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La langue du vêtement – hommes (1ère partie)

Pendant un championnat de tennis de Wimbledon, et pendant qu'un Français et un Écossais bataillaient pour une place en finale, nous avons publié un article intitulé : "La rivalité franco-britannique sur la pelouse de Wimbledon" qui s'attachait à l'histoire de ce sport et à l'étymologie du mot tennis.

Vest fingernails cropped

Dans son supplément Style, Le Monde a publié un article surd'autres événements sportifs organisés en Grande-Bretagne et qui attirent la haute société anglaise, sous le titre : « En Angleterre, la noblesse s'amuse."


 
Vesat ascot

« Chaque printemps, la haute société anglaise se retrouve pour une saison sociale, dont la régate royale de Henley est l'un des événements incontournables. Elle débute en mai avec le Chelsea Flower Show, un salon horticole où se presse toute la bourgeoisie anglaise autour des plus belles fleurs du monde. Elle se termine en août avec la semaine de Cowes, une régate entre l'île de Wight et Portsmouth. Entre les deux se déroulent notamment le tournoi de tennis de Wimbledon, les courses hippiques de  Royal Ascotet les matchs de cricket de Lord's… » [Le Monde]

 

Vest ascot

(L'image ci-dessus nous rappelle une paire de faux amis : melon (fr.) = bowler-hat, aussi que melon en anglais.)
L'article indique le code vestimentaire auquel il convient de se conformer en pareille occasion. Il y est question de cravate, pantalon, robe, jupe, chapeau et blazer.

Nous souhaitons présenter à nos lecteurs une brève analyse du mot anglais vest et essayer de clarifier les différences d'emploi de ce terme dans les différents pays de langue anglaise. Ainsi, en Angleterre, vest désigne un maillot de corps, alors qu'aux États-Unis, c'est un gilet. Autrement dit, vest (UK) et « veste » (FR) sont des faux-amis , comme montre le tableau suivant :

UK          USA

   

vest *  vest
[≠ veste en français]     [≠ veste en français]

 

    waistcoat          undershirt
      [ = gilet ]    [ = maillot de corps]

  

  jacket jacket
      [ = veste]       [ = veste]

                       
* En
Australie et en Nouvelle Zélande, un maillot de corps s'appele singlet.

Il convient de rappeler que les deux  mots « veste » et « vêtement » (ainsi que vest en anglais) découlent du mot latin vestis. L’accent circonflexe sur le premier e remplace le s du mot ancien vestement. Plus rare et littéraire, vêture, a le sens général d'habit ou de vêtement. En anglais le mot vestment existe, mais son usage, généralement dans le contexte de la tenue de cérémonie, est beaucoup moins répandu qu’en français. La traduction de « vêtement » sera "clothing".

En ce qui concerne des vêtements de femmes, on rencontre là aussi des faux amis, comme par exemple dans le tandem brassière (fr.) et brassiere (angl.), ce dernier plus communément abrégé en bra. Dans la deuxième partie de l'article, à paraître prochainement, nous étudierons ces deux mots et d'autres encore du vocabulaire de la lingerie féminine. Nous vous entretiendrons également de la découverte récente d'un soutien-gorge du 15e siècle dans un château autrichien.

Lecture supplémentaire :

Royal Ascot face fashion police
World in Fashion

Les elegant(e)s d'Ascot soumis a un "dress code" strict
Le Monde, Style, 21.06.2012

Un peu d'histoire…Les Espadrilles
Le Monde, Mode, 30.05.2014

Les mots anglais de la semaine : fascinator, bouffant

Le Langage de Mode
Une étude sur la traduction des termes de mode

JG2 Jonathan G.

Les interprètes irakiens et afghans face à la bureaucratie americaine

Isabelle (shortened)La traduction qui suit a été rédigée à notre intention par notre fidèle collaboratrice, Isabelle Pouliot. Isabelle est membre de la NCTA et ancienne résidente de la région de San Francisco. Elle est traductrice agréée de l'anglais vers le français de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ) http://traduction.desim.ca

Le président Biden ordonne un examen du programme de visas spéciaux d'immigrants pour les interprètes afghans et irakiens qui ont travaillé pour l'armée américaine. (Fox News, le 5 fevrier 2021)

On estime qu'environ 100 000 Irakiens et 17 000 Afghans attendent toujours les résultats de programmes spéciaux destinés à accueillir en sol américain des interprètes qui ont servi fidèlement l'armée américaine, au péril de leur propre vie. Un nouveau décret du président américain Joe Biden demande d'effectuer un examen approfondi de ces programmes, une étape jugée importante afin de résoudre les lacunes systémiques, les problèmes de communication et les retards de plusieurs années dans le traitement des demandes de visa.

Le décret présidentiel du 4 février demande d'effectuer un examen conjoint des programmes de visas spéciaux d'immigrants ciblant les alliés irakiens ou afghans.

Un rapport devra être remis au président Biden dans les six mois et comprendre les éléments suivants :

  • Déterminer si l'agence respecte les lois régissant les programmes de visas spéciaux;
  • Compiler tous les retards constatés dans le traitement des demandes, y compris les retards liés au manque de personnel;
  • Un plan de « formation, encadrement et suivi » concernant le traitement des demandes de visas spéciaux;
  • Un plan pour faire le suivi des progrès des coordonnateurs principaux des programmes;
  • Déterminer si des lignes directrices adéquates existent afin de rouvrir ou de réexaminer les demandes de visa.

Année après année, le Congrès a approuvé des milliers de visas pour des interprètes irakiens et afghans, mais l'accumulation des dossiers à traiter surpasse le nombre de visas autorisés et les exigences strictes des demandes font en sorte que bon nombre de ces visas demeurent sans détenteurs.

Selon le département d'État, 11 500 visas ont été approuvés pour des interprètes afghans et leur famille depuis 2018, mais la plupart de ces visas n'ont pas encore été délivrés depuis.

En décembre, plus de 1000 demandeurs de visa afghans et irakiens ont signé une pétition adressée à Joe Biden, alors président élu, lui demandant de régler le problème, rapportait le journal The Washington Post.

Un ex-sergent de l'armée américaine, James Miervaldis, a passé trois ans à aider son propre interprète afghan à obtenir un visa d'immigrant pour les États-Unis, et ce, même si le dossier contenait une lettre de recommandation de l'ancien ambassadeur des États-Unis en Afghanistan. Malgré l'appui de personnes influentes, dont des vétérans maintenant membres du Congrès qui ont tenté de faire venir dans leur pays leurs anciens interprètes, les retards et les ratés du programme n'ont fait qu'empirer au fil des ans, selon James Miervaldis.

