Le 10 novembre, nous avons publié un article intitulé « Jour du Souvenir – 11 h, le 11e jour du 11e mois » pour commémorer l'heure et le jour de l'armistice qui mit fin a la Première Guerre Mondiale en 1918. Nous avons également expliqué pourquoi ce jour s'appelle « Poppy Day » en anglais (le Jour du Coquelicot). Cette appellation dérive d'un poème, « In Flanders Fields » que nous avons cité, écrit par un militaire canadien, John McCrae, qui aperçut comment les coquelicots avaient fleuri dans la terre où ses camarades étaient enterrés près du canal de Ypres-Yser.
Pour compléter ce récit, mon co-bloggeur, Jean Leclercq, qui connaît bien la région d'Ypres-Yser, a rédigé l'article suivant.
Jonathan G.
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Si, n'en déplaise au poète, le coquelicot est une fleur « qui dit quéq'chose », il n'est pas certain qu'Ypres, l'Yser ou Gallipoli soient aussi bien connus de tous. Un peu d'histoire donc, et plus précisément celle de la Grande Guerre, 1914-1918.
Le conflit, déclenché en août 1914, commença par une guerre de mouvement qui, au bout de six semaines, s'acheva par la victoire française de la Marne, obligeant l'armée allemande à se replier d'une centaine de kilomètres et à s'enterrer pour mener une guerre de position. Dès lors, et pendant quatre ans, le front occidental n'évolua plus guère, offensives et contre-offensives n'aboutissant qu'à déplacer les lignes de quelques dizaines de kilomètres de part et d'autre, dans le meilleur des cas. Tout cela, au prix de pertes humaines effroyables dues à la puissance de feu mise en œuvre au cours de ces combats.
Dans le secteur nord, essentiellement tenu par les armées britannique et belge, la ligne de feu se stabilisa à la hauteur de la ville d'Ypres (Ieper, en flamand), saillant du dispositif allié. La belle cité flamande fut totalement détruite – mais heureusement reconstruite à l'identique, après la guerre. Il ne resta plus de la Belgique non occupée qu'une petite bande de territoire entre l'Yser (petit fleuve côtier de 78 km de long) et la frontière française à laquelle s'accrocha le roi Albert 1e r (le Roi Soldat) avec ce qui subsistait de son armée, épaulée par la brigade fusiliers marins français de l'amiral Ronarch. Au nord du saillant d'Ypres, le front suivait le canal d'Ypres à l'Yser (Kanaal Ieper-Ijzer, en flamand), furieusement disputé.
C'est dans le secteur d'Ypres que les Allemands utilisèrent pour la première fois, en 1917, un gaz de combat à base de sulfure d'éthyle dichloré d'abord surnommé « gaz moutarde » (à cause de son odeur) puis, plus techniquement, d'ypérite (d'après Ypres). Le substantif donna même le verbe ypériter (ypériter une zone) et l'adjectif ypérité (un blessé ypérité).
Pour Gallipoli et les Dardanelles, c'est une autre histoire. En 1915, Winston Churchill, alors Ministre britannique de la marine – et qui ne fut jamais à court d'idées – conçut le projet de s'emparer des Détroits turcs (les Dardanelles), ce qui aurait coupé l'empire ottoman de ses deux alliés austro-hongrois et allemand, et l'aurait forcé à capituler.
Les détroits des Dardanelles
En outre, les Alliés auraient pu ravitailler la Russie par la Mer Noire, ce qui aurait sensiblement modifié la logistique des approvisionnements. Une expédition franco-britannique tenta donc de forcer le passage des Détroits. Outre l'importante armada d'abord concentrée à Corfou, les Français débarquèrent des troupes sur la rive orientale et les Britanniques investirent la presqu'ile de Gallipoli, sur la rive occidentale des Détroits.
Les forces britanniques, en majorité australiennes et néo-zélandaises (les ANZACs), se heurtèrent aux forces turques du général Mustapha Kémal, le futur Ataturk (le Père des Turcs). Après des combats terrestres très meurtriers ainsi que des pertes navales importantes (dont celle du cuirassé français Bouvet), les Alliés durent se replier et Churchill fut contraint de démissionner.
Soldats australiens morts sur les champs de bataille, 1915
Aujourd'hui encore, les Australiens se souviennent de la boucherie de Gallipoli et n'ont pas pardonné au haut commandement britannique d'avoir si mal engagé l'affaire en sous-estimant la combativité de l'armée ottomane. Ypres, l'Yser, Gallipoli, autant de lieux où a fleuri le coquelicot!
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Les Compagnons de la Chanson – comme un p'tit coquelicot
Lecture supplémentaire :
Les Australiens sur le front occidental 1914-1918
(site en anglais, néerlandais et français)