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The New Colossus

Le poème américain iconique d'Emma Lazarus

Un aperçu historique, social et littéraire 


Emma LazarusLa poétesse américaine Emma Lazarus (1849–1887) est surtout connue pour son poème
The New Colossus, écrit en 1883. Il s’agissait alors de réunir des fonds pour construire un socle pour la Statue de la Liberté (La Liberté éclairant le monde). La statue, œuvre du sculpteur français Auguste Bartholdi, et sa structure métallique construite par Gustave Eiffel, étaient un cadeau de la France aux États-Unis.  Le sonnet de Lazarus fut commémoré en 1903 par une plaque de bronze apposée à l’intérieur du socle de la statue. Cette plaque est maintenant exposée au Musée de la Statue de la Liberté.
 

Timbre -Bartholdi-Statue-of-Liberty Timbre Eiffel


Une analyse de ce poème (intitulée «
A POEM GUIDE »), par Allen Austin, a paru dans le magazine en ligne de la Poetry Foundation. Avec l’aimable autorisation de cette fondation, nous avons demandé à notre fidèle rédactrice et traductrice Elsa Wack de traduire cet article. C’est donc sa traduction que vous trouverez ci-dessous. Ce poème a également été traduit dans une version en prose de Laure-Anne Bosselaar-Brown, que vous pouvez écouter ici

The New Colossus
Not like the brazen giant of Greek fame,
With conquering limbs astride from land to land;
Here at our sea-washed, sunset gates shall stand
A mighty woman with a torch, whose flame
Is the imprisoned lightning, and her name
Mother of Exiles. From her beacon-hand
Glows world-wide welcome; her mild eyes command
The air-bridged harbor that twin cities frame.
“Keep, ancient lands, your storied pomp!” cries she
With silent lips. “Give me your tired, your poor,
Your huddled masses yearning to breathe free,
The wretched refuse of your teeming shore.
Send these, the homeless, tempest-tost to me,
I lift my lamp beside the golden door!”

La Nouvelle Grandeur

Pas comme le colosse qui, du vieux continent,
Franchissait, conquérant, détroits et défilés,
Ici, les pieds baignant dans les flots d’Occident,
Une femme se dresse, mère des exilés.
Dans son flambeau, la foudre, capturée, luit.
Son bras est comme un phare, vers la mer tendu ;
Du port qu’elle domine, où un pont suspendu
Relie deux cités, elle accueille et conduit.
Elle crie en silence : « Vos fastes d’un autre âge,
Gardez-les, vieux pays ! Mais vos déshérités,
Vos masses entassées, rêvant de liberté,
Rebut las de vos surpeuplés rivages,
Sans-abri, chavirés, je leur ouvre le port,
Je leur ouvre la porte, la porte d’or ! »

Texte original  : Emma Lazarus Traduction : Elsa Wack

 

 

 

POEM GUIDE

Le poème d’Emma Lazarus « The New Colossus »

Un sonnet se dresse là où les eaux indomptées de la littérature rencontrent les territoires du droit.

PAR AUSTIN ALLEN

S’il est un poème qui est devenu institution, c’est bien « The New Colossus » (La nouvelle grandeur). Depuis 1903, l’année où il fut gravé sur une plaque et apposé à l’intérieur du socle de la Statue de la Liberté, ce sonnet emblématique d’Emma Lazarus est devenu l’un des poèmes les plus célèbres et les plus cités de la planète. Et pourtant, il était le fait d’une auteure restée obscure de son vivant et qui avait presque sombré dans l’oubli avant qu’il ne soit placé dans cet écrin. Aujourd’hui, le sonnet semble indissolublement lié au monument ; ils se sont redéfinis l’un l’autre. Sans avoir force de loi, mais ancré à jamais dans la culture citoyenne américaine, The New Colossus s’est forgé un genre littéraire bien à part : c’est un credo, et un geste de « bienvenue mondiale » qui attire la controverse comme un aimant.

Plaque New Colossus Plaque Emma

Comme l’ont noté beaucoup de commentateurs, c’est un poème aux racines pluralistes : un sonnet italien composé par une juive américaine, qui oppose une statue de la Grèce antique avec une statue construite dans la France des temps modernes. Quand il fut écrit en 1883, les immigrants européens – italiens, grecs et juifs russes, entre autres – arrivaient en masse en Amérique, soulevant d’âpres débats et souvent de l’hostilité chez les « natifs » (comme s’intitulaient, parce qu’ils étaient nés sur sol américain, les descendants d’immigrants européens plus anciens). 

  The Immigrant's Statue  
 

National Park Service, Statue of Liberty NM

 

Dans ce climat tendu, Emma Lazarus, écrivain et militante d'une famille new-yorkaise aisée, s’était engagée bénévolement dans l’aide aux exilés en détresse de la Russie tsariste. À peu près à la même époque, le roman Daniel Deronda, de George Eliot (1876), qui traite de sujets proto-sionistes, avait accru son intérêt pour son propre patrimoine juif. Quand on lui demanda un poème pour appuyer une collecte de fonds en faveur d’une statue en cours d’édification, que le sculpteur français Auguste Bartholdi avait conçue en vue de la faire installer dans le port de New York, Lazarus adopta une approche de poétique publique qui allait s’avérer fertile, en investissant calmement son sujet de son vécu et de ses préoccupations personnelles.

Eugène_Delacroix_-_Le 28_Juillet. La_Liberté_guidant_le_peupleConçue au départ par le sculpteur, Lady Liberty représentait, simplement, la liberté [1]. Le titre complet de la statue de Bartholdi est La Liberté éclairant le monde. Son sujet est la déesse romaine Libertas, déjà évoquée dans tableau d’Eugène Delacroix La Liberté guidant le peuple (1830), dans lequel elle porte un drapeau (rouge) et un fusil. Pour honorer la représentation plus pacifique de Bartholdi, Lazarus soulignait un autre aspect de la liberté : le courage de combattre l’ennemi était remplacé par la volonté d’accepter l’étranger. Les premières audiences du poème perçurent la puissance de cette réinterprétation. Pour réunir des fonds au moyen d’une exposition, l’on avait sollicité des œuvres d’art et des textes littéraires à vendre aux enchères. D’après Bette Roth Young, biographe de Lazarus, The New Colossus fut « la seule rubrique dont il fut donné lecture » lors du gala d’inauguration de cette exposition. Plus tard la même année, le poète James Russell Lowell écrivit à Lazarus : « Votre sonnet donne à son sujet sa raison d’être. »

Il a également apporté à son auteure une renommée durable. Young note que Lazarus l’avait placé au tout début du manuscrit qu’elle assembla avant de mourir, comme si elle savait que ce sonnet pourrait faire sa réputation. Ce fut le cas, mais en même temps, il la cataloguait peut-être un peu trop. Sa biographe Esther Schor déplore que « pendant plus d’un siècle, [le destin] s’est acharné à réduire l’œuvre qu’elle avait laissée à un unique sonnet. » Adéquate ou non, c’est une consécration que peu de poètes dédaigneraient, car le poème a fait un bond formidable au-delà les anthologies pour s’inscrire dans les annales de l’histoire.

Pourtant, après des débuts prometteurs, le poème fut presque oublié. Quand elle mourut en 1887, Lazarus n’avait pratiquement plus de lecteurs. Selon le National Park Service, une institution américaine de protection du patrimoine,

Ce n’est qu’en 1901 … que Georgina Schuyler, une de ses amies, trouva dans une librairie un livre contenant le sonnet et organisa un mouvement citoyen pour redonner vie à l’œuvre perdue. Ses efforts ont porté leurs fruits…
  New_Colossus_manuscript_Lazarus  

Ils furent même payants au-delà de ce qu’elle pouvait attendre. La plaque pour laquelle elle avait fait campagne vit le jour deux ans plus tard, intégrant le poème dans la conception que l’Amérique avait d’elle-même et, dans une certaine mesure, que le monde avait de l’Amérique. Des millions de T-shirts et d’objets-souvenirs attestent de la puissance de la Liberté en tant que publicité pour le rêve américain. Lu d’un œil cynique, The New Colossus est une sorte de « pitch » (condensé destiné à capter l’attention – après tout, il provenait d’une collecte de fonds), et les mots « Donne-moi tes éprouvés, tes pauvres » sont un slogan émouvant mais illusoire. Lu d’un œil généreux, le poème était une reconception audacieuse non seulement de la statue, mais du rôle de l’Amérique sur la scène mondiale. S’il est dépourvu de l’ironie et du combat intérieur que l’on attend aujourd’hui de la littérature moderne, c’est parce qu’il était un acte politique conscient et fondateur d’un mythe. Quoi qu’il en soit, sa vision va bien au-delà des mots. Comme on a pu le lire dans le New York Times en août 2017, les visiteurs étrangers associent souvent la statue à la bienvenue avant d’avoir vu le poème qui a forgé cette association ou même d’en avoir entendu parler.

