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un rideau de fer : une expression popularisée par Winston Churchill il y a 68 ans

Iron curtainLe 5 mars 1946, le premier ministre britannique, Sir Winston Churchill, prononça un discours, sous le titre « Sinews of Peace » (Le nerf de la paix), à Fulton, États-Unis. Le discours comprit la phrase suivante : From  Stettin in the Baltic  to Trieste  in the Adriatic  an "Iron Curtain" has descended across the continent. (« De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l'Adriatique, un rideau de fer s'est abattu à travers le continent »).  Ce n’était pas la première fois que cette expression était employée au sens figuré pour désigner la limite occidentale du bloc de l'Est [1], mais c’était le discours de Churchill qui l’a rendue célèbre.

 

Churchill

Churchill

 

 

 

 

 

 

 

Voici un vidéo-clip (3 minutes 10 secondes) qui explique en anglais le contexte et l’importance de ce discours :

 

 

Le texte intégral du discours, traduit on francais :
Winston Churchill, Le nerf de la paix

[1] Pendant la  Seconde Guerre mondiale, le ministre roumain des affaires étrangères Grégoire Gafenco, dont le pays vient d'être victime du pacte Hitler-Staline , écrit le 2 juillet 1940 à Churchill  : Nous ne parvenons plus à avoir la moindre nouvelle de nos compatriotes restés de l'autre côté de la ligne de démarcation, comme si un rideau de fer s'était abuttu en travers de notre pays. ( "Les derniers jours de l'Europe", Fribourg – Paris, Egloff – LUF, 1946, 252 pages.)

 

Lecture supplémentaire:

70ème anniversaire de discours célèbres de Winston Churchill

Churchill : de la victoire sur la France à l’alliance avec elle

Les bons mots de…Winston Churchill

Mr Hublot remporte l’Oscar du meilleur court métrage d’animation

À Hollywood, le 2 mars dernier, le réalisateur français Laurent Witz a reçu l'Oscar du meilleur court métrage d'animation pour le film Mr Hublot qu'il a cosigné avec le Luxembourgeois Alexandre Espigares.

 Laurent Witz et Alexandre Espigares

Son héros, le personnage de bougon rondouillard (sans aucun rapport avec le Monsieur Hulot de Jacques Tati), lui a été inspiré par une statuette du sculpteur Stéphane Haleux.

Bel exemple d'enrichissement mutuel dans le domaine artistique !
 
Ceux de nos lecteurs qui le souhaitent peuvent visionner l'œuvre (11 minutes) sur la Toile :

 
 

 Voici des paroles de Laurent Witz :

 

Lecture supplémentaire :

Oscars: From J-Law to French animators, decoding five strange moments
Los Angeles Times, 2nd March, 2014

L'animation française impose son style aux Etats-Unis
Gaétan Mathieu, FRANCE-AMERIQUE, 03 mars 2014

 

La vie devant soi : un roman sérieux qui joue avec les mots…

 Analyse de livre par Donna Scott                                 Original review in English

Donna in Paris-croppedNous souhaitons la bienvenue à notre nouvelle collaboratrice américaine, Donna Scott. Donna et son mari habitent Los Angeles (Californie) où elle écrit des nouvelles et des essais. Son intérêt pour la France et sa langue naquit lorsqu'elle commença à étudier le français dans le système scolaire new yorkais, à l'âge de 13 ans. Toutefois, elle ne put jamais concrétiser son rêve d'aller vivre et étudier en France. Au fil des ans, elle a passé des vacances en France, toujours soucieuse de s'imprégner d'une diversité culturelle en constante évolution, mais demeurant partout fière de son passé. À l'automne dernier, le couple a loué un appartement à Paris pendant un mois, explorant avidement les réalités culinaires, artistiques et sociétales de la ville. C'est une expérience qu'ils espèrent rééditer chaque année, débouchant peut-être sur une installation plus durable.

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D'entrée de jeu, Romain Gary parvient à se libérer des entraves littéraires qui, avec Les racines du ciel, lui avaient valu le Prix Goncourt en 1956, la récompense littéraire la plus convoitée en France. (Voir la note du blog ci-dessous.) Et cela, pour triompher une seconde fois (au mépris du règlement) avec La vie devant soi, [1] sous le pseudonyme soigneusement élaboré d'Émile Ajar [2]. Affranchi de la prose littéraire et du style attendu d'un Romain Gary, il crée une voix qui est pimentée d'impropriétés et de calembours. À travers ces astucieux artifices langagiers, nous sommes contraints de lire les mots dans des acceptions nouvelles qui bouleversent de fond en comble les hypothèses personnelles et collectives que nous formulons sur la vie, la nature humaine et les lois de notre vie en société. Ceux qui ont l'habitude de survoler les livres y perdront beaucoup.

Belleville, l'univers de Momo

Dosant subtilement l'humour noir, l'ironie et la satire sur le mode tantôt hilare, tantôt pénétrant ou empathique, l'histoire est distillée par son protagoniste, Mohammed, un gamin sans instruction mais très bon observateur. C'est une voix crédible et dont nous ne nous lassons jamais. Momo, comme on l'appelle, est un petit arabe de dix ans (qui découvrira ensuite qu'il en a quatorze) que son unique parent, une mère prostituée, a confié à l'âge de trois ans à Madame Rosa, une survivante de l'Holocauste, elle-même ex-prostituée. Le reste de l'histoire est simple. Momo le dit : lui et Madame Rosa sont tout ce qu'ils possèdent dans la vie. L'ennui, c'est que Madame Rosa se meurt et Momo nous entraîne avec lui et son entourage d'immigrants juifs, arabes et africains, ainsi qu'avec une charmante travestie, dans son dessein de faire en sorte que cette rescapée des horreurs de l'Holocauste puisse mourir dans la dignité.

L'auteur et son personnage ont sensiblement suivi le même parcours: Gary, l'auteur de renommée internationale, le héros de guerre et diplomate français, est né en Europe orientale d'une mère célibataire juive (il n'a jamais connu son père) qui nourrissait de grandes ambitions pour lui – écrivain n'étant qu'une de ses aspirations parmi d'autres. La vie devant soi [3] emprunte au passé de Gary : Momo dit de son récit, ce sont « mes Misérables. » Gary établit des parallèles entre la somme historique d'injustices de Victor Hugo et celles de son Paris des années soixante-dix. Et, s'il y a chez l'un et chez l'autre des histoires d'amour, celle qui lie le jeune immigrant arabe à sa mère adoptive juive, vieille et mourante, est la palpitation même des Misérables de Gary. Mais, il est une grande différence : c'est la langue qui régit le récit de Gary. Il est impossible d'imaginer La vie devant soi racontée par un narrateur qui sache tout, pas plus que l'on peut séparer la voix et le langage caractéristiques de Huckleberry Finn du livre de Mark Twain « Les aventures de Huckleberry Finn ».

