We bridge cultures
Pont Neuf Paris
Pont Neuf, Paris
Japanese Gardens
Japanese Gardens, Pasadena
Montserrat Barcelona
en route Montserrat - Barcelona
Tower Bridge London
Tower Bridge, London
script>
Skip to content

The Word Detective, A Life in Words, de John Simpson

  Analyse de livre

par Joëlle Vuille, qui a bien voulu rédiger l'analyse suivante à notre intention.   Joëlle, contributrice fidèle au blog, a une licence en droit suisse et un doctorat en criminologie. Après avoir profité d'une bourse de recherche du Fonds national suisse de la recherche scientifique pour faire un séjour de deux ans à l'Université de Californie à Irvine (Department of Criminology, Law and Society), Joëlle est actuellement privat-docent à la Faculté de droit de l'Université de Neuchâtel.


John Simpson (lexicographer)Beaucoup de livres ont été écrits sur le Oxford English Dictionary (ci-après : OED). La particularité de The Word Detective est de faire entrer le lecteur dans le quotidien de ceux qui créent et développent le célèbre dictionnaire. John Simpson a travaillé dans l'équipe du OED pendant 37 ans, entre 1976 et 2013, et y a été éditeur en chef pendant les 20 dernières années de sa carrière. (Nous ne reviendrons pas sur le OED en tant que tel, le lecteur intéressé pouvant se référer à une entrée antérieure de ce blog – La lexicologie – une histoire amusante du dictionnaire anglais le plus célèbre.)

 

Si le fil rouge du récit est la vie et la carrière de Simpson, l'auteur entremêle sa narration avec le développement du OED lui-même, ce qui est logique puisqu'il a joué un rôle important dans ce contexte. Il nous fait rencontrer les différents personnages qui ont imprégné l'histoire du OED, en les mettant en scène dans les locaux du célèbre dictionnaire et en nous faisant vivre leur quotidien. L'histoire est fascinante, et elle nous permet d'apprécier le travail immense concédé par des passionnés qui pendant longtemps n'ont travaillé qu'avec des cartes en papier, un stylo, et une bibliothèque de livres de références en papier (ce qui paraît surhumain aux personnes qui, comme moi, ont presque toujours travaillé avec des bases de données en ligne dans lesquelles une recherche par mots-clés prend une fraction de seconde).

Le récit nous permet d'apprécier la contribution particulière de Simpson au développement du OED ces dernières décennies. Tout au long de sa carrière, Simpson a en effet œuvré à rendre le OED accessible à un large public, à le dépoussiérer, à en faire une œuvre dynamique et moderne, notamment en donnant une voix à ceux qui parlent l'anglais au quotidien. Par exemple, lorsqu'il devint responsable du groupe « New Words » (soit un petit nombre d'éditeurs responsables de la réception des mots apparaissant nouvellement dans la langue anglaise et chargés de rédiger de nouvelles définitions pour ceux-ci), il décida que, pour chaque livre « sérieux » utilisé comme référence en vue de trouver de nouvelles définitions et de nouveaux usages d'un mot, l'éditeur en charge devrait également se rendre dans le kiosque au coin de sa rue et acheter des magazines portant sur le même sujet, afin de capter les usages quotidiens du mot en question. (C'est ainsi, par exemple, que la lecture de magazines sur les motos permit de faire entrer le mot « dirt bike » dans le OED.) Dans la perspective de Simpson, en effet, la langue n'est pas une affaire d'élites, et les sources du OED doivent être aussi diverses que possibles afin de refléter la variété des usages d'un mot. Dans le même esprit, Simpson remarqua un jour que son supermarché proposait à la vente toutes sortes de produits provenant des quatre coins du monde, comme carpaccio, halloumi, ou teppan-yaki, et décida qu'il devait aussi inclure ces mots dans son dictionnaire si le citoyen britannique lambda les intégrait dans son utilisation quotidienne de la langue anglaise. C'est ainsi qu'il entreprit de contacter les grandes chaînes de supermarché afin de leur demander de lui fournir la liste de tous les produits mis en vente (une requête à laquelle on répondit d'abord avec scepticisme, apparemment).

En plus d'intégrer des mots nouveaux et de rendre compte de la variété des usages de la langue dans la vie quotidienne, Simpson décida également de rendre les définitions nouvellement ajoutées au dictionnaire moins académiques, et de les illustrer à l'aide d'exemples qui permettraient à l'usager de se faire une meilleure idée du contexte dans lequel un certain mot était employé. Par exemple, « Intro » avait été défini dans la première version du OED comme « colloq. abbrev. of INTRODUCTION n. » ; circonscris et précis, mais pas très vivant. Lorsque « outro » fut introduit, bien des décennies plus tard, on le définit en revanche comme  « a concluding section, esp. one which closes a broadcast programme or musical work ». Mais au delà du contenu du dictionnaire, Simpson voulut également adapter le OED aux modes de communication modernes, en le digitalisant tout d'abord (en 1989), puis en le mettant en ligne (en 2000), et finalement en permettant aux lecteurs d'y contribuer directement. A cet égard, la description du passage du OED de son format papier à un format informatique au début des années 1980 est édifiante, tant à cause de l'aspect technique de la chose (une entreprise gigantesque), qu'à cause des discussions que cela suscita au sein de Oxford University Press (qui n'avait jamais rien entrepris de tel auparavant).

Cet ouvrage est également passionnant en ce qu'il montre comment le langage reflète les sociétés qui le parlent. Le OED n'a pas seulement pour but de définir les termes dans leur acception actuelle mais également de montrer quand et comment certains mots sont apparus, au fil des évolutions technologiques (« booted up » en 1980), du développement de nouvelles sensibilités éthiques (« animal rights », en 1875), et de changements de contextes historiques (« disinformation », pendant la Guerre froide). Le dictionnaire documente également comment les mots évoluent ; on pensera par exemple à « racism » ou « sexism », qui ne sont plus utilisés dans les mêmes contextes qu'il y a un siècle, parce que ce qui est considéré comme étant du racisme ou du sexisme par la société a également changé.

