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Soulier rubis versus Richelieu grise

 

Marie Tran (cropped)L'article suivant a été
rédigé par
Marie Tran, auteure-journaliste française, exclusivement pour Le Mot Juste. Marie
collabore régulièrement à notre blog et nous attachons un grand intérêt à
ses
collaborations.
Nous recommandons  également son article, Querelle de talons rouges, publié
sur ce blog.  
 

——————————————————

Ce sont des souliers magiques. Ceux de Dominic Wilcox, un
designer londonien, qui a eu l’idée d’équiper une paire de chaussures d’une
fonction GPS. La création a été baptisée "No Place Like Home,"
en hommage aux chaussures rouges de Dorothy Gale (Judy Garland) dans Le
Magicien d’Oz. Même si l’objectif est le même : retrouver le chemin de son
« chez soi », ces deux paires de souliers n’ont pas grand chose à
voir.


 

Il n’existe en effet aucune ressemblance avec les malicieux souliers
rubis avec lesquels Judy Garland circule au Pays d’Oz. Les chaussures de Dominic
Wilcox sont des chaussures d’homme, de type Richelieu, grises, élégantes
certes, mais définitivement classiques… quoique leurs semelles aient été
joliment décorées et que leur doublure rouge apportent une touche de couleur. La
véritable fantaisie des chaussures de Dominic Wilcox tient en fait dans leur
possibilité d’indiquer le chemin à suivre à leur propriétaire. Ainsi, l’extrémité
de la chaussure gauche est équipée de lumières Led avec pour mission de vous
conduire là où vous le désirez. Pour la chaussure droite, une autre fonction
entre en scène : un compteur qui indique le nombre de kilomètres qu’il reste
à parcourir avant d’arriver à destination. Pour la mise en route, et après
avoir programmé sur un ordinateur le lieu à atteindre, il suffit de claquer les
talons tout comme Dorothy entrechoquait ceux de ses souliers rouges dans
le Magicien d’Oz !


 

Une étude (« Shoes as a source of first impressions »)
menée par l’université du Kansas, et publiée dans le Journal of Research in
Personality
aurait pu trouver matière à étudier ces deux paires de chaussures
atypiques pour tenter d’y découvrir la personnalité de leur propriétaire.

Sur la base de 200 photos de chaussures de personnes ayant entre 18
et 25 ans, 68 étudiant ont dû se prononcer sur la personnalité – mais aussi les
opinions politiques – de leurs propriétaires… Les résultats ont été croisés
ensuite avec ceux livrés par les « cobayes ». Age, niveau social,
opinions politiques – liberal ou conservative -, réservés ou extravertis,
calmes ou agressifs… Dans 90 % des cas, les résultats auront correspondu entre
le ressenti des étudiants et celui de porteurs de chaussures (exceptions faites
des opinions politiques cependant). C’est ainsi que cette étude a pu mettre en
lumière que les adeptes des boots à boucles sont plutôt du genre agressif. Ou
encore, plus évident, que les chaussures de qualité sont recherchées par des personnes
aisées.

Quelle interprétation pour les chaussures de Dorothy et les « No
place like Home
 » si celles-ci avaient été soumises à ce panel
d’étudiants ? Le diagnostic est simple : le choix pour des couleurs vives –
donc comme le rouge.. – reflète une  personnalité plutôt extravertie (Et il faut
l’être pour se promener comme Dorothy avec un épouvantail, un homme de fer et
un lion peureux). Les souliers de coloris neutres tels que les cuirs grisés,
marron, noirs… sont eux recherchés par des personnalités qui manquent de
confiance en elles. Peut-être est-ce pour les guider que Dominic Wilcox leur a
ajouté la fonction GPS ?

Diffusion video :
What do your shoes say about you ?
 Southern California Public Radio

Glossaire :

à hauts talons

high-heeled

bottes

boots

bottines

ankle boots

bride

back strap
(or strip)

bride à boucle

buckle strap

chassure à bout ouvert

peep-toe

chassures

footwear

chaussures de sport, baskets

sneakers

escarpin

pump

forme

last

pied

foot

richelieu

brogue

salomé

t-strap shoe

sandales

sandals

semelle

sole

Semelle première ou intérieure

insole

soulier

shoe

stylisme

design

talon

heel

talon aiguille

spike/stiletto heel

tige

dessus de la chaussure

upper

tongs

beach sandals

Le glossaire ci-dessus a été redigé avec l'aide précieuse de Françoise Pinteaux-Jones.

