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Michael Mould – linguiste du mois de septembre 2022


e n t r e t i e n   e x c l u s i f

 

 

Initials JJG

Jonathan Goldberg
l’intervieweur

 

Michael Mould
Michael Mould
l'interviewé

Notre invité ce mois a fait ses études (histoire et psycho-pédagogie) en Angleterre, son pays d’origine. Il est titulaire d’un “honours degree” de l’Université de Londres.

GinetteArrivé en France en 1970,  il n’est jamais plus reparti. Il a commencé sa carrière d’enseignant à la prestigieuse école préparatoire aux grandes écoles de Sainte-Geneviève à Versailles. Il est titulaire d’une maîtrise d’anglais de la Sorbonne Paris IV. Pendant 25 ans il fut responsable du Département Langues et Traductions à la Direction Générale de France Télécom à Paris. 

Ses lettres et ses articles ont été publiés en Angleterre dans The Financial Times et dans The Linguist (le magazine de l’Institut britannique des linguistes) et en France dans Le Monde, Télérama, Marianne and dans la presse locale, La Provence.

Financial Times.jfif   Chartered Institute of Linguists   La Provence

The Routledge Dictionary of Cultural References in Modern French, (Routledge, Londres et New York), constitue un pont culturel entre les francophiles et les anglophiles. Ce livre vient de sortir en sa deuxième édition. Michael a également publié plusieurs ouvrages chez l’éditeur Belin, Paris, listés ci-dessous.

  Routledge 1  

Michael vit avec son épouse Danielle, dans un petit port en Provence (Bouches-du-Rhône).

  Carro  

———– 

Initials JJGQuel est votre lieu de naissance et où avez-vous grandi ?


M.M.Je suis né dans le comté de Middlesex, en Angleterre en 1947 et j’ai grandi dans une petite ville de ce comté qui s’appelle Mill Hill dans la grande banlieue du nord-ouest de Londres, où j’ai vécu jusqu’à la fin de mes études en 1970.

Initials JJGQuel a été votre parcours universitaire ?

M.M.J’ai fait mes études au « college » de St Mark et St Jean, un « college » anglican qui faisait partie (à l’époque) de la faculté de l’enseignement de l’Université de Londres. Je me rendais tous les jours à la Kings Road, Chelsea le centre même de « swinging London » entre 1966 et 1970.

Ma matière « académique » fut l’histoire, avec une spécialisation en histoire socio-économique du 19ème siècle. Il y avait les matières dites « professionnelles » à savoir la psychologie de l’enfance, la psychologie sociale, la philosophie de l’enseignement, la sociologie et l’histoire de l’enseignement. À partir de la deuxième année j’ai pris une spécialisation en psychologie. Chaque année pendant 3 ans il fallait faire un stage pratique dans une école de la région.

Initials JJGVous étiez venu en France pour apprendre le français. Comment se fait-il que 50 ans plus tard vous êtes toujours là ?

M.M.La langue française ne s’apprend pas en une année ! Je me suis inscrit à L’Alliance française. J’avais la possibilité à la fin de ma première année de proroger mon contrat de travail à Ste Geneviève. Je l’ai prorogé à deux reprises. Après avoir vécu trois ans à Paris et à Versailles, il me semblait impossible de retourner en Angleterre. La vie à l’étranger est tellement stimulante. Je me suis rendu compte que mon destin allait se jouer en France.

Initials JJGPour quelle raison avez-vous choisi de prendre votre retraite dans un petit port de pêche en Provence ?

M.M.Mon épouse est originaire de Marseille et, jeune fille, elle a passé de nombreuses vacances dans le village où nous habitons aujourd’hui. Nous avions notre maison secondaire dans ce village et au moment de prendre notre retraite, le choix de ce village s’imposait.

Initials JJGQuel était votre position à France Télécom et en quoi consistait votre travail.

M.M.J’étais responsable du Département Langues et Traductions que j’avais créé à la Direction Générale des Télécommunication en 1981. Mon travail portait sur :

 

ALa formation en anglais (initialement) du président et des cadres dirigeants de l’entreprise.

ALa traduction pour les besoins de la présidence et du secrétariat général.

ALe management d’une équipe multiculturelle de 12 enseignants – 6 anglais, 3 allemands, et 3 espagnols. Les investissements de FT en Argentina et au Mexique nous ont conduit à proposer des cours d’espagnol, ainsi que des cours d’allemand suite à l’alliance stratégique conclue entre FT et Deutsche Telekom.

ALa recherche linguistique et pédagogique. Ces recherches ont conduit à la publication de trois livres chez l’éditeur Belin, Paris.

Initials JJGQuels sont les livres dont vous êtes l’auteur ? Décrivez-les brièvement.

M.M. Deux des trois livres publiés chez Belin ont été co-écrits avec une collègue de mon équipe, Anne Paquette, un professeur d’un talent exceptionnel.

