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Linguistes du mois de septembre :
Angelika Eberhardt et Pierre-André Rion.

 


  ZzswissEst-ce pour faire régler sa montre ou pour acheter  du chocolat ? Ce mois-ci, 
Jean  Leclercq s'est encore Geneva choco
rendu à Genève.
 
 Cette fois, pour interroger une interprète de  conférence et un traducteur, tous deux très activement engagés dans la vie associative.
  

 

Z angelika     Z - guy
                     

Inviter chaque mois un(e) linguiste, semble être une bonne idée. Mais, que dire d'en inviter deux ? Surtout, s'il s'agit d'une interprète de conférence, Angelika Eberhardt, et d'un traducteur, Pierre-André Rion, ASTTIrespectivement co-animatrice et co-animateur du Groupe régional genevois de l'ASTTI (l'Association suisse des traducteurs, terminologues et interprètes).*

Deux professions, deux parcours professionnels différents, mais une volonté commune de réunir et de faire dialoguer des gens qui, souvent, n'ont que trop tendance à travailler isolément.

 ——————————————————————————————-

J. L. Honneur aux dames, commençons par vous, Angelika. Comment êtes-vous venue à la profession d'interprète de conférence, métier prestigieux qui en attire beaucoup mais n'en retient que très peu ?

Angelika. Je suis devenue interprète parce que j'aimais les langues, le contact avec les gens en général et les cultures étrangères. En plus, comme pour beaucoup d'interprètes, j'avais l'impression que ce boulot avait sa raison d'être puisqu'il aidait les gens à communiquer, à dialoguer et parfois à s'entendre. Qu'on pouvait ainsi contribuer à améliorer un tout petit peu le monde. Vision très romantique des choses, j'en conviens ! J'avais déjà fait des traductions à l'université de Sarrebruck (Allemagne), et c'est la raison pour laquelle je me suis lancée un peu à l'aveuglette, à la fin de mes études, en 2000. J'étais sûre que je serais contrainte d'occuper un emploi à temps partiel pendant une période de transition plus ou moins longue. Mais, j'ai eu une chance folle car, dès les premiers mois de ma vie professionnelle, j'ai décroché un énorme contrat qui m'a occupée pendant les trois premiers mois et un autre, peu de temps après, qui m'a permis de mettre le pied à l'étrier… Je suis arrivée à Genève en 2011, pour des raisons privées.

J. L. Jusqu'ici, il n'a été question que de traduction. Comment êtes-vous passée à l'interprétation, activité qui implique des aptitudes particulières. Quelle est votre combinaison linguistique ? Comment votre travail se répartit-il entre les différentes langues dans lesquelles vous interprétez ? Quelle est celle qui vous donne le plus de difficultés ?

Angelika. Mon premier grand contrat était un mélange d'interprétation, de traduction et d'accompagnement. Puisque je suis interprète de profession, j'ai cherché le contact avec des collègues et aussi des clients potentiels dans la région où je me suis établie après les études. Voilà comment j'ai pu décrocher les premiers mandats d'interprétation. Puis, j'ai passé des tests d'accréditation auprès de différentes organisations internationales. Et, très important, j'ai adhéré à des associations professionnelles (tout d'abord allemandes, puis une association internationale – l'AIIC). Ensuite, quand je suis arrivée à Genève, j'ai fait des recherches et j'ai présenté une demande d'adhésion à l'ASTTI. On y fait des connaissances, on peut faire du réseautage, participer à des formations. Les associations défendent nos professions… Enfin, elles publient des bases de données de leurs membres ce qui permet aux clients de nous trouver ! Comme interprète, je travaille avec les combinaisons suivantes: allemand <-> français et anglais/espagnol -> allemand. Comme traductrice, je ne travaille que vers l'allemand. En interprétation, je dirais que le français et l'anglais sont plus fréquents que l'espagnol. Chaque combinaison linguistique a ses défis particuliers. Je ne dirais pas qu'il y a une combinaison qui me donne des difficultés particulières.

J. L. Vous, Pierre-André, n'êtes pas venu directement à la traduction. Vous êtes plutôt devenu progressivement traducteur professionnel à l'issue d'un parcours que vous allez nous raconter.

Pierre-André. J'ai fait des études supérieures de lettres (licence de philosophie de l'Université de Lausanne) et de langues vivantes (anglais et allemand), enrichies par des séjours en Allemagne (Münster et Berlin) et au Royaume-Uni (Birmingham et Exeter). Ensuite, j'ai débuté dans le journalisme à l'A.T.S. (Agence Télégraphique Suisse), puis au quotidien La Suisse, à Genève. Je me suis reconverti dans la traduction en dirigeant successivement le service de traduction (allemand/anglais) d'une grande compagnie d'assurances, puis celui d'une agence de traduction boursière et financière. Depuis 2001, je suis traducteur indépendant, spécialisé dans les finances et les assurances.

J. L. Cet impressionnant bagage de culture générale vous a-t-il aidé dans votre activité de traducteur allemand-français et anglais-français ? Comme pour Angelika, les associations professionnelles vous ont-elles aidé à vous faire une place dans le milieu professionnel ?

Pierre-André. Oui, le capital de culture générale est un atout dans ce métier. C'est ce qui vous permet de mieux saisir ce que veut dire l'auteur de l'original. Comment faire de la traduction financière, par exemple, sans savoir lire un bilan ? Quant aux associations professionnelles, je dirais que c'est fondamental. Sans elles, je ne me serais jamais lancé à mon compte. À l'ASTTI, j'ai rencontré des collègues, j'ai compris que l'on pouvait gagner sa vie en étant indépendant, j'ai pris confiance en moi, j'ai tissé un réseau de clients, j'ai appris à négocier, à vendre mon travail, toutes choses très importantes. Je me suis aussi perfectionné grâce aux cours de formation continue proposés régulièrement par l'ASTTI. Et aussi en participant chaque année à «Equivalences». Consacré cette année au thème «Traduction et technique», ce congrès annuel de l'ASTTI d'une durée d'une journée se tiendra à l'Hôtel Kursaal à Berne le 24 octobre prochain. Ou à l'Université Zz spiezd'été de la traduction financière, organisée par l'ASTTI tous les deux ans à Spiez, petite ville pittoresque lovée sur la rive sud du lac de Thoune et à laquelle sont invitées de «grandes pointures» du monde de la traduction financière. Ici, à Genève, notre groupe régional organise tous les trois mois environ une rencontre centrée sur un sujet donné, ce qui est une occasion de recruter de nouveaux membres, de faire circuler les informations d'actualité sur ce qui se passe au sein de l'ASTTI, de nous retrouver et de dîner ensemble pour ceux qui le souhaitent.

J. L. Quelque chose m'intrigue, chez vous, Angelika, c'est que vous soyez à la fois interprète et traductrice. D'habitude, ces deux professions sont distinctes. Elles font appel à des compétences différentes et correspondent souvent à des personnalités différentes. Comment conciliez-vous l'oral et l'écrit ?

Angelika. Les compétences ne sont pas différentes, mais complémentaires. Comme disent les juristes: «La plume est serve, mais la parole est libre». En cabine, il faut trouver très vite une solution, qui n'est pas forcément la meilleure. Lorsqu'on traduit, on a davantage de temps pour rechercher la meilleure formulation possible, on a la possibilité de relire, de peaufiner son texte. Surtout, il sera ensuite gravé dans le marbre et l'on en sera longtemps responsable. Interpréter et traduire, c'est un miroir à deux faces, chacune nourrissant l'autre. Tout au moins, c'est comme cela que je conçois ma profession. Ensuite, il est un impératif qui tient à l'évolution du marché linguistique. Avant, on était engagé longtemps à l'avance, on pouvait bâtir son plan de charge.
Planifier des «saisons» à long terme était encore plus ou moins possible. Maintenant, on est pressenti à bien plus brève échéance, et les conférences se tiennent presque toutes au printemps ou à l'automne. Une longue période creuse s'installe pendant les mois d'été et il est alors commode d'avoir une ou plusieurs traductions pour faire la soudure. Il est des interprètes qui ne veulent pas traduire, mais ce n'est pas mon cas !

