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René Meertens – linguiste du mois de janvier 2019

ENTRETIEN EXCLUSIF

 

Jean Leclercq Meertens 1.2019
Jean Leclercq – l'intervieweur René Meertens – l'interviewé


OMSJean
 et René ont tous deux travaillé comme traducteurs à l'Organisation mondiale de la santé, le premier à Genève et le second à Copenhague.

Jean Leclercq : À la différence de bon nombre des personnes que nous avons invitées à cette rubrique mensuelle, nos lectrices et nos lecteurs connaissent votre nom, car vous avez déjà signé de nombreuses chroniques terminologiques dans nos colonnes. Quelles études avez-vous faites et quel a été votre parcours professionnel ? Comment vous êtes-vous spécialisé dans la terminologie ? Racontez-nous.

René Meertens : Pendant mes études secondaires, j’ai eu la chance d’apprendre le latin et le grec. Chaque semaine, nous faisions une version latine et une version grecque. C’était une excellente préparation à une carrière de traducteur. Nous devions déchiffrer des textes difficiles et les rendre dans un français correct. J’ai ensuite obtenu une licence en journalisme et communication sociale. Elle ne sanctionnait pas une formation professionnelle, mais des études qui visaient à l’acquisition de la culture générale indispensable à tout journaliste … ou traducteur. J’ai appris les langues en plus, en autodidacte.

Un jour, j’ai participé à un concours de recrutement de traducteurs de l’ONU. J’y croyais tellement peu que, quelques mois plus tard, j’ai déménagé sans communiquer ma nouvelle adresse à l’ONU. L’épreuve orale se tenait à l’Unesco et une secrétaire de cette organisation a eu la présence d’esprit de me téléphoner chez mon employeur.

L’ONU m’a formé, ce dont je lui suis reconnaissant, mais j’ai quitté cette organisation après un peu plus de deux ans, pour accepter un poste à la Commission européenne.

Au bout d’une dizaine d’années, j’ai voulu avoir plus de temps libre, pour achever le Guide anglais-français de la traduction. C’est alors que le bureau régional de Copenhague de l’Organisation mondiale de la Santé m’a offert un poste de traducteur-réviseur assez particulier : je ne devais travailler qu’un trimestre sur deux. Quand ledit Guide a été terminé, en 1999, je me suis mis à alterner des périodes de travail pour l’OMS avec des contrats temporaires à l’ONU (New York, Genève, Vienne). Ce système m’enchantait, car il m’aurait été difficile de travailler pendant des décennies pour un seul et même employeur. Ainsi, tous les trois mois je changeais d’employeur et recommençais à travailler pour lui avec une motivation et un enthousiasme intacts.

Je me considère plus comme un lexicographe que comme un terminologue, mais il est évident qu’un lexicographe doit aussi s’occuper de terminologie. A cet effet, il lui est essentiel de se constituer une riche bibliothèque portant sur les domaines qui l’intéressent.

 

J.L : Je crois que cette distinction entre terminologue et lexicographe n'est pas évidente pour tout le monde. Certes, l'un et l'autre doivent aimer les mots, mais quelle est la fonction du terminologue et celle du lexicographe ?

R.M. : Le terminologue établit, à l’intention d’autres personnes, des traducteurs ou d’autres professionnels, des notices portant sur des termes relevant d’une discipline particulière, telle que la géologie ou l’informatique. Chaque notice comprend idéalement les éléments suivants : le mot ou l’expression vedette, la catégorie grammaticale, le sous-domaine, des informations concernant l’origine ou l’étymologie, la mention du registre (neutre ou familier, par exemple), une définition, de préférence avec mention de la source, une ou plusieurs traductions dans le cas des notices bilingues ou multilingues, des exemples d’emploi et parfois une ou plusieurs notes. Quant au lexicographe, il est l’auteur d’un dictionnaire, qui peut être général ou spécialisé. Dans ce dernier cas, son travail recouvre en partie celui du terminologue.

 


Guide de la Traduction (Meertens)J.L.
 : Vous êtes l'auteur donc d'un Guide de la traduction [1] qui serait le seul ouvrage que j'emporterais dans une île déserte si j'avais à y traduire. C'est un merveilleux outil dont j'ai souvent regretté qu'il n'ait pas existé plus tôt. Est-ce votre expérience de la traduction dans les institutions internationales qui vous a donné l'idée d'un tel ouvrage ?

R.M. : Oui. J’ai commencé ma carrière de traducteur à l’ONU, qui publiait un très utile « Lexique général ». Cependant, je ne le trouvais pas assez général, car il était très centré sur l’ONU et se bornait à présenter quelques équivalences de termes difficiles à traduire. J’ai donc eu l’idée de rédiger un dictionnaire des difficultés de la traduction qui serait utile à tous les traducteurs de langue française. Comme je me rendais compte que la plupart des traducteurs traduisaient pour des entreprises, il m’a semblé indispensable d’inclure des locutions relevant des domaines économique, financier, juridique, informatique, etc.

 

J.L. : Comment un lexicographe s'y prend-il pour élaborer un tel dictionnaire ? Quelle méthodologie préside au choix des termes à traiter et des traductions possibles ?

R.M. : J’ai utilisé sans le savoir la méthode du corpus personnel, pour reprendre l’expression utilisée par le lexicographe Pierre-Henri Cousin lorsque nous avons eu un entretien avant la parution de l’ouvrage. Beaucoup de dictionnaires contemporains sont élaborés sur la base de corpus, c’est-à-dire d’immenses recueils de citations. Le problème est qu’une fois que vous avez étudié un lot de citations relatives à un mot déterminé, vous n’êtes pas censé revenir encore et encore sur ce mot. Si des équivalents vous ont échappé, tant pis.