Un ancien officier décoré du corps des Marines, Zach Iscol, a tenté pendant 15 ans de faire venir aux États-Unis un autre interprète irakien, surnommé Frank, qui avait été atteint d'un tir et blessé aux côtés de militaires américains à Falloujah en 2004. Malgré des lettres de recommandation de plusieurs généraux, la demande de visa de Frank s’est perdue dans les limbes dit-il.

Un autre interprète avec qui Zach Iscol avait travaillé, Abood, est décédé aux États-Unis en 2011. M. Iscol est toujours en contact avec sa veuve et ses enfants, dont deux filles qui sont maintenant policières au sein du service de police de New York.

Zach Iscol a bon espoir que la demande d'examen ordonnée par le président Biden, et notamment l'analyse des exigences des demandes de visa, apportera des changements significatifs.

« Quand le gouvernement américain accorde la priorité à un dossier, il peut le régler. Comme dans n'importe quelle organisation, il s'agit d'obliger les gens à rendre des comptes et à faire de la venue de traducteurs une priorité et de désengorger le système », a-t-il déclaré.

Mise à jour :

Afghan Interpreters Who Await Visas After Helping The U.S. Now Fear For Their Lives
NPR – June 19, 2021

 

Anglo-Saxons


L'article qui suit, rédigé par Dominique Mataillet, a paru dans la prestigieuse revue des francophiles aux États-Unis (et la plus connue des publications bilingues français-anglais dans le monde), FRANCE-AMÉRIQUE. Nous le republions ici avec l'autorisation aimable de la Directrice, Guénola Pellen, notre linguiste du mois de juin 2020.

Dominique snipped F-A logo

Les Anglais et les Américains s’en étonnent toujours. Pourquoi les Français s’évertuent-ils à les qualifier d’Anglo-Saxons ? Que penseraient ces Frenchies si on lançait à leur adresse des vocables tels Franco-Burgondes ou Séquano-Arvernes (du nom de deux groupes gaulois) ?

Le terme en cause a en effet pour origine les noms de deux peuples germaniques, les Angles et les Saxons (auxquels il faudrait adjoindre les Jutes), qui, originaires du nord de l’Allemagne, s’établirent en Grande-Bretagne à partir du VIe siècle.

Affubler les Britanniques et les Américains d’un nom qui remonte à quinze siècles, c’est d’une certaine façon les renvoyer à une époque où, vu de l’Europe latine, les peuples étrangers à la sphère de Rome étaient des barbares. Faut-il rappeler que les Français ont longtemps qualifié avec mépris les Allemands de « Teutons », du nom d’une autre population germanique ?

Pour les linguistes, « anglo-saxon » est un mot au sens bien précis. Synonyme de vieil anglais, il correspond au plus ancien stade de l’histoire de la langue anglaise avant qu’elle subisse l’influence du latin apporté par les missionnaires chrétiens puis celle du vieux norrois parlé par les envahisseurs vikings. Comme on le sait, ce proto-anglais évoluera considérablement sous l’influence du français après la conquête normande de 1066.

Dans le français courant, l’adjectif « anglo-saxon » désigne ce qui a rapport avec le Royaume-Uni, les États-Unis et les autres pays occidentaux de langue anglaise, soit, essentiellement, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. « Occidentaux » : la précision est fondamentale, car de grands pays comme l’Inde ou le Nigeria, où l’anglais est couramment parlé, ne sont pas considérés comme anglo-saxons.

Le problème est que l’on ne sait jamais de qui on parle précisément. Des Anglais ? Des Américains ? Des deux à la fois ? Des héritiers de l’empire britannique ?

Si le terme est utilisé aux États-Unis par les sociologues, c’est sous la forme de l’acronyme WASP (White Anglo-Saxon Protestant). On entend par là les descendants des immigrants d’Europe du Nord et de l’Ouest (Royaume-Uni, Allemagne, Scandinavie…) dont la culture et le mode de vie ont façonné pour une bonne part la nation américaine depuis le XVIIe siècle.

En cela ils s’opposent à d’autres Européens, catholiques, originaires notamment d’Irlande, d’Italie et de Pologne. Et se différencient plus encore des juifs et des non-Blancs tels que les Afro-Américains, les Hispaniques ou les Amérindiens.

Pour les Français, le mot « anglo-saxon » évoque plus largement l’idée d’un monde – voire une civilisation – plaçant les libertés individuelles au-dessus de tout. Longtemps pris pour modèle, ce monde est de plus en plus présenté comme un repoussoir. On l’accuse de véhiculer des valeurs telles que l’individualisme et le communautarisme et, surtout, de subvertir la langue française avec son idiome.

Il est vrai, et les francophones sont bien placés pour le savoir, que le partage d’une langue est un puissant facteur de rapprochement entre nations. La plupart des pays ayant l’anglais pour langue officielle ont en commun un système juridique, la common law, issu du droit anglais. Ce qui ne les empêche pas d’afficher d’importantes différences socio-culturelles, creusées par l’histoire et la géographie. Le mode de vie anglais est plus proche du modèle européen continental que de l’American way of life.

Si l’on pense spécifiquement à une entité linguistique, plus ou moins large selon les définitions, le terme anglophone semble tout à fait approprié. Pourquoi ne pas utiliser également celui d’« anglosphère » imaginé par l’écrivain Neal Stephenson ? En ayant en tête la formule de George B. Shaw : « L’Angleterre et les États-Unis sont deux nations divisées par une langue commune. »

Les mots valises anglais – redshirting, hyperparenting & parent-helicoptering


Redshirting
est un terme hérité du sport universitaire américain. Dans un tel contexte, c'est faire durer la participation d'un étudiant à un programme sportif, de manière à allonger la période pendant laquelle il pourra jouer en équipe. Un étudiant peut, par exemple, étaler ses études universitaires sur 5 ou 6 ans (au lieu des quatre ans du cycle normal), afin de parvenir à de meilleurs résultats tout en continuant à jouer dans l'équipe de son université. Le terme est utilisé comme verbe (to redshirt), substantif (redshirting) et adjectif (redshirt).   

Redshirting 1Selon le Webster's Third New International Dictionary, Unabridged, le terme redshirt vient du jersey rouge [1] couramment porté par un tel joueur dans les mêlées d'entraînement contre des joueurs ordinaires. 

  

Redshirting 2Le terme est maintenant utilisé pour désigner la pratique consistant à retarder d'un an la scolarisation d'un enfant de cinq ans, pour qu'il soit ensuite parmi les plus âgés de la classe et non parmi les plus jeunes.