J. L. Et pourquoi avoir choisi Genève pour exercer votre activité d'interprète et de traductrice plutôt que Bruxelles ou d'autres villes internationales ?

Angelika. Je n'ai pas forcément pris la décision en fonction des débouchés  parce qu'il y a des possibilités à beaucoup d'endroits (pas forcément avec toutes les langues ou combinaisons mais quand-même).
Puisque je fais desZ lac leman traductions aussi, j'étais en outre un peu plus libre dans mon choix. La balance a penché en faveur de Genève pour des raisons purement personnelles. Mon père disait toujours qu'il adorerait passer sa retraite au bord du Lac Léman et j'ai compris pourquoi il le disait quand j'ai voyagé au Lac Léman pour la première fois (à l'âge de 22 ans).

Puis, plus tard, je me suis fait des amis à Genève. Le paysage, le lac et les amis étaient principalement les facteurs qui ont été décisifs pour ma décision.

  
Z geneva

J. L.
Que pensez-vous, Pierre-André, de cette opposition qu'on fait souvent entre les interprètes, qui seraient plutôt extravertis, et les traducteurs plutôt introvertis ? Est-ce qu'il y a du vrai là-dedans ou est-ce plutôt un cliché ?

Pierre-André. Je constate fréquemment que les traductrices et les traducteurs, surtout ceux qui se sont mis à leur compte et qui travaillent en indépendants, sont un peu du genre «loup solitaire». D'où le rôle d'autant plus important que peuvent jouer les groupes régionaux de l'ASTTI , qu'il s'agisse du groupe régional de Bâle, de Berne, de Genève ou de Zurich. C'est dans ce cadre que l'on sent «battre le pouls» de l'Association. Et plus nous serons nombreux en tant que membres actifs au sein de l'ASTTI, plus nous pourrons faire entendre notre voix, tant au plan cantonal que fédéral, pour faire connaître et défendre les intérêts d'une profession trop habituée à rester dans l'ombre.

J. L. Napoléon disait qu'il n'aimait pas Genève parce qu'on y entendait partout parler l'anglais. Qu'en est-il du dialogue entre Romands et Alémaniques en Suisse, l'un des rares pays au monde qui ait le privilège d'avoir quatre langues officielles (si l'on ajoute encore l'italien et le romanche) ?

Pierre-André. Vu de l'extérieur, on pourrait croire que puisque l'allemand est la langue obligatoire dans les écoles romandes, et le français la langue obligatoire en Suisse alémanique, les échanges entre Romands et Alémaniques sont très intenses. Aujourd'hui, c'est malheureusement loin d'être le cas. Quand j'étais enfant, en Suisse alémanique, la tradition était d'envoyer les jeunes filles de 16 ans faire leur année de Welschland en tant que baby-sitters dans une famille romande. Ce fut le cas dans notre famille. D'où un double étonnement: d'abord, j'ai réalisé pour la première fois que l'allemand n'était pas une langue scolaire et artificielle, mais que c'était une langue vraiment parlée ailleurs dans mon pays. Ensuite, que le schwyzertütsch (dialecte suisse allemand) parlé de l'autre côté de la Sarine, Rostila rivière marquant la frontière linguistique (la «barrière de Röstis» ou «Röstigraben», littéralement le fossé de röstis, du nom d'un célèbre plat de pommes de terre), m'aurait été nettement plus utile que le bon allemand pour engager la conversation.

J. L. L'enseignement du français se porte-t-il bien actuellement dans les cantons de Suisse alémanique ?

Pierre-André. Non, certains cantons de Suisse alémanique viennent même de décider de supprimer l'enseignement du français à l'école primaire. À leur décharge, il faut souligner qu'à la différence des francophones, les Alémaniques doivent apprendre trois langues étrangères : d'abord le bon allemand, et ensuite le français et/ou l'anglais. L'usage du dialecte alémanique peut déjà faire obstacle à la maîtrise du bon allemand. Il n'est dès lors guère étonnant que l'anglais ait plus de succès, le français étant moins prestigieux aux yeux des jeunes Alémaniques et très difficile à apprendre, comparé à l'anglais.

Par exemple, à la télévision se déroulent en ce moment trois campagnes de votation totalement différentes, selon qu'on regarde la télévision de Suisse alémanique (en suisse allemand), la télévision de Suisse italophone (en italien) ou la télévision de Suisse romande (en français).
Les médias allemands influencent considérablement la Suisse alémanique; les médias italiens marquent de leur empreinte le canton du Tessin (Suisse italienne) et les médias français la Suisse romande. Et les Suisses votent après avoir regardé «leur» télévision, ignorant le plus souvent tout
de ce qui s'est passé à la télévision dans les deux autres régions linguistiques du pays.


Sprachewww.ethz.ch

 

J. L. Vous connaissez la boutade prêtée à Talleyrand : «Il y a cinq continents, et puis il y a Genève. Il faut donc croire que Genève est au centre du monde». Est-ce encore valable aujourd'hui ?

Pierre-André. Oui, la boutade de Talleyrand est plus que jamais valable. Et ce qu'on oublie souvent, c'est que si New York et Genève peuvent rivaliser quant au nombre d'organisations internationales qui y ont leur siège, Genève est indiscutablement le centre du monde en ce qui concerne le nombre d'organisations non gouvernementales (ONG). Un simple coup d'œil sur le site du Centre d'Accueil de la Genève Internationale  vous en convaincra.

J.L. On reproche parfois à la Suisse de vouloir se replier sur soi, de vouloir rester à l'écart des pays qui l'entourent, voire du vaste monde. Ce risque de repli sur soi existe-t-il pour l'ASTTI ?

Pierre-André. À voir le nombre de collègues venus d'Allemagne, d'Autriche, d'Angleterre, d'Italie, de France, de Belgique, et même du Canada et des États-Unis, pour participer à l'Université d'été de la traduction financière à Spiez, je ne crois franchement pas que cette crainte se justifie. Et je ne peux qu'encourager les membres de l'ASTTI à renforcer leurs liens avec les associations sœurs actives sur les cinq continents.

J. L. Quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui s'engagent dans la profession ? D'abord vous, Angelika.

Angelika. Le monde a beaucoup changé. Il faut être au point, savoir utiliser tous les instruments de travail que la technologie met à notre disposition. À notre époque aussi, il faut être visible, projeter une image, et cela même si la traduction est un métier qui incite à la modestie. Un studio de conseil graphique peut très bien concevoir pour vous une jolie carte de visite, voire un site Internet, qui vous aidera à nouer des contacts. Ensuite – et là je m'adresse à ceux qui se dirigent vers l'interprétation – il faut se dire que l'interprétation est volatile et ne pas dédaigner la traduction, car ce peut être un bon second pilier.

J. L. Quant à vous, Pierre-André, quels conseils prodigueriez-vous ?

Pierre-André. Outre l'appartenance à une ou plusieurs associations qui, je vous l'ai dit, est très importante, il est bon d'avoir un «tuteur», un traducteur confirmé qui puisse guider vos premiers pas. Et puis, il faut aussi, soyons réalistes, savoir vendre son travail. Les débutants, frais émoulus des études supérieures, ont rarement appris à vendre leurs prestations. Donc, suivre un petit cours d'initiation à la vente me paraît indispensable.