Pour ma part, j’ai lu des dizaines de milliers de pages en anglais et, chaque fois qu’une traduction me venait à l’esprit, je la notais dans un cahier, et par la suite dans un fichier de traitement de texte. Je n’examinais jamais un terme une fois pour toute. Ce terme revenait sans cesse dans mes lectures et, en fonction du contexte, je pouvais compléter et affiner mes traductions. J’ai ainsi lu des biographies de présidents des Etats-Unis, les mémoires de Kissinger, des centaines d’autres livres et, bien entendu la presse anglo-saxonne. Parallèlement, je lisais Le Monde, Le Figaro et les principaux hebdomadaires français.

 

J.L. : L'Oxford English Dictionary a recours à la collaboration participative pour le choix des nouveaux termes. Je crois savoir que vous procédez également ainsi. ? Comment avez-vous constitué votre réseau de collaborateurs ?

R.M. : Environ un an avant la parution du Guide anglais-français de la traduction, j’ai demandé à des anglophones et des francophones qualifiés de relire le manuscrit. Des dizaines de personnes, pour la plupart des traducteurs, ont participé à cette relecture, ce qui m’a évidemment permis d’améliorer considérablement l’ouvrage. D’autres personnes se sont manifestées par la suite pour me présenter des suggestions, qu’il m’a souvent été possible de retenir. Cependant, la mise à jour du Guide repose essentiellement sur mes lectures en anglais et en français. Je suis très sélectif et ne retiens un ajout que lorsque je suis persuadé qu’il apporte une amélioration indiscutable de l’ouvrage.

 

J.L. : Au cours de votre carrière de traducteur dans diverses organisations internationales, avez-vous remarqué des différences significatives entre traducteurs provenant de divers horizons de la Francophonie ?

R.M. : J’ai eu la chance de côtoyer des traducteurs de nationalités très diverses. Parmi les francophones, les Français étaient les plus nombreux, suivis des Africains et des Belges. Peu de Canadiens et de Suisses, en revanche. En outre, j’ai croisé pas mal de collègues dont la langue maternelle semblait ne pas être le français, mais qui traduisaient dans un français irréprochable : Italiens, Néerlandais… et même une Russe et une Tchèque !

Les organisations internationales recrutent sur concours et ne retiennent que les candidats qui possèdent une excellente maîtrise du français standard. C’est en effet le français de France qui est la norme dans ces organisations. S’il n’en était pas ainsi et que l’on acceptait des variantes régionales de notre langue, il en résulterait une cacophonie peu souhaitable. Un jeune traducteur qui utiliserait à l’occasion une expression régionale serait vite recadré par le ou la collègue plus expérimenté qui réviserait sa traduction.

Des différences entre traducteurs existent bel et bien, mais elles sont purement individuelles : tel a recours à une grammaire rigoureuse et fuit tout ce qui peut ressembler à un anglicisme, telle autre fait preuve de plus d’imagination et utilise une langue plus moderne.

 

J.L. : Un traducteur de haut vol doit-il nécessairement travailler dans une organisation internationale ?

R.M. : Pas du tout ! Beaucoup d’excellents traducteurs travaillent dans le secteur privé ou en qualité d’indépendants. Tout le monde ne souhaite pas s’expatrier.

 

J.L. : Vous êtes désormais à la retraite, mais une vocation comme la vôtre ne connaît pas la limite d'âge. Quels projets nourrissez-vous ?

R.M. : J’ai l’intention de refondre complètement mon manuel de traduction, publié en 2011 (La pratique de la traduction d’anglais en français). Il avait été bien accueilli mais l’éditeur, négligent, n’a pas procédé à un nouveau tirage quand le premier a été épuisé, assez rapidement du reste. Depuis lors, de nombreuses idées nouvelles me sont venues à l’esprit et j’ai déjà commencé la révision de ce livre. J’en profite pour lancer un appel à des anglophones susceptibles de m’autoriser à utiliser, pour les exercices, des textes anglais sur lesquels ils détiennent les droits d’auteur.

 

[1] Version papier : https://amzn.to/2U8PqXU et version numérique :  https://amzn.to/2CFG4fb.

Contributions précédentes de René Meertens : 

 

Rene Lost in Translation

Anglais de pacotille

14/10/2018

Rene Gamesmanship

Manship, suffixe anglais
à tout faire

22/07/2017

Rene Visuwords

Veni, vidi, vici :
les dictionnaires visuels

18/05/2017

Rene Pierre Larousse

Le 23 octobre – le 200ème anniversaire de Pierre Larousse

21/10/2017

Rene Meertens (CROPPED)

Créancier de l’anglais, le français s’est payé en nature

9/10/2016

Rene Tresor

La grande aventure du mot « peradventure » racontée par lui-même

14/04/2016

Rene - dictionnaire

Cent un ans de gestation
pour un dictionnaire

01/09/2014

Rene Short

Critique de livre lexicographique

19/12/2011

« Tender-age shelter » est le mot de l’année 2018 pour l’American Dialect Society

Audrey PoulignyL'article qui suit a été rédigé par notre contributrice, Audrey Pouligny. Audrey est admise au Barreau de Paris et traduit de l’anglais vers le français en mettant au service de ses clients sa connaissance approfondie des systèmes juridiques en vigueur en France et aux États-Unis. Son site internet est : Quidlingualegal.com. Quand elle ne traduit pas, elle organise des groupes de discussion en anglais et en espagnol, à Angers, en France, dans les Pays de la Loire où elle réside.