 

Madame Rosa, une femme qui aurait mérité un ascenseur…

 

À la première page, l'amour de Momo pour sa mère adoptive imprègne la description de la façon dont elle gravit les six étages de son immeuble : « pour Madame Rosa, avec tous ces kilos qu'elle portait sur elle et seulement deux jambes, c'était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines. Elle nous le rappelait chaque fois qu'elle ne se plaignait pas d'autre part, car elle était également juive. Sa santé n'était pas bonne non plus, et je peux vous dire aussi dès le début que c'était une femme qui aurait mérité un ascenseur. »

Quant à être arabe en France, Momo nous dit : « Pendant longtemps, je n'ai pas su que j'étais arabe parce que personne ne m'insultait. On me l'a seulement appris à l'école. Mais, je ne me battais jamais, ça fait toujours mal quand on frappe quelqu'un. » « (Elle) m'a traité de cul d'Arabe pour la première fois, car elle n'était pas française. »

La vie n'est pas plus douce pour les Noirs. Dans le Belleville de Momo, ils ont plusieurs foyers « qu'on appelle taudis où ils sont cent vingt, avec huit par chambre et un seul W-C en bas, alors ils se répandent partout car ce sont des choses qu'on ne peut pas faire attendre. Avant moi, il y avait des bidonvilles mais la France les a fait démolir pour que ça ne se voie pas. »    Au sujet de l'un de ces africains : « Il paraît qu'il avait déjà tué des hommes mais que c'étaient des Noirs entre eux et qui n'avaient pas d'identité, parce qu'ils ne sont pas français comme les Noirs américains et que la police ne s'occupe que de ceux qui ont une existence. »

Son emploi du mot avortement est particulièrement provocateur : Madame Rosa « ne voulait pas entendre parler de l'hôpital où ils vous font mourir jusqu'au bout au lieu de vous faire une piqûre. Elle disait qu'en France on était contre la mort douce et qu'on vous forçait à vivre tant que vous étiez encore capables d'en baver… il n'y avait aucun moyen de se faire avorter à l'hôpital. » En France, l'avortement venait juste d'être légalisé en 1975 – année de parution du livre. Toutefois, le débat à propos de l'euthanasie a été une fois de plus relancé avec le double suicide, en novembre 2013, dans un hôtel parisien du prestigieux faubourg Saint-Germain, d'un couple de 86 ans qui laissait une lettre aux autorités judiciaires françaises « revendiquant le droit à mourir dans la dignité. »

Un humour noir et pince-sans-rire

Les observations sur la nature humaine sont formulées avec un humour noir pince-sans-rire. Ainsi, à propos du manque d'attention dans le monde : « On est obligé de choisir ce qui nous plaît le plus comme manque d'attention dans le monde et les gens prennent toujours ce qu'il y a de mieux dans le genre et de plus chèrement payé comme les nazis qui ont coûté des millions ou le Vietnam… Les gens, il leur faut des millions et des millions pour se sentir intéressés et on ne peut pas leur en vouloir car plus c'est petit et moins ça compte. » « Si l'armée passait son temps à s'occuper des vieux, ce serait plus l'armée française. » En Afrique, tout le monde appartient à une tribu… « En France, il n'y a pas de tribus à cause de l'égoïsme. » « La France a été complètement détribalisée et c'est pour ça qu'il y a des bandes armées qui se serrent les coudes et essaient de faire quelque chose. » L'un des personnages les plus sympathiques du livre est Madame Lola, une travestite sénégalaise qui n'a pas été autorisée à adopter des enfants « car les travestites sont trop différentes et cela, on ne vous le pardonne jamais. »

La langue de Momo nous ravit par sa fraîcheur, tout en nous brisant le cœur par la véracité des messages qu'elle véhicule. Romain Gary a appliqué avec une grande précision ce que les écrivains savaient depuis longtemps : plus on est spécifique et plus on est universel.

Surtout, Gary nous a divertis, tout en nous renseignant sur l'amour, l'existence humaine et la signification de l'expression « vivre sa vie ». Pas étonnant que des universités américaines l'aient maintenant inscrit au programme des études.

———————-

[1] En anglais (dans la traduction de Ralph Manheim) : « The Life Before Us (Madame Rosa) », la version dont notre contributrice s'est servie pour cette analyse.

[2] Dans l'édition de La bibliothèque Gallimard, les auteurs de la préface expliquent (à la page 11) que le jeune Roman Kacew (qui prendra plus tard le nom de Romain Gary) passait des après-midi à dresser des listes de pseudonymes : « Il s'agit le plus souvent de pseudonymes où affleurent ses lectures et se lisent ses ambitions : Roland de Chantecler, Hubert de Longpré, Roland Campéador, Romain Cortès. Tout se passe comme s'il avait inauguré son parcours et son travail d'écrivain par une production de pseudonymes. »

[3] Nous ne saurions trop recommander à ceux de nos lecteurs à qui cet article aura donné l'envie de lire La vie devant soi de se procurer l'ouvrage paru dans la Bibliothèque Gallimard, Folio n°1362 (2002) qui, outre le texte original paru au Mercure de France en 1975, offre un accompagnement pédagogique fort utile, œuvre de Domenica Brassel et Patrick Garda.

Donna Scott (Los Angeles).
Traduction : Jean Leclercq

(Les citations proviennent de l'original français.)

Note du blog :
Dans un article publié l'année passée (« Le Prix Goncourt – jeu de culture historique »), nous avons fait allusion à la double attribution du Prix Goncourt à Romain Gary, alias Émile Ajar, pour Les racines du ciel, en 1956, et pour La vie devant soi, en 1975. Toute cette affaire est détaillée dans le film « La double vie de Romain Gary » (1 h 29 m).

 

Nous avons également noté que Gary et son ex-épouse, l'actrice américaine Jean Seberg, se sont suicidés, elle, en 1979, à l'âge de 40 ans et, lui, un an plus tard, à 66 ans.

 

  

Jean Seberg et Romain Gary

        Plaque à la mémoire de Romain Gary,
        apposée sur le mur de son domicile du
        108 de la rue du Bac.

 

 Lecture supplémentaire :

 

Romain Gary: A Tall Story
David Bellos

Random House, 2010

Product Details

 

Centenaire Romain Gary 2014

 

 

 

Jacqueline Suskin –
la linguiste du mois de février 2014

original English version

Nous avons décidé d'élargir le champ de cette rubrique à tous les linguistes et de ne plus nous limiter aux traducteurs. Nous pourrons ainsi inviter des socio-linguistes, des terminologues juridiques et d'autres encore. Mais, aucun n'exercera une profession aussi originale que celle de Jacqueline Suskin que nous accueillons aujourd'hui. En effet, à 29 ans, elle est "poétesse à la demande" et a choisi ce créneau du monde de la poésie.

Nous avons retrouvé Jacqueline à Echo Park Lake, un îlot de tranquillité dans la bruissante Cité des Anges. Jacqueline s'est présentée très élégamment vêtue et munie de ses outils de travail : une petite machine à écrire Hermes Rocket et un calepin à feuillets mobiles.

JS - Echo
               
photo Jonathan G.

À la fin de l'entretien, mené assis sur un banc surplombant le lac, nous avons demandé à Jacqueline d'écrire un poème sur le thème du français. Voici ce que cela donne :

French

Taken from the tone of old world
the feeling is in truth
a place and all that land can gather.

So much that time and lineage
show us what it is to be from
some magic center of culture
that continues to speak with hints
of history, romantic and fully
formed by those who keep such
rythmic language alive.

– jacqueline suskin

Feb 2014


Outre la qualité et la profondeur de ses poèmes, ce qui stupéfie chez Jacqueline c'est la facilité avec laquelle elle commence à taper son texte dès l'annonce du thème proposé. Une fois le thème choisi, elle commence tout de suite à taper et termine le poème en deux minutes environ.

JS typewriter & poem

———————

LMJ : Le prénom Jacqueline est très français. Êtes-vous issue d'une famille française ?


JACQUELINE
: Je suis Américaine de troisième génération, mais j'ai des ancêtres français du côté paternel et maternel.


LMJ: Quand avez-vous fait connaissance avec la poésie et comment avez-vous pris cette orientation ?