KramerBien qu’il se veuille inclusif à l’extrême, ce message de bienvenue a toujours été désavoué par une partie de la population américaine. L’historien Paul A. Kramer, qui retrace la xénophobie américaine pour le magazine Slate, observe qu’entre les années 1920 et 1960, « les tenants d’une restriction de l’immigration ont remodelé la Statue de la Liberté en une sorte de déesse guerrière, militante et gardienne des portes d’une Amérique assaillie de toutes parts ». En 2017, la politique d’un président qui voulait fermer la porte aux réfugiés musulmans, aux immigrants mexicains sans-papiers et à d’autres a nourri de nouvelles controverses sur la symbolique de la statue. Un haut responsable à qui un journaliste demandait, lors d’une conférence de presse, comment la Maison Blanche s’accommodait des vers de Lazarus, s’est fait l’écho du point de vue « nativiste » en objectant que le poème « ne faisait pas partie de la statue à l’origine » et qu’il ne fallait pas confondre sa signification avec celle du monument. Les médias et les critiques littéraires publièrent bientôt des répliques et des analyses ainsi que des poèmes en hommage au New Colossus, pourfendant la bigoterie des nativistes. Cent trente ans après sa mort, Emma Lazarus était brûlante d’actualité.

Pourtant, la controverse ne vient pas que du noyau dur des nativistes. Elle est inhérente à la vie américaine et même, dans certaines interprétations, au New Colossus lui-même. Quand Lazarus décrit les immigrants comme un wretched refuse (« misérable rebut »), son intention n’est sûrement pas d’être condescendante (dans « misérable », on entend de la pitié plutôt qu’un jugement moral ; « rebut » signifie manifestement « exclus » plutôt qu’« ordures »), mais ces mots ont fait froncer les sourcils à plus d’un. Le professeur de journalisme Roberto Suro a écrit : « Cela s’applique à certains réfugiés, certes, mais pas à la plupart des immigrants. » Jerry Seinfeld s’en est régulièrement moqué dans ses sketches stand-ups : « Je suis pour une immigration ouverte, mais cette plaque que nous avons sur la Statue de la Liberté …. Faut-il vraiment spécifier « le misérable rebut » ? … Pourquoi ne pas dire « Donnez-nous les malheureux, les tristes, les lents, les laids, ceux qui n’ont pas le permis de conduire… ? »

Derrière l’humour décalé, il y a de vraies tensions et de vraies questions. Le plaidoyer humaniste du poème aurait-il des relents de snobisme ? Dépeint-il le vécu des immigrants de manière trop caricaturale ? La plupart des New-Yorkais et des Américains partagent-ils les idéaux élevés de Lazarus ? Kramer estime que le poème « portait en lui cette vision ambivalente de l’immigrant … mais l’idée que les États-Unis étaient un havre de paix pour les rejetés de tous bords s’y exprimait aussi avec une hardiesse nouvelle, qui allait être en butte à des attaques répétées dans les décennies qui suivraient. » Les attaques n’ont jamais cessé et le mélange de hardiesse et d’ambivalence du poème reste un défi dans tous les sens du terme.

*        *        *

Chaque année, des millions de touristes jettent un coup d’œil au poème The New Colossus, mais peu de critiques analysent le texte de près. Le commentateur Max Cavitch déplore qu’il soit trop souvent lu en diagonale. Nous savons qu’il est une sorte d’estampille, mais que nous dit-il en tant que poème ?

Lazarus commence son sonnet par une figure inhabituelle qu’on pourrait appeler une comparaison inverse : « Pas comme ». Non, son sujet n’est pas comme le colosse grec, impérieux et viril, qui surplombait le port de l’île de Rhodes au 3e siècle avant J.-C. (la légende voudrait qu’il ait enjambé le port, une impossibilité technique). C’est par cette négation de son célèbre prédécesseur que la poétesse définit Lady Liberty :

Not like the brazen giant of Greek fame,
With conquering limbs astride from land to land ;
Here at our sea-washed, sunset gates shall stand
A mighty woman with a torch, whose flame
Is the imprisoned lightning, and her name
Mother of Exiles.

Pas comme le colosse qui, du vieux continent,
Franchissait, conquérant, détroits et défilés,
Ici, les pieds baignant dans les flots d’Occident,
Une femme se dresse, mère des exilés.
Dans son flambeau, la foudre, capturée, luit.
Son bras est comme un phare…

Le mot brazen [2] fait à la fois référence au métal dont était revêtu le Colosse de Rhodes et à l’arrogance que tendent à manifester les conquérants. Lady Liberty, bien que puissante, elle aussi, est accueillante et protectrice. Sa force et sa fierté sont toutes maternelles, bien qu’elle ait dans sa torche électrique le pouvoir « d’emprisonner la foudre », comme Zeus, dieu patriarcal. Les vers suivants soulignent cette dualité :

From her beacon-hand
Glows world-wide welcome; her mild eyes command
The air-bridged harbor that twin cities frame.

…vers la mer tendu ;

Du port qu’elle domine, où un pont suspendu

Relie deux cités, elle accueille et conduit.

Elle est un « phare » d’hospitalité ; elle se tourne avec douceur vers le monde et ses exilés – et en même temps, elle commande (ce mot a beaucoup de poids à la fin du vers anglais). Les « cités jumelles » qu’elle domine sont New York et Brooklyn, qui n’allaient fusionner officiellement qu’en 1898. Son domaine, c’est l’entrée de la métropole qu’était déjà New York en 1883, mais son rôle est d’accueillir, pas de surveiller.

Selon les conventions de la forme du sonnet, la rhétorique fait un « virage » au neuvième vers. Le sizain final proclame le message de la Liberté à l’Ancien Monde :

"Keep, ancient lands, your storied pomp!" cries she
With silent lips. "Give me your tired, your poor,
Your huddled masses yearning to breathe free,
The wretched refuse of your teeming shore.
Send these, the homeless, tempest-tost to me,
I lift my lamp beside the golden door!"

Elle crie en silence : « Vos fastes d’un autre âge,
Gardez-les, vieux pays ! Mais vos déshérités,
Vos masses entassées, rêvant de liberté,
Rebut las de vos surpeuplés rivages,
Sans-abri, chavirés, je leur ouvre le port,
Je leur ouvre la porte, la porte d’or ! »

C’est le passage que même les enfants des écoles et les politiciens connaissent plus ou moins. Nous avons en mémoire la compassion débordante, mais tendons à oublier qu’elle est précédée d’un note de provocation bien new-yorkaise. Vos réfugiés sont les bienvenus ici, dit Liberty à l’Ancien Monde, mais pas vos élites compassées.

Le vers des ancient lands est une pique démocratique contre les monarchies européennes. Hélas, l’Amérique n’est pas une si glorieuse exception, et c’est peut-être l’aspect du poème qui a le plus mal vieilli. À notre époque de partisanisme exacerbé, de graves inégalités, alors qu’un nombre atterrant d’Américains désavouent la politique de leur Congrès, ils sont de de plus en plus nombreux à se sentir heurtés par la pompe de leurs propres dirigeants ; certains cherchent en Europe des modèles d’une démocratie qui puisse fonctionner. En même temps, la main que la Liberté voudrait tendre aux « sans-abri » est un douloureux rappel de tous les « exténués » et les « pauvres » auxquels le pays ne réussit pas à procurer un abri, qu’ils soient nés aux États-Unis ou ailleurs. De plus, de nombreux Américains sont des descendants de captifs – ou avaient eux-mêmes été des captifs, du temps de Lazarus – envoyés par bateau en esclavage d’un côté à l’autre de l’Atlantique, sans égard à leur « rêve de liberté » (littéralement : à leur besoin de « respirer librement »). Liberty passe outre cette partie de l’histoire.

L’essai de Kramer, après avoir signalé plusieurs trahisons des idéaux de la statue dans l’histoire américaine, en conclut qu’« aux États-Unis, la vision d’une nation généreuse … a déjà surmonté de terribles forces d’exclusion par le passé et le pourra peut-être encore ». Lazarus partagerait sans doute cet espoir. Pourtant, la « porte d’or » reste ce qu’elle était à la Belle Époque : une aspiration plutôt qu’une réalité.

*        *       *

Le New Colossus est plus souvent analysé en sociologie qu’en littérature. Mais la poésie classique ne naît et ne se nourrit jamais d’un vide littéraire. Par-delà les bords de la plaque, le poème de Lazarus s’inscrit dans un riche dialogue avec des textes plus anciens ou plus récents.

Max Cavitch, par exemple, trouve un modèle de la « lampe » de la Liberté dans Daniel Deronda, où le personnage proto-sioniste de Mordecai proclame : « Ce qui est nécessaire, c’est le levain, c’est la semence de feu. L'héritage d'Israël est vivant dans les battements de millions de cœurs… Que la torche de la communauté s’allume! » Il est fort probable que ce passage ait fait vibrer une corde sensible chez Lazarus. Ce roman l’avait profondément émue et, comme le relève Schor, elle a été « parmi les premières notables d’Amérique à prendre publiquement fait et cause pour un État juif ». Toutefois, si Lazarus a emprunté ce symbole à Eliot, elle l’a aussi américanisé et universalisé, faisant de la « torche » un phare pour toutes les communautés.