 


Tender-age 1Chaque année, l'American Dialect Society (société dédiée à l'étude de la langue anglaise en Amérique du Nord) choisit le « mot de l’annnee «  (« Word of the Year »). « Mot » est interprété de manière ouverte comme un « élément de vocabulaire » qui englobe non seulement des mots mais également des phrases et expressions. Les mots, phrases ou expressions n'ont pas besoin d'être complétement nouveaux, mais leur notoriété et importance doivent avoir été remarquées et s'être faites ressentir de manière palpable au cours de l'année écoulée. A l'occasion de son 29ème vote annuel portant sur les mots de l'année, a voté et élu le terme « tender-age shelter facility/camp  » (refuge pour enfants d'âge tendre », ou « camp pour enfants d'âge tendre » ou encore « centre pour enfants d'âge tendre »), mot de l'année 2018. Ce terme, utilisé à titre d’euphémisme pour désigner les centres de détention gérés par le gouvernement américain qui ont accueilli les enfants de demandeurs d'asile à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, a été choisi comme illustrant le mieux le discours public l’année dernière et les préoccupations s’y rapportant.

Tender-age ZimmerBen Zimmer, président du comité New Words de l'American Dialect Society et chroniqueur linguistique du Wall Street Journal, a présidé la séance de vote qui s’est tenue le 4 janvier dernier.

L'expression « refuge/centre/camp pour enfants d’âge tendre » est apparue pour la première fois en juin 2018 lorsqu'il a été signalé que des nourrissons et de jeunes enfants étaient détenus dans des centres de détention spéciaux après avoir été séparés de leurs familles qui traversaient la frontière sud, pour certaines illégalement.


Tender-age shelters

« L'utilisation d'euphémismes afin de décrire les conséquences humaines liées aux séparations familiales est significative de la façon dont les mots en 2018 ont pu être utilisés comme de véritables armes au gré des besoins politiques en présence », a raporté M. Zimmer. « Mais la formulation bureaucratique a conduit à un retour de bâton, dès lors que son utilisation a servi à galvaniser les fervents opposants à la politique frontalière de l'administration Trump ».

L’American Dialect Society, vieille de 130 ans, est composée de linguistes, lexicographes, étymologistes, grammairiens, historiens, chercheurs, écrivains, éditeurs, étudiants et chercheurs indépendants. En organisant le vote, ils agissent en s'amusant et ne prétendent pas introduire officiellement des mots dans la langue anglaise. Ils mettent plutôt l'accent sur le fait que les changements dans une langue sont tout à fait normaux, et qu'il s'agit avant tout d'un processus continu et divertissant.

Hommage à Michel Legrand

Le compositeur,  arrangeur, orchestrateur, chef d’orchestre, pianiste et chanteur, Michel Legrand est mort samedi 26 janvier à l’âge de 86 ans.

Le compositeur Michel Legrand est mort
Bruno Lesprit
Le Monde, le 26 janvier 2019

Swept Up in the Whirlwind Known as Michel Legrand
Melissa Errico
New York Times, January 28, 2019

Michel Legrand fait tourner « Les moulins de son cœur » en 20 volumes
France inter
par Thierry Dupin

le 31 decembre 2018

 

 

 

 

I Will Wait for You (Je ne pourrai jamais vivre sans toi)
 

The clock will tick away the hours one by one
Then the time will come when all the waiting's done
The time when you return and find me here and run
Straight to my waiting arms.

If it takes forever, I will wait for you
For a thousand summers I will wait for you
Till you're back beside me, till I'm holding you
And forever I will wait for you.

Anywhere you wander, anywhere you go
Every day remember how I love you so
In your heart believe what in my heart I know
That forevermore I'll wait for you.

 

 

 

 

Quand on s'aime
 
On peut marcher
Sous la pluie
Prendre le thé
À minuit
Passer l'été
À Paris
Quand on s'aime
On peut se croire à New-York
Cinq heures du soir, five o'clock
Ou dans un square de Bangkok
Quand on s'aime
On peut marcher sur la mer
Danser autour de la Terre
Se balancer dans les airs
On peut tout faire
Quand on s'aime
Quand on s'aime
Écoute, écoute le temps
Moi, moi je le trouve hésitant
Puisqu'il varie tout le temps
Entre beau fixe et printemps
On peut voler de soleil en soleil,   nuit et jour
Quand on s'aime
Oui, quand on s'aime
On peut marcher sur la mer
Prendre le thé à minuit
Passer l'été à Paris
Quand on s'aime
On peut se croire à New-York
Cinq heures du soir, five o'clock
Ou dans un square de Bangkok
Quand on s'aime

When you're in love

You can walk in the rain
Have a tea at midnight
Spend the summer in Paris
When you're in love
 
You can think you're in New York
Five o'clock in the afternoon, cinq heures
Or in a square in Bangkok
When you're in love
 
You can walk on the sea
Dance around the Earth
Swing in thin air
You can do anything
When you're in love
When you're in love
 
Listen, listen to the weather
It seems to me it hesitates
Since he changes all the time
Between set fair and spring
You can fly from one sun to another night and day
When you're in love
Yes, when you're in love.
 
You can walk in the rain
Have a tea at midnight
Spend the summer in Paris
When you're in love
 
You can think you're in New York
Five o'clock in the afternoon, cinq heures
Or in a square in Bangkok
When you're in love
 
You can walk the Earth
Or dance around the sea
Mix up summer and winter
When you're in love
 

Personal note:

On hearing of the passing of Michel Legrand, I sent Nana Mousklouri the above clip (Quand on s'aime) and she replied: 

Merci cher Jonathan, so sweet of you.

My story with Michel started In 64  with Les Parapluies de Cherbourg (I will Wait for You) I was not in the film, but recorded  it in French,  English, Italian, Spanish, German and Japanese.

Here is the German version.

Thank you  for thinking.  Quand on s’aime is one of the duo songs wrote and recorded with me in french with Eddy Marnay, a wonderful writer.

With love and affection 

je vous embrasse  

nana

 

Jonathan  G.