JACQUELINE: J'ai encore des gribouillis du jardin d'enfants, lorsque j'apprenais à écrire. Cryptiques et quasi incompréhensibles, ils n'en révèlent pas moins une volonté très nette de m'exprimer par écrit. En septième année, on m'a confié une partie d'un projet littéraire, et j'ai fini par écrire tout un livre. Par la suite, mon père, quelqu'un de très cultivé, m'a lu des livres et m'a inculqué l'amour des mots et le sentiment de leur pouvoir. À l'université, j'ai étudié l'anthropologie, en m'attachant plus particulièrement à l'histoire des langues. J'ai aussi suivi des cours d'écriture créative, surtout en poésie.


LMJ: Le temps fort de votre semaine de travail a lieu tous les dimanches au Marché des cultivateurs d'Hollywood (Hollywood Farmers Market) où vous vous offrez à exécuter les commandes de poèmes. "La dame à la machine à écrire", une attraction du Marché, se tient là parmi les marchands de fruits et légumes, les musiciens et les autres participants. Pourquoi avoir choisi ce lieu de travail inhabituel ?

JS - poem store 2


JACQUELINE: J'adore l'animation et la diversité du Marché. Le cliquetis des touches de ma machine attire l'attention des passants. C'est mon porte-voix. Certaines personnes sont fascinées par cet instrument vieux jeu. Des jeunes n'ont même jamais vu de machine à écrire !

LMJ: Vous auriez pu choisir un ordinateur portable ; ce qui vous aurait permis de stocker tous vos poèmes et de vous y référer par la suite.

JACQUELINE: Chaque poème que j'écris vient du fond de mon être. Mais, une fois le poème écrit, je n'ai nul besoin de m'en souvenir. Chaque poème est unique en son genre, même si le thème est semblable.


LMJ: Expliquez-nous de a à z comment vous écrivez un poème.

JACQUELINE: Les gens m'entourent. Que nous passions quelques minutes à bavarder avant de choisir le titre ou le thème du poème désiré ou qu'ils l'annoncent d'entrée de jeu, je perçois immédiatement ce qu'ils ressentent et j'écris quelque chose qui fera vibrer une corde en eux. Les mots me viennent spontanément jusqu'à ce que le poème soit terminé. Je donne ensuite lecture du texte et je tends la version papier. Les gens me donnent ce qu'ils veulent, comme le nom de mon site (www.YourSubjectYourPrice.com)
indique.

 

 

LMJ: Vous arrive-t-il d'avoir un blanc ? D'être à court d'idées ? D'hésiter ?

JACQUELINE: Jamais.

LMJ: Beaucoup de gens ne lisent jamais de poésie. La plupart vous diraient que c'est très loin de leurs préoccupations et de leur activité. Comment comblez-vous cet écart ?

JACQUELINE: À l'heure du courriel, nous sommes tous devenus des poètes, même à notre insu. Je peux insuffler aux gens l'idée du pouvoir des mots, et en particulier de leur capacité à exprimer des émotions.

LMJ: Vous est-il arrivé de percevoir une déception chez ceux qui vous commandent un poème ?

JACQUELINE: Jamais. C'est plutôt le contraire. Les gens ont souvent les larmes aux yeux lorsqu'ils s'aperçoivent à quel point le poème les a touchés.

C'est le propre de tout poète de trouver la profondeur et le sens de toute chose.

LMJ: Comment qualifieriez-vous le service que vous fournissez ?

JACQUELINE: Je me vois comme une muse, avec la mission d'atteindre le plus grand nombre de gens possible. Je crois avoir quelque chose à offrir. On m'a qualifiée de voyeuse, de thérapeute, de mystique et d'empathe [1]. Tant mieux si, d'une manière ou d'une autre, je peux avoir un effet soignant sur des gens qui souffrent. Mais, quand je commence à écrire, je transcende ma propre personnalité et tous mes efforts se concentrent sur la situation psychologique de la personne pour laquelle j'écris. Mon but est de les aider à cerner leurs problèmes, leurs désirs, leurs craintes ou autres.

LMJ: Le Los Angeles Times a rapporté ce propos de vous :

"C'est la chose la plus épuisante physiquement que j'aie jamais faite dans ma vie. Après avoir écrit des poèmes pendant quatre heures pour des gens que je ne connais pas, je suis comme un zombie. Mon cerveau est en bouillie."

Pourquoi est-ce ainsi ?

JACQUELINE: Vous êtes interprète et vous savez combien il est fatigant de se concentrer sur chaque mot prononcé afin d'en rendre le véritable sens. Pour moi, les émotions du client sont ma "langue de départ" et je dois me creuser les méninges pour les transformer en mots. C'est exténuant !

LMJ: Mais alors, quel est le beau côté de votre métier ?

JACQUELINE : Cela m'autorise une approche exceptionnelle de la nature humaine, de l'état de l'humanité. Nous avons tous les mêmes genres de problèmes au fond de nous-mêmes.

LMJ: Comment voyez-vous votre avenir professionnel ?

JACQUELINE: Je viens de terminer mon deuxième livre et je cherche un éditeur. J'espère en écrire beaucoup d'autres. J'écris des poèmes à la demande depuis cinq ans, mais j'ai l'impression d'être à l'orée de ma carrière.

LMJ: En vous écoutant, me revient à l'esprit cette pensée d'André Chénier : "L'art ne fait que des vers, le cœur seul est poésie". Vous en êtes un vivant exemple. Merci, Jacqueline.

Traduction : Jean L.

———————

[1] Note du blog: Empathe est un mot qui apparaît dans le contexte des jeux de rôle.  Il est parfois repris par des personnes croyant aux phénomènes paranormaux pour expliquer leur sensibilité qu'elles définissent comme un don d'empathie de la même manière que les qualités attribuées aux personnages des jeux.

[2] Un article sur les "dactylos des rues" en Inde :
India's street typists heading for a final full-stop, BBC News, 14.01.2014

Lecture supplementaire :

The rise of the medical humanities
Times Higher Education, 22 January 2015

 

Soirée Krystyna Skarbek à Genève

Communiqué commun de l'ASTTI et du Mot juste en anglais.

Association suisse des traducteurs,
terminologues et interprètes


DE DIVONNE-LES-BAINS À LOS ANGELES : UN PONT ENTRE LE MONDE FRANCOPHONE ET LA CULTURE
ANGLO-AMÉRICAINE

Le mot juste en anglais


Un blog destiné à tous les locuteurs français qui s'intéressent à la langue anglaise

 
Le 13 février dernier, à l'aimable invitation du Groupe genevois des rencontres régionales de l'Association suisse des traducteurs, terminologues et interprètes (ASTTI, www.astti.ch), et malgré le très mauvais temps, une quinzaine de linguistes se sont réunis autour de la table du carnotzet [1] d'une brasserie genevoise.

Ce fut l'occasion du passage du témoin entre Catherine Gachies-Stäuble, co-animatrice du groupe genevois de l'ASTTI depuis plus de 12 ans et Angelika Eberhardt, qui reprend officiellement le flambeau de co-animatrice en collaboration avec Pierre-André Rion, co-animateur.

L'invitée de ce soir-là était la collaboratrice et linguiste du mois du www.le-mot-juste-en-anglais, Magdalena Chrusciel, interprète et traductrice-jurée.

Mag another

Magdalena Chrusciel & Pierre-André Rion
(photo : Colman O'Criodain)

Souhaitant éviter un exposé ex-cathedra, Magdalena a préféré la forme du dialogue. Elle a donc présenté, dans le cadre d'un vif échange de questions-réponses avec le co-animateur, la vie peu ordinaire de sa compatriote Krystyna Skarbek, l'espionne qui a inspiré James Bond dans «Casino Royale».

image from http://aviary.blob.core.windows.net/k-mr6i2hifk4wxt1dp-14021823/64b3d298-e161-422f-bb63-c6b9c970c9df.pngKrystyna Skarbek

Étaient notamment présents, Mme Elzbieta Jasinska, actrice et professeur d'art dramatique ainsi que M. J. Esteves-Ferreira, président de l'ASTTI. 

