Langue anglaise, avec Claude Hagège
La genèse de l'anglais
11:52 minutes
Langue anglaise, langue facile?
7:46 minutes
Langue anglaise, langue facile?
7:46 minutes
Translating for Singing. The Theory, Art and Craft of Translating Lyrics,
Ronnie Apter and Mark Herman, [1] Bloomsbury, London & New York, 2016.
Recension de Marie Nadia Karsky
Marie Nadia Karsky vit et enseigne à Paris, elle est maître de conférences au département d'études des pays anglophones (DEPA) de l'Université Paris 8. Elle enseigne la théorie et la pratique de la traduction, et travaille sur la traduction théâtrale, en particulier Molière traduit en anglais. Elle a récemment co-dirigé un numéro de Journal of Adaptation in Film and Performance avec Geraldine Brodie, et un numéro de la collection Théâtres du monde (Presses Universitaires de Vincennes) avec Céline Frigau Manning. Elle a traduit, en collaboration avec sa collègue Claire Larsonneur, la pièce Playhouse Creatures pour les Presses Universitaires du Mirail (Toulouse). Marie Nadia parle le russe et l'allemand et se passionne pour les arts scéniques, en particulier l'opéra et la danse.
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Dans Translating for Singing, Ronnie Apter et Mark Herman, tous deux traducteurs, vers l'anglais, de livrets d'opéra et plus généralement de textes chantés, présentent la nature, les difficultés et les joies de leur travail, tout en le théorisant et en historicisant la tâche du traducteur de ce genre de textes. Si l'ouvrage se borne à la traduction vers l'anglais, nul doute que les considérations des auteurs ne puissent servir à la réflexion sur la traduction d'opéras et de chant en d'autres langues. L'ouvrage, qui comporte 282 pages, se compose de 12 chapitres et d'une conclusion, il est doté d'un index ainsi que d'une bibliographie très fournie. Des extraits d'airs traduits souvent donnés avec leur partition viennent amplement illustrer le propos, ce qui permet aux lecteurs le désirant de vérifier par eux-mêmes ce qui est avancé.
Le texte d'Apter et Herman est précédé d'une préface de Jonas Forssell, traducteur suédois, qui expose tout d'abord une contradiction fréquente dans l'opéra : genre scénique, voué à l'expression, ses œuvres sont souvent chantées dans des langues que la plupart des publics ne comprennent pas. Forssell soulève plusieurs questions qui incitent le lecteur à chercher des réponses dans les chapitres de l'ouvrage : comment dépasser la hiérarchisation des genres, en grande partie fondée sur des préjugés linguistiques et culturels, entre l'opéra, surtout lorsqu'il est chanté dans la « langue noble » qu'est l'italien, et les spectacles musicaux (comme la comédie musicale) souvent écrits en anglais ? Comment, par conséquent, donner un statut à l'opéra en langue anglaise ? L'avènement du surtitrage permet-il vraiment de dépasser la barrière de la langue, étant donné la concision de l'information communiquée ? Forssell en appelle plutôt à traduire les opéras en anglais, lingua franca de la mondialisation, qu'il nomme cependant « vernacular ». Là réside un des points qui nous surprend : si la traduction d'opéras en anglais peut certes contribuer à leur compréhension dans plusieurs pays, au nom de quelle politique linguistique et culturelle chanterait-on Verdi ou Wagner en anglais en Suède ou dans un autre pays non anglophone, plutôt que de le chanter dans la langue du pays ? On imagine que ce serait avant tout pour des questions de rentabilité auxquelles l'opéra, lui non plus, ne peut échapper… Par ailleurs, si la traduction vient remplacer les sous-titres, les spectateurs sont-ils vraiment assurés de comprendre les paroles chantées ? Cela suppose, de la part des chanteurs, une articulation excellente, qui n'est pas toujours monnaie courante, et certaines notes, aiguës ou graves, ne favorisent pas la diction. Telles sont les questions que l'on se pose à la lecture de cette introduction très stimulante, qui nous rend encore plus désireux d'aborder l'ouvrage de Apter et Herman.
