Les interprètes irakiens et afghans face à la bureaucratie americaine

Isabelle (shortened)La traduction qui suit a été rédigée à notre intention par notre fidèle collaboratrice, Isabelle Pouliot. Isabelle est membre de la NCTA et ancienne résidente de la région de San Francisco. Elle est traductrice agréée de l'anglais vers le français de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ) http://traduction.desim.ca

Le président Biden ordonne un examen du programme de visas spéciaux d'immigrants pour les interprètes afghans et irakiens qui ont travaillé pour l'armée américaine. (Fox News, le 5 fevrier 2021)

On estime qu'environ 100 000 Irakiens et 17 000 Afghans attendent toujours les résultats de programmes spéciaux destinés à accueillir en sol américain des interprètes qui ont servi fidèlement l'armée américaine, au péril de leur propre vie. Un nouveau décret du président américain Joe Biden demande d'effectuer un examen approfondi de ces programmes, une étape jugée importante afin de résoudre les lacunes systémiques, les problèmes de communication et les retards de plusieurs années dans le traitement des demandes de visa.

Le décret présidentiel du 4 février demande d'effectuer un examen conjoint des programmes de visas spéciaux d'immigrants ciblant les alliés irakiens ou afghans.

Un rapport devra être remis au président Biden dans les six mois et comprendre les éléments suivants :

  • Déterminer si l'agence respecte les lois régissant les programmes de visas spéciaux;
  • Compiler tous les retards constatés dans le traitement des demandes, y compris les retards liés au manque de personnel;
  • Un plan de « formation, encadrement et suivi » concernant le traitement des demandes de visas spéciaux;
  • Un plan pour faire le suivi des progrès des coordonnateurs principaux des programmes;
  • Déterminer si des lignes directrices adéquates existent afin de rouvrir ou de réexaminer les demandes de visa.

Année après année, le Congrès a approuvé des milliers de visas pour des interprètes irakiens et afghans, mais l'accumulation des dossiers à traiter surpasse le nombre de visas autorisés et les exigences strictes des demandes font en sorte que bon nombre de ces visas demeurent sans détenteurs.

Selon le département d'État, 11 500 visas ont été approuvés pour des interprètes afghans et leur famille depuis 2018, mais la plupart de ces visas n'ont pas encore été délivrés depuis.

En décembre, plus de 1000 demandeurs de visa afghans et irakiens ont signé une pétition adressée à Joe Biden, alors président élu, lui demandant de régler le problème, rapportait le journal The Washington Post.

Un ex-sergent de l'armée américaine, James Miervaldis, a passé trois ans à aider son propre interprète afghan à obtenir un visa d'immigrant pour les États-Unis, et ce, même si le dossier contenait une lettre de recommandation de l'ancien ambassadeur des États-Unis en Afghanistan. Malgré l'appui de personnes influentes, dont des vétérans maintenant membres du Congrès qui ont tenté de faire venir dans leur pays leurs anciens interprètes, les retards et les ratés du programme n'ont fait qu'empirer au fil des ans, selon James Miervaldis.

Un ancien officier décoré du corps des Marines, Zach Iscol, a tenté pendant 15 ans de faire venir aux États-Unis un autre interprète irakien, surnommé Frank, qui avait été atteint d'un tir et blessé aux côtés de militaires américains à Falloujah en 2004. Malgré des lettres de recommandation de plusieurs généraux, la demande de visa de Frank s’est perdue dans les limbes dit-il.

Un autre interprète avec qui Zach Iscol avait travaillé, Abood, est décédé aux États-Unis en 2011. M. Iscol est toujours en contact avec sa veuve et ses enfants, dont deux filles qui sont maintenant policières au sein du service de police de New York.

Zach Iscol a bon espoir que la demande d'examen ordonnée par le président Biden, et notamment l'analyse des exigences des demandes de visa, apportera des changements significatifs.

« Quand le gouvernement américain accorde la priorité à un dossier, il peut le régler. Comme dans n'importe quelle organisation, il s'agit d'obliger les gens à rendre des comptes et à faire de la venue de traducteurs une priorité et de désengorger le système », a-t-il déclaré.

Mise à jour :

Afghan Interpreters Who Await Visas After Helping The U.S. Now Fear For Their Lives
NPR – June 19, 2021