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Annie Freud – linguiste du mois de septembre


Annie freud portraitNotre invitée, Annie Freud est une éminente poétesse britannique et une des
descendantes de la lignée des Freud, devenue elle aussi célèbre par ses œuvres intellectuelles.

Elle est la fille du peintre Lucian Freud et la petite-fille, par sa mère, du sculpteur Sir Jacob Epstein, ainsi que l'arrière-petite-fille de Sigmund Freud. [1]

Annie Freud a fait ses études secondaires au Lycée Français de Londres, puis étudia l'anglais et la littérature européenne à l'université de Warwick.  

Depuis 1975, elle a travaillé par intermittence comme brodeuse, notamment de tapisserie, artiste et enseignante. Son premier recueil de poèmes, The Best Man That Ever Was, a été publié en 2007 : le second, The Mirabelles, 2010, a été présélectionné pour le Prix T. S. Eliot et le troisième The Remains, est paru en juin 2015. 

      

                                               

 "Freud's poems are chaotic, hectic and witty; are a romp through London, its melancholy and beauty; are a sumptuous tumble through love, appetites and desire." (The Poetry Archive.)

 

Jean-Paul croppedNotre intervieweur, Jean-Paul Deshayes, est ancien professeur agrégé d'anglais et formateur en IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) ayant également enseigné le français à Londres pendant dix ans du collège à l’université. Jean-Paul poursuit son activité de traducteur pour la presse magazine. Bien que retraité, il s’occupe diversement : échanges avec d’autres traducteurs, lectures variées, bricolage et arts martiaux, voyages à Londres avec son épouse anglaise pour rendre visite à leur fille et sa petite famille. Il considère la traduction (thème et version) comme un exercice intellectuel particulièrement stimulant et s’y adonne à la fois professionnellement et pour son plaisir personnel.
Très Bourgognefriand de poésie sous toutes ses formes, il apprécie autant Robert Browning que Robert Frost ou les poètes romantiques anglais. Coïncidence : la Bourgogne du Sud où il réside est la terre natale de Lamartine dont il ne se lasse jamais de relire le magnifique poème« Le lac ».

M. Deshayes a mené l'interview en anglais, puis traduit les questions et les réponses en français. La version anglaise est disponible ici.

 Original English interview

——————————

J-P.D. : Votre tout premier recueil de poèmes The Best Man That Ever Was a été couronné par un prix littéraire et l’originalité de votre style vous a valu d’être saluée comme une  « voix nouvelle » en poésie. Cette qualification vous semble-t-elle appropriée ?  

A. F. Book 1
A.F. :
Je n’aime guère commenter ce que j’écris, mais quand je reviens à The Best Man That Ever Was, je trouve que ces premiers poèmes sont empreints d’une vivacité débordante qui ne manque jamais de me faire sourire.


J-P.D. : Vous êtes venue assez tardivement à l’écriture poétique. Cette vocation était-elle latente ? Avez-vous jamais pressenti qu’elle était enfouie en vous et n’attendait que le moment opportun pour se révéler ?  
 

A.F. : Cette envie d’écrire de la poésie était réprimée plutôt que masquée. En un sens, elle l’est toujours. Souvent, j’ai le sentiment d’être incapable d’écrire, de m’interdire ce plaisir particulier. Et puis, soudain, un coup de chance, c’est l’inspiration. Alors, j’écris beaucoup et très vite.  

Il y a bien d’autres poèmes que j’ai hâte de coucher sur le papier, mais je dois attendre comme un chat devant un trou de souris… et puis, cela me vient brusquement !  J’évite de trop penser à ces choses-là parce que je ne veux pas prendre des habitudes qui risquent de scléroser mes idées sur ma façon de travailler.

Être venue à la poésie sur le tard a des avantages. Parfois, j’ai l’impression d’avoir accumulé, pendant toutes ces années, une réserve d’expériences et de poèmes déjà tout rédigés.

J’ai toujours exercé des activités artistiques très diverses, le théâtre, la peinture, la broderie, la tapisserie, l’écriture de scénarios mais, souvent, avec une  autocensure qui était un frein à un travail fructueux. Quand je me suis mise à écrire des poèmes et à les lire en public, quelque chose a changé en moi et ce processus est devenu irréversible. Je suis reconnaissante à toutes celles et tous ceux qui m’ont encouragée dans cette voie et m’ont aidée à accomplir cette transformation.


J-P.D. :  Que faisiez-vous avant de devenir « poète à temps complet » si l’expression est permise ?

A.F. : Je ne me décris pas comme un « poète à temps plein » parce que ce n’est pas ainsi que je fonctionne. Je n’écris pas tous les jours, je n’essaie d’ailleurs pas de le faire. Mais en tant qu’auteur et artiste, je me vois comme une sorte de chasseur-cueilleur-fouineur, toujours en quête d’un mot ou d’une expression qui surprend, de quelque chose qui est tombé au sol, à moitié enterré, un fragment d’objet en porcelaine, une tournure que quelqu’un a utilisée, quelque chose de brisé, un oiseau ou un animal, des mots sur un bout de papier, un nom de lieu, une couleur ou encore une histoire insolite. Si cela éveille quelque chose en moi, je le mets en réserve jusqu’à ce que je sois prête (ou, mieux encore, pas prête) et que cela m’incite alors à écrire.

J’ai enseigné dans différents secteurs et occupé des postes importants dans des organismes publics. J’ai également réalisé des broderies sur des vêtements destinés à des célébrités.


J-P.D. :  L’écriture poétique constitue-t-elle une rupture totale avec « l’avant » ou y a-t-il toujours un lien avec ces activités antérieures, essentiellement pratiques ?

A.F. : Composer des poèmes et être publiée a été une rupture radicale pour moi parce que cela a modifié la façon dont je me percevais. J’ai cessé d’étouffer mon talent, cessé de me comparer systématiquement aux autres. J’ai découvert que j’habitais dans un nouveau monde merveilleux.

La rupture a été également radicale sur d’autres plans. Pendant très longtemps, je n’ai pas eu de buts bien définis. Quand j’ai constaté que l’on avait du plaisir à écouter mes poèmes, c’était comme si j’avais découvert une nouvelle drogue. Lire en public me procurait des sensations très fortes et c’est toujours le cas.  

