattes, 1998, p. 123. 

In the Crosshairs

[1] Stephen Spignesi,
In the Crosshairs: Famous Assassinations and Attempts from Julius Caesar to John Lennon
Skyhorse; Second edition 2016

 

 

 

[2] Il existe meme l'International Society for the Study of Character Assassination, spécialisée dans les études et recherches universitaires sur la manière dont les attaques ou assassinats de réputation qui se produisent tant dans l'histoire qu'à l'époque contemporaine.


[3] En anglais on distingue en général entre "murder" (commis avec préméditation) et "homicide" ou "manslaughter" (pas forcement commis avec préméditation). Il existe d'autres termes et d’autres distinctions selon les différents systèmes juridiques.

Lectures suppleméntaires:

Assassin's Creed: Hassan-i Sabbah's Struggle Against Seljuqs – Medieival Reporter

What is the Difference Between Homicide, Murder and Manslaughter?

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Jonathan Goldberg

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La musique de la langue grecque antique

L’article qui suit se base sur le texte d'une conference donnée en latin en avril cette année sur l'isle de Delephes par le Professeur Armand D’Angour, de l’Université d’Oxford.  Le texte  a été adapté par l'auteur et traduit du latin en français par lui, à l'attention de nos lecteures et lectrices.


Armand D'AgourArmand D’Angour
est un professeur du Jesus College à l’Université d’Oxford, où il enseigne les lettres classiques. Ses publications comprennent
The Greeks and the New: Novelty in Ancient Greek Imagination and Experience (2011) et Music, Text, and Culture in Ancient Greece (2018), en collaboration avec Tom Phillips et Socrates in Love: The Making of a Philosopher (2019). 

Armands book cover 2 Armand book cover Armand 3rd book cover


Son plus recent livre est
How to Innovate: An Ancient Guide to Creative Thinking (2021).

 

Text (Armand) How to Innovate (A. d'angour)

Nous avons demandé au Professeur D’Angour, né dans une famille juive qui a fui l’Irak, quelle était l’origine de son nom à consonance française. Voici sa réponse :

« Dan Gour » sont les mots hébreux de l’Ancien Testament (Deutéronome 33:22) par lesquels Dieu dit à Moïse que « Dan est un lionceau » (qui s’élance de Basan). Nous pouvons retrouver ce nom dès le XVIIe siècle. Les Juifs furent déplacés massivement à Bagdad par Nabuchodonosor en 586 av. J.-C. Telle est l’origine de la communauté juive en Irak, qui comptait environ 140 000 personnes en 1948 lors de la création d’Israël. Il n’y en a plus une seule aujourd’hui.

 En 1950, il a été conseillé à mon père de solliciter un passeport auprès du consulat de France à Bagdad, ce qu’il a fait, en suggérant qu’on lui attribue un nom fictif tel que « Dupont ». Un fonctionnaire du consulat lui a demandé quel était son vrai nom et lui a dit « Je vous donne une apostrophe », après quoi il a francisé son nom, qui est devenu « D’Angour ». Mon père a abandonné l’apostrophe quand il s’est établi au Royaume-Uni plutôt qu’en France, mais ma mère aimait tellement cette anecdote qu’elle a conservé cette orthographe et a ajouté une touche supplémentaire de français en me donnant le prénom « Armand ».

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Le mot « musique » vient du grec mousikê, qui signifie « les arts des Muses ». C'est-à-dire non seulement les chansons, les sons instrumentaux et les danses, mais la poésie et la littérature, et tout ce qui pourrait être considéré comme éducatif, édifiant, mémorable et enrichissant. Les Muses étaient des êtres divins pour les anciens Grecs, car elles étaient les filles de la Mémoire et présidaient à toutes les formes de connaissance et de beauté. Quand Achille, le plus grand combattant de l'Iliade d'Homère, se retire du combat et du meurtre, il "apaise son esprit" en chantant en accompagnement de la lyre. Homère savait bien ce qu'était un tel chant, car il chantait lui-même son épopée, et invoquait la Muse que nous identifions à Calliope, « celle à la belle voix », pour divertir et captiver ses auditeurs. Hésiode contemporain d'Homère a été le premier à nommer les neuf Muses, et les érudits d'Alexandrie quelques siècles plus tard ont déterminé leurs différentes fonctions. Elles sont les filles de la Mémoire, car leur fonction primordiale est de nous aider à nous souvenir et à célébrer le passé, et à lui donner vie dans le présent.

  Armand 9 musesSculpture en relief des neuf Muses,
3e siècle après J-C
(British Museum)
 

La langue grecque ancienne, aux temps les plus reculés où nous la connaissons, contient son propre genre de musique, qui est souvent négligé par ceux qui l'étudient. Les accents sur les mots grecs anciens indiquent que la voix montait et descendait à ces endroits. Nous pouvons donc non seulement comprendre correctement les mètres et les rythmes du grec, mais aussi entendre comment la mélodie est ancrée dans ses mots et ses phrases. Depuis l'époque d'Homère et de Pythagore, le grec a également donné au monde un langage musical, c'est-à-dire des manières de penser et de parler de tout ce qui concerne les idées embrassées par la mousikê.