AL’Anglais à Haute Fréquence 1987

ACorporate English 1992

AL’Anglais des Ressources Humaines 2003

Langlais Corporate English L'anglais a haute frequence

Ces livres étaient destinés à nos étudiants cadres de l’entreprise mais visaient également les élèves en préparatoire. L’aspect fonctionnel et notionnel de la langue a toujours primé dans la conception de nos ouvrages et la maîtrise de l’art de faire des présentations en anglais. Nos élèves étaient souvent appelés à faire des présentations ; le contenu technique était acceptable mais la technique oratoire faisait cruellement défaut. Donc, nous avons beaucoup investi dans le domaine de l’analyse du discours.

Les quatrième et cinquième livres publiés chez Routledge était une ambition que j’avais entretenue depuis très longtemps. En France depuis 5 ans je me suis mis à lire Le Canard enchaîné. Je constatais que ma connaissance de la langue française était insuffisante pour comprendre ce journal. Les mots en eux-mêmes ne posaient pas de problèmes mais je ne comprenais pas la signification de la phrase en question, il y avait des allusions voilées qui m’échappaient totalement. Trente ans plus tard, et à la retraite j’avais le temps de faire des recherches poussées sur les références culturelles du Canard. Pour comprendre le Canard, il faut posséder un très bon bagage culturel: littéraire, biblique, historique, mythologique, théâtral, cinématographique… Il faut de très sérieuses connaissances de la langue française pour saisir les jeux de mots, qui sont légion, sans parler des contrepèteries. Le mot « atmosphère » illustre parfaitement mon propos. Le mot est presque le même mot an anglais. Mes professeurs et mes dictionnaires bilingues ne m’avaient pas appris que le mot « atmosphère » en français :

Afait partie de l’un des plus célèbres répliques du cinéma français;

Aest le mot le plus célèbre jamais prononcé par l’actrice Arletty;

Afait partie de la scène la plus célèbre du film l’Hôtel du Nord.

Fernand RaynaudAu début, ne connaissant pas l’œuvre de Fernand Raynaud je ne pouvais pas comprendre pourquoi, lorsque je toussais, tout le monde se mettait à me demander « Pourquoi tu tousses tonton ? »

C’était donc pour donner à l’étudiant étranger de la langue française un raccourci pour acquérir les connaissances qui font défaut dans les cours classiques universitaires et que l’on met des années à comprendre.

Avec mon épouse, nous avons également publié un livre destiné aux profanes sorti en version quadrilingue et portant sur la téléphonie mobile en 1995 « Roaming with GSM ».

Initials JJGDiriez-vous que la langue française s’est détériorée depuis ces 50 dernières années ? Dans quelle mesure attribuez-vous ce phénomène à l’influence négative de la langue anglaise ? 

M.M.Je me méfie du terme « détériorée ». Si la langue se détériore aujourd’hui, c’est qu’elle se détériore depuis toujours. Cicéron se lamentait de la mauvaise qualité du Latin de son époque ! Chaque siècle pense que le siècle précédant représentait l’Arcadie linguistique… qui n’a jamais existé, soit dit en passant !  Avec le temps une langue se modifie, par ignorance, par paresse, par snobisme, par accident. Par exemple au Moyen Âge, en anglais, l’article indéfini était accolé au mot en question : « a » avec les mots commençant par une consonne et « an » avec les mots commençant par une voyelle. Ainsi le mot « napron » s’écrivait « anapron « . Mais plus tard quand on décida de séparer l’article de son nom, la séparation s’est mal faite et « a napron » est devenu «an apron ». Inversement, toujours au Moyen Âge, le mot pour « salamandre » était ewt. Là aussi l’article indéfini était accolé au mot, soit anewt. Mais quand la séparation s’est opérée plus tard, elle s’est mal faite là encore : au lieu de couper pour que cela donne « an ewt », comme on aurait dû le faire, on a ajouté au nom la lettre « n » de l’article ce qui donne « a newt ».

« Make » était un verbe régulier à l’origine, le prétérit étant « maked »…mais c’est plus facile de dire « made » que « maked » et ainsi de suite…

Les anglicismes constituent, à mon avis, un épiphénomène. N’oubliez pas que 30% des mots de la langue anglaise sont des mots étrangers, français, pour la plupart, ce qui donne à la langue anglaise une puissance et une flexibilité que ne possède pas la langue française, dérivée presque exclusivement des racines latines. Cela dit, il faut que le mot anglais adopté soit justifié. L’emploi du mot « challenge » en français est tout à fait illégitime. Il est plus long que le mot français « défi » qu’il remplace sans apporter un avantage par rapport à la connotation ou à la dénotation. Cela relève, comme c’est souvent le cas, d’une sorte de snobisme linguistique parisien. Par contre, dans le domaine technique, préférez-vous le mot anglais  « handover » ou sa traduction française ; « le transfert intra ou inter-cellulaire automatique » qui s’opère lorsqu’un téléphone mobile quitte sa cellule de localisation nominale  ! Pour moi, le déclin de la qualité de la langue française peut s’expliquer par quatre phénomènes

ALe déclin catastrophique de la qualité de l’enseignement public.

AL’utilisation des i-phones/tablettes et les réseaux sociaux où un « ersatz » de la langue s’est imposé.

ALe niveau linguistique médiocre des journalistes qui s’adressent à des millions de Français et qui quotidiennement contaminent les téléspectateurs avec leurs « légèrement catastrophique, et « assez unique ».