Lorsque mon premier recueil a été publié, j’étais toujours brodeuse professionnelle, mais je me suis aperçue qu’il fallait que je mette cette activité en sommeil pendant quelques années et que je ne me concentre que sur un seul objectif  Aujourd’hui, avec la publication de mon troisième recueil, je me sens libre de faire ce que je veux. J’ai davantage d’ambitions et suis prête à travailler d’arrache-pied : c’est une joie immense.

J’ai également compris que je peux et que j’ai besoin  de travailler de différentes façons sur des matériaux divers – par le biais de l’écriture, du dessin et de la peinture – avec toujours autant d’application et en ne faisant jamais les choses à moitié. Toutes ces activités s’enrichissent mutuellement et m’assurent cette liberté qui m’est nécessaire pour me consacrer à ce qui me tient à cœur. Aujourd’hui, à plus de soixante-cinq ans, je dois prendre soin de ma santé. 


J-P.D. :  Être poète, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?  Cette écriture vous apporte-t-elle une grande satisfaction, un sentiment d’épanouissement ?

A.F. : Imaginer quelqu’un en train de lire mes poèmes me procure une vive émotion car c’est, en quelque sorte, un rapport qui s’installe. Savoir que les actes, les images, les pensées, les visions et les sentiments qui ont nourri A.F. Billy Collinsmes poèmes occupent à présent l’esprit d’un lecteur qui les modifie et les réinterprète à sa façon, c’est tout simplement stupéfiant. Voilà ce qu’être poète signifie pour moi, mais je n’y pense jamais quand j’écris. Le célèbre poète américain Billy Collins analyse avec brio ce rapport entre lui-même et le lecteur.

Il n’est pas facile d’expliquer cette joie de la composition. C’est comme si on se trouvait au cœur d’un paysage dont tous les éléments et tous les objets réclament votre attention et vous supplient de les montrer sous leur vrai jour. On en rejette certains, on en garde d’autres.

J’éprouve un immense plaisir à écrire des poèmes. Si je suis contente du résultat, je me sens pareille au chasseur qui redescend de la montagne en portant son gibier sur l’épaule. 


J-P.D. :  À vos yeux, la poésie est-elle « la création » par excellence comme l’indique son étymologie ? En quoi diffère-t-elle des autres arts créatifs ? Est-elle l’outil  qui convient le mieux à votre mode d’expression actuel ?

A.F. : Ce qui différencie la poésie des arts plastiques et activités artistiques créatrices est que ses matériaux bruts sont les mêmes que ceux que l’on utiliserait pour demander une barre chocolatée dans un magasin. En tant que tel, c’est le plus démocratique de tous les arts. Et pourtant, malgré la banalité de ce langage, l'influence des grands poèmes définissant  le canon littéraire est tellement puissante et universelle qu’elle est véritablement sans bornes.


J-P.D. :  Vous avez réalisé de très belles illustrations pour
The Remains. Avez-vous jugé qu’elles étaient un complément nécessaire, voire indispensable, de vos poèmes ?

A.F. : Dans The Remains, mon nouveau recueil, les images font partie intégrante des poèmes. Toutefois, elles ne visent pas à en éclairer le sens, mais plutôt à montrer qui je suis et ce qui m’intéresse et me passionne. C’était une façon de faire preuve d’un plus grand sérieux envers mon travail et paradoxalement, d’être aussi plus libre et d’introduire une note gaie.

J-P.D. :  La poésie a-t-elle un but? Cherche-t-elle uniquement à nous faire porter un regard différent sur le monde et sur autrui ? 

A.F. : Je pense que le but de la poésie est d’élargir et d’enrichir notre expérience de la vie ainsi que le champ des possibilités qu’elle nous offre. Je crois également que la métaphore est nécessaire à la compréhension du réel. Sans elle, point de salut !


J-P.D. :  J’ai remarqué que bon nombre de vos poèmes sont inspirés par des fleurs, des plantes, des fruits (mirabelles), des légumes (aubergine) ou des anecdotes amusantes (comme dans « A memorable omelette ») et ne sont pas sans humour. Est-ce que vous affectionnez certains thèmes en particulier ?

A.F. : J’aime écrire sur des choses que je peux toucher et qui me sont familières. Les paroles que vous a adressées quelqu’un que vous aimez jouent un rôle important dans une relation et, parce qu’elles sont édifiantes, elles sont un don unique. Tout cela se retrouve dans mes poèmes et si c’est amusant de surcroît, c’est d’autant plus précieux. À propos « A Memorable Omelette » : l’œuf en tant que sujet et image est présent dans bon nombre de mes poèmes. Une autre image récurrente est celle du lac.


J-P.D. :  Comment vous viennent « les mots justes » ? Arrivent-ils aisément ou sont-ils le fruit d’une recherche laborieuse?

A.F. : Généralement, tout commence par deux ou trois mots qui résonnent en moi. Parfois, ils en génèrent aussitôt d’autres, parfois c’est moi qui m’acharne trop et, dans  ce cas, je cherche ailleurs.

Il m’arrive fréquemment de reprendre quelque chose que j’avais abandonné et qui, étonnamment, me parle de nouveau et où je discerne des possibilités. Alors, je suis heureuse de m’atteler à la tâche. Je me suis aperçue qu’éprouver de la haine pour le sujet traité peut être très utile, voire nécessaire à l’élaboration d’un poème.

J-P.D. :  Vous avez effectué une partie de votre scolarité  au Lycée Français de Londres ? Cette éducation a-t-elle exercé une influence formatrice sur l’adolescente que vous étiez ?   

A.F. : Le Lycée Français proposait un enseignement rigoureux, mais ne procurant aucune stimulation intellectuelle: le débat était exclus et, pour chaque matière, il fallait tout savoir sur le bout des doigts. Pourtant, je me félicite de cet apprentissage par cœur qui m’a énormément servi.


J-P.D. :  À la page 45 de
The Remains, sous le titre « My chosen subject », vous commencez par le nom de Baudelaire et terminez par un vers de ce grand poète. Sa poésie vous a-t-elle marquée ? Pourtant, alors que sa forme est très classique, la vôtre semble toujours changeante et, parfois même, peu conventionnelle.

A.F. : Les poèmes de Baudelaire sont de ceux que j’adore par-dessus tout. Pour moi, Les Fleurs du Mal sont une sorte de leçon sur tous les aspects de la vie. J'admire leur perfection formelle ainsi que l’extraordinaire beauté et hardiesse de la langue. Mon préféré est le sonnet intitulé Correspondances.