Et en poésie, quelles ont été les influences ? The New Colossus tient peut-être aussi de Walt Whitman, qui exprimait un sens extatique de la collectivité dans Crossing Brooklyn Ferry. Ce poème aussi avait pour cadre les eaux qui environnent New York.

Une référence encore plus probable est l’autre grand sonnet du 19e siècle dédié à une statue : Ozymandias, de Percy Bysshe Shelley (1818).

  Ozymandias  

Dans sa description du monument écroulé d’un tyran arrogant (Look on my works, ye mighty, and despair! [Voyez mon œuvre, vous les puissants, et perdez vos espoirs !]), Shelley ironise sur la démesure du pouvoir éphémère. C’est un conte d’avertissement sur la chute des civilisations. Bien que l’allusion ne soit jamais explicite, on est tenté d’opposer au « ricanement de froid commandement » (sneer of cold command) d’Ozymandias la maîtrise (command) du regard posé de Liberty ; sa compassion démocratique contraste aussi avec la cruauté autocrate, et son message d’espoir, avec l’appel à désespérer ; et sa solidité triomphante aux ruines d’Ozymandias.

Colossus Sylvia PlathThe New Colossus a également des échos dans la poésie moderne, et pas seulement dans la poésie politique dont il a été un fondement explicite. Par exemple, The Colossus, de Sylvia Plath, construit également un mythe moderne par allusion au Colosse de Rhodes. Les débris de sa statue patriarcale sur un rivage déserté contrastent violemment – peut-être délibérément – avec la « Mère des exilés » accueillant des navires. The Bridge de Hart Crane (1930), vision tantôt extatique, tantôt désespérée de l’Amérique, semble également avoir reçu la visite du fantôme de Lazarus. Dans un passage du livre de Crane, un marin ivre rentre chez lui en titubant « tandis que l’aube faisait ressortir la statue de la Liberté » : morne moment où l’ironie s’adosse à l’optimisme de Lazarus.

Il ne fait pas de doute que la portée du New Colossus a été bien plus vaste que la page d’écriture. À la différence de la plupart des poèmes, celui-ci existe à la limite entre les eaux libres de la littérature et les territoires du droit strict. Au grand large, le langage explore ce qui n’est pas littéralement en cause ; plus près des terres, il affirme ce qui pourrait ou devrait être en cause ; lorsqu’il passe sur la terre ferme, il déclare la cause entendue. The New Colossus, à peine au large du rivage, ne pourra jamais devenir du droit, ne pourra jamais exiger que les États-Unis ouvrent les bras aux étrangers. Il peut juste instiller dans les consciences le sentiment obsédant qu’ils le devraient. Dans son deuxième siècle d’âge, le chef-d’œuvre de Lazarus domine encore l’imaginaire américain, proposant une promesse possible à tenir, mais qui reste non tenue ; impossible à garantir – et impossible à abroger.

Publié pour la première fois en anglais le 22 novembre 2017

 

Notes de traductrice : 

[1] Liberty. L’anglais connaît un autre mot pour notre “liberté”: freedom. Liberty est peut-être un peu plus insolent et est aussi étroitement associé à l’indépendance des États-Unis.

[2] littéralement « effronté », ou « cuivré » pour un timbre musical

[3] En français, on pourrait aussi traduire ce command par « son regard embrasse… »

Lectures supplémentaires :

Ellis Island 
paru sur ce blog en 2011

Cosmopolitan, dog whistle – les mots anglais du mois 
paru sur ce blog en 2011

The Titan of Braavos in Real Life? Project Aims to Resurrect an Ancient Wonder of the World

The New Colossus

Les portes de l'espoir (book cover)   American Passage
Ellis Island :
Les portes de l'espoir
Stewart Fred-Mustard
(2000)
  American Passage
The History of Ellis Island
Vincent J. Cannato

(2009)

Google Translate comme traducteur littéraire (allemand > français)

Préface :

Kafka & FelicitaLe passage qui suit a été écrit par Franz Kafka dans le cadre de ses lettres à Felice Bauer, avec qui Kafka a été fiancé. Ce recueil de lettres a été publié en 1967 en allemand sous le titre Briefe an Felice et en français, sous le titre Lettres à Felice aux éditions Gallimard en 1972 dans la traduction de Marthe Robert.

Kafka - Briefe

Kafka - lettres a Felice

ElsaLe passage est traduit également ci-dessous en français par le logiciel Google Translate. Voici une analyse réalisée par notre fidèle contributrice, Elsa Wack (linguiste du mois de janvier 2014), de ces deux traductions – l'une faite par une traductrice humaine et l'autre par l'intelligence artificielle.

Les contributions précédentes d'Elsa sont accessibles ici.


KafkaFranz Kafka
(texte original) : Oft dachte ich schon daran, dass es die beste Lebensweise für mich wäre, mit Schreibzeug und einer Lampe im innersten Raume eines ausgedehnten, abgesperrten Kellers zu sein. Das Essen brächte man mir, stellte es immer weit von meinem Raum entfernt hinter der äußersten Tür des Kellers nieder. Der Weg um das Essen, im Schlafrock, durch alle Kellergewölbe hindurch wäre mein einziger Spaziergang. Dann kehrte ich zu meinem Tisch zurück, würde langsam und mit Bedacht essen und wieder gleich zu schreiben anfangen. Was ich dann schreiben würde! Aus welchen Tiefen ich es hervorreissen würde!

Marthe Robert: J’ai souvent pensé que la meilleure façon de vivre pour moi serait de m’installer avec une lampe et ce qu’il faut pour écrire au cœur d’une vaste cave isolée. On m’apporterait mes repas, et on les déposerait toujours très loin de ma place, derrière la porte la plus extérieure de la cave. Aller chercher mon repas en robe de chambre en passant sous toutes les voûtes serait mon unique promenade. Puis je retournerais à ma table, je mangerais avec ferveur et je me remettrais aussitôt à travailler

Google Translate : J'ai souvent pensé que ce serait le meilleur mode de vie pour moi d'être dans la pièce la plus intérieure d'une vaste cave fermée avec des ustensiles d'écriture et une lampe. La nourriture m'était apportée, toujours placée loin de ma chambre derrière la porte du sous-sol. Le chemin autour de la nourriture, dans la robe de chambre, à travers toutes les chambres fortes de la cave serait ma seule promenade. Puis je suis retourné à ma table, je mangeais lentement et soigneusement, et je recommençais à écrire.

Analyse Elsa Wack :

La comparaison permet de mettre en évidence, dans la traduction automatique :

Des qualités :

Google Translate est simple. Il utilise le verbe être, comme Kafka, plutôt que le verbe « s’installer ». Google Translate est parfois précis, mais évidemment moins littéraire : « la pièce la plus intérieure d’une vaste cave fermée » ressemble plus à l’allemand, où il est bien question de l’intérieur plutôt que du cœur (mais c’est bien des tréfonds de l’âme de l’écrivain qu’il s’agit !), et où la cave est « verrouillée » plutôt que simplement « isolée » dans le texte cité par Le Monde.

Des défauts :

Google Translate ne maîtrise pas les temps, notamment le subjonctif, temps de l’irréalité. Il le traduit par l’imparfait ou même le passé composé. Ah si ! Un conditionnel, tout de même : « serait », parachuté dans ces variantes de temps comme si Google avait voulu essayer plusieurs moyens d’échapper au subjonctif.

Google Translate ne maîtrise pas non plus les articles, et la traductrice que je suis compatis à sa peine, car rien n’est plus divers et sibyllin que les notions d’universalité et d’individualité que peuvent rendre, dans les différentes langues, les articles définis, démonstratifs, indéfinis ou l’absence totale d’article. Ici, quand Google donne pour  traduction « le chemin … dans la robe de chambre », ce n’est pas du bon français. On pourrait croire que Kafka s’est transformé en un insecte, comme dans sa nouvelle « La Métamorphose », et qu’il se promène dans les replis d’une robe de chambre. La tournure exacte est évidemment « en robe de chambre », même si l’allemand emploie ici un article défini dans im (contraction de in dem). On peut être content toutefois que Google procède par mots et traduise bien Schlafrock par « robe de chambre », et pas, par exemple, par « robe de sommeil » (le mot composé allemand contient Rock, « robe », et Schlaf, « sommeil »).

« Chambres fortes » : l’allemand Gewölbe signifie plutôt « voûte », comme dans la traduction du Monde, mais la proposition de Google Translate n’est pas inintéressante.

Prépositions : la préposition um, qui peut signifier « autour » (traduction Google), a ici le sens de « pour », « vers » : le « chemin vers la nourriture ». Dans la traduction de Marthe Robert, qui ici est simple au sens noble du terme, c’est « Aller chercher mon repas ».

La traduction de Google pèche aussi dans les mots « je mangeais (…) soigneusement ». On imagine le narrateur mettant sa serviette et s’appliquant à ne pas faire de miettes. Ce n’est pas du tout le sens de mit Bedacht, qui signifie « avec concentration », mais avec une connotation mystique ; la vraie traductrice s’en est emparée en employant « ferveur ».