Mais si sa passion pour son travail est évidente à chaque page, Simpson note également qu'il y a un prix à payer lorsque l'on passe sa vie à disséquer les mots : sa déformation professionnelle l'empêche dorénavant de lire un texte littéraire et d'y voir plus qu'un simple assemblage de mots. Il donne l'exemple du début du dernier chapitre du roman Jane Eyre intitulé « Conclusion » : « Reader, I married him. A quiet wedding we had ; he and I, the parson and the clerk, were alone present. » En lisant ces mots, le lexicographe ne peut pas s'empêcher de se dire que Charlotte Brontë n'a pas inventé le mot « conclusion », que l'anglais l'avait emprunté au français dès le moyen-âge. Il se demande ensuite si le OED serait intéressé à répertorier cet usage précis de ce mot, c'est-à-dire le mot conclusion comme conclusion d'un récit, et de quand date cet usage. Pour être sûr, il s'empare du OED le plus proche et y lit que Chaucer utilisait déjà ce terme dans ce sens-là. Pas besoin de prendre note, donc. Ensuite, « reader ». Le lexicographe sait déjà que « reader » est utilisé en anglais depuis la période anglo-saxonne, mais il ignore quand les romanciers ont commencé à interpeler directement leurs lecteurs de la sorte. Cela date-il de la période victorienne ? Charlotte Brontë était-elle la première ? Le OED informe alors le lecteur que, en 1785 déjà, William Cowper avait interpelé son « gentle reader ». Ouf, pas besoin de prendre note. Et que penser de « quiet » ? Un mariage peut-il être « quiet » ? Eh oui, comme le confirme l'OED, « quiet » dans le sens de « moderate, modest, restrained » était un usage déjà connu avant Jane Eyre. Il n'est donc pas nécessaire d'informer le OED de cet usage précis du mot « quiet », et le lecteur n'a pas besoin d'en prendre note. Et ainsi de suite pour chaque mot de la page. Vous avez dit fatigant ?

Du point de vue de la structure du livre, le récit de Simpson est entrecoupé de digressions apparaissant dans une police différente du reste du texte, portant sur un mot précédemment utilisé dans le texte (par exemple : juggernaut, epicentre, debouched, ou encore 101). Le point de vue de l'auteur est que chaque mot a une histoire intéressante, si on prend le temps de creuser son passé, et il faut bien admettre que, grâce aux nombreux exemples qu'il propose, il parvient à nous en convaincre! Par exemple, son histoire du mot aerobics, qui nous fait passer de Louis Pasteur en 1863 aux reporters anglophones de la revue Lancet jusqu'aux sportifs américains de la fin des années 1960, est très intéressante. Idem du mot « mole », dont les premières définitions du dictionnaire décrivaient « the poor vision », « the strong forearms », and « the velvety fur that can be brushed in any direction » (!), avant d'intégrer les usages métaphoriques du terme (toute personne travaillant en sous-sol, comme les mineurs) et finalement la taupe du monde de l'espionnage, apparue au 20ème siècle, notamment dans les romans de John Le Carré. A chaque fois, Simpson nous offre une petite histoire de la vie du mot, qui apparaît presque comme un personnage en tant que tel, dont on lirait la naissance, la jeunesse, la vie, dont on nous décrirait les membres de la famille, les relations que les uns et les autres entretiennent, les voyages qu'ils ont entrepris au fil de leur existence et les influences qu'ils ont eues et subies. Ces passages sont particulièrement amusants pour les lecteurs francophones vu les liens étroits que le français et l'anglais entretiennent depuis presque un millénaire.

En mêlant le récit de sa vie privée avec celui de sa carrière, et en décrivant les différentes personnes qui l'ont accompagné au fil de son parcours, Simpson parvient à tisser un récit plein de chaleur, d'humour et de tendresse. Il transmet la passion des mots et l'excitation ressentie quotidiennement par ces « détectives des mots » lorsqu'ils découvrent de nouveaux usages ou redécouvrent des mots ou des usages depuis longtemps oubliés. On sent chez lui une curiosité intellectuelle sans limite, et une sensibilité certaine au terreau social dans lequel le langage prend naissance. C'est une lecture légère et amusante que je vous recommande vivement, gentle reader!

The Word Detective, A Life in Words, de John Simpson, London : Little Brown, 2016, 342 p.

 OED

Lecture supplémentaire :

Les mots ont un sexe

 

 

 

 

Linguiste, résistant, citoyen engagé…

hommage à Moniek Kroskof, alias Michel Thomas (1914 – 2005)


rédigé par Magdalena Chrusciel
interprète et traductrice-jurée
polonais-anglais-fran
çais

MAG

 

—————-

 

Michel thomasNombreux furent les réfugiés de guerre, survivants de la seconde guerre mondiale, à reconstruire leur vie dans un nouveau pays, qui s'élevèrent au sommet de leur art pour devenir même célèbres. Nous avons déjà évoqué un tel destin avec Krystyna Skarbek, l'extraordinaire comtesse et  espionne favorite de Churchill, décorée de la Croix de guerre. [1] Le cas de Michel Thomas (1914-2005), Juif polonais, fut autrement unique, par la renommée qu'il se construisit dans le domaine des langues: la « méthode Michel Thomas » qui s'applique à l'enseignement de nombreuses langues y compris le japonais. Linguiste chevronné, il était capable de transmettre les bases d'une langue en quelques jours – et on compta parmi ses clients des célébrités telles que Woody Allen, Bob Dylan ou Michel Thomas The Test of CourageEmma Thompson. Agent secret pendant la guerre, gentleman courtois, chaleureux et doté d'une grande force, il a  fait l'objet d'une excellente biographie de Christopher Robbins (Michel Thomas, The Test of Courage, publié chez Hodder Arnold, 1999). Le livre illustre bien le contexte historique d'une vie riche en événements au point de susciter, à l'époque, une polémique débouchant sur un procès.


Jeunesse à Lodz et Breslau

Moniek Kroskof à Lodz, dans une famille d'industriels du textile, d'une mère femme d'affaires divorcée, et d'un père ingénieur pétrolier, Michel grandit entouré de l'amour de femmes. Accompagnant sa mère dans ses déplacements d'affaires, il quittera la Pologne pour vivre auprès de ses oncles à Breslau, ville allemande à l'époque. Plus tard, il estimera que c'est le système d'éducation allemand, élitiste et laissant le prolétariat dans l'ignorance, qui fut à l'origine de la montée du nazisme. À la suite d'une altercation avec un policier, il décidera de quitter l'Allemagne et réussira à passer en France.

Exils français et autrichien

Paris débordant de réfugiés, il partira étudier à Bordeaux. Il y retrouvera un ami, le jeune écrivain Nelken qui, ne parvenant pas à publier son récit de la détention à Dachau, se suicidera, tragédie qui signera l'engagement antinazi de Thomas. Pressentant la guerre, Michel retournera voir sa famille à Lodz, sans réussir cependant à la convaincre de quitter la Pologne, et qu'il ne reverra plus jamais. Poursuivant ses études de philosophie et psychologie à Vienne, il y fit la connaissance de Suzanne Adler, parente du célèbre associé de Freud, son premier amour. Avec la montée des persécutions, il cherchera à partir pour Londres. Il n'y parviendra pas car son passeport polonais lui avait été confisqué. Alors qu'ils tentent d'entrer en France, Michel et Suzanne sont arrêtés par la Gestapo et menacés d'être déportés. Mais, Michel sut si bien argumenter qu'on les laissa traverser la frontière. Depuis Nice, il aidera de nombreux réfugiés à échapper aux déportations. Avec un groupe d'étudiants juifs, il cherchera à s'enrôler dans l'armée française, ce qui lui valut une peine de prison de trois mois pour entrée illégale en France. Acquitté et reparti pour Monaco, Michel se fait de nouveau arrêter à Nice.