Krystyna Skarbek, alias Christine Granville – cette extraordinaire fille de comtesse polonaise, espionne favorite de Churchill, décorée de la Croix de guerre, fut une grande résistante polonaise doublée d'une aventurière adulée de nombreux hommes, séduits par sa « beauté du diable » et succombant à son charme ravageur.

Figure romanesque et femme d'exception, elle connut un destin aussi périlleux que rocambolesque qui inspira romanciers et cinéastes. Le récit que Magdalena nous a fait de la vie de sa compatriote s'inspire de l'ouvrage passionnant [2] de Clare Mulley qu'elle nous avait commenté dans un précédent article [3]. Ce fut aussi l'occasion d'annoncer la sortie de l'édition polonaise de ce livre : 

Kobieta szpieg Polka w służbie jego królewskiej mości  [L'espionne. La Polonaise au service de Sa Majesté]. Traduction de Maciej Antosiewicz.Varsovie, Éditions Swiat ksiazki, 2013.

L'intelligence, le courage et le patriotisme de Krystyna Skarbek, comme sa vie sentimentale mouvementée, démontrent une fois encore, s'il en était besoin, que la réalité dépasse souvent la fiction. 

Cette réunion amicale a également permis de présenter Le mot juste en anglais à quelques membres de l'ASTTI qui ne le connaissaient pas encore. D'ailleurs, en prenant congé, M. Rion nous a confié que l'idée d'inviter Magdalena lui était justement venue en lisant l'article que LMJ a consacré à Krystyna Skarbek. Si notre blog contribue, même modestement, à faire ainsi se rencontrer des linguistes, on ne peut que s'en féliciter !    

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[1] Régionalisme dont Le Petit Robert donne la définition suivante : « En Suisse, local souvent aménagé dans une cave, pour manger et boire entre amis » (l'équivalent de den, en anglais). Ceux qui ont lu nos chroniques récentes à propos du mot coin noteront que carnotzet semble provenir du patois vaudois carre = coin. En somme, c'est un espace éminemment convivial.

[2] Clare MulleyThe Spy Who Loved: the Secrets and Lives of Christine Granville, Britain's First Special Agent of World War II, MacMillan, 2012.

[3] Magdalena Chrusciel. Une comtesse au cœur brisé. LMJ, 04/11/2013.  

 

Un coin qui laisse une marque durable…

 

Préface

  Coins 1Bitcoins

 

 

 


Dans la première partie de cet article,
L'existence volatile du bitcoin – l'étymologie durable du mot coin, publiée le 09.02.2014, nous avons analysé la toute nouvelle devise, le bitcoin, en notant sa volatilité. Dans la partie qui suit, nous analysons le mot “coin”, qui existe en anglais depuis la quatorzième siècle, ce qui prouve sa stabilité.

En français et selon le Petit Robert, coin, dérivé du latin cuneus, désigne : 1) une pièce de métal dont on se sert pour fendre le bois; 2) « un morceau d'acier gravé en creux qui sert à frapper les monnaies et les médailles. » Ainsi, toujours d'après la même source, une monnaie à fleur de coin est aussi nette qu'à sa sortie de dessous le coin. Au sens figuré, coin est synonyme de marque, d'empreinte. C'est ainsi qu'on parlera d'une proposition marquée au coin du bon sens. Enfin, 3) le coin est l'angle formé par deux lignes ou deux plans.

En anglais, le mot coin a la même origine et entre dans la langue vers 1300. À l'époque, il désignait, comme en français, un coin pour fendre le bois et c'était alors un synonyme de wedge. Mais, comme le moule servant à frapper des pièces de monnaie a également la forme d'un coin, le mot en vint à désigner également non pas la matrice, mais l'objet formé dans celle-ci, c'est-à-dire la pièce de monnaie.

         frappe de pieces, 1750, Heritage Images


Selon le Robert & Collins Senior, le mot est utilisé dans de nombreuses expressions idiomatiques comme to repay one in his own coin : rendre à quelqu'un la monnaie de sa pièce ou to pay in the coin of the realm : payer en monnaie sonnante et trébuchante. Dans une troisième acception, orthographié quoin,il s'apparente, tout au moins phonétiquement, au mot français coin : un angle, une pierre d'angle. [1] En français, coin a une aire sémantique assez vaste (coin de rue, coin du feu, coin perdu, café du coin, coin du traducteur, etc.). En anglais, coin désigne une pièce de monnaie. On est donc en présence d'un authentique faux ami et c'est à bon droit que Kœssler & Derocquigny le recensent dans leur ouvrage [2], malicieusement sous-titré : « Conseils aux Traducteurs ».

Toutefois, il est une expression où le sens anglais se rapproche du français, c'est to coin a phrase : formuler, inventer une expression, être le premier à l'employer. La locution est aussi employée plus ironiquement dans le sens de : si je peux ainsi m'exprimer ou si vous me permettez l'expression (If I may coin a phrase). Dans la même veine, les coined words désignent des vocables fabriqués à partir d'autres mots [3] parfois télescopés, tel motel : contraction de motor et hotel. À cet égard, signalons le verbe s'enlivrer (s'enivrer de livres) qui figure parmi les dix mots imposés du concours de textes de la Semaine de la francophonie 2014 et plénior (plénitude + senior), le mot nouveau dévoilé le 22 novembre dernier au Festival XYZ 2013 du Havre. Ce terme est proposé pour « les personnes, en activité ou non, dynamiques qui croquent la vie à pleines dents ». Notons que l'expression « croquer la vie à pleines dents » est de celles qui font fureur actuellement, peut-être par réaction à la sinistrose ambiante !

————————————

 

[1] Bien que le mot anglais coin  et le mot français coin soient devenus de faux amis au fil des ans, la graphie quoin a survécu dans le vocabulaire de  l'architecture et conservé sensiblement le même sens dans les deux langues. En anglais, les quoins sont les éléments de maçonnerie qui forment le coin (ou plus techniquement le chaînage d'angle) d'un bâtiment. L’image ci-dessous montre l'assemblage de blocs de maçonnerie formant l'angle de deux murs.

 

 

[2] Kœssler, M. & Derocquigny, J. Les faux amis ou les pièges du vocabulaire anglais. Paris, Librairie Vuibert, 1964 (6e édition).

[3] Dans l'exemple choisi, le mot créé est, de plus, ce qu'on appelle en anglais a portmanteau word (mot valise, en français). C'est Lewis Carrol, l'auteur d'Alice au pays des merveilles, qui a paradoxalement choisi le mot français  portemanteau pour créer cette expression anglaise, acceptée aujourd'hui par les linguistes anglo-saxons. Parmi d'autres exemples citons : avionics (aviation + electronics),  breathalyzer( breath + analyzer),  camcorder (camera + recorder), carjack (car + hijack), Franglais (français + anglais).

 

          breathalyzer               camcorder                                 avionics

Ceux qui s'intéressent aux mots sauvages, liront avec intérêt :

Rheims, Maurice. Dictionnaire des mots sauvages (écrivains des XIXe et XXe siècles). Paris, Librairie Larousse, 1969.

Coin ChateaubriandIls y trouveront, dans l'ordre alphabétique, environ 3.500 mots insolites, éphémères ou non, choisis parmi les plus significatifs et utilisés par des auteurs français de Chateaubriand à nos jours. Ces « mots sauvages » neCoined by shakespeare sont pas seulement pittoresques; nombre d'entre eux pallient certaines insuffisances du vocabulaire « officiel » et témoignent de la part de leurs  inventeurs d'un souci de respecter les règles de formation des mots. Lorsqu'on songe à tous les mots sauvages que Shakespeare a fait entrer dans la langue anglaise, contribuant puissamment à son enrichissement, il faut regretter que la contribution lexicographique inventoriée par Maurice Rheims soit souvent restée en marge du français officiel. Rien n'empêche pourtant d'y puiser sans modération !