Sources : Lexique Chaussure, premier portail d’information de la Chaussure, de la Maroquinerie et du Cuir

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Salvador Dali, à l’honneur des deux côtés de l’Atlantique

Salvador Felipe Jacinto Dalí, premier marquis de Dali et de Púbol (1904 -1989), grand maître du surréalisme espagnol, reçoit actuellement un hommage sans précédent des deux côtés de l'Atlantique. En effet, tandis qu'à Paris une grande exposition de quelque 200 œuvres de Dali verra encore affluer les visiteurs à Beaubourg jusqu'au 25 mars 2013 [1], Montréal lui consacre trois manifestions culturelles très originales. Ce fut d'abord, le 5 novembre dernier, le dévoilement, après des décennies d'oubli, du gigantesque rideau
de scène (9x 12 mètres) peint par Dali en 1944 pour Tristan fou, avec une chorégraphie de Léonide Massine.
La toile de Dali avait dormi pendant des décennies chez le marquis de Cuevas (mécène du ballet), avant d'être achetée par une fondation culturelle suisse privée.


Dévoilement du rideau de scène de Dali, à Montréal, le 5 novembre 2012.
Source : ARTFINO Canada

Ouvre à partir du 13 décembre, une exposition de photographies préludant au spectacle de Daniele Finzi Pasca intitulé La Verità. Ce sera, enfin, du 17 janvier au 3 février 2013, au théâtre Maisonneuve, la première mondiale de La Verità à La Place des Arts, spectacle auquel participeront marionnettistes, acrobates, danseurs et chanteurs.

L'élément central du décor de cette grande fresque scénique sera le rideau de tulle de Dali, illustration du mythe fondateur de l'amour courtois, revisité à la lumière de la psychanalyse.

Après Montréal, l'œuvre et les artistes de La Verità effectueront une tournée à travers l'Europe et l'Amérique latine.


Madame Jennifer Whisper, critique d'art et commissaire de l'exposition Finzi Pasca, Dali & La Verità a bien voulu nous présenter la deuxième de ces manifestations montréalaises. Nous lui donnons bien volontiers la parole :


Comment traduire « greenwashing » : écoblanchiment ou verdiment?‎

Anne (2)

L'article suivant a été redigé par Anne Anstice conjointement pour ce blog et pour son propre blog. Diplômée de l'Université de Bristol en 2002 (Postgraduate certificate in Education in MFL), Anne est enseignante de formation. Elle s’est inscrite à un cours de maîtrise (MA2) en traduction de l’Université de West of England, et elle a obtenu son diplôme en 2012 « with distinction ». Son mémoire, intitulé « New Words to Translate a New World », portait sur les néologismes dans le domaine de l'environnement.

————

La naissance d'un mot est un fait remarquable et sa formation empreinte de mystère. C'est ce mystère qui m'a toujours intriguée et fascinée. C'est aussi le mystère qui entoure la formation du mot "greenwash" que nous allons essayer d'élucider dans ce billet. Nous verrons comment les mots voyagent d'une langue à l'autre et peuvent s'employer soit dans leur forme d'origine, soit traduits dans une autre langue.


De la musique avant toute chose

Le Service postal des États-Unis et la Poste française émettent des timbres à l'effigie d'Édith Piaf et de Miles Davis

Piaf stamps

 feuille de timbres américains

La musique est un langage universel qui transcende les frontières et les océans. À cet égard, les deux timbres Édith Piaf et Miles Davis émis conjointement par le Service postal des États-Unis et la Poste française forment un duo musical qui enchantera mélomanes et philatélistes. Plus tôt cette année, en collaboration avec la Poste suédoise, la Poste française avait émis deux timbres à l'effigie du compositeur Esprit Auber (0,60€) et de son œuvre Gustave III ou le Bal masqué (0,77€).

 

Bal

Cette fois, dans un autre magnifique geste de coopération culturelle, les deux services postaux honorent des artistes particulièrement représentatifs de la musique populaire de leur pays. Édith Piaf, à jamais associée au Paris qui l'a vue naître, est une des rares chanteuses françaises qui se soit faite un nom aux États-Unis; Miles Davis, trompettiste de jazz américain, chef d'orchestre et compositeur, est adulé en France où il s'est produit à maintes reprises. [1]
 

Davistimbres français, émis le 6 decémbre 2012

 

          La vie tumultueuse d'Édith Piaf (1915-1963) connut des débuts orageux. Née à Paris, Édith Gassion fut abandonnée par sa mère et connut ensuite la vie errante d'une chanteuse des rues accompagnant un père, acrobate forain. Petite femme de moins de cinq pieds (1,52m.), elle fut découverte par un propriétaire de boîte de nuit qui la surnomma « Piaf » (moineau, en argot parisien). Elle devint vite célèbre en interprétant des chansons d'amour réalistes dans lesquelles certains ont vu des sortes de « blues » à la française. Piaf fit dix tournées américaines et donna deux récitals au Carnegie Hall. En 1960, déjà malade, la chanteuse lança le pathétique « Non, je ne regrette rien » qui devait devenir son morceau fétiche.