ALa correction politique, le « wokism » et l’écriture inclusive constituent des aberrations dangereuses à mon sens surtout lorsqu’on impose cette dernière dans les universités.

 

Initials JJGPrenant en compte le développement de l’anglais en Grande Bretagne et de la langue française en France, êtes-vous partisan d’une institution telle que l’Académie française pour veillez au bon usage de la langue ou préférez-vous le système britannique du laisser-faire ?

M.M.Il n’est pas inutile d’avoir une instance officielle comme l’Académie française mais cela ne correspond pas à la philosophie des Anglais. In fine, une langue déterminera sa propre route. L’Académie française aura beau dire que l’on devrait employer le mot « navire transbordeur », c’est le mot « ferry » qui l’emporte.

Initials JJGComment passez-vous votre temps maintenant que vous êtes à la retraite.

M.M.L’écriture occupe une large part de mon temps. Depuis que je suis à la retraite j’ai publié deux gros livres chez Routledge.

Je lis énormément, mes sujets de prédilection étant la linguistique, la politique, les religions. 

La recherche linguistique est omniprésente : A FT j’avais développé un programme destiné à aider nos cadres à faire des présentations en anglais.  Depuis que je suis à la retraite, trois de nos petits enfants qui utilisent l’anglais pour des raisons professionnelles m’ont demandé de l’aide dans ce sens. Ainsi, j’ai adapté mon programme initial aux besoins de l’étudiant en sciences de la terre/climatologie, du médecin militaire sur le terrain des opérations, du gestionnaire du patrimoine.

J’ai également réalisé le même programme pour le chirurgien en ophtalmologie (essentiellement pour les pathologies rétiniennes)

Pour réaliser ces programmes je me suis basé sur les documents les plus récents dans chaque domaine ; à cet égard, pour le programme destiné aux médecins militaires j’ai pu bénéficier de l’accès à la base de données de la médecine de l’armée américaine qui est tout simplement remarquable.

Enfin, je donne des cours d’anglais à ma petite voisine âgée de 10 ans. Cela fait 4 ans que nous avons une leçon d’une heure, une fois par semaine. Ayant passé ma vie professionnelle avec des adultes, rencontrer l’esprit d’une petite fille de 6 ans est une expérience pédagogique fascinante.

 

Lectures supplémentaires:

Étapes dans l’apprentissage de la langue française

Souvenirs d'un kibboutz en France

Au XIXe siècle, mon grand-père préfigurait-il Jeff Bezos ?

(le propriétaire d'Amazon)

Lorsque mon grand-père maternel s'est enfuit de Russie, a la fin du XIXe siècle, pour s'établir au Pays de Galles, il ne savait ni le gallois, ni Donkey l'anglais. À force de détermination (et probablement à grand renfort de gestes), il gagna sa vie en parcourant la campagne galloise avec une carriole attelée à cheval ou à un âne, faisant du porte à porte pour vendre des articles ménagers de base. À chaque traversée du Pays de Galles de long en large, il en apprenait un peu plus des préférences de ses clients, et ce cumul d'expérience lui permettait de repasser la fois suivante avec l'assortiment d'articles qu'il avait le plus de chances de vendre.

Jeff Bezos, le fondateur d'Amazon, qui, avec le petit capital emprunté à ses parents, commença à vendre des livres stockés dans son garage, vaudrait maintenant 126 milliards de dollars, selon certaines sources. L'empire commercial d'Amazon, qui se décline en Amazon.com, Amazon.co.uk, Amazon.de, Amazon.ca, Amazon.co.jp et bien d'autres sociétés actives dans les domaines les plus divers, a élargi la gamme de ses ventes à toutes sortes d'articles imaginables, y compris de l'alimentation et de l'électro-ménager, livrés le jour de la commande dans certains cas.

Jeff Bezos et sa maison qui servit comme entrepôt de livres au début d'Amazon

Bezos est devenu le plus grand détaillant de l'histoire. Et pourtant, il pratique desormais une nouvelle technique de vente qui, dans son concept, n'est pas très éloignée de celle qu'utilisait mon grand-père il y a plus de 100 ans. Il prévoit de remplir ses camions avec des articles sélectionnés grâce à des algorithmes de "lots d'expédition par anticipation" conçus pour déterminer ce que les clients des différents secteurs sont susceptibles de commander. Les camions, ainsi chargés de ces différents articles vendus en ligne (et pas uniquement de l'épicerie), parcourent ensuite divers secteurs de la ville et livrent à la demande, en quelques minutes.

Amazon-truckLes camions d'Amazon ont sous le capot plus de chevaux-vapeur que les chevaux et les ânes de mon grand-père, et ses vendeurs, à la différence de mon grand-père, parlent la langue du cru. Leurs délais de livraison sont sans aucun doute plus courts que les siens. Ils vendent probablement plus en un jour à Los Angeles que mon grand-père n'a vendu pendant toute sa vie au Pays de Galles. Mais, fondamentalement, le modèle économique ne diffère guère, en réalité, de celui de mon grand-père. Plus les choses changent et plus elles se ressemblent…

Initials JJGJonathan G.    