 

 

 

Z translation

Z traduction

 

 

 

 

 

 

           

 

 

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*
La seule fois que nous avons interviewé deux personnes   ensemble, il s’agissait des Canadiens Émile et Nicole Martel, les parents de l’auteur Yann Martel, qui ont traduit son livre, « L’Histoire de Pi » de l’anglais vers le français.

 

Lecture supplémentaire :

Soirée Krystyna Skarbek à Genève

 

Entretien avec Jean Moorcroft Wilson,
la biographe du poète Siegfried Sassoon :

 

Gaudry centenary

 
Perspectives littéraires

Nous avons débuté notre évocation littéraire de la Grande Guerre avec celui dont le nom vient le plus spontanément à l'esprit : Guillaume Apollinaire ("Le flâneur des deux rives"). Nous voulons la  continuer par un poete britannique distingué, un des plus connus de la première guerre mondiale.

Entretien avec la biographe du poète Siegfried Sassoon :

Jean Moorcroft Wilson,

interrogée par Hannah Hunter, notre contributrice londonienne

 

 

  Hannah Hunter

Jean Moorcraft Wilson

 Hannah Hunter

Siegfried Sassoon (1886 – 1967), né d'un père juif et d'une mère anglicane, a grandi en Angleterre. Ce fut un poète satirique et un prosateur qui s'illustra par ses poèmes sur la guerre de 1914-1918 – une guerre au cours de laquelle il accomplit des actes d'une grande bravoure et dont il réchappa. Il se convertit au catholicisme et recentra sa vie autour de cette conversion.

Jean Moorcraft Wilson enseigne la littérature anglaise au Birkbeck College de l'Université de Londres. Épouse du neveu de la grande écrivaine britannique Virginia Woolf (1882-1941), elle dirige avec son mari une maison d'édition. Madame Wilson passe pour le plus éminent spécialiste du grand poète anglais de la Guerre, Siegfried Sassoon. Fruit d'années d'efforts, son livre Siegfried Sassoon: Soldier, Poet, Lover, Friend (paru en mai 2014) couvre l'ensemble de la vie et de l'œuvre du poète.

WW1 SIEGFRIED

Dans son tout dernier ouvrage, Wilson reconstitue le parcours du jeune patriote qui s'engage dans la guerre et qui en ressort pacifiste. À son retour du front, Sassoon a exprimé ses convictions pacifistes dans sa poésie et donné la parole aux millions de ses camarades anciens combattants qui avaient été physiquement et psychologiquement marqués par cet épouvantable conflit.

Jean Moorcraft Wilson a aimablement accepté de répondre aux questions de la représentante de ce blog, Hannah Hunter, dans le cadre du centenaire du déclenchement de la première guerre mondiale à laquelle la vie et l'œuvre poétique de Sassoon sont intimement liées.

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H Hunter : Comment la poésie de Sassoon a-t-elle été reçue, et comment a-t-elle été influencée par la célébrité grandissante de l'auteur ?

JM Wilson : Au début, sa poésie s'est heurtée à une indifférence quasi générale. Seul Edmund Gosse l'a lue, et aussi sa mère : merci Maman! Ensuite, plus tard, au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans la guerre, que son message apparaît davantage comme un appel au peuple et qu'il acquiert davantage de sens à ses yeux, l'accueil qu'il reçoit des gens ne se fonde plus tant sur lui-même que sur sa poésie. Puis, une fois qu'ils l'ont vu, découvrant quel homme séduisant il est, et ô combien byronien, ils lui portent davantage d'attention ; le peintre Philpot lui dit : "Vous êtes assez byronien [1] , n'est-ce pas ?". Je pense qu'alors on l'a considéré comme un personnage très romantique et cela a contribué à faire connaître sa poésie.

Sassoon youngLa célébrité modifia profondément sa vie. Certes, ce fut d'abord sa poésie qui le fit connaître. Mais, naturellement, comme c'était quelqu'un de charmant à avoir près de soi, parce qu'il était bel homme, parce qu'il avait une personnalité attirante et parce qu'il était socialement correct, on pouvait faire de lui une figure de proue. Lorsque les pacifistes voulurent faire triompher leur cause, ne mirent-ils pas Sassoon de leur côté ? Parce c'était un soldat, parce qu'il était jeune et beau, il fut bien reçu.

J'ai fait une causerie sur Sassoon et les autres poètes de la guerre dans laquelle j'ai dit que c'est vraiment une icône parce -Military_Cross qu'il en a toutes les caractéristiques, sauf une : il n'est pas mort jeune. Il appartient à la bonne bourgeoisie, ses hommes l'adorent, il est brave, il a la M.C. (croix de la valeur militaire) : tout cela il l'assume, c'est un personnage fantastique ! Et pourtant, au fond de lui-même, il est, à mon avis, vraiment très jeune et très naïf.

 

H Hunter : Selon vous, quand Sassoon a-t-il écrit ses meilleurs poèmes?

JM Wilson : Eh bien, je pense qu'il y eut deux périodes pendant lesquelles il a le plus souffert et produit aussi les meilleurs poèmes ; la guerre en est une. Edward Marsh [2] a parfaitement raison, il avait besoin d'un bon sujet pour ses poèmes – il lui fallait se concentrer sur un sujet particulier – je veux dire qu'on ne peut éternellement rimer sur le lever du soleil ! En prenant part à la guerre, il avait une cause à défendre. Puis, dans les années vingt, lorsqu'il quitta l'armée et qu'il n'y avait plus de motif de lutte, on sent que cette cause lui échappe. Certes, cela revient dans les années trente, quand il commence à écrire de la prose, et cela parce qu'il a de nouveau un sujet, sensiblement le même : la guerre. L'autre période, à mon avis, est celle pendant laquelle il se demande s'il doit ou non se convertir au catholicisme.

Dans les années vingt, lorsqu'il tente d'écrire ses satires politiques et sociales, je pense que ce n'est vraiment pas ce qu'il a fait de meilleur. Pendant cette période, ses meilleurs poèmes sont ceux qu'il écrit sur lui-même et l'un de mes préférés est When I'm Alone, un charmant poème écrit dans les années vingt. Je crois que lorsqu'il verse dans la politique, il n'est pas vraiment maître de sa plume : ce qu'il fait alors est un exercice.

 

'When I’m alone’ – the words tripped off his tongue
As though to be alone were nothing strange.
‘When I was young,’ he said; ‘when I was young . . .’

I thought of age, and loneliness, and change.
I thought how strange we grow when we’re alone,
And how unlike the selves that meet, and talk,
And blow the candles out, and say good-night.

Alone . . . The word is life endured and known.
It is the stillness where our spirits walk
And all but inmost faith is overthrown.

À partir du moment où il se convertit, au milieu des années cinquante, sa poésie me semble médiocre, parce que la tension a disparu – il a choisi – et la poésie, à mon sens, dépend beaucoup de la tension chez le poète. Je pense que les conflits qu'il connaît avant de choisir son église se traduisent par une poésie de tension et qu'il a véritablement là un sujet d'inspiration ; alors qu'avant cela il semble écrire sur ce qui lui passe par la tête parce qu'il est un peu à court d'idées. Cette poésie conflictuelle tardive mérite qu'on s'y arrête. Tout n'est pas un succès, mais cela me paraît intéressant et l'équivalent – non pas l'équivalent, mais un reflet, un pâle reflet, si vous voulez – de ce qu'il écrivait pendant la Grande Guerre. Mais, dans un cas comme dans l'autre, il avait un thème d'inspiration, quelque chose qui lui tenait à cœur. Je ne pense pas que le reste lui tint à cœur.