Nana Mouskouri – linguiste du mois d'octobre

 

From shambles to snafu to shutdown


Brexit 16À la suite du vote du Parlement britannique du 15 janvier 2019, rejetant l'accord de sortie de l'UE négocié par Mme Theresa May, l'hebdomaire britannique, "The Economist", dans son dernier numéro, porte le titre "Mother of all Messes" – un calembour sur "Mother of All Parliaments". « La mère des parlements » est une expression que formula l'homme politique et réformateur britannique John Brighton en 1865. Elle désigne le Parlement du Royaume-Uni, du fait de l'adoption du modèle de démocratie parlementaire dit de Westminster [1] par bon nombre de pays de l'ex-Empire britannique. Selon le site Web de l'université de Cambridge, ce système a été exporté dans le monde entier.  Souhaitons que le chaos parlementaire actuel ne devienne pas un produit d'exportation britannique !

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SUPER-BREXIT-FRAGILISE-EUROPA-CASUS-BELLI-TOTALUM-GLOBAL-BRITTANICUS [2]

Une autre réaction à la situation chaotique régnant au Parlement de Londres vint d'une députée, Mme Layla Moran, qui a qualifié la situation de cluster shambles (chienlit tous azimuts [3]).  Après notre publication récente d'un article intitulé « Shambles, mayhem, bedlam – Londres, Paris, même chienlit? », nous avions décidé de laisser de côté la situation chaotique de la politique britannique (et des rues françaises en fin de semaine), pour nous intéresser à l'état tout aussi chaotique des États-Unis, aux prises avec le shutdown (la paralysie partielle des services fédéraux gouvernementaux provoquée par le blocage budgétaire). Mais, nous ne saurions nous priver de l'occasion qui s'offre de relever ce cluster shambles qui a les allures d'un tout récent néologisme. Nous supposons qu'il est calqué sur l'expression cluster fuck-up, plus grossière encore. Pour les chastes oreilles qui peuvent ne pas connaître ses acceptions les plus récentes, fuck-up, substantif, se traduit par bordel, fiasco, chienlit, lorsqu'il s'applique à une situation, et « raté(e) », appliqué à une Brexit Cluster munitions personne. Quant à cluster, il joue le rôle d'augmentatif et s'inspire de cluster bomb, la bombe à fragmentation qui fait tant de ravages dans les conflits contemporains. L'effet explosif d'une telle bombe est tel qu'il est plus meurtrier que celui d'une bombe ordinaire. Cluster
shambles
 décrit donc particulièrement bien la chienlit que la gestion de la crise du Brexit propage dans tous les azimuts, provoquant des explosions dans toutes les directions.

Voici quelques termes voisins, non cités dans notre article « Shambles, mayhem, bedlam » :

Brexit 15SNAFU, contraction de Situation Normal : All Fucked Up (en français : Situation normale : c’est le bordel, un acronyme anglais qui signifie que la situation est mauvaise, mais qu’elle l’a toujours été et qu’il n’y a pas de quoi s’étonner.  


FUBAR
, Fucked Up Beyond All Recognition/Any Repair/All Reason (en français : C'est un bordel absolu, intégral et absurde),

SUSFU, acronyme de Situation Unchanged: Still Fucked Up. (en français : Rien de changé, c'est toujours le bordel),

FUBU, acronyme de Fucked up beyond all Understanding (en français : C'est un bordel absolument incompréhensible)

Ces termes sont issus du langage militaire américain de la Deuxième guerre mondiale. Seul SNAFU est devenu un substantif couramment employé en anglais.

BOHICA : acronyme de Bend Over, Here It Comes Again est une expression familièrement utilisée pour indiquer qu'une situation fâcheuse va se reproduire, et que le plus sage est de se laisser faire. On y voit généralement une allusion à la sodomisation.

Cet acronyme est devenu d'un usage courant dans les forces armées américaines pendant la guerre du Vietnam. 

Brexit 13

Chacune des expressions SNAFU, SISFU et FUBU a une forme atténuée, construite en remplaçant « fucked » par « fouled »

Nous allons maintenant laisser de côté la situation politique britannique pendant un moment et nous intéresser au mot qui fait actuellement florès en politique américaine, à savoir shutdown [4], ainsi qu'à l'expression « tender-age shelter », choisie par l'American Dialectical Society comme le mot de l'année 2018.

Guettez les articles qui paraîtront prochainement sur ces deux sujets.


[1] 
Le système de Westminster est un système parlementaire de gouvernement basé sur celui existant au Royaume-Uni. Il tire son nom du palais de Westminster, le siège du Parlement britannique. Il est utilisé dans la plupart des nations membres ou anciennement membres du Commonwealth, notamment par les provinces canadiennes à partir du milieu du XIXe siècle puis par le Canada, l’Australie, l’Inde, l’Irlande, la Jamaïque, la Malaisie, le Nouvelle-Zélande, Malte ainsi que dans les États ou provinces fédérés de ces pays.

La Cité de Westminster (en anglais City of Westminster) est un district de la region anglaise du grand Londres  et une  « cité » à
part entière de plus de 200 000 habitants. La Cité couvre la plus grosse partie du West End londonien et abrite les principales institutions politiques du pays, avec le palais de Westminster, le palais de Whitehall et la Cour royale de justice, ainsi que le palais de Buckingham, résidence officielle des souverains britanniques, et le 10 Downing Street, résidence officielle des premiers ministres britanniques. La section la plus ancienne du palais, Westminster Hall, remonte à l’an 1097. Le palais de Westminster servait à l’origine de résidence royale, mais aucun monarque anglais ou britannique n’y a plus vécu depuis le XVIe siècle, suite à un important incendie survenu en 1512. 

Parliament

Aussi à la place du Parlement au sud-ouest du palais de Westminster, on y trouve également l’abbaye de Westminster, centre cultuel de l’anglicanisme et endroit traditionnel de couronnement et d'enterrement pour les monarques britanniques.
(Source : Wikipedia)

Le discours du President Barak Obama devant la "Mother of All Parliaments".