 

J-P.D. : Lorsqu’on écoute les poèmes dits par leurs auteurs, je pense à Dylan Thomas ou à Robert Frost, entre autres, notre perception de leur œuvre semble radicalement différente. Pour vous, la poésie est-elle destinée avant tout à être lue à voix haute ?

 

                    A.F. Dylan Thomas         A.F. Robert Frost

                                  Thomas                                    Frost

A.F. : Je pense que la lecture de la poésie à voix haute est tout à fait nécessaire à sa survie en tant qu’art. C’est également un moyen essentiel et divertissant pour faire connaître de nouveaux talents. Néanmoins, je préconise aussi la lecture attentive qui, par la discipline qu’elle exige, permet au lecteur de se familiariser avec le poème et d’entrevoir son importance et son rapport avec le passé.


J-P.D. : Si vous pouviez donner un seul conseil à un poète en herbe, que serait-il ?

A.F. : Je lui recommanderais de regarder beaucoup de films, d’accumuler des lectures dans tous les genres littéraires, de peindre et de dessiner, d’apprendre une langue étrangère, de jouer d’un instrument et de nouer de solides amitiés avec d’autres poètes.

 ——————

[1] Par coïncidence, notre linguiste du mois d'octobre sera la traductrice Anthea Bell qui a traduit d'allemand en anglais  "The Psychopathology of Everyday Life" de Sigmund Freud.

Joindre l’utile à l’agréable…

Marie Nicolette portraitPour analyser le livre bilingue « Kids Cook French – les enfants cuisinent à la française », (Quarry Books; Bilingual edition, March 1, 2015, 96 pages) nous ne pouvions mieux choisir que Marie-Pierre Nicoletti qui enseigne, en même temps, la cuisine et le français aux enfants américains.

Marie-Pierre, originaire de Saint-Jean-de-Maurienne (en Savoie, dans les Alpes Françaises), est installée à Boulder, dans l'État du Colorado, où elle vit avec son fils Lee, sa fille Lola et leur chat Louis. Elle anime plusieurs programmes pour les enfants, dont :

 

  • The Language of Food, un programme de cours de cuisine bilingues pour les enfants de tous âges, où elle leur enseigne le répertoire culinaire traditionnel et régional ;

Nicoletti - header

  • The French Immersion Summer Camp, un centre aéré d'immersion française où cuisine et travaux manuels en langue française se côtoient tous les étés ;
  • Practical French, un programme de cours de français pour enfants que Marie-Pierre a elle-même conçu et qu'elle enseigne chaque jour dans les écoles publiques ou privées de Boulder et ses environs ;
  • Blossom Bilingual Preschool, le premier jardin d'enfants bilingue français-anglais à Boulder, inspiré de la pédagogie Steiner-Waldorf pour les enfants de 2 à 5 ans.

 

Marie-Pierre a étudié la cuisine au collège agricole de Chambéry, puis les langues étrangères appliquées à l'université de Chambéry, puis le modélisme dans une école de mode à Paris. Après avoir passé quelques années à travailler chez Yohji Yamamoto à Paris, Marie-Pierre s'est installée aux États-Unis.

Depuis quelques années, Marie-Pierre travaille également comme traductrice et interprète spécialisée dans les domaines culinaires, agro-alimentaires et environnementaux. À ce titre, elle participe à de nombreuses conventions et conférences internationales en qualité d'interprète. 

Voici son analyse du livre.

 

NICOLETTI Kids-Cook-French-Cover

de Claudine Pépin (auteur) et Jacques Pépin (illustrateur) 

Si son nom vous évoque celui d'un grand chef Français réputé au niveau international pour sa carrière mirobolante, et bardé de prix culinaires et autres distinctions prestigieuses, c'est parce Claudine n'est autre que la fille du grand Jacques Pépin.

 

 

 

Jacques Pépin est reconnu non seulement pour ses talents gastronomiques mais également en tant qu'écrivain culinaire et pionnier de la télévision culinaire. On lui doit d'excellentes émissions de cuisine télévisées sur la chaîne publique PBS et notamment "Julia and Jacques Cooking at Home" présenté en collaboration avec la non moins célèbre Julia Child (1912-2004).

Plus tard c'est au tour de Claudine, tout aussi distinguée et talentueuse, de rejoindre son papa sur les plateaux de télévision dans "Jacques Pépin: Fast Food My Way", toujours sur Public Broadcasting Service.

Pepin familyComme dit le proverbe, "on ne change pas une équipe qui gagne"! Ainsi Claudine Pépin a collaboré avec son papa chef, son mari chef et leur petite fille Shorey, combinant leur talents respectifs indubitables pour créer un livre de recettes de cuisine bilingue "Les enfants cuisinent à la française". Dans la famille Pépin, immanquablement, on tombe tout petit dans la marmite !

 Jacques Pépin et sa petite-fille Shory sur une de ses emissions televisées

Ce livre rassemble les recettes françaises traditionnelles, qui constituent le b.a.ba du répertoire classique. Tout y est – Clafoutis, Soufflé, Ratatouille, j'en passe et des meilleures – de quoi créer de jolis repas typiquement français, astuces et autres conseils techniques inclus. Des exemples de menus en accord avec les saisons sont également proposés à la fin du livre.

Onions croppedLe livre est beau et astucieux. Un soin particulier a été apporté tant au contenu qu'au contenant. Il est reconnaissable par son esthétisme soigné à la française, lui aussi. Les illustrations sont signées Jacques Pépin, faisant de nous les témoins chanceux d'un talent supplémentaire qui fait de Jacques un artiste à part entière. Le style est poétique. On devine çà et là quelques dessins de Shorey, attendrissants au côté des illustrations de son grand-père. Le tout est doux et beau. Il y a un côté Giverny dans le choix des couleurs qui me rappelle le temps où, alors étudiante en mode à Paris, j'opérais comme chef à domicile dans une grande maison bourgeoise à Triel-sur-Seine.