Le premier chapitre, intitulé « Translation and music », inscrit la traduction des livrets d'opéra dans la recherche en traductologie, faisant un point bibliographique utile, mais surtout, il s'interroge sur ce qui constitue une bonne traduction, vers l'anglais, de paroles chantées (que ce soit pour l'opéra, le lied, la comédie musicale, l'oratorio…). Comment le texte traduit peut-il à la fois fonctionner en scène, être chantable, respecter les exigences de la musique, tout en constituant une traduction et non une adaptation ou une réécriture ? Cette question sert de fil conducteur aux différents chapitres qui apporteront progressivement des éléments de réponse plus précis. Les auteurs définissent la tâche du traducteur de livrets musicaux comme consistant à traduire les mots dans leur relation à la musique, rappelant que paroles et musique forment un tout, et revenant au passage sur la polémique « prima la musica dopo le parole » pour signifier sa vanité. Dans le deuxième chapitre, ils font un rappel utile de l'histoire de la traduction d'opéra, évoquant la suprématie historiquement accordée à l'italien et les changements qui se sont produits depuis les années 1950 avec l'internalisation accrue des chanteurs. Certains théâtres dans les pays anglophones continuent à faire chanter les œuvres dans des traductions anglaises, mais il est rare, en général, que les chanteurs disposent de livrets traduits autrement que dans des traductions littérales. Les notes et les paroles ne correspondent pas précisément et il est difficile pour les chanteurs anglophones de comprendre véritablement ce qu'ils chantent. Les auteurs dénombrent ensuite, dans ce chapitre puis au cours de l'ouvrage, les difficultés principales de traduction que posent les textes chantés : les plus évidentes sont liées à la différence de systèmes prosodiques ; le traducteur de livrets musicaux se verra donc obligé de tenir compte des critères que sont le rythme, la rime, le sens, la correspondance entre syllabe et note, la fluidité syntaxique, ainsi que les caractéristiques des personnages (idiolectes, registres de langue employés…). Certaines modifications musicales minimales sont possibles, présentées par les auteurs dans un tableau.
Une fois ces principes posés, les auteurs confrontent, dans les cinq chapitres suivants (de 3 à 7), la traduction de textes pour le chant à différents critères traductologiques : la traduction sera-t-elle faite de manière sourcière ou cibliste (pour employer la terminologie française de J-R Ladmiral, qui correspond peu ou prou aux méthodes de foreignization et de domestication présentées par L. Venuti, à la suite des options de traduction présentées par F. Schleiermacher) ? Quels sont les éléments d'adaptation qui entrent en jeu ? Qu'est-ce qui justifie les retraductions pour l'opéra ? Comment traiter des décalages historiques, géographiques, culturels, de tous les éléments qui passent par le filtre de la censure ou de l'auto-censure, passées et présentes, et du politiquement correct ? Les exemples donnés, de l'Eraclea de Scarlatti au Médecin malgré lui de Gounod en passant par La Flûte enchantée ou par Maria Stuarda de Donizetti, illustrent à point nommé le propos, et les auteurs font toujours preuve d'une érudition jamais pédante. En bons praticiens de la traduction, Apter et Herman reconnaissent d'ailleurs que l'approche, sourcière ou cibliste, privilégiée lorsqu'on commence une traduction, est souvent mise au défi par la pratique : les traducteurs sont obligés de tenir compte de spécificités linguistiques et culturelles (traduction de l'humour, de l'argot, du registre dans lequel les personnages s'expriment, d'ambiguïtés sémantiques…) qui viennent parfois remettre en cause l'optique de traduction initialement choisie.
Enfin, les cinq derniers chapitres (de 8 à 12) sont davantage consacrés aux rapports entre textualité et musique : comment les paroles des personnages, avec leur registre, voire leurs sonorités, s'unissent-elles à la musique pour les caractériser ? Ici, les exemples proposés de partitions pour certains personnages wagnériens sont particulièrement passionnants. Que faire, demandent également Apter et Herman, lorsqu'on ne dispose plus de la musique pour certains textes, pour certains chants de troubadours, par exemple, ou lorsque la musique a été détruite ou perdue ? Les chapitres 11 et 12, très fournis, étudient les différentes modifications que la traduction apporte au texte et leur lien à la partition, tout comme le système textuel et musical ainsi créé. Sont alors présentées et largement illustrées les diverses composantes du rythme telles que la syllabe, son accent, sa durée, variables selon les langues, la rime, considérée sous son aspect tant textuel que musical, c'est-à-dire employée dans la partition, les répétitions de mots ou de sonorités, et d'autres aspects de l'interaction entre paroles et musique qui prime dans le chant, quel qu'il soit. Enfin, les auteurs rappellent que la traduction doit aussi prendre en compte la tessiture des chanteurs, certains sons se chantant plus aisément dans les aigus, d'autres sur des notes graves. Ils permettent aux lecteurs de bien comprendre à quel point le travail du traducteur exige un travail attentif d'écoute, d'empathie avec l'ensemble que constituent le texte et la musique, mais de distance également, afin de mieux en saisir les diverses facettes et leur fonctionnement.
Ils concluent cet ouvrage en souhaitant que la traduction d'opéras vers l'anglais puisse contribuer au développement de ce genre musical… en anglais.