Internements

VernetInterné au camp du Vernet d'Ariège, dans les Pyrénées, dénommé le Dachau français, il y souffrit comme tant d'autres de malnutrition grave. Grâce aux démarches de la fidèle Suzanne, il est libéré au bout de huit mois. Comprenant que Suzanne avait obtenu sa libération en couchant avec un diplomate, il rompt avec elle. D'autres lieux sinistres suivront: le camp des Milles, les mines de Gardanne, dont il s'échappe pour rejoindre Lyon. Arrêté une fois de plus, il est renvoyé au camp des Milles. En juillet 42, alors qu'il apprend les plans de déportation massive des Juifs, on lui propose de rejoindre la Résistance. Alors qu'il allait être déporté vers Auschwitz, Michel arrivera à se faire hospitaliser et à s'enfuir, en usurpant l'identité d'un détenu malade.

Résistant courageux

Grâce à Yvonne, son contact, il rejoint la Résistance, où il agira sous cinq identités différentes. Michel vit entre Lyon et Grenoble – ville alors occupée par les Italiens. Un jour, alors qu'il se rend à Lyon, dans les bureaux de l'Union israélite de France, il est pris de mauvais pressentiments. En effet, la Gestapo est là – c'est Klaus Barbie lui-même qui l'interrogera. Feignant de ne pas parler allemand, prétendant être venu pour vendre ses dessins, il sort indemne d'une rencontre funeste, qui aura coûté ce jour-là leur vie à 86 Juifs (Barbie sera coupable de la mort de quelque 7.000 personnes).

Arrêté à Grenoble, torturé, il réussit une fois de plus à sauver sa peau par un subterfuge, en s'inventant une nouvelle identité, celle d'un prisonnier de guerre en Belgique, actif sur le marché noir. Il endossera à ce moment sa cinquième et dernière identité, celle de Michel Thomas. En tant que chef de section, il dirigera le groupe Biviers, affilié à l'armée secrète du Grésivaudan. Alors que les Allemands donnent l'assaut sur le plateau du Vercors, Michel assistera les déplacements des troupes de commandos.

Au service des Alliés

MT b&w photoEntretemps, Suzanne, travaillant pour les services secrets américains depuis Lyon, se fait intercepter par des résistants qui refusent de la croire, et l'emprisonnent – Michel réussira par la suite à la faire libérer. Alors que Grenoble est libérée par les Alliés, Michel est chargé d'arrêter les miliciens, les fonctionnaires de Vichy et les collabos. Il va accompagner les Thunderbolts, arrivés d'Italie, jusqu'à Lyon – se rendant très utile comme interprète et dans les missions de reconnaissance. Parmi les prisonniers, un Allemand, portant sur lui sa citation pour avoir empêché de sauver des Juifs à Cracovie – c'est la seule fois où Michel, en général opposé à la violence et pacifiste, se laissera aller à la violence, cravachera l'homme. Pour son excellence dans ses missions de terrain, il est proposé à la plus haute distinction, la Silver Star.

Accompagnant l'armée en Allemagne, Michel sera transféré au Counter Intelligence Corps (service de Counter-Intelligence contre-espionnage). Alors qu'il traverse le pays, il aura l'occasion de voir Dachau et ses sinistres usines de construction des fusées V-2. Il sera notamment amené à interroger Mahl, bourreau du camp, et mettra à l'abri les dossiers que les nazis avaient cherché à détruire, et qui seront à l'origine du Centre de documentation de Berlin. Dès lors, il mettra tous ses efforts au service de la réconciliation.

Lors des interrogatoires, Michel découvre des réseaux d'entraide nazis, qui aidaient des milliers d'entre eux à émigrer. Cependant, l'intérêt des Alliés se tournera vers les scientifiques, qu'ils feront sortir d'Allemagne, en même temps que des usines entières. En tant que numéro 2 du bureau d'Ulm, Michel sera notamment confronté au massacre de 350 soldats américains, dit « de Malmédy », pendant la contre-offensive allemande de décembre 1944. Il réussira à faire emprisonner un des responsables, Gustav Knittel, mais, constatant l'échec global de la dénazification, il démissionnera.

Nouvelle vie en Californie

En 1947, Michel embarque pour les Êtats-Unis, accompagné de son fidèle chien Barry. N'ayant pas de passeport américain, et ne pouvant travailler pour l'ONU, il rejoindra un oncle en Californie. Cependant, les années du maccarthysme ne l'épargneront pas, il sera attaqué dans les colonnes du Los Angeles Evening Herald Express. On y évoquera l'extraordinaire capture en 1945 par Michel, alors au service des renseignements de l'armée américaine, de Knittel, ainsi que celle de Mahl, le bourreau de Dachau. Ce dernier d'abord condamné à mort, puis à 10 ans de prison, réclamait des dommages pour quelques objets perdus et attaqua Michel en justice.

Convaincu des profondes vertus démocratiques de l'éducation, Michel va fonder, à Beverley Hills, son Polyglot Institute. [2]  Sa méthode innovante permettait d'acquérir en trois jours, de solides bases d'une langue occidentale et, en 80-90 heures, d'atteindre le niveau correspondant à 2-3 semestres d'études classiques. Des personnalités recourent à ses services, telles que Grace Kelly au moment de partir pour Monaco, ou Yves Montand lors du tournage de Let's Make Love. [3]

Sa méthode, basée sur la responsabilité de l'enseignant, ne sera hélas pas reconnue par les milieux universitaires. Fin psychologue, Michel donnera des formations rapides, permettant en 15 jours de motiver une classe de jeunes noirs révoltés et récalcitrants. L'école de South Central Los Angeles deviendra un modèle d'enseignement de transition pour hispaniques, grâce aux cours prodigués par Michel. Dans les années 90, bien que le doyen de l'UCLA, H. Morris, fut acquis à sa méthode, le corps professoral s'opposera à l'intégration de celle-ci dans le cursus universitaire. Il épousera une enseignante, Alice Burns, et en aura un fils, Gourion.

La publication du récit de Christopher Robbins fut suivie d'un article calomnieux [4] , et Michel dut se résoudre à engager un procès coûteux, nécessitant des experts – archivistes, témoins de l'époque – afin de restaurer la véracité des faits. L'une des raisons de cette méfiance était qu'en Amérique on savait bien peu de choses des événements tragiques de la guerre qui s'était déroulée en Europe.