La beauté du livre n'enlève en rien à l'objectif éducatif du projet. Chaque recette tient sur 2 pages – une page en langue anglaise et l'autre en langue française – se mirant l'une dans l'autre, révélant ce qu'elles ont de similaire et de différent, et facilitant l'apprentissage de la cuisine dans les deux langues. Cette mise en page aide l'enfant à se guider lui-même et à combler sa curiosité quant à la correspondance des mots, qu'ils soient ingrédients, équivalence des mesures ou prouesses techniques. Je donnerais juste un petit bémol aux notes personnelles qui se trouvent en introduction de chacune des recettes. La plupart m'ont paru ennuyantes, surtout lorsqu'elles relatent des récits personnels. Elles sont bien plus intéressantes lorsqu'elles nous font découvrir les origines culturelles et géographiques des plats en question. Parfois elles évoquent des souvenirs de familles pas très intéressants à lire pour les enfants et elles contribuent à rendre imprécise la tranche d'âge à laquelle ce livre est destiné. J'ai le sentiment que ni les jeunes enfants ni les adolescents ne trouveront d'intérêt dans ces souvenirs de famille. Mais le plus important c'est que les recettes sont bien expliquées et faciles à suivre. Elles nous invitent à passer en cuisine et c'est bien là leur qualité indiscutable.


Marie & daughter croppedLola, ma fille de 11 ans et moi-même avons eu un grand plaisir à 'éplucher" ce livre de fond en comble. Il nous a donné envie d'avoir chacune le nôtre. Toutes les recettes nous plaisent et nous parlent. Elles sont la transmission même d'un savoir et d'une culture que les auteurs de ce fabuleux ouvrage de cuisine se sont appliqués à nous transmettre.


Merci Claudine pour ce beau recueil de recettes françaises !

 

Americanine, A Haute Dog in New York

Yann Kebbi, Éditions Enchanted Lion Books, 23/6/2015, New York.
72 pages. ReliéPour les enfants de 5 ans et plus.

Americanine

Analyse presentée par Linda Zuckerman.

Notre nouvelle contributrice est une lycéenne franco-américaine avec une passion pour la recherche et l’argumentation. Née en France, elle entame actuellement sa terminale S tout en se préparant pour des études universitaires rigoureuses aux États-Unis. Le mois dernier elle a entamé un voyage à New York (tout comme "Woof", le héros canin du livre) pour effectuer un stage de deux semaines à l'université de Yale à New Haven dans l'État de Connecticut, "Science, Policy, and Innovation" dans le cadre du "Yale Young Global Scholars Program", qui traite simultanément des avancées scientifiques de notre temps, de leur impact dans la rédaction de nouvelles lois et des nouvelles questions "bioéthiques" qu'elles soulèvent. 

 


   Le dessinateur français Yann Kebbi nous propose une véritable balade (rédigée en anglais) dans New York dans son recueil de dessins « Americanine ». Nous y suivons le chemin d’un jeune chien éponyme en voyage aux États-Unis. Non sans rappeler « Où est Charlie ? », notre « canin à l’américaine »  est dissimulé parmi les New-Yorkais, dont nous comprenons et apprécions les actions et les émotions. Visitons avec lui la Statue de la Liberté, le mythique « Grand Central Terminal » ou encore le musée Guggenheim ! Fasciné par le comportement des humains, Americanine les observe avec amusement à la salle de sport ou au salon de beauté, mais il se trouve constamment emporté par le flot de New-Yorkais pressés, que ce soit dans le Subway ou les rues grouillantes de la ville. Nous sommes alors plongés dans un monde saisissant où la surprenante spontanéité des dessins permet d’exprimer un univers à la fois familier et bourdonnant.

   À l’aide de ses crayons de couleurs, Yann réalise d’abord des sketchs rapides dans la ville même, puis y intègre des précisions dans les couleurs et les expressions des personnages. C’est donc dans un parfait amalgame du vague et du détail que l’on comprend l’univers vibrant de New York.

   Mon esprit a été enchanté par Central Park avec ses arbres roses, bleus, noirs et verts, et j'en ai admiré l’apparente pureté et simplicité des traits. Je me demande encore comment Yann trouve ce parfait équilibre entre les simples bonshommes en bâtons qui peuplent son recueil et les visages précis et expressifs qui donnent vie aux scènes de la ville. Chaque page, chaque instant évoque un moment que l’on a pu vivre dans The Big Apple, faisant de ce livre un agréable moment de partage, de réminiscence ou même d’imagination en famille ou entre amis.

 Linda Z.


Notes langagières
des expressions et proverbes anglais avec le mot dog

 

dog-eared

écorné

dogend, dog-end

mégot

dogleg

coude/angle abrupt sur la route

dog's breakfast

foutoir, n’importe quoi

doggy bag

petit sac pour emporter les restes après un repas au restaurant

as quickly as a dog can lick a dish

très vite

call off the dogs

rappeler les chiens, arrêter un comportement grossier ou repréhensible

crooked as a dog's hind leg

frauduleux, malhonnête

dog-faced liar

menteur/euse invétéré(e)

dog and pony show (US)

numéro de charme, poudre aux yeux, baratin

dog days (- of summer)

 

canicule (le mot français “canicule” dérive de “petit chien” qui est la constellation ou se trouve Sirius, associé au temps chaud.)

dog eat dog (prov.)

chacun pour soi, foire d’empoigne

dog in the manger

empêcheur de danser en rond

dog tired

épuisé, lessivé

Every dog has its day

à chacun vient sa chance, à chacun son heure de gloire

Go see a man about a dog

aller se soulager, aller voir le pape

gone to the dogs

aller à vau-l’eau

happy as a flea in a doghouse

être heureux comme poisson dans l’eau

Hair of the dog (that bit you)

Reprendre un verre (pour faire passer sa gueule de bois)

His bark is worse than his bite

Il aboie plus qu’il ne mord

If you lie down with dogs, you will get up with fleas

Qui se couche avec les chiens se lève avec des puces

in the dog house

ne pas être en odeur de sainteté

It’s a dog eat dog world

univers impitoyable

it's a dog's life

une vie de chien

It’s raining cats and dogs

Il pleut des cordes, il pleut à torrents

Let sleeping dogs lie

Il ne faut pas réveiller le chat qui dort.

dressed like a dog's dinner

être habillé de façon extravagante

love me, love my dog

Aimez-moi tel que je suis

mean as a junk-yard dog

très méchant/e (plus méchant qu’un chien dans un entrepôt de ferrailleur)

sick as a dog

malade comme un chien

The guilty dog barks the loudest. (prov.)