 

 

       Miles Davis (1926-1991) devint trompettiste professionnel à l'âge de 16 ans et fit son premier enregistrement connu un peu avant d'avoir 19 ans. Pendant les décennies qui suivirent, il fut à l'avant-garde des musiciens de jazz , définissant les tendances et explorant des styles musicaux allant du bebop au funk, en passant par le cool jazz et le fusion. L'infatigable recherche musicale de Davis a parfois médusé ses critiques et admirateurs, tout en le faisant apparaître à d'autres comme un héros. Parmi ses nombreux enregistrements marquants figurent Birth of the Cool, Kind of Blue, Sketches of Spain, et In a Silent Way. Ce fut aussi un grand chef d'orchestre et de nombreux musiciens de renom ont « percé » au sein de ses formations, dont les saxophonistes John Coltrane et Wayne Shorter, les batteurs Tony Williams et Jack DeJohnette, et les pianistes Bill Evans, Chick Corea et Herbie Hancock.    

Précisons qu'en juin dernier, le Service postal des États-Unis a émis deux timbres à validité permanente (forever) alors que la Poste française va émettre, le 6 décembre 2012, deux valeurs distinctes: Miles Davis (0,60€) et Édith Piaf (0,89€).   

[1] Lors de son premier séjour en France, en 1949, Miles Davis se lia d'amitié avec Boris Vian qui le présenta à Picasso et à Jean-Paul Sartre ainsi qu'à Juliette Gréco, l'égérie du Saint-Germain des Près de l'époque. Une idylle s'ensuivit et, plus tard, Davis devait dire de Juliette qu'elle fut "probablement la première femme qu'il ait aimée en toute égalité". En 1989, Jacques Chirac, alors maire de la capitale, remit à Miles Davis la Grande Médaille de Vermeil de la ville de Paris, distinction dont le musicien se déclara extrêmement touché et honoré.       

Jean Leclercq

Glossaire de Le Mot Juste :

basse

bass

chanteur/euse

singer, vocalist

clarinette

clarinet

cor

horn

flûte

flute

guitare

guitar

piano

piano

saxophone

saxophone

tambour

drums

trombone

trombone

trompette

trumpet

violon

violin

petit lexique de survie en terre audio et musicale

Lecture supplementaire :

Miles David & Edith Piaf

 

Timbres Emission commune France / USA – Edith Piaf et Miles Davis

 

 

Le coquelicot, Ypres et l’Yser

  CoquelicotLe 10 novembre, nous avons publié un article intitulé « Jour du Souvenir – 11 h, le 11e jour du 11e mois » pour commémorer l'heure et le jour de l'armistice qui mit fin a la Première Guerre Mondiale en 1918. Nous avons également expliqué pourquoi ce jour s'appelle « Poppy Day » en anglais (le Jour du Coquelicot). Cette appellation dérive d'un poème, « In Flanders Fields » que nous avons cité, écrit par un militaire canadien, John McCrae, qui aperçut comment les coquelicots avaient fleuri dans la terre où ses camarades étaient enterrés près du canal de Ypres-Yser.

Pour compléter ce récit, mon co-bloggeur, Jean Leclercq, qui connaît bien la région d'Ypres-Yser, a rédigé l'article suivant.

Jonathan G. 

 ———————————————————–

Coq 1Si, n'en déplaise au poète, le coquelicot est une fleur « qui dit quéq'chose », il n'est pas certain qu'Ypres, l'Yser ou Gallipoli soient aussi bien connus de tous. Un peu d'histoire donc, et plus précisément celle de la Grande Guerre, 1914-1918.