Je ne pense pas que Sassoon soit le plus grand de nos poètes. (Peut-être parce que je ne raffole pas de la satire.) Je préfère sa prose. Je crois que NOWc'est un poète très important, un poète extrêmement marquant, mais il ne suscite pas dans l'esprit cette dimension lyrique. Peut-être est-ce parce que j'aime la poésie lyrique, je veux dire que je préfère Edward Thomas et Wilfred Owen. Je pense que la poésie de Sassoon fut esentielle et je crois qu'elle fut très puissante et qu'en fait de satire, on ne fait pas mieux.


H Hunter
: Sassoon est étiqueté comme "poète de la guerre", mais son œuvre précède la Première guerre mondiale et survit à la Seconde. Pensez-vous que ce soit le dévaloriser que d'associer aussi exclusivement son œuvre à la Grande Guerre ?

JM Wilson : Cela le dessert bien évidemment, mais c'est peut-être compréhensible. À mon sens, ce qui le dévalorise encore plus, c'est le peu de cas fait de nos jours de sa prose. Je ne sais si vous avez lu Fox-Hunting MemoriesMan, c'est un livre merveilleux, c'est humoristique, c'est bien documenté, cela vous révèle ses réactions d'enfant, c'est plein d'observations intéressantes. Ce me semble être une merveilleuse image du monde d'avant-guerre et du début de la guerre, et c'est un très, très bon livre. Je trouve aussi Memoirs of an Infantry Officer excellent sur ce qu'il dit de la guerre. Mais, je pense que c'est là, dans sa prose, que se situe la sous-estimation de Sassoon. Et pourtant, Fox-Hunting Fox Man est une œuvre connue puisqu'elle a été au programme du GCSE [3]. Si l'on a sous-évalué Sassoon, c'est en ne voyant en lui qu'un poète de la guerre, et c'est ce qui m'a donné l'idée de concevoir ma biographie en deux tomes, parce qu'à mon avis la seconde partie de sa vie est aussi réussie que la première et aussi fascinante.


HHunter
: Dans la vie de Sassoon, chez qui voyez-vous la figure paternelle la plus authentique ?

JM Wilson : Oh, Rivers sans aucun doute, le Dr Rivers [4]. Je crois que leur relation a été compliquée par le fait que Rivers était probablement profondément attiré par Sassoon. Les lettres de Sassoon où il dit aimer Rivers et que Rivers le sortirait des ennuis et de la dèche, ou de je ne sais plus trop quoi encore… Je crois que Rivers le comprenait, et j'aime Rivers parce qu'il est véritablement influencé par le point de vue de Sassoon. Je crois aussi qu'il y a eu probablement plus qu'une attirance réciproque ; peut-être même plus qu'une relation normale père-fils. Le fait que Sassoon soit plus âgé lorsqu'il rencontre Rivers lui a fait prendre davantage conscience de lui-même et de ses tendances homosexuelles ; alors qu'avec le palefrenier de son enfance, Tom Richardson, par exemple, c'était vraiment une sorte de figure paternelle. Son père s'était séparé de sa mère avant que Sassoon ait cinq ans, une histoire affreusement triste. Privé de père, mais avec, face à lui, un jeune homme puissant, autoritaire et très beau en la personne de Richardson – vous savez, si jeune !


H Hunter
: À votre avis, pour quelles raisons Sassoon s'est-t-il converti au catholicisme ?

Je crois que lorsqu'il se convertit, il le fait pour plusieurs raisons. L'une d'elles est le véritable sentiment d'être juste sans personne et sans rien. Il me semble que Sassoon ait choisi la religion catholique en partie parce qu'il y trouvait une société essentiellement masculine. Il voulait aussi qu'on lui donne des ordres ; il aimait le rituel de l'église catholique et c'est pour cela qu'il n'est pas allé vers l'Église d'Angleterre, comme sa mère. Et il aimait les moines, il aimait revenir dans ce monde masculin. D'ailleurs, il aimait le cricket et la chasse pour les mêmes raisons.


H Hunter
L Qu'aimez-vous le plus en écrivant des biographies ?

J'aime le détail, j'aime les relations entre les êtres, j'aime ceux qui les vivent, j'aime découvrir ces relations qui, je crois, vous en apprennent beaucoup sur le personnage central ; avec qui ce personnage se lie-t-il, à quoi est-il sensible, quel rapport a-t-il avec le monde extérieur ?

Je trouve Sassoon extrêmement divertissant : je pense qu'il est très amusant, c'est quelqu'un de gentil. On me dit souvent : aimez-vous les gens dont vous faites la biographie ? Jusqu'ici, oui, ce fut toujours le cas. J'ai aimé Sassoon. Au début, je m'étais mis dans la tête qu'il était misogyne et je me demandais si je pourrais le supporter ? Mais, j'ai fini par l'aimer !

Traduit de l'anglais par Jean L.           
Version anglaise

————————————————–


[1]
Lord Byron
[1788-1824], poete et dramaturge anglais,
Lord_Byron

 

 

 

[2] Sir Edward Howard Marsh, KCVO CB CMG (18 novembre 1872 – 13 janvier 1953) était un esprit universel britannique, à la fois traducteur, protecteur des arts et fonctionnaire.

Marshall

 

 

 

 


[3]
General Certificate of Secondary Education – diplôme obtenu généralement vers 16 ans dans certains  pays anglo-saxons et sanctionnant la fin de l'enseignement général. Il peut s'obtenir dès 14 ans.

[4] W. H. R. Rivers (1864-1922) est un scientifique anglais spécialiste de divers domaines des sciences humaines (anthropologie, ethnologie, neurologie, psychiatrie, psychologie). Il est surtout connu pour ses travaux sur le stress post-traumatique chez les soldats de la guerre de 1914-1918.

W.H.R.Rivers_(Maull)

 

 

 

 

 


Siegfried Sassoon and the poets of the First World War
(4:39 minutes)

 

 

Lecture supplémentaire :

Siegfried Sassoon – His Life and Illustrated Bibliography

The First World War Poetry Digital Archive – The Collections
Oxford University

The War Poetry Website

À la une – le référendum en Ecosse

 

Alexandra Maniere (passport photo)redigé par notre très douée collaboratrice, Alexandra Manière, de Nantes. Nous la remercions infiniment pour l'analyse historique et linguistique qui suit.

 

A flag Aujourd'hui, le 18 septembre , les Ecossais devront se prononcer par referendum sur leur souhait de voir l'Ecosse devenir indépendante.

 

Quand les bloggeurs de Le Mot juste m'ont proposé d'écrire ce billet, en écho à un article paru sur le site de la BBC relatif aux très anciennes relations franco-écossaises, l'idée m'a beaucoup plu.

L'Ecosse est le premier voyage que j'ai fait avec l'homme qui allait devenir mon mari. Pendant trois semaines, avec notre vieille voiture et peu de moyens, nous avons exploré cette région authentique et préservée.

A alainPlus récemment, nous avons visité le château de La Verrerie à Oizon dans le Cher parce que c'est le château qui aurait inspiré Alain-Fournier pour Le grand Meaulnes. Lors de la visite, la guide nous avait raconté l'histoire des fresques retrouvées de la chapelle, parmi lesquelles on pouvait admirer des chardons écossais. A l'époque, je n'avais pas demandé pourquoi, mais le souvenir de cette singularité m'était resté.

Crédits : Alexandra Manière


Or, ce château est situé dans le Berry tout près du village d'Aubigny-sur-Nère où a lieu, chaque année à la mi-juillet, un festival franco-ecossais. Aubigny-sur-Nère est surnommée « la cité des Stuarts », car en 1424, le roi français Charles VII remit le comté

A chateau des Stuyarts et hotel de ville, Aubigny-sure-Nere (Cher)

Château des Stuarts et hôtel de ville. Aubigny-sur-Nère

d'Aubigny à Jean Stuart, comte de Darnley en remerciement de son aide, quand celui-ci et six mille Écossais débarquèrent à La Rochelle pour prêter main forte aux Français contre les Anglais. Mais le château ne fut pas construit avant la fin du XVe siècle par Béraud Stuart, son petit-fils.