La lecture de ce livre procure beaucoup de plaisir tant il est bien écrit, bien référencé, riche d'exemples et plein d'humour. De plus, il donne envie de réécouter les opéras non seulement dans leur langue originale, mais aussi en traduction, et cela non seulement vers l'anglais. Il apporte des éléments de réponse à des questions que l'on se posait d'emblée : à quoi sert, à notre époque où de nombreuses salles sont dotées de systèmes de surtitrage, de traduire le chant pour sa performance scénique ? Si l'on pouvait penser que la traduction d'opéra était un phénomène dépassé, le livre d'Apter et Herman vient remettre en cause ce genre de supposition. L'opéra est certes chanté en version originale en France, mais ce n'est pas toujours le cas ailleurs, et cet ouvrage ouvre une perspective bienvenue sur ce qui se passe dans d'autres pays, rappelant que d'autres traditions sont encore vivaces. Translating for Singing incite à s'interroger sur les mérites respectifs de l'opéra en version originale et en traduction, et sur les apports, plutôt que les « pertes » de cette dernière. Les anglophones ne sont du reste pas les seuls à traduire l'opéra : à Vienne comme à Berlin, deux théâtres majeurs, respectivement la Volksoper et la Komische Oper, présentent encore dans leur programmation pour 2016-17 plusieurs opéras traduits en allemand. La traduction n'empêche d'ailleurs pas l'emploi du surtitrage (puisque certains de ces spectacles sont présentés traduits en allemand et dotés des surtitres anglais), mais celui-ci est loin de constituer la seule solution.
L'effet général créé par l'interaction entre la musique et le relief sonore des paroles est toujours modifié dans le passage à une autre langue, ce que les auteurs rappellent en fin d'ouvrage. Comme dans toute autre forme de traduction, on aboutit à un produit qui est à la fois même et autre. Ceci n'est pas sans présenter des avantages : écouter les paroles chantées dans plusieurs langues (l'anglais n'est pas la seule langue concernée, loin de là) ouvre non seulement sur une compréhension plus approfondie de l'œuvre mais encore sur un plaisir auditif à chaque fois nouveau, car différent. En outre, l'appel à la traduction d'opéras vers l'anglais émis par Apter et Herman résonne d'autant plus fort que les œuvres littéraires, elles, sont peu traduites vers l'anglais. Comment cet appel à la traduction d'œuvres chantées s'inscrit-il dans le paysage sociopolitique de la traduction littéraire en général ? Que dit-il sur les désirs des divers publics – lecteurs, auditeurs, spectateurs ? Et sur le statut de l'anglais comme lingua franca ?
Translating for Singing est un bel outil pour quiconque s'intéresse à la traduction du chant (traducteurs, étudiants en Masters de traduction, enseignants, chercheurs…) mais il peut s'adresser aussi à toute personne qui étudie la traduction de la poésie ou du théâtre, à la fois par la dimension scénique, orale, articulatoire qu'il met en avant que par celle du rythme et des questions liées à la prosodie (rime, mètres, assonances et allitérations) dont il traite abondamment.
Marie Nadia Karsky, qui exprime ses remerciements a Jonathan Goldberg pour l'avoir invitée a rédiger ce texte et de l'avoir incitée a le publier en premier lieu dans Meta. (Les Presses de l’Université de Montréal)
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[1]
Mark Herman, est traducteur littéraire et technique, ingénieur chimiste, auteur dramatique, musicien et acteur. Il est titulaire d'un baccalauréat ès sciences de Columbia University et d'une maîtrise ès science de l'Université de Californie à Berkeley. Il est traducteur d'espagnol en anglais certifié par l'American Translators Association, et possède une bonne connaissance du russe. Pendant deux décennies, il a tenu la rubrique 'Humor and Translation' de l'ATA Chronicle, la revue de l'American Translators Association. Bon nombre de ses analyses de livres ont paru dans Ars Lyrica.
Ronnie Apter is Professor Emerita of English at Central Michigan University (CMU) and a published poet. Her awards include the Thomas Wolfe Poetry Award from New York University and the President's Award for Outstanding Research and Creative Activity from CMU. Her books include the multi-media (book and compact disk) A Bilingual Edition of the Love Songs of Bernart de Ventadorn in Occitan and English: Sugar and Salt (Lewiston, New York: The Edwin Mellen Press, 1999); and Digging for the Treasure: Translation After Pound (New York, Berne, Frankfurt am Main: Peter Lang Publishing, 1984; paperback reprint, New York: Paragon House Publishers, 1987). In collaboration with Mark Herman she has written 24 English translations of operas, operettas, and choral works performed in the United States, Canada, England, and Scotland; translations of numerous poems and children's books; and articles on translation and opera.
Un récent rapport de l'Académie américaine des Sciences et des Lettres fait état des statistiques suivantes :
Invoquant le recul de l'étude des langues dans l'ensemble du pays, le rapport, America's Languages: Investing in Language Education in the 21st Century, appelle à l'adoption d'une stratégie nationale visant à accorder un rang de priorité plus élevé aux langues étrangères dans le système d'éducation américain.