    Le conflit, déclenché en août 1914, commença par une guerre de mouvement qui, au bout de six semaines, s'acheva par la victoire française de la Marne, obligeant l'armée allemande à se replier d'une centaine de kilomètres et à s'enterrer pour mener une guerre de position. Dès lors, et pendant quatre ans, le front occidental n'évolua plus guère, offensives et contre-offensives n'aboutissant qu'à déplacer les lignes de quelques dizaines de kilomètres de part et d'autre, dans le meilleur des cas. Tout cela, au prix de pertes humaines effroyables dues à la puissance de feu mise en œuvre au cours de ces combats.

Dans le secteur nord, essentiellement tenu par les armées britannique et belge, la ligne de feu se stabilisa à la hauteur de la ville d'Ypres (Ieper, en flamand), saillant du dispositif allié. La belle cité flamande fut totalement détruite – mais heureusement reconstruite à l'identique, après la guerre. Il ne resta plus de la Belgique non occupée qu'une petite bande de territoire entre l'Yser (petit fleuve côtier de 78 km de long) et la frontière française à laquelle s'accrocha le roi Albert 1e r (le Roi Soldat) avec ce qui subsistait de son armée, épaulée par la brigade fusiliers marins français de l'amiral Ronarch. Au nord du saillant d'Ypres, le front suivait le canal d'Ypres à l'Yser (Kanaal Ieper-Ijzer, en flamand), furieusement disputé.

    C'est dans le secteur d'Ypres que les Allemands utilisèrent pour la première fois, en 1917, un gaz de combat à base de sulfure d'éthyle dichloré d'abord surnommé « gaz moutarde » (à cause de son odeur) puis, plus techniquement, d'ypérite (d'après Ypres). Le substantif donna même le verbe ypériter (ypériter une zone) et l'adjectif ypérité (un blessé ypérité).

    Pour Gallipoli et les Dardanelles, c'est une autre histoire. En 1915, Winston Churchill, alors Ministre britannique de la marine – et qui ne fut jamais à court d'idées – conçut le projet de s'emparer des Détroits turcs (les Dardanelles), ce qui aurait coupé l'empire ottoman de ses deux alliés austro-hongrois et allemand, et l'aurait forcé à capituler.

Les détroits des Dardanelles

En outre, les Alliés auraient pu ravitailler la Russie par la Mer Noire, ce qui aurait sensiblement modifié la logistique des approvisionnements. Une expédition franco-britannique tenta donc de forcer le passage des Détroits. Outre l'importante armada d'abord concentrée à Corfou, les Français débarquèrent des troupes sur la rive orientale et les Britanniques investirent la presqu'ile de Gallipoli, sur la rive occidentale des Détroits.

Les forces britanniques, en majorité australiennes et néo-zélandaises (les ANZACs), se heurtèrent aux forces turques du général Mustapha Kémal, le futur Ataturk (le Père des Turcs). Après des combats terrestres très meurtriers ainsi que des pertes navales importantes (dont celle du cuirassé français Bouvet), les Alliés durent se replier et Churchill fut contraint de démissionner.

Soldats australiens morts sur les champs de bataille, 1915

Aujourd'hui encore, les Australiens se souviennent de la boucherie de Gallipoli et n'ont pas pardonné au haut commandement britannique d'avoir si mal engagé l'affaire en sous-estimant la combativité de l'armée ottomane. Ypres, l'Yser, Gallipoli, autant de lieux où a fleuri le coquelicot!

——————————————–

Les Compagnons de la Chansoncomme un p'tit coquelicot

 

 

Lecture supplémentaire :

Les Australiens sur le front occidental 1914-1918
(site en anglais, néerlandais et français)

 

  

Comment parle-t-on français aujourd’hui?
(2 ième partie)


NicoleMadame Nicole Dufresne
, Senior
Lecturer Emeritus  (professeure honoraire), Département de
français et des études francophones, à l'Université de Californie, Los Angeles
(U.C.L.A.), a bien voulu rédiger à notre intention un article intitulé « 
Comment
parle-t-on français aujourd’hui? » La première partie a été publiée sur
ce blog le 8 novembre. Nous en présentons ici la deuxième partie. Étant donné que ce blog traite aussi des
affaires d’outre-Manche, nous avons également invité la Dr. Trista Selous,
linguiste anglaise, à exposer aux lecteurs ses réflexions sur l’état actuel de
l’anglais en Grande-Bretagne, et nous espérons que la parution de son article
complétera la contribution de Madame Dufresne.

Calques anglo-saxons

L’utilisation de
l’anglais dans le monde des affaires semble inévitable aujourd’hui, même si
l’idiome du « management » crée souvent des angoisses chez les
employés.