C'est la poule qui chante qui a fait l'œuf.

the tail wagging the dog

C’est le monde à l’ envers, la charrue avant les bœufs

to bark up the wrong tree

faire fausse route

top dog

gros bonnet, manitou, boss

Why keep a dog and bark yourself?

Pourquoi faire faire aux autres ce qu’on peut faire par soi-même?

to work like a dog

ramer, travailler très dur

yellow dog contract

Un contrat dans lequel l’employé accepte de ne pas se syndiquer (maintenant illégal)

You cannot teach an old dog new tricks.

Ce n'est pas aux vieux singes qu'on apprend à faire des grimaces.

 

 

Le video clip du mois : 5000 words

 

 

(Lyrics and music © by Sharon Neeman)

Sharon Neeman est traductrice israélienne qui traduit de l'hébreu, du français et de l'allemand en anglais.

 

The clock showed close to quitting time;
my desk was almost clear;
I thought perhaps I'd slip
around the corner for a beer –

But the phone rang – and I answered –
and a friendly voice said "Hi!"
It was the secretary of a legal firm nearby.
She said "Oh, please excuse me
for calling this late in the day,
But we have a new petition
in a case that's under way;
Can you translate it by tomorrow?
Any time by five will do –
'Cause we wouldn't want to give the work
to anyone but you:

It's only: Five thousand words

for tomorrow at five;
I thought "I'll do that easily;
I'll scarcely have to strive,
" So I smiled and said
 
"No problem;
I'll just add it to my bill,
And you'll send a check on Friday?"
And she said "You know we will."

I set to work at eight AM;

I cut my lunch date short;
By five the stuff was ready
to be filed before the Court;
I sent it off by email and
I poured a cup of tea –
And the phone rang –
and I answered –
and a lawyer asked from me:
"I've just leafed through your translation,
and I think it's very good,
And I'd like you to translate an affidavit,
if you could;
It's the size of that petition –
well, perhaps a little more –
And you know that I'd be grateful if
you'd have it in by four;

It's only: Six thousand words

for tomorrow at four;"
I thought "I'll get up early;
I've a longish day in store,"
And I shrugged and said
 
"No problem;
I'll just add it to my bill
And you'll send a check on Friday?"
And he said "You know we will."
I hit the desk at seven and
I ate my lunch alone;
I never touched the Solitaire or
gossiped on the phone;
At four o'clock I sent it off and
shook my weary head –

And the phone rang –

and I answered –
and the junior partner said:
"I really have to thank you
for a job superbly done,
And I'm sure you'll be delighted,
'cause we've got another one:
I've just finished my summation,
and you know how glad I'd be
If your excellent translation
could be on my desk by three:
It's only: Eight thousand words
for tomorrow at three;"

I thought, "It won't be easy:

but I'll have the evening free,"
So I sighed and said
"No problem; I'll just add it to my bill,
And you'll send a check on Friday?"
And she said "You know we will."

I started at five-thirty,

and my lunch was just a snack;
At three I typed the last few words
and sent the email back;
I flexed my aching fingers
and I silently rejoiced –
And the phone rang – and I answered –
and the senior partner's voice said:

"You really are a wonder,

and your talents are unique –
In fact, that's why
we've kept you very busy all this week;
Now, I know that it's short notice,
but I have to count on you –
For the Judge needs my rebuttal
to be on her desk at two:
It's only: Ten thousand words
for tomorrow at two;"

I thought, "How can I tell him that

it's just too much to do?"
But I groaned and said
"No problem; I'll just add it to my bill,
And you'll send a check on Friday?"
And he said "You know we will."

I staggered in at four AM;

I never ate a bite;
But I got it done by two,
although it was a trifle tight;
I was dizzy, I was queasy,
and I thought I'd never budge –
But the phone rang – and I answered –
and by God, it was the Judge!

She said, "I know you're tired,

and I really hate to ask,
But there's no one in the city
that can do this one last task:
For I've handed down my ruling,"
and she gave a modest cough, "

And at one PM tomorrow,

the courier takes off:
It's only: Twelve thousand words
for tomorrow at one;
" My mind screamed "No, Your Honor!
There are things that can't be done!"

But the words came out "No problem;
I'll just add it to my bill"
And it's been four months since Friday,
and the bastards owe me still!

bookaneer & buccaneer – les mots anglais du mois

Book thief

Buccaneer of the Caribbean - Book of Pirates  1921(Howard Pyle)

   
<
 bookaneer 

              buccaneer >

 

 Le 1er décembre 2011, à l'occasion de l’article intitulé « Bibliothèques : rendez-vous du livre et des beaux-arts… », nous avions publié un glossaire [1]  contetenant le mot « biblioville », inspiré du mot anglais bibliotown, aussi connu comme Book Town. [2]

Mi-sérieux, nous revendiquions « biblioville » comme un néologisme français que nous avions l'intention de faire breveter. Maintenant, nous voulons ajouter au glossaire un autre mot anglais du domaine des livres, sur lequel nous sommes tombés par hasard en rendant visite au site « World Wide Words »,  nous voulons parler de bookaneer.

La première partie de ce mot valise (portmanteau word, ou blend en anglais) nous indique qu’il s’agit de livres. Avant d'analyser le mot tout entier, il convient d’abord de rappeler le mot buccaneer, synonyme de pirate en anglais, sur lequel s'appuie bookaneer. Buccaneer dérive du mot français « boucanier », [3] employé jadis pour désigner les écumeurs de mer et les pirates qui hantaient les côtes de l’Amérique hispanique au 17e siècle.


Voile noireSelon « La Voile noire : L'incroyable aventure des pirates et des filbustiers », (Mikhaïl W. Ramseier, Lausanne, Favre, 2006) : « Installés en petites communautés autonomes, principalement à Saint-Domingue et sur l’ile de la Tortue, les boucaniers vivaient de la chasse du bœuf et du cochon sauvages dont ils fumaient la viande et vendaient les peaux. Constituées de marins déserteurs, de naufragés, de colons appauvris, d’engagés [4], de renégats, d’esclaves en fuite et de flibustiers fatigués de la course, ces communautés cosmopolites apparurent dès 1630 à Saint-Domingue. » Elles profitèrent de la décision de l’Espagne d’abandonner, en 1606, les côtes nord et ouest de l’île pour en supprimer les trafics des nations étrangères sur son « territoire ».