Note linguistique
:

L'anglais a le substantif colporteur et, le français, les substantifs colporteur et colportage ainsi que le verbe colporter. Le tableau ci-dessous schématise la situation :

  Door

français

English

verbe/verb

colporter

To hawk, to peddle, to sell from door to door

substantif/noun

colporteur : marchand ambulant qui vend ses marchandises de porte en porte (Le Petit Robert, p.458), [1]

colporteur
[2]

Selon le World Wide Words, on a d'abord cru que le mot anglais venait du français – composé de col, le cou, + porter, transporter – désignant quelqu'un qui porte ses imprimés dans une sacoche passée autour du cou. On pense maintenant qu'il s'agit d'une déformation de comporter, du latin comportare, transporter.

Le Merriam-Webster recense le mot anglais colporteur et le définit comme "un vendeur ambulant de livres religieux". Jusqu'en 1931, les Door 2 Témoins de Jéhovah ont employé le terme colporter pour désigner leurs évangélistes à plein temps. De leur côté, les Adventistes du septième jour ont continué à appeler colporters leurs évangélistes jusqu'en 1980, et l'Église d'Écosse a eu une Société écossaise de colportage jusqu'au 20ème siècle. En allemand, Kolportage désigne le commerce ambulant des livres, mais aussi quelque chose de bon marché; un Kolportageroman est un roman-feuilleton sans grand intérêt. Le verbe kolportieren signifie répandre des rumeurs ou de fausses informations. Le mot colportage est encore couramment utilisé en néerlandais mais, s'il existe toujours en anglais, il n'est plus usité.

Porter_coleLinguistique mise à part, notons que les époux Kate Cole et Sam Porter ne se doutaient pas qu'en appelant leur fils Cole Porter, ils le dotaient d'un patronyme qui se prononcerait fort bien en France où le compositeur et parolier américain passa de nombreuses années !

[1] Démarcheur : personne chargée de faire des démarches (Le Petit Robert, p.652). Démarchage : activité commerciale qui consiste à solliciter la clientèle à son domicile (même page).
Voir aussi : https://fr.wikipedia.org/wiki/Démarchage

[2] Aussi : door-to-door salesperson

Leçons d’humilité

Michael MouldBienvenue à notre tout dernier contributeur, Michael Mould.

Le texte ci-dessous est une version abrégée d'un article qui a remporté le Prix dans la section d'humour du Concours international littéraire de REGARDS, Association artistique et littéraire, situee à Nevers. http://2000regards.over-blog.org).

Michael a fait ses études (histoire et psychopédagogie) en Angleterre, son pays d’origine.  Il est titulaire d’un “honours degree” de l’Université de Londres.

Arrivé en France en 1970, il n’est jamais plus reparti. Il a commencé sa carrière d’enseignant à la prestigieuse école préparatoire aux grandes écoles de Sainte-Geneviève à Versailles. Il est titulaire d’une maîtrise d’anglais de la Sorbonne Paris IV. Pendant 25 ans il fut responsable du Département Langues et Traductions à la Direction Générale de France Télécom à Paris.  

Ses lettres et ses articles ont été publiés en Angleterre dans The Financial Times et dans The Linguist (le magazine de l’Institut britannique des linguistes) et en France dans Le Monde, Télérama, Marianne and dans la presse locale, La Provence.

Routledge 1The Routledge Dictionary of Cultural References in Modern French, (Routledge, Londres et New York), constitue un pont culturel entre les francophiles et les anglophiles. Ce livre vient de sortir en sa deuxième édition. Michael a également publié plusieurs ouvrages chez l’éditeur Belin, Paris :  l’Anglais à Haute Fréquence, Corporate English et l’Anglais des Ressources Humaines

Michael vit avec son épouse Danielle, dans un petit port de pêche en Provence (Bouches-du-Rhône).
Voici son site internet : https://www.language-lighthouse.com/

————–

J’étais venu en France en 1970 pour apprendre le français, langue dont je ne parlais pas un mot à l’époque. Je comptais rester un an. Trente-six ans plus tard, je suis toujours là ; la langue française ne s’apprend pas en si peu de temps ! Je ne suis jamais reparti malgré les expériences parfois éprouvantes qui furent les miennes à chaque extrémité du spectre de mon apprentissage ; quand j’étais élève à l’Alliance Française au début, et à la fin, quand j’étais étudiant à la Sorbonne.

Le pauvre Anglais que je suis, était mal préparé à voir d’emblée la différence entre les pommes de terre que l’on fait cuire à poil, au poil où à la poêle ! Compte tenu de la similitude sémantique des verbes « allumer » et « éclairer » à l’infinitif, devrais-je qualifier ma sœur de « éclaireuse » (ce qu’elle fut), ou de « allumeuse » (ce qu’elle ne fut point !) Fille, fillette, malle, mallette, pour quelle raison le mot « salopette » ne serait-il pas le diminutif de salope ! Des questions que le Français ne se pose jamais ; des questions qui empoisonnent la vie de l’étudiant étranger qui tente l’ascension de cet Everest linguistique qu’est la langue française.