Les PDG parlent
de leur « business plan » [plã,
prononcé à la française]. Pourtant, ils pourraient dire leur plan affaires
(déjà un anglicisme de structure), mais cela ne correspondrait pas sans doute
aux méthodes de planification américaines qu’ils veulent évoquer.

Les experts en
commerce parlent de « marchés de niche » (niche markets) à la
place d’utiliser le terme français « créneau ». J’ai entendu dans
l’émission télévisée Capital, des
techniciens français expliquer le « process » d’assemblage de
meubles et le « process » 
de cuisson des chips, ignorant le terme français
« processus ».  L’utilisation
de termes anglo-saxons indique certainement la modernisation de l’entreprise
française, mais aussi la perte de repères linguistiques et de références
culturelles.

Au Journal
télévisé, les journalistes nous informent que les soldats démobilisés ou les
otages libérés sont heureux de rentrer « à la maison ».  Il me semble que le français dirait chez
eux, dans leur famille, au pays, ou en
France. À la maison est ici un calque de « home ». (Pourquoi alors ne
pas utiliser le mot anglais puisque tout le monde le comprend ?) En
français, on rentre à la maison quand on en est sorti quelques heures plus tôt.
De même, des phrases telles que « le trafic a été impacté » ou
« l’avion a crashé » semblent à présent bien ancrées dans le vocabulaire
quotidien. Ma formation professionnelle me fait remarquer ces calques,
cependant, cela ne semble étonner personne, surtout ceux qui ne parlent pas
anglais.

 

C’est tendance !

Longtemps les
professeurs ont recommandé aux apprenants d’éviter les adverbes de plus de
trois syllabes pour leur lourdeur. 
Maintenant, on ne peut prononcer une phrase sans y  ajouter « effectivement ». Cet
adverbe qui signifie « véritablement, réellement, vraiment » (Le
Petit Robert), ne veut à présent plus rien dire. Il s’utilise simplement pour
étoffer les phrases et pallier à une pauvreté de vocabulaire. «Franchement là,
le mélange rouge et orange, effectivement, c’est tout à fait tendance»,
annonçait récemment un jeune créateur dans une émission de décoration,
décrivant la chaise qu’il avait « désignée » [designed].  À quand donc le retour des adverbes qui modifient
« effectivement » le sens – tels éperdument, impunément ou
opiniâtrement !

Pour finir sur
une note bien française, certains termes un peu oubliés sont  remis au goût du jour. L’expression
« dans le collimateur » par exemple. Les médias en raffolent,
d’autant plus que, en ces temps de crise, 
tout est sous surveillance. Ainsi, Peugeot est dans le collimateur des
partenaires sociaux et les PDG sont dans le collimateur du
gouvernement ! Et que dire de la renaissance populaire de
« jouissif » qui s’entend souvent dans la publicité dans le sens
de l’anglais « so much fun » ?

Le français
évolue quoiqu’en disent les romantiques américains.  Qu’il s’agisse de mondialisation, de
politique ou de mode, les façons de parler se renouvellent. Trouvailles
judicieuses, calques négligents, euphémismes frileux, la langue subit des
changements que certains trouvent dérangeants et d’autres … jouissifs, sans
doute.

De  leur part, les Américains revendiquent de
plus en plus des mots français pour faire valoir leurs produits. Peut-être
obtiendrons-ils le feu vert de l’Union européenne pour utiliser le mot  « château »
sur leurs étiquettes de vin californien. 
Inversement, nos « boutiques wineries » bordelaises dirigées
par des investisseurs chinois ou qataris créeront-elles un jour un créneau –
que dis-je, un marché de niche – pour notre célèbre
« Castle of Yquem» ?

 

Traductrice du mois de novembre 2012 –
Anne Anstice


Anne - latestAnne Anstice
, qui habite Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), est notre traductrice du mois. 
Française d'origine, elle a  étudié et vécu en Angleterre  pendant plus de dix ans. De retour en France, elle a commencé à offrir  un service de traduction et formation en anglais aux particuliers et entreprises du sud-ouest de la France. Son mari et ses enfants sont tous britanniques. Le bilinguisme et le mélange de deux cultures bien différentes est au cœur de leur vie de famille.
Diplômée de l'Université de Bristol en 2002 (Postgraduate certificate in Education in MFL), elle est enseignante de formation. Pendant les dix années passées en Angleterre, elle a enseigné le français langue étrangère et, depuis son retour en France, Anne met à profit les compétences acquises pendant ces années formatrices et en tire l'inspiration nécessaire à son activité de formatrice d'anglais et de FLE.
 