Jean L.

 

L’existence volatile du bitcoin – l’étymologie durable du mot coin

Première partie – le bitcoin

BitcoinsLe bitcoin est une devise virtuelle (une monnaie qui n'a pas d'existence physique) inventée par Satoshi Nakamoto, le pseudonyme de celui qui, en 2009-2010, a conçu et créé le bitcoin et le logiciel Bitcoin-Qt. Personne n'avait jamais entendu parler de lui avant l'avènement du bitcoin et il n'a laissé aucune trace après la création de cette monnaie.

La possibilité de réaliser un système international de transactions a beaucoup plu aux partisans du libertarianisme [1], qui veulent se débarrasser d'une mainmise excessive de la puissance publique sur leurs affaires. Pour faciliter l'achat et la vente des bitcoins, plusieurs entrepreneurs ont créé des bourses d'échange. Celles-ci agissent comme n'importe quelle banque : elles inscrivent des opérations au crédit ou au débit de leurs clients tout en percevant des commissions. À cette différence près que les clients ne peuvent retirer de l'argent en numéraire, puisqu'il s'agit d'une devise imaginaire. Toute personne Bitcoin screen qui possède un ordinateur peut non seulement acheter des bitcoins, mais aussi en "gagner" : un système basé sur un algorithme crée 25 bitcoins toutes les dix minutes. Le système est rigoureusement contrôlé afin d'éviter qu'un client n'en escroque un autre. Il s'appelle "de pair-à-pair".

Certains échanges ont servi à commettre des infractions financières. Selon Le Monde du 27 janvier, « Deux hommes ont été inculpés, à New York, pour avoir illicitement vendu des bitcoins, une monnaie virtuelle, destinés à l'achat en ligne de stupéfiants sur le site Silk Road, 'l'eBay de la drogue' ».

Néanmoins, la popularité du bitcoin reste grande auprès de ceux qui sont éblouis par les hausses spectaculaires de sa valeur au cours de ces dernières années, et qui préfèrent fermer les yeux sur sa volatilité.

Bitcoin slogan

Bitcoin graph

Dans la seconde partie de cet article, que nous publierons dans une semaine, nous analyserons le coté linguistique des mots « coin » (français) et coin (anglais), qui sont des faux amis, bien qu'ils dérivent de la même source.

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[1] À ne pas confondre avec le libéralisme, le libertarianisme est une notion récente qui n'a pas encore droit de cité dans les dictionnaires généraux.

Commençons par rappeler que le libéralisme, dérivé de l'adjectif libéral, est une doctrine née sous la plume de penseurs du XVIIIe siècle qui, comme Quesnay, croient en l'existence d'un ordre naturel des choses. « Nature est un doux guide » disait déjà Montaigne, deux siècles plus tôt, et les problèmes économiques se résolvent donc par le libre jeu des forces du marché. Ces idées, reprises et développées par l'école anglaise (Adam Smith, David Ricardo et John Stuart Mill), façonneront l'idéologie dominante du XIX eme siècle. Le libéral est favorable aux libertés individuelles dans les domaines politique, économique et social. Son mot d'ordre est simple : « Laisser faire, laisser passer ».

Selon Wikipedia, le libertarianisme « est une philosophie politique  prônant, au sein d'un système de propriété et de marché  universel, la  liberté individuelle en tant que droit naturel. La  liberté est conçue par le libertarianisme comme une  valeur fondamentale des rapports sociaux, des échanges économiques et du système politique. " Là encore, le substantif est dérivé de l'adjectif libertaire,"qui n'admet, ne reconnaît aucune limitation de la liberté individuelle en matière sociale, politique ou économique", selon le Petit Robert. L'idéologie libertaire va donc beaucoup plus loin et rejoint le slogan "il est interdit d'interdire" de mai 1968. Pas étonnant qu'elle salue l'invention du bitcoin !

Lecture supplémentaire :

Cryptocurrencies. Bitcoin is growing too fast for its technology to keep upThe Economist, 22 Febuary, 2014

Bitcoin and the history of money (5:30 minutes)

 

 

volatility – le mot anglais de l'année choisi par le blog "The Web of Language"


Notre article « Je vous fiche mon billet que cette pièce est vraie ».

Première partie

Second partie

Jean L. & Jonathan G.

Jim Thorpe –
Un athlète américain devenu une icône…

Préface:

À la suite d'un article publié récemment dans ce blog, nous avions ajouté la note suivante:

« On a souvent comparé Martin Luther King à Nelson Mandela, le champion des droits civiques à qui l'on reconnaît le mérite d'avoir fait tomber le régime de ségrégation raciale, connu en Afrique du Sud sous le nom d'apartheid. Ce qui les distingue surtout, c'est que MLK a été assassiné à 39 ans, tandis que Mandela vit toujours à 95 ans. Tous deux étaient des visionnaires mais, dans les deux cas, leurs proches se sont ensuite sordidement disputé leur héritage. Chez les King, l'un des fils a fait un procès aux autres membres de la fratrie à propos de sa part successorale. Chez les Mandela, lorsqu'on crut à la fin prochaine de l'ancêtre, son petit-fils, sachant que son grand-père voulait être inhumé près des sépultures de trois de ses enfants décédés avant lui, aurait fait transporter leurs restes là où il était chef de tribu. L'idée était de pouvoir ainsi édifier un complexe touristique autour d'un sanctuaire dédié à Mandela. À la demande de 16 membres de la famille, un juge a ordonné le retour des tombes à leur emplacement initial. » [publié avant le décès de Mandela le 15 décembre 2013].

Ces jours-ci, le Los Angeles Times a fait état d'une querelle de famille, tout aussi bizarre, à propos d'un athlète américain, « Jim » Thorpe. James Francis « Jim » Thorpe (1988-1953) fut un joueur et un dirigeant de football américain, un joueur de baseball et de basket-ball, un athlète et un acteur américain d'ascendance à la fois blanche et amérindienne. [1]


Né de parents mi-blancs, mi-indiens, Thorpe grandit comme un petit indien sous le nom de Chemin radieux, en langue locale. Ce qui, pendant la plus grande partie de sa vie, lui valut des propos ridicules ou condescendants sur ses origines indiennes.

Considéré comme l'un des athlètes les plus polyvalents du sport moderne, il a remporté la médaille d'or du pentathlon et du décathlon aux Jeux olympiques d'été de 1912. Aux Jeux de 1912, le roi de Suède lui a dit : « Vous, Monsieur, êtes le plus grand athlète du monde ». Thorpe lui répondit : « Merci, roi ».

Il a été déchu de ses titres olympiques lorsqu'on s'est aperçu qu'il avait été rémunéré pour jouer deux saisons au baseball en tant que semi-professionnel avant de participer aux Jeux olympiques, violant ainsi les règles d'amateurisme en vigueur à l'époque. Heureusement, le Comité International Olympique (C.I.O.) a accepté, au bout de plusieurs années, de rétablir Thorpe dans ses titres [2].   


Lorsque Thorpe mourut, en 1953, ses enfants organisèrent des funérailles indiennes traditionnelles dans la réserve de Sac and Fox, en Oklahoma. L'assistance partagea un repas autour du corps de l'athlète, exposé à la vue de tous.

La cérémonie fut brutalement interrompue par l'arrivée inopinée de Patsy Thorpe, la veuve du défunt. Accompagnée de gardes mobiles et d'un corbillard, elle s'empara de la dépouille de son mari et s'en alla.