Finalement, les boucaniers devinrent si puissants qu'ils voguèrent jusqu'aux côtes de l'Amérique espagnole et en ravagèrent les villes. Vu de Londres, le boucanage  était un moyen peu coûteux de faire la guerre à l'Espagne, la rivale de l'Angleterre. Ainsi la couronne britannique dotait les boucaniers de lettres de marque [5] qui légalisaient leurs agissements, moyennant une part de leurs profits. De leur base de Port Royal, les boucaniers pillaient les navires et les colonies espagnols, faisant de ce port le plus riche des Antilles. Des officiers de la marine britannique furent même envoyés pour diriger les boucaniers. Leurs activités se poursuivirent, que l'Angleterre soit en guerre avec la France ou avec l'Espagne.

Bucanneer Francois l'OlonnaisParmi les chefs des boucaniers Bucaneer Daniel Montbars figuraient deux Français : 
Jean-David Nau, mieux connu sous le nom de François l’Ollonais (<), et Daniel Montbars (>) qui détruisit tant de navires espagnols et tua tant d'Espagnols qu'on le surnomma l'Exterminateur. [6]

 

 La renaissance d’un mot désuet

BookaneerRevenons au mot bookaneer, qui désigne "a literary pirate; an individual capable of doing all that must be done in the universe of books that publishers, authors, and readers must not have a part in", selon “The Last Bookaneer".

Autrement dit, alors que les boucaniers étaient des pirates des mers, les “bookaneers” sont des « pirates des livres ». (les manuscrits physiques ou le contenu des livres). Cette fois-ci, nous ne prétendons pas avoir inventé le mot, puisque quelqu’un nous a devancés de presque 180 ans. En effet, le mot est apparu en 1837, dans une lettre adressée par le poète et essayiste Thomas Hood, au journal londonien, The Athenaeum, sous le titre « Copyright and Copywrong ». Apparemment, le terme était tombé en désuétude jusqu’à ce qu'un auteur américain, Matthew Pearl, en relance l'emploi dans « The Last Bookaneer », qui vient de sortir chez Penguin Press (le 28/04/2015). Roman de fiction, le livre raconte l’histoire d’un voleur de livres qui profite du manque de protection juridique dont pâtissaient les auteurs avant que la propriété intellectuelle acquière le statut que nous connaissons aujourd’hui.  

Hormis ce cas, le mot est aujourd’hui obsolète. On peut présumer que la raison en est qu'il est maintenant devenu plus dangereux de voler le contenu d’un livre depuis l’adoption de la législation relative à la propriété intellectuelle. [7]  Sa renaissance ne sera sans doute qu’éphémère.

Mais ne soyons pas naïfs. Il y a toujours ceux qui préfèrent contourner la loi plutôt que la respecter. C'est pour cela que, le mot bookaneer étant tombé en désuétude, nous avons recours au terme « plagiaire », employé déjà au Victor PortaXVIème siècle, et dérivant du latin plagiarus (celui qui vole les esclaves d'autrui). Tout récemment, le premier ministre de  Roumanie, Victor Porta, a dû renoncer à son titre de docteur, après avoir été accusé de plagiat dans sa thèse de doctorat.

Les « bucaneers et les bookaneers » ne sont pas les seuls pirates, détourneurs et voleurs qui sévissent sur terre et sur mer, ainsi que dans le monde de la littérature. Leurs exploits apparaissent dans beaucoup de bouquins, si l’on prend le temps d'y bouquiner. À cet égard, on peut citer l’adage : To steal ideas from one person is plagiarism. To steal from many is research. (Voler des idées à une seule personne, c'est du plagiat. En voler à plusieurs, c'est de la recherche.) [8]

 

Plagiary

 

Plagiarism cartoon"I need you to do a presentation on the topic of 'plagiarism'. If you don't have time to prepare anything, just steal something off the Internet."

Copyright 2008 by Randy Glasbergen

Post Scriptum : Nous invitons nos lecteurs à proposer un mot français qui, reposant sur un tel jeu de mots, équivaille à bookaneer. Nous-mêmes, proposons "bouquinaire", contraction de bouquin et de faussaire. Reste à le faire breveter !

 [1]

English

français

bible

Bible

bibliographer

bibliographe

bibliography

bibliographie

bibliophile

bibliophile

bibliophobe, bibliophobia

bibliophobe, bibliophobie

bibliotown

biblioville

book

livre

bookish

studieux (-euse), livresque

booklet

brochure

bookmark

marque-page, signet

bookmobile

bibliothèque itinérante

bookseller (secondhand)

bouquiniste

bookstore, bookshop

librairie

bookworm

dévoreur (-euse) de livres,
le rat de bibliothèque,
bouquineur (-euse)

editor

rédacteur (-trice)

hard cover (book)

livre relié

lexicographer

lexicographe

librarian

bibliothécaire

library

bibliothèque

paperback

livre de poche

pocketbook

carnet, portefeuille

publisher

éditeur

tome, volume

tome, volume

yearbook

annuaire

[2] International Organisation of Book Towns.

[3] de  « boucan » (terme issu d'un dialecte des Caraïbes), gril ou claie de bois sur lequel on fumait la viande ou le poisson. Au Québec, la boucane désigne toujours familièrement la fumée.  

[4] Esclaves pour une durée déterminée, les engagés étaient recrutés dans la métropole en vue du peuplement d'une colonie (indentured servants).

[5] Une lettre de marque, lettre de course ou lettre de commission  est une lettre patente d'un souverain permettant à un capitaine et son équipage de rechercher, attaquer, saisir et détruire les navires ou les équipements d'une nation adverse dans les eaux territoriales, internationales ou étrangères. (Wikipedia)

[6] Il semble que les Cubains n'éprouvent pas de rancune envers les boucaniers qui dévastaient leurs côtes puisque l'une de leurs deux bières nationales s'appelle justement la Bucanero – et qu'elle est la plus forte !

Pour d'autres précisions concernant les termes boucaniers, corsaires, flibustiers, frères de la côte et autres pirates, se rendre sur le site La Voile Noire.

[7] Cet adage remonte, semble-t-il, au règne de Charles II d’Angleterre. Le roi, inquiet du copiage des livres, promulgua la Licensing of the Press Act, 1662 .

[8] Le Robert. Dictionnaire étymologie du français, Collections Les Usuels

Post Scriptum : Nous invitons nos lecteurs à proposer un mot français qui, reposant sur un tel jeu de mots, équivaille à bookaneer. Nous-mêmes, proposons "bouquinaire", contraction de bouquin et de faussaire. Reste à le faire breveter !