Et même si la méthode de Michel n'eût pas eu tout le rayonnement qu'elle aurait mérité, ses cours enregistrés connaîtront un vif succès tant aux Êtats-Unis qu'au Royaume-Uni. On peut aujourd'hui encore acquérir les CD d'apprentissage de différentes langues basés sur la méthode de Michel Thomas sur Internet, notamment sur Amazon.fr.

   


[1] 
C'est le cas aussi d'Arthur Koestler, écrivain britannique d'origine hongroise, à la plume aussi déliée en allemand qu'en anglais, et dont l'œuvre témoigne de son engagement politique, notamment dans la guerre d'Espagne.
Voir :  Témoin, écrivain, multilingue et inspirateur. Qui est-il ?

[2] renommée plus tard "The Michel Thomas Language Center"

[3] Voir les éloges de Woody Allen dans la vidéo ci-dessus

[4] Larger than Life
Los Angeles Times, April 15, 2001

 

 

Littérature anglaise d’enfance qui a résisté à l’épreuve du temps

AtuaLitté – 19.7.2016 :

« Un sondage lancé par l'agence The Reading Agency qui encourage les publics à toujours lire plus, notamment grâce à son programme Summer Reading Challenge, a permis de déterminer le personnage favori des Britanniques de la littérature jeunesse. La plupart des sondés ont répondu qu'ils affectionnaient… Winnie l'Ourson. Surprenant, surtout lorsque l'on connaît l'amour inconditionnel que les Britanniques portent à JK Rowling, l'auteure de la saga Harry Potter, dont les personnages ont pourtant accompagné des millions de lecteurs durant leur enfance – et après. »

———————–

A.A.A.A. Milne, mort il y a 60 ans, était un écrivain et dramaturge britannique de renom dont les œuvres n'ont pas résisté à l'épreuve du temps. En revanche, ses livres de contes et de poèmes pour enfants ont enchanté des générations de jeunes lecteurs en Grande-Bretagne et dans tout l'Empire britannique.

Les quatre livres qui ont valu à Milne une renommée durable avaient pour héros Christopher Christopher Robin
Robin, un jeune garçon ainsi nommé d'après son fils, Christopher Robin Milne : Winnie-the-Pooh (Winnie le Pooh) (1926), The House at Pooh Corner (La Maison au coin de la rue de Pooh) (1928), When We Were Very Young (Lorsque nous étions très jeunes) (1924) and Now We Are Six (Maintenant nous avons six ans) (1927). Les personnages de ces livres incarnaient les animaux en peluche de son fils et notamment un ours lui-même inspiré d'un ours brun canadien du nom de Winnie, mascotte d'un régiment canadien de la Première guerre mondiale, confié à un zoo londonien pendant les hostilités [1]

E.H.ShepardE.H.Shepard illustra les ouvrages originaux, en prenant pour modèle l'ours en peluche de Christopher Robin Milne. Les autres jouets de l'enfant furent intégrés dans les histoires d'A.A. Milne, auxquels s'ajoutèrent deux autres personnages – Rabbit et Owl – sortis de l'imagination de Milne. Tous ces jouets se trouvent maintenant dans une vitrine new-yorkaise où 750.000 personnes vont les voir chaque année. Depuis 1966, Disney a sorti plusieurs films mettant en scène Winnie-the-Pooh et sa bande.

The Real WinnieVal Shushkewich, l'auteure canadienne de « The Real Winnie: A One-of-a-Kind Bear », paru chez Natural Heritage, a aimablement accepté de nous donner un texte sur A.A. Milne et un autre sur Winnie-the Pooh. Son livre narre l'histoire de l'ours canadien qui a inspiré les histoires de Pooh, ainsi que celle de son proprietaire, un soldat canadien.

 
Paddington 2

Paddington est un autre ours emblématique, héros de charmantes histoires pour enfants écrites par Michael Bond et illustrées par Peggy Fortnum, décédée cette année à l'âge de 96 ans.

 
OursonBien que les histoires de Winnie-the-Pooh (Winnie l'Ourson: Histoire d'un ours-comme-ça, Gallimard, octobre 2015) et celles de Paddington aient été traduites en français, nous publierons la trilogie A.A. Milne, Winnie the-Pooh et Paddington à l'intention de ceux de nos lecteurs qui peuvent tout ignorer de ces morceaux choisis de littérature britannique, ou de ceux qui ne s'en souviennent plus très bien. Nous commençons ci-dessous avec le texte de Mme Shushkewich sur A.A. Milne. Traduction Jean Leclercq.

[1] A. A. Milne a servi dans l'armée britannique pendant les deux guerres mondiales.

 

 

Doline à Ottawa : côté humoristique, langagier et politique

Sinkhole

Vendredi 10 juin 2016, Ottawa - Un trou géant se creuse en plein centre ville d'Ottawa

Mercredi matin, une doline géante s’est formée au cœur du centre d'Ottawa, au croisement de la rue Rideau et de la promenade Sussex. Il s'agit d'une artère majeure de la capitale, située près du parlement et des zones touristiques. Le trou pourrait prendre plusieurs semaines à colmater. (Source: www.meteomedia.com)

(Votre fidèle bloggeur se trouvait dans le quartier le matin du sinistre.)

 

 

Etymologie: Le mot doline est d'origine slave (dolina : vallée  en polonais, serbe, slovène, slovaque et en russe), comme le mot « karste  », plateau calcaire situé en Slovénie, autour de Trieste. Il fait référence aux reliefs de la région qui s'étire des Alpes juliennes au Kvarner. (Wikipedia)

Definition en anglais

sinkhole, also known as a sink, shakeholeswalletswallow hole, cenote, or doline (the different terms are often used interchangeably), is a depression or hole in the ground caused by some form of collapse of the surface layer. (Wikipedia)

Aux États-Unis :

Jonathan G.

Témoin, écrivain, multilingue et inspirateur. Qui est-il ?

Jonathan Goldberg & Jean Leclercq


Cet écrivain est né à Budapest en 1905, au temps de l'empire austro-hongrois. Il fait ses études à Vienne, mais écrit son premier livre en hongrois avant d'adopter l'allemand comme langue d'écriture. Adolescent, il savait le hongrois, l'allemand, le français et l'anglais.  Vers l'âge de 27 ans, il passa un an en Union soviétique où il arriva avec un vocabulaire d'un millier de mots de russe et aucune notion de grammaire. Il n'en parvint pas moins à acquérir assez de russe courant pour le parler.[Par la suite, correspondant de presse en Palestine, il devint suffisamment fort en hébreu pour écrire des articles dans cette langue et même concevoir ce qu'on croit être les premiers mots croisés en hébreu.]