Avant de se saisir ainsi du corps de son mari, la veuve avait conclu un accord avec deux petites villes de l'État de Pennsylvanie, aux termes duquel celles-ci fusionneraient et prendraient le nom de Jim Thorpe. Elles érigeraient aussi une statue en hommage au grand sportif, moyennant quoi elles recevraient la dépouille de Thorpe pour l'enterrer. Exactement comme dans le cas de Mandela, on prévoyait qu'une telle sépulture attirerait les touristes à Jim Thorpe. Le grand sportif reposerait donc dans un lieu où il n'avait jamais mis les pieds !

   


Le tombeau, un monument de granite rouge, repose sur de la terre provenant du stade olympique de Stockholm, lieu où Thorpe avait triomphé dans le décathlon et le pentathlon, en 1912.

  [


Mais, les fils de Thorpe engagèrent une action en justice et, 59 ans après l'inhumation de l'athlète, un juge fédéral vient de décider qu'en vertu d'une loi de 1990 relative à la protection et au rapatriement des tombes des amérindiens (
The Native American Graves Protection and Repatriation Act), les cendres devaient être rendues à la famille et à la tribu. La ville de Jim Thorpe, qui, dans l'intervalle, a beaucoup investi pour attirer les touristes, a fait appel de cette décision.

« Papa a toujours dit, à mon frère Phil et à moi, qu'il voulait être inhumé en terre tribale, dans l'Oklahoma, et c'est
ce que nous essayons de faire. Nous voulons qu'il ait une vraie sépulture indienne pour qu'il y repose en paix.»

Bill Thorpe


Pour revenir aux déboires de Thorpe, rappelons qu'en 1913, ses médailles lui sont retirées : il est soupçonné d'avoir touché de l'argent pour disputer des épreuves de baseball avant les Jeux, et il est radié à vie, contrairement à de nombreux athlètes qui vivaient également de leur sport, mais pratiquaient professionnellement leur discipline sous des pseudonymes. Deux facteurs peuvent expliquer la dureté avec laquelle les autorités sportives de l'époque l'ont traité : l'un est le racisme à l'égard des amérindiens et, l'autre, la séparation stricte qui existait entre le sport amateur et le sport professionnel. Le sport amateur était un idéal hérité du XIXe siècle, âprement défendu, surtout parmi les classes dirigeantes. Il n'en fut pas moins constamment grignoté tout au long du XXe siècle avec l'essor des sports professionnels et la commercialisation des sports amateur et universitaire.

Hormis les domaines du sport dans lesquels il a excellé aux niveaux national et international, Thorpe a été un joueur de tennis, un golfeur, un nageur et un gymnaste remarquable. Il a même montré une endurance remarquable dans quelques compétions de danse-marathon. À la fin de sa carrière sportive, Thorpe a entamé une seconde carrière comme acteur et il est apparu dans plus de 70 films.

Thorpe est mort il y a 60 ans, à l'âge de 65 ans, dans la pauvreté. Mais, trois ans après avoir été élu le plus grand sportif de son époque, son nom a été inscrit dans la Galerie des Illustres (Hall of Fame) du football américain.

   


En 1973, le Président des États-Unis a proclamé le 16 avril de l'année, Journée de Jim Thorpe.

Un film a été tourné, dans lequel le célèbre acteur Burt Lancaster a joué le rôle de Jim Thorpe.

 

Le film

Le livre

 

 

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[1] Les Amérindiens, ou Indiens d'Amérique (parfois les Indiens tout court), sont les habitants du  continent américain avant la colonisation européenne et leurs descendants.

Cet  ethnonyme a été inventé à la suite d'une erreur de Christophe Colomb  qui, en 1492, pensait avoir touché le sous-continent indien lorsqu'il débarqua en Amérique. C'est dans ce contexte que les Européens nommeront brièvement ce territoire Indes occidentales, pour les différencier des Indes orientales. 

Aux États-Unis, la souveraineté tribale est le droit fondamental des tribus autochtones de se régir elles-mêmes au sein des États-Unis d'Amérique. Le gouvernement fédéral reconnaît les nations tribales comme des "nations dépendantes indigènes" et a adopté un certain nombre de dispositions législatives visant à préciser les rapports entre l'État fédéral et les gouvernements tribaux. La Constitution et des lois fédérales postérieures à celle-ci accordent une souveraineté locale aux nations tribales, mais ne leur accordent pas la pleine souveraineté équivalant à celle des nations étrangères, d'où l'expression de "nations dépendantes indigènes".

Dans d'autres pays on emploie les termes autochtones, ou peuples indigènes (en anglais "indigenous/native people"). D'autres termes ont parfois été utilisés pour les désigner, comme aborigène, « peuple premier », « peuple racine », «première nation » ou « peuple natif », succédant à l'appellation péjorative de « peuple primitif », mais tous officiellement délaissés au profit de peuple autochtone.

[2] Mise à jour: ceci ne s'est fait qu'en juillet 2022.

Initials JJG Jonathan G.

 

On nous prie d’insérer :

Programme linguistique de la ville de Divonne-les-Bains

Pour la quatrième année consécutive, la ville de Divonne-les-Bains est partenaire de la Semaine de la langue française et de la francophonie. Au programme : un concours de textes, un séance Plein écran (Starbuck, de Ken Scott), la dictée de la francophonie, une lecture-spectacle.

Et si l'une de vos bonnes résolutions de l'année était justement de relever un défi en participant au concours de textes de la Francophonie ? Vous aimez écrire, vous avez l'imagination débordante ? C'est l'occasion ! Lancez- vous ! Lâchez-vous !

Ce concours est ouvert à tous. Vous avez jusqu'au lundi 17 mars inclus pour adresser, au Service culturel de Divonne-les-Bains, vos textes comportant les dix mots à l'honneur en 2014 : ouf, charivari, hurluberlu, s'enlivrer (être ivre de lecture), timbré, à tire-larigot, tohu-bohu, faribole, zigzag, ambiancer.


Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site de la mairie de Divonne-les-Bains : Francophonie 2014 ou sur le site du Ministère de la Culture et de la Communication : Dis-moi dix mots  ou contactez-nous.
N'hésitez pas à faire circuler l'information. C'est à vous de jouer !

Service culturel
Ville de Divonne-les-Bains
Tél + 33 (0)4 50 99 00 72 / Fax + 33 (0)4 50 99 17 71
Courriel : service.culturel@divonne.fr

 

Nota bene. Divonne-les-Bains est une petite ville thermale du département de l'Ain, située à la frontière franco-suisse, distante de Genève d'une vingtaine de kilomètres. Outre son casino (qui fut naguère le deuxième de France), elle se flatte d'être (depuis quelque temps), avec Los Angeles, l'un des deux pôles du Mot juste en anglais. Pas étonnant qu'elle s'apprête à fêter dignement la Semaine de la francophonie !

 

Rendez-vous sur : www.divonnelesbains.com

 

  Divonne
L'Esplanade du Lac, centre culturel qui abrite la Médiathèque de Divonne-les-Bains où aboutiront les contributions de nos lecteurs. 
(Photo aimablement communiquée par Yoran Merrien).

 

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Les juricourriels de l’Université de Saint-Boniface

Les juricourriels font partie d'un service lancé il y a plusieurs années par l'Université de Saint-Boniface afin d'encourager les intervenants et les intervenantes du secteur de la justice à lire, au moins à l'occasion, un court texte à caractère juridique en français. Cette année, ils vous présentent un point de langue sur un terme ou une expression du vocabulaire juridique ou un mini-lexique. Vous trouverez en trombone la capsule linguistique : Passons à l'acte.