Bristol
        Bristol University
 
Anne s’est inscrite à un cours de maîtrise (MA2) en traduction de l’Université de West of England, et elle a obtenu son diplôme en 2012 « with distinction ». Son mémoire, intitulé « New Words to Translate a New World », portait sur les néologismes dans le domaine de l'environnement.
Lorsqu'elle ne traduit pas, Anne passe son temps avec sa famille, se promène sur les plages ou dans la campagne, surfe sur l'océan Atlantique et fait de la planche à neige dans les Pyrénées où elle a grandi.
 
Biarritz
                   Biarritz
——————

 

LMJ : Quelles études avez-vous suivies ?

Anne : J’ai toujours aimé l’anglais et ma mère était d’ailleurs professeur d’anglais. C’est pourquoi, depuis mon plus jeune âge, j’ai souvent voyagé en Grande-Bretagne et aux États-Unis, avec mes parents.

C’est après une année d’hypokhâgne (aussi appelée « Lettres supérieures », cursus axé sur l’étude des langues anciennes, du français et de la philosophie) à Bordeaux que j’ai choisi de me lancer dans des études d’anglais et d'obtenir ma licence en 1997. Attirée par la culture anglo-saxonne, j’ai décidé d’aller voir le monde et, sac au dos, je suis partie explorer la Californie et passer six semaines à descendre la Highway 101 de San Francisco à L.A., sans oublier de faire un détour par le parc national de Yosemite et Las Vegas.

À mon retour et forte de mon expérience, je décidai de quitter la France et de partir faire ma maîtrise en Angleterre et ainsi perfectionner mon anglais.

 

LMJ : Qu’avez-vous fait après?

Anne : C’est comme cela (et un peu par hasard) que j’ai débarqué à Bristol en 1998 : férue de cinéma, je choisis comme sujet de mémoire le cinéma contemporain britannique et l’intitulai « Fiction and reality in British contemporary cinema ». La période qui m’intéressait couvrait les années 80 et 90. Mon idée était d’étudier les événements historiques et politiques à travers le prisme du cinéma et de comprendre comment la réalité influençait la fiction et comment le cinéma arrivait à traduire une certaine réalité, celle de l’Angleterre thatchérienne. J’ai donc passé cette année à regarder et étudier les films de Mike Leigh, Ken Loach et bien d’autres.

Ces années ont bien évidemment été excitantes mais aussi formatives, j’ai surtout noué de formidables amitiés et découvert une nouvelle culture. Mon choix de Bristol fut, je le crois, judicieux car cette ville bouillonne de vie et les scènes artistique et musicale y sont tout aussi vibrantes.

 Après un petit intermède de trois mois en Australie, Nouvelle-Zélande et Inde, je décidai de rester en Grande- Bretagne et de me former au métier d’enseignante en langues étrangères. J’ai ainsi travaillé dans un nombre de collèges et de lycées du sud-ouest de l’Angleterre.

Ce n’est qu’en 2009 – soit dix ans après mon arrivée à Bristol – que j’ai ressenti le désir et l’envie de m’essayer à la traduction, ce métier me paraissait offrir ce dont j’avais toujours rêvé : la possibilité d’utiliser mes compétences et connaissances dans les deux langues que j’affectionne tant, mais aussi une certaine liberté. En outre, c’était  une activité que je pouvais entreprendre à la fois en Angleterre et en France. Pour permettre cette reconversion, j’entrepris un master 2 à l’université de UWE, à Bristol, qui offrait la possibilité d’une formation à distance. C’est ainsi que notre retour en France fut possible.

 

LMJ : Votre mémoire, intitulé New Words to translate a New World, portait sur les Néologismes dans les textes environnementaux. Pouvez-vous en quelques mots nous décrire ses objectifs principaux ?

Anne : J’y présente les résultats d'une étude contrastive des néologismes français et anglais dans les textes environnementaux d'un point de vue lexicogénique. Mon but visait à découvrir les mécanismes utilisés par les deux langues lors de la création de nouveaux termes.

L'objectif était double: dans un premier temps, il s’agissait de construire une base de données terminologiques bilingue pour ensuite étudier la formation de ces néologismes environnementaux en utilisant un corpus de textes collectés sur l’Internet. Je me suis également servie du corpus du COCA (Corpus of Contemporary American) et des principaux dictionnaires français et anglais comme points de référence pour essayer de dater ces nouveaux termes que j’ai appelés « écotermes ».