Parmi les Muses se trouvaient Erato, muse des chansons d'amour ; Klio, muse de l'histoire ; Melpomène, muse de la tragédie ; Ourania, muse de l'astronomie ; et Thalia, muse de la comédie. Toute la gamme de la pensée et de l'émotion humaines est exprimée par ces domaines. A cela s'ajoutent des mouvements corporels harmonieux présidés par Terpsichore, muse de la danse, du culte promu par Polymnia, et les beaux sons des instruments de musique qui étaient le domaine d'Euterpe. Euterpe est la Muse à qui, au cours du IIe siècle de notre ère, un musicien appelé Seikilos dédia une courte chanson :

Pendant que tu es on vie, brille de mille feux!

Ne laisse pas le chagrin te passer la nuit.

Court est le temps que nous devons passer:

A tout ce que le temps demande et finit.

La chanson est inscrite en grec avec une notation musicale sur une colonne de marbre qui a miraculeusement survécu pour être redécouverte en 1883. [1]  Seikilos a ajouté sa signature à la chanson, et bien que la fin du texte soit perdue, ce qui y était écrit était évidemment "Seikilos dédie ce à Euterpe », c'est-à-dire que Seikilos voulait que son dédicataire ne soit autre que la Muse elle-même. La chanson démontre magnifiquement comment le grec a continué d'être la langue de la musique mille ans après qu'Homère ait invoqué sa muse pour l'aider à chanter ses chefs-d'œuvre, l'Iliade et l'Odyssée.

 

Armand 1`
Colonne Seikilos
montrant l'inscription autour de la circonférence
à l'aide de deux images

 

Seikilos a composé la mélodie avec une superbe habileté pour se conformer précisément aux accents de hauteur du grec. Autrefois, les accents indiquaient une montée, ou une montée et une descente, de la hauteur: ainsi, lorsque Seikilos met en mélodie le mot chrónos (temps), la première syllabe est plus haute que la seconde; et lorsqu'il écrit le zên (vivre), le circonflexe est fidèlement représenté dans la mélodie montante puis descendante.

De plus, Seikilos a fait en sorte que sa mélodie représente le caractère, ou l'ethos, du sentiment que la chanson exprime, qui est celui exposé par le philosophe hellénistique Epicure : la vie est courte, alors soyez heureux tant que vous êtes en vie. Lorsque Seikilos nous exhorte à «briller», la hauteur de la ligne musicale monte avec optimisme. Lorsqu'il nous rappelle que la vie est courte, les mots et la musique défilent rapidement en syllabes courtes. Lorsqu'il nous demande d'accepter qu'à la fin nous mourons, la mélodie tombe avec abattement. Nous comprenons cette musique, car elle est fondamentalement similaire à notre propre musique. Ces tropes, trouvés dans des documents grecs beaucoup plus anciens, montrent clairement que la musique grecque, filtrée plus tard à travers Rome et le Saint Empire romain germanique, sous-tend la tradition musicale européenne ultérieure.

Toutes les lignes de la chanson sont dans un ancien mètre standard (iambique), mais Seikilos a également utilisé l'assonance (rimes diptongues) dans chaque couplet. Cela montre que la prononciation du grec au IIe siècle était à peu près la même qu'aujourd'hui: le chanson illustrait magnifiquement comment les formes culturelles progressent à la fois dans la continuité et dans la variation. Seikilos écrit que sa chanson fournira «un marqueur durable (polychronion) de la mémoire éternelle»: le jeu de mots sur le polychronion est évident, car en plus du «temps», chrónos signifie un rythme musical. Seikilos a posé de nombreux rythmes musicaux, même si la chanson doit rapidement se terminer.

Le résultat est en effet un souvenir éternel ; mais ce ne peut être une épitaphe, comme on le dit souvent. Il s'agit plutôt d'une publicité de l'excellence professionnelle et musicale du compositeur. La colonne a été trouvée dans une région d'Asie Mineure où il existe des preuves d'inscription pour que la musique soit enseignée de manière professionnelle. Je crois que Seikilos était si fier de sa savante composition qu'il la fit inscrire pour la postérité sur du marbre, peut-être même pour la placer à l'entrée d'une école où il enseignait la musique. À la base de la colonne se trouve le seul mot zei "il vive", utilisé de manière conventionnelle sur les pierres tombales pour indiquer que l'auteur est vivant :. Ici, on a l'impression que Seikilos nous dit que, lorsque nous nous souvenons et chantons sa chanson, il est en effet toujours en vie.

[1] NDLR : Le Chant de Seikilos gravé dans une stèle de marbre qui servait de jardinière. a été conservé dans le jardin d'une femme turque et est maintenant placé au Musée national du Danemark.

 

 
 

 
 

 

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Lecture supplémentaire: 

Parler latin apporte un frisson immédiat à l'étude du latin  
– paru sur ce blog le 18.9.2021