Le passage cité se termine par le mot « travailler » là où Kafka et Google ont employé « écrire ». Peut-être Marthe Robert a-t-elle voulu éviter d’avoir à faire ensuite une répétition : « Que n’écrirais-je pas alors ! De quelles profondeurs ne saurais-je pas le tirer ! » continue-t-elle (extrait non cité dans le Monde) là où, Kafka, lui, n’a pas hésité à réutiliser le mot « écrire »: « Was ich dann schreiben würde! Aus welchen Tiefen ich es hervorreissen würde! » Dans cette irréalité difficile pour tout traducteur, Google Translate emploie de nouveau un conditionnel, dépourvu de toute figure de style : « Ce que j'écrirais alors! De quelles profondeurs je le retirerais! ». Si je devais traduire moi-même cette phrase, je rendrais plus fidèlement le verbe hervorreissen : « Que n’écrirais-je pas alors, que n’arracherais-je pas à quelles profondeurs insondables ! »

Pourquoi les Français sont-ils si réfractaires aux autres langues ?

En février de cette année, la revue américaine Mother Jones a publié un article intitulé “Why Are the French So Afraid of Other Languages?” de la plume de Kevin Drum.

L’article commence par cette déclaration : « Les animations liées à la scène « Young Adult » au Salon du Livre à Paris le mois prochain ont provoqué un tollé dans le milieu des auteurs et intellectuels français qui ont qualifié l’adoption de la terminologie anglaise « d’acte insupportable de délinquance culturelle. » La prolifération de termes anglais au Salon du Livre où la “scène YA” faisait la part belle aux mots “Le Live”, “Bookroom”,“Photobooth » et “Bookquizz” (entre autres) a piqué au vif une centaine de gens de lettres français. Dans une tribune publiée dans « Le Monde », ils ont fait part de leur vive indignation aux organisateurs pour leur recours à « ce sous-anglais qu’est le globish. »

L’auteur de l’article dans la revue américaine poursuit son analyse par cette interrogation : “ Ma question, à présent, s’adresse aux Français qui liront cet article. Je sais que ce grief n’a rien de nouveau et que la France protège sa langue avec une ferveur peu commune. Or, ces défenseurs du français ont-ils pris note de ce qui se passe dans d’autres pays où l’on ne retrouve pas un tel fanatisme vis-à-vis du langage ? »

Elsa Wack 2Nous avons invité quelques contributeurs à répondre à cette question. La contribution de Grant Hamilton (Canadien) a été publiée au mois de juillet. Voici une seconde analyse, cette fois-ci  de la plume d'Elsa Wack (Suisse), notre linguiste du mois de janvier 2014. Elsa, née à Genève, est traductrice indépendante de l'anglais et de l'allemand vers le français. Titulaire d'une licence ès lettres, ayant aussi fait de la musique, du théâtre et du cinéma, elle aime écrire et sa préférence va aux traductions littéraires.

Pour retrouver les contributions précédentes d'Elsa, cliquez sur son nom sous la section "Catégories" dans la colonne à droite du site.

 

So what am I missing?”  demande l’auteur de l’article. Réponse : vous passez peut-être à côté du fait que l’italien et le russe, comme le français, changent sous l’influence des mots d’anglais. Et le pire c’est qu’ils n’apprennent pas forcément l’anglais par ce processus : les mots d’anglais importés trouvent leur vie à eux, comme des personnages qui échappent à la plume du romancier et gagnent leur autonomie.

Le globish et la « pureté de la langue» sont un peu des vues de l’esprit: chaque langue a sa manière d’assimiler des mots d’anglais.

Quant à ce qui rend la langue française particulièrement irritable et susceptible, c’est peut-être le déclin mal accepté d’un peuple qui était aux côtés des Anglo-Saxons dans le camp des vainqueurs des deux Guerres mondiales.

En Suisse, mon pays natal, la langue romanche, les divers patois du français, ou encore, avec plus de succès, le « Dialekt » suisse-allemand, qui est en réalité une collection de dialectes, tentent de résister à l’extinction. C’est une affaire d’identité. Qui se satisfait de mourir ?

Mais le français a été une langue de cour, dans plusieurs pays. Elle a colonisé l’anglais à partir de l’invasion normande en 1066. On sait bien que l’anglais possède énormément de doublets, l’un contenant la racine latine et l’autre la racine germanique. Ces doublons se départagent le lexique de diverses manières : veal, de racine latine, pour la chair qu’on mange, et calf, de racine saxonne, pour l’animal vivant; ou, de manière plus générale, le français s’invitant dans des mots plus intellectuels et académiques. Ainsi, les Français ont imposé leur propre forme de globish aux Anglais bien avant le retour de manivelle actuel.

De manière différente, le français est aussi présent aux Amériques, notamment dans les langues créoles.

GuyaneL’ancienne chanteuse de rues que je suis se doit de terminer avec une chanson. Celle-ci vient de Guyane. Il s’agit apparemment d’une variante de l’histoire d’un homme qui travaillait six jours par semaine, « trois jours pour moi, trois jours pour ma doudou »; le colon ne l’a pas payé, après quoi le natif  s’est fait  poignarder (par la doudou ?). Là où le français importé est submergé par le parler local, j’ai tenté de retranscrire la prononciation telle quelle. Si quelqu’un pouvait compléter la chanson ou traduire les passages en italique, merci!

Qu’est-ce qui frappe à ma porte

Tu entreras dans bord du cimetière
Tu trouveras trois tomb’s abandonnées
Sur les trois tomb’s, il y a trois ros’s fanées
La plus fanée des trois, c'est mon cœur qui se repose

Tou tou tou tou qu'est-ce qui frappe à ma porte ?
C'est moi Tino qué là, ti fa souci frisé
Depuis longtemps la pluie qu'a mouillé moi
Si c'est tes pleurs d'amour, où té où vé ballé

[…] …tou m’as pa pas pagué pou ma doudou…

Si moi ‘té riche, en or et en argent,
Moi té ké ach’té un 'tit bateau en or
'ti bateau or, moi téké mété dans fleuve
pour moi t’é doudou moi épessa allé poné

Bimbamo ti bo [donne-moi un baiser] doudou
bimbamo ti bo chéri
bimbamo tibo pour soulager coeur à l'amour

(Tiré de l'album Tumuc Humac, recueil de Francis Mazière, forêt amazonienne / Guyane. Accompagnement de guitare un peu désaccordée.)

«La plus fanée des trois», c’est peut-être le cœur de la langue française qui se repose… bien loin des indignations soulevées par le Salon du Livre à Paris, et à l’abri de tout «sous-anglais globish».

Astrophilatélie et aérophilatélie – nostalgie, futurisme et nostalgie du futurisme

Elsa Wack 2Nous sommes heureux de retrouver Elsa Wack, notre linguiste du mois de janvier 2014. Elsa, née à Genève, est traductrice indépendante de l'anglais et de l'allemand vers le français. Titulaire d'une licence ès lettres, ayant aussi fait de la musique, du théâtre et du cinéma, elle aime écrire et sa préférence va aux traductions littéraires.

Pour retrouver les contributions précédentes d'Elsa, cliquez sur son nom sous la section "Catégories" dans la colonne à droite du site.

Le 2 septembre 2019 paraîtra en Suisse un timbre commémorant les 50 ans de l'alunissage de l'homme.

   

Aux États-Unis, le service postal a émis deux timbres en commémoration des alunissages Apollo. Leur parution a été célébrée le 19 juillet dernier dans le complexe d'accueil des visiteurs du centre spatial Kennedy de la NASA en Floride.  [1]

  Moon stamps  

Un autre timbre commémore 100 ans de transport aérien suisse (1919-2019).

   

En 2016, Le Mot Juste nous montrait le timbre dédié à l'avion solaire Solar Impulse qui avait réussi, entre mars et juillet de cette année-là, un tour du monde à l'énergie solaire, piloté tour à tour par Bertrand Piccard et André Borschberg

Solarimpulse Piccard & Borschberg


Cette année (2019), André Borschberg lance la production d'un avion électrique dont le système de propulsion est fondé sur l'expérience acquise avec Solar Impulse. Cet appareil, le biplace H55, devrait servir à la formation de pilotes. C'est une bonne nouvelle, car on n'entend plus tellement parler de l'avion solaire depuis son exploit de 2016.

  Andre-Borschberg  

Pour voyager avec Solar Impulse, il ne fallait ne pas être pressé : les pilotes ont dû attendre à chaque escale que la météo se prête de nouveau au voyage. Il fallait aussi, comme dans certaines courses en mer, pouvoir tenir de longues heures sans sommeil. Pas question de se relayer une fois en l'air, c'était un monoplace. Ayant rempli sa mission, le prototype Solar Impulse 2 semble être toujours parqué dans un hangar à Abou Dhabi. Cet avion incarne les énormes défis auxquels sont confrontées les énergies « vertes » : si des progrès sont bel et bien réalisés et si le solaire représente une part de plus en plus importante de l'énergie consommée dans le monde, il n'en reste pas moins loin de pouvoir couvrir les besoins totaux de l'être humain, et on peut se demander, dans le cas de l'avion, si sa construction et son déplacement n'ont pas coûté beaucoup plus d'énergie humaine qu'ils n'ont représenté d'énergie motrice. Reste à savoir comment se comportera l'avion électrique d'André Borschberg, produit par une entreprise familiale tchèque : BRM Aero. 