 

Jonathan G.  Traduction Jean L.

 

Candide à Hollywood

Ghâzî Abd Ar-Rahmân al Qusaibi. De retour en Californie en touriste. Traduit de l'arabe saoudien par Yacine Benachenhou. Paris, Éditions Benachenhou, 2015, 46 p. Prix 15€. [* ]

Le traducteur, qui a contribué à notre blog plus d'une fois, vient de publier un dictionnaire français-arabe: La référence. Paris, Benachenhou éditeur, 2015, 709 pages (15€) que nos lecteurs pourront se procurer en s'adressant aussi à lui :
Yacine Benachenhou – yacinebenachenhou@gmail.com.

                                          Ghâzî Abd Ar-Rahmân al Qusaibi          image from http://s3.amazonaws.com/hires.aviary.com/k/mr6i2hifk4wxt1dp/15082712/4ae6260a-8fc0-444b-a876-6f95c3ed4580.png
                                                          L'auteur                                  Le traducteur
 

Analyse du livre : Jean Leclercq

Grand personnage du royaume saoudien, l'auteur de ce petit ouvrage, né en 1940 et décédé le 15 août 2012, a commencé par faire de bonnes études à la faculté de droit du Caire, suivies d'un diplôme de relations internationales obtenu à UCLA et d'une thèse à l'University College de Londres (en 1970). Malgré les hautes fonctions qu'il occupa en Arabie Saoudite et dans d'autres pays du Golfe, couronnées par un poste d'ambassadeur à Londres tenu jusqu'en 2002, il trouva le temps de nous laisser de nombreux écrits dont trois seulement ont été traduits en anglais [1] et, à notre connaissance, un seul en français. Il est donc à la fois juriste, haut fonctionnaire, diplomate et lettré.

Mais, voici que l'envie lui prend, à l'été 1987, de revoir les lieux où il a fait une partie de ses études et où il n'est retourné que pour de très brèves missions. Parti avec femme, enfants et belle-mère, il retrouve le sol californien à l'aéroport de Los Angeles. S'ensuit une série d'anecdotes contées savoureusement par un observateur qui pose un regard amusé sur une société qui lui semble aussi fascinante qu'inquiétante. Inévitables formalités d'entrée sur le territoire américain, premiers contacts avec un chauffeur de taxi (qu'il baptise Édouard 1er et se révèle être une mine d'histoires), installation à l'hôtel et découverte de la télévision publicitaire. Chemin faisant, on en vient à des réflexions de caractère sociologique, sur le développement personnel, par exemple. C'est bien vu : Les Américains croient que tout est habileté ou « technique ». Ils pensent que si tu le veux, tu peux apprendre à nager, à conduire, à parler en public, à gérer une entreprise ou à attirer les femmes. Tu ne trouveras jamais aucun Américain en repos total car, quand il se délasse, il pense continuellement à la technique du « délassement » qu'il pratique. Là-dessus, en route vers Disneyland que l'auteur appelle « le royaume magique ». Après un quart de siècle, ce royaume n'a guère changé. L'enchantement exerce toujours ses effets : Comment dire à un adulte que le monde des enfants – avec ses légendes, ses magiciennes et ses contes – est plus gentil que l'univers de la finance, des sociétés et des conseils d'administration ? Non ! Depuis longtemps, j'ai compris qu'il était inutile d'expliquer les mètres d'un vers à un sourd et le sens de l'amour à un homme jaloux comme un tigre. » À l'entrée des pavillons de Disneyland, les files d'attente sont le sujet d'une autre réflexion. Comment peut-on attendre parfois deux heures pour voir une attraction ? Et, surtout, comment cela se passerait-il dans un pays du tiers monde où l'on aurait certainement aménagé une entrée à part pour les notables, les gens de qualité, leurs parents et amis ? Ne resteraient alors dans les longues files d'attente que le vulgum pecus, les gens de rien, si peu dignes d'égards qu'il serait inutile de vouloir divertir leur longue attente avec des clowns ou de la musique. Bref, ce n'est pas une somme sociologique sur la société post-industrielle dont la Californie est peut-être l'exemple le plus achevé, mais c'est intéressant et bien observé.

Pour nous permettre de mieux situer le récit et de replacer les choses dans leur contexte, le traducteur, cette fois encore, l'a fait précéder d'une note sur l'économie de l'Arabie séoudite ainsi que d'un rappel de l'histoire récente de ce pays. Il a également pris le soin d'annexer un index des lieux et des noms de personnages cités dans lequel, ordre alphabétique oblige, Nikita Krouchtchev voisine avec Ibn Mâdjid (marin et explorateur) et Abû Alâ al Maari (poète et penseur).

[*] Pour tout renseignement, s'adresser au traducteur à l'adresse : yacinebenachenhou@gmail.com


[1] Seven, traduction de Basil Hakim et Gavin Watterson, Saqi Books (1999) et An Apartment Called Freedom [hiqqat al-urrīyah, 1994, (شقة الحرية)], traduction de Leslie McLoughlin, Kegan-Paul (1996). En 1989, un des recueils de poésies a également été traduit en anglais par Anne Fairbairn, en Australie, intitulé Feathers and the Horizon.

Dépaysement et domestication

Mark HermanNotre nouveau collaborateur, Mark Herman, est traducteur littéraire et technique, ingénieur chimiste, auteur dramatique, musicien et acteur. Il est titulaire d'un baccalauréat ès sciences de Columbia University et d'une maîtrise ès science de l'Université de Californie à Berkeley. Il est traducteur d'espagnol en anglais certifié par l'American Translators Association, et possède une bonne connaissance du russe. Pendant deux décennies, il a tenu la rubrique 'Humor and Translation' de l'ATA Chronicle, la revue de l'American Translators Association. Bon nombre de ses analyses de livres ont paru dans Ars Lyrica.

En qualité de traducteur, Mark a fait preuve d'un tel éclectisme et son talent s'est si remarquablement exprimé,  que nous nous attardons un peu plus que d'habitude sur son parcours professionnel.