  

Ces derniers temps, l'un des sujets de 60 Minutes, l'émission à succès de la télé américaine, a été consacré aux arguments pour et contre cette pratique.  

 

 

The Redshirting Debate Continues

The New York Times, 26 Septembre 2011

Kindergarten Redshirting: Smart Strategy or Educational Quackery?
HUFFPOST Education, 7 mars 2012

Kindergarten Redshirting: The Complicated World of Holding Preschoolers Back
Fatherly, February 27, 2020

 ——————-

Les parents qui retardent ainsi la scolarisation de leurs enfants peuvent être taxés d'“hyperparenting” (ou d'“over-parenting”), le fait d'entourer les enfants de soins excessifs ou obsessifs, en les surprotégeant.

  TIME  

10 ways to avoid hyperparenting
SuperNanny.com

Une expression synonyme d'hyperparenting est parent helicoptering (héliportage parental), le fait des parents-hélicoptères. 

  Helicopter-parent  

 

 

Si cette expression ne s'est répandue qu'au cours des dix dernières années, le livre à succès « Between Parent and Child », publié il y a plus de quarante ans, lançait l'idée des hovering parents (parents-ventouses).  

Deux des livres écrits depuis que le terme s'est répandu sont:

Over-scheduled Child

The Over-scheduled Child:
Avoiding the Hyper-Parenting Trap,

by Rozenfeld, Wise and Coles, St. Martin’s Griffin, 2001

Hyper-parenting - book

Under Pressure:
Rescuing Childhood from the Culture of Hyper-Parenting
,
by Carl Honoré, HarperOne, 2009 (reprint)

En mai 2012, les éditions Thomas Nelson publieront un livre : Momaholic : Crazy Confessions of a Helicopter Parent, rédigé par Dana Higley.

Momaholic

Moins connue, l'expression lawnmower parents désigne les parents qui s'efforcent d'aplanir tous les obstacles devant leurs enfants.  

Traditionnellement, les directeurs d'écoles, les moniteurs de sports et les administrateurs d'université ont été les victimes des parents-hélicoptères, mais une enquête citée dans Diversity Executive, intitulée : “How to Tactfully Deal with ‘Helicopter Parents’ [Comment gérer avec tact le problème des parents-hélicoptères], révèle que la tendance s'étend maintenant au monde du travail, où les parents pressent les gestionnaires d'engager leurs enfants.

Un autre article sur le sujet  explique que les parents qui ont investi beaucoup d'argent dans les études de leurs enfants veulent un « retour sur investissement ».

Parent helicoptering

L'un des facteurs auxquels on peut imputer le parent helicoptering (l'héliportage parental) est le téléphone portable, que le Professeur R. Mullendore, de l'Université de Géorgie, qualifie de « plus long cordon ombilical du monde ».  

 Le New York Times a publié un article sur les camps d'enfants intitulé : "Dear Parents: Please Relax, It’s Just Camp(« Chers parents, détendez-vous, ce n'est qu'un camp »)

 

Parents camp

 

——————————

[1] Le mot jersey était un mot couramment utilisé en anglais britannique dans le sens de sweater, et cela depuis le XVIe siècle. Aujourd'hui, à ma connaissance, jersey a été largement remplacé par jumper et, dans une moindre mesure, par sweater, tandis que ce dernier est utilisé exclusivement aux États-Unis, du moins pour autant que j'en sache. Toutefois, jersey continue à être utilisé aux États-Unis dans le sens de maillot de sport.    

Football jersey

J.Goldberg 

Alyssa Kermad, linguiste du mois de mars 2021

E N T R E T I E N   E X C L U S I F  

Kevin

Alyssa

L'intervieweur :
Kevin Hirschi,

doctorant en linguistique appliquée
à la Northern Arizona University

Northern_Arizona_University_seal.svg

L'interviewée :
Alyssa Kermad, 

professeure adjointe de linguistique appliquée et d'anglais à des apprenants étrangers (TESOL − Teaching English to Speakers of Other Languages)
à la California State Polytechnic University,
Pomona.

Kevin Hirschi est doctorant (et récipiendaire d'une bourse spéciale de la présidence) au sein du programme de linguistique appliquée de la Northern Arizona University où il enseigne le français et l'anglais. Il étudie actuellement les facteurs en jeu dans la réussite de l'entraînement à la prononciation assistée par smartphone dans divers groupes d'étudiants de l'anglais comme seconde langue : immigrés adultes, étudiants internationaux, étudiants en langues étrangères. Kevin a été professeur d'anglais volontaire du Corps de la paix en République kirghize où il a donné des cours de compétences en pensée critique au niveau universitaire et formé des enseignants aux stratégies de l'enseignement communicatif. Après avoir obtenu sa maîtrise en enseignement de l'anglais comme seconde langue (MA-TESL), Kevin a été assistant d'anglais américain à Tbilissi, en Géorgie, où il a développé des programmes d'écriture universitaire et enseigné diverses disciplines : études américaines, prononciation de l'anglais, méthodes de recherche. Kevin parle l'anglais, le français, le russe, le kirghize, l'espagnol, l'allemand et le turc.

Alyssa Kermad est professeure adjointe de linguistique appliquée et d'anglais à des apprenants étrangers (TESOL − Teaching English to Speakers of Other Languages) à la California State Polytechnic University, à Pomona.

Pomona

Ses recherches portent sur les caractéristiques de l'apprentissage de la seconde langue : expression et prononciation, perception du discours, prosodie et pragmatique, acquisition de la seconde langue, différences individuelles et évaluation du discours.

 

Applied linguistics

Nadine thumbnail


Nadine Gassie
, qui a bien voulu traduire l'entretien ci-dessous, et sa fille Océane Bies, étaient nos linguistes du mois d'avril 2017. Sa derniere traduction,
L’appel du cactoès noir (Riding the Black Cockatoo, redigé par l'auteur australien, John Danalis), vient de paraitre  chez les éditions Marchialy. Nous remercions infiniment Nadine d'avoir accepté de traduire cet entretien.

 


Kevin thumnail
 Qu'est-ce qui vous a incitée à étudier le français et la linguistique ?