Le petit glossaire du LMJ :

air mail

poste aérienne

cancellation

oblitération

first day cover

enveloppe premier jour

flimsy paper

papier pelure

forgery

contrefaçon

hot-air balloon

montgolfière

post, mail

courrier [*]

postmark

cachet de la poste

sheet

planche, feuille

stamp

timbre

stamp collecting

la collection de timbres

watermark

filigrane

[*] Utilisé en français, le mot « mail » et devenu un faux ami pour les anglophones, puisqu’il désigne parfois l’e-mail ou courriel alors qu’en anglais il signifie le courrier postal sur papier. On rencontre également la graphie mél (qui rime avec l’abréviation tél.).

[1] Le rêve humain d'atterrir sur la Lune remonte plusieurs siècles et se reflète dans la littérature française, plus particulièrement dans l'Histoire comique des États et Empires de la Lune, de Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655), considérée comme le premier livre de science-fiction. Un timbre français représentant Cyrano de Bergerac est sorti en 1997.

 

Un autre écrivain français, Jules Verne (1828-1905) a lui aussi suivi la maxime Ad Astra per Aspera dans son ouvrage De la Terre à la Lune (1865), mais a également jeté son dévolu vers le bas dans deux de ses livres, Vingt mille lieues sous les mers et Voyage au centre de la Terre.   En 1982 la France rendit hommage à Verne en émettant au profit de la Croix-Rouge française un timbre « Cinq semaines en ballons ». L'année 2005 en France a été déclarée « année Jules Verne » à l'occasion du centenaire de la mort de l'écrivain. Toujours en faveur de la Croix-Rouge, la poste française a émis une série de timbres sous le titre « JULES VERNE Les Voyages Extraordinaires », dont un timbre consacré à « De la Terre à la Lune ».

 

 

 

Hommage a Jules Verne, 1982

De la Terre a la Lune, 2005

 

Lectures supplémentaires :

La Manche, défi de toujours

Artrémis 2024

Jenny à l'envers

NASA – Pushing the envelope

Livres :

Astrophilately cover Race to the Moon cover
American Astrophilately: The First 50 Years
by  David S. Ball, Feb 15, 2010
The Race to the Moon Chronicled in Stamps, Postcards and Postmarks: A Story of Puffery vs. the Pragmatic
by Umberto Cavallaro

 

 

Le 31 decembre – l’anniversaire d’un grand chanteur américain

Elsa Wack 2Nous sommes heureux de retrouver Elsa Wack, notre linguiste du mois de janvier 2014. Elsa, née à Genève, est traductrice indépendante de l'anglais et de l'allemand vers le français. Titulaire d'une licence ès lettres, ayant aussi fait de la musique, du théâtre et du cinéma, elle aime écrire et sa préférence va aux traductions littéraires. 

D'autres contributions d'Elsa sur des thèmes musicaux:

Aznavour rejoint Bennett sur le Walk of Fame à Hollywood

Hendrix et Händel ont cohabité dans l’espace-temps

À la uneun nouveau timbre rend hommage à John Lennon, musicien et philatéliste

 

John_Denver_album_coverJohn Denver (31 décembre 1943, – 12 octobre 1997) était un auteur-compositeur-interprète américain, également producteur de disques, acteur, militant et actif dans le domaine humanitaire.

Denver a enregistré environ 200 chansons de sa composition et 109 chansons composées par d’autres. Ses disques se sont vendus à plus de 33 millions d’exemplaires dans le monde. Il se produisait et enregistrait surtout en s’accompagnant à la guitare acoustique et chantait les joies que lui procuraient la nature, son mépris de la vie urbaine, son enthousiasme pour la musique et ses amours parfois difficiles.

En 1974, Denver a été nommé poète lauréat de l’État de Denver.

Parmi les belles chansons qu’il a écrites, il y a Perhaps Love, qu’il a chantée en duos avec Placido Domingo et Sissel Kyrkjebø, soprano norvégienne.

 

 

J.G. MageeEn août 2010, nous avons publié un article intitulé « John Gillespie Magee, Jr. 1922 – 1941, Antoine de Saint-Exupéry 1900 – 1944 », dans lequel nous rendions hommage à un Français et à un Américain, tous deux grands hommes de lettres et tous deux morts dans des accidents d’avion pendant la Seconde Guerre mondiale. Avant d’être tué, Magee écrivit un magnifique poème sur la sensation du vol, High Flight. John Denver, qui était pilote amateur, le mit en musique et le chante dans ce clip. 

 

 

Denver reçut la Médaille du service public de la NASA en 1985 pour « avoir fait mieux connaître aux peuples du monde l’exploration spatiale » ; cette médaille est d’ordinaire réservée aux ingénieurs et concepteurs en aéronautique. La même année, Denver passa l’examen physique très rigoureux de la NASA et se trouva sur les rangs des finalistes pour le premier voyage d’un civil avec la Navette Spatiale en 1986, mais il ne fut pas choisi. Après l’explosion de cette navette spatiale Challenger, Denver dédia sa chanson Flying for Me à tous les astronautes.

Denver collectionnait les biplans d’époque. Malheureusement, il périt un jour aux commandes d’un nouvel avion qu’il venait d’acheter. Il volait vers la Californie et semble avoir manqué de carburant.

John-Denver-plane-crash-

Dans le parc « Rio Grande » à Aspen, Colorado, une localité où Denver avait vécu, une stèle lui a été consacrée et porte les paroles de Rocky Mountain High.

Denver  Rocky Mountain High Memorial Stone

Voici ces paroles, avec ma traduction en français :

ROCKY MOUNTAIN HIGH

He was born in the summer of his 27th year
Coming home to a place he'd never been before
He left yesterday behind him, you might say he was born again
You might say he found a key for every door

When he first came to the mountains his life was far away
On the road and hanging by a song
But the string's already broken and he doesn't really care
It keeps changing fast and it don't last for long

But the Colorado rocky mountain high
I've seen it rainin' fire in the sky
The shadow from the starlight is softer than a lullabye
Rocky mountain high (Colorado)

Il est né l’été de ses 27 ans,
Revenant, revenu, dans un foyer qu’il n’avait jamais connu
Laissant derrière le passé, on pourrait dire qu’il est rené,
Qu’il a trouvé pour toutes les portes une clé

Quand il est venu aux montagnes
Sa vie avait pris la route, accrochée à une chanson,
Mais la corde est déjà cassée, et peu lui importe,
Tout est si éphémère et changeant

Mais les crêtes du Colorado sont là haut,
Et moi j’ai vu leur ciel flamboyer
L’ombre d’une branche d’étoile est plus douce qu’une berceuse
À la hauteur des Rocheuses (Colorado)

He climbed cathedral mountains, he saw silver clouds below
He saw everything as far as you can see
And they say that he got crazy once and he tried to touch the sun
And he lost a friend but kept his memory

Now he walks in quiet solitude the forest and the streams
Seeking grace in every step he takes
His sight has turned inside himself to try and understand
The serenity of a clear blue mountain lake

And the Colorado rocky mountain high
I've seen it raining fire in the sky
You can talk to God and listen to the casual reply
Rocky mountain high

Il a gravi ces cathédrales et vu la mer de brouillard à ses pieds
Il a tout vu, si loin qu’on puisse voir
On dit qu’il est devenu fou, qu’il s’est brûlé les ailes
Il a perdu un ami mais préservé sa mémoire

Maintenant, il marche seul ; calme, forêts, ruisseaux,
Cherchant la grâce partout où il passe
Son regard tourné vers l’intérieur, pour tenter de comprendre
La sérénité d’un lac limpide et bleu

Et les crêtes du Colorado, là-haut,
Moi j’ai vu leur ciel flamboyer
On peut parler à Dieu, qui vous répond, à l’occasion,
À la hauteur des Rocheuses

Elsa Wack

À la une – un nouveau timbre rend hommage à John Lennon, musicien et philatéliste.



Elsa  photoNous sommes heureux de retrouver Elsa Wack, notre linguiste du mois de janvier 2014. Elsa, née à Genève, est traductrice indépendante de l'anglais et de l'allemand vers le français. Titulaire d'une licence ès lettres, ayant aussi fait de la musique, du théâtre et du cinéma, elle aime écrire et sa préférence va aux traductions littéraires.  Elsa a traduit et adapté le texte qui suit, rédigé par Jonathan G. 