Maintes fois on m’a parlé de la logique de la langue française. Un soir, pendant ma première semaine en France, alors que je révisais mes leçons de français, deux collègues sont venus dans ma chambre à Ste Geneviève pour m’inviter à prendre un pot. Devant mon refus, ils insistèrent ; « allez, viens » ! Connaissez-vous une langue où, en n’utilisant que deux mots, on arrive, en même temps, à tutoyer et à vouvoyer une personne tout en lui demandant de faire deux choses diamétralement opposées ? Logique, en effet !

En 1970, j’étais en France depuis peu et mon bagage linguistique ne pesait pas lourd. Je passais quelques jours de vacances avec une correspondante dont les parents possédaient une maison dans la Nièvre. L’un des premiers mots français que j’avais appris, comme tout Anglais, était le mot « baguette ». Mais quelques jours avant mon arrivée à Château de la Tour j’avais appris, dans un laps de temps dangereusement court, deux autres éléments de vocabulaire. Je connaissais « baguette » et voilà que « brochette » et « brochet » s’invitaient dans mon cercle lexical. Le coup de grâce me fut donné par la mère de mon amie lorsqu’elle me demanda, par un dimanche matin ensoleillé, d’aller « en ville » acheter deux baguettes et une brioche. Baguette, brochette, brochet et maintenant brioche ! Je lui fis répéter « deux baguettes et une brioche ». « Deux baguettes et une brioche ». En gagnant le village j’avais perdu et ma brioche et même ma brochette qui à mon insu s’est métamorphosée en brochet. « Deux baguettes et un brochet, deux baguettes et un brochet ». Me voilà à la boulangerie ; J’annonce la couleur ; « deux baguettes et un brochet ». Le vendeur me donne les deux baguettes ; je réclame mon brochet. Il jeta un regard derrière lui par l’épaule gauche, puis par l’épaule droite, avec méfiance comme s’il craignait d’en trouver. Puis la réponse claqua « il n’y en a plus ». Je quittai le magasin et le vendeur me souhaita, à la nivernaise, « bon soir », juste au moment où l’église sonnait neuf heures du matin ! Allez comprendre.

Mon ultime leçon d’humilité me fut donnée à la Sorbonne. La révolution puritaine, la moralité victorienne et les écoles unisexes, ont conduit beaucoup de mes compatriotes dans l’impasse ridicule de la pudibonderie. Ainsi, mes études littéraires en Angleterre avaient été singulièrement amputées de la dimension sexuelle. J’étais mal préparé à faire mes études littéraires à la Sorbonne dans le sillage des évènements de 1968.

Sorbonne IVJe m’étais inscrit à la Sorbonne Paris IV en troisième année et je n’ai pas pu m’empêcher de sourire en voyant l’un des titres qui figurait au programme de la littérature anglaise ; Tess d’Urbervilles de Thomas Hardy. Je connaissais bien son œuvre poétique et romanesque et surtout son chef d’œuvre « Tess d’Urbervilles » qui fit parti du programme du bac anglais que je passais en 1966 après l’avoir décortiqué deux ans durant. Je me suis dit en moi-même, non sans une certaine suffisance ; « un professeur français, que peut-il m’apprendre sur Tess, un livre que je connais comme ma poche ». Le maître de conférences en question devait me faire comprendre que ma poche présentait des recoins que j’étais encore très loin de connaître.

Le sujet de nos travaux dirigés ce jour-là : la rencontre de Tess et de l’homme qui devait la « déshonorer », la scène au cours de laquelle il force Tess à avaler des fraises. Calquant le contenu de ma présentation sur celle de mon prof d’anglais du bac, je fis ma présentation. Je parlais du brouillard qui tombait au moment de l’agression, brouillard qui masquait une scène que les Victoriens n’auraient pas accepté de voir en tant que telle ; à chacun donc d’imaginer le viol. « Pas mal » je me suis dit en moi-même en regagnant ma place. Le silence qui suivit me fit comprendre que le Maître de Conférences, Mademoiselle Ott, ne partageait pas du tout mon avis. Avec le détachement et la précision gestuelle d’un médecin légiste elle se mit à décortiquer la scène au scalpel de son analyse et à dégager tout le symbolisme dont je ne soupçonnai guère l’existence. Son analyse résonnait comme les douze coups de minuit de Big Ben ; cette expérience devait me donner le bourdon !

DONG : « Bien sûr, la plupart d’entre vous ont compris que la mise en bouche des fraises est une métaphore de la pénétration, de l’acte sexuel ». (Bien sûr mon œil me suis-je dit en moi-même !)

 DONG : « Il ne vous aurait pas échappé non plus (mais voyons !) que le fruit en question, la fraise, n’a pas été choisi au hasard ». (Pour moi une groseille à maquereau aurait pu bien faire l’affaire, mais nenni !)

DONG : « La similitude entre la forme de la fraise et la tête du pénis est saisissante ». (Mon dieu !)