Avec des collègues, Herman a collaboré à des traductions poétiques et à l'adaptation de livres d'enfants de russe et de français en anglais. Avec l'aide de collègues possédant d'autres langues, Mark a également traduit 24 opéras, opérettes et œuvres chorales d'allemand, de français, d'italien, de tchèque, de latin et de russe en anglais, pour des représentations qui ont eu lieu aux États-Unis, Translating for Singingau Canada, en Angleterre et en Écosse. Un livre intitulé Translating for Singing, The Theory, Art and Craft of Translating Lyrics, (Bloomsbury Advances in Translation), rédigé avec Ronnie Apter, traductrice français-anglais certifiée par l'ATA et qui connaît aussi l'italien, sera publié en Angleterre en 2016. Un chapitre traitera du sujet dont il va être question dans l'article ci-dessous, initialement paru dans l'ATA Chronicle et reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur et de la rédaction de la revue. 
 

 

ATA

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Dépaysement et domestication
Foreignization and Domestication)

Le 12 décembre 2014, dans l’édition en ligne du Chicago Tribune [1], Jane Shmidt recensait la récente traduction anglaise d’Anna Karénine de Léon Tolstoï produite par Rosamund Bartlett (Anna Karenina, Oxford University Press, 2014). Cette traduction de Rosamund Bartlett, ainsi qu’une autre traduction anglaise récente d’Anna Karénine de Marian Schwartz, de même que plusieurs autres traductions antérieures de ce roman en anglais sont abordées dans l’article « Found in Translation » de Masha Gessen (The New York Times Book Review, 28 décembre 2014).

Selon Jane Shmidt, Rosamund Bartlett :

« tente de combler l’écart entre les deux types de traduction qui sont généralement demeurés irréconciliables. Dans son introduction, Bartlett indique que son objectif est de demeurer véritablement "fidèle" au roman : [de]"préserver toutes les particularités du style inimitable de Toslstoï" tout en essayant d’en faire une reproduction "idiomatique". »

Ces deux types de traduction « irréconciliables » sont appelés de nos jours « dépaysement » et « domestication » [2]. Même si ces deux termes [Ndt : foreignization et domestication en anglais] ont d’abord été forgés récemment par Lawrence Venuti, le débat sur les mérites respectifs de ces deux concepts se poursuit depuis des siècles. Si je résume grossièrement, le concept de dépaysement amène le lecteur vers le texte source grâce à un apport culturel étranger à la culture d’arrivée et par des tournures de phrases qui semblent étranges ou non naturelles dans la langue d’arrivée. Quant à la domestication, elle rapproche le texte de départ de la culture d’arrivée du lecteur. Pour ce faire, on enlève des éléments étrangers à la langue et à la culture d’arrivée, lesquels sont souvent remplacés par des éléments plus familiers. Chaque concept est une illustration en soi de l’expression traduttore, traditore! [Traduire, c’est trahir] Le dépaysement peut transformer des éléments normaux du texte de départ en éléments étranges du texte d’arrivée; la domestication efface des aspects de la culture étrangère. La plupart des traductions produites réduisent la falsification parce qu’elles n’adhèrent pas à l’un ou l’autre de ces deux extrêmes; elles sont contenues dans le large spectre entre le dépaysement et la domestication et passent souvent d’un concept à l’autre, parfois dans une même phrase.

La domestication est un concept à la mode depuis un certain temps : son objectif est de produire des traductions qui sont aussi « lisses » que les textes de départ. Cependant, dans son ouvrage intitulé The Translator’s The Translator's InvisibilityInvisibility : A History of Translation (2nd edition, Abingdon, U.k. : Routeledge, 2008) [NDT : L’Invisibilité du traducteur : Une histoire de la traduction], Venuti dénigre ces traductions « lisibles » [3]  qui rendent le traducteur « invisible ». Il croit également que ces traductions sont des illusions : « L’illusion de la transparence d’une traduction lisible participe à une mascarade d’équivalence sémantique alors qu’en réalité, elle infuse au texte étranger une interprétation partiale, partiale aux valeurs de la langue anglaise, réduisant, si ce n’est même qu’elle l’exclue, la véritable différence que doit véhiculer la traduction. » (Venuti :20-21) [traduction]

En résumé, Venuti allègue que la traduction, ou du moins la traduction littéraire, est un processus intrinsèquement contradictoire, puisqu’elle domestique un texte étranger, ce qu’elle doit faire dans une certaine mesure pour passer d’une langue de départ à une langue d’arrivée, alors que son objectif est de rendre un texte source accessible, complet et inchangé à un auditoire de la langue d’arrivée. Par conséquent, explique Venuti, les traducteurs doivent réduire le plus possible la domestication et accroître le plus possible le dépaysement de leurs traductions.

Un autre élément de la théorie de Venuti mérite d’être mentionné. Venuti croit que la quête d’une traduction « lisible » et « l’invisibilité » du traducteur qui en découle constitue l’une des raisons pour lesquelles les traducteurs obtiennent peu de reconnaissance de leur travail :

« L’invisibilité du traducteur est donc une étrange autodestruction, une manière de concevoir et de pratiquer la traduction qui renforce indubitablement son statut marginal dans la culture anglo-américaine. (Venuti : 8)

Alors, la production de traductions axées sur le dépaysement et plus difficiles à lire réduira-t-elle le « statut marginal » de la traduction « dans la culture anglo-américaine »? Permettez-moi d’en douter.

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 [1]  Shmidt, Jane. "Review : Rosamund Batlett’s Translation of Anna Karenina", Chigago Tribune (14 December 2014).

[2] Note de la traductrice : En 2014, dans le cadre du chantier de travail « Traduire les humanités » Simon Labrecque a proposé le terme forainisation pour traduire foreignization. Le terme étrangéisation avait été aussi mentionné par ce groupe de recherche. Je trouve la connotation du terme forainisation trop européocentriste et préfère le terme dépaysement, qu’on retrouve notamment dans les travaux d’Henri Meschonnic et qui est plus facile à comprendre pour l’ensemble des lecteurs (Pour la poétique II).

[3] Note de la traductrice : voir la recension de Corinne Durin dans la revue Meta, p.283 (http://id.erudit.org/iderudit/037229ar)

Isabelle_Pouliot (1)Traduction : Isabelle Pouliot, traductrice agréée de l'anglais vers le français de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ). Isabelle a fondé la société DESIM Inc. en 2012. http://traduction.desim.ca

Lecture supplémentaire:

Brief Study on Domestication and Foreignization in Translation
Wenfen Yang
Journal of Language Teaching and Research, Vol. 1, No. 1, pp. 77-80, January 2010