 
Alyssa thumbnailJ'ai su dès mon plus jeune âge que je voulais travailler dans les langues vivantes. J'étais en CM2 quand notre maître nous a parlé de correspondance scolaire. Pour un dollar, on pouvait choisir un pays et recevoir le nom et l'adresse d'un élève qui avait envie de correspondre avec nous. J'ai choisi environ cinq correspondants de cinq pays différents. Tous ne m'ont pas répondu mais ma correspondante du Japon l'a fait aussitôt. Grâce à l'échange de lettres, de petits cadeaux, de nourriture, etc., nous sommes devenues amies. Tellement amies qu'elle est venue me voir aux États-Unis et que je suis allée la voir au Japon alors que j'avais à peine 14 ans. Notre amitié l'a même incitée à venir faire sa dernière année de lycée avec moi aux États-Unis ! C'est presque surréaliste qu'une simple correspondance scolaire ait débouché sur une véritable amitié. Je la regardais étudier très tard le soir, non seulement pour bûcher les matières, mais pour le faire dans sa deuxième langue. C'est là que j'ai su que je voulais travailler avec des apprenants en langues comme elle, et que je voulais apprendre des langues moi aussi. J'ai commencé par étudier le japonais, appris à lire et écrire en caractères katakana, hiragana, kanji… À l'université, j'ai commencé l'apprentissage du français et une spécialisation en anglais, linguistique et TESOL. Après avoir obtenu ma licence à la California Polytechnic State University, à San Luis Obispo, je suis partie passer deux années scolaires  en France comme assistante de langue* recrutée par le ministère de l'Éducation nationale. La première année j'ai été nommée dans une école primaire à Troyes et la deuxième année dans un lycée technique à Reims. Comme j'étais en immersion complète dans la langue et la culture, mon français s'est tellement amélioré que j'ai pu passer les niveaux B2 et C1 des tests de compétence linguistique en français. Je suis ensuite retournée aux États-Unis pour terminer ma maîtrise puis, après l'obtention de mon diplôme, je suis revenue en France où j'ai enseigné à nouveau à Reims, mais à l'université cette fois. Mon expérience de l'enseignement en France a abouti à la prise de conscience que je souhaitais devenir chercheuse en linguistique appliquée, notamment en expression et prononciation de la seconde langue. Je trouvais fascinant qu'il y ait une si grande variabilité dans les performances de prononciation entre les apprenants et je voulais découvrir ce qui expliquait cette variabilité. C'est ce qui a inspiré ma thèse qui portait sur les différences individuelles et les conséquences au niveau de la prononciation.


Kevin thumnail
Pensez-vous qu'une compétence en langues et en linguistique aide à prendre en charge les problèmes du monde réel ?

Alyssa thumbnailC'est une question importante. Dans mes cours d'« Introduction à la linguistique » en premier cycle, je commence toujours par faire réfléchir mes étudiants à l'importance du langage (parlé, écrit, signé, non verbal, etc.) en leur faisant imaginer le monde, ou ne serait-ce qu'une seule journée, sans langage. Il s'ensuit une prise de conscience que le langage est partout. C'est l'essence de ce qui fait de nous des êtres humains et nous permet de nous instruire, d'accomplir nos missions dans le cadre de notre travail, d'avoir des conversations avec nos proches, de lire et comprendre un bon livre, de regarder un film, de rédiger des mails, de nous repérer dans un aéroport, de prononcer un discours, etc., etc.

Le langage étant au cœur de toutes nos activités, la connaissance en linguistique est cruciale dans quantité de domaines du monde réel autres que l'apprentissage ou l'enseignement et la recherche en langues. Je pense par exemple à la politique linguistique, à l'initiation aux dialectes, à la traduction, à l'interprétation, au marketing, aux affaires, aux relations internationales, au gouvernement, à l'informatique, au droit, à la médecine, aux pathologies du langage, etc., etc. La linguistique procure une sorte de « super pouvoir » pour s'attaquer aux questions, problèmes et controverses du monde contemporain. Elle nous permet de penser systématiquement un moyen pour tendre vers une fin.


Kevin thumnailVotre connaissance du français vous sert-elle dans vos exemples didactiques ?

 

Alyssa thumbnail

Je m’appuie beaucoup sur ma connaissance du français pour donner des exemples à mes étudiants sur la façon dont d'autres langues fonctionnent. Le français en particulier fournit d'excellents exemples de l'opposition entre le tu et le vous de politesse, que mes étudiants hispanophones peuvent relier à l'opposition tú/usted. Je m'inspire du français pour illustrer des noms genrés, que l'anglais n'a pas. Le français est également idéal pour illustrer des problèmes phonétiques qui se posent aux anglophones, comme la distinction entre « dessus » (son u) et « dessous » (son ou). Cela permet également de se familiariser avec les variations de prononciation du français d'une communauté linguistique à une autre, que ce soit au niveau régional, européen ou international. Sans oublier le verlan qui est un système linguistique à part entière extrêmement fascinant. Je n'ai jamais appris le verlan à l'école, probablement parce qu'il n’était pas perçu comme « correct », mais dès mon arrivée en France, je l'ai entendu partout −  dans les rues, dans les salles de classe, dans les films, dans les chansons et dans les conversations. Le verlan va bien au-delà d'une simple inversion des syllabes car les mots en verlan subissent également des changements phonétiques, orthographiques et de sens. De plus, on ne peut pas renverser n'importe quel mot − les mots en verlan sont établis dans et par la communauté linguistique. Cela montre que la variation linguistique n'est pas juste une utilisation aatoire d'une langue dégradée : c'est un usage gouverné par des règles, systématique, et qui fait donc partie intégrante du fonctionnement d'une langue vivante.


Kevin thumnail
Nous sommes ici dans l'Ouest des États-Unis où l'espagnol est très présent. Quel est l'intérêt d'apprendre le français pour des gens qui résident sur la côte ouest et dans le Sud-ouest américain ?

Alyssa thumbnailLe sud de la Californie est une ratatouille linguistique. J'adore entendre toutes ces langues parlées autour de moi quand je sors. Il y a beaucoup de francophones dans le sud de la Californie mais c'est l'espagnol qui est le plus majoritairement parlé. Étant donné leur origine latine, connaître le français facilite l'apprentissage de l'espagnol, et vice versa. Je débute encore en espagnol mais j'essaie de continuer à progresser. J'arrive souvent à m'appuyer sur ma connaissance du français pour dériver et comprendre des mots en espagnol.


Kevin thumnail
L'anglais domine le monde en tant que langue véhiculaire. Qu'est-ce que cela implique pour les Américains et pour l'apprentissage des langues en classe ?