[2] Supercalifragilisticexpialidocious (suːpərˌkæli-ˌfrædʒi-ˌlɪstɪkˌɛkspiːˌæli-ˈdoʊʃəs) est le titre d'une chanson figurant dans le film Mary Poppins sorti en 1964. En français, il a été traduit par Supercalifragilisticexpidélilicieux. "Le Retour de Mary Poppins" est sorti en 2018.

 


[3] D'apparition récente, cette expression désigne un chaos total, une
pagaille monstre, un bordel indescriptible. Votre serviteur, Jean Leclercq, a tenté de rendre la métaphore balistique en proposant chienlit tous azimuts qui lui a semblé traduire la propagation du désordre dans toutes les directions, à l'image des effets de la bombe à fragmentation. Il a même entrepris des démarches auprès de l'OMPI (Organisation mondiale de la Propriété intellectuelle) pour faire breveter sa trouvaille !  

[4] "Donald Trump, le show et le chaos". LA CROIX,  le 18/01/2019. 

Jean Leclercq, Jonathan Goldberg

Mise a jour, 6 septembre 2019

The New Yorker, BORIS JOHNSON'S BREXIT CARNAGE

"The symbolism of the physical state of the Palace of Westminster, where Parliament meets, was almost too crude this week. Big Ben was sheathed in layers of scaffolding and black construction netting. Great sections of the old complex were barely visible under plastic sheets. Inside, corridors were cluttered with plywood and temporary construction barriers. It looked like the scene of a disaster, which it was."

 

À la une – Les oies californiennes fêtent encore une fois une décision judiciaire en leur faveur


Oies 3Le 30 juin 2012, nous avions publié en article intitulé « À la une – les oies de Californie fêtent le 1er juillet 2012 ». Pendant plus de six ans, cette loi a fait l’objet de recours devant les tribunaux californiens, jusqu'à ce que l’affaire vienne devant la Cour suprême de Californie, qui a tranché en 2017 en faveur des oies, et maintenant devant la Cour suprême des Etats Unis, qui n'a pas contredit les premiers juges . [1]

Foie-gras 1

Après l'article que nous venons de publier, intitulé « Arrêtons d’avoir d'autres chats à fouetter », nous ne voulons pas impliquer à nouveau notre lectorat dans le débat sur le délicat équilibre qu’Il convient de rechercher entre la liberté d’expression et de comportement des êtres humains et le respect que ceux-ci doivent aux animaux. Donc, nous nous permettons seulement de profiter que ce thème soit à nouveau à l'ordre du jour pour reproduire la note linguistique qui avait accompagné notre article sur la prohibition du foie gras.  La voici :

 

Si l'oie n'a plus son foie à offrir aux gourmets, il ne lui restera plus grand chose pour plaire. En effet, en anglais comme en français, son image est plutôt négative. Citons quelques locutions courantes.

– All his geese are swans : textuellement, toutes ses oies sont des cygnes ; Il prend des vessies pour des lanternes.

– Don't be such a goose! Ne soit pas si bébête, si idiote ! Là, on se rapproche de l'expression française « bête comme une oie ».

– To kill the goose that lays the golden eggs. L'oie joue ici le rôle que le français impartit à la poule dans la locution « Tuer la poule aux œufs d'or ». À noter que cette substitution se produit dans au moins une autre expression : to come out in goose pimples : avoir la chair de poule.

– What's sauce for the goose is sauce for the gander, ou plus simplement: What's good for the goose is good for the gander, textuellement: ce qui est bon pour l'oie est bon pour le jars. Si un comportement est jugé bon pour un individu, il doit l'être pour l'autre, ce qui est bon pour l'un est bon pour l'autre.

– Enfin, anglais et français se retrouvent dans l'expression to goose step along : avancer au pas de l'oie, c'est-à-dire défiler au pas de parade de l'armée prussienne, également adopté dans d'autres pays et notamment en Russie. [2]

Gageons que l'interdiction du foie gras n'a pas fini de faire du bruit de part et d'autre de l'Atlantique, et d'inciter aux jeux de mots. Ainsi, Reuters titrait : French cry foul as California foie gras ban nears. Le calembour un peu facile sur foul et fowl (oiseau de basse-cour) permet un titre accrocheur. Alors que la Californie va interdire le foie gras, les Français crient au coup bas ! En France même, et pour Canard Liberéne pas être en reste, d'aucuns demandent – toujours au nom du respect des animaux – que les canards ne puissent plus être enchaînés et que notre confrère satirique modifie au plus vite son titre !

  Foie gras 2  
  On est contre le gavage  


Les producteurs de foie gras, notamment gersois (France), avaient la chair de poule à l'annonce de cette décision, parce que, ce faisant, le Cour Suprême a tué la poule aux œufs d’or. Il leur reste à espérer que d’autres États de l'Union ne décident pas, eux aussi, d’avancer au pas de l'oie. [3] 

 

GeeseQuant aux intéressées, celles que nous avons pu interroger se réjouissent, mais avec un petit regret, celui de ne pas pouvoir voler à tire d'aile jusqu'à Washington pour manifester devant la Cour Suprême !