Jean Leclercq
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Sophie, Anglaise de 13 ans, est tombée sous le charme de la Tour Eiffel lors d'un voyage à Paris. Elle l'a fait savoir dans un poème envoyé à l'Élysée alors occupé par François Hollande. Mais c'est son successeur, Emmanuel Macron qui s'est chargé de répondre à Sophie. Le président de la République s'est fendu d'un poème rendu public hier à l'occasion de l'anniversaire de l'adolescente anglaise.
LE POÈME DE SOPHIE LA RÉPONSE DU PRESIDENT |
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Centre of Attention
She is second to none. |
En voyage à Paris, la petite Sophie
"C'est ?" |
Lost in translation ?
Était-ce ou non un original anglais ?
Toute la journée, les médias français ont unanimement rapporté que le Président Macron avait écrit à Sophie un poème en anglais.
Mais, il n'en était rien. Le poème a été écrit en français et traduit en anglais par les soins de l'ambassade de France à Londres.
Des soupçons étaient nés d'une version française bien plus structurée et d'une meilleure facture littéraire que la version anglaise.
En effet, la version française, rimée et cadencée, laisse l'impression d'un véritable bijou poétique.
La version anglaise – tout en étant agréable à sa façon – sent la traduction. Elle est plus empruntée et d'une imagerie moins parlante qu'en français.
D'ailleurs, comment le président aurait-il pu écrire un poème en anglais et puis faire en sorte de l'améliorer en traduction française ? Et, c'est pourtant ce que nous nous tous sommes laissé dire.
Aujourd’hui, en fin d'après-midi, l'ambassade de France à Londres a confirmé à la BBC que c'était effectivement elle qui avait traduit en anglais le poème du président français.
Moralité : The cat is out of the bag ! On a éventé la mèche !
D'après Hugh Schofield, BBC News, Paris.
Fabienne Lemahieu, La Croix :
"Avec la spectaculaire mise à nu d'un comique de seconde zone, David Grossman embrasse tous les thèmes d…"
Norbert Czarny, La Qunzaine :
"Qui a lu Le Théâtre de Sabbath de Philippe Roth, livre auquel on a envie de comparer ce roman, sait que …"
Oriane Jeancourt Galignani, Transfuge :
"Une des voix les plus humaines qu'il nous ait été donné de lire depuis longtemps."
Reportage de Magdalena Chrusciel avec l'aide précieuse d'Elsa Wack – nos contributrices fidèles
Le Prix international Man Booker existe depuis 2004. Il est décerné chaque année à un auteur, britannique ou étranger, pour un ouvrage en anglais ou largement diffusé en traduction anglaise. En 2016, son montant a été porté à 50 000£ et, dans le cas d'une traduction, il est équitablement partagé entre l'auteur et le traducteur. [1]
En 2016, le prix a été décerné à l'auteure sud-coréenne Yi Chong-jun et à sa traductrice anglaise, Deborah Smith. En juillet 2017, nous publiions une interview intitulée « Deborah Smith – linguiste du mois de juillet ».
Le lauréat du Prix international Man Booker 2017 sera annoncé le 13 juin. Voici les six candidats qui ont été nominés dans une première étape [2]:
Mathias Enard (France), Charlotte Mandell (États-Unis), Boussole
(Compass)
David Grossman (Israël), Jessica Cohen (États-Unis),
A Horse Walks Into a Bar
Roy Jacobsen (Norvège), Don Bartlett, Don Shaw (Grand Bretagne),
The Unseen
Dorthe Nors (Danemark), Misha Hoekstra (États-Unis),
Mirror, Shoulder, Signal
Amos Oz (Israël), Nicholas de Lange (Grand Bretagne),
Judas
Samanta Schweblin (Argentine), Megan McDowell (États-Unis),
Fever Dream
Nicholas de Lange, professeur d'hébreu et d'études juives à l'Université de Cambridge, Grande-Bretagne, traducteur du livre « Judas », d'Amos Oz, a bien voulu nous accorder un entretien, qui se déroulera fin juin. Que « Judas » soit ou non couronné du prix international Man Booker, nous présenterons le Professeur Lange à nos lecteurs à ce moment-là.
En attendant, voici une brève présentation de l'écrivain Amos Oz. Oz est un auteur, romancier, journaliste et intellectuel israélien. Il enseigne également la littérature à l'université Ben-Gourion à Beersheba. Il est considéré comme l'écrivain israélien vivant le plus renommé.
Oz a été publié en 42 langues, y compris l'arabe, et dans 43 pays. De nombreux prix et distinctions lui furent décernés, parmi lesquels la Légion d'honneur en France, le prix Goethe, le prix de littérature du Prince des Asturies, le prix Heinrich Heine ainsi que le prix Israël. Des extraits de la traduction chinoise d'«Une histoire d'amour et de ténèbres» constituent depuis 2007 les premiers textes littéraires contemporains en hébreu à figurer dans un recueil officiel en chinois. En 2007, Oz avait fait partie des nominés pour le prix Man Booker. Un film realisé par Nathalie Portman a été inspiré par son autobiographie.