 

fêtes Franco-écossaises Aubigny-sur-Nère 2014 (7:13 minutes)

 
A auld allianceCependant la vieille alliance « Auld alliance » en scots commença bien avant la guerre de Cent Ans, entre la France, l'Ecosse et la Norvège contre l'Angleterre. L'alliance fut appliquée à plusieurs reprises, dont dans un de ses volets qui stipulait que si l'un des États subissait une attaque de l'Angleterre, l'autre État envahirait l'Angleterre : ce qui fut le cas à une occasion.

 

 

A de gaulle

 

 

En 1560, le traité d'Édimbourg aurait mis fin à l'alliance – quand l'Écosse fut devenue protestante et s'allia à l'Angleterre, protestante également -, bien qu'une historienne britannique, Siobhan Talbott de l'University of Manchester, a publié récemment une étude sur l'Auld Alliance qui, selon elle, n'aurait jamais été révoquée. D'ailleurs, quelques points du traité restaient en application : entre autres, les Écossais résidant en France et les Français résidant en Écosse disposaient de la double nationalité jusqu'à la révocation de ce volet en 1903 par le gouvernement français.

La garde personnelle du roi de France fut longtemps et uniquement une garde écossaise. Le traité influença donc ainsi la vie des Écossais dans différents domaines, dont la langue.

On a ainsi de jolis mots écossais empruntés et transformés du français, et je remercie ici Mike Mitchell, traducteur français-anglais, resident des Hébrides, qui a relevé le très imagé : « Gare à l'eau » français, qui a donné l'écossais « Gardy-loo » et qui a conservé le « loo » pour désigner les toilettes et the lavatory. C'était le cri que poussait les ménagères ou les servantes, à l'attention des passants, avant de vider les contenus nauséabonds des pots de chambre et autres eaux usagées par la fenêtre…

On trouve aussi des ressemblances amusantes : cordiner (cordonnier/cobbler), mutton, pork, kikshaw (quelque chose / something en anglais), bonnie (bon/fine en anglais), chaumer (chambre/room en anglais) ou encore fash (se fâcher, to be annoyed en anglais).

Et enfin, pour ne pas omettre le côté gastronomique de tous rapprochements linguistiques, dans son assiette (ashet/(plate en anglais), on peut trouver le cabbie-claw (cabillaud/cod en anglais), l'howtowdie (pour l'ancien poulet poitevin hutaudeau/chicken en anglais), et last but not least, le fameux haggis (la panse de brebis farcie est un peu notre boudin en beaucoup plus compact !) qui viendrait de notre hachis (minced or ground meat en anglais) !

Il est difficile de me prononcer pour ou contre l'indépendance de l'Ecosse. En tant que française, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (que les révolutions américaines et françaises ont été les premières à affirmer formellement) a toute ma sympathie, ainsi que cette résistance du petit village d'irréductibles gaulois à combattre un état plus « impérialiste » ou centralisateur. D'un autre côté, les enjeux politiques, économiques et géopolitiques ont évolué et sont complexes, et il y a beaucoup à soupeser avant de renoncer à une union de plus de trois cents ans !

A c artoon

Faisons confiance aux Ecossais pour décider de leur destin : il ne reste plus qu'à attendre les conclusions du referendum, avec curiosité car les derniers sondages annoncent des résultats très serrés.

     

Les enjeux du referendum – BBC (2:06 minutes)


Note du blog sur le "kilt" escossais :

A kiltsL'histoire du kilt remonte au moins à la fin du XVIe siècle. Ce vêtement commence par envelopper tout le corps, la partie supérieure pouvant être portée comme une grande cape entourant les épaules, ou même par dessus la tête comme une pèlerine. Le petit kilt ou kilt de marche (semblable au kilt « moderne »), ce « jupon court des montagnards écossais » comme le définit le dictionnaire Larousse, n'apparaît qu'à la fin du XVIIe ou au début du XVIIIe siècle, et n'est que la moitié inférieure du grand kilt.
Le terme kilt vient du mot écossais kilt qui signifie retrousser ses vêtements autour du corps, bien que la 11e édition de l'Encyclopædia Britannica (vol. 15, p. 798) lui donne une origine scandinave. Le mot écossais dériverait du vieux norrois et aurait été introduit par des colons scandinaves qui portaient un vêtement plissé analogue.  
 
A queen
 
 
HONNI SOIT QUI MAL Y PENSE

 

Lecture supplementaire :

The Age of the Reformation – Scotland, England and France

The History Behind the Scottish Independence Vote
September 16, 2014

How the wording of the Scottish referendum could affect the outcome  
Economist, June 17, 2014

A la une – le dossier d’Oscar Pistorius

Ce 11 septembre 2014, après six mois de débats, la juge Thokozile Masipa B Pist & Reevaa commencé la lecture de son verdict à Pretoria (Afrique du Sud). Rappelons qu'Oscar Pistorius, champion paralympique de 27 ans, est accusé d'avoir tué Reeva Steenkamp, dans la nuit du 14 février 2013. IMG_763_2_2_2_6Voici un article redigé par  Beila Goldberg, notre correspondante à Bruxelles, qui replace cette affaire, ainsi qu'un événement précédemment survenu en Afrique du Sud, dans le contexte des problèmes de l'interprétation vus sous les feux de l'actualité.

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Lost in Interpretation en Afrique du Sud
(première partie)

Des articles antérieurs ont traité des difficultés de la traduction et des soucis que les traducteurs rencontrent.

Les feux de l'actualité nous amènent aujourd'hui à nous pencher sur les difficultés propres à l'interprétation et à toute l'importance de ses conséquences.

Le procès d'Oscar Pistorius [1]  et la cérémonie d'hommage rendu à Nelson Mandela [2], (qui constitutera la second partie de cette série et sera publiée le mois prochain) en seront le fil conducteur.

  
B trial FINAL

 B soweto Obama

 

 L'un comme l'autre a scandalisé l'Afrique du Sud, confrontée aux carences de la formation et du manque d'encadrement de ses interprètes.

L'un comme l'autre a fait l'objet d'une couverture médiatique planétaire sans précédent et ces carences ont été largement relayées, commentées et critiquées.

B PhrasebookL'Afrique du Sud compte onze langues officielles : le sotho du Nord, le sotho, le tswana, le swazi, le venda, le tsonga, l'afrikaans, l'anglais, le ndébélé, le xhosa et le zoulou.

L'anglais est celle des débats judiciaires, la langue de communication de l'État, prédomine dans le monde des affaires et sert de langue véhiculaire.

La Constitution sud-africaine garantit à chacun de ses citoyens la non-discrimination du fait de la langue, le droit et la liberté d'être éduqué ou de communiquer avec l'État dans la langue de son choix.

 

The State vs Oscar Pistorius

Oscar Pistorius, le sextuple champion paralympique sud-africain, a comparu devant la Haute Cour du Gauteng nord, basée à Pretoria, pour répondre du chef d'accusation du meurtre de sa petite amie, Reeva Steenkamp, dans la nuit de la Saint-Valentin en 2013.

B HOUSE


Les faits se sont passés à Pretoria au domicile de l'accusé.

Le procès d'Oscar Pistorius, comme tout procès en Afrique du Sud, a été conduit en anglais.

L'afrikaans est majoritairement la langue maternelle des habitants de Pretoria et donc celle qui y est quotidiennement usitée.