Alyssa thumbnailLa domination de l'anglais en tant que langue véhiculaire a des implications à la fois positives et négatives pour les Américains. Du côté positif, le besoin de professeurs d'anglais à travers le monde est important ; par conséquent, des domaines d'études tels que le TESOL, les langues étrangères, la linguistique appliquée, l'éducation, etc. peuvent offrir des débouchés à des Américains à l'étranger. Vivre et travailler à l'étranger favorise naturellement le plurilinguisme, la conscience de la diversité culturelle et les relations interculturelles avec différentes communautés. Nous pouvons partager notre culture avec d'autres tout en découvrant d'autres modes de communication et de vie. Du côté négatif, il y a la zone de confort « anglais seulement ». Chez eux et en voyage, les Américains peuvent largement se débrouiller en ne connaissant que l'anglais. Mais cette mentalité fait porter le fardeau de la communication aux autres, qui doivent savoir parler notre langue. Cela peut aussi donner l'impression que l'anglais est une langue plus importante que les autres, même si ce n'est pas notre intention. J'encourage les Américains à apprendre ne serait-ce que quelques mots d'autres langues, surtout lorsqu'ils voyagent. Il y a quelque chose de très gratifiant, une satisfaction très personnelle, à prononcer des sons pour créer des mots qui ont du sens dans une langue qui n'est pas notre langue maternelle. Connaître plusieurs langues, même à un niveau débutant, élargit nos possibilités d'interactions dans le vaste réseau mondial. Le bilinguisme et le plurilinguisme sont des façon de s'engager dans la citoyenneté mondiale et de témoigner de notre intérêt pour le monde qui nous entoure, les cultures, les gens et aussi les textes qui nous entourent.

Kevin thumnailQuelles réformes devraient entreprendre les États-Unis dans ce but ? Quel serait l'impact de ces changements ?

Alyssa thumbnailEn termes de politique linguistique, je suis fermement convaincue que les États-Unis devraient accorder plus de place à l'apprentissage des langues à un âge précoce. Et reconnaître la valeur du bilinguisme et du plurilinguisme, que nous devrions considérer comme des atouts. Si nous regardons ce qui se fait dans le reste du monde, en Europe notamment, les élèves commencent très tôt l'apprentissage d'une première langue vivante, et en choisissent ensuite une seconde. J'ai pour ma part enseigné l'anglais en France à des enfants du primaire qui pourront sans doute aller plus tard jusqu'à l'acquisition d'une troisième langue vivante ! Mais l'apprentissage des langues à un âge précoce n'est pas une priorité dans le système scolaire américain. C'est selon moi le résultat combiné de l'anglocentrisme et du statut de l'anglais comme langue véhiculaire. Si nous pouvions nous organiser, en tant que nation, pour donner plus de place à cet enseignement précoce, l'effet serait considérable, conduisant non seulement à une plus grande reconnaissance du bilinguisme et du plurilinguisme, mais aussi à une meilleure connaissance des autres cultures et à l'ouverture de plus grandes opportunités. Une telle ouverture d'esprit favoriserait aussi la conscience de la diversité linguistique, culturelle et géographique.  

Kevin thumnailOn sait que l'accent (tant pour les apprenants que pour les locuteurs de minorités) est source de réels problèmes d'intégration sociale. En quoi la discrimination par l'accent est-elle différente des autres types de discrimination ?

Alyssa thumbnailLa discrimination par l'accent est différente pour plusieurs raisons mais surtout parce qu'elle n'est pas perçue comme telle, elle est silencieuse et passe souvent inaperçue. Néanmoins, ses effets sur le locuteur sont considérables. Cela est dû en grande partie à l'idéologie de ce que l'on considère comme étant la langue « standard » ou la prononciation « attendue ». Tout ce qui s'en écarte est dès lors sujet à stigmatisation. Mais cette idée d'écart par rapport à la norme est relative et varie d'une personne à une autre. On peut penser que porter un jugement sur la façon dont quelqu'un s'exprime trouve sa justification rationnelle dans cette dichotomie idéologisée du « standard » opposé au « non standard », ou que ce n'est pas de la discrimination parce qu'il s'agit « seulement » de langue. Mais nous savons tous que la vérité est tout autre. Nos variations langagières sont profondément enracinées dans notre identité, notre culture, notre appartenance ethnique, notre région, notre famille même. Par conséquent, la discrimination linguistique est tout aussi grave que les autres formes de discrimination. Rosina Lippi-Green (2012) l'a évoqué ainsi : « La discrimination par l'accent se constate partout dans la vie quotidienne. C'est une attitude si communément admise, si largement perçue comme appropriée, qu'on peut la considérer comme l'ultime porte d'entrée clandestine de la discrimination. Et cette porte d'entrée est grande ouverte » (p. 74). Lippi-Green a écrit ça en 2012 et on peut dire qu'en 2021, cette porte est toujours grande ouverte. 

  Language-foreign-accents-discrimination  


Kevin thumnailPensez-vous qu'un jour cette discrimination par l'accent appartiendra au passé ? Comment pourrions-nous y arriver ?

Alyssa thumbnailCette discrimination est présente partout dans le monde mais je pense qu'un jour la prise de conscience se fera. Cela risque d'être long, mais les choses progressent, des recherches et des actions de sensibilisation sont menées. Je pense aussi que nous avons tous un rôle à jouer, non seulement pour répandre cette prise de conscience mais aussi pour nous efforcer d'être plus attentionnés dans nos échanges verbaux. Nous devons faire savoir à nos interlocuteurs que leur accent ne les rend pas moins humains. En fait, les gens sont surpris de découvrir que tout le monde a un accent ! Nous devons nous concentrer sur une communication réussie plutôt que sur des différences de communication. En ce qui concerne l'anglais et son rôle de langue véhiculaire, nous devons garder à l'esprit que les locuteurs natifs de l'anglais sont en minorité ; il y a actuellement plus d'anglophones non natifs que d'anglophones natifs. C'est pourquoi les normes et les idéaux sont si déconnectés de la réalité. Dans le cas de notre propre langue, l'anglais américain, nous devons accepter différentes variantes qui ne sont pas considérées comme « standard » car elles ont toutes leur degré de complexité et de systématisme. Et nous pouvons aussi faire l'effort d'être de meilleurs auditeurs. Beaucoup d'entre nous seraient surpris de découvrir que s'ils arrêtaient de juger les gens sur la façon dont ils parlent, ils les comprendraient mieux !

Kevin thumnailLa question « D'où êtes-vous ? » est encore trop systématique. Comment concilier le respect de l'identité des gens et de leur singularité avec un réel intérêt pour leurs origines ?