C'est la grande époque du Komintern et, ardent communiste, il prend part à la guerre d'Espagne aux côtés des républicains. Capturé par les forces nationalistes, il échappe de peu à la mort grâce à un échange de prisonniers avec les autorités britanniques. Rompant avec le parti communiste en 1938, il se réfugie en France où il écrit un livre en allemand (le deuxième volume d'une trilogie commencée avec l'ouvrage en hongrois). Ce livre deviendra le manifeste de l'anti-totalitarisme. Entre-temps, l'Allemagne nazie et l'Union soviétique ayant conclu un pacte de non-agression, l'écrivain est soupçonné de connivence avec les Soviétiques, en dépit de sa rupture avec le parti et de sa dénonciation du bolchevisme. Il est arrêté et envoyé au camp d'internement du Vernet-d'Ariège, au sud de Toulouse, où il reste détenu jusqu'en janvier 1940.

Remis en liberté, il projette de fuir la France. Il demande à sa compagne britannique, avec laquelle il vit à Paris, de traduire le livre en anglais, avant même de l'avoir terminé. Elle le fait à toute vitesse. Mais, elle a quitté l'école à quatorze ans pour faire des études artistiques, et n'a absolument aucune expérience de la traduction. Lorsqu'elle butte sur un mot ou une expression, elle consulte l'auteur hungaro-germanophone qui, à l'époque, est loin de maîtriser l'anglais. Ensemble, ils bricolent un brouillon complet en anglais qu'ils envoient à son éditeur londonien le 1er mai 1940. Dix jours plus tard, ils filent vers le sud pour échapper à l'avance des troupes allemandes. Il semble qu'il ait laissé un double carbone de l'original allemand à Paris, et un autre chez un ami à Limoges.

Sur le chemin de l'Angleterre, l'auteur perd le manuscrit allemand avant d'être parvenu à le publier. Il s'installe outre-Manche et adopte l'anglais [1] comme langue d'écriture, puis actualise la traduction anglaise qu'il publie en 1940. L'intrigue se passe en 1938, pendant les grandes purges staliniennes, l'auteur exprime la désillusion que lui inspire la conception soviétique du communisme à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Le livre a été traduit en une trentaine de langues, y compris en allemand, langue dans laquelle avait été rédigée la première version. Par la suite, l'auteur assura lui-même la traduction en allemand.

En conséquence, voici un livre qui n'existe qu'en traduction. Il n'en acquiert pas moins une grande réputation et a influencé toute une génération d'intellectuels en des temps de lutte idéologique à mort entre communistes et anti-communistes. Comme on l'a vu, des traductions en ont été faites dans des dizaines de langues, mais toujours à partir de la version anglaise, elle-même en grande partie traduite. Toutefois, 75 ans après, en août 2015, on a appris qu'un éditeur suisse avait reçu un double carbone du manuscrit allemand dactylographié, resté enfoui et inconnu dans une bibliothèque de Zurich.

Qui était cet auteur multilingue ? Quel était le titre de ce livre qui lui a valu la célébrité ? Qu'est-il ensuite devenu ?

 

23 avril 1616 : deux géants de la littérature meurent à la même date il y a 400 ans

 

 

ShakespeareCervantesThe University of Texas at Austin : Center for European Studies

En hommage à deux géants de la littérature, Miguel de Cervantès et William Shakespeare, décédés tous deux le 23 avril 1616, l'UNESCO a déclaré le 23 avril « Journée mondiale du livre et du droit d'auteur ». [1]

 

Journee-mondiale-du-livre-2009

De son côté et toujours en hommage à Shakespeare, l'Organisation des Nations Unies a déclaré le 23 avril « Journée de la langue anglaise ».

Mais les coïncidences ne s'arrêtent pas là, il en est au moins deux autres :

  •   Shakespeare est aussi né un 23 avril (1564), sans qu'on en ait la certitude absolue.(On sait qu'Il a été baptisé le 26 avril)
  •   William Wordsworth, le plus célèbre des poètes anglais après Shakespeare, est aussi mort un 23 avril (1850)
  •    Saint-Georges, le saint patron de l'Angleterre, est mort le 23 avril (303) et, en son honneur,  ce jour est celui de la fête nationale de l'Angleterre.

      Wordsworth

 

Au fil des ans, nous leur avons consacré plusieurs articles.

Churchill, Shakespeare et Cervantès

2015 : année donquichottique

Shakespeare goes to Paris

Hugo, Shakespeare et l'enseignement des langues vivantes

Happy Birthday, Will

Et si Shakespeare avait trouvé tout cela dans un dictionnaire ?

La pièce bidon de Shakespeare “Double Falsehood” s’avère être authentique


Shakespeare est né à Stratford-on-Avon, une ville des Midlands, qui a été un gros bourg au Moyen-Âge et qui attire aujourd'hui des masses de touristes. La Royal Shakespeare Company réside au Royal Shakespeare Theatre de Stratford. 

Royal Shakespeare Theatre  Royal Shakespare Thaetre
Le foyer du the
âtre sur l'Avon, le cours d'eau qui arrose Stratford.
Le poète Jonson appelle Shakespeare le Sweet Swan of Avon,
allusion aux cygnes de ce cours d'eau. 

Pendant des siècles, de grands esprits se sont demandés si les poèmes et les pièces de Shakespeare avaient véritablement été écrits par le plus célèbre des fils de Stratford. [2] Plus de 5000 livres contestant à Shakespeare la paternité de ses œuvres ont été publiés. [3] En outre, ce thème fait l’objet d’au moins un film : Anonymous.

 
La Société Shakespeare d'Oxford tient un Registre des sceptiques où l'on trouve les noms de Sir John Gielgud, Sir Derek Jacobi, Mark Twain, Henry James, Helen Keller, Charlie Chaplin, Sigmund Freud, qui tous croient qu'Edward de Vere, comte d'Oxford, est le véritable auteur des pièces de Shakespeare. D'autres croient qu'elles ont été écrites par Sir Francis Bacon. Selon une certaine théorie, à laquelle aurait adhéré Sigmund Freud (dont l'œuvre a été influencée par Shakespeare), le nom du grand dramaturge de Stratford dériverait du français « Jacques-Pierre », le s final de Jacques étant sonore en anglais (et non muet, comme en français), « jacque-s-pierre » serait devenu « Shakespeare ».

ShakespeareCandidates1Shakespeare (au centre) et les quatre auteurs les plus couramment suggérés comme étant les véritables auteurs de son œuvre :
Edward de Vere (le comte d'Oxford), Francis Bacon, Christopher Marlowe et le comte de Derby.


L'auteur d'un ouvrage publié cette semaine soutient qu'on les doit à une Vénitienne du nom d'Emilia (ou Aemilia) Bassano Lanier (ou Lanyer), devenue la maîtresse du directeur de la troupe du Théâtre de Shakespeare. 

