AtuaLitté – 19.7.2016 :
« Un sondage lancé par l'agence The Reading Agency qui encourage les publics à toujours lire plus, notamment grâce à son programme Summer Reading Challenge, a permis de déterminer le personnage favori des Britanniques de la littérature jeunesse. La plupart des sondés ont répondu qu'ils affectionnaient… Winnie l'Ourson. Surprenant, surtout lorsque l'on connaît l'amour inconditionnel que les Britanniques portent à JK Rowling, l'auteure de la saga Harry Potter, dont les personnages ont pourtant accompagné des millions de lecteurs durant leur enfance – et après. »
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A.A. Milne, mort il y a 60 ans, était un écrivain et dramaturge britannique de renom dont les œuvres n'ont pas résisté à l'épreuve du temps. En revanche, ses livres de contes et de poèmes pour enfants ont enchanté des générations de jeunes lecteurs en Grande-Bretagne et dans tout l'Empire britannique.
Les quatre livres qui ont valu à Milne une renommée durable avaient pour héros Christopher
Robin, un jeune garçon ainsi nommé d'après son fils, Christopher Robin Milne : Winnie-the-Pooh (Winnie le Pooh) (1926), The House at Pooh Corner (La Maison au coin de la rue de Pooh) (1928), When We Were Very Young (Lorsque nous étions très jeunes) (1924) and Now We Are Six (Maintenant nous avons six ans) (1927). Les personnages de ces livres incarnaient les animaux en peluche de son fils et notamment un ours lui-même inspiré d'un ours brun canadien du nom de Winnie, mascotte d'un régiment canadien de la Première guerre mondiale, confié à un zoo londonien pendant les hostilités [1]
E.H.Shepard illustra les ouvrages originaux, en prenant pour modèle l'ours en peluche de Christopher Robin Milne. Les autres jouets de l'enfant furent intégrés dans les histoires d'A.A. Milne, auxquels s'ajoutèrent deux autres personnages – Rabbit et Owl – sortis de l'imagination de Milne. Tous ces jouets se trouvent maintenant dans une vitrine new-yorkaise où 750.000 personnes vont les voir chaque année. Depuis 1966, Disney a sorti plusieurs films mettant en scène Winnie-the-Pooh et sa bande.
Val Shushkewich, l'auteure canadienne de « The Real Winnie: A One-of-a-Kind Bear », paru chez Natural Heritage, a aimablement accepté de nous donner un texte sur A.A. Milne et un autre sur Winnie-the Pooh. Son livre narre l'histoire de l'ours canadien qui a inspiré les histoires de Pooh, ainsi que celle de son proprietaire, un soldat canadien.
Paddington est un autre ours emblématique, héros de charmantes histoires pour enfants écrites par Michael Bond et illustrées par Peggy Fortnum, décédée cette année à l'âge de 96 ans.
Bien que les histoires de Winnie-the-Pooh (Winnie l'Ourson: Histoire d'un ours-comme-ça, Gallimard, octobre 2015) et celles de Paddington aient été traduites en français, nous publierons la trilogie A.A. Milne, Winnie the-Pooh et Paddington à l'intention de ceux de nos lecteurs qui peuvent tout ignorer de ces morceaux choisis de littérature britannique, ou de ceux qui ne s'en souviennent plus très bien. Nous commençons ci-dessous avec le texte de Mme Shushkewich sur A.A. Milne. Traduction Jean Leclercq.
[1] A. A. Milne a servi dans l'armée britannique pendant les deux guerres mondiales.
A. A. Milne
Alan Alexander Milne (mieux connu comme A.A. Milne) est né en 1882 et a grandi à Londres. Il a fréquenté l'Henley House School que dirigeait son père et dont l'un des enseignants était H.G. Wells. Ce Wells dont Milne dira plus tard qu'il était « un grand écrivain et un grand ami » et qui allait devenir le très célèbre auteur britannique d'anticipation. Le jeune Alan poursuivit ses études à la Westminster School de Londres et au Trinity College de Cambridge où il étudia les mathématiques.
Diplômé de Cambridge en 1903, Milne comprit vite que l'écriture était sa véritable vocation. Il revint à Londres pour y gagner sa vie comme écrivain indépendant. En 1906, il entra à la rédaction de Punch, le grand hebdomadaire littéraire et satirique dont il devint rédacteur adjoint et où, jusqu'en 1914, il signa des poèmes humoristiques et des essais originaux.
Pacifiste convaincu, Milne s'engagea pourtant dans l'armée britannique et servit pendant la Grande Guerre en qualité d'officier sur le front français, participant notamment à la bataille de la Somme, en 1916. Lorsque la maladie l'empêcha de combattre en première ligne, son talent d'écrivain lui valut d'être affecté à une unité secrète de propagande, le M17B, en 1916. À l'époque, les pertes humaines étaient propres à interdire toute apologie de la guerre, et l'objectif de l'unité de propagande à laquelle Milne collaborait était d'écrire des textes qui exaltent l'héroïsme britannique et la nécessité de vaincre l'Empire allemand.