 DONG : « Ainsi la fraise du séducteur est un symbole phallique puissant, mais j’annonce là une évidence ». (Mais où est ce qu’elle est allée chercher tout ça ?). Toujours abasourdi par cette révélation, je ne voyais pas venir le coup de minuit ;

DONG : « la fraise bien évidemment est un fruit rouge, son jus est la couleur du sang. Le jus qui coule sur les lèvres de Tess symbolise le sang de la consommation de l’acte sexuel, le sang résultant de la rupture de son hymen, symbole de sa virginité perdue ». (Doux jésus, elle le croit en plus ! !)

Aucune annale du bac en Angleterre n’a fait allusion à de telles choses ; mon prof ne m’en avait jamais parlé ; avait-il ne serait-ce que le plus petit soupçon de l’existence de telles explications, qui, à la réflexion, tenaient si bien la route ? Je me suis senti ridicule et légèrement trahi par mon prof d’anglais ; à l’époque du bac j’avais tout de même 18 ans ! J’étais vexé devant mon ignorance de cette dimension métaphorique d’un livre que je me targuais de connaître, et aussi par le fait qu’il a fallu que ce fût une Française qui me l’apprît, une mademoiselle de surcroît !

Pendant mon année de maîtrise, ce fut une autre femme, plus mûre encore celle-ci, qui allait me prendre en charge et s’occuper de mon « éducation ». La Doctoresse Luce Bonnerot fut ma directrice d’études. Elle me faisait penser à feu la reine mère d’Angleterre ; une ressemblance physique étonnante, une distinction et une douceur aristocratique, pas très grande, et un accent anglais parfait. Nous devions choisir le sujet de mon mémoire de maîtrise.  Notre choix fut arrêté ; « Undertones of War de Blunden et Memoires of an Infantry Officer de Sassoon, une étude comparative »

 Pendant le premier de nos « tutorials », cette petite dame aux allures de Queen Mum allait achever le travail de dépucelage intellectuel entamé une année auparavant par sa collègue. Peu de temps après le début de mon travail de recherche, je lui avais présenté les grandes lignes de mon projet. Sans me prévenir que le combat avait commencé, cette digne grand’mère m’envoya au tapis avec un coup au plexus qui me laissait sans souffle « Jeune homme, vous semblez avoir totalement occulté la dimension sexuelle de la guerre. Et pourtant, la similitude, voire l’identité des mots utilisés dans le domaine sexuel et dans le domaine martial, n’a pas pu vous échapper. (Mon dieu qu’est-ce qu’elle veut dire par-là ?) Devant mon regard qui devait afficher en lettres majuscules « abonné absent » elle poursuivit. « J’aimerais que ce rapport entre le langage du sexe et celui de la guerre soit convenablement mis en lumière » (et « convenable » avec ça !) « Rappelez-vous, jeune homme, dans la Saga des Forsythe, l’héroïne est décrite comme étant « assiégée » par l’homme qui souhaite la séduire ; le mot « assiégé n’est pas fortuit » (ça y est, c’est reparti pour un tour !) « Une ville, comme une femme est assiégée, elle résiste, elle s’affaiblit, elle capitule, elle cède, et comme une femme, elle est prise, on la pénètre, éventuellement, on la viole » ; avec ce coup droit au menton, alors que j’étais à peine relevé, je suis sonné ! Sans me laisser deux secondes pour que je reprenne mon souffle, Queen Mum revint à l’attaque. « Le viol de la ville de Nanjing, par exemple, doit être compris aussi bien au sens figuré qu’au sens propre » (ce n’est pas vrai !). « Les canons mêmes sont d’éminents symboles phalliques ; (doux Jésus !) « d’ailleurs, faisons abstraction de la forme du canon, jeune homme, sur le plan purement lexical, on « tire des salves » mais chez les jeunes ne parle-t-on pas de « tirer un coup ? » ; j’avais choisi ce moment-là pour tomber en catalepsie. Que cette auguste dame me fasse un cours sur l’argot sexuel des jeunes était aussi incongru que la Reine Mère descendant les escaliers de Montmartre sur un skateboard ! J’étais encore dans les cordes quand elle lâcha le coup final. « Mais dans votre approche de la métaphore sexuelle et la guerre, ne vous laissez pas emporter (je me suis dit en moi-même, venant d’elle, quel toupet !) « Un balai, un seau, une pomme…. tout est symbole phallique, utérin ou mammaire si l’on va par-là ». J’étais KO, mis au tapis par une mamie dont l’uppercut de l’analyse ne me laissait aucune chance. Je suis sorti du cours, sonné, déboussolé, déconfit, et encore une fois, un peu honteux. Ainsi, cette année-là, un voile fut levé, et à la réflexion, je m’estime privilégié d’avoir pu passer des moments passionnants avec un directeur d’études d’une si grande qualité. Pour ma maîtrise j’obtins la note « B ». Je crois sincèrement que sur le fond, ce fut un très bon travail, mais j’avoue que sur le plan de la métaphore sexuelle, ma « puissance de feu » devait laisser à désirer Mademoiselle Ott et Madame la Doctoresse Luce Bonnerot m'avaient ouvert les yeux sur des aspects insoupçonnés de mon propre patrimoine littéraire. A ma décharge, j’appris des années plus tard que l’analyse du symbolisme sexuel de la littérature anglaise était très en vogue à la Sorbonne pendant ces années-là. Toujours est-il, le regard que je pose dorénavant sur les asperges et les bananes, ne sera jamais plus tout à fait le même !