Cette étude m’a aidée à découvrir un grand nombre de mots et collocations à la mode en ce début de millénaire comme, par exemple, les mots formés avec les préfixes éco- et bio-, mais m’a aussi aidée à découvrir bon nombre de nouveaux mots composés, centrés sur les mots-clés de « carbone, vert, global ou durable ».

Elle m’a aussi amenée à comparer la façon que les deux langues avaient de créer des néologismes et à tirer des conclusions sur les changements de mentalité et de conception du monde dans les deux pays. Les deux langues semblent évoluer pour pouvoir traduire des questions d'actualité dans un monde en constant mouvement où l’écolangage est devenu roi.

 

LMJ : Qu’est-ce qui vous a amenée à choisir le sujet de votre master : votre intérêt pour les néologismes ou celui pour l’environnement ou les deux ? Votre intérêt pour ce sujet s’en trouve-t-il renforcé à la fin de ces années d’études?

Anne : En arrivant en France, je me suis d’abord portée volontaire pour traduire la veille politique que publiait l’association Surfrider Foundation, une sorte de lettre d'information résumant toute l’actualité politique européenne ainsi que les directives de l’Union Européenne. C’est comme cela que je suis devenue traductrice en charge du pôle environnement de l’association. La question de l’environnement et l’importance de sa protection et plus particulièrement de celle du littoral et des océans, sont des sujets qui me tiennent à cœur. Je me sens, d’autant plus, concernée par cette question maintenant que je me suis mise au surf…

C’est cet engagement pour l’association qui a guidé le choix de mon sujet de mémoire. C’est avant tout en traduisant pour Surfrider que j’ai découvert les nouveaux termes qui foisonnent dans les textes environnementaux et forment ce que j’ai appelé, « l’écolangage ». Intriguée par cette nouvelle terminologie, j’ai décidé d’étudier les mécanismes et stratégies mis en place par le français et l’anglais pour former ce qu’on appelle des néologismes Le premier problème était avant tout de définir ce qu’était un néologisme, puis de trouver une méthode pour les extraire. Je me suis donc tournée vers la création et l’étude de corpus « the corpus based approach ». Cette recherche a été pour moi fascinante et très enrichissante et je continue, bien sûr, à m’intéresser à la question alors même que mon master est terminé.

 

LMJ : Comment avez-vous avancé dans votre profession de traducteur?

Anne :  J’avoue qu’il n’est pas toujours facile de changer de cap et de carrière ainsi que de pays car, comme dans toute profession, on vous demande une certaine expérience; mais faut-il encore que l’on vous donne la possibilité de l'acquérir ! J’ai décidé de faire le saut au début 2011, et de m’inscrire en tant qu’auto-entrepreneur, je suis ainsi parvenue, malgré les difficultés, à trouver quelques clients basés dans le sud-ouest de la France. Hélas, les progrès sont lents et la concurrence est rude ! Ce n’est que récemment, alors que je terminais mon master qu’avec un ami webmaster, nous avons eu l’idée d’un blog, et c’est ainsi que TransAT vit le jour. C’est à la fois pour moi une plateforme d'échange d'idées mais aussi, je l’espère, un moyen de tisser des liens et d’attirer de nouveaux clients. Je publie un billet par semaine en moyenne et m’intéresse à des sujets ayant trait au monde des langues, à leur apprentissage, à la traduction bien évidemment, et récemment à la linguistique et à la formation de nouveaux termes en français et anglais. Rendez-vous sur http://www.trans-atlantic.fr.

Note linguistique : Ce special qui n’est pas toujours spécial…

En mai dernier, pour protester contre l'augmentation annoncée des frais de scolarité, les étudiants (universitaires et cégépiens [1]) du « Printemps érable », arborant le carré rouge [2], ont organisé quotidiennement du chahut dans les rues des grandes villes du Québec. Face à cette situation, le gouvernement provincial a adopté une loi d'exception (la loi 72, interdisant les manifestations de plus de 50 personnes) qui a été qualifiée de « loi spéciale ». Les jeunes
y ont même répondu par des banderoles vengeresses du genre « La loi
spéciale, on s'en câlisse » [3].
Lorsque, par mesure d'économie, le gouvernement de l'Ontario a prétendu geler les traitements des enseignants du secondaire au mépris des conventions collectives, il a également adopté une « loi spéciale ». Enfin, lorsque les agences de presse ont rendu compte de ces mesures, il ne s'en est trouvé qu'une pour parler de « loi d'exception ». Pourtant, dès lors que, face à une situation grave et hors du commun, on adopte des mesures qui dérogent aux droits fondamentaux ou restreignent les libertés publiques, on parle de lois d'exception, de tribunaux d'exception, voire de mesures d'exception. "Spécial" n'est donc pas, il s'en faut, la seule traduction en français possible, même si c'est la première qui vienne à l'esprit. D'une manière générale, special signifie particulier, extraordinaire, unique, exceptionnel, parfois même catégoriel (special interests), voire promotionnel (special offer). Sans parler de « trucages » pour special effects ou de « par exprès » pour special delivery. Il arrive que l'adjectif se traduise par « spécial », comme dans « forces spéciales », special forces (euphémisme pour commandos), ou « droits de tirage spéciaux » pour Special Drawing Rights,