Alan s'était marié en 1913. Son fils unique, Christopher Robin, naquit en 1920.
Après la guerre, Milne connut le succès comme dramaturge. Ses comédies du début des années 1920 furent favorablement accueillies, tant par la critique que par le public. Il écrivit un roman policier, Le Mystère de la Maison Rouge, paru en 1922. Mais il devait connaître la gloire en écrivant de la poésie légère. Il avait beaucoup d'imagination et une aptitude à imprégner son écriture d'une réflexion originale, parfois même fantasque, qui enchantait les lecteurs.
Alan écrivit deux séries de livres dédiés à son fils qui sont devenus des classiques pour enfants : Lorsque nous étions très jeunes (1924) et Maintenant nous avons six ans (1927).
Les plus grands et les plus durables succès de Milne furent ses Winnie le Pooh (1926) [1] et La Maison au coin de la rue de Pooh (1928). Ces deux livres devinrent des succès mondiaux qui passèrent à la postérité.
Les deux volumes content les aventures d'un jeune garçon dénommé Christopher Robin (d'après le fils de Milne, Christopher Robin Milne) et de ses amis animaux (eux-mêmes inspirés des jouets en peluche de Christopher auxquels l'imagination de Milne a donné vie). Un ours, dénommé Winnie le Pooh, en était le personnage principal. Il tirait son nom d'un ours brun de la ville canadienne de Winnipeg – thème qui sera développé dans le prochain article de cette série. Les autres animaux créés par Milne étaient le timide Piglet, l'exubérant Rabbit, Owl, la chouette cultivée, Eeyore, l'âne tristounet, Tigger, le tigre dynamique et l'aimable kangourou, Kanga, et son petit, Roo.
Malgré la renommée que lui valurent les livres de Winnie le Pooh, Milne n'aimait pas être qualifié d'auteur pour enfants. Il n'écrivait pas de contes et de poèmes pour les enfants, mais plutôt pour l'enfant qui est en nous tous. D'ailleurs, il les lisait rarement à son fils, préférant lui lire les œuvres de P.G. Wodehouse. Christopher a écrit : « Mon père n'écrivait pas ses livres pour les enfants. Il n'écrivait pas pour un quelconque marché ; il n'y connaissait rien au marketing. Il me connaissait, il se connaissait lui-même …… — Il ignorait tout du reste, sauf peut-être de la vie. » Christopher eut pour la première fois connaissance des contes et des poèmes lorsqu'il en écouta des enregistrements plus de soixante ans après la première parution des livres. Il s'indignait de la commercialisation de Winnie le Pooh. [2] [3] Il disait egalement : « J'avais presque l'impression que mon père était parvenu là où il était en montant sur mes épaules de jeune enfant, qu'il m'avait dérobé jusqu'à mon nom et ne m'avait laissé qu'une vaine gloriole »
Dans son livre The Tao of Pooh, (paru chez E. P. Dutton, Inc., en 1982), Benjamin Hoff tente d'interpréter le sens profond et la philosophie des contes de Milne. Il soutient qu'être naïf (c'est-à-dire naturel, simple, clair et franc) ne veut pas nécessairement dire être idiot, et que cette harmonieuse façon de vivre aboutit naturellement au vrai bonheur et à la sérénité. La meilleure façon de vivre consiste à apprécier tous les événements de la vie quotidienne, à en tirer les leçons et à s'en accommoder. C'est essentiellement ce que signifient les contes de Winnie le Pooh.
A.A. Milne est décédé en 1956, à l'âge de 74 ans.
Val Shushkewich
Notes du blog :
[1] Ce titre eut l'insigne honneur d'être traduit en latin par Al. Lenard, Willie ille Pu (1958).
[2] En 2008, une collection d'illustrations originales représentant Winnie le Pooh et ses amis animaux s'est vendue pour plus de £1,2 million, lors d'une vente aux enchères de Sotheby, à Londres. La commercialisation des produits dérivés de Winnie le Pooh a représenté à elle seule un chiffre d'affaires annuel de plus de $5,9 milliards. En 2005, Winnie le Pooh a produit $6 milliards, chiffre qui n'est dépassé que par Mickey Mouse.
[3] Quand Christopher achevait ses études scolaires, il remporta une bourse pour étudier les mathématiques à Trinity College, Cambridge, où son père avait etudié. Mais la Second Guerre Mondiale interrompit ses études, et après la Guerre il abondera les mathématiques, comme son père avait fait, et rentrera à Cambridge pour poursuivre des études d’anglais.
Val Shushkewich (traduction Jean Leclercq)
Lecture supplémentaire :
Un biopic consacré à l'auteur de Winnie l'ourson en préparation
Anniversaire :Winnie l'ourson fête ses 90 ans avec la reine Elizabeth
Winnie-the-Pooh's long-forgotten penguin friend makes debut in official sequel