Lectures supplémentaires:

Souvenirs d'un kibboutz en France

Étapes dans l’apprentissage de la langue française

 

« La reine est morte, vive le roi »…[1]

…un aperçu linguistique de la vie de Elizabeth II, reine des pays ou territoires suivants: Royaume-Uni, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Jamaïque, Bahamas, Grenade, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Îles Salomon, Tuvalu, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Belize, Antigua-et-Barbuda et Saint-Kitts-et-Nevis.

HonniLa reine Élizabeth II, a régné sur le Royaume-Uni pendant 70 ans. Seul Louis XIV, le Roi Soleil, a occupé le trône plus longtemps, 72 ans (si l'on inclut la régence de sa mère).

Pendant son long règne, Élizabeth a nommé 15 Premiers ministres, de Winston Churchill (né 1874) à Liz Truss (née 1974) [2], et a rencontré un très grand nombre de chefs d’État français (et autres), de Charles de Gaulle à Emmanuel Macron [3] au Royaume-Uni et dans le cadre de ses visites a 120 pays.


Élizabeth a aussi rencontré tous les présidents des États-Unis de son règne (sauf Lyndon Johnson), de Harry Truman (quand elle était toujours princesse) à Joe Biden [4], (ainsi que Herbert Hoover, longtemps après la fin des fonctions de ce dernier).

@ Queen & TRuman clipped

Q & Kennedy Q & Obama


Marquis-de-lafayette-Bien que personne, au cours de l’histoire récente, n’ait fréquenté tant de personnalités mondiales pendant si longtemps, un Français peut se targuer d’avoir rencontré neuf présidents des Etats-Unis (avant, pendant et après leur mandat). Il s’agit du Marquis de La Fayette (1757-1834), le « Héros des Deux Mondes ».   Lorsque Lafayette (connu sous ce nom aux États-Unis) quitta la France à l’âge de 19 ans pour rejoindre les forces de la Révolution américaine, il avait déjà rencontré le souverain britannique, le roi Georges III. Il va rencontrer les rois les rois Louis XVI, Louis XVII, Charles 10, Louis-Philippe et l’Empereur Napoléon.
Pendant ses deux séjours aux États Unis, il a diné avec les présidents George Washington, John Adams, Thomas Jefferson, James Madison, James Monroe, John Quincy Adams, Andrew Jackson, Martin Van Buren et William Henry Harrison.Queen Elizabeth 1

Lafayette a appris l’anglais apres son arrivée aux États-Unis, tandis que la reine Élizabeth II maîtrisait bien le français dans sa jeunesse. On dit qu’elle parlait français, allemand et irlandais. Élizabeth 1re , « la reine vierge » (1558-1603), aurait maîtrisé à l’oral ou à l’écrit l’anglais, le français, l’espagnol, l’italien, le latin, le grec, le flamand, le gallois, le cornique et l’écossais, et vers la fin de sa vie elle apprit l’irlandais. [5]

Paul BiyaLe président du Cameroun, Paul Biya, 89 ans, est devenu, lors du décès d’Elizabeth II, le chef d’État en exercice le plus âgé du monde. Cette distinction passe donc d’un pays anglophone à un autre.

L'anglais correct est le Queen's English (ou King's English quand c'est un roi qui règne sur le Royaume-Uni). Wikipedia donne comme synonymes de Queen's (ou King's) English, les expressions : received pronunciation, Oxford English et BBC English. Cependant, pour autant que je sache, l'expression « Queen's English » ne se réfère pas uniquement à la prononciation, mais plus généralement à l'usage de l'anglais dans tous ses aspects. À l'heure de la « mondialisation » de la langue anglaise, il semble que la prononciation des membres de la famille royale qui parlent comme s’ils avaient une pomme de terre dans la bouche s’écarte plus que jamais de l’anglais parlé par les sujets de Sa Majesté.

 

 

Dernière heure:

Ce samedi, le prince de Galles a été proclamé Charles III, roi de la Grande-Bretagne et Irlande du Nord. Le lendemain, le  joueur de tennis espagnol, Carlos Alcaraz a remporté le championnat des États-Unis, hommes simples, et a été couronné numéro un mondial. Il peut s’appeler désormais Carlos (Charles) Ier, Roi des Courts. Espérons qu’il n'y aura pas de rivalité entre les deux rois Carlos susceptible de renouveler la guerre anglo-espagnole de 1585-1604.

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[1] Quand j’étais écolier en Afrique du Sud, lors de la mort du roi Georges VI en 1952, tous les élèves se sont rassemblés et ont déclaré d’une seule voix : « Le roi est mort, vive la reine ». Ces derniers jours, les élèves du Commonwealth tout entier ont sans doute déclaré : “La reine est morte, vive le roi”.