D'autres contributions d'Elsa sur des thèmes musicaux :

Aznavour rejoint Bennett sur le Walk of Famק à Hollywood

Hendrix et Händel ont cohabité dans l’espace-temps

 

 


John-lennon-stamp-dedication-ceremonyUn timbre-poste commémorant John Lennon a été dévoilé cette semaine à Central Park, New York. Yoko Ono, la veuve du légendaire chanteur at auteur-compositeur, assassiné en 1990 dans cette ville,  assistait à la cérémonie, ainsi que leur fils Sean Lennon.

« Je sais que mon père aurait été heureux d’être officiellement intronisé sur un timbre-poste », a dit Sean Lennon ce jour-là. « Pour être officiel, ça l’est. »

Lennon (offiical) Lennon stamp

 

Aznavour rejoint Bennett sur le Walk of Fame à Hollywood

  Elsa WackNous sommes heureux de retrouver Elsa Wack, notre linguiste du mois de janvier 2014. Elsa, née à Genève, est traductrice indépendante de l'anglais et de  l'allemand vers le français. Titulaire d'une licence ès lettres, ayant aussi fait de la musique, du théâtre et du cinéma, elle aime écrire et sa préférence va aux traductions littéraires. Elle traduit également des textes juridiques, techniques, politiques, humanitaires et financiers. Voici sa nouvelle contribution au blog.

Nous consacrons ces lignes à deux musiciens de plus de 90 ans dont les destins ont fluctué différemment. Plusieurs points communs cependant : tous deux ont désormais leur « étoile » sur le « Hollywood Walk of Fame » ; tous deux ont abrégé leur nom d’origine étrangère : en France, l’Arménien Shahnourh Aznavourian est devenu Charles Aznavour, et aux États-Unis, le Calabrais Anthony Benedetto est devenu Tony Bennett. Tous deux aussi ont su se montrer charitables et tolérants dans la célébrité, Aznavour notamment (mais pas uniquement) en défendant la cause arménienne, et Bennett au point d’être surnommé « Tony Benefit » tant il donnait de concerts caritatifs.[1]

À l'âge de neuf ans, Charles prend Aznavour pour nom de scène et commence au Théâtre du Petit Monde une carrière de chanteur et de comédien. Tony chantait déjà en public à 13 ans  Tous deux furent mariés par trois fois ; Bennett eut quatre enfants et Aznavour en eut six.

 

Aznavour sur le Walk of Fame, Hollywood, 24 août 2017 

 

  Aznavour PiafAznavour, 93 ans, est peut-être l’auteur-compositeur-interprète le plus prolifique du répertoire français. Une partie de ses chansons (La bohême, Je m’voyais déjà, Hier encore) commémore ses années de galère avant qu’il ne soit repéré et lancé, comme une pléiade de chanteurs et de compositeurs, par Edith Piaf. Mais dès lors il n’a plus rien eu d’un bohémien, comme le dit d’ailleurs le dernier vers controversé de la chanson : « La bohême, ça ne veut plus rien dire du tout. » Certains pensent qu’il devrait se retirer car il ne chante plus très juste, mais il est difficile pour un tel monstre sacré de quitter la scène. Aznavour, peut-on lire, a vendu 180 millions de disques et écrit 1300 chansons dans de multiples langues. Sa sensibilité à fleur de peau s’exprime dans des paroles comme

« Emmenez-moi au bout de la terre / Emmenez-moi au pays des merveilles / Il me semble que la misère / Serait moins pénible au soleil »

Tony_bennett_Walk of Fame Tony Bennett, 91 ans, lui, chantait à une age très jeune dans des restaurants italiens de New York où il était serveur. Son père invalide était mort quand il avait 10 ans. Bennett ne composait pas mais a allié à l’art du chant celui de la peinture. Sa traversée du désert, il l’a connue lors de l’avènement du rock qui a supplanté la « pop américaine » qu’il chantait. Notez bien : le terme pop music, comme cool, n’a pas tout à fait le même sens en anglais qu’en franglais. Tony Bennett, donc, fut brutalement supplanté avec Sinatra et les jazzmen à-la-(grand-)papa par les vagues de ce que nous appelons pop-rock, du be-bop et du free jazz ; il dilapida sa fortune et s’adonna à la cocaïne ; mais trouva en l’un de ses fils un appui pour s’en sortir et connaître un renouveau de gloire avec la renaissance du jazz des années 20 à 40. Bennett, depuis, s’est concentré sur ce qu’il appelle « ses classiques » : Cole Porter, Gershwin, Duke Ellington, Louis Armstrong (dit « Pops »), par exemple. Il interprète ainsi les grands standards contenus dans les bibles du jazz que sont ou ont été le Great American Songbook et, pour les « pirates », le Real Book. Son fils gère si bien ses intérêts que je n’ai pas pu entendre sur Internet sa version de la chanson What is this Thing called Love (Porter). On trouve plutôt son duo avec Lady Gaga That Lady is a Tramp (Rodgers).

https://www.youtube.com/watch?v=fvoRQqGZ3Lc

 

 

  Aznavour 1Aznavour comme Bennett a surfé sur la vague des émissions de téléréalité. Auparavant, tous deux ont été également acteurs dans des films de bonne facture. Les peintures de Bennett sont  appréciées et montrées dans des galeries, tandis qu’Aznavour est célébré dans un musée en Arménie, qui porte son nom.

 

Elsa Wack

[1] En anglais, « benefit concert », se prête ici à un joli jeu de mots avec le nom de l’artiste.

Lecture supplémentaire :

Charles Aznavour reçoit son étoile à Hollywood

Les traductions littéraires reconnues comme des œuvres à part entière

Reportage de Magdalena Chrusciel avec l'aide précieuse d'Elsa Wack – nos contributrices fidèles

 

Man bookerLe Prix international Man Booker existe depuis 2004. Il est décerné chaque année à un auteur, britannique ou étranger, pour un ouvrage en anglais ou largement diffusé en traduction anglaise. En 2016, son montant a été porté à 50 000£ et, dans le cas d'une traduction, il est équitablement partagé entre l'auteur et le traducteur. [1]

En 2016, le prix a été décerné à l'auteure sud-coréenne Yi Chong-jun et à sa traductrice anglaise, Deborah Smith. En juillet 2017, nous publiions une interview intitulée  « Deborah Smith – linguiste du mois de juillet ».

Le lauréat du Prix international Man Booker 2017 sera annoncé le 13 juin. Voici les six candidats qui ont été nominés dans une première étape [2]:

Mathias Enard (France), Charlotte Mandell (États-Unis), Boussole
(Compass)
David Grossman (Israël), Jessica Cohen (États-Unis),
A Horse Walks Into a Bar
Roy Jacobsen (Norvège), Don Bartlett, Don Shaw (Grand Bretagne),
The Unseen
Dorthe Nors (Danemark), Misha Hoekstra (États-Unis),

Mirror, Shoulder, Signal
Amos Oz (Israël), Nicholas de Lange (Grand Bretagne),
Judas
Samanta Schweblin (Argentine), Megan McDowell (États-Unis),

Fever Dream

 

 

Nicholas-de-LangeNicholas de Lange, professeur d'hébreu et d'études juives à l'Université de Cambridge, Grande-Bretagne, traducteur du livre « Judas », d'Amos Oz, a bien voulu nous accorder un entretien, qui se déroulera fin juin. Que « Judas » soit ou non couronné du prix international Man Booker, nous présenterons le Professeur Lange à nos lecteurs à ce moment-là.

En attendant, voici une brève présentation de l'écrivain Amos Oz. Oz est un auteur, romancier, journaliste et intellectuel israélien. Il enseigne également la littérature à l'université Ben-Gourion à Beersheba. Il est considéré comme l'écrivain israélien vivant le plus renommé.

Oz a été publié en 42 langues, y compris l'arabe, et dans 43 pays. De nombreux prix et distinctions lui furent décernés, Amos Ozparmi lesquels la Légion d'honneur en France, le prix Goethe, le prix de littérature du Prince des Asturies, le prix Heinrich Heine ainsi que le prix Israël. Des extraits de la traduction chinoise d'«Une histoire d'amour et de ténèbres» constituent depuis 2007 les premiers textes littéraires contemporains en hébreu à figurer dans un recueil officiel en chinois. En 2007, Oz avait fait partie des nominés pour le prix Man Booker. Un film realisé par Nathalie Portman a été inspiré par son autobiographie.

 

Depuis 1967, Oz s'est prononcé en faveur d'une solution à deux États du conflit israélo-palestinien.

Nous souhaitons bonne chance aux six auteurs ainsi qu'à leurs traducteurs pour le 13 juin.

D. SmithEn attendant, voici quelques commentaires intéressants sur l'intérêt des lecteurs pour la littérature traduite, exprimés par Deborah Smith et rapportés dans l'édition du 28.4.2017 du British Financial Times.