Alyssa thumbnailCette question, encore trop systématique, comme vous le dites, est épineuse. Les êtres humains ont la faculté de remarquer une différence d'accent en moins d'une seconde, et ils ont tendance à attribuer tout aussi rapidement des étiquettes aux locuteurs dont la voix a un son différent de la leur. Mais imaginez un anglophone vivant aux États-Unis qui commence sa journée en s'arrêtant pour prendre un café. Il commande son café et on lui demande : « D'où êtes-vous ? ». Il passe ensuite à la poste pour envoyer une lettre et on lui demande « D'où êtes-vous ? ». Puis il se rend à son travail, passe un coup de téléphone et la personne au bout du fil détecte immédiatement son accent et lui demande : « D'où êtes-vous ? » Ces questions répétées peuvent finir par marginaliser quelqu'un alors que tout ce qu'il veut, c'est prendre un café, envoyer une lettre ou passer un coup de fil ! Et qu'il essaie probablement activement de s'intégrer à la communauté linguistique dans laquelle il se trouve. Mais la question « D'où êtes-vous ? » peut aussi être posée avec un véritable intérêt ou pour établir une relation plus personnelle. Elle peut être une entrée en matière pour échanger sur nos intérêts en matière de voyages, d'apprentissage des langues, de culture, etc. Mon conseil serait de réserver la question « D'où êtes-vous ? » à ces situations de rapprochements interpersonnels ou lorsque vos bonnes intentions seront clairement perçues comme telles.

  Where  

 

Kevin thumnailVous publiez prochainement, en collaboration, un ouvrage intitulé Second Language Prosody and Computer Modeling [Prosodie et modélisation informatique pour la 2e langue]. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Alyssa thumbnailL'ouvrage Second Language Prosody and Computer Modeling est le résultat de la collaboration de deux spécialistes de linguiste appliquée, moi-même et la professeure Okim Kang de l'université de Northern Arizona, avec un informaticien, le professeur David Johnson de l'université du Kansas. Il paraîtra prochainement chez Routledge. Le livre est organisé en trois parties. La première expose les bases linguistiques de la modélisation informatique. On y définit ce qu'est la prosodie et on retrace l'évolution historique des cadres prosodiques. Nous nous attachons ensuite à décrire deux cadres majeurs couramment utilisés pour décrire la prosodie aujourd'hui. Puis nous expliquons les nombreuses façons dont les propriétés du discours ont été calculées manuellement par les humains afin de montrer comment on peut former les ordinateurs. La deuxième partie reprend les connaissances de base de la première partie et les applique aux processus de modélisation informatique. Par exemple, nous abordons le processus de la décomposition automatique de la parole humaine continue en syllabes grâce à des algorithmes informatiques. Nous expliquons aussi comment les modèles informatiques ont progressivement déduit des propriétés prosodiques. Cette partie se termine sur une comparaison de plusieurs modèles informatiques d'évaluation automatiquement de la compétence orale et de l'intelligibilité du discours à partir de mesures suprasegmentales de la parole. Enfin, la troisième partie de notre livre explore diverses directions pour l'avenir de la recherche et les applications futures des modèles prosodiques.

Okim Kang

David Johnson

Dr. Okim Kang Dr. David Johnson

* Note de la traductrice : Tous les mots en italiques qui suivent sont en français dans le texte.

 

References :

Kang, O., Johnson, D., & Kermad, A. (forthcoming). Second language prosody and computer modeling. Routledge—Taylor & Francis.

Lippi-Green, R. (2012). English with an accent: Language, ideology, and discrimination in the United States (3rd ed.). New York, NY: Routledge

10 alternatives to 'Where are you from?'

Anecdotes litteraires (6)

RabelaisRabelais voyage aux frais de l'État

François Rabelais (1494-1553), sur la route vers Paris, n’avait plus d’argent pour régler son dû à l’aubergiste. Il trouva un bon moyen en laissant dans sa chambre un petit sachet de sucre avec l’écriteau suivant « Poison pour le Roi »…La garde fut appelée et emmena directement Rabelais vers la capitale. François Ier, qui appréciait fort son esprit, lui pardonna.

 

BowdlerLe terme bowdlerization dérive du patronyme Thomas Bowdler (1754-1825), médecin anglais qui publia une version expurgée des œuvres de William Shakespeare qu’il jugeait mieux convenir aux femmes et aux enfants. Ces versions expurgées firent l’objet de critiques et de moqueries qui engendrèrent le verbe to bowdlerise / bowdlerize et le substantif bowdlerisation / bowdlerization. (orthographe britannique/orthographe américaine).

Dans l’œuvre de William Shakespeare, par exemple, il a pu changer la noyade d'Ophélie de suicide en accident. Il est intéressant de noter que Bowdler lui-même a créé ses versions Family Shakespeare, pour présenter les œuvres du grand dramaturge à des publics qui n'auraient pu les voir autrement.

Le substantif bowdlerization est donc l’action consistant à supprimer des passages ou des termes considérés comme indécents dans une œuvre littéraire et peut donc être parfaitement traduit par expurgation ou censure, termes plus couramment utilisés de nos jours.
En France, on peut rapprocher cet usage de l’expression ad usum Delphini  (à l’usage du Dauphin), désignant les éditions des classiques latins, entreprises sous la direction de Bossuet  et de Huet, pour le Dauphin, fils de Louis XIV,  et dont on avait retranché les passages jugés trop crus. 

Voir l'article sur ce blogue rédigé par Françoise Le Meur
 
 
Bonaparte et Milou en Afrique
 
Tintin & MilouAvant de devenir le célèbre compagnon de Tintin, Milou était le nom du fox terrier de Bonaparte, que ce dernier aurait notamment emmené avec lui durant sa campagne d' Egypte en 1798-1799.
 
 
 
 
Le hymne God Save the Queen d'origine française
 

 

« God save the Queen » est à l’origine un morceau français ! Pour fêter le rétablissement de Louis XIV après son opération de la fistule en novembre 1686, Mme de Maintenon organise une soirée, la duchesse de Brinon compose un poème et Lully rajoute la musique. Un Anglais passant à St Cyr ce jour là, trouva très jolie la musique et rapporta cet air en Angleterre. Il pianota, changea juste quelques mesures et joua cet air devant Marie Stuart et Guillaume d’Orange qui en firent leur musique officielle.

 

Source : Histoire pour tous

 

 

God save our gracious Queen!
Long live our noble Queen!
God save the Queen!
Send her victorious,
Happy and glorious,
Long to reign over us:
God save the Queen!

O Lord our God arise,
Scatter her enemies,
And make them fall:
Confound their politics,
Frustrate their knavish tricks,
On Thee our hopes we fix:
God save us all.

Thy choicest gifts in store,
On her be pleased to pour;
Long may she reign:
May she defend our laws,
And ever give us cause,
To sing with heart and voice,
God save the Queen!