Jonathan Goldberg, Jean Leclercq 

[1] Nous voulons profiter de l’occasion pour clarifier les procédures juridiques dont la loi faisait l’objet. Le texte en question a été promulgué en 2004 et est entré en vigueur le 1er juillet 2012. En 2015, un juge de district a décidé que les articles de la loi californienne interdisant la vente de foie gras dans l'État de Californie (article 25982 du Code californien de la Santé et de la Sécurité) étaient rendus caducs par la Loi fédérale sur l'inspection des produits volaillers,  enjoignant au Procureur général de Californie de ne pas les faire appliquer. Cette décision fut à son tour censurée en appel, en 2017.  Mais il fut sursis à ce jugement d'appel, le 17 décembre de la même année, afin de permettre aux parties demanderesses de solliciter une ordonnance de certiorari (petition of certiorari) à la Cour Suprême des États-Unis, c'est-à-dire l'acte par lequel elle ordonne à la juridiction inférieure de lui adresser le dossier d'une affaire à des fins de révision. Le terme latin certiorari ne désigne pas un appel au sens classique du terme, mais plutôt une ordonnance rendue par un tribunal supérieur aux fins d'évoquer une affaire dont un tribunal inférieur a été dessaisi. Il s’agit d’un processus de demande de révision judiciaire. La Cour suprême américaine n'est nullement tenue de se saisir de ces affaires et, habituellement, elle ne le fait que si l'affaire peut avoir un retentissement national, si elle est susceptible d'harmoniser des décisions conflictuelles rendues par des tribunaux itinérants fédéraux, et/ou si elle pourrait avoir valeur de précédent. En fait, la Cour accepte d'évoquer de 100 à 150 des plus de 7.000 affaires dont elle est saisie chaque année. Dans le dossier en question, la Cour Suprême des États-Unis n’a pas rendu une ordonnance writ of certiorari ni même une ordonnance de non-lieu, mais a simplement considéré que l’affaire ne méritait pas de retenir son attention. En pratique, le résultat est le même que si la Cour Suprême avait rendu une ordonnance de non-lieu.

Goose step[2] Au XVIIIe siècle, lorsque les souverains russes ont voulu moderniser leurs armées, ils ont fait appel à des instructeurs prussiens. La Prusse de Frédéric II apparaissait alors comme le modèle d'organisation militaire. L'armée russe adopta donc l'ordre serré prussien : le pas de l'oie et le maniement d'armes à l'allemande. Après la Révolution, l'Armée rouge conserva cet usage, tout comme les armées des pays satellites. Actuellement, la Corée du Nord, entre autres pays, perpétue la tradition.

[3] Le 23 novembre 2018 le site https://stop-foie-gras.com a soutenu que "4 Français sur 10 refusent d'acheter du foie gras pour des raisons éthiques".

 

 

Shambles, mayhem, bedlam – en Grande-Bretagne et en France

Londres, Paris, même chienlit ? 

 

Shambles 2 Shambles 4
Paris Londres

Ces trois termes anglais sont tous des synonymes de chaos (chaos), de disorder (désordres) et de turmoil (troubles). Tous pourraient aussi servir à qualifier l'état de la politique britannique consécutive à la crise du Brexit. [1] La situation n'est guère plus brillante de l'autre côté de la Manche. Toutefois, le chaos ne s'y produit pas au Parlement, mais dans la rue où les « gilets jaunes» tentent de rééditer ce qu'en 1968 le général de Gaulle avait appelé la chienlit ! 

Chienlit

 

Shambles 3 (Bedlam)Mais ces termes anglais ont des étymologies différentes. Dans un article intitulé : « Bedlam: retour à l'asile », paru en avril 2017, nous avions expliqué comment Bedlam dérivait d'un toponyme [2] – le surnom d'un hôpital psychiatrique de Londres qui eut une histoire longue et, à certains moments, tristement célèbre. 

Shambles  est un mot à la fois ancien et nouveau. Il est ancien parce que la plupart de ses sens sont apparus à la fin du XVIème siècle ; il est nouveau parce que les acceptions dans lesquelles on l'emploie couramment (et presque exclusivement) ne remontent qu'aux années 1920. 

Si shambles signifie communément « une scène ou un état de grand désordre et de confusion », le terme désignait historiquement un abattoir. À l'origine, le mot (au singulier) signifiait tabouret et aussi table de changeur. Par la suite, il en vint à désigner également l'étal du boucher, ce qui conduisit, au début du 15ème siècle, à lui donner le sens, au pluriel, de « marché à la viande ».[3] Au 16ème siècle, une nouvelle extension de sens conduisit à lui attribuer la signification d'abattoir, laquelle mena à la forme figurative de shambles pour désigner un lieu d'horrible carnage ou de tuerie.   

Quelques siècles passent et le terme est surtout utilisé au sens littéral d'abattoir et au sens figuré de lieu de carnage ou de tuerie que l'on relève dans les grandes œuvres de la littérature classique européenne. [4] Mais, au début du 20ème siècle, par une nouvelle extension de sens, le mot shambles a désigné « une scène ou un état de grande destruction », « une scène ou un état de grand désordre et de confusion » et « une grande confusion ; une chienlit .» Certains critiques protestèrent, mais en vain. Les nouveaux sens sont de loin les plus couramment usités. Le mot est souvent employé dans l'expression in shambles. C'est ainsi qu'est actuellement qualifiée la situation politique calamiteuse que connaît le Royaume-Uni.

(Source: Merriam-Webster)

Mayhem

L'anglais moyen mayme, mahaime, de l'anglo-français mahaim mutilation, mayhem, maheimer, mahaigner mutiler, probablement d'origine germanique ; apparenté au moyen haut-allemand meiden : castration, au vieux norrois meitha : blesser.

Juridiquement parlant, mayhem désigne l'affreux crime de mutilation volontaire défigurant autrui à jamais. Le verbe anglais to maim a la même origine. Le sens de défiguration est apparu en anglais au 15ème siècle. Par la suite, au 19ème siècle, le mot en est venu à désigner tout comportement violent. De nos jours, on peut utiliser le terme mayhem pour toute situation de chaos ou de désordres, comme dans « there was mayhem in the streets during the citywide blackout. » 

Shambles (policeman)Enfin, mous présentons un lexique des autres termes apparentés. Nos lecteurs pourront avoir l'impression que nous l'avons composé sous le coup de l'émotion suscitée par les récents événements survenus en France. Qu'ils se rassurent, nous l'avions établi en août 2011, sous le titre « À la une – des émeutes au Royaume Uni. » [5] La grande différence entre ce qui s'est passé à Londres en 2011 et ce que l'on a vu à Paris en 2018, c'est qu'à Londres, ce sont les policiers qui portent le gilet jaune !