Selon Deborah, si ces dernières années des romans traduits ont été honorés par le prix Man Booker International (MBI) et d'autres prix, c'est que la littérature traduite est en train de monter en puissance auprès des lecteurs. Selon Nielsen BookScan, en 2015, 1,5% seulement des œuvres de fiction publiées au Royaume-Uni étaient des traductions alors qu'elles représentaient 5% du total des ventes de fiction", constate Smith. "La rapide expansion de la gamme des traductions, y compris de certains des auteurs contemporains les plus prisés dans la fiction littéraire et la fiction populaire, contredit la croyance selon laquelle les traductions sont des œuvres particulièrement difficiles ou d'un haut degré d'intellectualisme", explique Smith. "En revanche, le fait que seule la crème de la crème passe la barrière de la langue constitue une assurance de l'originalité et de la qualité de ces ouvrages – comme en témoignent ceux listés par MBI cette année", dit-elle. Smith voit également de manière optimiste l'attribution pour la première fois cette année du prix Warwick des Femmes en traduction, compte tenu de la sous-représentation endémique des traductions d'écrivaines. "Les traducteurs sont à bien des égards des auteurs – tout au long d'une traduction, nous nous escrimons contre certains mots, rêvons des personnages, malmenons notre dos et nos yeux et nous coupons de nos relations en restant rivés à nos ordinateurs quatorze heures par jour", ajoute Smith. "Mais tout cela, les auteurs le font aussi – cadence, ténacité, rythme et registre, avec en plus l'intrigue, le personnage et la création ex nihilo. Comment ne pas en être épaté?

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(1) « En élevant le statut des traducteurs, le prix relève celui du multilinguisme et des traductions, assez déconsidérées dans le monde anglo-saxon. Celles-ci ne seront plus de simples dérivés ou adaptations : les traductions publiées seront considérées comme des œuvres à part entière » (commentaire de Rebecca Walkowitz, auteure de Born Translated: The Contemporary Novel in an Age of World Literature, sur le nouveau prix Man Booker pour les œuvres de fiction traduites).

(2) Pour une critique de la sélection de six finalistes, voir :

The Man Booker International prize shortlist is only half right — this is what it gets wrong
The Sunday Times, 11 June 2017

 

Hendrix et Händel ont cohabité dans l’espace-temps !

Rico+ElsaNous souhaitons la bienvenue à Rico Wack, notre nouvel invité, et à son épouse, Elsa Wack, qui fut notre « Traductrice du mois de janvier 2014 ».  Rico et Elsa, les auteurs de l’article qui suit, se sont connus dans un groupe de théâtre. Tous deux faisaient aussi de la musique : lui de la guitare, surtout du blues, et elle plutôt  du hautbois. Par la suite elle s’est mise aussi plus assidûment à la guitare, et au chant.

Leurs goûts musicaux allaient surtout à la musique pop, notamment de la période de 1966 à 1972. Puis Elsa a chanté de la musique sacrée dans des chœurs. Récemment Rico s’est mis à écouter également beaucoup de musique classique.

Le père d’Elsa était guitariste de jazz. Elsa et Rico ont également joué et chanté du jazz (plutôt ancien). Il y a tant de belles musiques !

Tous deux ont composé la chanson « L’Éclairage urbain » vers 1980.

Récemment Elsa Wack a scénarisé et produit un petit film pilote (12 min 58) avec une chanson originale, qu’on peut voir et écouter sous le lien : https://vimeo.com/user41206254. Quant a Rico, il à toujours pratiqué aussi les arts picturaux.

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  HH HH2

 

Hendrix (black & white)James Marshall Hendrix (né Johnny Allen Hendrix en 1942), mieux connu sous le nom de Jimi Hendrix, est un guitariste pop, auteur-compositeur et chanteur américain.  Malgré une carrière internationale longue de seulement quatre ans, il est considéré comme le plus grand joueur de guitare électrique et l'un des musiciens les plus importants du vingtieme siècle.

En février cette année, à Mayfair, Londres, s'est ouvert le musée de l'appartement que Hendrix a partagé dans cette Brook Street
ville avec son amie anglaise Kathy Etchingham. Hendrix s'y est fait un nid entre l'été 1968 et mars 1969, quittant toutefois souvent Londres pour l'Amérique et les tournées. Le musée a réuni deux maisons contiguës de Brook Street, le 23, où habitait Hendrix, et le 25, qui avait été la maison de Händel au XVIIIe siècle.

Deux plaques à l'entrée commémorent ces « colocataires » de génie.

Hendrix 2 plaques

 

Elsa Wack – traductrice du mois de janvier 2014

 

 Elsa Saleve

Vue panoramique sur le Salève

LMJ : Installée aux environs de Genève, au pied du Mont Salève, vous êtes traductrice indépendante, spécialisée dans des domaines bien particuliers. Avant cela, où avez-vous vécu et quel cursus universitaire avez-vous suivi ?

Elsa W. : J’ai quitté Genève à l’âge de six mois pour Bâle, car mon père chimiste avait dû aller jusque-là pour trouver du travail. Mais nous sommes bien vite revenus, juste avant mes six ans, et j’ai eu tout le loisir d’oublier le suisse-allemand que j’avais commencé à emmagasiner.  J’ai fait des études de lettres à Genève, avec l’anglais, et aussi la philologie romane, c’est-à-dire l’étude, à travers la littérature, des langues et dialectes présents sur le territoire français aux environs du XIIe siècle : ancien français, ancien provençal et latin médiéval. La musicologie était ma troisième branche, avec un vieux professeur un peu décrié, qui nous racontait des vies de musiciens au lieu de nous initier aux joies de la musique contemporaine.

 

LMJ. : Est-ce une prédisposition, vous avez aussi étudié la musique (et la musicologie) et vous consacrez votre mémoire de licence aux textes de la musique pop. Expliquez-nous.

 

Elsa W. : Fille d’un bon musicien, j’avais appris le hautbois, puis mon frère aîné m’a donné quelques bases de guitare. J’ai passé une partie de mon adolescence à fumer des joints et à écouter de la musique pop, écroulée sur un canapé. C’était malsain, mais ça n’a pas réussi à éteindre en moi toute ferveur poétique et musicale active. Pas plus que cela n’a empêché les musiciens de la pop, à l’époque (et au début de leurs expériences psychédéliques), de réaliser des œuvres extraordinaires. Bien sûr, il faut trier. Je continue à croire que ce fut une grande époque de la musique, entre 1965 environ et le début des années 70, principalement en Angleterre et aux États-Unis.

 

LMJ. : Vous faites vos premiers pas dans le sous-titrage cinématographique. C'est une spécialité assez peu commune. Comment sous-titre-t-on ?

 

Elsa W. : À l’époque, nous avions chacun une visionneuse. C’était à Lucerne. Le film se déroulait, nous pouvions l’interrompre. Parallèlement à la pellicule du film se déroulait une bande blanche sur laquelle nous marquions d’un trait horizontal la durée de chaque plan de caméra. A partir du trait obtenu, qui mesurait un nombre variable de centimètres, nous pouvions inférer la longueur que pourrait avoir notre sous-titre sur la machine à écrire. Les techniciens utilisaient aussi ce repérage pour incruster chimiquement le sous-titre. Pour les traducteurs, il fallait donc beaucoup abréger, synthétiser. Certains films se sous-titrent mieux que d’autres. Nous disposions aussi du script du film, avec les dialogues – la prononciation à l’écran n’est pas toujours facile à suivre – et les mouvements de caméra. Cela, c’était quand tout allait bien. Souvent nous n’avions que le script et ne voyions pas le film. Dans le pire des cas, nous n’avions que les sous-titres allemands, qu’il fallait traduire, mais cela, c’était surtout pour les films pornos (il y en avait aussi, au grand dam de la plupart d’entre nous). Je précise encore que l’opération du visionnage avec marquage sur le ruban blanc n’était faite qu’une fois par film, soit par le traducteur allemand, soit par le traducteur français. On considérait qu’il n’était pas nécessaire que les deux  voient le film. Je crois que c’est encore le cas, mais aujourd’hui tout est informatisé bien sûr.

 

LMJ. : Vous travaillez à Lucerne et à partir de l'allemand. Quelles difficultés avez-vous éprouvées à vos débuts ?

 

Elsa W. : Au début, à Lucerne, je me débrouillais assez mal en allemand mais, comme je réussissais plutôt bien avec l’anglais, on m’a aussi donné des films à traduire de l’allemand. Notamment des pornos. Puis, on m’a confié un film de 1939, une adaptation à l’écran d’Effi Briest, un grand roman de l’auteur allemand Theodor Fontane. J’ai commis beaucoup d’erreurs dans ce film, mon manuscrit est revenu tout raturé. J’en ai profité pour démissionner, car, même si ce travail me passionnait, j’étais malheureuse à Lucerne et ne m’entendais pas avec certaines collègues proches. J’ai ensuite été perfectionner mon allemand à l’université de Berne.

 

Elsa globi paysanLMJ: : Dans un domaine voisin, vous traduisez aussi les strophes qui accompagnent les bandes dessinées Globi, très populaires en Suisse allemande. C'est, là encore, un genre très particulier. [Une des ces traductions pârait au-dessous de cette interview.] Quelles en sont les difficultés spécifiques ?