Le Monde ne connaît pas le mot français « billion » …

Un rideau de fer : une expression popularisée par Winston Churchill il y a 75 ans

Iron curtainLe 5 mars 1946, le premier ministre britannique, Sir Winston Churchill, prononça un discours, sous le titre « Sinews of Peace » (Le nerf de la paix), à Fulton, États-Unis. Le discours comprit la phrase suivante : From  Stettin in the Baltic  to Trieste  in the Adriatic  an "Iron Curtain" has descended across the continent. (« De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l'Adriatique, un rideau de fer s'est abattu à travers le continent »).  Ce n’était pas la première fois que cette expression était employée au sens figuré pour désigner la limite occidentale du bloc de l'Est [1], mais c’était le discours de Churchill qui l’a rendue célèbre.

Churchill

Churchill

 

Voici un vidéo-clip (3 minutes 10 secondes) qui explique en anglais le contexte et l’importance de ce discours :

 

Le texte intégral du discours, traduit on français :
Winston Churchill, Le nerf de la paix

[1] Pendant la  Seconde Guerre mondiale, le ministre roumain des affaires étrangères Grégoire Gafenco, dont le pays vient d'être victime du pacte Hitler-Staline , écrit le 2 juillet 1940 à Churchill  : Nous ne parvenons plus à avoir la moindre nouvelle de nos compatriotes restés de l'autre côté de la ligne de démarcation, comme si un rideau de fer s'était abattu en travers de notre pays. ( "Les derniers jours de l'Europe", Fribourg – Paris, Egloff – LUF, 1946, 252 pages.)

Lecture supplémentaire:

70ème anniversaire de discours célèbres de Winston Churchill

Churchill : de la victoire sur la France à l’alliance avec elle

Les bons mots de…Winston Churchill

Hugo Cotton – linguiste du mois de février 2021

 

e n t r e t i e n    e x c l u s i f 

Jacquie Bridonneau

Hugo Cotton

L'intervieweuse –
Jacquie Bridonneau

(d'origine américaine –
habite à Paris) *

L'interviewé -
Hugo Cotton

(d'origine française –
habite en Pologne)

JB : Est-ce que tu peux me parler un peu de ton parcours ?

HC : Je suis né à Châteauroux, une petite ville dans le centre de la France où j’ai vécu jusqu’à mes 18 ans. Après le lycée, je suis allé en prépa école de commerce à Orléans, pendant deux ans. Ensuite, j’ai été accepté à l’ESCP, une école de commerce à Paris. J’y ai fait mon master, et j’ai aussi étudié à Londres pendant un an dans le campus local de l’ESCP. [1]  Après avoir été diplômé, j’ai commencé ma carrière dans une agence de pub parisienne. 

JB : C’était complètement par hasard que tu as commencé à travailler comme prof de français à Varsovie, en Pologne. Est-ce que tu voulais aller en Pologne en particulier, ou ça aussi, ça s’est fait complètement par hasard ? Tu peux nous dire comment tu en es arrivé à cette décision ?

HC : Après avoir travaillé dans la publicité pendant quelques mois, je me suis rendu compte que ce n’était pas pour moi. Je voulais faire quelque chose de plus créatif, avec moins de pression, et je trouvais qu’il était difficile de gérer les demandes incessantes (et parfois ridicules) de nos clients !

Pour la faire courte, j’ai démissionné et déménagé à Varsovie avec mon meilleur ami, qui est originaire de Pologne. Notre plan était d’y organiser des soirées électro, ce qu’on faisait déjà pour le plaisir à Paris.

Malheureusement, notre premier événement a été un échec cuisant ! Personne n’est venu et on a perdu tout l’argent qu’on avait investi. Mais je n’ai pas voulu rentrer en France tout de suite. J’avais déjà commencé à tomber sous le charme de Varsovie.

J’ai donc décidé d’offrir mes services en marketing à certaines entreprises, dont l’Institut français. La directrice m’a répondu qu’ils n’avaient pas besoin d’aide pour le marketing, mais qu’ils cherchaient un prof pour un cours de conversation. J’ai eu un entretien et deux jours plus tard, je faisais ma première leçon.

JB : Tu sais bien sûr qu’en France, les enfants ont des cours d’anglais dès l’école primaire, puis jusqu’à leurs études. Pourtant ils sont souvent incapables de communiquer correctement en anglais, ou en tout cas ils hésitent beaucoup à le faire. Tu crois que le système éducatif français ne fait pas son travail sur ce plan, c’est-à-dire qu’il n’y a pas vraiment de «retour sur investissement» ?

HC : C’est facile de blâmer notre système éducatif, mais je pense que c’est aussi un problème culturel.

En général, les Français ont un seuil de tolérance très bas concernant les erreurs, et notre système éducatif est un reflet de cette culture. L’école est un endroit pour apprendre les bonnes réponses, pas pour expérimenter. Alors, pendant les cours de langue, les élèves préfèrent ne pas parler parce qu’ils ont peur du ridicule. Et ils conservent cette attitude plus tard, à l’âge adulte.

Mais c’est impossible d’apprendre une langue sans faire un million d’erreurs !

Un autre problème est qu’on ne valorise pas vraiment les langues étrangères. Je me souviens qu’au collège et au lycée, on ne prenait pas les cours de langues au sérieux. Les maths, l’histoire, le français, la physique… Ces matières-là étaient considérées comme « importantes ». Si on avait une mauvaise note en anglais ou en espagnol, ce n’était pas bien grave.

Mais aujourd’hui, je pense que les jeunes Français ont plus envie d’apprendre et de communiquer en anglais. Avec Netflix, etc., les occasions d’être en contact avec la langue se multiplient. Quand il n’y avait que la télé, les films étaient doublés plutôt que sous-titrés.

Dans les pays scandinaves, la plupart des adolescents parlent anglais couramment parce qu’il y a un effort conscient du gouvernement pour donner plus de place à la langue.

JB : Pourquoi tes élèves apprennent-ils le français ? J’imagine qu’ils viennent du monde entier, pas seulement de Pologne. J’ai vu sur ton site le témoignage d’une dame qui venait d’Australie. Ils ont des objectifs précis ou ils aiment simplement les sonorités de la langue et le mode de vie français ?

HC : A l’Institut français, je n’avais que des étudiants polonais, et 90 % d’entre eux apprenaient le français par plaisir (pour pouvoir chanter des chansons, comprendre des films, des choses comme ça). C’était vraiment surprenant pour moi parce qu’en France, les adultes prennent des cours d’anglais seulement pour des raisons « pratiques » (la carrière, un déménagement à l’étranger, etc.). 

Maintenant avec InnerFrench, j’ai des élèves du monde entier. Beaucoup d’entre eux sont des retraités qui aiment la France, ou qui prévoient d’aller en France. Donc c’est plutôt parce qu’ils ont envie de pouvoir communiquer en français, pas par obligation.