 

La préparation et la diffusion des juricourriels est un service de notre établissement rendu dans le cadre de l'Initiative d'appui à l'accès à la justice dans les deux langues officielles du ministère de la Justice Canada.

 

Nous vous invitons à visiter notre Centre virtuel de ressources en français juridique à l'adresse http://sites.ustboniface.ca/crfj/ où vous trouverez les diverses ressources à caractère juridique que nous avons publiées au fil des années.Également, vous y trouverez des activités interactives de formation en français juridique préparées pour le personnel de soutien en milieu juridique : http://sites.ustboniface.ca/crfj/activite/activite_formation_ligne.htm.

 

Bonne lecture!

 

 

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Maltalingua offre deux semaines de cours  d'anglais à Malte (hébergement compris).

Pour participer au concours, il faut d'abord dire pourquoi Malte peut être une destination sympathique pour apprendre l'anglais ou raconter une expérience drôle ou étrange que l'on ait faite en apprenant l'anglais.


Ensuite et c'est la question subsidiaire il faut deviner le nombre de Smarties dans le bocal (cf lien ci-dessous) et articuler un chiffre.

http://www.maltalingua.fr/concours/smarties

Le concours sera clos lorsque le nombre exact de Smarties aura été découvert.

Bonne chance et rendez-vous à La Valette !

Lecture supplémentaire :

Langue anglaise et héritage britannique à Malte

 

Elsa Wack – traductrice du mois de janvier 2014

 

 Elsa Saleve

Vue panoramique sur le Salève

LMJ : Installée aux environs de Genève, au pied du Mont Salève, vous êtes traductrice indépendante, spécialisée dans des domaines bien particuliers. Avant cela, où avez-vous vécu et quel cursus universitaire avez-vous suivi ?

Elsa W. : J’ai quitté Genève à l’âge de six mois pour Bâle, car mon père chimiste avait dû aller jusque-là pour trouver du travail. Mais nous sommes bien vite revenus, juste avant mes six ans, et j’ai eu tout le loisir d’oublier le suisse-allemand que j’avais commencé à emmagasiner.  J’ai fait des études de lettres à Genève, avec l’anglais, et aussi la philologie romane, c’est-à-dire l’étude, à travers la littérature, des langues et dialectes présents sur le territoire français aux environs du XIIe siècle : ancien français, ancien provençal et latin médiéval. La musicologie était ma troisième branche, avec un vieux professeur un peu décrié, qui nous racontait des vies de musiciens au lieu de nous initier aux joies de la musique contemporaine.

 

LMJ. : Est-ce une prédisposition, vous avez aussi étudié la musique (et la musicologie) et vous consacrez votre mémoire de licence aux textes de la musique pop. Expliquez-nous.

 

Elsa W. : Fille d’un bon musicien, j’avais appris le hautbois, puis mon frère aîné m’a donné quelques bases de guitare. J’ai passé une partie de mon adolescence à fumer des joints et à écouter de la musique pop, écroulée sur un canapé. C’était malsain, mais ça n’a pas réussi à éteindre en moi toute ferveur poétique et musicale active. Pas plus que cela n’a empêché les musiciens de la pop, à l’époque (et au début de leurs expériences psychédéliques), de réaliser des œuvres extraordinaires. Bien sûr, il faut trier. Je continue à croire que ce fut une grande époque de la musique, entre 1965 environ et le début des années 70, principalement en Angleterre et aux États-Unis.

 

LMJ. : Vous faites vos premiers pas dans le sous-titrage cinématographique. C'est une spécialité assez peu commune. Comment sous-titre-t-on ?

 

Elsa W. : À l’époque, nous avions chacun une visionneuse. C’était à Lucerne. Le film se déroulait, nous pouvions l’interrompre. Parallèlement à la pellicule du film se déroulait une bande blanche sur laquelle nous marquions d’un trait horizontal la durée de chaque plan de caméra. A partir du trait obtenu, qui mesurait un nombre variable de centimètres, nous pouvions inférer la longueur que pourrait avoir notre sous-titre sur la machine à écrire. Les techniciens utilisaient aussi ce repérage pour incruster chimiquement le sous-titre. Pour les traducteurs, il fallait donc beaucoup abréger, synthétiser. Certains films se sous-titrent mieux que d’autres. Nous disposions aussi du script du film, avec les dialogues – la prononciation à l’écran n’est pas toujours facile à suivre – et les mouvements de caméra. Cela, c’était quand tout allait bien. Souvent nous n’avions que le script et ne voyions pas le film. Dans le pire des cas, nous n’avions que les sous-titres allemands, qu’il fallait traduire, mais cela, c’était surtout pour les films pornos (il y en avait aussi, au grand dam de la plupart d’entre nous). Je précise encore que l’opération du visionnage avec marquage sur le ruban blanc n’était faite qu’une fois par film, soit par le traducteur allemand, soit par le traducteur français. On considérait qu’il n’était pas nécessaire que les deux  voient le film. Je crois que c’est encore le cas, mais aujourd’hui tout est informatisé bien sûr.

 

LMJ. : Vous travaillez à Lucerne et à partir de l'allemand. Quelles difficultés avez-vous éprouvées à vos débuts ?

 

Elsa W. : Au début, à Lucerne, je me débrouillais assez mal en allemand mais, comme je réussissais plutôt bien avec l’anglais, on m’a aussi donné des films à traduire de l’allemand. Notamment des pornos. Puis, on m’a confié un film de 1939, une adaptation à l’écran d’Effi Briest, un grand roman de l’auteur allemand Theodor Fontane. J’ai commis beaucoup d’erreurs dans ce film, mon manuscrit est revenu tout raturé. J’en ai profité pour démissionner, car, même si ce travail me passionnait, j’étais malheureuse à Lucerne et ne m’entendais pas avec certaines collègues proches. J’ai ensuite été perfectionner mon allemand à l’université de Berne.

 

Elsa globi paysanLMJ: : Dans un domaine voisin, vous traduisez aussi les strophes qui accompagnent les bandes dessinées Globi, très populaires en Suisse allemande. C'est, là encore, un genre très particulier. [Une des ces traductions pârait au-dessous de cette interview.] Quelles en sont les difficultés spécifiques ?

 

Elsa W. : Quand il s’agit de traduire des vers, la forme prend tout à coup une dimension toute différente. Alors que les sous-titres d’un film s’appuient sur les images, le sens d’un poème s’appuie sur des rapports qui existent entre les sons. L’alchimie entre le fond et la forme doit être recréée, sinon on a des vers de mirliton. Il ne faut pas se laisser dérouter par l’aspect musical du vers et surtout ne pas commencer à traduire mot à mot les vers allemands. Traduire six strophes (une page) d’un Globi demande facilement quatre heures de travail, donc on peut s’écarter de l’ordinateur et reprendre le crayon et le papier. Pour commencer ce travail, je note quelques mots-clés, importants pour le sens. Je les choisis à la fois dans le texte allemand et d’après les dessins, qui dans Globi, sont des dessins muets, sans « bulles ». Je dresse des listes de synonymes. Parfois, j’écris une phrase qui résume le sens de ma strophe. Puis j’organise progressivement ces mots ou ces bouts de phrases en cherchant des rimes. Il arrive aussi que, soudain, une rime me donne le sens. Les allitérations sont aussi très importantes – de plus en plus, même, me semble-t-il, en français. Les allitérations ont quelque chose de très instinctif, elles viennent souvent toutes seules, je le constate en retravaillant mes vers. Je travaille avec des vers de sept ou huit pieds, comme en allemand ; certains « e » muets sont prononcés, mais il ne faut en aucun cas qu’ils tombent sur un temps fort du vers. L'« e » muet est de plus en plus muet en français. La césure, coupure dans le vers, est aussi un élément de phrasé très important. Le résultat est un mélange entre la quête de rimes riches et d’allitérations rythmées, la quête de sens, et la nécessité de s’adresser à des enfants et d’avoir un langage qui ressemble à ce qu’ils ont l’habitude d’entendre.