 

Elsa W. : Quand il s’agit de traduire des vers, la forme prend tout à coup une dimension toute différente. Alors que les sous-titres d’un film s’appuient sur les images, le sens d’un poème s’appuie sur des rapports qui existent entre les sons. L’alchimie entre le fond et la forme doit être recréée, sinon on a des vers de mirliton. Il ne faut pas se laisser dérouter par l’aspect musical du vers et surtout ne pas commencer à traduire mot à mot les vers allemands. Traduire six strophes (une page) d’un Globi demande facilement quatre heures de travail, donc on peut s’écarter de l’ordinateur et reprendre le crayon et le papier. Pour commencer ce travail, je note quelques mots-clés, importants pour le sens. Je les choisis à la fois dans le texte allemand et d’après les dessins, qui dans Globi, sont des dessins muets, sans « bulles ». Je dresse des listes de synonymes. Parfois, j’écris une phrase qui résume le sens de ma strophe. Puis j’organise progressivement ces mots ou ces bouts de phrases en cherchant des rimes. Il arrive aussi que, soudain, une rime me donne le sens. Les allitérations sont aussi très importantes – de plus en plus, même, me semble-t-il, en français. Les allitérations ont quelque chose de très instinctif, elles viennent souvent toutes seules, je le constate en retravaillant mes vers. Je travaille avec des vers de sept ou huit pieds, comme en allemand ; certains « e » muets sont prononcés, mais il ne faut en aucun cas qu’ils tombent sur un temps fort du vers. L'« e » muet est de plus en plus muet en français. La césure, coupure dans le vers, est aussi un élément de phrasé très important. Le résultat est un mélange entre la quête de rimes riches et d’allitérations rythmées, la quête de sens, et la nécessité de s’adresser à des enfants et d’avoir un langage qui ressemble à ce qu’ils ont l’habitude d’entendre.

 

LMJ. : Enfin, vous traduisez des chansons. Pour le sous-titrage, il faut suivre les différents plans mais, pour les chansons,  il faut suivre la mélodie. Traduisez-vous, adaptez-vous ou recomposez-vous les textes qui vous sont proposés ?

 

Elsa W. : Pour traduire des chansons, le type de difficulté décrit ci-dessus devient exponentiel. Chaque langue a sa musique. Il y a des syllabes longues, des brèves, des notes hautes, des notes basses. Le texte doit respecter tout cela. Si vous parlez du ciel quand la musique descend, cela ne sera pas innocent. De même, si vous parlez d’un temps très long (par exemple, de l’éternité dans la musique sacrée), il ne sera pas judicieux d’utiliser des doubles croches (notes rapides). Mais peut-être que j’exagère ; on peut aussi prendre certaines libertés. Traduire des chansons est un dada. Tout comme les poèmes sont rarement traduits en vers métrés, il est aujourd’hui assez rare que des chansons soient chantées en traduction, surtout depuis l’anglais, cette langue que tout le monde s’applique à Elsa notescomprendre. Il faut, pour adapter, rythmer à neuf certaines parties de la mélodie ou recomposer la répartition des voyelles – qui peuvent s’étendre sur plusieurs notes –, pour que le phrasé du français, la musique de la langue française, puisse s’y caler. C’est ce qu’ont fait des chanteurs comme Johnny Halliday ou Hugues Aufray ou leurs traducteurs. Les accents des mots, qui en français tombent généralement sur la dernière syllabe du mot, doivent tomber de préférence sur des temps forts du rythme. Dans la musique baroque ou classique, ce sont souvent le premier ou le troisième temps d’une mesure, mais ce peuvent aussi être des contretemps, et là encore il peut y avoir une valeur symbolique. Par exemple, quand Céline Dion chante All by myself sur des contretemps, la charge symbolique est très forte.

Quand, au contraire, on traduit en prose des poèmes ou des chansons, le résultat est parfois très décevant pour le lecteur, puisque le sens de l’original est imbriqué dans des rapports aussi aléatoires que possible entre les sons, et que la prose ne traduit généralement pas cela.

 

LMJ. : Comment votre charge de travail se répartit-elle entre l'allemand et l'anglais ? Et entre vos différentes spécialités (chansons, strophes, etc.) et ce que l'on pourrait appeler le tout-venant ?

 

Elsa W. : Le tout-venant, ce sont les textes juridiques, dans lesquels on me cantonne de plus en plus. Je reçois plus de textes allemands que de textes anglais. J’ai également traduit ces dernières années les programmes et le site web d’un prestigieux festival de musique classique, mais il a maintenant décidé de se passer de l’agence qui servait d’intermédiaire entre lui et moi. Et, bien sûr, mon contrat avec l’agence m’interdit de reprendre à mon compte les clients qu’elle m’a procurés, donc adieu le prestigieux festival ! Il y a aussi les textes publicitaires, humanitaires (là, c’est souvent de l’anglais), éducatifs, l’informatique, l’énergie, la politique… Les albums de Globi, j’en reçois un à traduire tous les deux ou trois ans. Cela me prend deux mois environ et c’est un bon travail de fond entre d’autres mandats plus lucratifs. Les traductions de chansons, c’est un hobby, il est très rare que j’aie été payée pour cela.

 

LogoElsaFrancaisLMJ. : Je suis allé sur le site www.wack.ch et je l'ai trouvé fort bien fait. J'ai vu que vous proposiez des glossaires. Comment les établissez-vous ? À partir de traductions que vous avez faites ? D'un fichier général ? Aimez-vous le travail de terminologie ?

 

Elsa W. : Il me semble que tout traducteur fait un travail de terminologie. Assez rapidement, je me suis rendu compte que je butais systématiquement sur certains mots qui nécessitaient à chaque fois une traduction différente. Mais, j’ai pour principe que tout peut se traduire – ce qui m’a déjà fait perdre beaucoup de temps dans ce métier ! J’ai commencé à noter les diverses solutions que j’avais adoptées pour ce genre de mots, et aussi d’autres mots plus techniques dont j’avais dû longuement rechercher un équivalent français absent du dictionnaire. Peu à peu, cela a formé ces glossaires, de gros fichiers indépendants de mes traductions. Mais je suis une terminologue très paresseuse ; je ne remets pas les glossaires à jour, je me contente de les gonfler de plus en plus en leur ajoutant de nouveaux mots. C’est pourquoi ils contiennent beaucoup de points d’interrogation ou, pire, de traductions périmées, par exemple de mots pour lesquels un anglicisme ou une meilleure traduction a fini par s’imposer. Ces glossaires me font donc une publicité toute relative, mais je sais que beaucoup de mes collègues les rencontrent dans leurs recherches. Si vous tapez dans Google un mot étranger rare et le mot « glossaire », « glossary » ou « Glossar », vous trouverez peut-être un équivalent dans ce genre de fichiers de référence.

  

LMJ. : Dans la liste de vos travaux, je relève la traduction du livre New York – Sweet and sour, du photographe Andréas Hilty. Par le passé, LMJ a consacré plusieurs articles à des photographes que New York a inspirés. La traduction des légendes s'apparente-t-elle à celle des chansons ou des dialogues de films ?

 

Elsa W. : Je devrais changer cette mention dans mon site. Il ne s’agit pas à proprement parler de légendes. Ce sont de petits textes décrivant une expérience new-yorkaise, et ils sont suivis d’une série de photos sans légendes ni commentaires. C’est un beau livre, qui aborde New York sous l’angle de la nourriture, avec des photos de superbes magasins, bars ou restaurants, de vrais temples modernes ; ou des photos de lieux d’entreposage  de la viande ou du poisson, ou encore de gens mangeant dans le métro… Non, en général, la traduction de légendes d’illustrations est quelque chose d’assez simple, si l’on a l’image sous les yeux. Mais, dans ce livre, ces petits textes épars étaient clairement de type littéraire, c’est-à-dire relativement complexes à traduire.

 

LMJ. : Être traductrice indépendante n'est pas toujours facile. La maîtrise du flux de travail vous échappe, les clients sont souvent pressés. Bref, il y a des pointes et des creux. Quels conseils donneriez-vous à celles et ceux qui débutent dans la profession ?  

 

Elsa W.: Je veux bien vous les donner, mais j’ai de la peine à les suivre moi-même ! Ne pas paniquer pendant les creux. En profiter pour prospecter. Ça ne sert pas à grand-chose mais ça occupe. Accepter alors des travaux qui peuvent paraître rebutants. Avoir aussi des traductions personnelles, des hobbies, pour meubler ces creux. Pendant les périodes de pointes, conserver un standard de qualité suffisant. Chez moi, ce standard est de deux relectures au minimum, l’une en comparant avec l’original, la seconde en s’en détachant. Avant de relire, il est parfois bon de passer à autre chose pendant un petit moment, par exemple à une autre traduction, pour se vider la tête de ses a priori. Mais quand il y a urgence, ce n’est pas possible. Le stress positif fait alors aussi son travail. Attention tout de même de ne pas accepter n’importe quel délai. La traduction est un travail qui demande beaucoup de concentration, et aussi des temps de récupération.

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           Elsa globi paysan

  Elsa Globi verse

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