Lanier   Shakespeare's Dark Lady:
The Lost Story of Aemilia Bassano Lanyer


D'autres théories établissent même un lien avec Miguel de Cervantès. Certains ont même présumé que Shakespeare s'était rendu à Madrid où il s'était lié d'amitié avec Cervantès. [4] Si l'on n'en possède aucune preuve, on sait cependant qu'une des pièces de théâtre que Shakespeare a peut-être écrite, The History of Cardenio, est inspirée d'un personnage du Don Quichotte
[5], le beau Ténébreux, que le Chevalier à la triste figure rencontre en traversant la Sierra-Morena (chap. XVII et suivants) . Des « complotistes » ont même soutenu que Shakespeare était l'auteur des œuvres de Cervantès et vice-versa – ou qu'un tiers, tel que Francis Bacon, était l'auteur des œuvres de l'un et de l'autre. Les thèses les plus extravagantes ont été soutenues à ce sujet.

Shakespeare 400, un collectif regroupant des associations jouant un rôle majeur dans les domaines de la culture, de la création et de l'éducation en Grande-Bretagne, coordonné par le King's College de Londres, célèbrera ce mois-ci le 400ème anniversaire de la mort de Shakespeare. Par un enchaînement de spectacles, de programmes, d'expositions et d'activités créatrices à Londres et ailleurs, les partenaires célébreront l'héritage de Shakespeare tout au long de cette année du quatrième centenaire. 

Pour terminer, nous-mêmes voudrions, à l'occasion de ce quatrième centenaire, citer un passage de l'Éloge à Shakespeare que Ben Jonson [6], son rival et néanmoins ami, composa pour son illustre contemporain :

« Il n'est pas d'une époque, mais de tous les temps »

 

Ben Johnson

He was not of an age, but for all time !
And all the Muses still were in their prime,
When like Apollo he came forth to warme
Our eares, or like a Mercury to charme !
Nature her selfe was proud of his designes,
And joy'd to weare the dressing of his lines !

 

Ou encore :

À la mémoire de mon très cher ami l'auteur-maître William Shakespeare et de ce qu'il nous a légué.

Bien que je le confesse, aucun homme ni aucune muse ne pourront jamais assez faire l'éloge de tes écrits. Âme de l'époque, applaudissements, délices et gloire de notre scène, tu es un monument sans tombe et tu vivras toujours tant que vivra ton œuvre et que nous aurons des esprits capables de la lire et d'en faire l'éloge.

Jonathan Goldberg & Jean Leclercq

————–

[1] Mais, en raison d'une différence de base chronologique entre l'Angleterre et l'Espagne à cette époque, ils sont morts à Gregorian calendardix jours d'intervalle. Cervantès est mort en Espagne où l'on utilisait le calendrier grégorien depuis trente ans. Ce calendrier grégorien était une version réformée du calendrier de Jules César qui, pour la première fois, avait mis toute l'Europe à l'heure solaire. Mais, l'année calendaire julienne était légèrement trop longue. Au fil des siècles, elle se décalait peu à peu par rapport aux saisons. Le Pape Grégoire XIII décida d'y remédier, car cela aboutissait à fêter Pâques à la mauvaise date. On élabora un nouveau système en instituant des années bissextiles et en retranchant dix jours pour réaligner le calendrier sur l'année solaire. Lorsque l'Espagne adopta la réforme grégorienne, le lendemain du 5 octobre devint immédiatement le 15 du même mois. Mais, Shakespeare mourut en Angleterre, pays protestant qui ne se conformait pas à l'édit pontifical. Si bien qu'en fait, Shakespeare est mort dix jours calendaires après Cervantès. Le 23 avril 1616 en Angleterre était le 3 mai en Espagne. La Russie conserva le calendrier julien bien plus longtemps encore puisqu'elle n'adopta le calendrier grégorien que le 14 février 1918. Le coup de force bolchevique, connu sous le nom de « Révolution d'octobre », se produisit le 26 octobre 1917 (julien), soit le 6 novembre 1917 (grégorien). Selon notre calendrier, ce devrait être la Révolution de novembre !

En 1926, l'écrivain et éditeur espagnol Vicent Clavel i Andrés, directeur d’Editorial Cervantes, proposa aux libraires barcelonais d'instituer une fête pour soutenir et diffuser les livres. La date retenue fut d'abord le 7 octobre, avant d'être modifiée au 23 avril, afin de rendre hommage à l'écrivain le plus célèbre du pays, inhumé le 23 avril 1616, Miguel de Cervantes. 

Donquixote

       Portrait de Cervantès par le peintre mexicain Octavio Ocampo

[2] À titre personnel, je voudrais dire que, dans ma jeunesse, lors de mon premier séjour en Angleterre, j'ai assisté à trois pièces de théâtre représentées à Stratford au cours de trois soirées consécutives. Dans l'une d'elles, Othello, le rôle-titre était tenu par le fameux chanteur américain Paul Robeson qui, pour ses sympathies communistes, avait été mis sur la liste noire par McCarthy et vivait alors en Angleterre. Jonathan G.

Robeson

[3] Source: Shakespeare: The World as Stage, Bill Bryson, Harper Perennial; Reprint edition (October 2008).
Voir aussi : Paternité des œuvres de Shakespeare

[4] William Shakespeare et Miguel Cervantès se sont-ils rencontrés ?
Le Point, 23/4/2016

 

[5] Cette pièce de théâtre, dont le manuscrit s'est perdu, a été jouée en 1612 (ou 1613) et attribuée à Shakespeare quarante ans plus tard. On ne la trouve pas dans ses Œuvres complètes. C'était dans doute une adaptation scénique d'une anecdote du Don Quichotte, mais rien ne dit que ce soit Cervantès qui l'ait écrite. Du reste, les grands auteurs français (Corneille, Lesage, Hugo) ont, eux aussi, largement puisé dans la littérature espagnole et notamment chez les auteurs du Siècle d'Or.

[6] Ben Jonson. Poète dramatique anglais (1572-1637), créateur de la « comédie de caractère », un des représentants les plus éminents du théâtre élisabéthain.

Références :

Cervantes and Shakespeare:
Contemporaneous Lives, Different Stories

Introduction by Salman Rushdie,

"And Other Stories", 12 April 2016


Cardenio between Cervantes
and Shakespeare:
The Story of a Lost Play

Polly, 27 February 2016

 

 

 

Honni soit qui mal y pense

  

Nassima 2016En juillet 2011 nous avons publié la première partie d'un article rédigé par Mme  Nassima El-Médjira, intitulé Fidélité en traduction ou l'éternel souci des traducteurs. Un mois plus tard la fin de l'article a paru dans ce blog. Cet article a suscité un vif intérêt parmi nos lecteurs et lectrices dont plusieurs ont même soumis leurs propres opinions dans le domaine de la traductologie.

Malheureusement, nous avons perdu contact avec Mme El-Médjira jusqu'à récemment, quand elle a bien voulu analyser un livre de notre choix. Pour rappeler aux lecteurs qui est cette linguiste douée que nous sommes heureux de retrouver à l'occasion de sa nouvelle contribution, nous avons demandé à Mme. El-Médjira de nous fournir une courte biographie de sa vie professionnelle. Voici son exposition, suivie par la recension du livre, Honni soit qui mal y pense.