 

LMJ. : Enfin, vous traduisez des chansons. Pour le sous-titrage, il faut suivre les différents plans mais, pour les chansons,  il faut suivre la mélodie. Traduisez-vous, adaptez-vous ou recomposez-vous les textes qui vous sont proposés ?

 

Elsa W. : Pour traduire des chansons, le type de difficulté décrit ci-dessus devient exponentiel. Chaque langue a sa musique. Il y a des syllabes longues, des brèves, des notes hautes, des notes basses. Le texte doit respecter tout cela. Si vous parlez du ciel quand la musique descend, cela ne sera pas innocent. De même, si vous parlez d’un temps très long (par exemple, de l’éternité dans la musique sacrée), il ne sera pas judicieux d’utiliser des doubles croches (notes rapides). Mais peut-être que j’exagère ; on peut aussi prendre certaines libertés. Traduire des chansons est un dada. Tout comme les poèmes sont rarement traduits en vers métrés, il est aujourd’hui assez rare que des chansons soient chantées en traduction, surtout depuis l’anglais, cette langue que tout le monde s’applique à Elsa notescomprendre. Il faut, pour adapter, rythmer à neuf certaines parties de la mélodie ou recomposer la répartition des voyelles – qui peuvent s’étendre sur plusieurs notes –, pour que le phrasé du français, la musique de la langue française, puisse s’y caler. C’est ce qu’ont fait des chanteurs comme Johnny Halliday ou Hugues Aufray ou leurs traducteurs. Les accents des mots, qui en français tombent généralement sur la dernière syllabe du mot, doivent tomber de préférence sur des temps forts du rythme. Dans la musique baroque ou classique, ce sont souvent le premier ou le troisième temps d’une mesure, mais ce peuvent aussi être des contretemps, et là encore il peut y avoir une valeur symbolique. Par exemple, quand Céline Dion chante All by myself sur des contretemps, la charge symbolique est très forte.

Quand, au contraire, on traduit en prose des poèmes ou des chansons, le résultat est parfois très décevant pour le lecteur, puisque le sens de l’original est imbriqué dans des rapports aussi aléatoires que possible entre les sons, et que la prose ne traduit généralement pas cela.

 

LMJ. : Comment votre charge de travail se répartit-elle entre l'allemand et l'anglais ? Et entre vos différentes spécialités (chansons, strophes, etc.) et ce que l'on pourrait appeler le tout-venant ?

 

Elsa W. : Le tout-venant, ce sont les textes juridiques, dans lesquels on me cantonne de plus en plus. Je reçois plus de textes allemands que de textes anglais. J’ai également traduit ces dernières années les programmes et le site web d’un prestigieux festival de musique classique, mais il a maintenant décidé de se passer de l’agence qui servait d’intermédiaire entre lui et moi. Et, bien sûr, mon contrat avec l’agence m’interdit de reprendre à mon compte les clients qu’elle m’a procurés, donc adieu le prestigieux festival ! Il y a aussi les textes publicitaires, humanitaires (là, c’est souvent de l’anglais), éducatifs, l’informatique, l’énergie, la politique… Les albums de Globi, j’en reçois un à traduire tous les deux ou trois ans. Cela me prend deux mois environ et c’est un bon travail de fond entre d’autres mandats plus lucratifs. Les traductions de chansons, c’est un hobby, il est très rare que j’aie été payée pour cela.

 

LogoElsaFrancaisLMJ. : Je suis allé sur le site www.wack.ch et je l'ai trouvé fort bien fait. J'ai vu que vous proposiez des glossaires. Comment les établissez-vous ? À partir de traductions que vous avez faites ? D'un fichier général ? Aimez-vous le travail de terminologie ?

 

Elsa W. : Il me semble que tout traducteur fait un travail de terminologie. Assez rapidement, je me suis rendu compte que je butais systématiquement sur certains mots qui nécessitaient à chaque fois une traduction différente. Mais, j’ai pour principe que tout peut se traduire – ce qui m’a déjà fait perdre beaucoup de temps dans ce métier ! J’ai commencé à noter les diverses solutions que j’avais adoptées pour ce genre de mots, et aussi d’autres mots plus techniques dont j’avais dû longuement rechercher un équivalent français absent du dictionnaire. Peu à peu, cela a formé ces glossaires, de gros fichiers indépendants de mes traductions. Mais je suis une terminologue très paresseuse ; je ne remets pas les glossaires à jour, je me contente de les gonfler de plus en plus en leur ajoutant de nouveaux mots. C’est pourquoi ils contiennent beaucoup de points d’interrogation ou, pire, de traductions périmées, par exemple de mots pour lesquels un anglicisme ou une meilleure traduction a fini par s’imposer. Ces glossaires me font donc une publicité toute relative, mais je sais que beaucoup de mes collègues les rencontrent dans leurs recherches. Si vous tapez dans Google un mot étranger rare et le mot « glossaire », « glossary » ou « Glossar », vous trouverez peut-être un équivalent dans ce genre de fichiers de référence.

  

LMJ. : Dans la liste de vos travaux, je relève la traduction du livre New York – Sweet and sour, du photographe Andréas Hilty. Par le passé, LMJ a consacré plusieurs articles à des photographes que New York a inspirés. La traduction des légendes s'apparente-t-elle à celle des chansons ou des dialogues de films ?

 

Elsa W. : Je devrais changer cette mention dans mon site. Il ne s’agit pas à proprement parler de légendes. Ce sont de petits textes décrivant une expérience new-yorkaise, et ils sont suivis d’une série de photos sans légendes ni commentaires. C’est un beau livre, qui aborde New York sous l’angle de la nourriture, avec des photos de superbes magasins, bars ou restaurants, de vrais temples modernes ; ou des photos de lieux d’entreposage  de la viande ou du poisson, ou encore de gens mangeant dans le métro… Non, en général, la traduction de légendes d’illustrations est quelque chose d’assez simple, si l’on a l’image sous les yeux. Mais, dans ce livre, ces petits textes épars étaient clairement de type littéraire, c’est-à-dire relativement complexes à traduire.

 

LMJ. : Être traductrice indépendante n'est pas toujours facile. La maîtrise du flux de travail vous échappe, les clients sont souvent pressés. Bref, il y a des pointes et des creux. Quels conseils donneriez-vous à celles et ceux qui débutent dans la profession ?  

 

Elsa W.: Je veux bien vous les donner, mais j’ai de la peine à les suivre moi-même ! Ne pas paniquer pendant les creux. En profiter pour prospecter. Ça ne sert pas à grand-chose mais ça occupe. Accepter alors des travaux qui peuvent paraître rebutants. Avoir aussi des traductions personnelles, des hobbies, pour meubler ces creux. Pendant les périodes de pointes, conserver un standard de qualité suffisant. Chez moi, ce standard est de deux relectures au minimum, l’une en comparant avec l’original, la seconde en s’en détachant. Avant de relire, il est parfois bon de passer à autre chose pendant un petit moment, par exemple à une autre traduction, pour se vider la tête de ses a priori. Mais quand il y a urgence, ce n’est pas possible. Le stress positif fait alors aussi son travail. Attention tout de même de ne pas accepter n’importe quel délai. La traduction est un travail qui demande beaucoup de concentration, et aussi des temps de récupération.

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           Elsa globi paysan

  Elsa Globi verse

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