Une question se pose : le chaos, les désordres et les troubles politiques qui se produisent actuellement en Grande-Bretagne sont-ils plus graves ou moins graves que ceux qui se sont produits dans les rues du pays en 2011 ?  

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[1] Pour une passionnante analyse de ce qui a produit cet état de choses, voir : The Economist, 18 décembre 2018 (The Elite that Failed). https://econ.st/2QXdzUc

[2] Bedlam est aussi un exemple de métonymie, une figure de rhétorique par laquelle on exprime une chose ou un concept au moyen d'un terme qui lui est étroitement associé. Les mots métonyme et métonymie proviennent du grec μετωνῠμία, metōnymía, (changement de nom), de μετά, metá, (après, au-delà) et de -ωνυμία, -ōnymía, suffixe désignant une figure de rhétorique, de ὄνῠμα, ónyma ou ὄνομα, ónoma, (nom). Exemple de métonymie : boire un verre ; on ne boit pas le verre, mais son contenu.

[3] Wikipedia signale que The Shambles est une rue médièvale de la ville d'York (Angleterre), célèbre pour ses salaisons. Le jambon d'York est mondialement connu. La rue est mentionnée dès 1086 dans le Domesday Book (Livre du Jugement Dernier). Une partie des bâtiments présents aujourd'hui remonte au xive siècle. C'était à l'origine la rue des bouchers d'York. Cette ruelle a inspiré la Warner Bros pour créer les décors du chemin de traverse pour les films Harry Potter. 

Shambles 1

Au Moyen-Âge (et encore actuellement en Orient), les artisans, souvent organisés en corporations, se regroupent dans les mêmes rues. Les bouchers, les boulangers, les dinandiers, les tanneurs, les menuisiers et ébénistes, s'installent et travaillent dans la même rue. La collaboration l'emporte sur la concurrence et chacun y trouve son compte !  

[4] Par exemple, dans l'Othello de Shakespeare (Acte IV, scène 2), la pauvre Desdémone dit à son époux : « J'espère que mon noble maître m'estime vertueuse. » Othello réplique rudement : « Oh ! oui, autant qu'à la boucherie (in the shambles), ces mouches d'été qui Shambles (Jane Eyre)engendrent dans un bourdonnement. » Et, au chapitre 27 de Jane Eyre, le célèbre roman de Charlotte Brontë, Monsieur Rochester dit : « …si l'homme possédant une seule petite brebis qui lui est chère comme sa fille, qui mange son pain, boit dans sa coupe et dort sur son sein, la conduit par mégarde à la boucherie (at the shambles) et la tue, il ne se repentira pas plus devant la blessure sanglante que moi devant ce que j'ai fait. Me pardonnerez-vous jamais ? » 

[5] En fait, ce débat aurait pu avoir sa place dans l'article que nous avons publié en septembre 2016, intitulé : « Sentiments xénophobes en Angleterre – 500 ans avant le Brexit ».

Brexit glossary. January 24, 2019
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Jean Leclercq, Jonathan Goldberg

 

Glossaire

agitation

agitation, troubles

arson, incendiarism, torching, setting fire

incendie volontaire ou criminel, torche

anarchy

anarchie

assault 

attentat

attack, onslaught

attaque

battery

coups et blessures

beating 

affrontements

bedlam

chahut

brawl, fight, scuffle

rixe, empoignade

burglarizing, burglary

cambriolage

clashes, confrontations

affrontements

clubbing

à coups de massue

commotion, din, uproar

fracas, tapage

crimes

crimes

defacement

défiguration

disarray, disorder

désordre(s)

destruction

déstruction

disturbance, turmoil

chambardement

fighting

combat, bagarre

fire-bombs

bombes incendiaires

fires

incendies

hooligan, yob, thug

vandale, voyou

free-for-all

pagaille, rixe,

mêlée, bagarre

injuries

blessures

lawlessness, disorder

anarchie

loot

butin

looting, pillaging,
sacking, trashing

pillage, saccage

marauding

en maraude

mayhem 

désordre, grabuge, baroufle

mêlée

mêlée, melee, bousculade

mob

foule, populace

mugging

agression

pandemonium

tohubohu, charivari

 plunder

pillage

pyromania

pyromanie

ravaging, sacking

saccage

ruination, wrecking

ruine

riots, rioting

émeutes, bagarres

robbery

brigandage, braquage

rowdiness, rumpus, racket

chahut

ruckus, scrap, spat

grabuge

shambles

pagaille

shooting

fusillade, coups de feu

smash and grab

cambriolage

smashing

bris

trash

déchets, ordures

unrest

agitation, troubles,
embrasement

uproar, tumult

tumulte

vandalism

vandalisme

violence

violence

 

 

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Jean-Marc Dewaele Multilingual Journal Jean-marc dewaele (Judo)

Notre linguiste du mois de septembre 2016, le professeur Jean-Marc Dewaele (revêtu ici des attributs de son magistère)a quitté son poste de  Rédacteur de l'International Journal of Bilingual Education and Bilingualism à la fin de décembre 2018, pour succéder à John Edwards à la rédaction du Journal of Multilingual and Multicultural Development. Nous lui souhaitons le plus grand succès dans ses nouvelles fonctions. 

Arrêtons d’avoir d’autres chats à fouetter (pour rendre des expressions « végétaliennes »)


Isabelle PouliotL’article suivant a paru dans le quotidien britannique « The Times »  le 3 décembre 2018 et a été traduit par
Isabelle Pouliot, traductrice agréée de l'anglais vers le français de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés
du Québec (OTTIAQ).  http://traduction.desim.ca

Mathieu

IP (Isabelle) monogram

Man shall not live by bread alone (Ce n'est pas seulement de pain que l'homme vivra). Mais il serait sage que l'homme n'y ajoute ni beurre, jambon ou fromage afin d'éviter d'offenser ses semblables.