Depuis 1967, Oz s'est prononcé en faveur d'une solution à deux États du conflit israélo-palestinien.
Nous souhaitons bonne chance aux six auteurs ainsi qu'à leurs traducteurs pour le 13 juin.
En attendant, voici quelques commentaires intéressants sur l'intérêt des lecteurs pour la littérature traduite, exprimés par Deborah Smith et rapportés dans l'édition du 28.4.2017 du British Financial Times.
Selon Deborah, si ces dernières années des romans traduits ont été honorés par le prix Man Booker International (MBI) et d'autres prix, c'est que la littérature traduite est en train de monter en puissance auprès des lecteurs. Selon Nielsen BookScan, en 2015, 1,5% seulement des œuvres de fiction publiées au Royaume-Uni étaient des traductions alors qu'elles représentaient 5% du total des ventes de fiction", constate Smith. "La rapide expansion de la gamme des traductions, y compris de certains des auteurs contemporains les plus prisés dans la fiction littéraire et la fiction populaire, contredit la croyance selon laquelle les traductions sont des œuvres particulièrement difficiles ou d'un haut degré d'intellectualisme", explique Smith. "En revanche, le fait que seule la crème de la crème passe la barrière de la langue constitue une assurance de l'originalité et de la qualité de ces ouvrages – comme en témoignent ceux listés par MBI cette année", dit-elle. Smith voit également de manière optimiste l'attribution pour la première fois cette année du prix Warwick des Femmes en traduction, compte tenu de la sous-représentation endémique des traductions d'écrivaines. "Les traducteurs sont à bien des égards des auteurs – tout au long d'une traduction, nous nous escrimons contre certains mots, rêvons des personnages, malmenons notre dos et nos yeux et nous coupons de nos relations en restant rivés à nos ordinateurs quatorze heures par jour", ajoute Smith. "Mais tout cela, les auteurs le font aussi – cadence, ténacité, rythme et registre, avec en plus l'intrigue, le personnage et la création ex nihilo. Comment ne pas en être épaté?
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(1) « En élevant le statut des traducteurs, le prix relève celui du multilinguisme et des traductions, assez déconsidérées dans le monde anglo-saxon. Celles-ci ne seront plus de simples dérivés ou adaptations : les traductions publiées seront considérées comme des œuvres à part entière » (commentaire de Rebecca Walkowitz, auteure de Born Translated: The Contemporary Novel in an Age of World Literature, sur le nouveau prix Man Booker pour les œuvres de fiction traduites).
(2) Pour une critique de la sélection de six finalistes, voir :
The Man Booker International prize shortlist is only half right — this is what it gets wrong
The Sunday Times, 11 June 2017
Nous sommes heureux de retrouver notre contributeur fidèle, René Meertens, traducteur de langue française, lexicographe et animateur du blog Guide Meertens. [*]
Le mot « dictionnaire » évoque aussitôt un fort volume répertoriant des milliers de mots, eux-mêmes définis ou traduits par des myriades d'autres mots. Cette conception traditionnelle du dictionnaire privilégie l'hémisphère gauche de notre cerveau, réceptif à une présentation cartésienne de l'information.
Devons-nous pour autant laisser inactif notre hémisphère droit ?
C'est lui que Visuwords stimule en privilégiant la représentation visuelle. Ce dictionnaire unilingue anglais en ligne, gratuit et ne nécessitant aucune inscription, repose sur WordNet, base de données créée par des étudiants et des linguistes de l'université de Princeton. Il est sélectif, c'est-à-dire qu'il ne porte que sur un nombre limité de mots.
Il suffit de taper le terme qui vous intéresse dans le champ « visualize a word » et d'appuyer sur la touche « Entrée » pour que toute une arborescence centrée sur ce mot s'affiche à l'écran.
Les différentes couleurs correspondent aux parties du discours et au type d'association. La signification des couleurs est indiquée sur la partie gauche de l'écran. Survolez les synonymes à l'aide de la souris et vous obtenez des définitions, parfois complétées par des exemples.
Si ce logiciel est époustouflant, on peut lui reprocher de sursaturer l'esprit par une trop grande quantité d'informations.
N'est-il pas possible d'offrir un dictionnaire qui fasse une part égale aux hémisphères gauche et droit de notre cerveau ? Telle est l'ambition du Lexique topogrammatique anglais-français conçu par Pascal Virmoux-Jackson.
Pour chaque mot-clé anglais, ce dictionnaire bilingue sélectif présente a) une énumération d'idées à envisager, présentées sous forme textuelle (hémisphère gauche) ; b) un topogramme reprenant le tout visuellement avec des bulles de couleurs différentes (hémisphère droit). La photo suivante explicite ce concept.