Dans ma petite ville de résidence, il est d'usage d'accueillir chaque année les nouveaux arrivants autour d'un verre de l'amitié. Cette fois-là, une dame anglaise, fort gracieuse et voulant dire qu'elle se sentait particulièrement bien chez nous, déclara tout de go: «  Vivre en France, c'est agréable mais, vivre à D., c'est spécial ! ». Ce qui fut salué par un léger murmure dans l'assistance. En effet, spécial, en l'occurrence, serait plutôt péjoratif et synonyme de bizarre (pour tout dire, odd). Comme quoi, avec la meilleure volonté du monde, les faux amis sont parfois perfides!

[1] Élève d'un CEGEP (Collège d'enseignement général et professionnel), cycle d'études se situant entre le secondaire et l'université qui constitue l'un des éléments les plus intéressants du système scolaire québécois.

[2] Lire à ce sujet et sur le mode fictif : Printemps spécial. Collectif, Héliotrope, Montréal, 2012, 114 pages.

[3] Québécisme pour « on s'en fiche ».

Jean Leclercq

Les menaces de 2012 (humour anglais)

Alerts to threats in 2012 Europe

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The English are feeling the pinch of recent events in Syria and have therefore raised their security level from "Miffed" to "Peeved." Soon security levels may be raised yet again to "Irritated" or even "A Bit Cross."

The English have not been "A Bit Cross" since the blitz in 1940 when tea supplies nearly ran out.
Terrorists have been re-categorized from "Tiresome" to "A Bloody Nuisance." The last time the British issued a "Bloody Nuisance" warning level was in 1588, when threatened by the Spanish Armada.
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The Scots have raised their threat level from "Pissed Off" to "Let's get the Bastards." They don't have any other levels. This is the reason they have been used on the front line of the British army for the last 300 years.
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Italy has increased the alert level from "Shout Loudly and Excitedly" to "Elaborate Military posturing." Two more levels remain: "Ineffective CombatOperations" and "Change Sides."
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The Germans have increased their alert state from "Disdainful Arrogance" to  "Dress in Uniform and "Sing Marching Songs." They also have two higher levels: "Invade a Neighbour" and "Lose."
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The Belgians, on the other hand, are all on holiday as usual; the only threat they are worried about is that of 
NATO pulling out of Brussels.

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The Spanish are all excited to see their new submarines ready to deploy. These beautifully designed subs have glass bottoms so the new Spanish navy can get a really good look at the old Spanish navy.
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Australia, meanwhile, has raised its security level from "No worries" to "She'll be all right, Mate."
Two more escalation levels remain: "Crikey! I think we'll need to cancel the Barbie this weekend!" and "The barbie is cancelled." So far no situation has ever warranted use of the last final escalation level.

— John Cleese – British writer, actor and tall person.
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 A final thought –
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"Greece is collapsing,
the Iranians/Persians are getting aggressive,
and Rome is in disarray.
Welcome back to 430 BC."

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Le texte ci-dessus circule sur la red. L'identité de son auteur n'est pas connue.

Analyse d’un article paru dans la revue «Travail, Genre et Sociétés»

Voici une analyse, redigée par notre collégue Britannique, Juliette Scott,  du dernier article de la sociologue française-américaine, la Prof. Abigail Saguy. Une version anglaise de cette analyse paraît également  sur le blog  "Words to DeedsBuilding bridges – between academia and practice and between translators, interpreters and legal professionals", sous le titre "Before & after the DSK affair – Review". Elle est  traduite ici par Jean Leclercq. Ce travail collaboratif a  été facilité avec l'aide precieuse de la Professeur Saguy. Les images ci-dessous ont  été  fournies par Juliette Scott que nous remercions vivement pour sa contribution intéressante.