Les expressions renfermant des références à la viande, aux produits laitiers et à la cruauté envers les animaux seront sacrifiées, ou plutôt soustraites de la langue anglaise, puisque le végétalisme fait en sorte que des gens s'abstiennent d'utiliser des expressions comme « bringing home the bacon » (traduction littérale : ramener du bacon à la maison); mettre du beurre dans les épinards, selon une universitaire.

Bringing home the bacon Beure
bringing home the bacon mettre du beurre dans les épinards

Bull by the hornsDe telles références affligeantes sont abondamment employées depuis des siècles en anglais, dans la langue écrite et la langue parlée. Elles vont de taking a bull by the horns (prendre le taureau par les cornes) à letting the cat Basket out of the bag (traduction littérale : laisser le chat sortir du sac; vendre la mèche) ou encore putting all one’s eggs in one basket (mettre tous ses œufs dans le même panier). Le grand lexicographe Samuel Johnson ne faisait pas que recenser ces expressions, mais a aussi déjà dit « Any of us would kill a cow, rather than not have beef » (N'importe lequel d'entre nous tuerait une vache plutôt que de se priver de bœuf).

Two birds« Feeding two birds with one scone » (nourrir deux oiseaux avec un scone) est une image plus forte que « killing two birds with one stone » (traduction littérale : tuer deux oiseaux avec une même pierre; l'expression consacrée est « faire d'une pierre deux coups »), selon une universitaire.

Cette chercheuse de l'université Swansea, Shareena Hamzah, prédit cependant que le lexique va se modifier à mesure que la sensibilisation augmentera envers les enjeux du végétalisme et qu'on discutera davantage de la cruauté envers les animaux, d'une saine alimentation et des répercussions sur les Dead horsechangements climatiques qu'engendre la demande pour la viande. Une avenue pourrait être l'emploi d'expressions dénuées de cruauté envers les animaux, comme le suggère l'organisme de défense des droits des animaux, PETA, lequel milite pour l'adoption de ces expressions en milieu scolaire. Par exemple, « flogging a dead horse » (traduction littérale : cravacher un cheval mort; s'acharner inutilement) devient « nourrir un cheval repu ».

« Si le végétalisme nous force à affronter la réalité des origines de notre nourriture, cette sensibilisation accrue se reflètera forcément dans notre langue et notre littérature », expliquait Mme Hamzah sur le site The Conversation, où écrivent des universitaires. « La sensibilisation accrue envers les enjeux du végétalisme va s'ancrer dans les consciences et produira de nouvelles expressions. »

La phraséologie* plus attentionnée de l'avenir ne diluera pas la puissance d'évocation de la langue, argumente Mme Hamzah, parce qu'éviter d'employer des expressions violentes inutilement renforcera leur puissance lorsqu'elles seront utilisées avec soin dans la fiction.

Comme elle l'explique, « L'image de tuer deux oiseaux avec une même pierre frappe encore plus les esprits par le contraste avec l'expression plus soucieuse du bien-être animal nourrir deux oiseaux avec un scone. »

Mme Hamzah cite une suggestion de PETA : en plus de remplacer stone par scone, les enseignants devraient éliminer l'expression « taking the bull by the horns » et la remplacer par « taking the flower by the thorns » (prendre la fleur par les épines).

Skin a catDe même l'expression « more than one way to skin a cat » (traduction littérale : plus d'une manière d'écorcher un chat) devrait être « plus d'une façon d'éplucher une pomme de terre ».

Voici l'explication tirée du site Web de l'organisme : « Même si ces expressions peuvent sembler inoffensives, elles sont porteuses de sens et peuvent envoyer des messages contradictoires aux élèves à propos de la relation entre l'humain et l'animal et normaliser les mauvais traitements [envers les animaux]. Le fait d'enseigner aux élèves un vocabulaire respectueux du bien-être animal peut cultiver des relations positives entre tous les êtres vivants. »

Dans son article, Mme Hamzah plaide également que la viande représente une source d'emprise et de « pouvoir social ».

Son explication : « Historiquement, les ressources nécessaires à l'obtention de la viande faisaient en sorte qu'elle était réservée aux classes dominantes, tandis que les paysans avaient principalement une alimentation végétarienne. C'est ce qui explique que la consommation de viande était associée à des structures de pouvoir dominantes de la société, puisque l'absence de viande dans l'alimentation constituait un indicateur d'appartenance à des groupes défavorisés, tels les femmes et les enfants. Maîtriser l'approvisionnement en viande signifiait maîtriser le peuple ».

[*Phraséologie : Ensemble des expressions, locutions, collocations et phrases codées conventionnellement dans la langue générale.]

RÉÉDUCATION DU LANGAGE

Connotation négative bring home the bacon
(Ramener du bacon à la maison)

Connotation positive
bring home the bagels
(Ramener des bagels à la maison)

Connotation négative put all your eggs in one basket
(Mettre tous ses œufs dans le même panier)

Connotation positive put all your berries in one bowl
(Mettre tous ses baies dans le même panier)

Connotation négative open a can of worms
(Ouvrir une boîte de vers)

Connotation positive
open Pandora’s box
(Ouvrir une boîte de pandore)

Connotation négative flog a dead horse
(Cravacher un cheval mort)

Connotation positive
 feed a fed horse
(Nourrir un cheval repu)

Connotation négative be the guinea pig
(Servir de cobaye)

Connotation positive
be the test tube
(Servir d'éprouvette de laboratoire)

Connotation négative hold your horses
(Retenir vos chevaux)

Connotation positive 
hold the phone (Tenir votre téléphone)

Lecture supplémentaire :

LE FRANÇAIS? UNE LANGUE ANIMALE…
Billet d’humour de Jean D’Ormesson

English Idioms and Idiomatic Expressions – Animals

Les métaphores animales dans la langue française : le cheval 
FRANCE-AMERIQUE, Novembre 26, 2014