Lexique topogrammatique anglais-français
La position, la forme et la couleur des bulles topogrammatiques n'ont pas de signification particulière en elles-mêmes, mais visent à présenter les informations de façon visuelle, en créant une synthèse qui parle à l'imagination et laisse une trace forte dans la mémoire. Comme le dit l'auteur, « nous mémorisons d'autant mieux que nous faisons intervenir des émotions et des stimuli visuels, auditifs, kinésiques, etc. »
La page présentée comme exemple se veut caractéristique mais est loin d'être la plus attrayante de l'ouvrage. Ainsi, le verbe to increase donne-t-il lieu à un traitement plus fouillé et sa représentation fait penser à une araignée à dix-neuf pattes. Certains mots ont un éventail de sens qui ne tiendrait pas en une page. C'est pourquoi l'auteur en a consacré plusieurs à des mots tels que pattern.
Les lecteurs du Mot juste en anglais qui souhaitent recevoir gratuitement le Lexique topogrammatique anglais-français peuvent envoyer à son auteur un courriel à l'adresse suivante : lexique.topogrammatique@aol.com.
Ils pourront ainsi juger de visu des avantages d'une présentation à la fois textuelle et visuelle.
[*] René a été employé par l'ONU, l'Unesco, la Commission européenne et l'Organisation mondiale de la santé. Il est l'auteur, entre autres livres, du "Guide anglais-français de la traduction" et du "Dictionnaire anglais-français de la santé et du médical". René a bien voulu rédiger l'article ci-dessus à notre intention.
Une virgule pourrait coûter à une entreprise américaine des millions de dollars en heures supplémentaires
Texte original de Daniel Victor, New York Times; synthétisé, et traduit par Joëlle Vuille
Joëlle, contributrice fidèle au blog, a une licence en droit suisse et un doctorat en criminologie. Après avoir profité d'une bourse de recherche du Fonds national suisse de la recherche scientifique pour faire un séjour de deux ans à l'Université de Californie à Irvine (Department of Criminology, Law and Society), Joëlle est actuellement privat-docent à la Faculté de droit de l'Université de Neuchâtel.
Une action collective en justice introduite devant un tribunal américain par des chauffeurs de camion et portant sur le paiement d'heures supplémentaires repose entièrement sur une ponctuation qui divise depuis toujours les familles et cercles d'amis anglophones, les uns la considérant comme absolument incontournable, tandis que d'autres la trouvent totalement inutile: le « Oxford comma », ou virgule d'Oxford (connue aussi comme "serial comma").
La décision de 29 pages , rendue le 13 mars dernier par la United States Court of Appeals for the First Circuit, est un exercice de haut-vol grammatical qui pourrait coûter 10 millions de dollars à une entreprise de produits laitiers de Portland, dans l'état du Maine.
En 2014, trois chauffeurs routiers ont introduit une action en justice contre leur employeur, Oakhurst Dairy, réclamant le paiement de l'équivalent de quatre ans d'heures supplémentaires. La législation de l'état du Maine impose en effet que les employés soient payés 1.5 fois le tarif normal pour chaque heure travaillée au-delà de 40 heures par semaine, tout en prévoyant quelques exceptions à cette règle.
Avant de continuer, il est nécessaire de faire une petite digression dans le monde de la ponctuation : en anglais, dans une liste de trois éléments ou plus – par exemple « des haricots, des pommes de terre et du riz » – certaines personnes mettent une virgule après « pommes de terre » (« beans, potatoes, and rice »), tandis que d'autres n'en mettent pas. Nombreux sont les anglophones qui ont un avis très, très tranché sur la question.
La plupart du temps, le débat autour de la virgule d'Oxford n'a pas grande importance. Dans le cas des chauffeurs de camion mentionnés précédemment, la virgule s'est révélée cruciale. La disposition légale pertinente, qui exclut le paiement d'heures supplémentaires pour un certain nombre de tâche, est la suivante :
The canning, processing, preserving, freezing, drying, marketing, storing, packing for shipment or distribution of:
(1) Agricultural produce;
(2) Meat and fish products; and
(3) Perishable foods.[1]
La loi entend-elle exclure le paiement d'heures supplémentaires pour la distribution des trois catégories de produits indiquées, ou pour l'emballage en vue de l'envoi ou de la distribution de ces produits ?
Savoir si les chauffeurs d'Oakhurst Dairy avaient été privés du paiement de milliers de dollars en heures supplémentaires dépend entièrement de la façon de lire cette phrase.
En effet, s'il y avait une virgule après « shipment », il serait clair que la loi exclut le paiement d'heures supplémentaires pour la distribution de produits périssables. Mais la cour d'appel, dans son jugement du 13 mars dernier, a jugé que l'absence de virgule créait suffisamment d'incertitude pour que cela bénéficie aux chauffeurs.