La bonne conduite du procès nécessitait la présence d'interprètes qualifiés pour traduire aussi bien les questions que les réponses dans ces deux langues.

Ce qui n'a pas été le cas et les erreurs de traduction de l'afrikaans vers l'anglais ont été nombreuses.

La plus grossière des erreurs de traduction au cours de ce procès a été commise lors de la déposition de Michelle Burger, la voisine d'Oscar , et ce dès les premiers jours.

Après avoir entendu des cris et des coups de feu, elle a déclaré en afrikaans que la suite avait été « deurmekaar ». Ce que l'interprète a traduit par « confus » en anglais au lieu de « chaotique ». Michelle Burger a très bien compris l'erreur, a vainement tenté de la corriger et de guerre lasse a préféré poursuivre sa déposition en anglais.

B RouxUne erreur de traduction que l'avocat d'Oscar Pistorius, Barry Roux, véritable bouledogue selon certains, s'était empressé d'exploiter en voulant semer le doute sur le témoin qui était elle-même embrouillée ou dont le souvenir était confus, donc sur la crédibilité de sa déposition. Je rappelle que son client encourrait une peine incompressible de 25 ans de prison pour meurtre.

D'autres personnes appelées aussi à témoigner n'ont pas été logées à meilleure enseigne. Tant et si bien que certaines, qui auraient témoigné en afrikaans, ont également préféré déposer en anglais. Une langue dont elles n'avaient pas la même maîtrise, ce qui explique aussi que le choix des mots pour s'exprimer n'a pas pu être aussi subtil, mais a cependant été retenu.

Ces erreurs de traductions tout comme le déroulement des audiences ont fait l'objet de nombreuses critiques dans tous les médias ; ce procès a été diffusé en direct par les chaînes sud-africaines et nombreux sont ceux qui le regardaient et y ont réagi.

Ces deux articles parus me semblent très explicites de la colère ressentie en Afrique du Sud, encore sous le choc du scandale survenu lors de la cérémonie d'hommage rendu à Nelson Mandela.

Anger over Pistorius trial interpreters
Sowetan Live, 14/03/2014

Le procès Pistorius perturbé par des couacs de traduction
Jeune Afrique, 14/03/2014

B judgeAujourd'hui, nous connaissons tous le verdict rendu le 12 septembre par la juge Thokozile Masipa : accusé pour meurtre, Oscar Pistorius a été reconnu coupable d'homicide involontaire. 

Ce qui agite à nouveau l'Afrique du Sud et est déjà considéré par beaucoup comme un autre scandale.

Le pays tweete à tout va et les médias s'emballent.

Dans les attendus : le témoignage de Michelle Burger « doit être rejeté dans sa totalité », selon la juge, au vu de la distance importante, plus d'une centaine de mètres, à laquelle se trouvait ce témoin.

Donc, much ado about nothing, toutes les erreurs d'interprétations ont été balayées avec d'autres témoignages jugés aussi peu fiables.

Cependant, Oscar Pistorius est trouvé coupable de culpable homicide.

En droit pénal sud-africain, la charge de la preuve incombe exclusivement à l'accusation et laisse le bénéfice du doute à l'accusé faute de preuves irréfutables retenues contre lui.

La peine est laissée à la seule appréciation de la même magistrate.

L'homicide involontaire ouvre toutes les portes en Afrique du Sud : du maximum de 15 ans de réclusion jusqu'à l'acquittement pur et simple.

Le Parquet fera sans doute appel de cette décision et l'affaire Pistorius est encore loin d'être close.

Le droit sud-africain est un système juridique mixte où une décision de justice rendue par une Cour supérieure fait office de jurisprudence, sauf à avoir été démontrée comme fausse.

C'est dire toute l'importance que revêt ce jugement et ses éventuelles répercussions, tant dans des décisions rendues ultérieurement que dans une refonte d'un système juridique plus que critiqué par de nombreux juristes sud-africains.

B afrikaansL'afrikaans est la plus jeune des langues germaniques, issue du néerlandais, née en dehors de l'Europe et parlée principalement en Afrique du Sud et en Namibie. 

 

Sans entrer dans les controverses qui persistent entre linguistes qui considèrent l'afrikaans (africain en néerlandais) comme un dialecte du néerlandais ou un créole, je ne peux que remarquer combien cette langue se différencie du néerlandais. Une langue différente par la grammaire et l'orthographe simplifiées, par la phonétique, par la consonantique, une langue dont la genèse est aussi liée à l'Histoire de l'Europe qu'à celle de cette partie du continent africain.

La seule langue au monde à laquelle un monument a été édifié : l'Afrikaans Taalmonument (le Monument de la langue afrikaans).

B Taal

 

 [1] procès d'OSCAR PISTORIUS et ses dates clés : Jeune Afrique

 [2] cérémonie d'hommage à Nelson Mandela : TV5Monde

Beila Goldberg

 

Note du blog :

 

L'anglais parlé en Afrique du Sud utilise parfois des mots ou des expressions dans un sens différent de ce qu'ils signifient ailleurs. En voici deux exemples :

 

  1. En Afrique du Sud, les feux de circulation s'appellent des "robots". Le mot « robot » vient du tchèque robota (travail forcé), terme utilisé par l'auteur Karel Čapek dans une de ses pièces, pour désigner des « ouvriers artificiels ». Le mot est entré dans la langue anglaise dans les années trente avec le sens d'automate.
  2. Il y est fréquent de dire : « just now ». Si un Sud-africain vous dit qu'il fera quelque chose « just now », vous pourrez être tenté de croire que ce sera immédiatement. En fait, là-bas, « just now » signifie « dans un petit moment ».

 

Le mot trek (sustantif =  randonnée pénible; verbe = traverser péniblement (desert, jungle)), venait de l'afrikaans trek, lui-même dérivé du néerlandais trekken « marcher, se déplacer », initialement « tirer », du moyen néerlandais trecken. Il est entré dans la langue anglaise au milieu du XIXe siècle. Le verbe intransitif to trek a d'abord voulu dire « se déplacer ou migrer en chariot à bœufs ». 

 

Lorsqu'un grand nombre d'entre les descendants des colons néerlandais d'Afrique du Sud, les « Afrikaners » quittèrent la colonie du Cap pour échapper à la mainmise britannique et fonder leur propre territoire, dans les années 1830-1840, on qualifia cet exode de « Grand Trek ».

 

Cette épopée engendra un autre mot désormais accepté en anglais : laager. Il désigne un campement défensif entouré de chariots ou de véhicules blindés.

 

Plus tard, en 1880-1881, et encore en 1898-1902, les Afrikaners ont combattu les Britanniques au cours de ce que l'on a appelé la guerre des Boers. Les Britanniques parquaient leurs prisonniers et les familles de ceux-ci dans de grands camps appelés « camps de concentration ». Bien plus tard, cette expression en vint à désigner, par euphémisme, les camps de la mort dans lesquels des juifs, d'autres minoritaires et des résistants à l'oppression nazie furent déportés pendant la deuxième guerre mondiale.

 

 

 

Lecture supplémentaire :

Le sport, la politique, les testostérones et la technologie

 

Du bonheur pour les lecteurs … et pour les auteurs

 

Mag 1


redigé par notre correspondante
à Genève,
Magdalena Chrusciel

 

   Le 5e Salon des auteurs vient de se terminer à Morges (Suisse). Mag 3Cette rencontre est devenue pour moi un grand moment incontournable de la rentrée. Sous la généreuse présidence de Daniel Pennac, ce festival du livre en plein air a réuni 362 invités et quelques dizaines de milliers de lecteurs (ils étaient plus de 40’000 l’année passée). Ses organisateurs rappellent dans leur introductions les dix droits imprescriptibles du lecteur, tels que listés par Daniel Pennac, et notamment le droit de ne pas lire, de sauter des pages, le droit au bovarysme, de grappiller – mon préféré, etc.