 

—————
Née à Alger, je suis diplômée en traduction de l'Institut de Traduction de l'université d'Alger. Mon mémoire de fin d'études était une traduction, du français vers l'arabe, d'un article de Danica Seleskovitch,  paru dans le livre « interpréter pour traduire » de Marianne Lederer et Danica Seleskovitch de l'école de Paris. Dans cet article, l'auteure, qui a jeté les fondements de la théorie interprétative de la traduction, démontre avec exemples à l'appui que le processus de la traduction s'apparente à celui de l'énonciation et de la compréhension d'une parole en communication unilingue.

Quelques années plus tard, j'ai eu le plaisir de publier, dans une revue de traduction américain, un modeste texte autour de la notion de fidélité en traduction telle qu'elle a été perçue par les traducteurs depuis que l'homme traduit.

Mes contacts avec la traductologie se sont raréfiés vu que j'ai été amenée à changer de créneau ; ceci dit, je n'hésite pas à tenter de me mettre à jour dans tout ce qui concerne le domaine de la traduction et le métier de traducteur.

Le juste mot en anglais m'a fait honneur en me confiant la recension du livre d'Henriette Walter ce qui a été pour moi une expérience bien enrichissante et un défi que j'espère avoir réussi à relever.

 

L'incroyable histoire d'amour entre le français et l'anglais, Henriette Walter 

Édition Robert Laffont (2001)

Honni soit  Henriette-Walter

Recension 

 

James Joyce: sa vie, cinéma et musique

Nous accueillons notre nouvel invité, Colman O'Criodain, docteur en biologie et écrivain, d'origine irlandaise, dont le blog se trouve à http://www.philipcolemanauthor.com.  L'article qui suit a été rédigé en anglais par Colman et traduit par son épouse, Magdalena Chrusciel, notre contributrice fidèle. Magdalena possède une palette linguistique aussi large qu'originale avec la maîtrise de quatre langues : polonais, russe, français et anglais. Elle est traductrice-jurée et a également des activités d'enseignement et de formation professionnelle.

 

Colman-ColemanMAG   
   
Colman
O'Criodain                       Magdalena Chrusciel

 

 

James-joyceC'est en 1905 que James Joyce avait achevé sa première œuvre majeure de fiction, un recueil de nouvelles, Gens de Dublin (Dubliners). S'ensuivit une longue période de déconvenues, au cours de laquelle il soumit son manuscrit à 18 reprises à 15 éditeurs différents. Après avoir accepté de le publier en 1905, l'éditeur Grant Richards de Londres exigea qu'une des nouvelles soit retirée (Two Gallants, où le protagoniste raconte comment il s'y prit pour séduire une femme). Par la suite, Richards exerça des pressions sur Joyce afin qu'il retire un certain nombre de passages dont il prétendit que l'imprimeur refusait de les imprimer. Tout en protestant, Joyce finit par céder à certaines des pressions. Cependant, en fin de compte, Richards ne tint pas sa promesse de publier. Au terme de trois années de recherches, Joyce passa un accord avec Maunsel & Roberts, à Dublin, qui se désistèrent eux aussi, menaçant même Joyce de le poursuivre pour les frais d'impression déjà encourus. Bien qu'il offrît de couvrir ces frais, étant entendu que les épreuves lui soient remises et qu'on l'autorise à terminer l'ouvrage ailleurs. Toutefois, lorsqu'il vint chercher les épreuves chez l'éditeur, on refusa de les lui remettre et on les brûla le lendemain. Par chance, il avait réussi à sauver un exemplaire, qu'il soumit à d'autres maisons d'éditions. En 1914, c'est Grant Richards, une fois encore, qui se décida à publier l'ouvrage, en utilisant les épreuves sauvées de chez Maunsel.

Chacune des nouvelles est un chef-d'œuvre en miniature, et l'ouvrage est sans aucun doute l'œuvre de Joyce la plus accessible et la mieux connue du plus grand public. La dernière des nouvelles, The Dead, (Le mort) en est la pièce maîtresse, la plus longue de toutes, presque aussi longue qu'un roman.

Joyce the dead

 

Candide à Hollywood

Ghâzî Abd Ar-Rahmân al Qusaibi. De retour en Californie en touriste. Traduit de l'arabe saoudien par Yacine Benachenhou. Paris, Éditions Benachenhou, 2015, 46 p. Prix 15€. [* ]

Le traducteur, qui a contribué à notre blog plus d'une fois, vient de publier un dictionnaire français-arabe: La référence. Paris, Benachenhou éditeur, 2015, 709 pages (15€) que nos lecteurs pourront se procurer en s'adressant aussi à lui :
Yacine Benachenhou – yacinebenachenhou@gmail.com.

                                          Ghâzî Abd Ar-Rahmân al Qusaibi          image from http://s3.amazonaws.com/hires.aviary.com/k/mr6i2hifk4wxt1dp/15082712/4ae6260a-8fc0-444b-a876-6f95c3ed4580.png
                                                          L'auteur                                  Le traducteur
 

Analyse du livre : Jean Leclercq

Grand personnage du royaume saoudien, l'auteur de ce petit ouvrage, né en 1940 et décédé le 15 août 2012, a commencé par faire de bonnes études à la faculté de droit du Caire, suivies d'un diplôme de relations internationales obtenu à UCLA et d'une thèse à l'University College de Londres (en 1970). Malgré les hautes fonctions qu'il occupa en Arabie Saoudite et dans d'autres pays du Golfe, couronnées par un poste d'ambassadeur à Londres tenu jusqu'en 2002, il trouva le temps de nous laisser de nombreux écrits dont trois seulement ont été traduits en anglais [1] et, à notre connaissance, un seul en français. Il est donc à la fois juriste, haut fonctionnaire, diplomate et lettré.