Autrement dit, les partisans de la virgule d'Oxford ont gagné la bataille.
La disposition légale à l'origine de l'action en justice avait pourtant été rédigée conformément au manuel de rédaction législative du Maine, qui ordonne aux législateurs de ne pas utiliser la virgule d'Oxford. N'écrivez pas "trailers, semitrailers, and pole trailers," instruit le manuel — mais plutôt, "trailers, semitrailers and pole trailers."
Le manuel précise que la virgule est la ponctuation la plus mal utilisée et la plus mal comprise du langage juridique, et peut-être même de la langue anglaise. Il recommande de faire usage de la virgule avec retenue.
L'histoire juridique est riche de cas dans lesquels une virgule a fait toute la différence pour l'issue d'un procès [2]. On pensera notamment à un litige d'un million de dollars entre deux entreprises canadiennes en 2006 [3] ou encore à l'introduction coûteuse d'une virgule dans une loi de 1872 établissant des taxes d'importation pour certains produits. L'intention du législateur avait été d'exonérer de taxes l'importation de "fruit plants", mais une virgule oubliée eu pour conséquence d'exonérer de taxe les "fruit, plants", ce qui résultat dans un manque à gagner considérable pour l'État. Voir The Most Expensive Typo in Legislative History
Dans l'interprétation du 2ème amendement à la Constitution américaine (qui garantit le droit à posséder une arme), la virgule a fait l'objet de vues divergentes de la part des tribunaux ; voir par exemple une décision d'une cour fédérale de district qui a invalidé une loi sur les armes adoptées à Washington en 2007 [4] (décision qui fut à son tour invalidée par la Cour suprême des États-Unis dans son arrêt District of Columbia v. Heller). [5]
Les reporters, éditeurs et producteurs du New York Times évitent en général la virgule d'Oxford, mais des exceptions sont parfois faites, comme le relève Phil Corbett, charge de questions de langage dans la salle de presse, lorsqu'il s'agit d'éviter des ambiguïtés:
"We do use the additional comma in cases where a sentence would be awkward or confusing without it: Choices for breakfast included oatmeal, muffins, and bacon and eggs." [6]
L'Associated Press, qui fait autorité dans le milieu des médias américains est généralement opposé à l'usage de la virgule d'Oxford.
Mais cette virgule est commune dans les livres et les publications académiques. Le Chicago Manual of Style l'utilise, tout comme Oxford University Press.
Un sondage mené en 2014 auprès de 1129 Américains a révélé que 57% des répondants étaient favorables à la virgule d'Oxford, tandis que 43% s'opposaient à son utilisation. [7]
Difficile, donc, de trouver un consensus sur cette épineuse question…
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[1] La mise en conserve, la transformation, la préservation, la congélation, le séchage, la commercialisation, l’entreposage, l’emballage pour l’envoi et la distribution de :
de produits périssables.
[2] A Huge Fuss Over a Little Comma
The Wall Street Journal 8 October 2013
[3] The Comma That Cost 1 Million Dollars (Canadian)
New York Times, 25 October 2006
[4] Clause and Effect
The New York Times, 16 December 2007
[5] Justices Endorse Personal Right to Own a Gun
New York Times, 27 June 2008
[6] FAQs on Style
New York Times, 23 June 2015
[7] Elitist, Superfluous, or Popular? We Polled Americans on the Oxford Comma
FiveThirtyEight, 17 June 2014
U.K. Health Ministry Wants No Oxford Commas. Period.
New York Times, September 15, 2022
" I'm sorry but refusing to use an Oxford comma isn't really grounds for divorce"
New Yorker
Steve McCurry, 3 octobre 2016
PHAIDON
Un éloge de cet acte indémodable qu'est la lecture – vu à travers l'objectif de l'un des photographes les plus adulés du monde. Au cours des 40 dernières années, Steve McCurry a accumulé une collection de clichés montrant des gens absorbés dans le texte imprimé.
“Readers are seldom lonely or bored, because reading is a refuge and an enlightment”, écrit Paul Theroux dans l’avant-propos du nouveau livre paru chez Pahidon Book : Steve McCurry: On Reading. “This wisdom is sometimes visible. It seems to me that there is always something luminous in the face of a person in the act of reading.”