JB : Est-ce que tu parles bien le polonais, et as-tu pris des cours dans une école pour l’apprendre ?

HC : Ça fait maintenant six ans que je vis en Pologne, donc je comprends beaucoup de choses, comme les informations ou les podcasts. Je peux aussi suivre une conversation mais je ne parle pas aussi couramment le polonais que l’anglais.

Je n’ai jamais pris de cours formels dans une école mais j’ai pris des cours particuliers avec un tuteur sur Italki pour me forcer à parler et être à l’aise avec le fait de faire des erreurs dès le début.

C’est dommage parce qu’en fait, ma copine est polonaise, mais quand on s’est rencontrés, je ne parlais pas polonais et elle ne parlait pas français, alors on communiquait en anglais. Et du coup, c’est toujours le cas aujourd’hui. On a essayé de passer au polonais plusieurs fois, mais j’avais l’impression que c’était une corvée. Donc j’ai abandonné, en tout cas pour le moment.

JB : Comment as-tu décidé de créer InnerFrench et en quoi ton entreprise et ses méthodes d’enseignement diffèrent des autres méthodes ? Tu peux nous en dire plus sur ton inspiration : la théorie de Stephen Krashen sur l’acquisition d’une deuxième langue.

HC : Eh bien, j’ai tellement aimé mon premier cours à l’Institut français que j’ai décidé de devenir un « vrai » prof. J’ai commencé à lire tout ce que je pouvais trouver sur l’apprentissage et l’enseignement des langues.

À cette époque, j’apprenais le polonais et je suis tombé sur le podcast « Real Polish ». Piotr, l’animateur, parlait de sujets intéressants à un rythme plus lent et en utilisant un vocabulaire simplifié. Au début, je ne comprenais pas grand-chose, mais j’ai continué à écouter et au bout de quelques semaines, je me suis rendu compte que ma compréhension s’était radicalement améliorée ! Ça a été une révélation.

Dans un de ses épisodes, Piotr a parlé de la théorie de Stephen Krashen sur l’acquisition d’une deuxième langue, et c’est là que j’ai compris cette approche dans son ensemble.

J’ai commencé à chercher un podcast similaire en français pour mes élèves mais je n’en ai pas trouvé. Alors, j’ai décidé d’en créer un moi-même ! Ça a été le début d’InnerFrench. Deux ans plus tard, j’ai créé mon premier cours pour des étudiants de niveau intermédiaire (« Build a Strong Core ») et ensuite une chaîne YouTube.

C’est devenu impossible de gérer InnerFrench tout en enseignant à l’Institut français donc au bout d’un moment, j’ai décidé d’arrêter mes cours là-bas.

JB : J’ai regardé quelques-unes des tes vidéos YouTube. Comment tu décides des sujets dont tu vas parler ?

HC :Au début, je parlais des choses qui m’intéressaient, comme la philosophie, la technologie, la psychologie, l’apprentissage des langues, etc. Maintenant, c’est plus facile, puisque les gens m’envoient des suggestions par e-mail, avec les sujets qui les intéressent comme les différences culturelles, les différentes régions et les accents en France. Je crois que j’ai assez de sujets pour les cinq prochaines années !

JB : En tant que professionnel des langues, quels conseils peux-tu donner à quelqu’un qui veut apprendre une deuxième (ou troisième) langue, en particulier à l’âge adulte ?

HC : Je commencerais en disant de ne pas trop se concentrer sur la grammaire. Elle a sa place, mais elle ne devrait pas être la priorité. Essayez de chercher des contenus simples à comprendre – des histoires courtes avec un vocabulaire simplifié, par exemple Duolingo a un bon podcast pour les débutants.

Ensuite, le plus important est de former une habitude : en pratiquant chaque jour, même si c’est seulement 10 minutes. La langue doit devenir une partie intégrante de votre vie quotidienne, ça ne doit pas être une chose que vous « faites » seulement une fois par semaine.

Vous verrez que plus vous vous améliorerez et plus vous serez capables de comprendre des contenus avancés, plus vous voudrez passer du temps avec la langue.

Enfin, et c’est important, vous devriez chercher un professeur particulier ou au moins un partenaire de conversation. C’est essentiel de vous mettre en condition en commençant à utiliser la langue. Il y a des centaines de sites web et d’applications pour ça, mais je Italki-logorecommande en particulier Italki et conversationexchange.com. Beaucoup de personnes sont bloquées à la maison en ce moment, donc c’est le bon moment pour trouver un partenaire de conversation ! 

   

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 [1] Note du blog : ESCP Business School (anciennement École Supérieure de Commerce de Paris (aussi surnommée Sup de Co Paris) puis ESCP-EAP, puis ESCP Europe) est une grande école de commerce consulaire. Fondée en 1819, ESCP Business School est détenue par la chambre de commerce et d'industrie de Paris depuis 1868. De fait de son ancienneté, l'ESCP est également souvent considérée comme la doyenne mondiale des écoles de commerce.

* Voici une courte autobiographie de Jacquie :

Jonathan m'a demandé d'interviewer Hugo Cotton – une expérience enrichissante et j'ai rencontré virtuellement une belle personne !

Je suis traductrice technique du français vers l'anglais depuis 2005, et pendant les deux dernières années j'ai élargi mes prestations vers des livres fiction, également une opportunité pour moi de rencontrer des auteurs intéressants et doués.

La traduction cependant n'est qu'une petite partie de mon expérience professionnelle.  J'ai débuté ma carrière en tant que professeur de français à l'Université du Wisconsin – Milwaukee, mais lorsque j'ai déménagé en France, j'ai eu une surprise désagréable et inattendue –  je ne pouvais plus travailler comme prof, comme je n'étais pas française, donc je ne pouvais pas être fonctionnaire dans l'Education Nationale.

 J'ai commencé à travailler avec mon mari dans deux négoces familials de construction et suis restée 18 ans, et j'ai donc appris à faire la compta, etc. et plus que je ne voulais savoir sur les matériaux de construction ! Quand on a vendu nos négoces, j'ai trouvé du travail comme formatrice d'anglais technique dans des entreprises en Normandie. C'était également très varié et intéressant et c'est ce qui m'a amené vers la traduction, comme je leur traduisais également beaucoup de documents.

Mon Old English Bulldog, Cornelius, ou Coco pour les intimes (c.a.d. tous ceux qui l'ont vu plus d'une fois), m'assiste au quotidien dans mon travail.

 

Expressions anglaises : slut, stud ; hooker, hookah