[2] Winston Churchill (1951-1955), Anthony Eden [1955-1957], Harold Macmillan (1957-1963), Alec Douglas-Home (1963-1964), Harold Wilson (1964-1970, 1974-1076), Edward Heath (1970-1974), James Callaghan (1976-1979), Margaret Thatcher (1979-1990), John Major (1990-1997), Tony Blair (1997-2007), Gordon Brown (2007-2010), David Cameron (2010-2016), Theresa May (2016-2019), Boris Johnson (2019-2022), Liz Trust (2022-  ).

[3] Un jour, elle a dit à François Hollande, président de la France, que quand elle était enfant, elle voulait devenir actrice. Hollande a répondu que, d’une certaine façon, elle l’était devenue. « Oui, a-t-elle dit, mais j’interprète toujours le même rôle. »

 

 
  La Reine Elizabeth comme comedienne  

[4] Harry Truman (1945-1953), Dwight D. Eisenhower (1953-1961), John F. Kennedy (1961-1963), Richard Nixon (1969-1974), Gerald Ford (1974-1977), Jimmy Carter (1977-1981), Ronald Reagan (1981-1989), George H.W. Bush (2001-2009), Bill Clinton (1993-2001), George W. Bush (2001-2009), Barack Obama (2009-2017), Donald Trump (2017-2021), Joe Biden (2001-  ).

[5] Précédemment, lorsqu’elle rencontra Gráinne Mhaol, connue aussi sous le nom de Grace O’Malley, la ‘reine pirate’ irlandaise, elles se parlèrent en latin, car l’une ne parlait pas l’anglais et l’autre ne parlait pas l’irlandais.

Initials JJG Jonathan G
Traduction René Meertens, notre linguiste du mois de janvier 2019

Lectures supplémentaires:

Communiqué de la Reine d'Angleterre aux citoyens des États-Unis, à travers Le mot juste en anglais
9.06.2012

Elisabeth Ière d’Angleterre traduisait-elle Tacite pour son plaisir ? 
08.01.2020

Entretien avec Alan Hoffman, traducteur at président l'association des Amis américains de Lafayette.
27.09.2021

16 Words That Explain British Royal Family Traditions
14.09.2022

 

 

Les mots anglais du mois – assassination, murder


En anglais, généralement on réserve le terme « assassin » au meurtrier qui tue une personnalité célèbre pour un motif public. Ainsi, s’appelaient ceux qui tuèrent Jules César, Abraham Lincoln, François-Ferdinand, Martin Luther King et John Lennon, entre autres. ("Assassination: the premeditated act of killing someone suddenly or secretively, especially a prominent person. Dictionary.com) [1] Cela s'applique parfois mais pas forcement au terme character assassination (a slandering attack, especially one intended to damage the reputation of a public or political figure. Dictionary.com). [2]

  Assassnation -- JC  
  Assassination of Julius Caesar  

 

En français, il existe une autre définition :

Assassinat : meurtre commis avec préméditation. [2] Le mot dérive d'assassin, terme entré dans la langue française en 1560 par l'intermédiaire de l'italien assissino, lui-même emprunté à l'arabe assassin, pluriel d'assass : « fondement » mais aussi « gardien ».

Hasan clippedIl faut se souvenir qu'au XIe siècle, Hassan Sabbah fonda l'ordre des Assassins dont il installa le siège à Alamout en 1090. Cette secte, probablement la plus redoutable de l'Histoire, instaura en Orient une véritable terreur en tuant pour l'exemple : « Nous tuons un homme, nous en terrorisons mille ». La brutalité et la barbarie des scènes d'exécution incitèrent à penser que les disciples de Hassan étaient drogués et qu'ils agissaient sous l'effet du haschich. Marco Polo répandit l'idée en Occident et, même dans le monde musulman, on en vint parfois à les appeler haschichchiyoun, « fumeurs de haschich . Certains linguistes ont cru voir dans cette appellation l'origine du mot « assassin » dans plusieurs langues européennes. Toutefois, il semble que ce soit la première explication qui soit la bonne. Les termes assassins, assassiner et assassinat ont été inspirés par l'ordre des Assassins (Assassiyoun ou fondamentalistes) dont le credo et les méthodes d'action font souvent penser à ceux d'Al Qaïda.

Malouf, AminSamarcande. Paris, Poche Lattes, 1998, p. 123. 

In the Crosshairs

[1] Stephen Spignesi,
In the Crosshairs: Famous Assassinations and Attempts from Julius Caesar to John Lennon
Skyhorse; Second edition 2016

 

 

 

[2] Il existe meme l'International Society for the Study of Character Assassination, spécialisée dans les études et recherches universitaires sur la manière dont les attaques ou assassinats de réputation qui se produisent tant dans l'histoire qu'à l'époque contemporaine.


[3] En anglais on distingue en général entre "murder" (commis avec préméditation) et "homicide" ou "manslaughter" (pas forcement commis avec préméditation). Il existe d'autres termes et d’autres distinctions selon les différents systèmes juridiques.

Lectures suppleméntaires:

Assassin's Creed: Hassan-i Sabbah's Struggle Against Seljuqs – Medieival Reporter

What is the Difference Between Homicide, Murder and Manslaughter?

Initials JJG
Jonathan Goldberg

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