Mais, voici que l'envie lui prend, à l'été 1987, de revoir les lieux où il a fait une partie de ses études et où il n'est retourné que pour de très brèves missions. Parti avec femme, enfants et belle-mère, il retrouve le sol californien à l'aéroport de Los Angeles. S'ensuit une série d'anecdotes contées savoureusement par un observateur qui pose un regard amusé sur une société qui lui semble aussi fascinante qu'inquiétante. Inévitables formalités d'entrée sur le territoire américain, premiers contacts avec un chauffeur de taxi (qu'il baptise Édouard 1er et se révèle être une mine d'histoires), installation à l'hôtel et découverte de la télévision publicitaire. Chemin faisant, on en vient à des réflexions de caractère sociologique, sur le développement personnel, par exemple. C'est bien vu : Les Américains croient que tout est habileté ou « technique ». Ils pensent que si tu le veux, tu peux apprendre à nager, à conduire, à parler en public, à gérer une entreprise ou à attirer les femmes. Tu ne trouveras jamais aucun Américain en repos total car, quand il se délasse, il pense continuellement à la technique du « délassement » qu'il pratique. Là-dessus, en route vers Disneyland que l'auteur appelle « le royaume magique ». Après un quart de siècle, ce royaume n'a guère changé. L'enchantement exerce toujours ses effets : Comment dire à un adulte que le monde des enfants – avec ses légendes, ses magiciennes et ses contes – est plus gentil que l'univers de la finance, des sociétés et des conseils d'administration ? Non ! Depuis longtemps, j'ai compris qu'il était inutile d'expliquer les mètres d'un vers à un sourd et le sens de l'amour à un homme jaloux comme un tigre. » À l'entrée des pavillons de Disneyland, les files d'attente sont le sujet d'une autre réflexion. Comment peut-on attendre parfois deux heures pour voir une attraction ? Et, surtout, comment cela se passerait-il dans un pays du tiers monde où l'on aurait certainement aménagé une entrée à part pour les notables, les gens de qualité, leurs parents et amis ? Ne resteraient alors dans les longues files d'attente que le vulgum pecus, les gens de rien, si peu dignes d'égards qu'il serait inutile de vouloir divertir leur longue attente avec des clowns ou de la musique. Bref, ce n'est pas une somme sociologique sur la société post-industrielle dont la Californie est peut-être l'exemple le plus achevé, mais c'est intéressant et bien observé.

Pour nous permettre de mieux situer le récit et de replacer les choses dans leur contexte, le traducteur, cette fois encore, l'a fait précéder d'une note sur l'économie de l'Arabie séoudite ainsi que d'un rappel de l'histoire récente de ce pays. Il a également pris le soin d'annexer un index des lieux et des noms de personnages cités dans lequel, ordre alphabétique oblige, Nikita Krouchtchev voisine avec Ibn Mâdjid (marin et explorateur) et Abû Alâ al Maari (poète et penseur).

[*] Pour tout renseignement, s'adresser au traducteur à l'adresse : yacinebenachenhou@gmail.com


[1] Seven, traduction de Basil Hakim et Gavin Watterson, Saqi Books (1999) et An Apartment Called Freedom [hiqqat al-urrīyah, 1994, (شقة الحرية)], traduction de Leslie McLoughlin, Kegan-Paul (1996). En 1989, un des recueils de poésies a également été traduit en anglais par Anne Fairbairn, en Australie, intitulé Feathers and the Horizon.

Le mot juste, ce dont nous n’avons pas l’exclusivité !

analyse de livre

Le mot justePierre Jaskarzec. Le mot juste. Pièges et difficultés du vocabulaire : mots déformés, impropriétés, confusions… Nouvelle édition revue et augmentée. Paris, Librio, 2011, 107 p., 3 €.

C'est toujours dans les petits livres qu'on trouve les meilleures choses car leurs auteurs ont dû y condenser leurs idées et s'en tenir à l'essentiel. Tel semble être encore une fois le cas pour Pierre Jaskarzec qui nous donne une Jaskarzec version revue et augmentée de son édition de 2006. Petit ouvrage donc, et d'un prix plus que modique, il est destiné à tous ceux qui souhaitent améliorer leur maîtrise du vocabulaire français ainsi que leur expression écrite et orale. Présenté sous forme d'articles, il permet, comme cela est dit dans l'introduction, « de s'assurer du sens d'un mot à travers une définition claire, illustrée par des exemples. Les emplois fautifs ou critiqués sont toujours signalés, mais sans purisme dépassé ».

Quelle que soit la façon dont nous jouons avec les mots, que nous soyons traducteurs, interprètes, terminologues ou enseignants de langues, c'est un petit ouvrage à garder sur le coin du bureau afin de le consulter quand surgit un doute ou une hésitation. Les mots traités y sont présentés dans l'ordre alphabétique, en distinguant souvent deux termes voisins, mais ayant des significations différentes : à l'attention de/ à l'intention de, acronyme/sigle (un acronyme se prononce comme un mot ordinaire [OVNI, SIDA] alors que, pour un sigle, on détache les lettres qui sont prononcées une à une [SNCF, RTBF, TSR]), agonir/agoniser, ou de paronymes tels que collision et collusion ou encore vacuité et viduité. On y trouve aussi l'explication de délicieuses expressions comme dès potron-minet que l'on avait regretté de ne pas trouver dans les 100 expressions à sauver de Bernard Pivot. [1] En ancien français, potron voulait dire « postérieur » et, comme le chat est un animal très matinal, dès potron-minet signifie : « dès que le chat met son postérieur à l'air », autrement dit « dès l'aube ».

Mais, c'est au chapitre des anglicismes que nous attendions M. Jaskarzec. Dans le petit lexique annexé à l'ouvrage, l'auteur en distingue trois sortes : l'anglicisme lexical, c'est-à-dire le passage d'un mot anglais en français avec d'éventuelles modifications dans la prononciation ou la graphie (exemples : crash ou nominer) ; l'anglicisme sémantique, lorsque le mot anglais donne l'un de ses sens à un mot français de forme voisine, ce qui fait qu'il passe inaperçu de la plupart des locuteurs (exemple : opportunité, dans le sens d'« occasion favorable ») ; enfin, l'anglicisme syntaxique, traduction littérale de l'expression anglaise, calque de l'anglais (exemples : demander une question pour « poser une question » ou faire du sens pour « avoir du sens »). Cependant, l'auteur relève que certains anglicismes sémantiques ne le sont pas toujours. Il prend pour exemple l'adjectif domestique, dans le sens d'« à l'intérieur d'un pays », comme dans vols domestiques par opposition aux vols internationaux. Il rappelle qu'en français, domestique a eu jadis le sens de « national », par opposition à « étranger ». Le Dictionnaire de l'Académie française (4e édition, 1762) nomme guerres domestiques celles qui se situent à l'intérieur des frontières nationales, celles que nous appellerions aujourd'hui « civiles ».

Bref, comme on peut le lire en quatrième de couverture, « cet ouvrage est aussi destiné aux amoureux de la langue française, aux curieux de l'étymologie, de l'histoire des mots ou des usages linguistiques. Il séduira tous ceux qui ne se résignent pas aux mots creux, aux approximations et aux tics de langage ». Son auteur est éditeur d'ouvrages de référence et de livres pour la jeunesse. Il est l'auteur du Français est un jeu (Librio, n° 672) et des Mots sont un jeu (Librio, n° 976). Avec lui, la linguistique devient un gai savoir !

1. Bernard Pivot. 100 expressions à sauver. Paris, Éditions Albin Michel, 2008, 145 p., 12 €.

Jean Leclercq