 

 

Daniel Pennac

 

 


 

  Le salon appelé « Le livre sur les quais » propose des rencontres avant tout, des débats et, profitant de la proximité du lac, les stands sont disposés sur les quais morgiens – des croisières en compagnie d’auteurs.

  Grâce à son travail effectué en direction des écoles et de son ouverture sur le monde, il s’est déroulé cette année sous le haut patronage de l’Unesco. On peut y rencontrer, échanger des propos, se faire dédicacer leurs livres aussi bien des auteurs reconnus, à succès tels que Axel Kahn, Emmanuel Carrère, Claro – infatigable passeur et auteur de traductions aussi, Patrick Deville et Nadine Monfils, Foenkinos et Luc Ferry, mais aussi découvrir de nombreux auteurs anglophones, beaucoup moins connus des Romands – et de moi – notamment Andy McNab, Philip Meyer, Louise Doughty et Martin Sixsmith.      

 

    Philip Meyer

    Louise Doughty

    Martin Sixsmith

 

 

Grande affluence au
Salon le dimanche.

Vue du Salon du livre sur les quais depuis
le bateau – en croisière avec les auteurs.

 

Mag Vaucher

L’auteur (à gauche)
avec Fanny Vaucher

(photo C. O Criodain)

  Parmi les rencontres qui m’ont marquées – j’ai pu converser avec André Markowicz, qui a consacré 10 ans de sa vie à (re)traduire Dostoïevski et m’a parlé du grand plaisir qu’il eut à le faire. J’ai rencontré Fanny Vaucher, l’auteure-graphiste suisse dont j’avais, durant une année, suivi le blog rédigé depuis Varsovie, avant de voir paraître son « Pilules polonaises » – un livre désopilant et bellement illustré sur la Pologne qu’elle a découvert et dont elle a beaucoup aimé notamment les bars à Varsovie (livre trilingue).

  C’est en participant à la croisière appelée « Polar-Grandes dames indignes » que j’ai fait la découverte de la pétillante Québécoise Marie Laberge, en me demandant comment ce grand talent avait-il pu m’échapper jusque-là. L’autre grande dame de la partie étant Nadine Monfils.

  Voici donc un petit compte-rendu de ladite croisière, dont Marie a dit qu’elle pouvait y revenir « anytime », tellement elle en a adoré le cadre – loin de sous-sols poussiéreux de certains festivals au Canada – ainsi que l’ouverture et la grande curiosité et chaleur des lecteurs et lectrices venus en visite.

   Ce qui rapproche les deux écrivaines, c’est la bataille et la liberté. Elles sont aussi polyvalente – scénaristes, dramaturges et réalisatrices à l’occasion.

Marie

Grande Dame indigne, Marie Laberge,
        très cordiale avec ses lectrices

Marie Laberge, passionnée à l’instar de sa blouse fuchsia, évoque l’importance pour l’écriture des tripes et du cœur. Elle parsème ses propos d’expressions canadiennes, et adore le coloris des accents locaux. Un polar, c’est très planifié et en même temps c’est une transgression. L’intéressant c’est de comprendre pourquoi le criminel est devenu méchant, le mécanisme. Mais elle ne s’occupe pas de psychopathies, qui sont « apeurants ». Elle, qui peut être de mauvaise foi avec son homme (« Mauvaise foi » c’est aussi le titre de son dernier polar).

   Nadine Monfils avoue être de mauvaise foi avec son homme, et elle aime Nadine les personnages avec un grain de folie. Elle qui fait « péter » ses personnages de rire, a toujours été une boulimique de l’écriture. Belge vivant à Montmartre, elle concède que ces dingos, c’est sa belgerie. Habitant une ancienne loge de concierge, elle nous raconte sa rencontre truculente avec Jean-Pierre Jeunet, devenu depuis un grand ami. Ses personnages – telles que la détective Mémé Cornemuse, sont haut en couleurs. En écrivant on ne peut se demander si c’est bien ou pas, mais un personnage est un révélateur, car il sort de notre inconscient. Elle aime les caractères avec leurs fêlures.

  Quant à Marie, il arrive que ses personnages la choquent et qu’elle les mette en pénitence. Son duo de détectives, composé d’une Québécoise et d’un Parisien, lui permet d’opposer des mentalités, leur rapport différent à la hiérarchie, etc. Pour elle, la bonne littérature est celle qui nous enrichit, tout en amusant. Elle évoque aussi le combat continu pour le français au Québec, et celui pour l’indépendance québécoise auquel elle prit part.

  Nadine inclut des belgicismes dans ses textes. Sa grand-mère, aubergiste décédée à 105 ans lui fut un modèle croustillant.

  J’arrête là, car je dois me précipiter pour rattraper mon retard pour le plaisir de lire ces deux grandes dames, combien amusantes.

Mag with books

 Magdalena Chrusciel

Les mots du mois –
passion, patience, patient, passif

 

Alexandra Maniere (passport photo)Aujourd'hui, nous sommes heureux d'accueillir une nouvelle collaboratrice, Alexandra Manière, qui, avec son mari et ses deux fils, habite Nantes où elle dirige le service de documentation d'une juridiction financière.

Auparavant, après une licence d'histoire à Tours, avec une préférence pour l'histoire contemporaine, Alexandra a vécu huit ans à Paris en travaillant dans un centre de documentation où elle analysait des ouvrages de politiques intérieure, extérieure, économique, sociale et de géopolitique.

Alexandra nous dit qu'elle a toujours aimé la poésie des mots et leur intelligence. Elle adore les dictionnaires de synonymes et le Littré ! « Et sans doute, pour allier le goût de l'histoire et celui de la littérature, j'aime aussi les "vieux" mots : félicité, vestibule, chandail. » dit-elle.
Alexandra son propre blog : http://lavieetriendautre.wordpress.com/

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Patience 5

Qui aurait cru que passion, patience, patient (chacun d'eux ayant la même orthographe en anglais et en français) et passif (passive en anglais) avaient la même origine ?

Cette histoire débute avec le même verbe latin pati qui est utilisé au 1er siècle avant JC chez Cicéron, comme « endurer » et « supporter », et au 1er siècle après JC par Suétone, pour indiquer « être victime de » et « supporter involontairement ». Il est intéressant de constater que pati acquiert une acceptation plus passive avec l'ère chrétienne, ce qui pourrait amener à s'interroger sur l'influence de la religion dans l'évolution des mots.

Patience is bitter

une citation attribuée à Aristote mais aussi à Jean-Jacques Rousseau

 

 

 

 

 

 

 

A la lumière de cette étymologie, ce sont patience et patient qui viennent en premier à l'esprit.

La patience vient du terme latin patientia qui est l'action de supporter et d'endurer, et patient vient directement du latin patiens, participe présent du verbe évoqué plus haut, pati.

 

La patience, cette qualité, qui est à la fois une disposition morale qui fait supporter l'adversité et les maux, cette même qualité qui est aussi la constance dans l'action, la persévérance à poursuivre une entreprise en dépit des obstacles et enfin, la patience qui est encore l'attitude à attendre tranquillement, sans irritation, quelqu'un ou quelque chose qui tarde à venir.
                                        
  Patience 4
Patience quotation

 

                                                                                    


Patience 6Et de chaque côté de la Manche ou de l'Atlantique, on fait des jeux de patience, en  s'exerçant à une réussite, que les Américains appellent "solitaire".

 

Patient 7

Le patient possède donc toutes les vertus ci-dessus, résistant, persévérant et calme.