Rome, Italy, 1984 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)
Kuwait, 1991 (Credit: Steve McCurry)
Chiang Mai, Thailand, 2010 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)
Kabul, (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)
Mumbai, India, 1996 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)
Kuwait, 1991 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)
Kashmir, 1998 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)
Sri Lanka, 1995 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)
Suri Tribe, Tulget, Omo Valley, Ethiopia, 2013 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

Pakistan (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)
Rio de Janeiro, 2014 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)
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Lectures supplémentaires :
Les mystérieuses origines du livre
Mes bibliothèques: rendez-vous du livre et des beaux-arts…
Après Babel, traduire au MuCEM (Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée), jusqu'au 20 mars 2017. Notre linguiste invitée de février, Mme Ayres-Bennett, éminente universitaire britannique, déplorait qu'il n'existât point, au Royaume-Uni, de musée des langues, alors qu'il s'en trouve un pour les colliers de chien ou les tondeuses à gazon ! Il semble que Mme Barbara Cassin, directrice de recherches au CNRS,
philologue et philosophe, spécialiste de la philosophie grecque, ait été, elle aussi, consciente de ce manque et qu'elle ait voulu y remédier en organisant une extraordinaire exposition sur le thème « Après Babel, traduire ». Car, selon la tradition (Genèse, 11.1-9), l'histoire de la traduction débute en Mésopotamie, dans cette terre de Shin'ar où les survivants du Déluge décident de fonder une ville et d'édifier une tour où ils seront « un seul peuple, une seule lèvre pour tous ». Mais Dieu contrarie leur grand dessein : « là Iahvé a mêlé la lèvre, et de là Iahvé les a dispersés ». L'orgueilleuse tour qui devait s'élever jusqu'au ciel devient la tour de Babel, Migdal Babel, la Tour de la Confusion, pour ceux qui font un lien entre Babel, le substantif hébreu בילבול (confusion) et le verbe לבלבל (confondre). Mais, plus qu'un châtiment, la multiplication des langues est une chance pour l'humanité : la diversité va se révéler plus riche que l'uniformité. Partant d’une abstraction – le passage d’une langue à une autre -, l’exposition donne à voir, à penser et à voyager dans cet entre-deux. Du mythe de Babel à la pierre de Rosette, d’Aristote à Tintin et de la parole de Dieu aux langues des signes, elle présente près de deux cents œuvres, objets, manuscrits, documents installations, qui expriment de façon spectaculaire ou quotidienne les jeux et les enjeux de la traduction, la langue de l'Europe, comme le disait Umberto Eco. . Rares sont ceux qui auront encore la chance ou le temps de se rendre à Marseille avant
que l'exposition ne ferme ses portes. Heureusement, il leur reste la possibilité de se procurer le magnifique catalogue qui se présente comme des « Mélanges en l'honneur de la traduction ». Le catalogue s'articule autour deux idées fortes. L'une renvoie à un fait d'histoire : la traduction est l'une des caractéristiques essentielles de la civilisation en Méditerranée. L'autre est un enjeu de politique contemporaine : la traduction, comme savoir-faire avec les différences, est un modèle pertinent pour appréhender la citoyenneté d'aujourd'hui. Ces idées seront instruites dans un « fil rouge » rédigé par la commissaire de l'exposition, Mme Barbara Cassin, qui court tout au long de l'ouvrage, en regard ou en marge des différentes contributions. Ce catalogue peut être obtenu sur le site Amazon.
Jean Leclercq
Lecture supplémentaire :
Note personnelle
Lorsque mon collègue, Jean Leclercq, m'a envoyé l'article ci-dessus, à propos d'une exposition qui se tient actuellement à Marseille, j'étais en vacances dans une autre ville méditerranéenne, Haïfa. Dans mon esprit, cette ville portuaire d'Haïfa évoque des souvenirs à la fois généraux et personnels. Au fil des siècles, la ville a changé de mains. Elle fut tour à tour conquise et régie par les Phéniciens, les Perses, les Hasmonéens, les Romains, les Byzantins, les Arabes, les Croisés, les Britanniques et les Israéliens.
En 1799, pendant sa tentative de conquête de la Palestine et de la Syrie, Napoleon Bonaparte se rendit maître d'Haïfa, mais dut vite s'en retirer. Dans sa proclamation de fin de campagne, Napoléon se targua d'avoir rasé les fortifications de Kaïffa (comme on l'appelait à l'époque) (1) de même que celles de Gaza, Jaffa et Saint-Jean d'Acre.
Sur un plan plus personnel – et pour en revenir à Marseille – je me souviens de ma traversée de Marseille à Haïfa (après avoir achevé un cours de civilisation française à la Sorbonne) et il y a si longtemps que je ne peux en donner la date exacte). En chemin, le bateau fit escale à Naples et à Limassol (Chypre).
Pour achever cette note sur le mode linguistique, voici un panneau indicateur typiquement israélien – en caractères arabes, hébraïques et latins. (L'hebreu et l'arabe sont les deux langues officielles de l'État d'Israël.)
Chaque langue a une histoire intéressante. Mais, c'est un sujet pour une autre fois.
Jonathan Goldberg
(1) C'est aussi la graphie adoptée par Hergé dans L'Or noir.