Et il est aussi, des deux côtés de la Manche et de l'Atlantique celui qui consulte un médecin, donc qui s'apprête à souffrir ! Tout comme il était, dans un sens d'ancien français, le supplicié du bourreau…

Pourtant le malade, ausculté par son docteur, est donc forcé d'être passif, de subir une action, mais bien malgré lui ; car il y a aussi le passif mou, celui qui se contente de subir les événements, de suivre les impulsions extérieures, qui ne prend aucune initiative, qui n'accomplit aucune action personnelle, voire qui manque d'énergie.

C'est pourquoi transformer une phrase à la voix passive, c'est faire que le sujet grammatical n'accomplisse plus l'action mais la subisse.

Mais que vient faire ici la passion ?

Patience 11Si on en croit les philosophes, la passion s'oppose à l'action, dans ce qu'elle a d'involontaire, car la passion est ce mouvement violent de l'âme, en bien ou en mal, qu'on ne peut que subir. 

Les Anglais utilisent d'ailleurs le mot passion pour exprimer la colère ou l'emportement : to be or not to be in a passion… ? Et au début de la psychiatrie, l'hystérie était aussi appelée la « passion hystérique » [1] : c'est dire dans quel état, elle est censée nous mettre…

A tel point même, qu'on peut souffrir mort ET passion, ce qui vous exposera à de grandes douleurs morales et à de grandes souffrances physiques qu'on appelait, aussi jadis, du nom de tourments.

Enfin, la passion est aussi le fait de souffrir. Patience 10
Ce qui par analogie, englobera  dans son acception religieuse, les souffrances et les supplices qui précédèrent et accompagnèrent la mort de Jésus-Christ et qui donnera lieu à l'expression connue de la Passion du Christ.[2]

Il me reste à souhaiter que cet article aura assouvi votre passion des mots, sans vous faire perdre patience, et puissiez-vous ne jamais renoncer à vos vertus de patient lecteur en devenant un liseur passif.

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[1] L'hystérie décrit des débordements d’émotions incontrôlables. On doit à Hippocrate le terme hystérie qui, jusqu'à la fin du XIXème siècle, était considérée comme une pathologie spécifiquement féminine, provoquée par des troubles de l’utérus (du grec ὑστέρα hystera  «utérus»), par exemple des traumatismes liés à l’accouchement. 

[2] The Passion est une ode inachevée du poète anglais John Milton. Probablement écrite en 1630, elle a été publiée en 1645 ou 1646. Le poème relie la Crucifixion du Christ avec son Incarnation.

Commentaire de notre correspondante en Italie,  Madeleine Bova :

Il conviendrait de rappeler aussi l'Appassionata de L.Van Beethoven et les Passions de J.S.Bach.

Commentaire général envoyé par "un lecteur passionné" :

Bravo à Alexandra Manière pour cette intéressante analyse des mots passion, patience, patient, passif et dérivés, entre lesquels on n'établit pas toujours un lien. Cela m'a rappelé qu'à l'époque où je débutais dans la traduction médicale, on nous conseillait de ne pas employer le mot patient et de lui préférer celui de malade. Mais, celui qui subit un examen radiographique ou qui s'assoit sur le siège d'un dentiste est-il pour autant un malade ? En revanche, on ne dira jamais assez que la passion est un état subi et qu'on tend à en abuser aujourd'hui pour désigner des situations où l'on est, au contraire, actif. En effet, peut-on dire qu'on est « passionné » de bricolage. dès lors qu'on se plaît simplement à travailler de ses mains ? Actuellement, le mot passion est vraiment galvaudé, sinon détourné complètement de son sens premier. Ceci dit, il est, dans cette analyse, un petit oublié, et c'est le verbe pâtir (du latin pati). Il s'apparente à patient dans le sens de souffrir à cause de, de subir les conséquences fâcheuses de. Par exemple, on dira que l'activité industrielle pâtit de la crise internationale.Ajoutons donc pâtir, et félicitons Alexandra !

Lecture supplémentaire :

10 Sayings about Patience

La passion : toutes les meilleures citations dans cette video

  

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Un petit lexique des expressions et proverbes anglais contenant le mot patience

(to run out of) out of patience

annoyed and impatient after being patient for a while. 
I finally ran out of patience and lost my temper. 
The boss is finally out of patience with me.

être agacé et impatient après avoir été patient pendant un moment

have the patience of a saint / have the patience of Job

Fig. to have a great deal of patience. 
Dear Martha has the patience of a saint; 
she raised six children by herself.

Fig. avoir une patience d'ange

the patience of Job

Usage notes: 
Job was a character in the bible who still trusted 
God even though a lot of bad things happened to him.

You need the patience of Job to be a teacher.

N. B. : Job était un personnage de la Bible qui gardait
confiance en Dieu malgré tous les malheurs qui l'accablaient.

lose patience (with someone or something)

to stop being patient with someone or something; 
to become impatient with someone or something. 
Please try to be more cooperative. I'm losing patience with you.

perdre patience

Patience is a virtue.

Prov. It is good to be patient. 
Jill: I wish Mary would hurry up and call me back! 
Jane: Patience is a virtue. Fred: 

Prov. Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.
(La Fontaine).

try someone's patience

to strain someone's patience; to bother someone as if testing the person's patience. (Try means test here.) My loud neighbors are trying my patience today. You really try my patience with all your questions!

éprouver la patience de quelqu'un.


Cent un ans de gestation pour un dictionnaire


Billet redigé par René Meertens

René Meertens est un traducteur de langue française qui travaille principalement à partir de l’anglais. Il a été employé par l’ONU, l’Unesco, la Commission européenne et l’Organisation mondiale de la santé. 

 

 

Rene-Meertens   RM

René est l'auteur, entre autres livres, du "Guide anglais-francais de la traduction." En outre, il a son propre blog, « Traduction anglais-français », http://vieduguide.blogspot.com
René a rédigé ce billet à la demande de «
Le Mot juste en anglais».

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   Un dictionnaire bilingue vient d'être achevé après pas moins de 101 ans de patient travail. Il sera publié dans quelques semaines, mais il ne faut pas s'attendre à le trouver en tête des ventes de dictionnaires car, si la langue d'arrivée est l'anglais, celle de départ n'est autre que le latin médiéval.

Dict excerpt

  

 

 


  
   Le Dictionary of Medieval Latin from British Sources présente un grand intérêt pour les historiens, étant donné que divers documents étaient rédigés en latin au Moyen Âge, notamment des textes juridiques, religieux, scientifiques et philosophiques.

 

Dict equipe

l'équipe de  redaction actuelle du dictionnaire

 

   

 

 

 

 

 

  L'établissement de cet ouvrage a reposé dès le départ sur ce que l'on pourrait appeler la lexicographie participative (une forme de « crowdsourcing » avant la lettre), puisque le premier rédacteur en chef du dictionnaire a eu recours non seulement à des universitaires, mais aussi à des volontaires, recrutés grâce à une lettre publiée en 1913 dans le Times londonien.

 

   Les lexicographes ont répertorié plus de 100 000 sens et retenu pas moins de 400 000 citations. Pour mener à bien ce travail énorme, ils ont d'abord utilisé un système de fiches, qui a ultérieurement été informatisé.

   Le dictionnaire papier comptera près de 4 000 pages et sera vendu au  prix de 660 livres. Il est également prévu d'en établir une version électronique.

 

Dictionary 1

une fiche écrite à la main

 

 

 

 

 

 

 

Lecture supplémentaire :

Dictionary Reaches Final Definition After Century
BBC News, 30 August 2014

Dictionaries: A Very Short Introduction,
Lynda Mugglestone (Oxford University Press, 2011)

Blogus : Le latin reprend vie grace au Vatican!